Chapitre 7

Pendant ce temps, à la Soul Society…

Byakuya se sentait défait comme une marionnette dont on avait coupé les fils. Tout cela n'était qu'un cauchemar. Il allait se réveiller et découvrir le corps de Renji paisiblement endormi à ses côtés. Hélas, lorsqu'il rouvrit les paupières, il était seul dans sa chambre qu'il avait rejointe comme un automate après avoir franchi le Seikeimon.

Renji était quelque part en Chine et il n'avait aucun moyen de le retrouver. Aucun. Qu'était-il allé chercher là-bas ? Qu'espérait-il trouver là-bas ? En ce moment précis, il n'avait qu'une envie : plonger dans le fond de son futon pour y recueillir l'odeur de son amant et dormir jusqu'à ce qu'il rentre. Mais il savait qu'il ne pouvait pas faire cela. Il était le capitaine de la sixième division des armées de la cour et il était désormais seul pour la diriger. Il était le chef de clan et il avait des obligations.

Son regard se durcit à cette pensée. C'était ces mêmes obligations qui l'avaient conduit à cette inextricable situation. Ces obligations et son oncle. Cette espèce de… Il ne trouvait pas de qualificatif mais c'était entièrement de sa faute si Renji avait pris la fuite. Les choses étaient allées trop loin. Qu'ils aient voté cette mention pour le faire plier était une chose mais ça ne leur donnait pas le droit d'agir comme bon leur semblait pour parvenir à leur fin. Il demeurait le chef de clan, tous lui devaient le respect qu'il méritait. Et comme il l'avait si bien dit à son cher oncle, il était plus que temps de remettre certaines pendules à l'heure. Au moins, cela le soulagerait-il un peu de la douleur qui s'était perfidement emparée de son cœur.

Il se leva et appela Hina-san. Cette dernière apparut très rapidement.

« Byakuya ! J'étais tellement inquiète de te voir franchir le Seikeimon ! Que s'est-il passé ? Où es-tu allé ?

_Dans le monde humain où Renji vient de prendre la fuite. Tout cela à cause de Toshio Kuchiki ! Je ne vais pas le laisser s'en sortir à si bon compte !

_Comment cela Renji-san s'est enfui ? Mais pourquoi ?

_Mon cher oncle n'a rien trouvé de mieux que de m'organiser un omiai improvisé dans mon propre bureau ce matin même !

_Oh non… »

Hina n'imaginait que trop bien la situation. Renji mit devant le fait accompli, Toshio-san et ses airs supérieurs et surtout, la colère de Byakuya qui avait formellement interdit l'accès à son bureau pour les affaires concernant le clan. La situation s'envenimait de plus en plus. Et ça n'allait pas s'arrêter en si bon chemin : Byakuya allait très certainement vouloir asseoir son autorité et elle ne pouvait l'en blâmer. Il avait dépassé les bornes.

« Hina-san, je veux réunir la totalité du clan le plus rapidement possible. Penses-tu être en mesure de prévenir tout le monde pour dans deux jours ? Je ne me sens pas capable d'attendre une journée de plus ! Et deux jours me paraissent déjà trop.

_Ne t'en fais pas, je vais mettre tout en œuvre pour convoquer le clan.

_Indique bien que cette réunion est obligatoire et qu'aucune réception ne suivra la réunion. Je veux que tous comprennent que je suis furieux. Car, crois-moi, je le suis. Je n'ai même jamais été aussi furieux de toute ma vie. J'ai traversé des moments difficiles mais celui-là… »

Il n'acheva pas sa phrase mais Hina-san comprit parfaitement le message. Elle avait mal pour lui, tout se passait si bien depuis cinq ans, il était enfin heureux, vraiment heureux, bien plus qu'il ne l'avait même était avec Hisana. Ce n'était pas juste. Elle ne répondit rien et s'inclina avant de sortir. Elle travaillerait sans dormir s'il le fallait, mais le vœu de Byakuya serait exaucé…

Il n'avait pas fermé l'œil de la nuit si bien qu'il était arrivé à la division à 6h30. Il se sentait mal mais au moins, le travail lui évitait de trop penser. Enfin, à la condition qu'il prenne bien soin de rester le nez plongé dans ses dossiers car, s'il avait la malheur de lever la tête, il voyait le bureau vide de Renji et tout son être se tendait.

Il soupira. Il ne savait pas combien de temps il tiendrait.

C'est ainsi que les premières heures de la journée s'écoulèrent jusqu'à ce que quelques coups contre sa porte se fassent entendre. Sans lever la tête, il donna la permission d'entrer. Il était inutile pour lui de regarder, il savait qui venait le voir.

« Bonjour Byakuya, j'étais sûr que tu serais là tôt. Quelles sont les nouvelles, interrogea Juushiro.

_Elles sont plutôt mauvaises, répondit-il sans cesser de travailler.

_Mauvaises à quel point, demanda le treizième capitaine sans se démonter de l'attitude de son cadet.

_J'ai découvert qu'il était quelque part en Chine du nord et que je n'ai aucun moyen de pister son réiatsu puisque Urahara Kisuke n'a rien trouvé de mieux que de lui « bricoler » un gigai qui masque l'énergie sans qu'il ne soit obligé de le faire lui-même.

_Oui, voilà qui n'arrange pas l'affaire. Mais je m'étonne : qu'est-il parti faire en Chine ?

_Si seulement je le savais, fit-il en laissant tomber bruyamment son crayon sur le bureau tout en redressant la tête pour, enfin, regarder son interlocuteur. Je n'ai pas la moindre idée de ce qu'il espère trouver là-bas. Il a dit à Urahara qu'il y aurait quelque chose qui pourrait régler ses problèmes dans ce pays. Mais je ne vois vraiment pas ce qui pourrait résoudre notre problème ! D'ailleurs, à ce que j'ai pu comprendre, lui-même n'est pas sûr de ce qu'il cherche alors, combien de temps va durer sa quête surtout si elle est éphémère ? Je ne vais pas pouvoir justifier son absence indéfiniment même si tu m'apportes ton aide. Vois-tu un peu dans quelle situation tu m'as mis en lui donner l'autorisation de partir ? Je ne suis pas près de te pardonner cela.

_Il suffit Byakuya, rétorqua calmement Juushiro bien que le ton était clairement autoritaire. Nous savons tous les deux que ce n'est pas réellement contre moi que tu es en colère mais contre lui et, surtout, contre toi-même. Je te l'ai dit : il serait parti avec ou sans mon accord. La seule chose qui l'ait poussé à solliciter mon aide était qu'il ne voulait pas passer pour déserteur. Mais crois-moi, je l'ai vu dans ses yeux, il était déterminé à mener son projet à bien. Je pense que je vous ai rendu, au contraire, à tous les deux, un sacré service. Même si j'avoue que la situation est des plus déplaisantes. »

Le noble serra les mâchoires. Oui il était en colère contre Renji, oui il culpabilisait de faire endurer cela à son amant car, après tout, c'était bien de sa faute à lui s'ils se trouvaient dans cette situation. Mais Juushiro avait tort : il était aussi en colère contre lui parce qu'il n'avait pas agit avec discernement.

« Oui, tu as raison, avoua t-il, je lui en veux et je m'en veux aussi mais tu te trompes sur un point Juushiro : je suis réellement en colère contre toi. Tu aurais dû refuser de l'aider et venir m'avertir dans les minutes qui ont suivies votre entretien de son désir de quitter la Soul Society. Ta trop grande empathie pour les gens finira par te causer des ennuis.

_Très bien, alors sois en colère contre moi si cela peut te soulager, je n'ai aucun moyen de t'en empêcher. Mais je ne m'excuserais pas pour autant parce que j'estime avoir fait le bon choix même si tu n'es pas d'accord. Sois assuré de mon soutien pour « couvrir » son absence. Nous pouvons faire passer ta sœur malade pour au moins dix jours sans que cela ne paraisse suspect. Cela nous laisse donc quelques jours pour réfléchir à la suite. Avec un peu de chance, il sera de retour assez vite. Dans le cas contraire, cela nous donne un peu de temps pour réfléchir à une autre excuse. »

Le brun ne répondit pas et, glissant dans le fond de son fauteuil, ferma les yeux en laissant sa tête tomber en arrière. Ukitake ne sentait impuissant. La seule chose qu'il pouvait faire était de lui proposer une oreille attentive et réconfortante.

« Que comptes-tu faire pour ce mariage ?

_Je n'ai aucune intention de me marier. Je ne fais que gagner du temps depuis quelques semaines. Et l'insolence dont a fait preuve mon oncle vient de me donner une bonne occasion de faire traîner un peu plus les choses. Il m'a fourni un excellent prétexte pour mettre de côté leur projet de mariage et d'héritier. J'ai convoqué le clan pour demain. Et crois-moi, aucun Kuchiki n'oubliera de si tôt ce jour à marquer dans les annales de la famille… »

A cet instant, l'expression de l'héritier de cet illustre clan fut tellement féroce qu'elle en fit frissonner Juushiro. Il avait toujours su que se cacher un lion derrière cette expression glaciale mais être mis face à cette réalité était très déconcertant même pour un homme d'expérience comme lui. Il décida que c'était le bon moment pour lui de regagner son propre taicha.

« Je vais te laisser à tes réflexions. Tu sais où me trouver. A bientôt et, bonne chance pour ta réunion.

_Ce n'est pas à moi qu'il faut souhaiter bonne chance mais à ma chère famille. »

Ukitake tourna le dos à Byakuya et s'en fut sans demander son reste. Le petit Byakuya qu'il avait connu voilà des années plus tôt si discret et impassible n'était plus. Il était devenu un homme, c'était une chose qu'il ne devait plus oublier.

La totalité du clan avait été réunie dans le temple familial, seul lieu capable de contenir autant de monde. Byakuya était assis face à l'assemblée dont la toute première ligne était constituée par les membres du conseil des anciens qui, bien qu'arborant un visage impassible, n'en menaient pas large. Bien que les murmures de la famille démontraient que personne ne comprenait la raison de cette réunion organisée de manière si impromptue, les anciens, eux, savaient. Et beaucoup étaient en colère contre Toshio-dono responsable de ce fiasco. A cause de lui leur projet pourtant si bien réfléchi, et jusqu'à présent bien mené, allait tomber à l'eau.

Une petite cloche se fit alors entendre et le silence se fit. Cela indiquait que le chef s'apprêtait à prendre la parole. Bien que montrant comme à son habitude un visage inexpressif, Byakuya jubilait. La première phrase qu'il prononcerait dans à peine quelques secondes allait jeter un froid déjà bien présent dans l'assemblée. L'idée d'agacer sa famille lui procurait un indéniable plaisir.

« Avant d'aborder le sujet de cette réunion, je vous prierais de bien vouloir excuser l'absence de ma jeune sœur. Comme vous le savez, Rukia a été affectée au monde humain et est actuellement souffrante. Etant alitée, elle n'a pu se joindre à nous. »

Certains visages de l'assistance se pincèrent de désapprobation. Quand comprendront-ils enfin qu'il considérait la jeune sœur de sa défunte épouse réellement comme sa sœur ? Il ne l'aimerait davantage si elle avait le même sang dans les veines. Il s'en voulait de mentir comme il le faisait et cela lui coûtait beaucoup. Lui qui était toujours si honnête. Mais il n'avait pas le choix. C'est d'une voix claire qu'il reprit son discours.

« La majorité de vous ignore totalement la raison de ce rassemblement que j'ai décidé d'organiser suite à un irrespect manifeste à l'encontre de mon autorité. Certains ont tout simplement oublié qui je suis. Il est fort regrettable que je sois obligé d'affirmer l'autorité qui fait de moi le chef de ce clan. Mais puisqu'il le faut : je suis Byakuya Kuchiki, vingt huitième chef de clan de la famille Kuchiki. Je suis l'héritier direct du précédent chef de clan qui, lui-même, a obtenu ce titre de son père. J'ai tout pouvoir sur ce clan bien que j'ai le devoir de prendre conseil au préalable auprès du conseil des anciens pour les décisions importantes. Mais les décisions finales restent à ma seule discrétion. Le conseil des anciens garde néanmoins en sa possession certaines prérogatives qui consistent principalement à veiller que le chef administre correctement son clan, et ce même s'il n'est pas en accord avec la manière dont il se charge de cette tache. Un seul droit reste entre les mains du conseil des anciens : veiller à ce que la succession du clan soit assurée. Comme vous le savez, ce n'est actuellement pas le cas. Dernièrement, le conseil a voté la mention qui consiste à me recommander vivement de prendre épouse afin d'assurer la pérennité de notre illustre nom. Bien que ne partageant pas cette urgence, je me suis incliné puisque le vote a été entériné. Voilà donc plusieurs semaines que des omiai sont organisés. Et c'est justement cela qui nous conduit tous à être rassemblés ce jour. »

Byakuya cessa alors de parler et un murmure s'éleva dans la salle. Ses oreilles perçurent certaines réactions notamment que le clan avait été réuni parce que leur chef voulait annoncer ses fiançailles. D'autres disaient que ce n'était pas cela puisqu'il avait clairement dit que son autorité avait été bafouée. Le murmure retomba tel qu'il était monté.

« Comme vous tous savez, le clan n'est pas ma seule obligation bien qu'il demeure ma priorité. Je suis également un capitaine du Gotei treize. J'administre la sixième division des armées de la cour, comme mon grand-père avant moi. Notre famille dirige la sixième division depuis la création du Gotei, ce n'est donc pas une nouveauté. J'ai toujours mis un point d'honneur à séparer mes deux activités qui n'ont rien à voir l'une avec l'autre. C'est d'ailleurs dans cette optique que j'ai formellement interdit à la famille de venir au taicha. Les affaires du clan se règlent au clan et nulle part ailleurs. Or, il y a deux jours, un membre des plus éminents du conseil des anciens a délibérément ignoré cet ordre. Et, à mes yeux, de la pire manière qui soit : en mettant en cause mon honnêteté. Pour résumer la situation, le conseil a désigné mon oncle, Toshio-dono, comme organisateur des omiai. Il y a quelques jours, il est venu pour me donner la date du prochain omiai. Mais j'ai refusé parce que j'étais débordé de travail. Sachant que je ne suis pas consentant à me remarier pour le moment, il a supposé que je lui mentais pour échapper à mon obligation. Il n'a rien trouvé de mieux que de venir au taicha avec sa prétendante et son père. »

Il se tut à nouveau et observa les réactions qui ne furent pas longues à venir. Tous les regards se tournèrent vers l'incriminé qui n'osait pas relever les yeux de la contemplation du sol. L'indignation était palpable : comment avait-il pu douter de l'intégrité de leur chef ? Byakuya Kuchiki avait toujours fait preuve d'un profond attachement à son clan et ses règles. Certes, l'épisode Hisana puis l'adoption de Rukia avait été des taches dans son parcours mais rien qui ne puisse mettre en doute sa dévotion à la famille.

« Nous sommes donc réunis pour… Comment dire cela pour que le message soit clair ?... Disons pour remettre les pendules à l'heure. Je ne suis pas un menteur (quoique là, j'expérimente le mensonge comme jamais), j'ai toujours accompli mes devoirs de chef, j'ai accepté la mention du conseil bien que ne souhaitant pas me remarier dans l'immédiat. Je me suis mis d'accord avec le conseil pour pouvoir choisir moi-même mon épouse d'où l'organisation des omiai qui, pour le moment, n'ont rien donné de concret. Je fais mon maximum pour assumer mes obligations familiales et professionnelles. Aujourd'hui, suite à une profonde modification des procédures au sein du Gotei Treize, je suis débordé de travail et je n'ai ni la tête ni l'énergie à m'occuper d'omiai. J'ai été profondément déçu et choqué par l'attitude de mon oncle. Mettre ma parole en doute, ignorer l'ordre de ne pas venir au taicha, organiser un omiai sans la moindre considération pour le protocole et l'étiquette. Puisqu'il en est ainsi, voici ma décision, ou devrais-je plutôt dire ma sanction : je ne veux plus entendre parler de mariage ou d'omiai jusqu'à nouvel ordre. Je ne remets pas en cause la décision du conseil, je la suspends. Le prochain qui me manquera de respect n'aura pas la même chance que Toshio-dono. »

Byakuya jeta un regard circulaire dans la salle. Son regard d'ordinaire si impassible brillait d'une flamme qui surprit la totalité du clan. Cette flamme était la manifestation de sa colère. Tous comprirent qu'ils avaient trop tiré sur la corde. Byakuya Kuchiki était certes leur chef mais il était aussi un homme qui pouvait être bafoué. Aujourd'hui, leur héritier leur avait fait froid dans le dos.

Il était digne de leur illustre famille.

Sans rien ajouter, il se leva et quitta le temple sonnant la fin de cette réunion.

A peine fut-il sorti qu'un vieil homme se leva et se planta face à Toshio Kuchiki.

« Es-tu content de toi ? Nous t'avions pourtant prévenu qu'il fallait jouer finement avec Byakuya-sama ! Il est contre un remariage, nous avons été obligés de lui forcer la main ! Nous savions qu'il se plierait à notre volonté, qu'il suivrait les règles mais aussi qu'il ne fallait pas le brusquer ! Et qu'as-tu fait ? Le braquer ! Cela nous a pris plus de cinquante ans pour le convaincre et tu as tout ruiné en quelques semaines à peine ! Combien de temps nous va-t-il falloir attendre jusqu'à ce qu'il se décide à reprendre les omiai ? Je ne te remercie pas. Sans compter que tu nous l'as franchement énervé. Lui qui reste toujours si stoïque. Sans compter que tu as jeté la disgrâce sur le conseil des anciens en tentant de te donner plus d'importance que tu n'en as ! Que t'a-t-il pris de braver ses ordres ? Je ne te comprends pas !

_Je n'ai jamais voulu me donner plus d'importance que je n'en ai comme tu le dis si bien ! Je ne voulais simplement pas perdre de temps, prendre le risque qu'il ne revienne sur sa parole alors qu'il avait enfin accepté de se remarier.

_Tu fais erreur, Toshio. »

Toshio se tourna vers la voix éraillée qu'il avait reconnu être celle de sa mère. La grand-mère de Byakuya plongea ses yeux gris dans le regard de son fils cadet.

« Byakuya n'a pas accepté de se remarier, il s'est plié à notre volonté, nuance. Il participe à ses omiai à contre cœur. Tu as choisi une bien mauvaise tactique en le bombardant de rencontres à n'en plus finir. Tu n'as fait que le dégoûter un peu plus à chaque fois. Le temps était notre allié. C'est toi qui lui as donné un bon prétexte pour arrêter cela. Même temporairement. Mais ce qui est fait est fait. Je suis lasse. Je me retire. Il n'y a rien d'autre à faire pour le moment. »

La vieille dame se releva, aidée par sa suivante. Elle regagna ses quartiers lentement tout en songeant que son petit-fils venait de trouver le moyen de reculer l'échéance sans devoir utiliser une quelconque ruse. Son imbécile de fils lui avait fourni un moyen sur un plateau d'argent. Bien qu'elle ait réprimandé son cadet devant l'assemblée pour sauver les apparences, elle lui était reconnaissante de sa bêtise. Cela lui donnerait plus de temps pour découvrir pourquoi Byakuya était si réticent à accomplir son devoir…

Il se laissa choir sur son futon, totalement vidé de ses forces. Il était pourtant satisfait de la tournure des évènements. Il allait avoir la paix quelques temps ce qui lui permettrait de réfléchir à ce qu'il convenait de faire. Il entendit le shoji s'ouvrir puis se refermer et quelques bruissements de vêtements plus tard, une voix féminine s'éleva.

« Comment te sens-tu ?

_Quelque peu soulagé, rien de plus. Ce poids sur mes épaules est toujours aussi lourd. Que dois-je faire Hina-san ? Je ne me suis jamais senti aussi perdu.

_Je ne sais que te dire puisque tu ne veux pas entendre parler de la seule solution que j'ai : à savoir dire la vérité. Je suis impuissante à t'aider. »

Seul un soupir lui répondit. Terriblement inquiète pour lui, Hina se leva et quitta la chambre sachant qu'il ne dirait plus un mot. La mort dans l'âme face à son impuissance, elle regagna ses quartiers pour se figer en découvrant la grand-mère de Byakuya qui semblait l'attendre de pieds fermes. Inspirant discrètement pour se donner du courage, elle vint s'installer face à elle tout en la saluant.

« Bonjour, Oya-dono, que puis-je faire pour vous ?

_Comme si tu ne le savais pas.

_Et bien non, je ne le sais pas.

_Ne jouons pas à ce jeu, veux-tu. Je sais parfaitement que tu t'inquiètes pour Byakuya au moins autant que moi si ce n'est plus. Et je suis persuadée que tu serais en mesure de m'expliquer ce qui se passe exactement. Tu es la personne la plus proche de lui, tu es sa gouvernante personnelle même si nous savons toutes les deux qu'il y a plus que cela. Je conçois parfaitement ta loyauté envers lui mais l'heure est grave. J'ai besoin de savoir ce qu'il se passe pour pouvoir l'aider mais il n'a rien voulu confier. J'ai l'intime conviction que toi seule peut l'aider. Alors, parle-moi. »

Hina baissa le regard et fixa la coupe à fruits placée au centre de la table basse. Elle ne doutait pas un instant de la sincérité d'Oya-dono. Elle était la seule à avoir toujours soutenu Byakuya et aujourd'hui encore elle était persuadée qu'elle serait un atout majeur mais voilà, il ne voulait pas en parler alors, qui était-elle pour aller à l'encontre de la volonté du chef de clan ? Et comment annoncer une telle chose ? Elle n'avait pas le droit de trahir la confiance que Byakuya lui portait. Elle planta alors ses yeux gris dans ceux noires de la vieille dame.

« Je suis profondément désolée, mais je ne puis vous aider. La seule chose qui compte actuellement, c'est Byakuya. Et s'il ne peut plus être en mesure d'avoir confiance en moi, il sera complètement seul. Alors je ne vous mentirais pas, je sais effectivement ce qu'il se passe mais je suis aussi dans l'incapacité totale de vous dire quoi que ce soit. Et, croyez-moi, je le déplore fortement mais je n'ai pas le choix. Pardonnez-moi. »

Oya soupira tout en secouant la tête.

« Je vois. Si je veux obtenir des réponses, je vais devoir harceler mon petit-fils si je te suis bien.

_Je le crains. Il est très fragile en ce moment. Je suis contre cette méthode mais, si vous le poussez à bout, vous pouvez réussir à le faire craquer. »

Dire cela lui fit mal mais il n'y avait que cela à faire.

Oya se leva alors et après un signe de tête, prit congés d'Hina dont le cœur s'était comprimé.

Les jours puis les semaines s'écoulèrent avec une lenteur digne d'une tortue unijambiste en fin de vie. Un mois passa sans qui ni Urahara ni lui n'eussent la moindre nouvelle. Durant ces journées interminables, il avait du subir le harcèlement de sa grand-mère qui ne cessait de vouloir comprendre son obstination à refuser le mariage. Il ne s'était pas passé une journée sans qu'Utikate ne vienne s'enquérir de l'avancée des choses. Et puis, il avait fallu trouver d'autres excuses pour expliquer l'absence de Renji.

Et ils arrivaient au terme de la dernière.

Après les dix premiers jours couverts par la soi-disant maladie de Rukia, Ukitake et lui avaient décidé de faire croire qu'elle avait transmis ses microbes à Kurosaki et que, par conséquent, Renji devait rester pour, cette fois, soutenir Rukia durant la convalescence d'Ichigo. Quand Ichigo avait été « remis », Byakuya avait « accordé » quelques jours de « vacances » à son subordonné qui avait travaillé d'arrache pied pour suppléer les shinigamis en poste dans le monde humain, d'autant que Renji était déjà fatigué du lourd travail effectué au sein de sa division à cause du changement des procédures. Certes, Yamamoto avait trouvé un peu étrange que Kuchiki lui accorde ce congé alors qu'il croulait sous les dossiers. Byakuya avait objecté qu'un lieutenant dormant sur ses dossiers ne lui serrait d'aucune utilité. Et connaissant l'amour d'Abarai pour la paperasse, le sujet en était resté là. Byakuya avait pris soin d'informer Urahara des excuses préfabriquées afin qu'il avertisse Renji lors de son retour : la moindre petite gaffe risquait de coûter beaucoup à Ukitake et lui-même.

Mais voilà, Renji était censé rentrer dans deux jours et le noble héritier était persuadé qu'il ne réapparaitrait pas à temps. Ce qui, bien évidemment, lui retournait l'estomac. A vrai dire, il ne savait pas comment il faisait pour se lever chaque matin et accomplir ses tâches comme si tout allait bien. Parce que tout allait de travers !

Où es-tu Renji ?... Je t'en conjure, reviens-moi…