Chapitre 5
Renji atterrit face au magasin d' Urahara. Il devait se hâter. Ukitake lui avait promis d'attendre le plus longtemps possible avant de rendre visite à Byakuya mais ça ne lui laissait malheureusement pas autant de temps que cela. C'est d'un pas pressé qu'il franchit la porte de l'échoppe sans rencontrer Ururu ou Ginta.
« Urahara-san ? Vous êtes là ? »
Quelques secondes plus tard, ce fut Tessai qui se montra.
« Abarai-san ? Nous ne vous attendions pas ? Qu'est-ce qui vous amène ?
_Mon voyage n'était pas prévu mais je suis extrêmement pressé. Il faut que je voie Urahara-san le plus rapidement possible. Est-ce qu'il est là ?
_Yare yare, que tu sembles bien agité. Et comme tu peux le constater, je suis là, fit l'intéressé en ouvrant son éventail.
_Puis-je vous parler en privé ? »
Urahara prit quelques secondes pour observer son visiteur inattendu. Renji semblait plutôt fatigué mais aussi énervé. Mais ce qui l'intriguait était qu'il masquait son réiatsu.
« Suis-moi. Veille à ce que les enfants ne nous dérangent pas.
_Bien patron. »
Les deux hommes prirent place dans le petit-salon.
« Je t'écoute. Que t'arrive t-il ?
_J'ai besoin que vous rendriez service mais sans trop poser de questions. Je sais que c'est pas votre fort de ne rien demander mais, en l'occurrence, en l'état actuel des choses, je ne peux rien vous dire. Ou alors pas grand chose. Et j'ai très peu de temps devant moi. »
Bien qu'il ne le montrait pas, Kisuke était profondément surpris. C'était bien la première fois qu'il le voyait aussi sérieux. Il ne pouvait néanmoins pas ne pas poser de questions. Il devait comprendre un minimum ce qui se passait.
« Pourquoi n'as-tu pas beaucoup de temps ?
_Parce que je suis venu ici sans le dire à mon capitaine, que je dois faire quelque chose d'important et qu'il viendra probablement me chercher rapidement et que je dois être parti avant qu'il n'arrive ici. Et une des raisons qui me pousse à ne pas vous en dire plus c'est que, si vous ne savez rien, vous ne pourrez pas répondre à ses questions et donc, vous ne lui mentirez pas pour me couvrir. C'est suffisant comme explication pour que vous m'aidiez ? »
Kisuke était soufflé par la tirade. Et ça lui arrivait rarement d'être soufflé.
« Tout dépend déjà de ce que tu attends de moi ?
_Premièrement mon gigai. Je suppose que vous le gardez dans un coin ?
_Jusque là, c'est faisable.
_Ensuite, m'indiquer le meilleurs moyen de me rendre dans le nord de la Chine. Si vous pouviez me fournir une carte ce serait même parfait. Dans le cas contraire, je pourrais toujours m'en fournir une là-bas. Mais ça me fait penser à une chose… Ah Kuso ! Je suis tellement parti vite que je n'ai pas le moindre centime dans mes poches, fit-il en se claquant les deux mains sur le crâne. Mais quel abruti ! Comment je vais pouvoir mener mon projet si je n'ai pas un sou devant moi ! Oui, bon je m'en inquièterai plus tard, se répondit-il à lui-même, j'ai autre chose à penser pour le moment. J'ai vécu sans le sou dans le Rukonkai, je saurais bien me débrouiller ici. »
Kisuke referma son éventail et cacha sa surprise derrière le sourire un peu niais qu'on lui connaissait.
« Tu veux aller en Chine ? Que veux-tu faire là-bas ?
_Je dois vérifier si quelque chose existe bien. Quoique je sois presque sûr que ça n'existe pas mais si je ne vais pas chercher, je n'en serais jamais totalement certain et cette idée risque de me poursuivre et de me bouffer la vie ! Vous m'aidez ou pas ? »
Tout était de plus en plus confus dans l'esprit de l'ancien capitaine. Mais de quoi diable était-il en train de parler ?
« Pourquoi masques-tu ton réiatsu ?
_Pour pas que mon capitaine me trouve, tiens, répondit-il comme si c'était l'évidence même.
_Ah bah oui, pourquoi n'y ai-je pas pensé moi-même, lança ironiquement Urahara. Abarai-san, je ne comprends absolument pas ce qui t'arrive.
_Je le conçois mais, je vous en prie, je ne peux vraiment rien vous dire de plus. Sauf que c'est extrêmement important pour moi. »
De cela, Kisuke était persuadé. Il fallait que ce voyage lui tienne à cœur pour presque le supplier de l'aider. Mais tout cela l'intriguait. Renji n'était pas connu pour être très discipliné mais de là à quitter la Soul Society sans en demander l'autorisation à son capitaine et de chercher par tous les moyens à ce que ce dernier ne le retrouve pas… Que se passait-il exactement entre ces deux-là car, à ce que lui avait dit Yoruichi, les deux hommes semblaient mieux s'entendre depuis la fin de la guerre.
Une inquiétude s'empara alors de lui. Renji aurait-il déserté son poste ?
« Abarai-san, comment es-tu arrivé jusqu'ici ? Tu n'as tout de même pas déserté ?
_Bien sûr que non ! Pour qui me prenez-vous ?
_Alors comment as-tu ouvert le Seikeimon ?
_Hum… C'est-à-dire que… J'ai comme qui dirait demandé à un autre capitaine… »
Là, le commerçant ne cacha pas sa surprise.
« Tu as impliqué un autre capitaine dans ta fugue ? Mais qui a pu être assez bête pour risquer une friction avec Kuchiki ? Car, quand ton capitaine apprendra ton départ, car il le découvrira forcément, ce complice risque d'en prendre pour son grade ! Qui a donc eu le courage de… »
Et l'illumination se fit ! Il n'y avait qu'un seul homme au monde qui ne risquait rien contre Byakuya, d'une part parce qu'il était un capitaine très respecté et, d'autre part, parce qu'il était son mentor.
« Tu as demandé à Ukitake ? »
Le silence et la rougeur des joues du lieutenant furent assez éloquents.
« Dis m'en un peu plus.
_Je ne peux pas ! S'il vous plait.
_Juste un peu, que je comprenne au moins un peu la situation. »
Renji soupira et se massa les tempes.
« C'est purement personnel. Je suis sur le point de tout perdre. J'ai une petite chance d'empêcher ça mais cette chance se trouve quelque part en Chine du Nord. Il faut absolument que je m'y rendre. »
Le regard qu'il lui lança était tellement suppliant que le pauvre Kisike en fut profondément ébranlé.
« Très bien, je vais t'aider. Donne-moi quelques instants pour vérifier ton gigai. Prend une tasse de thé en attendant.
_Merci infiniment. »
Renji patienta quelques minutes en sirotant un thé bien chaud. Son cerveau s'agitait dans tous les sens. Mais il se demandait surtout comment il pouvait mener son projet à bien sans argent dans sa poche. Il n'avait pas pensé à ce détail.
Tessai apparut alors.
« Suivez-moi, le gigai est prêt. »
Il se leva rapidement et suivi le géant brun jusqu'à ce qui semblait être un laboratoire. Kisuke lui sourit.
« Tu peux l'enfiler, il est opérationnel. »
Ce que fit le lieutenant. Il était habitué à en porter un. Il ne se sentait plus du tout écrasé comme les premiers temps. Il fit quelques mouvements pour se détendre.
« Parfait.
_Tu n'es plus obligé de masquer ton réiatsu, j'ai intégré une fonction, dirons-nous « camouflage » au gigai.
_Vraiment ? C'est super ! Mais je suppose que vous ne faîtes pas cela de façon altruiste. Ca va me coûter combien ?
_Allons bon ! Pourquoi personne ne croit que je peux juste être gentil ?
_Ca ne vous ressemble pas. »
Kisuke prit un air dépité mais, dans le fond, il riait : il le connaissait trop bien.
« Nous verrons cela plus tard, d'accord ? A moins que tu ne veuilles perdre ton précieux temps à négocier avec moi ?
_Non, pas le temps ! Vous auriez des pilules d'âme artificielle ?
_Bien sûr ! Tiens.
_Merci. Bon et maintenant, je fais comment pour aller en Chine ?
_Le plus rapide serait l'avion mais je ne suis pas sûr que tu apprécies un tel voyage seul d'autant que ça serait ton baptême de l'air. Je pense que la meilleure solution en ce qui te concerne serait le bateau.
_Le bateau ?
_Les côtes chinoises ne sont pas très éloignées du Japon.
_Et où on prend le bateau ?
_Tu vas devoir te rendre dans un port. Mais tu ne pourras rien faire sans argent Abarai-san.
_J'ai pensé à tout sauf à ça.
_Bien, je suis disposé à te faire un prêt. Qu'en dis-tu ? »
Le fukutaicho regarda suspicieusement l'homme au bob. Lui prêter de l'argent ? Comme ça, sans même qu'il ne lui demande ? Il y avait anguille sous roche.
« Ce côté généreux que je découvre chez vous me fait froid dans le dos, Urahara-san. Où est le piège ?
_Il n'y en a pas. Promet-moi juste que tu me rendras la somme. »
Renji scruta le visage sérieux du blond. Il ne plaisantait pas.
« Je ne sais pas quoi vous dire.
_Et bien ne dis rien et accepte mon offre avant que je ne change d'avis.
_Je ne sais pas comment vous remercier. Je vous suis redevable.
_Oui, et bien n'oublie pas ce détail ! »
Renji eut la sensation d'avoir fait une grosse bêtise en acceptant son aide mais, il n'avait guère le choix.
« Bon, et maintenant ? Bien que je connaisse plutôt bien le monde réel, je ne sais pas trop ce que je dois faire. Vous avez une carte de la Chine ?
_Non, désolé, tu devras t'en procurer une sur place. Quant à ce que tu dois faire, c'est simple. Tout d'abord prendre le train pour rejoindre le port le plus proche et une fois là-bas, te renseigner sur les départs des bateaux en direction de la Chine du Nord. Et après, chercher ce que tu cherches.
_Le train ? Je le prends où ?
_Bon, inutile de perdre davantage de temps. Tessai, accompagne-le. Je pense même que vous trouverez sur place une agence qui pourra vous renseigner sur les départs de bateaux. Tu pourrais ainsi réserver ta place.
_Ce serait l'idéal.
_Alors, faisons ainsi. Et, Tessai, sur la route, achète lui un nécessaire de toilette et quelques vêtements.
_Bien patron. Mettons-nous en route Abarai-san. »
Sur un ultime remerciement de Renji, les deux hommes quittèrent le magasin. Kisuke devint alors extrêmement sérieux. Rares étaient ceux qui pouvaient se venter d'avoir déjà vu cette expression sur son visage. Il avait comme un mauvais pressentiment. Renji était un grand garçon et il ne pouvait pas l'empêcher de faire quelque chose qui lui tenait manifestement très à cœur mais… Il allait faire une bêtise ou un truc dans le genre, il le sentait…
Ukitake stoppa devant le portail de la sixième division. Cela faisait maintenant quatre heures que Renji était parti et il estimait ne pas pouvoir attendre davantage. Il ne craignait pas la colère de Byakuya, il savait parfaitement qu'il ne ferait jamais rien contre lui. Mais cela risquait tout de même de jeter un froid entre eux. Déjà qu'il n'était pas spécialement chaleureux…
Soupirant pour prendre courage, il s'engagea dans l'enceinte de la division. Il arriva sans encombre jusqu'au bureau du noble. Les shinigamis avaient tellement l'habitude de le voir passer dans les couloirs qu'aucun ne pensa à lui demander si leur capitaine attendait sa visite.
Et il en fut fort aise car, étant donné qu'il ne pensait pas être surpris, Byakuya lui offrit une expression qu'il n'avait jamais vue auparavant. Son visage, appuyé dans sa main, était crispé, son front tendu et ses paupières plissées. Il était tellement absorbé par ses pensées qu'il n'avait même pas perçu son réiatsu alors qu'il ne l'avait absolument pas masqué. Etait-ce à cause de son fukutaicho qu'il arborait un tel visage ?
Il n'allait pas tarder à le savoir. Il toussota pour faire remarquer sa présence ce qui fit sursauter le noble dont le visage se ferma encore plus lorsqu'il remarqua son collègue. Il n'aimait pas être surpris en position de faiblesse et c'était ce qu'il venait de se produire.
« Juushiro ? Qu'est-ce que tu fais là ? Tu aurais pu te faire annoncer. »
Le dit Juushiro sourit. Il était très rare qu'il l'appelle par son prénom. Preuve qu'il n'était pas dans son état normal.
« Bonjour tout de même, répondit-il sans se démonter. Et pour me faire annoncer, il aurait fallu qu'un de tes hommes me demande ce que je voulais. Or, aucun n'a prêté attention à moi.
_Je vois… Je vais devoir remettre quelques pendules à l'heure… »
Sans se laisser chagriner par cet accueil polaire, Ukitake ferma la porte, s'avança dans la pièce et s'assit face au bureau.
Byakuya ruminait. Il n'était pas d'humeur à supporter les bavardages de son sensei. Trop de choses en tête. Et dieu savait à quel point il pouvait être bavard !
« Je ne me souviens t'avoir invité à t'asseoir.
_Non, mais étant donné que nous allons devoir discuter, je préfère me mettre à l'aise. Tu sais que je me fatigue vite. »
Il lui lança un sourire à la « émail diamant », sachant parfaitement que Byakuya n'oserait jamais le contredire sur ce point.
Ce dernier serra d'ailleurs si fort ses mâchoires que ses dents en grincèrent presque. Il détestait lorsqu'il faisait cela mais il ravala ses mots.
« Et discuter de quoi ?
_De ton fukutaicho. »
La surprise qui se peignit sur ses traits et qu'il n'eut pas le temps de réprimer confirmèrent les doutes de Juushiro : il se passait bel et bien quelque chose entre ces deux là. Mais quoi exactement ? Il vit Byakuya inspirer et se recomposer une attitude digne de son rang.
« Tu ne me feras pas croire que tu ne t'es pas aperçu que ton second avait disparu ?
_Disparu ? C'est un bien grand mot. Mais il ne s'est effectivement pas encore montré. Je suppose qu'il doit cuver quelque part. Il sait qu'il entendra parler du pays alors il prend son temps pour gagner son poste. »
Le cœur de Byakuya tambourinait à baton rompu. Personne ne devait réaliser que Renji avait effectivement disparu. Sa carrière risquerait d'en prendre un sacré coup. Mais la grande question était de savoir comment Juushiro avait-il pu apprendre la chose. Il y avait à peine quelques heures que Renji faisait le mort, ça faisait court pour comprendre qu'il n'était plus dans les parages.
Juushiro croisa alors les jambes et les mains. Voilà qui était intéressant : il le couvrait.
« Byakuya, pas à moi, veux-tu. Je sais parfaitement qu'il n'est plus ici. Et si j'en crois la mine renfrognée que tu arborais à mon arrivée, il est clair que tu en es conscient. Que tu cherches à le protéger, en revanche, m'étonne un peu.
_Comment peux-tu affirmer qu'il a « disparu » ? Ce n'est pas la première fois qu'il « oublie » de venir travailler.
_J'ai la meilleure preuve qui soit.
_Vraiment. Et laquelle ?
_Il est venu me voir tôt ce matin et m'a demandé de lui ouvrir le Seikeimon. »
La figure pâle du noble se décomposa instantanément. Il n'était pas certain d'avoir bien compris.
« Je te demande pardon ? Il a fait quoi ?
_Tu as très bien entendu.
_Ne me dis pas que tu l'as fait, Ukitake, dit-il d'un ton si dur qu'il en aurait coupé de l'acier.
_J'ai bien hésité mais, finalement, je lui ai accordé cette faveur. »
En l'instant même où il finit de prononcer ces mots, le réiatsu de Byakuya enfla et vint s'écraser contre lui. Heureusement, il se sentait assez bien aujourd'hui et il put supporter la pression spirituelle de son ancien lieutenant. Il rencontra alors les yeux devenus noirs sous la colère.
« Comment as-tu osé l'autoriser à quitter la Soul Society sans mon accord ? Tu n'avais aucun droit de le faire ! »
La colère du brun était plus que palpable. Le treizième capitaine se demanda contre qui était réellement dirigée cette colère. Son fukutaicho ou lui ?
Byakuya n'en croyait pas ses oreilles. Il avait demandé à son sensei de lui ouvrir un passage vers le monde humain. Comment avait-il pu lui faire une chose pareille ? Partir sans lui laisser une chance de parler. Il avait pris la fuite, comme un lâche. Et cet espèce de malade idiot qui l'avait laissé partir sans avoir la moindre idée des conséquences que cela risquait d'avoir ! Aussi bien pour leur couple que pour la carrière de Renji ! Il aurait du refuser.
« Te rends-tu compte de ce que tu as fait en l'autorisant à partir ?
_A vrai dire, pas vraiment. J'ai bien essayé de le questionner mais tout était un peu confus. A vrai dire, je comptais sur toi pour éclairer ma lanterne car quelque chose me dit que tu n'es pas étranger à la situation. Est-ce que je me trompe ? »
Byakuya ferma les yeux ne sachant pas trop ce qu'il devait dire. Qu'avait dit Renji pour convaincre Ukitake de le laisser partir ?
« Pourquoi lui as-tu donné l'autorisation de partir ?
_Parce qu'il avait bel et bien l'intention de s'en aller avec ou sans accord. Mais il ne voulait pas être considéré comme déserteur. Il a parfaitement conscience de l'insubordination qu'il a commise en me demandant cette faveur. Mais l'insubordination est moins grave que la désertion.
_Je ne te parle pas de cela. Que t'as t-il dit pour te convaincre du bien fondé de sa demande et de passer au-dessus de mon autorité ?
_Je te l'ai dit, c'était un peu confus. Vraisemblablement, quelque chose se passe, ici, dans sa vie et la solution à son problème personnel se trouverait quelque part dans le monde humain. Il n'en était pas vraiment certain et il désire vérifier si cette solution existe. Du moins, c'est ce que j'ai compris. Je lui ai demandé pourquoi il ne te demandait pas cette autorisation mais il était persuadé que tu refuserais de le laisser partir. J'ai senti qu'il était prêt à faire une bêtise pour quitter la Soul Society coûte que coûte. N'était-il pas préférable de lui ouvrir le dangai ?
_Non ! Tu n'aurais pas du ! »
La phrase fusa accompagnée d'un claquement bruyant de la paume de la main sur le bureau faisant sursauter le plus vieux. Le regard chargé de colère mais aussi de… Peur ?… de Byakuya lui causa un choc.
« Tu n'as pas la moindre idée de ce que tu as fait ! Et pourquoi as-tu attendu tout ce temps avant de venir me le dire ? »
Cet idiot ! Que pensait-il trouver sur terre qui puisse régler leur problème ? Etait-il allé demander de l'aide à Urahara ? Il ne manquerait plus qu'il lui ait raconté l'histoire !
Une soudaine inquiétude pénétra les veines de Juushiro. Byakuya ne se mettait jamais en colère. Du moins, même s'il l'était, il ne le montrait jamais. Il était si maître de ses émotions que c'en était effrayant. Pourtant, en cet instant, il ne la cachait pas. Bien, il était temps de le faire parler. Si lui n'y parvenait pas, personne n'en serait capable.
« En effet Byakuya, je n'en ai pas la moindre idée, fit-il sobrement. Et si je ne viens que maintenant, c'est parce que je lui ai promis d'attendre le plus longtemps possible. Il pensait que tu chercherais à le retrouver avant qu'il n'ait pu mener son projet à bien. Ton attitude semble lui donner raison. Alors si tu m'expliquais ? Je ne suis pas stupide, il est évident que cette histoire te concerne aussi. J'ai bien une vague idée mais si je me trompe, là, j'aurais vraiment l'air d'un imbécile. J'espère que tu sais que tu peux me faire confiance ? Quelque soit ce que tu me raconteras, ça ne sortira pas de ce bureau. Et j'ai bien l'impression qu'une oreille amie te ferait le plus grand bien. Que se passe t-il Byakuya ? »
Ce dernier se cala contre son dossier de chaise et plongea ses yeux anthracites dans les orbes noires de son vis-à-vis qui, malgré les apparences, était un de ses plus chers amis.
Que devait-il faire ? Lui parler ? Vider son sac comme dirait Renji ? Seule Hina-san était au courant. Un avis extérieur serait peut-être bon à entendre. Sans compter que ça lui ferait du bien. Et, plus important, il savait que Juushiro ne le jugerait pas. Il eut du mal à reconnaître le propre son de sa voix dans il était faible.
« Je viens d'être acculer par le clan. Il souhaite que je me remarie pour assurer la succession. Je leur ai signifié mon désaccord mais le conseil ne m'a guère laissé le choix. »
Ukitake fronça les sourcils. Pourquoi lui racontait-il cela ? Quel rapport avec Abarai ?
« Tu savais très bien que cela se produirait un jour ou l'autre. Il est de ton devoir d'assurer la succession de ton clan. Ce n'est pas une surprise. Je sais que tu ne souhaite pas te remarier mais c'était inéluctable : tu n'as pas eu d'enfant de ta défunte femme. Mais je ne vois pas le rapport avec Abarai ? »
Mais Byakuya poursuivit son récit sans répondre à la question.
« Voilà plusieurs semaines que je dois subir des omiai de plus en plus insupportables pour mes nerfs. D'ailleurs, pas plus tard qu'hier, les digues sont tombées. Tu imagines ? Mon oncle est venu, ici, dans le bureau, avec une prétendante et son père. Au taicha ! Ils sont arrivés la bouche en cœur avec leurs courbettes sur mon lieu de travail pour me présenter une jeune fille à marier. Devant Renji !
_J'admets que ce n'était pas très délicat d'autant que tu as toujours bien séparé ton travail des affaires du clan mais je ne comprends toujours pas.
_Devant Renji, Juushiro ! »
Ukitake nageait un peu dans l'explication de son cadet. Pourtant, le regard qu'il plongea dans le sien semblait vouloir lui dire quelque chose. Et il comprit. Ses yeux s'ouvrirent plus grands et ses lèvres s'entrouvrirent légèrement. Passée la surprise, il enchaîna d'une voix douce.
« Ainsi, j'avais vu juste. J'ai cru que mon imagination trop romanesque me jouait un tour mais c'était bien cela. Abarai et toi… Oui, je comprends mieux à présent pourquoi il ne pouvait pas te demander l'autorisation de partir. Il a fait cela sur un coup de tête après avoir assisté à cet omiai imposé. Tout s'éclaire. »
Le cœur du noble s'arrêta de battre lorsque le sens des mots pénétra son esprit embrouillé.
« Que viens-tu de dire ? Que tu avais vu juste ? Es-tu en train de me dire que… Que tu avais remarqué ? Oh Kami-sama ! Si toi tu t'en es aperçu alors…
_Reste calme, le coupa t-il. Je peux t'assurer que personne n'a du s'en rendre compte. J'ai juste cru voir quelque chose d'extrêmement fugace un jour et seulement parce que je te connais très bien. Je suis d'ailleurs un des rares à pouvoir se vanter de te connaître aussi bien. Mais à ce moment là je me suis dit que c'était impossible venant de ta part. Je ne te savais pas… bisexuel.
_Je ne le suis pas. C'est… C'est juste lui, avoua t-il, une légère rougeur ayant coloré ses joues décidemment trop pâles. Tu aurais du venir me le dire dans la foulée. Où l'as-tu envoyé ?
_Comme d'habitude, chez Urahara.
_Il faut que je m'y rendre de suite avant qu'il ne fasse une idiotie. Même s'il sera probablement trop tard. Il y a plusieurs heures à présent qu'il est parti. Et je ne vois pas quelle solution peut-il y avoir pour notre problème là-bas.
_Maintenant que je connais l'histoire, je ne comprends pas plus que toi. Mais il y a une chose à faire ici avant : couvrir sa fuite.
_Quoi ?
_Il faut trouver une raison à son départ et au fait que ce soit moi qui ai fait ouvrir le Seikeimon. Il risque gros si ça s'apprend. »
Mentir. Il allait devoir mentir pour protéger son amant. Il détestait cette idée mais ce qui se produisait était de sa faute.
« Oui. Mais quoi ? Je t'avoue ne pas avoir la tête à penser à cela.
_J'y ai déjà réfléchi. Une intuition me disait que tu serais d'accord avec l'idée. Donc, voilà ce qui s'est passé : j'ai appris tôt ce matin que Rukia était tombée malade et qu'il n'y avait donc plus personne pour prêter main forte à Kurosaki. Je t'ai donc demandé d'envoyer Renji pour la remplacer le temps de sa convalescence. Mais comme tu étais débordé de travail, tout le monde te croira en voyant les dossiers qui jonchent ton bureau, je me suis chargé de faire passer Abarai. Remplis un ordre de mission et fais-le remettre à la première division. Je vais en faire de même de mon côté. J'espère simplement que tu parviendras à le retrouver assez rapidement. Nous ne pourrons pas faire passer Rukia malade indéfiniment. »
Byakuya eut un temps d'arrêt puis remplit le document. Il n'arrivait plus à penser correctement. Il apposa sa signature puis appela Rikichi. Ce dernier arriva rapidement.
« Vous m'avez fait demander Taicho ?
_Oui. Porte cela à la première division et avertis nos hommes qu'Abarai-fukutaicho est en mission pour quelques jours dans le monde humain. Je dois m'absenter quelques heures. Je te confie la division jusqu'à mon retour.
_Hai Taicho. »
Le troisième siège quitta le bureau et les deux capitaines se retrouvèrent à nouveau seuls.
« Et si je ne le retrouve pas, que va t-il se passer ?
_Ne sois pas négatif. Urahara saura sans doute quelque chose. Je te laisse. Tu as aussi demandé l'autorisation de sortir hors de la Soul Society quelques heures ?
_Non, personne ne doit savoir. Je vais utiliser le Seikeimon du clan. Ca a parfois du bon d'être un noble de haut rang. »
Il se tourna vers son sensei et le regarda froidement.
« Ce n'est pas parce que tu m'as écouté et que tu ne m'as pas jugé que je suis prêt à te pardonner. Tu n'avais pas le droit de l'autoriser à rejoindre le monde humain sans mon accord. De plus, tu aurais du me prévenir immédiatement après. J'étais déjà dans une sacrée panade mais tu n'as pas arrangé mes problèmes. Prépare-toi à en assumer les conséquences. »
Et il disparut dans un shunpo laissant le pauvre Ukitake stupéfait. Il était rare de l'entendre prononcer des mots comme « panade » ! Puis un sourire se montra. Il n'espérait pas s'en tirer aussi bien. Son expression redevint sérieuse. Byakuya avec Abarai. C'était le jour et la nuit, le calme et la tempête. Le feu et la glace. Tellement de contradictions. Où tout cela les mènerait-ils ?…
