Chapitre 4
Affalé sur la petite table en bois, plusieurs coupes de saké vides autour de lui, Renji ne savait plus trop où il était. Le goût de l'alcool lui brûlait la gorge mais il décida que c'était plutôt agréable. En revanche, il ne se souvenait plus trop pourquoi il était là et tout seul. Il n'était pas particulièrement un saint et avait perdu depuis longtemps le compte de ses nombreuses gueules de bois. Mais qu'il soit venu s'enivrer seul, ça, c'était bizarre. Mais il avait la tête bien trop lourde pour se poser plus avant la question. Il tenterait d'y repenser quand il serait sobre. Et si, bien sûr, son cerveau se montrait suffisamment coopératif pour remonter le temps et lui fournir l'explication à tout ceci.
Mais pour l'heure, complètement dans le coton, il savourait cet état de quasi inconscience qui lui vidait la tête.
Il soupira et tenta de bouger pour s'emparer d'une bouteille mais son bras était si lourd qu'il y renonça.
Un autre question lui traversa furtivement l'esprit : s'il était même incapable de lever le bras, comment ferait-il pour traîner sa carcasse jusque chez lui ?…
Non mais quand même, quelle idée de s'enivrer seul. Au moins, quand ils faisaient cela à plusieurs, il y en avait toujours un qui était suffisamment en état pour le ramener chez lui. Voilà pourquoi il fallait être plusieurs pour picoler : par sécurité.
Renji gémit tout en essayant de changer de position. Son bras était engourdi, ça commençait à lui faire mal. Il parvint à tourner la tête pour la poser sur son autre bras qu'il plaça le plus confortablement qu'il put. Il était bien incapable de faire plus de mouvements que ces deux là. Il ouvrit les yeux mais sa vision avait été plus excellente. Bon sang, il tenait là une sacrée couche. Ca lui promettait une belle migraine lorsqu'il aurait cuvé. Sa vision brouillée lui indiqua que deux hommes venaient de s'asseoir à la table à côté de la sienne. Ils n'étaient pas shinigamis car ils portaient un kimono. Ou peut-être étaient-ils seulement en congés, se dit-il aussi. Il referma les yeux et ne leur prêta plus vraiment d'attention. Il les entendait parler sans vraiment les comprendre et puis, il perçut des brides de phrases qu'il n'arrivait pas à analyser mais qui, bizarrement, lui semblaient extrêmement importantes. Il tomba dans un sommeil peuplé de rêves étranges où il pourchassait son capitaine sans parvenir à le rattraper…
Il se sentait apaisé pour une raison inconnue mais sa quiétude fut interrompue par une légère secousse, puis une autre et encore une autre. Une voix se fit entendre au lointain, comme s'il était tout au fond d'une grotte et que les sons lui parvenaient de très très loin. Qu'est-ce que c'était que ça ? Pourquoi ne lui foutait-on pas la paix ? Il grogna et tenta inconsciemment de repousser cette gêne mais bien inutilement. Il devait se rendre à l'évidence : il allait devoir ouvrir les yeux pour voir ce qui se passait.
Et bien mal lui prit !
Les paupières à peine entrouvertes, une violente lumière lui agressa les rétines lui infligeant une forte douleur dans la tête qui l'obligea à les refermer aussi vite.
Nom de Dieu…
Cette douleur, pas de doute, il savait ce que c'était : un lendemain de soirée trop arrosée. Un goût âcre lui monta en bouche. Il tenta d'humidifier ses lèvres mais sa langue était si pâteuse que ça lui donna la nausée. Dans son brouillard, il perçut qu'une personne lui parlait. Ce qui fit tinter les cloches de tous les temples du Seireitei en même temps dans ses oreilles.
« Oh pitié, moins fort, ma tête va exploser, gémit-il en se prenant la tête entre les mains.
_Je suis désolé mais nous allons fermer. Vous ne pouvez pas rester là. C'est bien parce que vous êtes un habitué que nous vous avons laissé dormir sur la table le plus longtemps qu'on ait pu.
_Quoi ? Dormir sur la table ? »
Avec difficulté il releva la tête et observa ce qui l'entourait. Il reconnut le bar qu'il fréquentait avec ses amis et qui se situait dans le 3ème district. Il chercha du regard Ikkaku ou Hisagi mais ne vit personne. L'employé le voyant faire, et comprenant qu'il était complètement perdu, vint à son secours.
« Vous êtes venu seul et vous vous êtes saoulé jusqu'à plus soif. Vous vous êtes écroulé sur la table. »
Il se garda bien de lui dire que tous les employés du bar ainsi que le patron s'étaient demandés ce qui avait bien pu lui arriver pour qu'il vienne boire à en perdre connaissance. Ce client était un habitué plutôt joyeux qui venait ici avec ses amis, pratiquement toujours les mêmes, pour s'amuser. Or, cette fois, il avait été évident que les raisons à sa cuite étaient toutes sauf joyeuses.
« Seul ? Pourquoi ? »
Et le flash ! Tout lui revint en mémoire avec la netteté d'un zanpakuto bien aiguisé qui tranche sans la moindre hésitation un hollow en deux.
La douleur revint dans sa poitrine menaçant de faire resurgir avec force son réiatsu.
Il se redressa alors vivement malgré sa douleur intracrânienne.
Mon réiatsu ! Je n'ai pas fait attention depuis que je me suis réveillé. Il va être capable de me retrouver. Il faut que je file d'ici, je ne me sens ni capable ni même en état de me retrouver face à lui.
Il se leva et fut pris d'une nausée qu'il réprima avec mal. Tanguant, il se fit violence pour rester debout. Il masqua à nouveau son énergie, fourra une main dans sa poche pour en extirper des billets puis se tourna vers le serveur.
« Tenez, ça devrait suffire. Gardez la monnaie, c'est pour le dérangement que je vous ai causé. »
Et il disparut de la vue du serveur qui n'avait pas eu le temps de le remercier. Il jeta un œil sur l'argent qu'il tenait dans la main pour constater, qu'effectivement, il en avait plus qu'assez. C'était le meilleur pourboire qu'il n'avait jamais eu dans sa vie de serveur. Il ne lui restait plus qu'à mettre ça dans la caisse et prendre sa part. Il se retourna, le sourire aux lèvres.
Pour se retrouver nez à nez avec un homme surgit de nulle part. Il recula d'au moins quatre pas en criant de frayeur pensant avoir à faire à un quelconque voleur.
« Ah ! Kami-sama ! »
Ses yeux glissèrent rapidement sur la haute silhouette et s'accrochèrent sur le drôle d'accessoire qu'il avait dans les cheveux. La première surprise passée, il avisa l'uniforme et le katana ce qui lui fit réaliser que l'homme face à lui était sans contexte un shinigami. Et le haori blanc qu'il portait lui indiqua que cet homme était un capitaine. Cela le rassura un peu mais il déchanta en rencontrant le regard froid et implacable qui lui glaça le sang.
Les orbes grises et perçantes se détachèrent de lui et jetèrent un regard circulaire dans la salle puis se reposèrent sur lui. L'ordre claqua comme un coup de fouet.
« Où est-il ? »
La voix impérieuse brisa le silence.
« Hein ? »
De quoi il parlait ? Il débarquait sans crier gare et posait une question qui n'avait pas de sens. Qu'est-ce qu'il lui voulait ?
Byakuya était sûr de lui : Renji était présent en ce lieu il y avait à peine quelques instants. Il pouvait encore sentir les effluves de son réiatsu. Il perdait un temps précieux avec cet incapable qui ne comprenait rien.
Et cette petite voix qui lui soufflait que le pauvre bougre n'avait aucun moyen de comprendre.
« ll y avait un shinigami ici il n'y a pas plus d'une minute. Où est-il ?
_Aaah, le gars aux cheveux rouges, répondit-il comprenant enfin le sens de la question.
_Oui, répondit-il sèchement, profondément agacé.
_Bah, il était là, complètement ivre à dormir sur la table. Je l'ai réveillé car je dois fermer. Il a eu du mal à émerger. Et puis, tout à coup, il s'est levé comme s'il avait le diable aux trousses, m'a payé sans compter et il a disparu de la même manière que vous, vous êtes apparu. Il ne s'est pas passé cinq secondes entre son départ et votre arrivée. »
Byakuya ne prit pas la peine de répondre et disparut à son tour dans un shunpo laissant le serveur sonné.
Ah, ces shinigamis…
Byakuya s'immobilisa à une centaine de mètres du bar mais il devait se rendre à l'évidence : il avait à nouveau perdu sa trace.
Un découragement sans précédent pour lui s'abattit sur ses épaules. Il y était presque. Il avait guetté la présence de son amant toute cette satanée journée. Quand il avait enfin trouvé un faible rayonnement de son énergie spirituelle, il avait foncé sans prendre le temps de réfléchir.
Il soupira. Las, il prit le parti de retourner au manoir. En marchant : il n'avait même plus le courage d'utiliser le shunpo.
Le cœur de Renji battait si fort qu'il lui donnait l'impression qu'il allait sortir de sa poitrine. Utiliser si violemment le shunpo dans son état était franchement une mauvaise idée. La nausée au bord des lèvres, les battements désordonnés de son cœur, cette sueur froide qui couvraient doucement son corps. Bon sang qu'est-ce qu'il se sentait mal. Il ressentait beaucoup de peine à masquer son réiatsu dans de telles conditions. Il se laissa tomber à quatre pattes dans l'herbe, le souffle court, tentant de respirer calmement. Il lui fallut plusieurs minutes avant de retrouver une partie de ses moyens. Il s'assit alors et pris appui contre l'arbre derrière lui. Il n'avait pas vraiment défini sa trajectoire en quitta le bar, trop pressé d'échapper à son capitaine, mais le hasard l'avait conduit sur les bords d'une rivière dans un bois. Il inspira.
Que faire à présent ?
Rentrer chez lui : impossible, c'est un des premiers endroits où il le chercherait. La onzième ? Le second où il irait.
Renji savait qu'il était injuste, que ce n'était pas de la faute de Byakuya et que « sa disparition » devait énormément le contrarier mais il ne se sentait pas la force de l'affronter. Ou plutôt d'affronter cette réalité décidément trop douloureuse à accepter.
Un enfant. Tout cela pour un enfant. Mais dans quel monde pouvait bien vivre la noblesse, bon dieu ! Où faire un enfant était juste synonyme de succession. Où se situait l'amour là-dedans ? Est-ce que la naissance de Byakuya avait été établie selon ce même principe ? Etait-il juste le fruit « de la succession » ? Si c'était le cas, il comprenait mieux cette froideur qu'était la sienne. Enfin, il n'était pas si froid que cela, surtout avec lui mais il avait fallu beaucoup de patience à Renji pour briser sa carapace.
Et dire que lui l'aimait par-dessus tout et qu'il serait prêt à lui donner tous les enfants qu'il voudrait et ce, par amour, et juste par amour.
Oui, mais voilà, deux hommes, aussi amoureux soient-ils, ne pouvaient pas avoir d'enfants.
Peut-être que Kurotsuchi Taicho aurait une solution à ce problème ?
Une énorme sirène d'alarme retentit à cet instant dans son esprit. Il devenait fou pour seulement penser au capitaine de la douzième division ! Ce type était un gros malade. Nul doute qu'il apprécierait un tel sujet d'expertise mais sachant que ça serait lui le fameux sujet…
Y avait-il seulement une solution ? Byakuya semblait penser que oui mais il en doutait fortement. Les Kuchiki voulaient un héritier et il n'y avait pas trente six façons de concevoir un gosse : un homme + une femme = bébé. Et Byakuya + Renji ne serait jamais = à bébé.
Jamais.
Renji ferma les yeux et appuya la tête contre le tronc de l'arbre.
C'était une voie sans issue. A moins d'un miracle. Et les miracles n'existaient pas. Certes, les shinigamis avaient beaucoup de pouvoirs mais ils n'étaient ni infaillibles ni invincibles. Il y avait des limites à leurs capacités.
Il grimaça alors, son estomac aux bords des lèvres. Il eut tout juste le temps de se pencher qu'il régurgita tout ce qu'il pouvait rejeter. La toux le laissa à nouveau sans souffle mais il constata qu'il se sentait physiquement mieux parce que le moral n'y était vraiment pas.
Il se rassit contre son arbre et inspira. Que faire ?
Et sans crier gare, la vision de deux hommes s'installant près de lui dans le bar lui revint en mémoire. Pourquoi ? Il se concentra et des brides de leur conversation refirent surface. Il ouvrit des yeux grands comme des soucoupes.
Non, il avait du mal comprendre enseveli dans les abimes de sa conscience totalement ivre. C'était tout bonnement impossible. Imaginer une telle chose, c'était contre nature, inconcevable. Il fronça les sourcils à la façon Ichigo.
Oui, mais si c'était vrai ?... Cela pourrait sans doute être notre seule chance…
Mais comment vérifier ? Pour se faire, il lui faudrait quitter la Soul Society quelques temps. Mais il lui faudrait demander l'autorisation de son capitaine. Or, il ne voulait pas le voir, ce serait trop difficile.
Comment faire ? Demander à un autre capitaine ce petit service ? Mais quel capitaine ?
Il n'y avait qu'un seul capitaine qui accepterait de lui rendre ce service : Ukitake Taicho. Il ne voulait pas lui causer de problèmes avec Byakuya mais il devait vérifier ce qu'il avait entendu.
Renji se leva dans le but de rendre visite au capitaine de la treizième division quand il réalisa qu'il faisait totalement nuit. Il ne savait même pas quelle heure il pouvait bien être. Il lui faudrait attendre le matin…
C'est un Renji pas de toute première fraîcheur qui se présenta tôt devant les portes de la treizième division. Il avait eut quelques heures pour préparer son discours mais il n'était plus certain si cela était une bonne idée. Ukitake Taicho était très aimable mais aussi curieux. Dans le bon sens du terme mais il risquait de poser des questions. Mais il n'avait pas vraiment le choix. Il s'avança alors et demanda aux gardes à voir Kyone Kotetsu. Il savait qu'il ne pourrait pas voir le capitaine sans l'accord de ce petit fauve.
Renji fut alors rapidement conduit jusqu'à la petite shinigami, fidèle garde du corps de son précieux et fragile capitaine, qui l'accueillit avec un grand sourire.
« Renji-san, quel bon vent t'amène ? C'est plutôt rare de te voir ici lorsque Kuchiki-san n'est pas là. Qu'est-ce que je peux faire pour toi ?
_Et bien en fait, j'aurais besoin de parler à Ukitake Taicho.
_Ah bon ? Pourquoi ?
_Et bien, c'est à propos de Rukia justement. »
Renji demanda intérieurement pardon à Rukia pour ce « pieux » mensonge.
« Kuchiki-san ? Mais que se passe t-il avec elle, s'affola Kyone.
_C'est un peu délicat c'est pour cela que je voudrais voir ton capitaine.
_Le capitaine ou moi, c'est pareil ! Je m'occupe de la division.
_Oui, et tu fais cela parfaitement mais là, je ne peux en discuter qu'avec lui. S'il te plait, c'est important. »
Kyone regarda suspicieusement le fukutaicho de la sixième division mais il avait l'air tellement sérieux. Et puis, même si elle assistait directement son capitaine, Renji-san restait son supérieur : elle n'était que quatrième siège. Et puis, si ça concernait Kuchiki…
« Très bien, je vais voir s'il se sent assez bien pour te recevoir. Il n'est pas très en forme depuis trois jours.
_Je te remercie. »
Renji souffla. Première étape franchie. Il ne doutait pas qu'Ukitake accepte de le voir : il était trop paternaliste pour ignorer quelque chose qui toucherait un de ses hommes. Et la suite lui donna raison. Kyone réapparut et l'invita à la suivre. Ils entrèrent dans le bureau du treizième capitaine. Renji le salua de suite en s'inclinant.
« Bonjour Ukitake Taicho. Je vous remercie de me recevoir ainsi au pied levé.
_Bonjour Abarai Fukutaicho. Il faut dire aussi que ta présence m'inquiète. Que se passe t-il avec Rukia ? »
Renji s'en voulait d'inquiéter cet homme à la santé fragile mais il fallait parfois penser à soi avant de penser aux autres. Il fallait à présent qu'il se débarrasse de chien de garde.
« Je m'excuse de vous demander cela mais, pourrions-nous discuter seul à seul ? »
Kyone s'apprêta à s'insurger lorsque la voix de son capitaine coupa son élan. En effet, ce dernier avait de suite repéré que quelque chose n'allait pas. Il était évident que Renji n'avait pas dormi de la nuit, son uniforme avait besoin d'être lavé. Tout comme lui d'ailleurs. Et une drôle de lueur dans ses yeux d'habitude gais flottait. Et, le plus important : il masquait son réiatsu. Que se passait-il donc de si grave avec Rukia pour le mettre dans cet état ?
« Kyone-chan, laisse-nous s'il te plait. Et qu'on ne nous dérange pas.
_Hai Taicho. »
Elle quitta le bureau non sans lancer un regard noir à Renji. Sitôt le shoji fermé, Ukitake eut la surprise de voir Renji se mettre à genoux dans la position du pardon.
« Pardonnez-moi Ukitake-Taicho. Je ne voulais pas vous inquiéter mais je n'avais pas beaucoup de choix. Je suis désolé, mais j'ai menti. Rukia va très bien. Je suis ici simplement pour moi mais je savais que Kyone ne m'aurait pas laissé vous voir si je lui avais dit la vérité. »
Juushiro leva un sourcil interrogateur. Il se sentait soulagé d'apprendre que Rukia n'avait pas de soucis. Il était évident, en revanche, qu'Abarai en avait. La curiosité l'emporta sur la rancœur.
« Relève-toi, je te pardonne. Force est de constater que tu as sans doute raison. Kyone-chan en fait parfois trop. Si tu m'expliquais plus clairement ce qui t'arrive ? »
Bien, il ne pouvait plus reculer. Il prit une grande bouffée d'oxygène.
« J'ai besoin que vous rendiez un énorme service, Ukitake-Taicho.
_Un service ? De quel ordre ?
_Vous serait-il possible de m'ouvrir un dangai jusqu'au monde humain ? »
Juushiro ouvrit des yeux ronds. Il ne s'était pas attendu à pareille requête. D'autant qu'il s'agissait d'un grave manquement au protocole : c'était une requête à formuler à son propre capitaine. En d'autres termes, en tant que second siège de la sixième division, il avait le devoir de demander cela à Byakuya. Alors, pourquoi s'adresser à lui ?
« Ne crois-tu pas que tu devrais demander cela à Byakuya ?
_Oui, vous avez raison. Mais je ne peux pas. Je sais qu'il n'accepterait pas.
_Comment peux-tu en être aussi sûr ?
_Parce que c'est… C'est purement personnel.
_Raison de plus ! Byakuya est devenu plus compréhensif après la guerre. Je pense que tu dois être le premier à le savoir donc, il te suffit de lui expliquer la situation.
_Je ne peux pas, s'obstina t-il à répondre.
_As-tu conscience que me demander une telle chose risque de t'apporter des ennuis ? Passer au-dessus de ta hiérarchie directe est de l'insubordination.
_Mais pas de la désertion. Je pourrais trouver un moyen de gagner le monde humain sans rien demander à personne mais je serais considéré comme déserteur. Et je ne veux en aucun cas déserter. Il faut juste que je fasse quelque chose d'important et je ne peux pas en parler à mon capitaine. Je ne veux en aucun cas vous causer des ennuis avec Taicho parce que je sais qu'il n'apprécierait pas de découvrir que vous m'avez permis de quitter la Soul Society mais, s'il vous plait, il faut vraiment que je gagne le monde humain. »
Juushiro croisa les mains sur son bureau. Il y avait quelques temps de cela, il avait cru remarquer quelque chose d'inhabituel pour finalement penser qu'il avait du mal voir. Mais en ce jour, avec Renji Abarai face à lui lui demandant de passer au-dessus de la tête de Byakuya et l'envoyer sur terre sous un prétexte fallacieux (parce qu'il était bien question de cela), il commençait vraiment par croire qu'il avait bien vu.
« Pourrais-je au moins connaître tes raisons, que je ne me mouille pas sans rien savoir. »
L'homme devint nerveux. Ce qu'il craignait se produisait.
« Il… se passe actuellement un événement important qui pourrait changer ma vie… dans le mauvais sens… J'ai une petite chance de… de réparer ça mais cette chance se situe chez les humains. C'est pourquoi je dois impérativement y aller. Je vous en prie, aidez-moi. Je ne vois vraiment pas à qui d'autre je pourrais demander ça. »
Juushiro fut profondément ébranlé par cet aveu. Le pauvre avait l'air d'avoir de réels ennuis. Il ne lui en fallut pas plus pour prendre sa décision.
« Très bien, je vais te faire ouvrir un dangai.
_Merci, merci infiniment. J'ai une dette envers vous, je ne l'oublierai pas.
_J'en suis sûr. »
Un papillon de l'enfer apparut et Juushiro l'envoya vers la douzième division après y avoir déposé son message.
« J'ai demandé à ce que le passage soit ouvert pour Kurakara dans trente minutes. Je n'ai pas précisé qui partait mais Kurotsuchi ne mettra pas longtemps à découvrir que c'est toi même si tu masques ton réiatsu. Et s'il lui prend l'envie de le dire à Byakuya… Je pense que tu pourras aisément comprendre que j'ai l'intention de lui parler avant qu'il n'apprenne cela par personne interposée, n'est-ce pas ?
_Oui, je comprends mais, s'il vous plait, pouvez-vous essayer d'attendre le plus longtemps possible que j'ai le temps de prendre mes dispositions ?
_Je ferai de mon mieux. Maintenant, puis-je te suggérer d'aller prendre une douche ?
_Trente minutes avez-vous dit ? Je n'aurais pas le temps de rentrer chez moi. »
Bien qu'il n'avait aucune intention d'y retourner.
« Dans ce cas, je te permets d'utiliser les douches de la division. »
Il se tourna vers la porte.
« Kyone-chan ? »
A peine deux secondes passèrent que le shoji s'ouvrit presque brutalement.
« Vous m'avez appelée ?
_Oui, trouve un uniforme à la taille d'Abarai puis conduis-le aux douches, je te prie.
_Hein ? Mais pourquoi ?
_Ne poses pas de questions. Fais-le, c'est tout.
_Bien Taicho. Suis-moi, Renji-san. »
Mais elle ne lui adressa plus la parole, furieuse qu'il l'ait faite éjecter du bureau de son capitaine adoré. Il ne s'en formalisa pas et même un petit sourire se montra : c'était typique des excès de la jeune femme.
Une demi-heure plus tard, Renji franchissait le Seikeimon…
