Titre original : The Dragon's Eye
Auteur : Late4F8
Traduction : Allys-33
Note de la traductrice : Je précise que l'auteur ne m'a pas encore donné son autorisation. Et en cas d'un éventuel désaccord, l'histoire sera évidemment supprimée. Je ne suis que la traductrice, pas l'auteur!
...
The Dragon's Eye
.
Chapitre 1
Il y avait autrefois un petit village bordant la mer l'extrémité négligée d'un grand royaume, qui était très souvent envahi par des bandits aux intentions peu honorables.
C'est en ces terres désolées que l'enchanteresse Dame Gyokumen avait prétendument pris refuge, loin d'Ox-King, après avoir transformé en statue de pierre l'épouse du Roi.
C'est aussi dans ce petit village que Gojyo et Sanzo, deux mercenaires engagés par le roi, espéraient se rendre au plus vite. Les deux hommes marchaient depuis des jours et la fatigue commençait à se faire sentir.
— Je commence à penser que ce vieil homme nous a indiqué un mauvais chemin, se plaignit Gojyo. On devrait déjà être arrivé depuis des heures.
Sanzo soupira.
— Plus de marche, moins de pleurnicheries.
Sur ces belles paroles, il remonta son sac sur ses épaules et lança un regard noir à son compagnon aux cheveux roux, le défiant de parler de nouveau.
Gojyo se contenta d'un sourire et Sanzo claqua sa langue contre son palais avec dédain, avant de retourner son attention sur le chemin.
— Au moins c'est une belle journée.
Sanzo émit un léger grognement.
— Ni feux follets, ni gobelins. Et pas de sales petits lutins dans les cheveux.
— Tais-toi. Ne peux-tu donc pas rester silencieux deux minutes ? s'exaspéra Sanzo en le poussant légèrement.
Le rouquin gloussa.
Au début, Gojyo avait pensé qu'il détesterait travailler avec l'homme aux cheveux blonds, mais durant le long moi où ils avaient dû voyager ensemble, le mercenaire s'était surpris à apprécier son tempérament et son calme. Bien sûr tenir une conversation avec lui demeurait toujours un véritable défi, auquel Sanzo s'empressait de mettre fin avec virulence. Les deux compagnons ne partageaient clairement pas le même sens de l'humour et la mauvaise habitude qu'avait le blond de tout prendre comme un affront personnel n'avait absolument pas aidé pendant les premières semaines.
Mais un jour, ils furent attaqués par des gobelins à la recherche de trésors. Ce fut un combat éprouvant et ils ne s'en étaient pas sortis sans quelques égratignures. Après cela, ils avaient continué jusqu'à la ville suivante et, en buvant des bières bien mérité, s'étaient tous deux moqués du pathétisme dont l'autre avait fait preuve durant la bataille. Puis le regard de Sanzo s'était tourné vers l'un des recoins les plus sombres de la petite taverne qu'offrait leur auberge.
— Je suis fatigué, avait-il murmuré.
Dans l'espoir de le provoquer davantage, Gojyo avait passé un bras autour de ses épaules en gloussant :
— Je peux te mettre au lit et te border si tu veux.
Le mercenaire blond s'était lentement tourné vers lui et son regard fit instantanément disparaître le sourire de Gojyo. Il y avait dans ses yeux une sincérité qu'il n'avait aperçue qu'en de rares occasions. Il les avait étudiés un long moment. Il n'y avait pas vu le brouillard épais de l'alcool, mais seulement une fatigue écrasante. Alors il avait compris ce qu'aucun d'eux n'aurait jamais admis.
A l'étage, l'animosité et la discorde avaient disparu entre des draps froissés. Les gémissements et les encouragements à peine murmurés avaient été les seules paroles échangées.
— On y est, déclara Sanzo interrompant les penser de son compagnon.
Du haut de la montagne qu'ils avaient gravie, ils pouvaient apercevoir une petite ville, tentaculaire et animés. Tout au sud un minuscule port se tenait en bordure de mer. Il n'y avait ni porte, ni barrière indiquant l'entrés de la ville, juste une longue route longés ici et là d'étroites maisons qui menait à une place publique abritant un rassemblement de marchands tous comprimés les uns contre les autres.
Quand ils entrèrent dans la ville, la plupart des villageois les ignorèrent, mais il subsistait occasionnellement des gestes conviviaux ou des regards suspicieux. Gojyo était plus grand que la normale et un simple coup d'œil suffisait à faire détourner les yeux de n'importe qui.
Il en profita pour observer son compagnon. Sanzo était presque aussi grand que lui, mais soit il ne remarquait pas les regards qui leur étaient lancés, soit il les ignorait avec succès.
— A ton avis, crois-tu qu'ils savent que nous traquons quelqu'un ? demanda le roux. Il senti quelque chose le frôler et sa main vola automatiquement à sa bourse d'argent pour s'assurer qu'elle était toujours accrochée à sa ceinture.
— Quelle importance. De toute façon ils comprendront rapidement quand nous commencerons à poser des questions.
— En effet.
La route les mena finalement jusqu'à in rassemblement de marchands qui entourait une petite place publique, prés d'une maison abandonnée.
— Ce vendeur- ça sent bon, s'extasia Gojyo. Il acheta une brochette de viande et des petits pains. En veux-tu ?
Le blond fit la grimace, mais arracha un morceau de viande de la brochette offerte.
Les deux mercenaires firent lentement le tour de la place publique en observant attentivement les villageois. Quand ils furent retournés à leur point de départ, Gojyo haussa les épaules avec désinvolture :
— Ça ressemble à une ville tout à fait normale. Pas de chuchotements apeurés, pas de hurlements de colères…
Le blond fredonna d'approbation, puis fit un signe de tête vers l'une des routes qui déviaient de la petite place.
— Je vais par là. Fais ce que tu veux et nous nous retrouverons ici dans une heure – deux au grand maximum, déclara Sanzo, puis il pointa un doigt accusateur sur la poitrine de l'autre mercenaire. Et ne vas pas jacasser dans des magasins toute la journée. Je n'ai aucune envie d'avoir à te chercher partout pendant des heures !
— Tu parles comme si tu étais le chef – ce qui, je te le rappel, n'est absolument pas le cas, rétorqua Gojyo en balayant la main sur sa poitrine.
— Tch ! Ne pourrais-tu pas rendre les choses un peu plus agréables pour tout le monde ?
— Il y a beaucoup de choses que je peux rendre agréable pour tout le monde, répondit le roux avec un clin d'œil.
Sanzo leva les yeux au ciel.
— C'est bon, c'est bon, apaisa finalement le plus grand des mercenaires, et que faire si l'un de nous deux la trouve ? As-tu un plan ?
— Fais donc ce que tu veux, répliqua Sanzo la mâchoire crispée, mais s'il te vient l'envie de te faire tuer, libre à toi et ne compte surtout sur moi pour venir t'aider. Moi, mon plan, c'est de la capturer.
— Pas si je la capture le premier.
Les deux hommes échangèrent des sourires narquois avant de se séparer.
Gojyo suivit la route qui descendait la colline, il passa devant une taverne qu'il ne manquerait pas de porter à l'attention de son compagnon d'arme et atterrit sur une seconde place publique, encore plus petite que la précédente. Il ne s'y attarda pas et poursuivit son chemin jusqu'au port.
Des petits bateaux étaient amarrés au quai, un navire plus large voguait un peu plus loin et un autre déchargeait sa marchandise sur la berge.
Aucun de ses bateaux ne semblait être le genre à embarquer des passagers, de plus Gojyo ne se sentait pas particulièrement l'envie d'interroger les pécheurs pour l'instant.
Le mercenaire décida donc de faire demi-tour. Il avait déjà repéré quelques lieux où il pourrait commencer à poser des questions et une route adjacente à la petite place qu'il voulait encore explorer.
De retour à la place publique, un attroupement de villageois bloquait la route qu'il voulait emprunter. A travers les mouvements de la foule, Gojyo put apercevoir une parade d'étranges personnages encapuchonnés dans de longs manteaux gris. L'ouverture des cagoules était recouverte d'un tissu diaphane qui obscurcissait les traits de leurs visages. Ils entouraient une belle dame qu'ils portaient sur une balançoire reliée par des cordes en soie à deux épaisses perches de bambou.
Elle était vêtue d'une longue robe et d'une cape brodée de rubans et de pierres précieuses. Sa chevelure était rassemblée en une épaisse tresse décorée de rubans similaires.
— Qui est cette femme ? demanda Gojyo en donnant un coup de coude à un villageois qui lui avait déjà écrasé le pied à deux reprises. Mais avant que l'homme n'ait pu lui répondre, des cris s'élevèrent à l'autre bout de la rue.
Les deux hommes se retournèrent et le roux vit la foule se disperser face à un énorme taureau. L'animal balançait ses énormes cornes vers l'avant en reniflant férocement et se précipita brusquement vers la petite parade.
Les yeux du mercenaire passèrent de la bête à la femme et à ses serviteurs qui s'immobilisèrent en plein milieu de la place. Enfin son regard glissa sur les villageois qui ne faisaient que se presser contre les murs de magasins tout autour d'eux.
La bête féroce serait sur la dame d'une minute à l'autre et Gojyo voyait bien que personne n'avait l'intention d'intervenir. Alors il dégaina son poignard et attendit.
Dès que l'animal en furie passa devant lui, il saisit une de ses immenses cornes puis avec de l'élan se propulsa sur son dos. Il se baissa et sans outre mesure lui trancha la gorge avec son poignard. Le taureau poussa un rugissement assourdissant et s'écroula, entraînant Gojyo avec lui. La bête jeta furieusement ses cornes vers l'avant, entaillant la joue du mercenaire. Ce dernier se leva d'un bon pour éviter un prochain coup et se retourna, prêt à se défendre. Mais la bête suffoqua et tomba morte à ses pieds.
Il n'y eut aucune acclamation, seulement un long silence brusquement interrompu par de légers applaudissements.
— Quel geste héroïque, dit la femme sur la balançoire. Approche ! ordonna-t-elle d'un geste de ses doigts ornés d'anneaux.
Gojyo essuya sa lame sur la carcasse de l'animal, avant de s'avancer vers la dame et de s'incliner respectueusement.
— J'espars que vous n'êtes pas blessée, madame.
La femme lâcha un léger rire.
— Le roi taureau tien une vieille vendetta contre moi. Il transforme ses hommes en bête pour tenter de me tuer, expliqua-t-elle en levant la main. Je l'aurais écarté d'un simple sortilège, mais d'après ce que j'ai vu tu ferais un excellent serviteur.
Le mercenaire se figea net en réalisant que la femme juste devant lui n'était autre que Gyokumen.
Il jeta un coup d'œil derrière lui, mais là où se trouvait le cadavre d'un taureau à peine quelques secondes auparavant, gisait désormais un homme arborant l'armure royale. Gojyo se souvint alors des histoires qu'il avait entendues sur l'enchanteresse. En plus d'avoir transformé la reine en statut de pierre, elle aurait également changé la garde personnelle du roi en bêtes. Mais il ne s'agissait là que de rumeurs, vivement démenti par le roi qui avait affirmé avoir envoyé ses soldats à la poursuite de la sorcière.
Et maintenant elle se trouvait là, à porté de main. Il pourrait la capturer et empocher leur récompense. Seulement, Sanzo n'était pas là, merde. Gojyo devait gagner du temps. Il devait se rapprocher.
— Pour rien au monde je n'aurais voulu voir une dame être blessé, mais je n'avais absolument pas l'intention de tuer un homme, déclara Gojyo en prenant prudemment la main qu'elle lui tendait. Je vous remercie pour l'offre, mais il me faut refuser. Faites bien attention à vous.
Il devait être plus près pour être sûr de ne pas manquer son coup, alors il se rapprocha et se baissa comme pour poser un baiser sur sa main. Il s'apprêtait à la saisir, quand deux petites gouttes de sang glissèrent de sa blessure à la joue. L'une tomba sur la manche du vêtement de l'enchanteresse et l'autre s'écrasa sur la peau immaculée de sa main.
A l'instant où le sang la toucha, un léger sifflement se fit entendre et de la fumer s'éleva sous l'effet d'une brulure soudaine. La femme éloigna sa main en hurlant et examina sa blessure. Puis elle leva sur lui des yeux pleins de rages.
— Comment oses-tu abimer ainsi ma peau parfaite ? cria-t-elle en le pointant du doigt. Que cette souillure soit tienne !
Soudain, une vive douleur consuma le mercenaire. L'entaille sur sa joue sembla s'approfondir et se multiplier par trois. Ses yeux se tintèrent de la couleur du sang qu'il avait versé ses oreilles s'étirèrent en pointe et ses dents s'allongèrent pour devenir aussi aiguisées que celle d'un monstre.
Gojyo grognait, gémissait en se griffant la peau. Parmi la foule, certains prirent peur de ce monstre qu'ils n'avaient encore jamais vu et implorèrent la clémence de la sorcière.
— C'est un étranger !
— Il nous dévorera avec ses dents pointues !
— Chassez-le madame, par pitié !
L'enchanteresse les observa un moment, puis fit signe à deux de ses serviteurs.
— Dégagez-le de ma vue ! Envoyez-le quelque part où il aura tout le loisir de réfléchir à ses méfaits.
Les deux serviteurs emportèrent donc Gojyo dans un grand sac en toile de jute et l'abandonnaient sur une ile déserte par-delà la mer où personne ne le retrouverait jamais.
A SUIVRE
