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A.S.P.I.C.


De ce dont lui racontait Albus et Rose sur les grandes aventures de leurs parents, le trio légendaire finissait, toujours ou presque, à faire annuler leurs examens. Hélas, bien que Rose, Albus et Scorpius aient réussi à déjouer un complot visant la destruction totale de Poudlard, les Aspics étaient bel et bien maintenu. Au grand désarroi de Rose Weasley.

Les racontars de leurs exploits n'avaient pas fait long feu. Les élèves jasèrent beaucoup plus sur l'escorte de Gwen par deux aurors car cette dernière avait refusé de parler pendant son interrogatoire avec la directrice. L'entrée de la source avait été protégée par de puissants sortilèges lancés par l'ensemble de corps enseignant et le nom de Radcliffe avait été murmuré dans les couloirs plus souvent que celui des élèves impliqués dans l'affaire.

Le mois de juin avait fait son entrée comme un troll dans des toilettes pour filles. Le beau ravissait les premières années, innocentes et candides, qui se prélassaient dans le parc ensoleillé de l'école sans se soucier outre-mesure de leurs examens. Il en était tout autre pour les cinquième et septième année. Bientôt, il n'y eut plus qu'un sujet de conversation en classe: les A.S.P.I.C.S. Et à force d'en parler, ceux-ci avaient fini par arriver.

Leurs professeurs ne leur donnaient plus de devoirs, mis à part la quantité astronomique de parchemins de révisions qui s'entassaient sur leurs bureaux jours après jours. Ils devaient passer toutes leurs heures de cours à réviser les sujets les plus susceptibles de tomber aux examens. Deux années de spécialisation, cours à choix, orientation pensées pour la carrière future, à réviser en très peu de temps. L'atmosphère était fébrile et résolue avec une pointe de désespoir et de folie.

Rose était bien trop affairée avec ses innombrables bouquins, pour se soucier d'autre chose que les A.S.P.I.C. Elle passait un temps considérable à marmonner toute seule dans son coin, un livre, un bout de parchemin t une plume sur les genoux. Il n'était plus question ni de nuit coquine dans le lit du Serpentard, de baiser volée ou de mots doux. Scorpius n'avait plus le droit de l'approcher à moins de trois mètres ou si demande urgente et utile. Elle n'apprécia pas du tout son excuse de "besoin vital de contact physique suite à la malédiction d'un lutin de Cornouailles échappé de la salle sur demande" et le menaça de le transformer en cafetière, matière qu'elle étudiait au même moment dans son livre de métamorphose. Scorpius avait fuit sans demander son reste en se disant que ce genre de menace devait être de famille.

Elle n'était pas la seule à se comporter étrangement à l'approche des fameux examens de transition. Lily et Thomas, qui devaient passer leurs B.U.S.E. cette année, avaient été, eux aussi, happé par la fièvre des révisions. Pendant les repas, Lily s'était assise plusieurs fois à la table des Serpentard pour interroger longuement Scorpius et son frère, sur les différentes épreuves.

— Et en Défense contre les forces du Mal, c'est vrai qu'on nous demande un Patronus? Parce que j'arrive seulement à faire une volute blanche quand je me concentre très fort sur Thomas. Mais ce n'est pas un patronus corporel… Vous pensez que ça passera?

— Non, avait soupiré Albus en mangeant son dessert. On ne demande pas ça à des cinquièmes année. Papa l'a eu parce que la rumeur disait qu'il en était capable et c'était un point bonus, je crois.

— Ce sont les septièmes années qui doivent être capable de faire apparaître un Patronus, corrigea Scorpius.

— Il prend quelle forme, le tien? demanda Lily, les yeux brillants.

— Un diable de Tasmanie.

— C'est impressionnant, ça?

— Plutôt oui, dit Scorpius.

— En vrai, ça ressemble à un rat, rectifia Albus.

Le regard outré de son ami, fit rire Albus qui faillit s'étouffer dans son jus de citrouille. Lily partit dans un grand éclat de rire qui détendit l'atmosphère. Malheureusement, cette détente fut de courte durée et ils ne revirent plus Lily pendant de longues semaines, enfermée dans la salle commune des Gryffondor avec sa classe.

Comme chaque année, avec le stress grandissant des épreuves, un marché noir florissant se développa parmi les cinquième et les septième année pour vendre toutes sortes de produits destinés à augmenter soit la concentration soit à diminuer le besoin de sommeil. Albus et Scorpius en profitèrent pour revendre, en douce, et surtout au nez et à la barbe de Rose qui passait le plus clair de son temps à réviser, quelques potions et poudre de leur réserve personnelle. Ils firent un plein de gallions, surtout auprès des cinquième année qui passait ce genre d'épreuves pour la première fois. La dernière semaine avant les premiers tests, tous les cancres se précipitèrent sur les deux amis pour les supplier de les sortir du pétrin à l'aide d'une de leur petite potion magique.

Mais Scorpius fut un peu plus sérieux cette année. Bien qu'il n'ait jamais eu aucun mal à réussir tous ses examens, et qu'ils passaient tout le mois de juin à traîner avec Albus, cette année était différente car déjà il s'agissait de la dernière et surtout car, pour une fois, il avait un réel projet de vie. Les encouragements d'Harry Potter ne le quittaient plus et devenaient presque une obsession. Scorpius voulait devenir auror et pour avoir une chance de passer les examens, il devait pour une fois donner le maximum de ses capacités. Il se mit donc à réviser sérieusement sous les moqueries d'Albus qui se plaignit de l'absence de son meilleur ami pour ses coups en douce.

En réalité, Scorpius avait de plus en plus de mal à reconnaître son ami. Certes, sa bonne humeur et son humour n'avaient pas changé, mais Scorpius savait qu'il donnait le change en public. Car, en privé, il devenait de plus en plus sombre ou renfermé. Scorpius le connaissait assez pour savoir que l'affrontement avec Radcliffe ne l'avait pas satisfait. L'obsession de son enquête, tout au long de l'année, n'avait pas trouvé une conclusion satisfaisante et il était toujours en quête de réponse. Les A.S.P.I.C.S n'étaient pour lui qu'une formalité et même s'il n'avait jamais eu vraiment la tête aux études, il perdait tout intérêt pour les cours.

— Tu sais ce que tu veux faire après Poudlard? lui demanda Scorpius alors qu'il recevait l'horaires d'examens et les détails de la marche à suivre des épreuves.

— Oui, je crois que je me suis enfin décidé, dit-il rêveusement.

— Ah oui? Et tu veux faire quoi?

— Langue de Plomb.

Le silence choqué de Scorpius fut meublé par les instructios et conseils du professeur Londubat.

— Vous passerez la pratique le matin et la théorie l'après-midi. Pour ceux qui ont pris Astronomie, l'épreuve aura évidemment lieu la nuit. Je vous épargne l'éternel laïus sur la tricherie aux épreuves. Vous êtes en septième année, face à de fabuleux jeunes gens très brillants et pas à des trolls à la cervelle de larves. Sachez qu'en cas de tricherie, vous obtenez immédiatement un T à votre épreuve ce qui nuiera certainement à la carrière que vous aurez choisi pour l'avenir.

— Tu es sérieux? murmura Scorpius à Albus quand leur professeur eut le dos tourné.

— Très sérieux. C'est la seule chose à faire.

— Al…, soupira Scorpius. Ne me dis pas que tu choisis Langue de Plomb à cause de ce que Radcliffe t'a dit. Il était fou! s'énerva-t'il avant de croiser le regard sévère de Londubat.

— Je sais ce que je fais…, se contenta de répondre Albus.

Harry avait raison. Son fils était plus têtu qu'un hippogriffe et il n'eut plus l'occasion d'en rediscuter avec lui, trop pris par ses révisions.

Scorpius avait eu la bonne idée de prendre un maximum de cours ce qui impliquait aussi les cours obligatoire pour la carrière éventuelle d'un auror. Son premier examen, comme celui de Rose et Albus était pratique des potions et devait avoir lieu le lundi matin. Le dimanche après-midi, en voyant l'assiduité de Scorpius à ses révisions, Rose accepta enfin de travailler avec son petit-ami. Il fit répéter les gestes sous un chaudron imaginaire en répétant les ingrédients requis pour une potion de veritaserum ou de polynectar. Rose fronçait le nez à chaque fois qu'elle se trompait et Scorpius sursauta lorsqu'elle cria de rage en se trompant d'un ingrédient.

Rose les avait rejoints, en prétextant le bruit dans sa salle commune. Elle relisait deux ans de vieilles notes d'Albus prises pendant ses cours d'histoire. Elle s'était bouchée les oreilles et ses lèvres remuaient silencieusement en récitant les noms des Gobelins pendant leur première rébellion. Quand à Albus, ils ne l'avaient pas vu de la journée et ne le croisèrent que lorsqu'ils se décidèrent enfin à prendre leur dernier repas avant la première épreuve.

Dans le hall, en entrant dans la grande salle, ils assistèrent à l'entrée des examinateurs. Vieux et vieilles sorcières, ratatinés, ridés et marchant d'un pas lents, furent accueillis par la directrice qui les salua poliment.

— Ah! Minerva! s'exclama une voix particulièrement aigu.

Une longue sorcière, maigre dans un tas d'os, bouscula quelques uns de ses collègue pour tomber dans les bras de McGonagall qui sembla quelque peu contrarié par ces effusions surprises. Scorpius retint un éclat de rire en découvrant la tignasse blanchâtre et éparses de la vieille sorcière ainsi que ses culs de bouteilles qui lui servaient de lunettes. Elle était enroulée, comme du papier cadeaux, par d'innombrables châles terminés par une rangée de perles qui tintaient à chacun de ses pas claudiquant.

— Sybille, dit le professeur McGonagall en la repoussant gentiment. J'espère que le voyage n'a pas été trop éprouvant.

— Oh non! Bien entendu, je m'étais préparé à l'averse qui nous accueille à la grille après notre transplanage. Dans les feuilles de thé voyez-vous. J'avais bien sûr pris un parapluie.

Dehors, le ciel n'avait jamais été aussi clair et dégagé qu'en ce début de juin. McGonagall sonda le ciel bleu par les fenêtre avant de pousser un soupir.

— Tant mieux pour vous!

— C'est elle qui va faire passer les épreuves de Divinations?! s'exclama scandalisée Rose. Maman m'a toujours dit que ce n'était qu'une mystificatrice.

— J'ai hâte…, dit Scorpius avec sarcasme.

Rose se tourna vivement vers lui tandis que les examinateurs entraient dans la grande salle pour apprécier le repas du soir.

— Ne me dis pas que tu as pris Divination…

— Comme Albus.

— Mais pourquoi?

Scorpius dévisagea Albus qui se contenta d'hausser les épaules.

— Parce que ça nous amuse…, répondit-il d'une voix blasée.

Au milieu de tous les élèves qui devaient passer leurs épreuves, le lendemain, l'ambiance du repas était assez morose. Scorpius contempla plusieurs élèves entourés d'une muraille de livres qu'ils espéraient sans doute engloutir en une seule nuit.

La soirée qui suivit ne fut pas très détendue, non plus. Rita s'était enfermée dans sa chambre, fuyant le plus possible la compagnie du couple qu'elle considérait comme indécent et frivole. Tout cela parce qu'elle les avait surpris une fois à se peloter dans le canapé. Scorpius resta éveillé tard dans la nuit, relisant la même ligne depuis au moins une bonne demi-heure. Il aurait pu aller se coucher depuis longtemps mais il voulait être là, près de Rose qui suait sur ses rouleaux de parchemins, pour la soutenir, jusqu'au bout. Ils ne partirent se coucher que lorsque la dernière bûche s'éteignit dans l'âtre de la cheminée.

Le lendemain, au petit déjeuner, les septième année devinrent plus tendus que jamais. Scorpius dût empêcher deux crises de nerfs de Rose rien qu'entre leur dortoir et la Grande Salle. Il croisa Lily et Thomas en train de se crier dessus à propos d'une date inexacte, en se disputant l'épais ouvrage de Batilda Tourdesac pour la vérifier. Les seuls parfaitement détendus étaient Albus et Hugo qui plaisantèrent gaiement parmi les mines défaites de tous les futurs diplômés qui se mirent à envier leur intellect illimité. Au même moment, Rose éclata en sanglot au-dessus de ses toast et deux élèves durent s'encourir pour aller vomir aux toilettes. Scorpius avait hâte que tout se termine.

A la fin du petit déjeuner, les cinquième et les septième année se rassemblèrent dans le hall d'entrée tandis que les autres élèves se rendaient à leurs cours. Hugo leva le pouce en passant devant sa soeur et ses amis en lâchant sur leur passage un "Bonne chance, les gars!". Scorpius se dit qu'il ne leur avait jamais dit une chose aussi gentille. Les cinquième année furent ensuite invités à entrer dans la Grande Salle aménagé pour l'occasion pour passer leur tests d'Histoire. Lily adressa un regard paniqué à sa cousine qui essaya de lui sourire pour la rassurer. Lorsque les portes se refermèrent sur la dernière classe de cinquième année, le professeur Londubat appela les septième pour les faire entrer dans une autre salle de classe, agrandie et aménagée pour leurs épreuves de potions.

Chaque membre de sa maison fut appelé par ordre alphabétique. Scorpius fut le premier appelé, laissant derrière lui Albus et Rose qui l'encouragèrent de petits sourires timides. Bien que confiant, Scorpius sentit le stress l'envahir en voyant les quatre tables alignées devant plusieurs examinateurs munis de parchemins et de plumes. Scorpius se plaça devant la table du milieu, celle des Serpentard, encadré par Rita qui tourna la tête lorsqu'il essaya de croiser son regard pour se rassurer et un élève de Gryffondor dont il avait complètement oublié le nom. On leur demanda de confectionner la première étape de la potion de polynectar. Scorpius fut l'un des premiers à déverser les flacons dans son chaudron en allumant celui-ci d'un geste expert. Pour lui, il n'y avait rien de plus facile et il en fut presque déçu. Lorsque l'examinateur leur demanda de s'écarter et de prendre un échantillon, Scorpius n'eut aucun doute sur la note qu'il allait recevoir. Elle serait maximale.

— Alors? demanda Albus. Polynectar, je suppose?

— Potter Albus! annonça l'examinateur.

— Les yeux bandés, commenta Scorpius en poussant son ami vers la salle d'épreuve.

L'épreuve théorique de potion de l'après-midi fut tout aussi facile pour les deux Serpentards qui eurent finis en avance. Scorpius jeta un coup d'oeil à Rose qui écrivait avec frénésie, ne quittant pas sa feuille des yeux une seule seconde. Lorsque le gong de fin retentit dans la Grande Salle, elle leva sa plume au dernier moment et relisait encore lorsque l'examinateur lui reprit sa copie.

— Ça a été? demanda Scorpius en s'approchant de Rose.

— Je crois, dit-elle avec très peu d'assurance. Je me suis peut-être trompée de grammes pour la poudre de pieuvre. C'est cinquante ou soixante?

— Quarante…

Le deuxième jour fut consacré à l'étude des sortilèges. Scorpius n'eut aucun mal à détruire son pan de rocher d'un simple sort informulé. Il devait bien avouer qu'il avait eu beaucoup d'occasion de tester ces sorts de destructions. L'examinatrice, une vieille sorcière boudinée dans sa robe, avait l'air ravie de ses résultats, même couverte de poussière de plâtre. Rose sortit de la salle d'examen théorique, plutôt confiante et ils passèrent la soirée à répéter les formules de métamorphose pour les tester ensuite silencieusement.

Scorpius et Albus passèrent les épreuves suivantes comme un jeu terriblement facile. Ils n'eurent aucun mal à transformer des parties de leur corps en pattes d'animaux exotiques, ou de trouver de minuscule planète sur leurs cartes d'Astronomie à l'aide de leur télescope. Scorpius eut cependant un peu plus de mal pour la botanique et la défense contre les force du mal. Il avait fort heureusement eut la lumineuse idée de réviser ces deux matières (surtout la défense) pour obtenir la meilleure note possible. La défense contre les forces du mal était un A.S.P.C.S. à obtenir absolument pour envisager à devenir auror et il ne pouvait pas se contenter d'un 'effort exceptionel'. Pour cet examen, ce fut Rose qui l'aida cette fois-ci. Il réussit à faire apparaître son Patronus en repensant à ces nuits avec Rose, blottie dans ses bras et il renforça la puissance de son bouclier. Au moment de l'examen pratique, il réussit à arracher une exclamation de surprise impressionnée de l'examinateur lorsqu'il pétrifia en une fraction de seconde le strangulot qui se jetait sur lui.

Après l'examen de botanique, Rose fut séparée d'Albus et Scorpius pour leurs autres cours à choix. Lorsque les deux amis durent attendre de passer la pratique de Divination, Scorpius se demanda soudain pourquoi il avait pris cette matière idiote. A l'époque, cela devait les avoir fait rire de prendre ce cours bancale dont il ne croyait rien. A présent, Scorpius avait l'impression de perdre son temps et enviait les élèves de troisième année qui prenait leurs heures de pauses près du lac scintillant sous le soleil éclatant.

— Tu peux me rappeler pourquoi on a pris cette matière? demanda-t'il en observant les un groupe de troisième année avec l'envie de leur crier de faire moins de bruit.

— Parce que c'est drôle et que ça fait passer le temps.

— C'est la dernière fois que je suis une de tes idées farfelues, répliqua Scorpius sans réfléchir.

— En effet, c'est la dernière fois…

— Quoi?

— C'est notre dernière année, dit Albus en feuilletant son livre de Divination, "Le troisième oeil". Dans peu de temps, on suivra des voies différentes.

Scorpius dévisagea son ami, soudain très inquiet. Le ton de sa voix ne lui plaisait pas. Il avait beau rester concentré sur les pages qu'il tournait machinalement, son air neutre et terriblement froid ne trompait personne. Scorpius avait une boule dans le ventre et elle n'était pas dûe au stress. Sous ses paroles innocentes, Albus lui avait lancé un véritable reproche ou une sentence qui ne lui plaisait pas du tout.

— T'es en train de me dire qu'on ne sera plus ami…

— Non, pas tout de suite. Mais tôt ou tard… La carrière, le job de rêve, la fille, la famille. La vie te tend les bras.

— Al…

— Malefoy Scorpius! appela la voix chevrotante de Trelawney.

Scorpius se leva à contre-coeur et entra dans la salle; Pendant toute l'épreuve (qu'il échoua lamentablement en décrivant une chèvre à lunettes dans sa boule de cristal), il ne cessait de repenser aux paroles d'Albus. Il était son meilleur ami depuis leur premier voyage dans le Poudlard Express… Comment pouvait-il penser, un seul instant, qu'ils se perdraient de vue? Al changeait… ou était-ce lui? Etait-il jaloux de sa relation avec Rose. L'avait-il délaissé ces derniers temps? Scorpius était perdu, au milieu de toutes ces interrogations qui n'avaient aucune réponse évidente, face au silence fermé de son ami. En tout cas, il était sûr d'une chose: il n'était pas prêt à renoncer à son amitié avec Albus.

Lorsqu'il ressortit, il était sûr d'avoir un Piètre à cet examen. Mais il s'en fichait royalement. Albus entra juste après lui, les deux seuls fous à avoir pris Divination. Scorpius croisa le regard de son meilleur ami qui lui sourit timidement. Cela rassura profondément le Serpentard qui se convainquit que rien ne pouvait changer au point de détruire son amitié avec Albus.

— Mr Malefoy, appela une voix dans son dos.

Un horrible frisson de dégoût le parcourut et il ne fut pas surpris de se retrouver face au professeur Parkinson lorsqu'il se décida à se retourner. Avec son départ de la maison, il avait constaté le changement d'attitude du professeur de potion. Elle avait dû apprendre ses frasques de la bouche de son père et elle n'avait pas tardé à le radier de sa liste de chouchous. Scorpius ne s'en était pas plaint, au contraire. Mais le sourire mièvre qu'elle lui adressait, à présent, ne présageait rien de bon.

— Qu'est-ce que vous voulez?

Parkinson releva le ton impertinent de son élève mais ne fit aucun commentaire si ce n'était un léger pincement de ses fines lèvres.

— Comment s'est passé votre examen? demanda-t'elle sur un ton maternel qui sonnait faux.

— Comme si cela vous intéressait…

Scorpius savait qu'il dépassait les bornes mais ils étaient en train de passer leurs A.S.P.I.C. et il ne s'était jamais vraiment soucié des points qu'il pouvait apporter à sa maison. Dans un peu moins d'un mois, il n'aurait plus jamais le grand déplaisir de se retrouver face au professeur Parkinson. Il n'allait plus prendre de gants.

Le professeur de potion comprit, elle aussi, qu'il n'était plus nécessaire de jouer la comédie. Elle perdit son sourire et toisa Scorpius comme s'il était un insecte qu'elle devait écraser sous son talon, le plus vite possible.

— J'ai un message pour vous… de la part de vos parents.

Le coeur de Scorpius manqua un battement mais il ne montra rien. Face au silence du jeune homme, Parkinson poursuivit:

— Il vous fait dire qu'ils acceptent que vous reveniez au manoir.

Scorpius s'était attendu à tout sauf à cette nouvelle. Le choc passé, il ne put s'empêcher de rire.

— Il est sérieux?

— Oui, il veut bien que vous reveniez à ses conditions, bien entendu.

— Qui sont?

— Vous allez bientôt sortir de Poudlard, il vous rappelle votre devoir envers votre famille. Vous ne pouvez pas continuer à vagabonder toute votre vie au milieu des moldus. Ce n'est pas une vie, Scorpius.

Le dernier commentaire de la grande perche le fit frémir. Il serra les poings en se forçant à ne pas exploser comme il en avait l'habitude.

— Et il vous envoie pour me dire ça. Il était trop lâche pour venir me voir, dit-il d'une voix blanche.

— Vous manquez à votre mère, ajouta Parkinson pour désamorcer la tempête qui s'annonçait.

Scorpius sentit sa volonté faiblir en entendant parler de sa mère. Il imagina son visage larmoyant le suppliant de ne pas partir. Il pourrait faire l'effort, pour elle. Avant. Il prit une grande inspiration avant de choisir méticuleusement ses mots.

— Vous direz à mon père que je décline son offre généreuse, dit-il. Et qu'il ne se tracasse pas pour mon avenir, j'ai décidé de devenir auror.

— Vous êtes pas sérieux? s'exclama Parkinson.

— Pour une fois, si.

Parkinson le dévisagea un moment, en silence. L'expression de Scorpius était déterminée. Il soutint son regard, la défiant de dénigrer son choix de carrière. Les épaules du professeur s'affaisèrent légèrement.

— Bon, j'aurais au moins essayer.

Elle tourna les talons et commença à s'éloigner dans le couloir de son petit pas coincé. Avant de passer les portes de la Grande Salle où les cinquième années passaient leurs examens théorique de potion, elle se tourna, une dernière fois, vers son ancien élève.

— Vous n'avez rien à dire à votre mère.

— A elle, je lui enverrai un hiboux, rétorqua Scorpius.

Scorpius contempla Parkinson disparaître, contenant, avec peine, la colère qui montait en lui. Elle disparut aussitôt lorsqu'Albus ressortit de la salle d'examen.

— Tu ne devineras jamais qui est venu me salu…

Scorpius s'interrompit en voyant l'expression de son ami. Il comprit immédiatement que quelque chose n'allait pas. Ses doigts tremblaient sur la poignée de la porte. Albus était pâle comme un linge et il demeura paralysé pendant une bonne minute.

— Vieux, ça va? s'inquiéta Scorpius.

Albus cligna plusieurs fois des yeux comme pour se réveiller d'un mauvais songe. Lorsqu'il se tourna vers son ami, il avait repris des couleurs et lui souriait en rajustant ses lunettes.

— Oui, tout va bien.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé, là-dedans? Tu as vu un sinistros? plaisanta Scorpius.

— Ouais… Enfin, non. J'ai complètement foiré, je n'ai pas l'habitude d'échouer.

Il eut un sourire un peu forcé et Scorpius le dévisagea longuement.

— Tu es sûr que ça va?

— Oui, t'en fais pas. On va manger un morceau?

OoO

Rose passa son dernier examen pratique sous les applaudissements des examinateurs. Pour l'épreuve du cours de soins aux créatures magiques, le professeur Frangsac lui demanda s'il était vrai qu'elle avait été choisie par un griffon et Rose le lui prouva en chevauchant son lion géant. Elle dévoila, sous les yeux ébahis de ses professeurs, la particularité cachée de ces créatures extraordinaires en transplanant sur plusieurs mètres au-dessus du parc du château. Elle atterrit sous les applaudissements et les compliments des examinateurs. Au moins à cet examen, elle était sûre d'obtenir un Optimal.

Elle avait travaillé dure depuis leur aventure jusqu'à la source et la proposition d'Oncle Harry l'avait motivé encore plus à réussir tous ses A.S.P.I.C. Elle avait été étonnée qu'il lui parle de la formation d'auror. Elle avait protesté en ne se sentant pas digne d'une telle carrière. Mais lorsque Harry lui avait rappelé sa victoire face à un Basilic, elle n'avait pu le contredire plus longtemps.

De ce qu'elle avait retiré de toute cette expérience terriblement dangereuse était la peur, surtout lorsqu'elle était perchée dans le vide. Mais ce n'était pas la même peur qu'elle avait ressenti lorsqu'elle avait failli sauté de la Tour d'Astronomie. Alors qu'elle s'accrochait de toutes ses forces au rebord du puits, elle avait eu envie de vivre, de toute ses forces. Elle ne pouvait nier non plus le frisson d'excitation qu'elle avait eu lorsqu'elle serrait l'épée de Gryffondor dans ses mains. Peut-être qu'Oncle Harry avait raison, elle était peut-être faite pour devenir auror.

Elle n'en avait parlé à personne, pas même à Scorpius. Elle avait cette étrange peur de décevoir en cas d'échec. Elle gardait ce secret au fond de son esprit, tout comme ce qu'elle avait découvert dans la salle aux inscriptions étranges.

Avec son cerveau de petit génie, Hugo avait été le seul à comprendre. Rose avait deviné grâce aux souvenirs de Godric Gryffondor dans la pensine. Cette information était dangereuse et Rose savait qu'elle devait la garder cacher. Hugo le savait aussi, sinon il s'en serait vanté depuis longtemps. Lorsqu'ils trouvèrent le temps de parler seuls à seuls, Rose eut la conversation la plus sérieuse qu'elle n'ait jamais eu avec son idiot de petit frère. Ils se mirent d'accord pour ne parler à personne de leur découverte.

Lorsqu'ils sortirent de leur tout dernier examen, les élèves se précipitèrent hors de leurs classes ou de la Grande Salle dans l'ivresse d'en avoir enfin terminé. Les septième années étaient particulièrement bruyant en célébrant la fin imminente de leur scolarité. Plusieurs groupes organisaient déjà des fêtes dans leur salle commune respective. Rose accompagna Scorpius, Lily, Thomas et Hugo dans le parc de Poudlard ensoleillé. Hugo avait chapardé des bièraubeurre dans les cuisines et des jus de citrouille bien frais. Ils s'installèrent près du lac et discutèrent joyeusement comme si les évènements du mois dernier n'avaient jamais eu lieu.

— Où est Albus? demanda Lily.

— Je lui ai proposé de se joindre à nous mais il s'est précipité à la bibliothèque, encore! ronchonna Scorpius en buvant une bonne rasade de jus de citrouille.

— Je le trouve plutôt distant, dit Rose.

— Il a foiré Divination, apparemment ça l'a rendu malade. Il doit bûcher sur ses bouquins pour savoir ce qu'il lui a échappé, rit Scorpius.

— On parle bien de Divination? dit Hugo en essayant de déviser une bièraubeurre. Moi, à sa place, j'essaierai de trouver le moyen de persuader cette vieille chouette que je suis le nouvel élu condamné à sauver tous les verracrasses de l'esclavage.

— Avec Trelawney, rien de plus facile…, ajouta Scorpius avec un sourire mauvais.

Il partirent dans un grand éclat de rire et restèrent à profiter de cette chaude journée de juin jusqu'à la tombée de la nuit.

Les derniers jours à Poudlard, Rose les passa avec Scorpius. Ils firent une sortie romantique à Pré-Au-Lard, la dernière. Ils passèrent leur temps à flâner de boutiques en boutiques en échangeant de longs baisers entre deux achats. Ils n'étaient pas les seuls à profiter de la fin de l'année. La chaleur étouffante et la fin des examens avaient inciter tout le monde à profiter de cette sortie et Rose avait croisé plusieurs élèves mangeant des glaces dans les rues pavés.

Hagrid vint lui parler de Raymar. Rose imagina le griffon dans la maison de ses parents, dans leur jardin minuscule. Il serait malheureux mais tout autant sans sa maîtresse. Hagrid la rassura. Raymar pouvait supporter la séparation. Il était plus heureux au château et le garde-chasse prendrait soin de l'animal légendaire.

— Si tu as besoin d'aide, il viendra toujours. Après tout, c'est toi qui a prouvé que les griffons pouvaient transplaner.

Hagrid serra contre son coeur son élève préférée et Rose passa les dernières heures à faire voler son fidèle compagnon avant une très longue période.

Tout autour d'eux, le temps était au beau fixe et l'atmosphère joyeuse jusqu'aux résultats des examens des autres années. Les cinquième et septième année ne les recevraient que pendant les vacances par courrier. Rose se dit qu'elle pouvait ainsi profiter pleinement de ses derniers jours dans cette école qui allait tellement lui manquer. Poudlard était un deuxième foyer pour elle, comme pour tous les autres élèves. Lorsque le professeur McGonagall annonça la victoire de la maison Gryffondor pour la Coupe des quatre maisons, Rose ne put s'empêcher de pleurer. Lily et elle, fondirent en larme en s'enlaçant sous les exclamations joyeuses de leur maison. Ils n'avaient plus gagner la coupe depuis des années face aux Serpentards. Cette année, ils avaient réussi grâce à leur victoire au Quidditch et aux poignées de points qu'Albus et Scorpius avaient fait perdre à leur maison. Rose finissait sa scolarité avec le trophée de Quidditch et celui des maisons. Elle ne pouvait espérer une plus belle fin. Tandis que la Grande Salle était décorée aux couleurs rouge et or de Gryffondor pour le banquet de fin d'année, Rose pleurait des larmes de joies et de tristesse, tout comme Lily qui devait dire au revoir à sa meilleure amie qu'elle ne croiserait plus dans les couloirs, les prochaines années.

Lorsque Rose releva les yeux vers la table des Serpentard, Scorpius leva son verre dans sa direction avec un sourire. Rose lui répondit de même. Elle était émue, elle partait de Poudlard. Mais en contemplant le visage souriant et amoureux de Scorpius, elle se dit qu'elle ne partait pas toute seule.

Rose passa sa dernière nuit à Poudlard dans la chambre de Scorpius. Ils montèrent juste après le festin pour profiter des dernières heures d'intimité ensemble. Ils ne savaient pas quand ils allaient se revoir et quand ils pourraient dormir dans le même lit. Une fois dans la chambre du Serpentard, Rose se jeta littéralement sur lui. L'abstinence de la période d'examens et l'imminence de leur départ avait attisé le brasier en elle. Rose s'accrocha à ses épaules en se hissant sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Scorpius la souleva du sol en la serrant dans ses bras. Ils tournoyèrent en riant pour finir par tomber dans les draps fraîchement remplacés par les elfes de maison. Rose était assise sur Scorpius qui riait toujours, détendu. Emerveillée par son expression, elle caressa son front, ses joues, ses lèvres. Elle sentit une bouffée de désir, ou était-ce autre chose?

— C'est fou ce que je t'... , commença-t'elle dans un souffle.

Rose s'interrompit, retenant les derniers mots qui avait failli jaillir de sa bouche.

— Tu quoi? demanda Scorpius avec un sourire narquois.

— Rien, répondit Rose en rougissant.

Scorpius se redressa en maintenant la jeune fille sur ses genoux. Il semblait terriblement heureux et souriait comme un bêta.

— Tu allais le dire, pas vrai?

— Non! dit Rose en se cachant le visage de ses mains.

— Si, tu allais le dire, j'en suis sûr.

— J'allais dire "c'est fou ce que je te désire", voilà. C'est ça.

Scorpius pris ses poignets pour lui permettre de l'embrasser à nouveau.

— Menteuse, dit-il avec un sourire plus coquin.

Il libéra ses poignets pour prendre son visage entre ses mains et déposer un baiser très tendre sur ses lèvres.

— Moi aussi, je te désire, plus que tout.

Ils firent l'amour, doucement, tendrement en se chuchotant des mots doux et en se promettant le monde.

Scorpius finit par s'endormir et Rose écouta sa respiration profonde un moment avant de se lever du lit. Elle ramassa ses vêtements et contempla son petit-ami une dernière fois, un sourire rêveur aux lèvres, avant de sortir discrètement de sa chambre. Elle ne pouvait se permettre de se réveiller dans son lit avec le professeur Flitwick qui viendrait aux premières lueurs du jour pour inspecter les chambres. Et puis, elle avait encore sa valise à faire.

En ouvrant la porte de sa propre chambre, Rose remarqua immédiatement l'intrus. Elle découvrit Albus, avachi sur sa chaise de bureau, ses longs cheveux noirs défaits, la cravate défaite et la tête entre ses mains.

— Albus? s'exclama à mi-voix Rose. Qu'est-ce que tu fais là?

Son cousin leva brusquement la tête et Rose fut horrifiée par son teint blême. Son expression était horrifiée, triste et son regard un peu embué.

— Je viens…, commença-t'il maladroitement en essayant de se lever.

Il trébucha sur la chaise qui tomba dans un bruit sourd et Rose dût se précipiter sur lui pour l'empêcher de s'étaler de tout son long sur la moquette. En saisissant son cousin par le bras, elle put sentir son haleine qui puait le Whisky Pur-Feu.

— Tu as bu?!

— Juste un peu, bredouilla-t'il. J'en avais besoin pour te parler.

— Mais qu'est-ce qu'il t'arrive?

Elle le fit s'asseoir dans son lit en espérant qu'il ne vomisse pas dans ses draps propres. Albus avait un regard de fou qui l'effraya au plus haut point. Elle ne l'avait jamais vu dans cet état.

— Il faut...il faut que je te parle de quelque chose.

— Tu veux que j'aille chercher Scorpius? demanda-t'elle.

Elle n'était pas sûre de vouloir supporter son cousin dans cet état.

— Non! s'exclama Albus en retenant Rose qui se dirigeait vers la porte. Surtout pas! Non! Je t'en prie. Je dois te parler à toi et à toi seule.

— Tu me fais peur Albus…

— Je sais.

Il renifla, visiblement dans un état d'angoisse effrayant. Ses mains tremblaient et Rose n'était pas sûre que cela soit dû à l'alcool dans son sang. Il prit plusieurs grandes coulées d'air avant de se redresser pour la regarder dans les yeux.

— Ce que je dois te dire est terrible, dit-il d'une voix un peu plus assurée. Il faut que tu me promettes de m'écouter jusqu'au bout sans m'interrompre.

— Albus, je ne suis pas sûre que…

— Promets-le moi, s'il te plaît, dit-il d'une voix un peu plus forte.

— D'accord! Si c'est ce que tu veux. D'accord, je t'écoute.

La promesse de Rose sembla rassuré le Serpentard. Il baissa, à nouveau la tête, terrassé par les émotions qui se bousculaient dans sa tête. Il serra ses mains pour les empêcher de trembler.

— Très bien… Assis-toi, s'il te plaît.