Chapitre 13

Byakuya avait hésité quelques instants sur la direction à prendre : le manoir ou l'appartement de Renji. Et puis, il avait conclu qu'ils seraient bien plus tranquilles pour discuter chez lui. Hina ferait en sorte que personne ne vienne les importuner. Il ne leur fallut que peu de temps pour se retrouver dans le jardin privé de ses appartements. Il sentit la présence d'Hina qui n'avait pas quitté sa chambre. Il stoppa et poussa le shoji sans perdre une minute et incita Renji à entrer. Ce qui ne fut pas difficile étant donné que ce dernier se comportait comme une poupée de chiffon depuis qu'il l'avait récupéré chez Kyoraku.

Lorsque Hina entendit la porte s'ouvrir, elle se leva précipitamment. Quand elle avisa l'état de Renji, elle retint son souffle mais ne perdit pas une seconde. Elle s'engouffra dans la salle de bain. De son côté, le noble installa son amant sur une chaise et s'accroupit face à lui pour examiner ses mains ensanglantées mais il n'y voyait pas grand-chose sous tout ce sang. Il leva les yeux sur Renji qui tentait de masquer sa douleur sous une grimace contenue. Il soupira. Il aurait du se douter qu'il réagirait de la sorte. Hina apparut dans son champ de vision et déposa sur le sol une bassine d'eau, du désinfectant et des linges propres. Byakuya la remercia d'un léger signe de la tête.

« Merci Hina-san, je m'occupe du reste, tu peux disposer.

_J'ai aussi mis des vêtements propres sur le futon.

_Très bien. Assure-toi que je ne sois pas dérangé.

_Bien sûr. Appelez-moi si vous avez besoin de quelque chose. »

Sur ces derniers mots, elle quitta la chambre. Elle prit quelques instants dans le couloir pour regagner contenance. Elle n'aurait jamais imaginé voir un jour Renji si dévasté. Mais tout se passerait bien, elle le sentait au fond d'elle.

Byakuya versa de l'antiseptique dans l'eau et trempa un des linges dans la bassine puis l'essora. Lentement, délicatement, il le passa sur la première main. Il l'entendit gémir mais poursuivit sa tache.

« Il faut que je puisse voir l'étendue de tes blessures Renji. Ce ne sera pas long. »

Mais le plus jeune se laissait faire docilement, presque sans vie. Il sécha la peau meurtrie en tamponnant avec un autre linge et s'attaqua à la seconde main. A peine cinq minutes plus tard, les mains du lieutenant étaient propres et ne subsistaient plus que les plaies et écorchures. Renji avait déjà connu pire mais il était bien connu que les blessures aux mains étaient douloureuses. Ce n'était rien que son kido ne puisse soigner.

Il prit une des mains de Renji dans une des siennes et amena son autre main au dessus de cette dernière. Une légère lumière blanche jaillit du bout de ses doigts pour insuffler du réiatsu dans les plaies. Renji sentit la douce chaleur se répandre sur sa peau et voyait de ses yeux presque vides les blessures se refermer lentement. La sensation de cette énergie spirituelle qui s'infiltrait dans ses chairs était si agréable parce qu'il s'agissait de la sienne. La première main guérie, Byakuya s'attaqua à la seconde. Bientôt, les deux mains de Renji reposaient sur ses genoux comme si elles n'avaient jamais été meurtries. La douleur n'était plus là mais il ne se sentait toujours pas la force de bouger. Il vit le brun se lever, saisir la bassine, se lever et disparaitre dans la salle de bain. Lorsqu'il revint, il s'approcha à nouveau de lui et Renji crut mourir lorsqu'il commença à ôter son obi. Il eut un mouvement de recul ce qui fit apparaitre un éclat de peine dans les beaux yeux gris du noble qui se reprit bien vite.

« Tes vêtements sont sales Renji. Hina a préparé un yukata. »

Un léger coup d'œil lui fit réaliser que c'était vrai. Sans le consentement de son cerveau, son corps bougea et il commença à se déshabiller sans s'apercevoir que Byakuya avait détourné les yeux. Le yukata fut enfilé, noué et Renji se reposa dans la chaise, toujours inerte. Byakuya soupira et redisparut dans la salle de bain de laquelle il sortit également vêtu d'un yukata et débarrassé de ses keisekan. Il revint se poster devant Renji et s'agenouilla à nouveau. Avec hésitation, il posa ses mains sur les genoux de son lieutenant.

« Renji, je suis toujours en colère et je sais que tu l'es aussi mais si nous ne parvenons pas à dépasser cela, nous n'arriverons à rien. Les mots durs que tu m'as jeté au visage tout à l'heure m'ont fait très mal parce qu'ils sont faux. Tu te trompes Renji. Je sais que je ne te l'ai que trop rarement dit et que tu doutes énormément de moi en ce moment mais je t'aime, je t'aime vraiment. Je ne sais pas comment nous allons pouvoir nous sortir de cette crise mais ma plus grande peur est de te perdre. »

Byakuya devait énormément prendre sur lui pour mettre à nue ses sentiments. Il fut un temps où il n'avait pas de mal à exprimer ses émotions mais tout cela était révolu. Il avait grandit, murit, avait été obligé d'enfouir au fond de lui tout ce qui paraissait futile aux yeux du clan et qui l'empêcherait d'exercer correctement ses fonctions de leader. Mais aujourd'hui, il devait laisser sa fierté de côté s'il voulait avoir une chance de recoller les pièces cassées de son couple.

« Ces dernières semaines ont été horribles pour moi. Je te connais suffisamment pour avoir deviné que tu t'apprêtais à faire une bêtise et ne pas savoir ce que tu prévoyais ni les conséquences que ça aurait… J'avais peur pour toi, pour nous. Et les évènements me donnent raison. Ta santé, ta vie sont peut-être en danger. Si ces sources étaient la solution, pourquoi n'es-tu pas venu m'en parler avant ? Il est très probable que nous nous serions également querellés à leur propos, que je me serais dressé contre ton projet de devenir une femme et que la crise que nous traversons n'aurait pu être évitée. Mais elle n'aurait pas cette ampleur. Nous aurions pu au moins tenter de découvrir l'origine de ce kido et son fonctionnement avant qu'il ne soit trop tard. Trouver au préalable un moyen de te rendre ton état normal. Bref, ne pas foncer tête baissée. Que va-t-il se passer à présent Renji ? Toutes ces questions qui n'ont pas de réponses me terrifient. »

Renji soupira. Ses yeux n'avaient pas quitté les mains fines bien qu'indéniablement masculines posées sur ses genoux. Il s'en voulait pour ce qu'il avait dit mais, comme toujours avec lui, la colère et la frustration avaient parlé à sa place. Il avait craint le pire, persuadé qu'après l'avoir soigné, il lui annoncerait que tout était fini. L'entendre lui dire « je t'aime » était inespéré et il faillit pleurer à nouveau mais il fallait croire qu'il n'avait plus de larmes à verser. C'était vrai aussi qu'il était en colère et, qu'effectivement, il avait plongé tête baissée laissant son instinct le guider, comme d'habitude. Et oui, il avait eu conscience que ça pouvait être dangereux, pourtant, il ne regrettait pas sa décision. Il restait persuadé que ce sacrifice valait la chandelle. Il savait aussi qu'il devait parler, dire quelque chose mais ses lèvres restaient désespérément closes.

Byakuya attendait qu'il réagisse à ses paroles mais son amant restait silencieux, les yeux baissés fixant vraisemblablement ses mains. Le silence devenait pesant.

« Renji, dis-moi quelque chose. »

Renji soupira à nouveau, avala sa salive.

« Je… Je ne sais pas quoi dire. J'ai l'impression que tout cela arrive à quelqu'un d'autre que moi. Je n'arrive plus à penser. Je suis fatigué. Fatigué de faire semblant. Cinq ans Byakuya, cela fait cinq ans que nous sommes ensemble, que je me tais comme si ce que nous vivons était un secret honteux. Je n'ai jamais eu quelqu'un avec qui partager ce secret. Vous n'avez même pas voulu que j'en parle à Rukia. J'étais tout seul pour affronter ça. Vous, au moins, vous avez Hina-san. Moi, je suis tout seul… »

Cette vérité fut une véritable gifle pour le noble. Est-ce que Renji aurait été en mesure d'agir différemment s'il avait eu un confident pouvant l'écouter, le conseiller ? Il est vrai qu'il ne lui avait pas donné la possibilité de partager son bonheur avec une tierce personne. Cinq longues années à cacher sa joie aux yeux de tous… Soudainement, cela lui parut bien cruel. C'était douloureux mais il ne devait pas s'y attarder. Ce qui était fait était fait. Il fallait à présent trouver une solution.

« Je n'avais pas réalisé le poids que tu portais et j'en suis sincèrement navré, Renji. Et si ça peut t'apaiser, moi aussi je suis terriblement fatigué. Mais il faut que nous dépassions cela. Je veux sauver notre couple mais je dois m'assurer que je ne suis pas le seul à le vouloir.

_Je n'aurais pas fait tout ce que j'ai fait si mon intention était de tout laisser tomber mais je ne sais plus où j'en suis et encore moins ce qu'il faut faire.

_Prendre les choses dans l'ordre. Dans un premier temps, prendre un peu de repos. Je vais demander à Hina d'apporter de quoi nous sustenter et nous irons nous coucher. Demain, je veux que tu me conduises à ces sources. Ensuite, nous irons voir Urahara. J'ai besoin de savoir avec exactitude ce qu'il attend de moi. Après… Je ne sais pas. Nous verrons où cette journée nous conduira. Es-tu d'accord ? »

Renji se contenta de hocher la tête en signe d'assentiment.

Plus tard, allongé dans le lit, tournant le dos au noble, Renji se recroquevilla sur lui-même. Il n'avait pourtant qu'une seule envie : être dans ses bras. Malgré la colère et tous les sentiments qui lui traversaient le corps, le cœur et l'esprit, il avait besoin d'être réconforté. Même si c'était par la personne responsable de ses tourments. Mais il ne fallait pas trop en demander. Jamais il n'aurait cru redormir dans ce lit un jour.

Byakuya éprouvait la même chose de son côté sauf qu'il ne tournait pas le dos à son amant. Ses yeux étaient rivés sur sa nuque et il mourrait d'envie de l'étreindre, pour s'assurer qu'il était bien là. Oh, et puis au diable leurs problèmes au moins pour cette nuit. Il avait besoin de le serrer contre lui. Il s'approcha de son dos et passa son bras sur sa taille afin de le coller contre sa poitrine. Il sentit l'homme se raidir puis, à son grand soulagement, son compagnon se retourna et nicha son visage dans son cou.

Renji n'osa plus respirer lorsqu'il sentit Byakuya bouger. Sa respiration se coupa totalement quand il le sentit l'enlacer. C'était tellement bon mais pas encore assez. Sans réfléchir, il se tourna et se pelotonna dans le cou de son homme.

C'est ainsi qu'ils s'endormirent.

Le petit matin les trouva étroitement enlacés. Un silence gênant s'était installé avant que Byakuya ne le brise en se détachant du corps de son amant afin de se lever. Bien qu'ils aient fait un pas pour tenter de se défaire de cette situation compliquée, et malgré son corps qui appelait désespérément celui de Renji, il était bien trop tôt pour s'engager dans des activités physiques. Et ils avaient plus urgent à faire. Il avait bien vu la peine traverser le regard du jeune homme mais il devait en faire abstraction pour le moment. De toute façon, il ne se sentait pas psychologiquement prêt pour lui faire l'amour.

Tandis qu'il se douchait, il entendit Hina apporter le déjeuner et échanger quelques mots avec Renji. Lorsqu'il sortit de la salle de bain, son amant avait déjà mangé. Il lança un rapide regard au noble avant de le dépasser pour faire, à son tour, sa toilette. L'atmosphère était encore tendue mais, au moins, ils étaient ensemble.

Après avoir situé le lieu, Byakuya ouvrit le seikeimon du clan : ce qui se passait était une affaire privée, ça ne regardait en rien les armées de la cour. A peine le passage refermé derrière eux que Byakuya ressentit la pression du kido : il en eut presque la nausée. Il avait toujours été très sensible au kido, ce qui expliquait sans doute qu'il était très doué pour la nécromancie. Renji avança alors et il lui emboîta le pas. Quand, enfin, ils firent face aux différentes sources, le noble dut augmenter considérablement sa pression spirituelle pour contrer l'effet malsain de ce kido.

« Renji, murmura t-il alors, comment as-tu pu plonger dans cette eau en sentant cette force ? N'as-tu donc pas pris quelques instants de réflexion avant d'agir ?

_Si, je l'ai fait. Mais quand j'ai pensé à tout ce qu'on risquait de perdre, j'ai sauté.

_Quel étrange endroit. Il faut nous renseigner sur ce lieu.

_Je pense pouvoir affirmer sans me tromper qu'Urahara a déjà du le faire.

_Comment se fait-il que je n'ai jamais entendu parler de ces sources ? Mon clan est le gardien des archives de la Soul Society, pourtant, je n'ai pas le souvenir d'avoir lu quelque chose sur le sujet. Je suis persuadé d'avoir lu tout ce qu'il y avait à lire concernant l'art de la nécromancie. Serait-ce possible que je sois passé à côté de certaines informations ? Je ne peux y croire. Une partie de moi espère de tout son cœur se tromper parce que, dans le cas contraire, ta situation pourrait être irréversible. Je souhaite vraiment qu'Urahara ait trouvé un semblant de piste que je pourrais explorer. Si j'avais pu imaginer un seul instant que je serais un jour tributaire de cet homme… »

Cette pensée lui donna un frisson dans le dos. Il ne se sentait pas d'atomes crochus avec ce scientifique. Tous les scientifiques étaient des malades. Il suffisait de penser à Kurotsuchi pour s'en persuader. Il se demandait encore ce que Yoruichi pouvait bien trouver de si génial en lui…

Renji ne répondit rien. Que pouvait-il ajouter de plus ? Il vit Byakuya s'avancer et observer plus attentivement les sources. A son air concentré, il devinait qu'il essayait d'analyser le kido. Il l'entendit soupirer.

« Inutile de rester là. Je voulais juste constater par moi-même la force de ce kido. Allons de suite chez Urahara. J'espère qu'il nous en apprendra davantage. »

Kisuke avait envoyé Tessaï faire quelques prélèvements d'eau. Il avait pris soin d'en prendre dans plusieurs sources dont celle de la jeune femme. D'ailleurs, cet échantillon était plus grand que les autres puisqu'il devait surtout travailler sur cette source pour aider Renji.

Il n'avait encore effectué aucun test. Pour le moment, il potassait quelques vieux bouquins de nécromancie traitant de modifications du métabolisme mais ça ne menait nulle part. Il avait essayé, pour la forme, tout en sachant que seules des analyses poussées lui apporteraient des réponses.

Sa concentration était telle qu'il sursauta en entendant le shoji de son bureau s'ouvrir.

« Désolé de te déranger mais Kuchiki Taicho et Abarai viennent d'arriver. Ils veulent te parler.

_Oh ? Déjà ? Ils ont fait vite. Dis-moi, juste pour éviter de me faire manger, l'atmosphère est comment entre eux ?

_Tendue mais Abarai est entier.

_Quelle chance… Et bien, allons-y. Ce n'est pas plus mal qu'ils soient venus si vite. Nous avons des informations assez concrètes. »

Urahara pénétra dans le petit salon où l'attendaient déjà assis Renji et son amant. Ca lui faisait tout drôle de penser à cela. Il avait hâte de le dire à Yoruichi. Ca promettait un bon moment. A moins qu'elle ne soit déjà au courant…

« Kuchiki Taicho, Abarai san. Je ne vous espérais pas si vite. Mais c'est une bonne chose en fait. Tessaï va nous apporter le thé puis, nous pourrons discuter.

_Urahara san, salua poliment Byakuya tandis que Renji se contentait d'hocher la tête.

_Comment te sens-tu, Abarai-san ? Des effets à signaler ?

_Non. Rien. Je n'ai pas l'impression que quelque chose soit différent.

_C'est plutôt une bonne nouvelle. »

L'ancien maître de la nécromancie arriva alors avec le thé. Il servit tout le monde puis prit place à côté de son « patron ». Byakuya lança alors la conversation.

« J'aimerais qu'on ne perde pas de temps. Nous sommes passés par ces sources avant de venir. J'avais besoin de constater par moi-même. Je n'ai jamais rien senti d'identique.

_Nous non plus. C'est très intriguant.

_Avez-vous découvert quelque chose ?

_Et bien nous avons passé un petit moment avec Shin hier. Il nous a conté les différentes légendes qui entourent la naissance des sources. C'était instructif car nous avons, je le pense, un début de piste.

_Shin ? Qui est-ce, demanda le noble.

_C'est l'ancien guide des sources. C'est lui qui m'a conduit là-bas, expliqua Renji en fixant la table. »

La vérité, c'est que le fukutaicho se sentait gêné, mais alors extrêmement gêné. S'il avait pu, il se serait caché dans un trou de souris. Urahara savait pour Byakuya et lui. Comment Byakuya faisait pour rester aussi calme, comme si de rien n'était alors que cet homme, cette fouine il fallait bien l'avouer, était au courant de leur relation ? Où puisait-il tout ce self control ? C'était incompréhensible.

Le brun jeta un rapide coup d'œil à son amant. Il ne fallait pas être un génie pour s'apercevoir qu'il était sur le point d'exploser de… Gêne ? Honte ? Les deux ? Mais il n'avait ni le temps ni l'envie de s'appesantir sur les états d'âmes ce de dernier. Il était certes déterminé à trouver une solution à leurs problèmes de couple mais Renji devait assumer sa part de responsabilité. Il avait déjà fort à faire à assumer ses propres fautes. Et à rester le plus calme et posé possible face au regard moqueur et entendu de ce Urahara de malheur qui le narguait. Discrètement, certes, mais qui le narguait quand même.

_Je vois, répondit-il à la brève explication de Renji. Alors, que vous a-t-il appris ? »

Kisuke relata dans le détail les dires de Shin, sans rien omettre. Il voulait voir ce que le chef des Kuchiki en conclurait. Et si Renji aurait une opinion à émettre.

« Des samurais, un empereur, des rebelles, un sorcier, murmura Byakuya. »

Se faisait-il des idées ou était-il bien question de shinigamis ?

Renji ne disait rien mais son cerveau fonctionnait à cent à l'heure. Des samurais, un empereur, des rebelles et du kido. Il n'y avait qu'une seule explication.

« Ce n'était pas des samurais, dit alors le lieutenant tout en regardant sa tasse, c'était des shinigamis. Ou leurs ancêtres. C'était un lieu d'entraînement pour les shinigamis. Et cet empereur, ce ne serait pas le Roi ? »

Kisuke était agréablement surpris. Renji avait réagi plus vite que son capitaine ! Finalement, il était moins bête qu'il en avait l'air. Comme quoi, il ne fallait jamais se fier aux apparences.

« C'était exactement ce que je me disais, enchaîna Byakuya. Si nous allons plus loin dans le raisonnement, la partie concernant les rebelles peut nous faire penser qu'il y aurait déjà eu une révolte contre notre Roi. Or, je n'ai pas le souvenir d'un tel évènement. En tant que chef de mon clan, j'ai le devoir de connaître les plus grands faits de l'histoire de la Soul Society, notamment tout ce qui a touché à la sécurité de notre Roi. Et cela ne m'évoque rien. C'est très étrange.

_Si nos déductions sont bonnes, les faits sont très anciens et remonteraient bien avant la création de la Soul Society telle que nous la connaissons, avec le Gotei et l'ouverture de l'académie. Il n'y a rien de surprenant à ce que vous ne sachiez pas. En revanche, il doit bien y avoir une trace de cela quelque part. Dans vos plus anciennes archives qui, je le sais, viennent directement de la dimension du Roi. Ou à la bibliothèque centrale des 46. Avec votre statut, vous pouvez en demander l'accès. Il va falloir chercher dans les vieux dossiers poussiéreux, je le crains. Et vous serez le seul à pouvoir effectuer ses recherches. Aucun de nous n'a le droit de pénétrer dans ces deux lieux. »

Byakuya se retint de justesse de soupirer à en fendre l'âme. Il avait déjà tellement de travail à gérer la division, son clan, ses problèmes de couple, sa grand-mère qui ne cessait de le harceler. Et voilà qu'il allait devoir jouer les archéologues ! Hors de question ! Renji en supporterait aussi les conséquences. Il ne pouvait pas le faire admettre à la bibliothèque centrale mais il avait l'autorité nécessaire pour lui ouvrir les portes des archives du clan.

« Bien. Je vais donc commencer mes recherches. Qu'allez-vous faire pendant ce temps ?

_Je ne vais pas attendre vos résultats pour me mettre au travail. Imaginons que vous ne trouviez rien, cela nous ferait perdre du temps inutilement d'autant que nous ignorons les effets à long terme de ce kido sur les shinigamis. Apparemment, il n'y en a pas réellement sur les humains. Mais étant sensibles au kido, il en est peut-être autrement pour nous.

_J'approuve votre décision. Renji, allons-y. Je ne veux pas retarder davantage Urahara san dans son travail. Je vous tiens informé.

_Je ferais de même de mon côté si je découvre quelque chose. »

Après un salut rapide, les deux officiers de la sixième division disparurent derrière le seikeimon.

« C'est pas la joie entre eux, fit Tessaï en débarrassant la table.

_Qui sait comment nous aurions réagi à la place de Kuchiki. »

Kisuke souffla pour évacuer la tension et regagna son laboratoire dans l'espoir de trouver une porte de sortie à son jeune ami qui s'était fourré, il fallait bien l'avouer, dans une situation complètement dingue…

De retour au manoir, Byakuya et Renji s'installèrent dans le patio. Les deux hommes étaient silencieux. Ce petit déplacement avait répondu à certaines questions mais en avait soulevé d'autres. Renji réalisa alors dans quelle poisse il s'était fourré et surtout, qu'il avait entraîné Byakuya dans les problèmes alors qu'il en avait déjà tellement d'autres à gérer. Il était toujours déterminé à mener son projet « bébé » à bien mais jamais il n'avait voulu mettre son amant dans une situation si complexe. Il n'avait jamais voulu être une source de problèmes pour lui. Il avait fait de son mieux ces cinq dernières années pour faciliter la vie de son capitaine et néanmoins amour et il avait lamentablement échoué.

« Je suis désolé. »

Byakuya regarda le tatoué.

« Tu es désolé. De quoi exactement ?

_De tout. Je n'ai été qu'une source de problèmes pour vous depuis qu'on se connait. Tout ce que je voulais, c'était vous simplifier la vie, vous apporter un peu de souplesse, être un soutien. Et voyez le résultat. Vous croulez déjà sous toutes sortes de responsabilités et voilà que j'en rajoute une couche. Je n'ai jamais voulu cela. Je…

_Cesse de dire des bêtises, le coupa le noble. Tu as ta part de responsabilités et j'ai la mienne. Je ne regrette rien de ce qui s'est passé entre nous. Nous avons tous les deux commis des erreurs mais je ne t'ai jamais considéré comme un poids ou une entrave. Au contraire.

_Vous devriez. C'est vrai, je fais tout de travers. A cause de moi, Urahara sait pour nous. Je vous ai mis dans une situation dangereuse. Tiens, il ne manquerait plus qu'il en parle à Yoruichi san. »

A cette idée, Byakuya pâlit. Bon sang ! Il n'avait pas du tout songé à cette possibilité. Non pas possibilité mais certitude. Il informerait ce… ce maudit chat dès qu'il en aurait l'occasion ! Ses épaules s'affaissèrent.

« Qu'est-ce qu'on fait maintenant, demanda d'une toute petite voix Renji. »

Le brun inspira profondément pour tenter d'oublier Yoruichi.

« Je vais rédiger une demande aux 46 pour consulter les archives de la bibliothèque centrale. Et demain matin, je te conduirai aux archives du clan : tu commenceras les investigations. Je t'indiquerai où chercher.

_Quoi ? Mais je pensais que seuls les membres de votre famille avaient le droit de regarder ces archives ?

_Il n'y a que quelques rares privilégiés qui peuvent y accéder. Mais je suis le chef de cette famille et donc en mesure de permettre l'accès à qui je veux. Même si le conseil des anciens n'est pas d'accord. Il n'y a pas de raison que je sois le seul à chercher dans les vieux dossiers. Et puis, à deux, nous irons plus vite. Il n'y aura que deux règles à respecter : le silence et la promesse que tu ne consulteras que les archives que je t'aurai désigné. Ces archives sont marquées du sceau du secret. Si tu outrepasses cette limite, si tu trahis la confiance que j'aurais placée en toi en t'ouvrant les portes des archives du clan, je ne te le pardonnerai jamais. Est-ce bien clair ?

_Très clair. Je vous le promets, sur mon honneur.

_Bien. Rentre chez toi. J'ai besoin d'être un peu seul pour faire le point. »

Lentement, Renji se leva. Il posa son regard sur la silhouette de Byakuya et son cœur se contracta douloureusement. Il avait peur de s'en aller. Il avait l'impression que tout serait terminé s'il partait.

« Byakuya, je… Laissez-moi rester, je me ferais tout petit, s'il vous plait. »

Le noble soupira à nouveau.

« Nous avons tous les deux besoin de réfléchir, Renji.

_Non, moi j'ai juste besoin d'être près de vous. Si je pars, je… je ne suis pas sûr de vous revoir. Vous risquez de passer les prochaines heures à ruminer et vous finirez par vous persuader que je ne suis qu'une source de problèmes et vous ne voudrez plus me voir ! »

Il avait besoin d'être rassuré, tout comme lui.

« Fais comme tu veux, lâcha t-il soudain. Laisse-moi juste un peu d'espace. »

Renji ne répondit rien et se retira dans la salle de bain. Il se promit de ne pas embêter son amant. Il se contenterait de l'observer et de profiter de sa présence de loin.