Titre original : Conspiracy Theory

Auteur : Luna Darkside

Traductrice : yashiro-san

Genre : Romance - Humour

Rating : T

Disclaimer : Détective Conan et Magic Kaito ainsi que leurs personnages ne m'appartiennent pas, ils sont à Gosho Aoyama. L'histoire appartient à Luna Darkside.

Note de l'auteur :

Me revoilà avec une nouvelle traduction ! Je n'ai pas prit le temps de me relire, alors j'espère que ça ira ! Bonne lecture à tous !


Qu'est-ce que c'est que ça ?!

Shinichi regarda fixement la femme devant lui. Son expression semblait diffuser une lumière aveuglante (quoiqu'avec un certain mal l'aise), en faisant tout sauf lui enfoncer son micro dans le visage. L'équipe de télévision derrière elle attendait avec des expressions tout aussi encourageantes, inclinant encore plus les objectifs de leurs camera vers lui, attendant probablement qu'il respire à nouveau.

Quelque part au fin fond de son esprit, Shinichi était conscient qu'il la regardait depuis près de trois minutes, et que ce long silence de mort n'était probablement pas bon pour sa cote, mais c'était… complètement impossible de comprendre ce qu'elle disait.

''Qu'est-ce que vous venez de dire… ?'' Réussit-il à demander faiblement. La journaliste cessa finalement de ressembler à un animateur de spectacle pour enfants pour prendre une expression vaguement alarmée. Elle battit de ses cils fortement maquillés de mascara avec un semblant d'inquiétude et inclina la tête sur le côté.

''Kudo-san, vous vous sentez bien ? Vous êtes tout pâle.''

Tout en avalant sèchement, Shinichi croassa, ''Oui, je vais bien. Juste… qu'est-ce que vous avez dit ?''C'était peut-être juste un moment d'égarement de sa part. Peut-être était-il célibataire depuis si longtemps qu'il commençait à halluciner que des journalistes lui demandent ce genre de choses…

''Ho !'' La femme s'illumina et les caméras brillèrent. ''Nous, à Nippon TV, voulions savoir comment va votre mari ! Avez-vous une réponse à nous donner ?''

Tout en toussant (Il n'avait donc pas halluciné ?!), Shinichi lâcha un , ''je…''. Il s'éclaircit la gorge, qui était devenue si sèche qu'elle en était douloureuse. ''Je…heu… n'ai pas de…mari ?'' Ce n'était pas censé ressembler à une question, mais malheureusement, Shinichi n'avait pu empêcher sa voix de monter en décibel, prit d'une horreur grandissante.

Les sourcils dessinés de la journaliste montèrent sur son front et elle le regarda comme si il était un chiot indiscipliné qu'elle essayait d'éduquer. ''Bien sur que si,'' insista-t-elle, et juste au moment où Shinichi était sur le point de l'informer que si il avait un mari, il le saurait, elle demanda soigneusement, ''Comment va votre mari, le Kaito KID ?''

Ses mots résonnèrent dans l'esprit de Shinichi. Mari…mari…Kaito…Kaito…KID…KID…

Faisant de son mieux pour ne pas avaler sa langue (un exploit plutôt impressionnant, vu à quel point Shinichi essayer de formuler des mots), Shinichi réussit finalement à sortir un ''S…Sans commentaire'' étranglé.

Et puis, il sprinta sur sept pâtés de maison avant de se mettre à l'abri au poste de police, parce que apparemment, les enjoués journalistes de Nippon TV étaient secrètement des athlètes olympiques capables de courir en talons haut et ne pouvant pas être distancés par de pauvres détectives célibataires, et mettez bien l'accent sur le célibataire.


Tout en s'accroupissant à côté du corps au sol, et en grimaçant car le beau PDG en face de lui s'était fait couper les doigts et le nez, ce qui n'aidait certainement pas le fouillis de café et de pain qui habitait actuellement l'estomac de Shinichi, celui-ci fouilla soigneusement les poches et les vêtements de l'homme. Il ne trouva aucun signe de lutte, ce qui signifiait que l'homme avait probablement été sédaté ou drogué d'une façon ou d'une autre.

En se redressant, Shinichi jeta un coup d'œil au bureau minimaliste et clairsemé (un stéréotype des PDG puissants, supposait-il) jusqu'à ce qu'il aperçoive une femme aux yeux rouges et aux lèvres tremblantes, debout près des portes de l'ascenseur. En un coup d'œil, il l'identifia comme étant Miura Junko, la secrétaire de la victime et celle qui avait découvert le corps.

Shinichi contourna un officier de police venant en sens inverse et se dirigea vers Junko, ne s'arrêtant qu'une fois devant elle. ''Miura Junko-san ?'' demanda-t-il, elle acquiesça en balayant les restes de mascara strié sous ses yeux.

''Oui c'est moi.''

''Je suis…'' commença-t-il, mais Junko secoua la tête. En voyant Shinichi hausser un sourcil, elle rougit.

''Je sais qui vous êtes. Tu es Kudo Shinichi,'' expliqua-t-elle. Shinichi hocha la tête en sortant un cahier usé blanc et bleu que KID lui avait donné l'année passée pour son anniversaire.

(Il était assis près de sa tasse de café quand le carnet était apparu le matin de son anniversaire, accompagné d'une note codée qu'il avait déchiffrée en Joyeux anniversaire, mon cher tantei-kun. Depuis, Shinichi l'utilisait avec un mélange d'exaspération affectueuse et de résignation amusée. Que pouvait-il dire, ce stupide voleur s'était en quelque sorte fait une place dans son cœur.

Bien qu'en toute honnêteté, il soit encore perplexe à propos des idées étranges de cette journaliste concernant leur mariage.)

''Alors je n'ai pas besoin de vous dire pourquoi je suis là,'' fit Shinichi à Junko en lui offrant un sourire avenant. Il baissa alors la voix vers un ton un peu plus sérieux. ''Et si nous nous éloignions de la scène de crime pour parler dans un endroit plus calme ?''

Pendant un instant, Junko le regarda fixement, la bouche à moitié ouverte, avant que son expression ne s'assombrisse d'une façon appelant clairement à la mort, à la torture, etc… Shinichi devait admettre qu'il avait déjà vu ce genre d'expressions un certain nombre de fois. ''Qu'est-ce que vous essayez de faire, Kudo-san ?'' grogna-t-elle avec ce qui semblait être de la réprimande dans la voix, en tout cas ça y ressemblait pas mal… ?

Shinichi eut à peine le temps de cligner des yeux et de sortir un « quoi » surpris avant que Junko ne reprenne. ''N'osez pas penser une minute que je ne sais pas ce que vous essayez de faire !'' Cria-t-elle à moitié, ce qui commença à attirer l'attention des policiers vers eux. Shinichi ne sut plus où se mettre.

''J'ai peut-être couché avec mon patron », tonna Junko, faisant lever les sourcils à Shinichi, ''et il était peut-être marié, et sa femme a peut-être tout découvert et à menacé de le tuer, mais qui pensez vous que je suis ?''

''Hum,'' balbutia doucement Shinichi, et Junko lui écrasa presque les orteils en faisant un pas menaçant vers lui, irradiante de fureur. Jamais une femme avec un eye-liner ayant coulé et une jupe crayon ne l'avait autant effrayé, et il était pourtant présent lorsque, une fois, Ran avait été rejetée après un entretien d'embauche.

''Moi,'' cria-t-elle, ''j'ai ma fierté, et je ne vais pas « m'éloigner de la scène de crime » avec l'homme marié à Kaito KID !''

Elle continua alors à déblatérer sur la façon dont Shinichi était effroyablement ingrat et son comportement atroce pour une personne qui était mariée à un homme aussi incroyable, mais le cerveau de Shinichi s'état figé sur « marié à Kaito KID » et aucune autre information ne lui parvint.

Il était sur le point de laisser son carnet quand une main se posa sur son épaule et il se tourna pour voir Sato debout derrière lui, la bouche serrée en une ligne sinistre.

''Là, là, Miura-san,'' coupa-t-elle, interrompant le discours de plus en plus fort de Junko selon lequel tromper quiconque portait une cape était une pure ordure. ''Je suis sûre que vous avez mal compris les intentions de Kudo-kun. Il ne tromperai jamais…'' et à ce moment là elle se tourna vers lui et lui lança un regard purement meurtrier, ''…jamais KID, son mari, n'est-ce pas ?''

Shinichi réussit tout juste à pépier affirmativement en réponse.

''Bien,'' s'exclama Sato avant de se tourner vers Junko avec un sourire. ''Alors, que disiez vous à propos de votre liaison et de la femme d'Akashima ?''

Alors que Junko pâlissait à vue d'œil, bégayante et balbutiante avec ses mots, Shinichi agrippa son cœur, surpris de le trouver toujours en état de marche.

Ça devait être une théorie du complot. Ça devait être ça.


''C'était la chose la plus étrange de toute ma vie'', déclara Shinichi à Ran en se frottant les tempes. De l'autre côté de la table, Ran resta silencieuse, prenant une bouchée de son parfait surdimensionné. ''Je veux dire, je n'ai même pas… je n'avais même pas essayé de la draguer. J'ai simplement suggéré que nous nous éloignions de l'endroit où son employeur avait été brutalement assassiné, par sa femme d'ailleurs, et elle m'a fait toute une leçon sur l'adultère. Et puis, Sato s'est jointe à nous.'' Expliqua-t-il en affaissant les épaules, impuissant, avant de s'effondrer sur son siège.

Ran émit un bourdonnement sans engagement avant de poser sa cuillère. ''Je comprends. Ça a dû être horrible''.

''N'est-ce pas ?'' Dit-il avec un soulagement grandissant dans sa poitrine. Avant de lui en parler, il avait été absolument terrifié à l'idée qu'elle ait une sorte de réaction étrange…

''Mais Shinichi,'' continua Ran en reprenant sereinement une cuillerée de fraises et de glace, ''elle avait raison.''

Shinichi resta bouche bée.

''Tu ne dois rien faire de douteux quand tu viens à peine de te marier,'' réprimanda-t-elle doucement en le regardant d'un air maternel. C'était comme si elle disait : je sais ce qui est le mieux pour toi, mon enfant, alors écoute moi s'il te plait. A la plus grande horreur de Shinichi, elle semblait tout à fait sérieuse. ''ça serait terrible si tu brisais accidentellement la confiance de KID. Je suis sûre que tu ne voulais pas dire ça'', ajouta-t-elle, toujours avec diplomatie, ''mais pense à ce que tu ressentirais si KID demandait à une secrétaire au hasard d'aller un peu plus loin quand tu n'es pas là.''

Pendant un moment, Shinichi imagina KID flirter avec Junko… et il ressentit une sensation dérangeante d'inconfort, qu'il a rapidement rejetée en faveur de l'explication d'une brulure d'estomac… avant de bafouiller avec indignation, ''Mais nous ne sommes pas… KID n'est pas… nous ne sommes pas mariés ! KID n'est pas mon mari !''

Tout en le regardant sombrement, Ran secoua la tête, soupira et mangea sa cuillerée de parfait d'une manière qui ne pouvait être décrite que comme désapprobatrice. Shinichi ne savait même pas qu'il était possible de manger un parfait avec désapprobation jusqu'à présent.

Une fois qu'elle eut fini, elle tendit la main pour toucher sa main. ''Shinichi, ne dis pas ça. Comment penses-tu que KID se sentirait si il t'entendait réfuter ton amour, votre relation ? Je doute qu'il soit heureux. Veux-tu que KID soit triste ?''

''Euh…'' Shinichi cligna des yeux. ''Non ?''

''Je pense que tu sais ce que j'essaye de dire,'' sourit Ran d'une voix apaisante avant de retourner à son parfait.

Shinichi regarda le dessus de la table, se demandant comment ils avaient même réussi à laver le cerveau de Ran.

Et aussi, si il venait vraiment de recevoir des conseils maritaux de son amie d'enfance actuellement célibataire.


''Dis à ton mari qu'il peut aller mourir !''

Pour être honnête, ce n'était pas la première chose que Shinichi s'attendait à entendre en arrivant à la fête de pendaison de crémaillère d'Aoko et Hakuba.

En regardant de l'autre côté de la grande plante en pot qui semblait essayer de dévorer son visage avec ses branches feuillues (depuis combien de temps se cachait-elle dans un coin au fond de la boutique du fleuriste, se demanda-t-il), Shinichi cligna des yeux en regardant Aoko, qui fronçait férocement les sourcils. ''Euh, bonjour, Hakuba-san ?''

Même si elle rougit au fait qu'on l'appelle par son nouveau nom, Aoko ne cessa pas pour autant de le fusiller du regard. ''Tu sais ce que ton mari a fait au mien ?'' cria-t-elle en avançant vers lui pour lui arracher la pauvre plante des mains et la déposer sur la table de la cuisine.

C'était un peu déroutant de voir à quelle vitesse le cerveau de Shinichi avait fait le lien de mon mari ? à, c'est vrai, KID, sans se figer, bruler ou mourir plus que ça. Il commença à penser que c'était le signe qu'il passait trop de temps avec des personnes soumises au lavage de cerveau.

''Je… je ne sais pas ce que KID a fait ton mari,'' dit-il prudemment. ''Je vais dire que cela a surement quelque chose à voir avec le cambriolage que j'ai manqué parce que j'étais malade.''

''Exact'' grogna Aoko avec une voix que Shinichi reconnue comme voulant dire : je vais tuer quelqu'un avec des appareils électroménagers, ''pour ton information, il a teint les cheveux de Saguru en rose.''

Quand Shinichi resta impassible, elle claque, ''Rose vif. Magenta. Cerise.''

Shinichi cligna des yeux. ''Ce sont toutes des nuages différentes, tu sais.''

''Merci pour ton soutien indéfectible, KID-san,'' s'exclama à moitié Aoko en levant les mains de dépit, Shinichi, lui, se figea.

''Comment tu viens de m'appeler ?''

''KID-san,'' répéta Aoko en se dirigeant vers la cuisine pour, Shinichi se raidit, sortir un couteau et se mettre à découper des tomates, probablement pour faire une salade. ''Puisque nous ne connaissons pas son vrai nom, nous allons simplement dire que son prénom est « Kaito » et son nom de famille « KID ». Ce qui signifie…'' elle pointa son couteau vers Shinichi, qui tressaillit, parce que le couteau était couvert de jus rouge qui rappelait légèrement du sang, et qu'il n'avait vraiment pas besoin de cette image, ''…que tu seras KID-san. Vu que vous êtes mariés.'' Elle coupa en deux une tomate avec une force un peu excessive. ''Je ne sais vraiment pas ce que tu trouves à ce stupide voleur.''

''Oh.'' Shinichi se sentit vaguement faible. ''Hum…''

C'est à ce moment là qu'Hakuba émergea de la salle de bain, les cheveux teints d'une lumineuse nuance de fuchsia, et pour un court instant, Shinichi souhaita, en quelque sorte, être marié à KID, car Hakuba avait l'air absolument ridicule, mais il se ravisa rapidement.

Alors qu'Hakuba exigeait de savoir si quelqu'un nommé ''Kuroba-kun'' allait venir et qu'Aoko lui répondait que non (apparemment, il était tombé malade ?), Shinichi se frotta durement les sinus. Il passait définitivement trop de temps avec des personnes soumises au lavage de cerveau.


Tout en gémissant, Shinichi expira lourdement. Il jeta un triste coup d'œil à la pile de dossiers qui se trouvaient au bord de son bureau. ''Écoute, maman, je me fiche de savoir si papa et toi voulez venir à Beika ou pas. Je vais bien.''

A l'autre bout du fil, à l'étranger, le cri de désapprobation de Yukiko crépitait dans ses oreilles. ''Je ne peux pas croire que mon propre fils dirait ça !'' Gémit-elle, et Shinichi sanglota intérieurement.

''Maman, s'il te plait…''

''Mon propre fils !'' Déplora-t-elle. Shinichi ne pouvait qu'imaginer l'attention qu'elle attirait sur eux, étant donné qu'il avait déduit du bruit de fond qu'elle et Yuusaku étaient dans un café à Paris. ''Mon garçon, que j'ai moi-même élevé…''

''Je ne sais pas si tu m'as élevé, mais bien sur. D'accord, d'accord. S'il te plait, viens à Beika. Je ne pas attendre.''

Le cri qui suivit sa phrase fit sursauter Shinichi. ''Vraiment ? Yuusaku, Shin-chan veut que nous venions le voir à Beika ! S'il te plait, s'il te plait, on peut y aller ?'' Yukiko n'attendit pas sa réponse pour chantonner à moitié, ''Oh, nous allons pouvoir rencontrer le mari de notre cher Shin-chan !''

Shinichi, qui était sur le point d'atteindre un dossier, s'étouffa avec sa salive et renversa toute la pile. Il aurait dû savoir que sa propre mère serait en quelque sorte empêtrée dans toute cette histoire de mariage avec KID, même depuis un continent éloigné. ''Quoi ? Maman, de quoi tu parles ?''

''Ho, ne sois pas ridicule, Shin-chan, '' rit stupidement Yukiko, et Shinichi voulu vraiment raccrocher. « Tu t'es marié avec KID quand nous étions en Écosse ! N'ose pas croire que nous n'en avions pas entendu parler. Oh, tu aurais dû voir Yuusaku ! Il était si fier que tu ais rencontré le fils de Toichi-kun et que tu l'ais épousé !''

Les sourcils levés sur son front (Toichi-kun ?), Shinichi reprit, ''Attend, quoi ? Qui est…''

''Qui plus est !'' Continua joyeusement Yukiko, ignorant complètement les bredouillements de confusions de son fils, ''nous serons là dans le dans le mois ! Assure-toi d'amener ton mari que nous puissions l'interroger comme il faut, d'accord ? Bye, Shin-chan !''

La ligne est morte. Inexplicablement, Shinichi voulait pleurer.


Après tant d'années à se pourchasser, Shinichi et KID avaient pris l'habitude de se retrouver sur les toits des immeubles où avaient lieu les cambriolages, après que la police soit partie et que les chaines de télévisions aient pliées bagage pour la nuit. Ils parlaient de tout, du dernier cas de Shinichi aux raisons pour lesquelles KID était KID (bien que l'organisation ait été démantelée depuis longtemps), et Shinichi attendait toujours ces discussions avec impatience, bien qu'il ne l'admette jamais.

Ce soir ne faisait pas exception.

Shinichi était allongé sur le gravier froid du toit, tremblant et en levant les yeux vers le ciel nocturne, quand quelque chose de doux atterrit sur lui. Il lui fallut une seconde pour reconnaitre le tissus blanc et pâle de la cape de KID.

Il se redressa brusquement en regardant fixement le voleur fantôme. ''Quand es-tu arrivé ?''

KID sourit en se laissant tomber à côté de Shinichi. ''Je ne sais pas'', chantonna-t-il, et Shinichi voulu vraiment l'étouffer. Il ne le fit pas, cependant, parce qu'il avait besoin de réponses qu'il doutait que quelqu'un d'autre que KID puisse donner, et aussi parce que le meurtre était une mauvaise chose. Et, d'accord, très bien, parce qu'il ne détestait pas vraiment KID autant que ça.

''Tiens,'' grogna-t-il en poussant la cape vers KID, celui-ci secoua la tête en glissant ses mains gantées sous son cou.

''Tu as l'air d'avoir froid, tantei-kun,'' fredonna-t-il en inclinant le visage pour rencontrer le regard incrédule de Shinichi. ''Et quel genre de mari je serais si je ne t'offrais pas au moins ma cape ?''

''C'est exactement ce dont je veux parler !'' Cria à moitié Shinichi, la cape de KID tombant en tas sur ses cuisses. Sa voix était rongée par la circulation nocturne dans les rues en contrebas, mais vu les yeux écarquillés de KID, il l'avait bien entendu. ''C'est quoi tout ses trucs de mari ? Je ne comprends pas ce qui se passe ! Tout le monde dit que nous sommes mariés ! Ce qui est complètement ridicule, je suis sur que tu le sais, mais tout le monde semble penser que je suis fou de ne pas savoir ce qui se passe !'' Il savait qu'il divaguait, mais l'expression de KID était si illisible qu'il ne pouvait pas s'arrêter. ''Une journaliste m'a demandé comment allait mon mari ! Je me suis fait rappelé à l'ordre par une secrétaire parce qu'elle pensait que je la draguais ! Ran m'a donné des conseils maritaux ! Aoko m'a appelé « KID-san » parce qu'apparemment c'est mon nom maintenant vu que nous sommes mariés ! Mes parents veulent te rencontrer pour voir si tu es un bon gendre !''

Il s'arrêta enfin, essoufflé et fixa KID. Ses lèvres étaient entrouvertes et ses (magnifiques) yeux indigo étaient élargis de stupéfaction derrière son monocle. ''C'est fou non ? Nous sommes mariés ?''

KID ferma la bouche, déglutit, ouvrit la bouche, puis la referma. C'était un peu comme regarder un poisson hors de l'eau. Shinichi haussa les sourcils, attendant sa réaction.

Il s'attendait à un rire étranglé de terreur, ou à un autre bruit de surprise. Mais il ne s'attendait pas à de la tension, ''Attends… ce n'est pas le cas ?''

Ce fut au tour de Shinichi de passer en mode poisson rouge hors de l'eau alors que toute activité dans son cerveau s'arrêtait net.

Il réussit à peine à balbutier, ''Quoi ?'' avant que KID ne reprenne, ''Tu ne te souviens pas du casse du roi de tanzanite, il y a quoi, un mois ?'' Shinichi s'en souvenait – le roi de tanzanite était une tanzanite surdimensionnée posée sur une bague en or blanc, mais avant qu'il ne puisse le dire, KID continua.

''Et quand je suis venu rendre le bijou après l'avoir examiné, tu m'attendais, pas vrai ? Parce que j'ai laissé cette note,'' dit-il rapidement, et était-ce de la panique dans ses yeux ?'' Et puis je t'ai proposé de m'épouser et nous nous sommes mariés ! Je t'ai dit : « veux-tu être avec moi pour le reste de ta vie ? » et tu as répondu « oui » !''

Brusquement, Shinichi sembla se rappeler de ce que KID avait vraiment demandé : « Tu ne veux pas continuer à me poursuivre ? Parce que tu le feras pour toujours, tu sais », et il avait répondu : « Bien sur que oui, idiot de voleur, » mais il pouvait plus ou moins voir où KID voulait en venir.

''Alors j'ai mis la bague à ton annulaire gauche, j'ai éteins les lumières et je suis parti. Je t'aurais emmené avec moi pour notre lune de miel, mais tu as continué à te déplacer dans le noir et je n'ai pas put te trouver,'' expliqua rapidement KID, Shinichi en resta bouche bée.

''Ce… tout ce temps j'ai pensé… attends, mais il n'y a pas… vous tu es…'' Shinichi balbutia, jetant rapidement ses pensées par fragments, avant de finalement réussir à dire, ''Je ne connais même pas ton nom !''

''Kuroba Kaito,'' répondit immédiatement KID, un brin de désespoir bien trop tangible dans la voix. Ce qui semblait tellement hors de son caractère habituel que Shinichi s'arrêta pour l'examiner.

Et une fois qu'il le regarda, le regarda vraiment, il comprit instantanément. KID, Kaito, avait passé tout le mois précédent à croire qu'il avait obtenu de Shinichi ce qu'il souhaitait, à croire qu'ils étaient mariés, à croire que Shinichi lui avait rendu son amour.

Ce que Shinichi considéra faiblement comme n'étant… peut être pas si loin de la vérité.

Il s'éclaira la gorge avant de parler, levant le menton avec condescendance. ''C'est ridicule. Il n'y a pas moyen que nous soyons mariés. ''Alors que le visage de KID s'assombrissait, abattu, il finit rapidement, ''Parce que tu ne m'as même pas embrassé.''

KID se figea, s'immobilisant complètement, et Shinichi ne put presque pas empêcher une certaine rougeur de s'installer.

''Tu veux dire que tu…'' commença KID, et Shinichi haussa les épaules à la hâte, essayant de dissiper la sensation collante et chaude qui imprégnait ses poumons.

''Je veux dire, tout le monde pense déjà que nous sommes mariés, alors, tu sais… nous pourrions tout aussi bien, heu…''fit-il en essayant de paraitre indifférent, et échouant de façon assez spectaculaire, mais KID ne s'en souciait clairement pas, à en juger par la douceur qui se rassemblait dans ses yeux alors qu'il se penchait un peu. Shinichi pouvait compter ses cils et dessiner des constellations imaginaires entre les petites tâches de rousseur sur le pont du nez de KID.

''Tu veux un baiser, c'est ça ?'' Murmura KID. Shinichi ouvrit la bouche, pour essayer de faire un commentaire sarcastique, mais les lèvres de KID furent alors contre les siennes, inflexibles mais d'une douceur déchirantes. Les mains de KID se levèrent pour prendre le visage de Shinichi en coupe, le tissu de ses gants rugueux sur sa peau, il laissa alors échapper un doux soupir dans le baiser.

KID, Kaito, c'était son nom, Kaito, recula, et Shinichi voulu désespérément se perdre dans ses yeux indigo. Il tendit la main, presque comme dans un rêve, pour retirer son monocle. Il était chaud au toucher, probablement parce qu'il était sur le visage de Kaito depuis un moment.

''Kaito,'' chuchota-t-il, presque avec respect, et tout le visage de Kaito s'éclaira. Il étouffa alors Shinichi dans un nouveau baiser, mordillant sa lèvre inférieure et en mêlant sa langue à la sienne.

Ce ne fut que plusieurs minutes plus tard que Shinichi recula, haletant rapidement. ''Attend une seconde,'' s'étouffa-t-il tandis que Kaito plongeait distraitement dans sa clavicule, ''attends une seconde, tu es Kuroba Kaito ? Ça veut dire que tu l'ami de Hakuba ?''

S'immobilisant immédiatement, Kaito recula pour regarder Shinichi bouche bée. ''Tu le connais ?''

''Nous nous sommes rencontrés lors d'une convention sur Sherlock Holmes,'' expliqua Shinichi, et il ne manqua pas le roulement des yeux de Kaito. ''La ferme. Mais oui, je connais Hakuba. Et sa femme.''

''Aoko ?'' S'étouffa Kaito, Shinichi hocha la tête.

Avec un air perplexe, Kaito battit d'une main entre eux. ''Évidement, nous allons vouloir qu'ils sachent pour nous, mais comment diable allons nous leur expliquer le truc « tu es marié à KID qui est en fait moi » ?''

Ils restèrent silencieux un long moment.

''…Tu veux recommencer ?'' Proposa finalement Shinichi.

Kaito le fixa un instant. ''…Sûr.''

Ils pourraient gérer tout ça plus tard, décida Shinichi en enroulant ses bras autour du cou de Kaito et en le tirant vers l'avant. Après tout, ils avaient une lune de miel entière à rattraper.