Chapitre 2

D'ordinaire si serein dans le sommeil, son beau visage si lisse et auréolé de cheveux noirs était aujourd'hui crispé et tendu, limite grimaçant et cela depuis quelques nuits déjà. Bien qu'il sache parfaitement cacher ses sentiments et ses émotions lorsqu'il était conscient, ses nuits agitées savaient révéler la vérité. Pourquoi ne lui disait-il pas ce qui le perturbait ? Comment l'aider s'il ne se confiait pas ? Pourquoi ce silence ? Le doute s'installait lentement dans son esprit.

« Penses-tu que je sois incapable de te comprendre ou de t'apporter du réconfort ? A quoi je sers si je ne peux pas te soutenir ? Quelle est véritablement ma place dans ta vie ? Que suis-je pour toi ?… »

Un soupir…

Ce souci qui lui barrait actuellement le front commençait à déteindre sur leur quotidien. Et même sur leur sexualité. C'était comme s'il n'était pas totalement présent lorsqu'ils faisaient l'amour : présent de corps mais pas d'esprit.

La peur commençait à tordre son ventre. Des tas d'idées ne cessaient de lui traverser l'esprit parce que lorsque le sexe ne fonctionne plus dans un couple, c'est le couple qui part à la dérive. C'était bien connu.

« M'aimes-tu encore ? Souhaites-tu mettre un terme à notre relation sans savoir comment me le dire ? Ai-je fait quelque chose de mal ? Que se passe t-il ? Tout allait si bien… »

Une mèche sombre glissa alors sur la joue du bel endormi aussitôt repoussée par de longs doigts dans une caresse affectueuse mais tremblante.

L'angoisse et la fatigue eurent finalement raison de ses lugubres interrogations. Ses yeux se fermèrent, happés par le sommeil…

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Il referma la porte de sa chambre et s'appuya contre le mur. Cette journée avait été horrible pour ses nerfs. Il avait dû subir aujourd'hui son premier omiai. Subir, il n'y avait pas d'autre mot pour exprimer son ressenti. Les trois jeunes femmes qu'il avait rencontrées étaient certes charmantes, belles et avaient été éduquées dans le but d'épouser un jour des hommes influents. C'était justement là que les choses n'allaient pas. Il lui semblait qu'elles avaient toutes la même personnalité. Elles étaient incapables de montrer qui elles étaient vraiment probablement par crainte d'être rejetées. Tellement façonnées qu'elles en étaient… insipides. Comment le conseil pouvait-il penser qu'il se sentirait attiré par une femme incapable de s'exprimer ? Hisana n'avait jamais eu peur de lui parler ouvertement, de le critiquer, de ne pas être en accord avec lui. C'était précisément ce qui lui avait plu en elle. Ce n'était pas parce qu'elle était l'épouse du chef de clan des Kuchiki qu'elle le suivait aveuglément sans jamais rien dire. Elle restait toujours douce et calme mais ne manquait pas de confiance en elle.

Mais le plus difficile en fin de compte n'avait pas été de supporter ces « entretiens ». C'était ses remord de lui avoir caché la vérité. Il lui avait délibérément menti sur ses activités de la journée, lui disant simplement qu'ils ne pourraient pas se voir ce jour. Il revoyait son expression figée, blessée qui passait de plus en plus souvent sur son visage. Et cela lui avait comprimé le cœur en comprenant ce que signifiait cette expression : le doute.

« Ne te mens pas à toi-même Byakuya, tu savais que ça finirait par arriver. Tu vas devoir lui apprendre la vérité. »

Et il ne savait pas du tout comment s'y prendre. Heureusement, songea t-il soudainement, que Rukia n'était pas présente actuellement. Elle était dans le monde humain pour un mois encore. Il aurait été incapable de gérer la situation si elle avait été là.

Il soupira en repensant à la conversation qu'il avait eue avec le conseil après cet omiai. Il avait été clair : aucune de ces jeunes femmes, jeunes filles même, à marier n'avaient attiré suffisamment son attention pour organiser une seconde rencontre. Ce qui avait suscité du mécontentement auquel il avait coupé court en affirmant que sa position lui permettait de refuser. Il était le chef d'un des plus importants clans du Seireitei. C'était ces jeunes femmes et leurs familles respectives qui avaient intérêt à une alliance avec les Kuchiki et non l'inverse ce qui lui conférait tout de même le droit de choisir qui il voulait.

Et cette explication qu'il avait pourtant lancé avec son calme olympien que tout le monde lui connaissait lui avait donné la nausée tant elle sonnait faux. Il gagnait simplement du temps. Encore…

Pour l'heure, il n'avait envie que d'une seule chose : se détendre dans un bain sans ne plus penser à rien. Il en allait de son équilibre mental. Il se détacha lentement du mur et se dirigea vers sa salle de bain privée. Hina-san lui avait déjà préparé l'eau comme il l'aimait. Ses vêtements tombèrent sur le sol, son keisekan fut déposer sur un meuble et il se glissa avec délice dans l'eau parfumée. Bientôt il s'endormit sans en avoir conscience jusqu'à ce qu'un long frisson lui parcoure l'échine et ne le force à rouvrir les paupières. Combien de temps s'était-il écoulé ? L'eau était pratiquement froide. Sans plus attendre, il sortit du baquet et s'enroula dans une épaisse serviette. Il se frotta pour réchauffer sa peau puis enfila un yukata. Il était épuisé. Lentement, il gagna sa chambre qui était plongée dans l'obscurité et se figea en découvrant une silhouette assise sur son lit dont il devina rapidement l'identité. Bien que le réiatsu soit parfaitement masqué, il n'y avait qu'une seule personne qui soit capable d'atteindre sa chambre sans être remarqué.

« Que fais-tu là ? Je t'avais pourtant dit que nous ne pourrions pas nous voir. »

Le ton était plus cassant qu'il ne l'aurait voulu mais il était pris au dépourvu.

« Je sais mais j'avais envie de vous voir. »

La silhouette se leva révélant alors une haute stature sombre qui se découpait dans l'obscurité de la pièce. Elle s'avançait lentement vers le noble dont le cœur s'accéléra trop assailli par les différentes émotions qui passaient en lui. Des mains se posèrent sur ses épaules et il fut attiré dans une chaude étreinte. Des lèvres avides se posèrent sur son cou et remontèrent lentement, sensuellement, vers son oreille gauche. Byakuya ne put empêcher un frisson de le parcourir mais il ne savait pas comment réagir. Il se sentait tellement coupable. Tout au long de cette terrible journée il n'avait cessé de penser à ses bras forts tout en les redoutant, espérant leur réconfort tout en sachant qu'il ne le méritait pas. Pourtant, malgré lui, ses bras se levèrent et encerclèrent la large poitrine pressée contre lui ce qui enhardit le visiteur non attendu. Byakuya pouvait sentir à travers son fin yukata le corps tendu de son assaillant qui repoussa le tissu de son épaule afin d'embrasser la peau qui longeait la clavicule délicate bien qu'indéniablement masculine. Un gémissement incontrôlé s'échappa du noble qui mordit se lèvre inférieure pour tenter de retenir le suivant sans beaucoup de succès. La bouche gourmande qui parcourait son épaule encore quelques secondes plus tôt venait de migrer et s'attaquait désormais à son torse. Une langue avide entreprit un balai humide sur le mamelon qui durcit instantanément. Ce fut presque un cri qui monta dans sa gorge. Pourtant, les sensations que son corps ressentait et qu'il exprimait presque malgré lui n'atteignaient pas réellement sa conscience.

Trahison.

Il ne trahissait pas son amour mais sa confiance.

Byakuya se retrouva allongé sur le futon moelleux sans s'en rendre compte. Il sentait les mains parcourir son corps et bientôt elles se glissèrent sous le yukata. L'une d'entre elles s'aventura entre ses cuisses et son dos s'arqua sous le plaisir qu'il n'arrivait pourtant pas à apprécier à sa juste valeur. Tandis qu'il était avidement caressé, les images de sa journée passaient en boucle dans sa tête, les mots échangés exprimant les avantages d'une union traversaient son esprit comme un poison. Entre deux pensées sombres il réalisa que le yukata avait été entièrement ouvert offrant la vue de son corps nu. La langue baladeuse léchait consciencieusement son ventre, s'introduisait dans son nombril de manière érotique. Son corps réagissait mais il avait la sensation d'être pris dans un filet l'empêchant de participer à l'échange. Il ne ressentait ni l'envie ni le courage de dévêtir à son tour ce corps qui se pressait contre lui.

Et puis soudain, tout stoppa. Le corps chaud et fort se détacha du sien, les lèvres avides ne l'embrassèrent plus et il ressentit la morsure de la fraîcheur de la nuit sur sa peau nue. Surpris, il ouvrit les paupières et rencontra des yeux blessés, exprimant un mélange confus de peur et de colère. La voix qui s'éleva alors était tremblante.

« Vous n'êtes plus le même depuis quelques temps. Je le sens bien. Quand on fait l'amour, c'est comme si votre corps était là mais pas votre esprit. Vous ne me touchez plus comme avant, vous ne me touchez même plus du tout. Si ce n'est pas moi qui viens vers vous, vous… Vous n'avez plus envie de moi… »

La voix mourut dans un soupir de peine attisant la sienne.

Byakuya se redressa lentement et resserra les pans de son yukata autour de son corps glacé. Il n'avait plus le choix, il devait lui dire la vérité. Le visage qui lui faisait face avait pâli en suivant les gestes qui refermaient le fin vêtement. Le noble savait que ses mouvements étaient mal interprétés mais se rhabiller était nécessaire.

« Asseyons-nous, Renji. Il faut que nous parlions. »

Ces mots prononcés si faiblement et pourtant sans hésitation brisa son cœur déjà fragilisé par les doutes qui l'assaillaient depuis quelques jours. C'était la fin. Sa respiration se coupa et donna une emphase dramatique à ce qu'il répondit malgré lui. Renji ne voulait pas prononcer ces phrases mais sa bouche semblait parler pour lui.

« Vous ne m'aimez plus, n'est-ce pas ? Et vous n'avez pas le courage de me le dire, c'est ça ? »

Le ton était accusateur et douloureux, insupportable aux oreilles du brun. Son cœur se tétanisa, littéralement, à l'entente de ses mots durs et cruels. Ses yeux s'ouvrirent en grand et il fut déstabilisé durant quelques secondes. Comment pouvait-il penser une telle chose ? S'était-il montré si distant qu'il en vienne à douter de ses sentiments ?

Non. Tout mais pas cela. Qu'il ait abusé de sa confiance ces dernières semaines était une chose mais penser cela en était une autre.

Byakuya glissa sur le futon pour rejoindre Renji dont la tête était baissée et les poings serrés. Il posa délicatement ses mains sur ses joues et le força à relever la tête. Il plongea ses yeux anthracites dans les prunelles brunes et malheureuses qui tentaient de fuir son regard, essayant de lui transmettre dans ce seul échange tout ce qu'il ressentait pour lui.

« Renji, regarde-moi. »

Renji dut se faire violence pour répondre à cette demande. Il ne voulait pas voir de ses propres yeux qu'il avait raison. Mais il n'avait pas le choix. Pourtant, ce qu'il lut dans les orbes grises n'était pas du tout ce à quoi il s'attendait. Il sentit une pointe d'espoir envahir son cœur.

« Renji, ôte-toi immédiatement de la tête cette idée stupide. Je sais que je suis plutôt réservé et que je n'ai pas cette franchise que tu as dans l'expression de tes sentiments. Mais je t'aime. N'en doute jamais. »

L'air remplit à nouveau les poumons de Renji. Ces mots qu'il n'entendait que si rarement le ramenèrent à la vie. Il l'aimait toujours. Le sang irrigua ses veines comme un raz-de-marée. Mais dans ce cas ?…

« Alors pourquoi ? Je ne comprends pas. Qu'est-ce qui a changé ? »

Byakuya caressa le visage plus détendu bien qu'encore soucieux puis laissa retomber ses mains. Il exhala un soupir. Alors qu'il venait de rassurer son amant, il était sur le point de bousculer son monde. Leur monde. C'est pourtant à nouveau sans hésitation qu'il commença ses explications.

« Tu dois savoir que je mène un combat depuis plusieurs décennies maintenant. Ce combat a débuté quelques temps après la mort d'Hisana. Jusqu'à dernièrement, j'étais parvenu à esquiver avec plus ou moins de succès le problème tout en sachant qu'un jour viendrait où je me retrouverais impuissant et acculé. Parce que, si le clan venait à se liguer contre moi, il n'y aurait pas beaucoup de solutions mis à part me plier à leurs exigences. Et j'aurais probablement cédé de guerre lasse. Mais tout est différent aujourd'hui parce qu'il y a toi. Mais cela ne résout en rien le problème. Bien au contraire.

_Vous me faites peur Byakuya. Qu'est-ce qui se passe ?

_Je te le cache depuis plusieurs semaines maintenant. Si je ne t'ai rien dit, ce n'est pas par manque de confiance mais parce que j'espérais trouver une solution à ce fameux problème. Et aussi je ne voulais pas te perturber. Mais il semble que mon silence ait finalement insinué le doute en toi. J'en suis désolé. Ce n'est pas mon intention. »

Il soupira à nouveau avant de poursuivre son récit. Récit qui faisait nager Renji en pleine confusion.

« Le conseil des anciens s'est donc ligué contre moi. A force de refuser, les anciens ont décidé de choisir pour moi. Et aujourd'hui ils exigent… Exigent que je donne un héritier au clan en prenant épouse. »

Un énorme rocher tombé pile sur sa tête ne l'aurait certainement pas assommé autant que cette nouvelle. Sa bouche s'ouvrit d'effroi et son cœur frôla la crise cardiaque comme quelques minutes plus tôt. Avait-il bien compris ? Non, il avait mal entendu…

« Que… Quoi, bégaya t-il.

_Tu as bien compris, Renji.

_Oh Kami-sama… »

Renji plongea son visage entre ses mains. C'était un cauchemar. Oui, un cauchemar qui ne s'éloignait pas beaucoup des doutes qu'il avait eu et que Byakuya venait à peine de dissoudre. Finalement, bien qu'il l'aimait toujours, la situation était encore pire que précédemment. Il aurait sans doute mieux valu que l'amour ait disparu.

Il allait se marier. Il allait le perdre. Le résultat était le même.

« Vous allez vous marier et moi… Moi… Qu'est-ce que je deviens dans tout ça ? »

La voix d'ordinaire si sûre d'elle et provocante était étouffée par les larges mains qui cachaient le visage du lieutenant. Byakuya réitéra presque le même geste que quelques intants plus tôt en plaçant ses mains sur celles de son amant pour lui dégager la figure. Il rencontra une certaine resistance avant d'atteindre son but. Un chatouillement se fit alors sentir sur ses doigts. Il baissa le regard pour constater avec surprise que quelques gouttes d'eau y glissaient. De l'eau ? Mais…

Il reporta son attention sur Renji pour découvrir un visage baigné de larmes qui glissaient silencieusement le long de ses joues. Et cela le déstabilisa plus qu'il ne l'aurait jamais cru. Jamais il n'aurait imaginé voir Renji pleurer. Il semblait toujours si fort.

Oui, comme moi alors qu'en fait, je ne suis pas si fort que je le laisse croire.

Aussitôt la réalisation faite, il encercla les épaules du shinigami et l'attira contre son torse, dans une forte étreinte dans l'espoir de le réconforter.

« Je t'en prie, ne pleure pas. Je ne t'abandonnerai pas, je ne me marierai pas. La seule personne avec laquelle je veux être, c'est toi. Je trouverai un moyen de contrer le conseil. Je trouverai… »

Il ne savait toujours pas comment, mais il y parviendrait. Les poings de Renji se refermèrent sur le tissu du yukata et ces pleurs se calmèrent finalement.

Renji se sentait pathétique et honteux. Comment avait-il pu réagir ainsi, comme une gonzesse ? Ce n'était tellement pas lui. Il ne se rappelait de la dernière fois qu'il avait pleuré. Même enfant, alors que tout allait mal à Rukonkai, il ne se souvenait pas avoir verser de larmes. Mais il l'aimait tellement, il ne voulait pas le perdre. Pour rien au monde. Et surtout pas pour un gosse. Une minute…

Il rouvrit soudainement les yeux en se souvenant de ce détail. Byakuya ne lui avait pas dit que les anciens voulaient qu'il se marie et qu'il ait un héritier mais qu'il devait avoir un héritier donc qu'il devait, pour se faire, se marier !

Il s'écarta brusquement de son capitaine et le toisa presque hargneusement même si cela n'était pas directement dirigé contre lui.

« Est-ce que j'ai bien compris ? Ils veulent un héritier ? C'est pour ça ? Tout ça parce qu'ils veulent que vous ayez un môme ?

_C'est effectivement ce que j'ai dit.

_Mais… Mais ils vous prennent pour une reproducteur ou quoi ? C'est tout ce qui les intéresse ? Et votre bonheur ? Votre volonté ? Ils s'en foutent ou quoi ? »

Un mince sourire s'étira. Le Renji qu'il aimait était de retour. Fonceur et presque grossier dans ses propos. Tellement différent de lui. Comment croire qu'ils aient pu finir par s'aimer. Mais là n'était pas la question du moment.

« Il y a une chose que tu dois comprendre : la noblesse ne fonctionne pas de la même manière que le peuple. Je suis le chef du clan. Je dois m'assurer de l'avenir et de la pérennité de ma famille. J'ai hérité mon titre de mon père et c'est ainsi depuis toujours. Le père le lègue au fils ou à la fille. C'est une règle implicite mais incompressible. Hisana est morte avant de me donner un enfant. Comme je te le disais, je savais qu'un jour, à force de refuser, je serais mis au pied du mur. Et je savais aussi que j'accepterais de me remarier un jour même si ça ne serait pas par amour, comme avec la sœur de Rukia. J'espérais sans doute un mariage au moins basé sur le respect. Mais tu es entré dans ma vie et cela a tout changé. Je ne savais pas comment te le dire. Je connais tes réactions parfois excessives. Il était plus évident que tu prendrais mal les choses. Puis-je t'en blâmer ? Alors si je t'avais donné la raison qui nous empêchait de nous voir ce jour… »

Renji fronça les sourcils. Il savait qu'il n'aimerait pas la réponse avant même de poser la question.

« Et vous faisiez quoi aujourd'hui ?

_Et bien… Comment dire, fit-il mal à l'aise, je… Hum… J'étais à un omiai orchestré par les anciens.

_Un… Un omiai ?... Avec des femmes ? »

Byakuya était aussi souvent soufflé par la bêtise de cet homme.

« _Evidemment avec des femmes ! Baka !

_Baka ?! C'est tout ce que vous trouvez à me dire alors que vous vous la couliez douce entouré de minettes ?

_Ah parce que tu crois que je me la « coulais douce » ? Je n'ai pas cessé de penser à toi durant cette satanée journée ! J'avais la sensation de te trahir même si tout cela ne comptait pas pour moi ! Crois-tu que j'ai eu le choix ? Je ne fais que gagner un peu de temps. D'autant que l'enjeu est bien plus important qu'il n'y parait ! Tu n'as pas idée à quel point c'est grave !

_Et bien expliquez-moi clairement les choses ! Ou me trouvez-vous donc trop stupide pour comprendre ? »

Le ton était monté sans qu'ils ne le veuillent vraiment. La situation aurait pu être drôle si le sujet n'avait pas été aussi sérieux car ils étaient restés dans les bras l'un de l'autre malgré la dispute. Le réalisant chacun de leur côté, ils inspirèrent pour se calmer sans pour autant se lâcher. Renji ne put réprimer un petit sourire. C'était tellement rare de voir son capitaine s'énerver.

« La procédure de vote qu'ils ont utilisée pour me forcer la main pourrait me coûter ma place de chef. Si je n'accède pas à leur volonté, je pourrais être renié pour ne pas avoir accompli un des principaux devoirs de chef de clan : assurer la succession.

_Renier ?... Comme foutu à la porte de chez vous sans bagage et sans argent ? »

Byakuya resta un moment interdit face à cette image. Renji avait une manière toute particulière de visualiser les choses. Mais en l'occurrence, il avait raison.

« C'est tout à fait cela. »

Un découragement sans faille s'abattit sur les épaules du fukutaicho. Il n'y avait pas d'issue possible. Jamais il ne demanderait à l'homme qu'il aimait de laisser tomber son clan pour lui. Byakuya Kuchiki était un noble de haut rang, un chef de clan puissant et respecté. Que se passerait-il si l'on apprenait qu'il perdait tout à cause de sa relation avec un autre homme ? Un homme comme lui qui vient du Rukonkai. Il se détacha complètement des bras de l'homme et son corps s'affaissa sur lui-même.

« Alors c'est foutu. Y'a pas d'issue.

_Non ! Je refuse d'abandonner. Il doit y avoir un moyen et je le trouverai ! »

Byakuya plongea son regard le plus déterminé dans les yeux du jeune homme qui put y lire toute sa volonté. Il ne put que croire à ces mots même si, désormais, une ombre planait sur son cœur : la peur de perdre son bonheur.