Chapitre 6
Byakuya stoppa devant le « magasin » de l'ex-capitaine de la douzième division. Il fronça les sourcils avec dédain. Comment un scientifique de son envergure pouvait vivre dans de telles conditions ? Cela restait un véritable mystère pour lui. Mais il n'avait pas le temps pour ces considérations. Il s'avança de son élégante démarche et rencontra les deux enfants qui cessèrent leurs chamailleries en le voyant.
« Tiens ! Je ne me souviens pas de vous ? C'est la première fois que vous venez ici ? Vous êtes qui ? »
Il ne savait pas qui était ce jeune garçon, mais il déplora l'éducation de ce gamin. Quelle impolitesse. Mais encore une fois, il n'avait pas le temps pour ça.
« Je suis Kuchiki Taicho. Annoncez-moi à Urahara. »
La petite brune le pria de la suivre et il se retrouva à patienter dans l'entrée de l'échoppe qui ne payait vraiment pas de mine. Il bouillonnait d'impatience et, fort heureusement pour le commerçant, Urahara arriva rapidement.
« Et bien dites donc, les deux plus hauts gradés de la sixième division qui me rendent visite dans la même journée, je suis gâté ! »
Il lança un sourire moqueur au noble qui resta pourtant totalement stoïque.
« Mais entrez donc. Nous serons mieux face à un thé pour discuter. Ururu, tu nous apportes cela, s'il te plait ? »
Elle s'inclina et s'en fut accomplir sa tâche. Byakuya emboîta le pas au blond tout en maudissant tous ceux qui voulaient « discuter » avec lui. Il avait eu son compte avec Ukitake. Ils s'assirent face à face et Kisuke relança la conversation. Enfin, pouvait-on parler de discussion étant donné que l'illustre brun n'avait pas encore desserré les dents.
« Quel bon vent vous amène ?
_Ne jouez pas à l'idiot avec moi. Vous savez parfaitement pourquoi je suis là. Je veux savoir où se trouve mon Fukutaicho. Vous venez vous-même de confirmer qu'il est passé vous voir.
_En effet, il est venu mais je n'aurais jamais cru que vous vous seriez personnellement déplacé pour le ramener. C'est très intéressant.
_Je n'ai pas le temps de m'amuser avec vous. Dites-moi simplement où il est ou je me charge de vous y obliger !
_Allons, allons, détendez-vous. Je ne ressens aucune envie de me battre contre vous.
_Alors dites-moi simplement ce que je veux savoir.
_Et bien, ma foi, je ne sais pas vraiment. Il était plutôt énervé et il tenait des propos un peu confus. »
Et voilà, il avait l'impression de revivre sa conversation d'avec son sensei. Encore un qui trouvait Renji « confus ». Mais ça, il pouvait parfaitement le concevoir mais il n'en montra pourtant rien.
« Comment vous ne savez pas ? Il a bien du vous dire quelque chose ?
_Je vous avouerais que j'ai bien essayé de le faire parler mais je n'en ai tiré que le strict minimum. Dixit ses mots « Si je ne vous explique rien, lorsque mon capitaine viendra ici pour me ramener et qu'il vous interrogera, vous ne lui mentirez pas puisque vous ne saurez rien. » Enfin, ce ne sont peut-être pas les mots exacts qu'il a prononcé mais le sens est le même. Il était vraiment très agité. C'est la première fois que je le voyais ainsi. Et votre présence me laisse penser que vous savez parfaitement ce qui le perturbe alors, peut-être que vous, vous consentirez à m'expliquer ce qui lui arrive ?
_Il n'y a rien à dire. Je souhaite juste savoir où il est allé et dans quelle mesure vous lui êtes venu en aide.
_Pourquoi vous répondrais-je ? Renji-san est un grand garçon. Il est libre de faire ce qu'il veut et d'aller où il veut.
_Il a quitté la Soul Society sans autorisation.
_Il ne sera pas le premier à le faire, murmura t-il en faisant une petite mimique bien explicite. Kuchiki-Taicho, je serais peut-être plus disposé à vous aider si vous jouiez franc jeu avec moi. Ce doit être quelque chose de grave pour que vous preniez la peine de vous déranger pour votre subordonné. Ce n'est pas dans vos habitudes de vous impliquer personnellement. »
Byakuya n'appréciait pas du tout la manière dont il prononçait le mot « personnellement » qu'il avait à deux reprises utilisés. Qui était-il pour savoir comment il agirait dans certaines circonstances ? Que savait-il de lui pour juger ses actes ? Mais ce n'était pas le moment de s'énerver : il devait le faire parler.
« _Je n'ai rien à vous expliquer. Sachez simplement que je dois le retrouver avant que sa désertion ne s'apprenne.
_Il n'a pas déserté, répliqua Kisuke calmement. J'ai cru comprendre qu'Ukitake-san lui avait donné l'autorisation de partir. Je peux comprendre votre colère face à cette insubordination mais il n'en reste pas moins qu'il a référé à sa hiérarchie de son départ. Ne me prenez pas pour plus bête que je ne suis. »
Byakuya en aurait trépigné comme un enfant capricieux tant il se sentait frustré. Pour une fois dans sa vie, il ne se sentait pas la force de cacher sa colère et son inquiétude.
« Je n'ai pas l'intention de vous expliquer quoi que ce soit car ça ne vous concerne en rien. Mais si je ne le retrouve pas rapidement, je suis persuadé qu'il va faire une bêtise du genre irréparable. La situation vous échappe peut-être mais pas à moi. Dîtes-moi où il est allé ? »
Ururu revint alors avec le thé ce qui replongea dans le silence les deux hommes. Ce laps de temps leur permit et de réfléchir pour l'un et de se calmer pour l'autre.
Kisuke percevait chez le noble une réelle inquiétude. Inquiétude qu'il partageait dans une certaine mesure car lui aussi présentait qu'il allait faire une bêtise. Mais qui étaient-ils pour l'empêcher d'agir à sa guise ? Renji était adulte. Peut-être pas toujours responsable mais adulte quand même.
« Kuchiki-san, j'avoue que je partage votre inquiétude mais qui sommes-nous pour vouloir diriger ses choix ? Je ne sais absolument pas ce qui le motive vraiment mais s'il s'agit de sa décision, que pouvons-nous y faire ? Abarai est un grand garçon capable de prendre ses propres décisions. Même si elles sont mauvaises, ce sont ses décisions.
_Urahara, je ne m'interposerais pas si je n'avais pas de bonnes raisons de le faire.
_Alors expliquez-moi !
_Je ne peux pas.
_Vous ne pouvez pas ou vous ne voulez pas ?
_Quelle différence cela fait-il ?
_Une énorme ! Je vous demande d'être honnête avec moi.
_Honnête ? N'êtes-vous pas le premier à faire des cachotteries ? L'honnêteté doit fonctionner dans les deux sens et je ne suis pas convaincu par la vôtre. »
L'expression de Kisuke devint alors extrêmement sérieuse ce qui surprit le noble bien qu'il ne le montra pas.
« Sachez, Kuchiki-Taicho, que j'ai toujours fait preuve d'honnêteté mais que c'est la Soul Society qui n'a pas cru en moi. Et malgré les épreuves que nous avons traversées, je déplore que beaucoup ne me fassent toujours pas confiance. Pourquoi devrais-je être le seul à devoir me montrer magnanime ? Je vous demande juste de faire un petit effort. C'est donnant-donnant. Donnez-moi plus d'informations et j'en ferai de même.
_ Abarai ne vous a rien expliqué alors pourquoi le ferais-je ?
_Qui vous dit qu'il ne m'a rien expliqué ? Pensez-vous que je l'aurais aidé sans rien savoir ?
_Mais il est évident que vous ne savez pas !
_Non, je ne sais pas grand chose, nuance. »
Byakuya perdait patience. Il était évident qu'il ne tirerait rien de cet homme. Il n'avait aucunement l'intention de lui exposer le problème. Il l'avait à peine avoué du bout des lèvres à Juushiro qu'il connaissait depuis tellement longtemps qu'il ne se souvenait plus de la date alors relater ses soucis à cet homme… Jamais ! Il n'avait pas trente six solutions. Il allait devoir attendre le retour de son amant en priant qu'il ne commette pas quelque chose d'insensé. L'estomac et la gorge nouaient par l'inquiétude, la peur et l'échec de la conversation, il prit appui sur la table pour amorcer son mouvement qui le mettrait debout.
Il avait tout raté. Complètement raté. La souffrance envahit ses veines. Depuis combien de temps n'avait-il pas ressenti cette peine ? De ça, il se souvenait parfaitement : cette douleur avait disparu lorsque Renji et lui avait pris la décision de devenir un couple.
Kisuke se fustigea mentalement de ne pas avoir gardé son calme mais il en avait parfois assez d'être considéré comme… quelqu'un de nuisible qui ne méritait la confiance de personne. Pourtant, ils étaient tous bien content de le trouver lorsqu'ils avaient des problèmes ! Il souhaitait juste un peu de reconnaissance de la part de ses pairs. Rares étaient ceux qui croyaient en lui et Abarai en faisait partie. Même s'il n'avait pas voulu lui révéler son problème, il lui en avait dit assez pour comprendre qu'il tentait de sauver son bonheur. Tout comme lui avait essayé de le faire en s'enfuyant de la Soul Society avec Yoruichi.
Donc, il attendait la réaction du noble. Il n'aurait jamais pensé qu'il se lèverait sans un mot, prêt à partir. Mais quel était donc la raison qui les poussait, Abarai et lui, à agir de la sorte ? Kuchiki lui tourna le dos et s'avança vers la porte. La voix du blond le stoppa.
« Alors c'est tout, vous allez partir comme cela après vous être donné la peine de vous déplacer.
_Qu'espériez-vous ? Que je me traîne à vos pieds ? Je suis déjà allé au-delà de ce qui m'était possible en venant vous demander de… m'aider. »
Le dernier mot était sorti avec difficulté ce qui faillit les étouffer tous deux mais pour des raisons différentes. Kisuke parce qu'il n'aurait jamais cru que cet homme lui demanderait un jour de l'aide et Byakuya parce qu'il avait osé dire ça, ce qui enfonça un énorme poignard dans sa sacro-sainte fierté.
Il entendit Urahara soupirer. Ce dernier ne se sentit plus le courage de lui tenir tête : les deux hommes semblaient rencontrer un sérieux problème qui était somme toute lié.
« Revenez-vous asseoir, s'il vous plait. »
Le brun tourna la tête pour regarder l'ancien capitaine par-dessus son épaule. Constatant qu'il semblait enfin disposé à parler, il reprit lentement place.
« Je ne vous ai pas menti. Il a été très mystérieux. Il m'a simplement dit que c'était purement personnel, qu'il était sur le point de tout perdre et qu'une solution pourrait exister dans ce monde. En fait, il est pratiquement sûr que cette solution n'existe pas mais que ça le poursuivrait toute sa vie s'il ne prenait pas la peine de vérifier.
_Mais de quoi diable parlait-il ?
_Je n'en ai pas la moindre idée. Je n'ai pas réussi à le faire parler.
_Où ? Où est-il allé ? Vous a t-il au moins dit cela ?
_Dans le nord de la Chine. »
Byakuya ne put empêcher sa bouche de s'ouvrir sous la surprise.
« La Chine ? Vous l'avez laissé partir en Chine ?
_Qui suis-je pour l'empêcher d'aller où il veut ?
_D'accord, fit le noble en reprenant ses esprits. Sachant où il est parti, je pourrais concentrer mes recherches. Il s'en est allé depuis quelques heures à peine, je peux encore le retrouver. Je suppose qu'il a pris le bateau ?
_C'est ce qui était prévu.
_Alors je vais attendre sur les côtes chinoises. Il masquera probablement son réiatsu mais il finira par le libérer même un peu à un moment ou un autre : cet exercice est fatiguant à la longue.
_C'est-à-dire que… »
Kisuke eut alors un sourire un peu stupide et posa sa main sur le bord de son bob.
« J'ai un peu modifié son gigai pour qu'il masque son réiatsu sans qu'il ne soit obligé de le cacher. »
Un abattement sans nom s'écroula sur le sixième capitaine. Devant sa mine soudain plus blafarde qu'à l'accoutumée, le blond redevint sérieux.
« Je suis navré mais il tenait absolument à ce que vous le retrouviez pas. »
Cette phrase estomaqua Byakuya. Urahara venait de lui donner, sans le savoir, l'estocade finale.
A cet instant, Tessai se montra.
« Patron, pardonnez-moi de vous interrompre mais puis-je vous parler un moment ?
_Excusez-moi quelques instants, Kuchiki Taicho. Buvez donc un peu de thé en attendant. »
Kisuke se leva et atteignit la porte. Avant de fermer le shoji, il jeta un coup d'œil à son invité. Ce qu'il vit le laissa perplexe. L'homme avait la tête penchée, le regard rivé sur ses mains… qui tremblaient.
Lorsqu'il revint à peine deux minutes plus tard, il n'était plus là…
Renji n'avait jamais été aussi fatigué de toute sa vie. Cette quête qu'il menait maintenant depuis presque un mois l'avait totalement vidé de ses forces. Et pour tout dire, ce voyage en Chine était un véritable cauchemar.
Premièrement, il ne comprenait strictement rien au chinois ! La barrière de la langue ne lui avait même pas effleuré l'esprit. Quoique, à vrai dire, il était parti sur un véritable coup de tête donc, rien ne lui avait effleuré l'esprit !
Deuxièmement, lorsqu'il avait débarqué du bateau, il s'était dirigé vers un bâtiment que les humains appelaient « office du tourisme ». Il n'avait pas bien saisi ce que c'était sauf qu'il pourrait glaner là-bas quelques renseignements utiles. Il avait pu discuter avec une jeune femme qui, grâce au ciel, parlait japonais. Elle lui avait fourni une carte du nord de la Chine et le nom de quelques sites qu'il fallait absolument visiter. Mais lorsqu'il lui avait parlé de l'endroit où il désirait se rendre, elle avait été totalement incapable de lui répondre. Elle s'était adressée à ses collègues, au cas où, eux, sauraient de quoi il parlait, mais personne ne connaissait ce site. Il en aurait pleuré de rage. Devant l'air désolé de la jeune fille, il lui avait souri en la rassurant que ce n'était pas grave, qu'il finirait bien par trouver ce qu'il cherchait. En fin de compte, il n'avait pas glané grand chose de ce côté-là.
Troisièmement, le nord de la Chine était encore pire que le Rukonkai ! Beaucoup de villages où la langue n'était pas vraiment le chinois mais quelques dialectes encore plus incompréhensibles pour lui que la langue de ce foutu pays ! Pas de routes bien définies donc, sa carte ne lui servait pas à grand chose. Il avançait à l'aveuglette, presque désespéré d'atteindre son but. Mais à vrai dire, il doutait dès le départ de ce voyage. Ce qu'il avait entendu dans ce bar cette nuit-là n'avait peut-être été que le fruit de son imagination enivrée et au bord du gouffre.
Peut-être était-il venu le moment de renoncer et de rentrer au bercail ?…
Il soupira et s'assit sur un tronc d'arbre sur le bord du chemin qu'il suivait depuis des heures maintenant.
Il s'appuya sur ses coudes et soupira si fort qu'il en fit presque trembler la muraille. Quel gâchis. Il était là, assis sur un tronc d'arbre au milieu de nulle part, son sac à dos contenant les quelques affaires que lui avait fournies Tessai posé à ses pieds qui, soit dit en passant, lui faisait un mal de chien. Et l'argent que lui avait prêté Urahara (cette pensée le dérangeait à chaque fois car il était persuadé, connaissant l'oiseau, que le prix serait cher à payer…) avait fondu comme neige au soleil. Il ne tiendrait plus longtemps à ce rythme là. Proche du désespoir à ressasser ses idées noires, il ne vit pas l'homme s'approcher et sursauta violemment lorsqu'il lui parla… en japonais !
« Et ben mon gars, qu'est-ce qu'un japonais fait dans un coin si reculé de la Chine ?
_Whaou ! Bon sang, vous m'avez fait peur ! Ca va pas de surprendre les gens comme ça ?
_Je crois que tu étais trop plongé dans tes pensées pour me voir arriver car, je ne me suis pas caché. »
Le cœur battant à tout rompre, Renji réalisa que le vieil homme qui lui faisait face avait entièrement raison. Il inspira.
« Vous avez sans doute raison. »
Le vieil homme qui marchait à l'aide d'une canne s'approcha du tatoué et lui sourit. Sans bien comprendre pourquoi, ce sourire lui fit du bien. Mais d'où sortait-il ? Il n'y avait que la cambrousse autour de lui.
« D'où venez-vous ? Il n'y a que des terres sauvages à perte de vue ici.
_Pas vraiment. Mon village se situe dans la vallée. On ne la voit pas du chemin : ce roc, fit-il en le désignant de la main, bien que petit, la cache aux yeux des aventuriers qui passent. Mais tu n'as pas répondu à ma question, jeune homme. »
Renji regarda l'homme. « Jeune homme ». Ca le fit sourire. S'il savait qu'il était au moins trois fois plus vieux que lui… Il se redressa, prêt à raconter une énième fois la raison de son voyage en Chine. Il se promit que ce serait la dernière fois. Si cet homme ne savait pas de quoi il parlait, il rentrerait. Le cœur brisé d'avoir échoué et la peur au ventre de perdre Byakuya, mais il rentrerait.
« Je suis venu chercher quelque chose qui n'existe probablement pas. Ca fait un mois que je sillonne le nord de ce pays en vain. A vrai dire, malgré l'espoir qui m'habitait, je savais que je courais après une chimère. Mais je devais vérifier. Aujourd'hui, je devrais renoncer mais je n'arrive pas à m'y résoudre. Alors, je vais raconter une dernière fois ce qui m'amène et si vous, comme je le crains d'avance, vous êtes dans l'incapacité de me répondre, j'abandonnerai. Vous êtes un ancien, alors si un ancien ne sait pas, personne ne saura et je devrais me faire une raison.
_Quel discours défaitiste. Quelle est donc cette quête que tu poursuis ?
_Je recherche un lieu où de multiples sources prennent vie. On les appelle « les sources maudites ». Et c'est maintenant que vous allez me dire « Les sources maudites ? Jamais entendu parler ! ». Et je n'aurais plus qu'à aller me pendre !
_Tu es très négatif pour un jeune ! Tu es toujours comme ça ou c'est juste parce que tu es fatigué ?
_Je ne pense pas être une personne négative. Je suis juste las et fatigué.
_Pourquoi cherches-tu ces sources ? Pour t'entraîner ? Tous ceux qui y sont allés s'en sont mordus les doigts. Elles sont dangereuses.
_M'entraîner ? Euh… »
Il interrompit alors sa phrase et, se tournant vers le vieillard, le sens des mots atteignit son esprit éreinté et désespéré.
« Un instant ! Vous en parlez comme si vous saviez justement de quoi je parle !
_Bien sûr que je sais de quoi tu parles ! Les sources sont à moins de deux kilomètres dans cette direction, indiqua t-il en pointant une colline. Mais c'est un endroit que je te déconseille vivement de visiter. Ces sources ne sont pas maudites pour rien : elles apportent toujours des ennuis à ceux qui s'obstinent à vouloir se rendre sur les lieux.
_Dans cette direction, fit Renji en se levant d'un bond et en attrapant son sac. Merci ! Oh merci Vieil Homme ! Je ne sais comment vous remercier ! Alors je n'étais pas complètement fou ! Elles existent vraiment ! Pardonnez-moi, mais il faut absolument que je les vois !
_Un instant ! Tu ne peux pas y aller seul ! Ne viens-je pas de te dire qu'il était dangereux de s'y rendre, seul d'autant plus. Il y a plus de 1000 sources et chacune porte sa malédiction. Et ce qui s'y passe n'est pas une fable.
_Vous semblez en savoir beaucoup et je vous remercie de votre inquiétude mais j'ai besoin d'y aller.
_Je ne peux pas t'en empêcher mais il te faut un guide.
_Un guide ? Mais où je vais en trouver un ? »
Le vieillard l'observa un instant et put lire dans le regard ambre la détermination du tatoué. Son instinct lui soufflait de veiller sur lui.
« Devant toi, finit-il par dire. J'ai été l'un des gardiens de ce lieu. Aujourd'hui, c'est mon petit-fils le guide officiel mais je vais t'y emmener. Allons-y. »
Renji l'aida à se lever. Le pauvre vieux avait les articulations plutôt raides.
« Je vous remercie. Mais avant toute chose, je ne me suis pas présenté. Je m'appelle Renji Abarai.
_Ici, tout le monde m'appelle Shin.
_Enchanté de faire votre connaissance, Shin-san, fit Renji en s'inclinant respectueusement car sans le savoir, cet homme venait de lui ouvrir en grand les portes de l'espoir.
_Suis-moi. »
Il leur fallut un peu plus d'une demi-heure pour atteindre les sources. La route était difficilement praticable et Shin ne marchait pas vite. Mais plus ils approchaient, plus Renji se sentait mal et oppressé. Il percevait quelque chose qui lui était familier sans parvenir à mettre le doigt dessus. Quand, finalement, ils arrivèrent, Renji laissa tomber son sac et fut pris dans un étau qui lui coupa la respiration quelques instants. Il fut obligé de libérer son réiatsu pour supporter le choc.
Il mit enfin un nom sur le malaise qu'il l'habitait : kido. Il n'y avait pas de doute. Cet endroit était envahi par du kido. Ça n'avait rien à voir avec celui qu'il connaissait. C'était plus puissant, plus écrasant mais c'en était, il n'y avait aucun doute. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Voilà une question qu'il devrait creuser plus tard. Pour le moment, il avait d'autres chats à fouetter. Quand il fut suffisamment redevenu maître de lui, il écarquilla les yeux.
« Bon sang ! Je n'imaginais pas ça comme ça ! »
Il y avait un nombre incalculable de sources qui s'étalaient à perte de vue. Enfin, le mot « source » n'était pas vraiment approprié : elles ressemblaient plutôt à des trous de taille plus ou moins grande remplis d'eau. Au centre de chaque source était planté une espèce de haut bâton ressemblant vaguement à du bambou de couleur blanc cassé. C'était hallucinant. Shin parla alors.
« Il y a des choses à savoir sur ces sources maudites. Dans des temps reculés que personne n'est capable de dater, des guerriers s'y rendaient pour s'entraîner au combat au corps à corps. Sachant les conséquences que l'échec des entraînements pouvait apporter, ils se sentaient motiver. Hélas, ils finissaient pratiquement tous par y tomber. Quelques que soient tes motivations, s'approcher trop près de ces eaux de malheur ne t'apportera rien de bon. Sais-tu au moins quelles en sont les caractéristiques ?
_J'en ai vaguement entendu parler. Parait-il qu'en y tombant, on devient quelqu'un d'autre.
_Quelqu'un d'autre ou quelque chose d'autre.
_Quelque chose ? Comment ça ?
_La légende raconte qu'il y a eu un noyé dans chaque source. Et que si l'on tombe dedans, on devient ce noyé. Regarde cette source juste devant nous : il y a 759 ans, un loup s'est noyé dans cette eau. Depuis, ceux qui tombent là, se transforment en loup.
_C'est une blague ?
_Je ne plaisanterais pas sur un tel sujet. J'ai assisté de mes yeux à ces transformations.
_Et… Est-ce que ces gens ont pu retrouver leur forme originale ? »
Le cœur de Renji battait à tout rompre à cause de ce qu'il entendait mais aussi à cause de la pression de cet étrange kido. Et puis : s'il menait son projet à bien, pourrait-il redevenir un homme ?
« Partiellement car lorsque la malédiction te frappe, tu ne peux plus l'annuler. Juste la contrer.
_Comment cela ?
_La température de l'eau. »
Devant l'air totalement hébété du japonais, Shin sourit et poursuivit ses explications.
« L'eau des sources est froide. Quiconque y tombe, se transformera dès qu'il sera en contact avec de l'eau froide. Il retrouvera sa forme naturelle dès qu'il se mouillera avec de l'eau chaude. C'est une malédiction terrible. Imagine, tu te ballades et une averse subite et non prévue s'abat sur toi. En une fraction de seconde, tu deviens devant tout le monde ce en quoi les sources t'ont transformé. »
Renji ne répondit pas mais se tourna vers les sources. S'il allait jusqu'au bout, si tant est que cela soit possible et en trouvant la bonne source, il ne serait plus jamais un homme à part entière. Saurait-il le supporter ? Etait-il prêt à pousser le sacrifice si loin ? Il ferma les yeux et esquissa mentalement le visage de son amant, les courbes de son corps. En se concentrant, il pouvait même entendre ses gémissements de plaisir lorsqu'il lui faisait l'amour… Oui, pas de doutes, il était prêt à tout pour ne pas le perdre. Et puis, peut-être y avait-il un espoir : c'était du kido. Ces sources tombaient sous le coup d'un sort. Peut-être que Urahara trouverait un moyen de l'en défaire. Il était un scientifique. S'il lui amené sur un plateau un sujet d'expérience, il l'aiderait sans doute. Du moins, l'espérait-il.
Bon, prochaine étape : trouve LA source. Comment faire ?
« C'est incroyable. Et en quoi risque t-on de se transformer si on y tombe ? Il y a tellement de sources !
_En un peu tout et n'importe quoi. Celle-ci en canard là en chat ici en cochon noir là en bonze celle-là en panda et la petite juste là en femme. »
La bouche de Renji s'ouvrit en grand. Non, c'était impossible qu'il ait une telle chance après tant de galères ! Comment ça se pouvait qu'il lui indique la source qu'il cherchait sans qu'il n'ait besoin de le demander ? Il en aurait pleuré de joie. Mais il fallait qu'il soit sûr. Aussi, enchaîna t-il en feignant d'être stupide.
« Euh ? En femme ? Celle-ci ? Vous êtes certain ?
_Absolument ! Une jeune fille s'y est noyée il y a 1023 ans aujourd'hui. Pas de doute. Alors, maintenant que tu sais cela, désires-tu toujours t'entraîner ici ? »
Mais Renji se sentit soudainement très mal. Sa tête se mit à tourner, il sentit une nausée lui monter à la gorge, ses membres devinrent lourds comme du plomb. Il tenta de résister mais sa vision se teinta de noire et sa conscience fut happée par l'obscurité. Il s'effondra avant de pouvoir répondre.
Renji se redressa d'un bon, le cœur tambourinant dans sa poitrine. Le regard hagard et le souffle court, il ne reconnut pas l'endroit où il était. Quelqu'un lui avait ôté ses vêtements et l'avait allongé dans un futon. Mais qui et surtout pourquoi il ne s'en souvenait pas ? Il passa les mains dans ses cheveux défaits et ferma les yeux, essayant de se souvenir des derniers évènements.
Et tout le revint : le mariage de Byakuya, sa « fuite » du Seireitei et sa quête infernale.
Il releva la tête. Sa quête infernale qu'il avait menée à bien. Il avait réussi, il était parvenu à trouver les sources maudites.
Il se souvint alors de cet étrange kido qui planait là-bas. Il s'était évanoui. La force de ce kido et la fatigue accumulé devaient en être la raison. Ce n'était pas son style de tomber dans les pommes.
Le cours de ses pensées fut interrompu par le bruit de la porte de la chambre qui s'ouvrait. Il tourna la tête et reconnut Shin.
« Ah, tu es enfin réveillé. Comment te sens-tu ?
_Un peu groggy mais ça va.
_Tu sais que tu m'as fait peur à t'écrouler comme ça ! J'étais très inquiet parce que j'ai dû aller chercher du renfort au village pour te ramener. Te laisser seul aux sources ne me rassurait pas.
_Je suis désolé de vous avoir causé du souci. Pardonnez-moi.
_Bah, c'est rien puisque tu vas bien. Mais tu as tout de même dormi durant trois jours.
_Trois jours, s'exclama t-il. La vache ! Je ne pensais pas avoir accumulé autant de fatigue.
_Ca n'a rien de surprenant. J'ai cru comprendre que ton voyage ne s'était pas bien passé.
_C'est vrai.
_Et maintenant ? Que vas-tu faire ? T'entraîner aux sources malgré mes avertissements ? »
Ah oui, il pense que je cherchais les sources pour m'entraîner. S'il savait comme c'est la dernière de mes préoccupations ! Enfin, inutile que je lui explique mon véritable but.
« Non, je ne pense pas que ce soit une bonne idée.
_Arf ! Tu m'en vois incroyablement soulagé ! Si seulement j'avais pu convaincre plus d'inconscients… Enfin bref ! Tu n'aurais pas un peu faim après ces trois jours de jeun ?
_Un peu, j'avoue.
_Peux-tu te lever ou préfères-tu rester au lit ?
_Je vais me lever. »
Renji se leva prudemment et suivit Shin dans la pièce à vivre de cette maison de campagne typiquement chinoise. Il fit la connaissance du fils et du petit-fils de Shin. Il apprit que, malheureusement, il n'y avait plus de femme chez eux, l'épouse de son fils étant décédée quelques années plutôt de maladie. La journée se passa agréablement et vint le moment de retourner se coucher. Renji n'avait pas sommeil : il avait repris assez d'énergie les trois derniers jours qu'il avait passé à dormir. Et de toute façon, une seule chose l'obsédait : retourner aux sources pour faire ce qu'il avait à faire. Il attendit que toute la maisonnée soit plongée dans le sommeil pour se faufiler discrètement dehors. Il allait se mettre en route et puis, se ravisa. Et si l'un des hommes se levaient et constataient son absence ? Il regagna donc sa chambre et avala une pilule d'âme artificielle. Il se détacha du corps et ordonna à son gigai de rester couché et de faire semblant de dormir. C'est donc sous sa forme de shinigami qu'il gagna les sources. De toute façon, il ne pouvait accomplir cela que dans sa forme originale.
Il stoppa face à la source et déglutit. Il sentait toujours la force de ce kido désagréable ce qui lui faisait franchement peur. S'il sautait et que ce kido imprégnait ses veines au point de ne pouvoir s'en défaire ? Ses mains étaient moites. Il avait tant cherché et voilà qu'il hésitait. Mais il y avait de quoi quand même, non ? S'il faisait ça, il prenait le risque de ne plus être entièrement un homme. Et puis, pour la première fois, il se demanda comment réagirait Byakuya en découvrant ce qu'il avait fait.
Très mal sans aucun doute. Mais Renji restait persuadé que c'était là leur seule chance. Il ôta alors Zabimaru de son obi et voulut le poser sur l'herbe. Mais la voix de son zanpukuto s'éleva dans son esprit.
Ne fais pas cela ! Tu es un homme ! Qu'est-ce qui te prend de vouloir devenir une femme pour porter un enfant ? Imagines-tu ce que c'est que te porter la vie ? T'imagines-tu une seule seconde enceinte ? Souviens-toi, cette idée t'a un jour traversée l'esprit et t'a donné des frissons d'horreur. Alors…
_Tais-toi, intima t-il. Je sais tout cela. Mais tu sais très bien ce que je ressens. Tu es une partie de moi. Il va falloir t'habituer à ce que je sois une femme durant quelques temps. T'habituer à l'idée que je porterai un jour l'enfant de Byakuya. Même si je dois l'obliger à me le faire ce bébé !
Sur cette tirade, il lâcha le katana qui s'échoua sans bruit sur l'herbe et plongea dans l'eau.
Qui s'avéra glaciale. Il sentit la force du kido s'insinuer dans ses veines ce qui lui provoqua une vive douleur dans tout le corps. C'était quasiment insupportable. Il serra les dents et se mit en mouvement pour sortit de cette eau maudite. Il remonta et prit appui sur le bord pour hisser sa tête hors de l'eau. Il toussa puis, s'appuyant, sortit de la source. A son plus grand soulagement, il ne sentait plus le kido en lui aussi se demanda t-il si ça avait vraiment fonctionné. Pas trente six manières de le savoir. Il inspira profondément et, n'osant regarder, posa ses mains sur son torse.
Pour sentir sous ses paumes de mains deux protubérances qu'il n'avait pas quelques instants auparavant. Il baissa alors la tête pour constater qu'il avait désormais des seins. Plutôt bien proportionnés et assez conséquents, constata t-il bien qu'ils n'égalaient pas ceux de Rangiku-san. Et c'était tant mieux d'ailleurs.
Son cœur battait à tout rompre alors qu'il avait tout de même beaucoup de mal à réaliser qu'il n'était plus réellement un homme. Il avança à quatre pattes jusqu'à son zanpakuto qu'il saisit avant de se mettre debout.
Pour constater que son uniforme s'était allongé dans l'eau. Ou bien ?... Il regarda ses mains, plus petites qu'à l'accoutumée, et se dit que c'était peut-être lui qui était en fait plus petit. Il n'était plus un homme.
Bon Dieu ! Cette fois ça y est ! Je peux plus revenir en arrière, je l'ai vraiment fait ! J'y crois pas ! C'est terrible, c'est horrible ! Je suis plus un mec ! Mais qu'est-ce que vont penser Ikkaku et Yumichika ? Et tous les copains ? Et Ichigo ? Et… Mon Dieu !
_C'est maintenant que tu penses à cela, rugit Zabimaru. Regarde ce que tu as fait de nous ! On est devenu une bonne femme ! UNE BONNE FEMME !
_La ferme ! N'en rajoute pas ! Je n'ai pas pensé à tout, c'est vrai mais je ne le regrette pas !
_Peut-être pas maintenant mais plus tard ?
_On verra ça à ce moment-là. Maintenant, tais-toi.
Il reprit son souffle trop erratique. Inutile de geindre, les dès étaient jetés. Il ne lui restait plus qu'à vérifier une chose : pouvait-il effectivement redevenir un homme grâce à l'eau chaude ?
Il utilisa le shunpo pour regagner la maison. Il ne prit pas la peine de regarder à quoi il ressemblait en femme et s'avança jusqu'à la cuisine où il trouva la bouilloire qui contenait encore de l'eau chaude qu'ils avaient utilisé tout à l'heure pour faire le thé. Sans hésitation cette fois, il s'en versa sur la tête. Il ne ressentit rien de particulier mais constata de suite que son uniforme n'était plus trop grand. Un coup d'œil sur sa poitrine lui confirma qu'elle avait disparu.
Un gros soupir de soulagement. Il n'était plus vraiment un homme mais il n'était pas non plus tout à fait une femme. C'était déjà cela. Il regagna la chambre et réintégra son gigai. Puisqu'il avait réussi, demain, il reprendrait la route.
Renji salua une dernière fois Shin et sa famille puis s'en alla sans un regard en arrière. Il avait l'esprit un peu embrouillé par les évènements qui ne manqueraient pas de se produire dans les prochains jours. Mais il devait rentrer le plus rapidement possible : il ne s'était que trop longtemps absenté et il risquait d'en supporter les conséquences. Il cessa alors de marcher. Il avait dû parcourir pas mal de kilomètres ainsi plongé dans ses pensées, il était donc suffisamment éloigné du village. Il sortit alors de son sac son soul pager. Son téléphone spirituel était presque à plat mais il devrait contenir assez d'énergie pour ce qu'il y avait à faire. Du moins, l'espérait-il car s'il devait se retaper tout le trajet à l'envers, il en mourait avant même d'avoir fait un pas de plus. Il entra dans le répertoire et lança l'appel. Une voix chantante et aux inflexions moqueuses lui répondit.
« Moshi moshi. Urahara pour vous servir !
_Bonjour Urahara-san, c'est moi. »
