Chapitre 9

Le temps sembla se figer au-dessus du bureau de la capitainerie de la sixième division. Les yeux de Byakuya était toujours écarquillés et sa respiration si forte qu'il en manquait d'air. Ce n'était pas possible. Non, il devait être en train de rêver. Non, de cauchemarder ! C'était cela, il faisait un cauchemar dans lequel Renji était devenu une femme !

Mais alors pourquoi tout lui semblait-il aussi réel ? Pourquoi ce regard posé sur lui était-il si suppliant ? Il faisait forcément erreur, il devait y avoir une explication à tout cela. Peut-être était-il victime d'hallucinations à force de se faire du souci ?

Non Maître…Ce n'est pas votre genre…

Oui, Zenbonsakura avait raison, ce n'était pas son genre. Alors ?… Il devait en avoir le cœur net.

« Renji… Renji c'est toi… »

Il y eu un blanc et puis « la femme » prononça simplement son prénom.

« Byakuya… »

Ce dernier fit un pas en arrière. Kami-sama, c'était bien lui. Sa poitrine se comprima. Les mots sortirent de sa bouche sans qu'il n'ait eu le temps de les penser.

« Renji, qu'as-tu fait ? »

Un frisson traversa le corps gelé de Renji. Gelé par la pluie, le sol froid sur lequel il était allongé depuis plusieurs minutes et par la peur. Il n'avait pas eu le temps de le préparer. Il pouvait voir sur son visage le choc qu'il venait de lui infliger. Le frisson se transforma en tremblement.

« Byakuya, s'il vous plait, libérez-moi, je suis mort de froid. Je voudrais passer des vêtements secs avant… avant qu'on parle. »

Ce dernier constata effectivement que son corps tremblait. Il murmura quelques mots et Renji sentit la pression quitter ses membres entravés. Il se redressa lentement légèrement ankylosé et regarda son amant qui était statufié. Sans rien ajouter, Il se détourna, ouvrit un autre tiroir de son bureau et en sortit un uniforme propre qu'il gardait toujours au cas où. Tournant le dos à son supérieur, il se dévêtit rapidement et enfila les vêtements secs.

Derrière lui, Byakuya observait ce corps se mouvoir, se déshabiller, révélant les marques noires qui zébraient son dos et qui chassèrent le doute qui persistait encore, la silhouette plus fine… Un corps de femme… Renji… Renji dans un corps de femme… Comment cela était-il possible ?

Renji sentait son regard posé sur lui. C'est dans un état second qu'il enfilait les vêtements secs. Qu'allait-il lui dire ? C'était trop soudain. Après le choc qu'il venait d'avoir, comment lui faire comprendre ? Le convaincre ? Il avait su dès que l'idée avait germé dans son esprit qu'il serait difficile de le persuader. Même s'il était parti comme un voleur sans trop penser à ce qu'il allait réellement faire, une des raisons qui l'avait poussé à demander de l'aide à Ukitake avait été que, s'il lui avait exposé « son plan », il aurait refusé tout net sans même y réfléchir. Et il ne pouvait pas l'en blâmer.

Oui, mais maintenant ?…

Inspirant pour se donner un courage qu'il n'avait pas, il se retourna vers son amant qui était encore plus pâle que d'habitude. A cet instant, son visage fatigué et un peu amaigri lui apparut. Comme il avait du s'inquiéter pour lui. S'humectant les lèvres, Renji prit la parole.

« Je suis désolé. Je sais que vous avez dû énormément vous inquiéter. Je ne voulais pas vous causer du tort mais, il fallait que je le fasse. Je devais le faire. Pour nous. »

Seul le silence lui répondit. Il aurait encore préférer qu'il hurle, qu'il le réprimande de manière glaciale comme il avait tendance à le faire. Tout aurait été mieux que ce silence.

« Dites quelque chose, je vous en prie. »

Byakuya ne savait pas quoi dire parce qu'il ne savait pas quoi penser. Pourquoi était la seule question qui repassait sans cesse. Pourquoi ?…

Parce qu'il avait peur de vous perdre, Maître…

Oui, il en avait conscience. Pourtant, ne lui avait-il pas affirmé que ça ne se produirait jamais ? Avait-il si peu confiance en lui ?… Il déglutit difficilement. Une fois de plus, ses lèvres bougèrent contre sa volonté.

« Je ne comprends pas… Comment ?… Pourquoi ?… Ca ne peut pas être toi… »

Réalisant qu'ils ne pourraient pas avoir de discussion constructive dans l'état où il se trouvait, Renji fit un pas en direction d'une porte située dans le fond de leur bureau. C'était une petite salle d'eau réservée à son capitaine mais Byakuya lui avait donné l'autorisation de s'en servir. Ce qui s'avérait nécessaire lorsqu'ils leur arrivaient de faire l'amour dans le bureau. C'était rare, mais ça arrivait.

« Je reviens. Ne bougez pas. »

Comme s'il était capable de bouger ! Il avait plutôt la sensation d'être cloué au sol ! Son cerveau était tout aussi figé que son corps. C'était proprement hallucinant, impossible. Impensable même.

L'homme qu'il aimait été devenu une femme…

Et la voix masculine le tira momentanément de ses sombres pensées.

« Byakuya… »

Ce dernier regarda à nouveau Renji. Et ses yeux s'ouvrirent davantage si c'était possible. Renji était redevenu lui- même ! Mais qu'avait-il fait ?

« Qu'est-ce que ça veut dire ?

_Je ne voulais pas que vous l'appreniez ainsi. Je voulais d'abord vous y préparer, vous expliquer. J'ai vraiment joué de malchance. Maintenant, je ne sais plus ce que je dois dire. Est-ce qu'on peut s'asseoir ? »

Comme un automate, Byakuya rejoignit le sofa sur lequel il s'était assoupi quelques temps plus tôt. Il prit place à une extrémité et Renji à l'autre. Ils s'observèrent en silence quelques secondes qui leur parurent à tous les deux des heures.

« C'est tout ce que j'ai trouvé pour nous sauver, dit alors brusquement le tatoué. Je sais que vous n'arrêtiez pas de dire que vous trouveriez une solution mais, franchement, j'avais beau tourner et retourner cela dans ma tête, y'en avait pas. A moins de vous découvrir un enfant quelque part… Si j'ai bien compris la volonté de votre clan, c'est avoir un successeur, non ? Vous avez épousé une roturière alors, ce n'aurait pas été grave si votre « enfant » n'était pas noble à 100%. A ce moment-là, je me suis dit que c'était sans doute ça la solution. Mais, aussi stupide que cela puisse paraitre, j'aurais donné n'importe quoi pour que vous l'ayez avec moi cet enfant. Mais c'était impossible. Deux hommes ne peuvent pas avoir d'enfants. »

Le noble écoutait sans savoir quoi penser de ce discours. Ses pensées étaient pour le moment trop confuses bien qu'il entrevoyait la conclusion de cette explication.

« J'ai essayé de vous faire confiance. Je croyais vraiment en votre faculté de trouver une parade au dessein de votre conseil mais lorsque cet homme est venu avec cette fille et son père… J'ai craqué. J'ai compris qu'il ne pouvait pas y avoir de solution. Que tout était fichu, qu'il n'y avait pas d'issue. J'ai bu comme trou cet après-midi là et j'ai passé une bonne partie de la nuit près d'un lac, malade comme un chien, complètement désespéré. »

Le cœur de Byakuya se compressa. Oui, il imaginait fort bien quels types d'émotions avaient pu s'installer en son jeune amant parce qu'il avait ressenti les mêmes durant ces quatre semaines d'absence, de silence.

« Et puis, dans les tréfonds de mon ivresse, j'ai eu comme un flash, le souvenir d'une drôle de conversation que j'avais capté entre deux gars installés à une table près de moi dans la taverne. J'ai pensé que j'avais juste fantasmé cette conversation. Une sorte d'hallucination d'ivrogne désespéré, dit-il avec ironie. Mais une petite voix me disait « et si c'était vrai » ? Si c'était vrai, alors ça réglerait le problème. Ou tout au moins une partie du problème. C'est une des raisons qui m'ont poussé à partir comme un voleur. Je suis désolé de l'avoir fait sans rien vous dire parce que je savais que ça vous inquièterez, mais je ne suis pas désolé dans le sens où ça a marché. »

Tout ce qu'il lui racontait n'avait pour le moment pas beaucoup de cohérence. Ses sens étaient comme endoloris, il ne parvenait pas à faire les connexions entre ce qu'il savait, ce qu'il avait vu et ce qu'il entendait de la bouche de Renji.

Le silence de son amant était insupportable tout comme l'expression peinte sur son visage. Pour n'importe qui d'autre, cette expression était la même que d'habitude : froide, hautaine, impassible et dépourvue de la moindre chaleur. Mais pour le vice-capitaine qui le connaissait par cœur, c'était insupportable : il n'y avait rien, rien d'autre qu'un incommensurable choc. Pourtant, il savait qu'il l'écoutait.

« Avez-vous la moindre idée de ce que j'ai pu ressentir en me trouvant devant le fait accompli ? La réalité que j'essayais d'occulter m'est revenue comme un boomerang en pleine poire. Il fallait trouver une solution, ce que j'ai fait. J'ai cherché pendant un mois dans le monde humain, en Chine, mais ça vous le savez déjà, Urahara vous l'a dit. Tiens, en parlant de lui, autant vous le dire de suite puisqu'on en est aux confidences, et quitte à vous choquer un peu plus, il a deviné pour nous. »

Ah enfin une réaction : ses sourcils se froncèrent.

« Comment ça, il a deviné, souffla t-il.

_Oui. Vos appels, votre venue le jour où je suis parti. Il a toujours eu un sens de la déduction très aiguisé. Oh, il n'a pas clairement dit qu'il avait compris mais pas la peine d'être un génie pour s'en rendre compte ! Je n'ai bien sûr ni infirmé ni affirmé mais il sait. »

Le capitaine posa ses coudes sur ses cuisses et enfouit sa tête dans ses mains. Il inspira à plusieurs reprises, tentant de se reprendre. Il ne pouvait pas rester asthénique, il devait réagir. Il s'occuperait de l'ex-capitaine de la douzième plus tard. Pour le moment, il se devait de comprendre le sens des mots de Renji et d'en tirer les conclusions. Mais il manquait encore un élément.

« Qu'es-tu allé chercher en Chine, Renji ?

_Je crois que c'est évident, non, fit-il avec emphase. Vous l'avez vu de vos yeux. Un moyen pour devenir une femme afin que nous puissions avoir un enfant tous les deux. J'admets ne pas avoir pensé à tout, mais comme je vous le disais, ça règlerait certains problèmes : vous aurez l'héritier que vos anciens vous réclament avec tant d'ardeur, vous ne serez pas obligé de vous marier. Et cerise sur le gâteau, nous aurons un enfant ensemble : notre enfant. Ne serait-ce pas formidable ? Une partie de vous et de moi. Depuis que cette histoire d'héritier est entrée dans nos vies, je n'arrête pas d'y penser. Oh, lorsque l'idée m'a traversé l'esprit la première fois, ça m'a presque filé la nausée. Mais à présent, imaginer avoir un enfant de vous… Je suis prêt à tout endurer pour que nous obtenions ce que nous désirons tous les deux. »

Byakuya tourna la tête vers lui dans une expression que beaucoup paierait cher pour voir : la bouche grande ouverte, les yeux exorbités. Avoir un enfant ensemble ! Avait-il bien compris ? Par tous les Kamis…

Et c'est à cet instant que la berge céda en lui. Le film de ces quatre dernières semaines défila en accéléré. L'angoisse de ne pas le trouver, sa colère contre Juushiro puis contre Renji, la consternation à sa découverte de son départ en Chine, la peur qu'il ne revienne pas malgré les dires d'Urahara et Ukitake qui affirmaient qu'il ne voulait pas déserter.

Et là, maintenant, il découvrait qu'il était parti pour chercher une solution des plus radicales sans lui en souffler mot. Il avait pris de lui-même la décision de courir après une solution extrême : devenir une femme. Il posa son regard tourmenté sur son amant. Lui, cet impétueux shinigami, fier et viril, très viril même, transfuge de la onzième division réputée pour être la plus violente et la plus masculine. Oui, Renji était un homme tout ce qu'il y avait de plus masculin. Et il revendiquait souvent cette virilité. Qu'il venait tout juste de jeter au panier. Cette virilité qui lui plaisait tant. Cette partie de lui qui faisait de Renji, Renji. Son Renji… Celui dont il était tombé désespérément amoureux.

Et cet homme si fier d'être un homme était devenu une femme. Il ne savait pas encore comment mais le fait était là bien que se tenait pour le moment devant lui un homme. Un homme capable de devenir une femme. Le mystère restait entier mais l'évidence était là. Il l'avait vu de ses yeux.

Et il avait pris cette décision seul, sans lui en toucher mot. Cette décision qui les concernait tout les deux. Ils étaient un couple depuis plus de cinq ans maintenant mais il avait agi entièrement seul.

A cause de lui. Certes, cette idée d'avoir un héritier ne venait pas de lui mais de sa famille mais tout cela restait de sa faute. Il était responsable de ça. La culpabilité se mêla à sa colère. Colère contre lui de n'avoir pas su épargner son amant, colère contre sa famille d'avoir poussé l'homme qu'il aimait dans la tourmente, colère contre son oncle d'avoir acculé son fukutaicho dans ses derniers retranchement.

Et colère contre Renji de ne pas voir tenu compte de son opinion, d'avoir agi dans son dos.

Une femme ! Son homme était une femme !

Byakuya se redressa alors et toisa Renji d'un regard à fendre la plus dure des pierres. Comment avait-il osé prendre pareille décision sans le concerter ? Comment avait-il osé faire le sacrifice de ce qu'il était sans penser à ses sentiments ? Il n'avait pas le droit d'agir ainsi. Il aimait un homme pas une femme ! Malgré les épreuves qu'ils avaient traversées, malgré que leur relation soit cachée, malgré cette histoire d'héritier, jamais il n'avait regretté, même dans ses poussées de lassitude les plus profondes, que Renji soit un homme. Cette phrase : « pourquoi n'est-il pas une femme ? » qui aurait pu paraitre légitime aux vues des circonstances, ne lui avait jamais traversé l'esprit.

« Comment as-tu pu ? »

Sa voix n'était qu'un souffle mais Renji en saisit toute la mesure : de la colère mal contenue. Le visage halé et marqué de tatouage se ferma. Il s'y était attendu. Mais il devait lui faire comprendre.

« Byak…

_Tais-toi ! »

L'ordre avait claqué avec plus de force coupant à Renji tous ses moyens. Enfin, c'était surtout la soudaine poussée de réiatsu contre lui qui lui coupa le souffle. L'actuel héritier des Kuchiki se leva et darda de ses pupilles sombres comme la nuit l'homme-femme qui suffoquait sous la pression spirituelle. C'était la première fois qu'il était réellement écrasé par l'énergie de son capitaine. Ce qui confirma la hargne que ce dernier portait en lui.

« Comment as-tu pu, répéta t-il. Prendre une telle décision sans m'en toucher un mot. Qui suis-je à tes yeux pour me montrer si peu de considération ? As-tu pensé un seul instant à mes sentiments ? A ce que je pourrais ressentir face à une telle nouvelle ? T'es-tu demandé comment je me sentais pendant que tu courrais le monde humain à trouver ce moyen de faire de toi… Ca ! Que t'est-il passé par la tête ? Imaginais-tu que je serais enchanté de cette nouvelle ? Que j'accueillerais avec le sourire que l'homme que j'aime soit capable de me donner un enfant ? J'aime un homme, pas une femme ! Jamais je n'ai souhaité, pas même dans la tourmente, que tu ne sois une femme ! Jamais ! Et te revoilà un mois après avoir disparu sans laisser de traces pour m'annoncer comme une évidence ce que tu as fomenté dans mon dos ! Rien au monde ne pouvait justifier que tu sacrifies ta personnalité, ta nature. Ce que tu as fait est tellement contre nature. La nature a fait de toi un homme et non une femme c'est qu'il y avait une raison. Renji, je n'ai jamais étais aussi choqué de toute ma vie ! Je me suis imaginé des tas de choses durant ces quatre longues semaines, j'ai tellement craint que tu ne reviennes pas. Mais ce qui vient de se produire est encore pire que tous les cauchemars que j'ai pu faire. Renji… Qu'allons-nous devenir ? »

La pression tomba soudainement rendant sa respiration au pauvre fukutaicho qui avait reçu chaque mot comme autant de coups de poignard en plein cœur. Durant son périple il n'avait pensé qu'à une seule chose : ne pas perdre l'homme qu'il aimait. Il ne voulait pas perdre leur bonheur. Il voulait juste être heureux avec Byakuya. Il voulait juste qu'il soit heureux. Il devait lui faire comprendre.

« J'ai fait tout ça pour nous, fit-il le souffle encore court. Pour qu'on soit heureux, pour que rien ne puisse jamais nous séparer. Je t'aime Byakuya, dit-il soudainement en oubliant toute sa réserve comme s'il savait que seuls ces mots pouvaient encore sauver leur couple. Je ne veux pas te perdre. »

Le brun écarquilla les yeux et sentit son cœur se contracter douloureusement. Renji ne le tutoyait que trop rarement et toujours pour lui murmurer ces mots qui savaient si bien réchauffer son corps, son âme et son cœur. Mais en cet instant, il ne ressentait que de la douleur à l'entendre. Oui, il savait tout cela mais ça n'ôtait en rien cette douleur qu'il éprouvait actuellement d'avoir était ignoré. Et cela ne fit qu'aggraver son sentiment de culpabilité : tout était de sa faute. Mais la colère grondait en lui avec la force d'un volcan l'empêchant de rationaliser les faits. Il fallait qu'il sorte de ce bureau avant de commettre un acte malheureux. Il amorça un pas pour quitter le bureau.

Renji fut pris de panique en voyant son amant prêt à s'en aller. Il se leva d'un bond et tendit le bras pour saisir le capitaine.

« Non, ne partez pas ! Laissez-moi une chance de…. »

Mais Byakuya ne lui laissa même pas la chance de parler : il disparut dans un shunpo. Renji s'effondra à genoux sur le plancher. Les larmes lui montèrent aux yeux sans qu'il ne puisse les refreiner. Il avait fait tout cela pour lui, pour eux. Pourquoi le destin s'acharnait ? Pourquoi n'avait-il pas eu l'opportunité d'expliquer à Byakuya les raisons de son choix ? Pourquoi avait-il fallu qu'il soit dans ce bureau ? Pourquoi avait-il fallu qu'il découvre la vérité de cette manière ?

Il avait tant de choses à lui expliquer. Comment avait-il pu croire qu'il n'avait pas la moindre considération pour lui ? Que son avis ne comptait pas ? Bien sûr que son avis comptait mais il avait persuadé qu'il n'aurait même pas écouté ses arguments. Et que, pour une fois, c'était lui qui avait raison. Il s'était attendu à devoir affronter sa colère mais pas comme ça.

Etaient-ils destinés à se quitter ?...

Tout le stress accumulé ces derniers temps tomba sur lui. Il se cacha le visage dans les mains et pleura longtemps avant de trouver la force de rentrer chez lui…

A peine eut-il fermé la porte de sa chambre qu'il s'effondra à genoux sur le sol. La colère faisait trembler tous ses membres et rendait sa respiration laborieuse. Cet idiot ! Il avait même compromis son honneur en mentant pour lui, pour cacher sa fuite. S'il s'était douté un seul instant de ses intentions, il l'aurait laissé se débrouiller et l'aurait sévèrement puni pour être parti sans en référer sa hiérarchie.

Comment avait-il pu le trahir ainsi ? Comment ? Comment passer outre cette trahison ? Il avait agi de manière tellement égoïste, sans penser aux conséquences.

Trahison… Le mot n'est-il pas un peu fort, Maître.

La voix résonna en lui.

S'il a trahi une personne, c'est lui-même en renonçant à sa nature par amour.

-Non ! C'est de l'égoïsme ! Il n'a songé qu'à lui sans prendre la peine de me concerter. Il s'est enfui sans me laisser l'opportunité de lui parler !

N'est-ce pas exactement ce que vous venez de faire ? Ce jour-là il était tout aussi en colère que vous aujourd'hui. Vous lui reprochez d'avoir agi de la même manière que vous.

-Ne penses-tu pas que ce qu'il a fait est bien plus grave ?

C'est votre culpabilité qui parle. Je la comprends et la ressens. Je suis une partie de vous. Mais je sais aussi l'amour qui vous lie.

Tais-toi !

Le mot amour se répercuta dans son esprit lui causant une vive douleur dans la poitrine. Tout cela n'était qu'un cauchemar. Il allait se réveiller et tout serait comme avant ce jour fatidique.

Debout derrière la porte de la chambre du chef de clan, Hina se sentait étreinte par l'angoisse. Elle avait guetté le retour de Byakuya qui ne semblait pas décidé à rentrer, ne supportant plus le harcèlement de sa grand-mère. De plus, elle savait que le dernier délai pour Renji prenait fin demain matin. Mais là, elle se demandait ce qui avait bien pu se produire. Elle avait perçu la brutale montée de réiatsu de Byakuya. Elle fut tentée d'ouvrir le shoji mais se ravisa. La colère vibrait si fort qu'elle jugea préférable de le laisser se calmer.

Quand tout cela allait-il cesser ?

Le lendemain arriva trop tôt pour les deux hommes qui n'avaient pas fermé les yeux de la nuit. Chacun se demandait comment ils allaient parvenir à rester dans le même bureau sans laisser paraître à leurs hommes qu'il y avait de l'eau dans le gaz. Le pire étant que le capitaine avait besoin de son lieutenant pour régler la paperasse en retard. Les quatre semaines d'absence du fukutaicho combiné à son manque de concentration avait accumulé le travail et avait fait prendre beaucoup de retard à la division. Ce qui n'était jamais arrivé. Mais parviendraient-ils à être productifs aux vues des circonstances ?

Cette journée promettait d'être catastrophique.

D'autant qu'à peine assis derrière son bureau, Juushiro entra sans même frapper.

« Alors ? Tu as des nouvelles ? »

Se sentant légèrement agressé, Byakuya soupira. Manquait plus que lui pour terminer le tableau.

« Il est rentré dans la nuit », dit-il simplement si froidement qu'un long frisson traversa le dos d'Ukitake ne lui laissant rien présager de bon et lui fit se demander s'il devait creuser la question. Mais la curiosité l'emporta.

« Et ?

_Et rien qui ne te concerne. Tu en as suffisamment fait. J'en viens à regretter d'avoir masqué sa fuite. Je me suis compromis pour lui et il ne le méritait pas.

_Oh… J'ai l'impression qu'il a fait quelque chose qui t'a mis grandement en colère.

_Le mot est faible mais ça ne concerne que Renji et moi. Tout ce que tu as besoin de savoir, c'est qu'il est rentré au bercail. Peut-être viendra t-il te remercier pour ton aide. »

Ukitake se sentit soudainement mal à l'aise. Son jeune ami semblait vraiment en pétard.

Qu'as-tu bien pu faire pour énerver à ce point ton amant, Abarai ?… Bah, je finirai bien par savoir. De toute façon, rien ne m'échappe au Seireitei, je sais toujours tout sur tout alors…

Et le pauvre Byakuya ne se doutait pas une seule seconde que son ami et mentor était en fait une véritable commère ! Certes, il était un homme de confiance et ne révélait jamais les secrets qui lui étaient confiés, et il n'allait pas non plus crier sur les toits tous les petits secrets qu'il découvrait mais il adorait savoir ce qui ne le regardait pas ! On tuait le temps comme on pouvait surtout lorsque l'on passait une bonne partie de son temps allongé dans un lit d'hôpital.

C'est le moment que choisit Renji pour faire son entrée dans le bureau. L'atmosphère devint alors polaire mettant le treizième capitaine extrêmement mal à l'aise. Il ne savait pas (pour le moment !) ce que le tatoué avait bien pu faire sur terre pour mettre Byakuya si en colère mais c'était palpable dans l'air ambiant. Ukitake ne voudrait pour rien au monde être à la place du jeune homme. Les deux amants semblaient loin d'avoir résolu leurs problèmes. Tiens, ça faisait tout bizarre à Juushiro de penser à eux en tant qu'amants. Toujours est-il qu'il vit la surprise se peindre sur les traits du fukutaicho.

« Ohayo Taicho, Ukitake Taicho.

_Ohayo Abarai, te voilà de retour parmi nous, fit le second un petit sourire aux lèvres.

_Hai. D'ailleurs, à ce propos… »

Renji se tourna vers son amant. Du moins, espérait-il qu'il le soit encore.

« Taicho, me permettez-vous de m'entretenir quelques instants avec Ukitake Taicho ? »

Byakuya eut envie de hurler que non, que ce malade dégénéré en avait assez fait mais il ravala ses mots blessants et :

« Fais vite : ton bureau croule sous les dossiers.

_Arigato. »

Jetant un coup d'œil par-dessus son épaule pour constater que Byakuya avait replongé son nez dans un dossier, Ukitake emboita le pas au lieutenant. Ils stoppèrent dans le couloir et Renji ferma la porte du bureau. Il regarda alors le capitaine de Rukia et s'inclina.

« Je vous remercie infiniment pour ce que vous avez fait pour moi. Et je regrette les ennuis que cela a du vous causer. Mon capitaine est plutôt du genre rancunier. Et merci aussi d'avoir couvert ma fuite.

_Je ne suis pas le seul à t'avoir protégé.

_Je le sais.

_Abarai, je ne vais pas te cacher que je suis au courant de tout, Byakuya m'a expliqué. Enfin, dans les grandes lignes. »

Ukitake observa le fukutaicho dont les joues n'eurent bientôt rien à envier à ses cheveux et dont le regard se fixa sur le sol. Renji de son côté ne savait pas comment réagir à cette nouvelle. C'était là la première personne, hormis Hina-san, à apprendre la vraie nature de leur relation et qui ne semblait pas choqué.

« Je comprends mieux aujourd'hui ta réaction mais… Je ne sais pas ce que tu as fait dans le monde humain mais ça ne semble pas le ravir.

_Disons que les choses ne sont mal présentées. Mais ça va aller. Je vous renouvelle mes remerciements. Je ferais mieux de le rejoindre.

_Bonne chance.

_Merci. »

Renji inspira et entra à nouveau dans leur bureau. Byakuya leva ses yeux anthracites et d'un ton sans appel lui ordonna de se mettre au travail. Il sut à cet instant qu'il était inutile de discuter. La mort dans l'âme, il s'installa derrière son bureau et tenta, sans beaucoup de succès, de se concentrer sur son travail.

Comment allait-il s'y prendre pour rompre la glace ?...

Comment ?...