Chapitre 8
Il n'avait fallu que quelques secondes à Tessai pour localiser Renji grâce à l'énergie émise par son soul pager. Ensuite, cela avait été un jeu d'enfant d'ouvrir un seikeimon juste en face de lui. A cet instant, Kisuke se demandait pourquoi ils n'avaient pas procédé de la même manière lors du départ du fukutaicho. Certes, Renji ne savait pas trop où aller mais ça lui aurait fait gagner du temps et aussi de l'argent d'arriver directement sur les côtes chinoises sans prendre le train et le bateau.
Enfin bref, ce qui était fait était fait et ça ne servait à rien de revenir dessus.
Et l'ancien capitaine se sentait nerveux. Il sentait confusément que Renji avait atteint son but, il l'avait ressenti au son de sa voix, et que ça risquait de le surprendre au plus au point.
L'absence du roux lui avait laissé le temps de réfléchir d'autant que Byakuya Kuchiki l'avait contacté à plusieurs reprises pour prendre des nouvelles. Il avait reçu un appel ce matin même lui expliquant comment il avait caché le départ de son second. Il n'en revenait toujours pas de l'implication de cet homme froid. Enfin, froid, il fallait le dire vite. S'il l'était réellement, jamais il n'aurait pris la peine de venir en aide à son fukutaicho.
Même si Kisuke se doutait que le sixième capitaine avait de bonnes raisons d'agir ainsi. Raisons qu'il finirait par découvrir, foi de Kisuke !
Pour l'heure, le dangai s'était ouvert dans le sous-sol de son magasin et Renji apparut alors. Ce que le scientifique remarqua de suite, fut son visage beaucoup plus serein que le mois dernier bien que les cernes sur son visage démontraient la difficulté qu'avait été son voyage. Non, pas son voyage, sa quête.
« Okaidi, Abarai-san. Le voyage fut-il fructueux ?
_Bonjour, Urahara-san. Oui, très fructueux. Mais je vais encore avoir besoin de vous.
_Pourquoi cela ne me surprend t-il pas ? Montons, tu m'expliqueras cela.
_Puis-je prendre une douche et me changer avant ?
_Bien sûr. Tu connais la maison.
_Arigato. »
Kisuke attendait patiemment en sirotant un thé chaud. Une tasse attendait son profiteur-san qui se montra alors. Sans un mot il s'installa face à son ainé qui lui servit un thé en silence. Le blond sentait qu'il ne fallait pas brusquer les choses et le laisser parler. Quelques minutes se passèrent ainsi sans qu'une parole ne soit échangée puis Renji redressa la tête et plongea ses yeux dans ceux de l'homme à l'éternel bob.
« J'ai réussi. J'ai trouvé ce que je voulais. Ca devrait résoudre mon problème, tout en m'en causant un autre. J'espère que le prix en vaudra la chandelle. Et puis, grâce à vous, j'ai peut-être aussi un espoir de me débarrasser un jour des conséquences. »
Devant le regard confus de son vis-à-vis, Renji se décida à lui raconter l'histoire en omettant simplement de prononcer le nom de Byakuya.
« Vous ne comprenez rien à ce que je raconte et c'est normal. Je vous ai entraîné dans cette galère sans rien vous expliquer. Mais je n'ai plus le choix. De toute façon, vous l'apprendrez un jour où l'autre. Oh Kami… Tout le monde l'apprendra un jour où l'autre ! Je ne suis pas au bout de mes peines mais je ne regrette pas la décision que j'ai prise.
_Tu m'inquiètes, Abarai-san. Sois plus clair.
_Hai… Voilà, pour faire simple, je suis bisexuel. »
La bouche d'Urahara s'ouvrit en grand et son éventail tomba sur la table. Pourquoi diable lui balançait-il une telle information ainsi, hors contexte en plus ! Quel rapport avec sa ballade en Chine ?
Renji faillit rire de l'expression de l'homme mais se retint : l'heure n'était pas à la plaisanterie.
« Si je vous dis ça comme cela, c'est qu'il y a une raison. Donc, je suis bi et, bien qu'ayant toujours rêvé de fonder une famille, je suis tombé raide dingue amoureux d'un homme. Un homme important. Influant aussi. Et je peux dire que nous formons un couple solide bien que notre relation soit cachée depuis cinq ans maintenant. Il a une position à conserver ce qui ne m'a jamais posé de réels problèmes bien qu'il soit difficile de cacher à ses amis, à ses proches qu'on est amoureux. Tout se passait bien entre nous jusqu'à… Jusqu'à ce que sa famille exige qu'il leur donne un héritier, l'obligeant à assister à des omiais. Avec aucun moyen d'empêcher le processus engagé : ils veulent qu'il se marie pour avoir un enfant. »
Renji se tut à cet instant et inspira ce qui laissa à Kisuke le temps d'analyser ces paroles et de penser à une conversation qu'il avait eu avec Yoruichi quelques jours plus tôt et qui se superposa à l'aveu de Renji. Elle lui avait appris que le clan Kuchiki avait acculé Byakuya à donner un héritier. Et Byakuya Kuchiki était venu en personne chercher son fukutaicho qui était en couple avec un homme important et influant. Ca ne pouvait quand même pas être ça, si ? S'il c'était bien ça, quel scoop ! Imaginer Byakuya Kuchiki dans les bras de ce fougueux fukutaicho ? Kuchiki avec un homme ? Avec Renji ? Ils étaient aux antipodes l'un de l'autre ! Quoique, l'adage ne disait-il pas que les contraires s'attiraient ? Mais ça n'expliquait en rien le voyage en Chine.
« Avant que je parte, enchaîna Renji, il était persuadé de pouvoir trouver un moyen de contrer la volonté de sa famille. Mais, franchement, quel moyen ? Y'a pas tente six manière de faire un bébé, n'est-ce pas, Urahara-san, demanda t-il le sourire triste.
_Et bien non. Deux hommes bien que profondément amoureux ne peuvent pas aller contre la nature.
_Ca ne vous choque pas, ce que je vous raconte ?
_Chacun est libre d'avoir l'orientation sexuelle qu'il veut. Je n'ai pas le droit de te juger pour ça. Mais je ne vois pas le rapport avec ton voyage.
_Et bien, cela à un rapport avec ce que vous venez de dire : qu'on ne peut pas aller contre la nature. Et si moi, je vous disais que j'ai trouvé un moyen d'aller contre la nature ? Vous me croiriez ?
_Comment cela ?
_Et bien, j'ai trouvé un moyen pour… pour… »
Il rougit violemment et se cacha le visage dans ses bras qu'il avait croisé sur la table. Comme c'était gênant. Mais il fallait qu'il lui dise. Lui seul serait capable de lui venir en aide. Il inspira puis redressa la tête.
« J'aitrouvéunmoyenpourdevenirtemporairementunefemme, débita t-il d'une traite. »
Kisuke bloqua et dévisagea le shinigami. Avait-il bien compris ?
« Je te demande pardon ?
_J'ai trouvé le moyen pour devenir temporairement une femme, répéta t-il plus doucement. »
Ok, alors il avait bien compris.
« Tu as trouvé cette solution en Chine ? Renji (il avait employé le prénom sans s'en rendre compte tellement il était soufflé et Dieu sait qu'il lui en fallait beaucoup pour être soufflé !), c'est impossible de devenir temporairement une femme ! Dans le monde humain, on est capable de changer de sexe grâce à une lourde intervention chirurgicale mais même en subissant cette opération, un homme devenu femme ne peut pas avoir d'enfant. Parce que c'est bien là ton but, n'est-ce pas ? Tu veux donner un enfant à cet homme et ainsi éviter le mariage qui vous séparerait.
_Oui, c'est ce que je veux. Et je n'ai pas l'intention de subir une intervention qui ferait de moi une femme ! C'est d'ailleurs complètement fou ça ! Une opération pour changer de sexe ? Y'a bien que les humains pour avoir des idées pareilles !
_C'est très drôle ce que tu viens de dire puisque tu veux toi-même devenir une femme !
_Non ! Je veux pas devenir une bonne femme ! Juste en être une quelques mois pour… pour… Enfin pour… Le temps de…
_J'ai compris, fit l'autre en balayant l'air de la main, complètement interdit par ce qu'il entendait. Renji, les connaissances que j'ai pourraient te faire pâlir tant elles sont nombreuses. Et je n'ai jamais entendu qu'une telle chose soit possible, ni en Chine ni ailleurs ! Je ne sais pas ce que tu as trouvé mais on a dû se moquer de toi. »
Ca commençait mal s'il ne le croyait pas. Et il savait parfaitement qu'il était stupide comparé à ce grand scientifique mais, tout de même, il savait bien que c'était possible ! Et pour cause ! Et ça le réjouissait de lui clouer le bec pour une fois et de faire disparaitre ce sourire de ses lèvres. Il ne le croyait pas ? Très bien alors il allait le convaincre. Il jeta un regard circulaire et tomba sur ce qu'il cherchait : une carafe d'eau. Sans hésiter, il l'empoigna et en renversa sur sa tête. Le filet d'eau qui se déversa le força à fermer les yeux. Quand il rouvrit les paupières, l'expression de Kisuke Urahara valut tout l'or du monde. Il en aurait ri si l'heure n'avait pas été aussi grave.
Kisuke ne parvenait pas à croire à ce qu'il voyait. A peine l'eau avait-elle touché le front du jeune homme qu'il… Qu'il… Que là, devant ses yeux, il… Il était devenu une femme ! Et durant le dixième de seconde qu'il avait fallu, il avait perçu quelque chose de fugace, de familier mais ce fut bien trop rapide pour qu'il puisse mettre un nom dessus. Mais le fait était là : Renji Abarai était devenu une femme.
« Alors, fit une voix féminine bien que légèrement rauque, c'est impossible, disiez-vous ? »
Une main vint se plaquer sur la bouche du blond. Pour ainsi renoncer à son identité lui qui était un si fier guerrier, il devait vraiment, mais alors vraiment être épris de cet homme. Ce qu'il venait de faire par amour risquait aussi d'être son humiliation parce que bon nombre de shinigamis verront d'un mauvais œil cette transformation. Et le clan Kuchiki ? Jamais il n'accepterait qu'un homme donne naissance à leur héritier ! Mais dans quoi son jeune ami s'était-il fourré ? Avait-il réfléchi aux conséquences ?
Mais une autre question afflua dans son esprit mais côté scientifique : comment diable avait-il pu faire un truc pareil ? Lui qui pouvait se vanter d'en savoir énormément sur beaucoup de chose était totalement bluffé !
« C'est stupéfiant… Mais comment ?
_J'ai entendu parler d'une rumeur concernant des sources soit disant maudites qui se trouveraient en Chine. Une de ces sources aurait la capacité de transformer un homme en femme. J'y croyais pas vraiment comme je vous le disais il y a un mois.
_Des sources maudites ? C'est bien la première fois que j'entends parler de ça. Qu'est-ce qu'on raconte sur cette malédiction ?
_Qu'une personne ou quelque chose se seraient noyés dans les différentes sources et que depuis, quiconque y tombe, devient ce quelqu'un ou ce quelque chose. Un truc à dormir debout. Ça n'a rien à voir. Quand j'ai atteint mon but j'ai su qu'il n'y avait rien de mystique ou maudit. C'est bien plus simple en fait : kidô.
_Comment cela, kidô ?
_C'est du kidô. Mais un kidô que je n'avais jamais expérimenté. Il n'est pas comme celui que nous utilisons. C'est plus lourd, je dirais même malsain. Je ne l'explique pas mais il ne fait aucun doute que c'est bel et bien du kidô. »
Kisuke se gratta alors pensivement le cou. Oui, c'était cela qu'il avait fugacement senti quand Renji était devenu une femme. Cette sensation fugitive qui avait traversé son corps. Petite récapitulation intérieure : en partant, Renji était un homme. Là-bas, il était devenu une femme. Et il était rentré en homme. Il y avait donc un moyen de changer de sexe à volonté. Il avait utilisé de l'eau. Des sources maudites… De l'eau… Il était perplexe. Qu'est-ce que c'était que cette équation ? Un kidô déclenché par de l'eau ? C'était la première fois qu'il entendait une telle histoire.
« Tu peux devenir une femme avec de l'eau. Et comment redeviens-tu un homme ?
_Comme ça. »
Il prit la théière et se versa du liquide chaud sur la tête.
Nouvelle tête de poisson mort de la part de l'ex capitaine qui après quelques secondes de réflexion comprit l'astuce.
« Eau froide et eau chaude ! Je n'y comprends rien.
_Moi non plus. Un kidô capable de faire cela, c'est fou non ?
_Il faut que je voie ça !
_J'étais sûr que vous diriez cela. Je l'espérais même car, étant donné que c'est du kidô, peut-être que vous arriverez à l'annuler. Enfin, après, quand j'aurais eu mon bébé. Ca vous laissera du temps pour étudier le phénomène. »
Urahara se figea en entendant ces mots : « Quand j'aurai eu mon bébé » ! C'est qu'il semblait vraiment sérieux avec cette idée de bébé ! S'il avait imaginé cela de la part de cet homme !
« Bien, je veux voir cet endroit avant qu'on ne poursuive cette conversation pour le moins surréaliste. Tessai, ouvre le seikeimon sur les dernières cordonnées et tu nous accompagnes.
_Tout de suite. »
C'est ainsi que les trois hommes se retrouvèrent en Chine. Renji les guida jusqu'aux sources. Plus ils approchaient, et plus ils ressentaient les vagues d'énergies. Urahara et Tessai (qui avait tout écouté derrière la porte ! Pas moyen d'avoir une conversation privée dans ce magasin !) n'eurent plus de doute : Abarai avait raison, il s'agissait bien de kidô mais différent du leur. Arrivés devant les bassins remplis d'eau, il leur fallut libérer du réiatsu, comme Renji la première fois, pour supporter la pression spirituelle.
« C'est incroyable, murmura Kisuke. Comment un tel lieu a-t-il pu nous échapper ? Qu'en penses-tu Tessai ?
_Je ne sais pas quoi dire. Je pense qu'il va nous falloir du temps pour comprendre. Faire des recherches. Un tel endroit… Nous n'étions pas au courant mais il est impossible que la soul society ignore que ces sources existent. Je ne serais pas surpris qu'il s'agisse encore d'une de leurs cachotteries ! Il doit y en avoir trace à la bibliothèque centrale. Mais seuls les 46 peuvent y accéder. Ou certaines personnes d'un rang élevé.
_Comme ?
_Le soutaicho ou quelques membres privilégiés des quatre familles nobles.
_Je vois… »
Urahara observa les sources avec intérêt. Renji avait fait tout cela pour son capitaine, il en était persuadé. Et son capitaine faisait partie des quatre familles nobles. Si, comme il n'en doutait pas, ce dernier voulait aider Renji à retrouver un statut normal, il les aiderait à trouver une solution. Il reporta son attention sur le shinigami aux cheveux rouges.
« Rentrons. Renji, nous avons à parler. »
Sur ce, ils reprirent le chemin du retour. Arrivés au magasin, il demanda à Tessai de fermer. Il envoya les enfants faire une course et tous les trois s'installèrent à nouveau autour de la table la table.
« Je me demande si tu as pensé à toutes les conséquences, Abarai-san.
_Pour être franc, non. La seule chose qui m'ait traversé l'esprit, c'était la peur de ne plus être un homme, de ne pas pouvoir inverser ce sort. En sentant les vagues d'énergie si malsaines de ce kidô, j'ai hésité. Et puis, j'ai pensé à tout ce que je risquais de perdre. J'ai plongé et j'ai senti le sort envahir mes os. Mais la sensation a disparu une fois sorti de l'eau. Je ne ressens qu'un … léger truc quand je change de forme, si je puis dire.
_Sans vouloir casser ton plan, penses-tu que ton ca… euh compagnon, se rattrapa Kisuke, sera d'accord avec toi ? Va-t-il accepter ce que tu as fait ? Et s'il ne….
_Avec tout le respect que je vous dois, cela ne vous concerne pas, répondit-il hâtivement après avoir réalisé qu'il s'apprêtait à dire « capitaine ». Comment diable avait-il pu deviner ? Mais il se tairait, il l'avait promis à l'homme qu'il aimait, jamais il ne trahirait sa confiance. C'est entre lui et moi. Je veux juste savoir si vous êtes prêt à m'aider. Oh, ne vous en faites pas, je ne vous demande pas de le faire gratuitement. J'ai bien l'intention de vous rembourser l'argent que vous m'avez prêté et j'irai jusqu'à débourser toutes mes économies s'il le faut pour louer vos compétences. Parce qu'il faut trouver un moyen pour bloquer le sort. Si les humains parlent de malédiction c'est à cause de la transformation. Imaginez, je me ballade et il se met à pleuvoir, je me prends la flotte sur la tête et pouf ! Je deviens une femme devant tout le monde ! Si dans le pire des cas vous ne trouvez pas de solution pour annuler ce kidô, peut-être trouverez-vous quelque chose qui le bloquera. Dans un sens ou dans l'autre. D'autant que…»
L'expression sur le visage de Renji montra qu'il venait de réaliser un détail important qui le fit rougir et baisser les yeux. Il reprit sans regarder son ainé.
« Oui, il faut vraiment trouver un moyen pour bloquer le sort sinon, jamais je ne serais en mesure d'avoir un enfant.
_Que veux-tu dire ?
_C'est évident, non ? Vais-je devoir vous donner un cours à vous qui savez tout sur tout, ironisa t-il.
_Je n'irais pas jusque là mais éclaire moi car je ne suis pas en mesure de lire dans ton esprit !
_A ce que je sache, pour concevoir un enfant, le corps d'une femme doit accomplir un cycle précis qui se développe à la puberté. Je pense que ce corps de femme qui devient le mien est pubère depuis longtemps mais, si je passe mon temps à sauter du statut d'homme à celui de femme et bien…
_Le cycle sera interrompu empêchant toute idée de procréation, le coupa Urahara.
_Ca parait évident. »
Il vit le marchand soupirer.
« Très bien. De toute façon, je ne peux pas laisser une telle découverte sans chercher à comprendre. Je vais voir ce que je peux faire mais, en attendant, toi, tu dois regagner la soul society. D'ailleurs à ce propos, j'ai reçu la visite de ton capitaine, quelques heures après la tienne. Tu avais raison, il est bien venu personnellement te chercher, fit-il moqueur en se cachant derrière son éventail qu'il venait d'ouvrir. Il n'a pas était facile de le faire parler. Il a même était bien moins loquace que toi mais, tu me connais, je suis doué pour additionner 1 + 1. »
Renji était mortifié. Alors voilà pourquoi il avait deviné. Kami-sama… Que devait-il faire ?... Rien justement ! Ca tombe, il prêchait le faux pour savoir le vrai !
« Et puis, s'il persistait un doute, il s'est envolé un peu plus à chaque nouvel appel où il me demandait si j'avais de tes nouvelles et où il me tenait informé des gros mensonges qu'il donnait pour excuser ton absence. »
Les yeux de Renji s'ouvrirent comme des soucoupes. Il avait menti pour le protéger ? Mais… Byakuya avait toujours mis un point d'honneur à ne pas mélanger leur vie privée et le travail. Il était persuadé qu'il serait sévèrement puni pour son insubordination mais il l'avait couvert ! Se sentait-il si responsable de sa fuite ? Mais ce n'était pas lui le fautif mais son clan !
« Il m'a contacté pas plus tôt que ce matin pour me prévenir que la dernière excuse plausible expirait demain soir, que tu es sensé reprendre le travail après-demain. Il a été très inventif bien que je reconnaisse là la patte d'Ukitake. »
Renji ne savait pas quoi dire. Son cœur vibrait d'une joie qu'il parvenait à peine à dissimuler. Il s'était compromis pour lui. Bien qu'il n'avait pas de doute quant à l'intensité des sentiments que Byakuya lui portait, cette nouvelle lui redonna un gain d'énergie pour affronter son amant car, il restait lucide sur un point : il n'allait pas aimait ce qu'il avait fait…
Voyant que le fukutaicho ne répondrait pas perdu dans sa joie (car la lueur dans ses yeux était sans équivoque !), Kisuke décida, une fois n'est pas coutume, de ne plus titiller le pauvre lieutenant qui n'était pas au bout de ses peines.
« Ecoute bien, voilà ce qui a été dit pour masquer ton escapade. »
Le scientifique énonça le mensonge proféré par Kuchiki Taicho avec la complicité d'Ukitake Taicho.
« A présent, tu dois rentrer chez toi. Tu ne voudrais pas mettre ton capitaine dans l'embarras ? »
Zut ! J'avais décidé de ne plus le taquiner ! Bah, c'était une petite dernière pour la route ! »
Le regard noir que lui lança Renji faillit le faire rire.
« Et pour notre affaire ?
_Je te contacterai dès que j'en saurais plus sur ces sources. Nous aurons sans doute besoin de ton aide. Je te demanderai de faire quelques recherches.
_Je ne suis pas habilité à pénétrer dans la bibliothèque centrale des 46.
_Avant d'en arriver là, il faudra chercher s'il n'y a rien dans la bibliothèque du Gotei.
_Très bien. Je dois chercher quoi ?
_Tout ce que tu pourras trouver sur un kidô différent du notre, les expérimentations, tout ce qui ne te parait pas classique.
_Très bien. Bon, fit-il en se levant, vous me faites sortir du gigai ? »
Avant d'avoir pu faire ouf, son gigai retomba lourdement sur le sol.
« Tessai, ouvre-lui le passage et… Bonne chance. Tu vas en avoir besoin ! »
Oui, Kisuke n'en doutait pas. Ce que Renji avait fait par amour pour son capitaine risquait de lui retomber dessus. Kuchiki risquait de le prendre très mal, de culpabiliser car, bien que n'ayant pas d'affinités avec lui, il savait que le noble était un homme droit qui cachait bien profondément en lui ses sentiments. Sans le savoir, Renji venait de déclarer la guerre à son capitaine…
Pourquoi ? Pourquoi bon sang de bonsoir avait-il fallu qu'il PLEUVE aujourd'hui ?! Il avait à peine passé le dangai qu'un déluge s'était abattu sur lui ! Heureusement que la porte s'était ouverte loin de tous regards indiscrets et qu'il faisait nuit au Seireitei. Et maintenant ? Il était trempé dans des vêtements devenus trop grands pour lui. Le tissu lui collait au corps comme une seconde peau le mettant très mal à l'aise. Et pour cause ! Il avait l'impression qu'on ne voyait que sa poitrine !
Quelle galère !
-Bien fait pour toi, dégénéré, hurla Zabimaru au fond de lui !
Tiens, te revoilà ! Tu ne boudes plus ? D'ailleurs, je me demande pourquoi tu râles autant, une partie de toi n'est-il pas une femme ?
-Ca n'a rien à voir ! Moi c'est moi et toi c'est toi !
Mais bien sûr ! Un shinigami n'est-il pas censé ne faire qu'un avec son zanpakutô ? C'est l'occasion d'extérioriser ma part de féminité !
-La ferme ! Ramène-nous plutôt à la maison qu'on puisse se doucher et redevenir normal !
Ca va, ca va…
Quelques shunpos plus tard, il était devant sa porte. Il plongea la main dans son shihakusho (désolée suis plus sûre de l'orthographe…) pour prendre sa clé et se figea. Il farfouilla alors ses vêtements en vain : il avait égaré sa clé !
Sa tête tomba de dépit sur sa poitrine ! Quelle poisse ! Il entendit Zabimaru grogner ce qu'il eut, lui aussi, envie de faire.
Pas tente six solutions : il gardait un double dans le tiroir de son bureau, à la capitainerie. Vu l'heure, il ne devrait plus y avoir grand monde dans les couloirs et Byakuya devait être rentré au manoir depuis longtemps. Il ne fallait pas qu'il tombe sur lui dans cet état avant d'avoir pu lui expliquer.
Il repartit alors en shunpo. Prenant garde à rester discret, il pénétra dans son bureau. Une vive émotion qu'il réprima monta en lui au souvenir de ce qui s'était produit ici un mois plutôt. Sans perdre de temps, il gagna son bureau et ouvrit le tiroir. Qui était tellement encombré de trucs divers et variés et parfois innommables qu'il n'arrivait pas à remettre la main dessus.
« Où est-ce qu'elles sont ces saletés de clés ?!, murmura t-il. »
C'est alors qu'il sentit une main agripper sa nuque. Par pur reflex, il donna un coup de coude à son assaillant pour se dégager mais ce dernier le saisit à nouveau et posa une main sur sa poitrine pour le plaquer au sol. La sensation lui donna le frisson. Personne n'avait le droit de poser ses mains sur ses seins ! Il n'y avait qu'un seul homme qui puisse le faire !
« Ne me touchez pas, espèce de pervers », hurla Renji en relâchant son réiatsu pour se libérer.
Il s'était allongé sur le sofa du bureau. Sa contrariété était telle qu'il ne se sentait pas la force d'affronter les gens du manoir. Il voulait juste avoir un peu de paix.
Sans s'en apercevoir, il s'endormit pour être réveillé par d'étranges bruits. Immédiatement en alerte, il réalisa que quelqu'un fouillait le bureau de Renji. Son cœur se mit à tambouriner en pensant qu'il était enfin de retour. Mais il entendit le murmure et il ne s'agissait pas de la voix de son amant.
Cela signifiait qu'une personne avait l'audace de fouiller les bureaux de sa division ? Et pire, son bureau ?
Byakuya se leva lentement pour aviser la silhouette qui se découpait dans l'obscurité ne formant qu'une ombre. Sans un bruit, il fut derrière elle et saisit son cou. Il reçut le coup dans les côtes, lui faisant lâcher prise mais pas pour longtemps. Il constata alors avec surprise qu'il avait à faire à une femme.
Qui hurla au pervers en libérant un réiatsu puissant.
Reiatsu qui le figea. Ce reiatsu, c'était celui de Renji.
« Qu'est-ce que ça veut dire, dit-il alors. »
Il sentit le corps sous lui se figer et l'énergie spirituelle retomber pour disparaitre à nouveau. La femme se débattit pour s'enfuir mais il prononça l'incantation du sort d'entrave avant de se précipiter pour allumer la lampe sur le bureau de son lieutenant.
Et ce qu'il vit le tétanisa.
Là, sur le sol, gisait le corps d'une femme entravé par la première technique d'immobilisation sai. Un corps de femme dans des vêtements trempés et trop grands pour elle qui ne cachaient pourtant pas les formes féminines. Une femme avec des cheveux rouges et des tatouages semblables à ceux de Renji. Même le bandeau qui ceignait sa tête était comme ceux que son amant utilisait. Son visage était tourné vers le sol et ses yeux fermés.
Mais… Ce réiatsu… A supposer qu'une femme puisse être suffisamment fan de son second pour se déguiser en lui, le réiatsu était propre à chacun. Et celui-ci, c'était celui de Renji ! Il ne comprenait plus rien.
Inconsciemment, il murmura le prénom de son amant.
Ceci eut pour effet de faire ouvrir les paupières à la jeune femme qui tourna finalement la tête vers lui.
Et Byakuya rencontra ses yeux. Ses yeux couleur fauve qu'il reconnaîtrait entre mille.
Son cœur se souleva et il porta la main à sa bouche pour réprimer un cri de panique.
« Renji ?...
_Je suis désolé, fut tout ce qu'il trouva à répondre. »
Ca n'aurait pas dû se passer comme ça…
