Chapitre 14

Renji s'était fait tout petit tout au long de la soirée. Lorsque Hina-san avait apporté leur repas, il avait pris soin d'emporter son assiette et de manger sous l'engawa pour « laisser de l'espace » à Byakuya. Il l'avait vu prendre un livre et s'asseoir à la table basse. Renji l'avait observé quelques minutes puis avait tourné son regard vers le jardin. Ce si beau jardin…

Il soupira. Rien ne s'était passé comme il l'aurait souhaité. Leur situation était déjà tellement compliquée. Une voix le fit sursauter.

« Renji-san ? »

Il tourna la tête et avisa Hina-san. Il lui sourit tristement.

« Bonsoir. Il fait bon ce soir, n'est-ce pas ?

_En effet, c'est une agréable soirée, de celles que l'on aime partager alors, pourquoi êtes-vous seul à profiter de ce ciel étoilé ?

_Byakuya veut être seul, répondit-il en baissant la tête.

_Oh, je vois. »

Elle voyait le lieutenant fixer ses mains dont les doigts jouaient nerveusement entre eux.

« Puis-je m'asseoir un moment ?

_Je ne sais pas si je serais d'agréable compagnie. Si vous vous sentez le courage de supporter ma bonne humeur… »

Elle sourit devant cette tentative d'humour et s'installa à côté de lui.

« Je suis au service de Byakuya-sama depuis sa naissance, je suis capable de supporter n'importe quelle humeur. »

Renji eut alors un vrai sourire. Il comprenait ce qu'elle cherchait à lui dire : tout le monde savait que l'héritier Kuchiki n'avait jamais eu le caractère très facile.

« Alors ça n'a pas du être très facile ces dernières semaines. Il a du vous mener la vie dure, j'en suis désolé.

_Ne le soyez pas. J'ai plus de recul que lui et je comprends parfaitement la situation.

_Est-ce qu'il vous a… dit ce que j'ai fait ? »

Malgré l'obscurité, elle vit la rougeur de ses joues et trouva cela absolument adorable.

« Oui, il me l'a dit. Et, pour ma part, je trouve ce sacrifice magnifique. C'est la plus belle preuve d'amour qu'il m'ait été donnée de voir. J'ai été profondément touchée par votre geste.

_Alors pourquoi il ne le voit pas comme ça aussi ?

_Ce n'est pas à moi de répondre à cette question. J'en connais la raison et j'aimerais pouvoir alléger votre peine mais, il est des choses qui doivent être dites uniquement par les personnes concernées.

_Ouais… Alors il vaut mieux que je me fasse de suite à l'idée que je ne saurais jamais. »

La gouvernante pinça les lèvres pour s'empêcher de parler. Que Byakuya pouvait être têtu…

« Où en êtes-vous ? Quelle est la prochaine étape pour vous ?

_Plonger dans des dossiers poussiéreux millénaires qui auront probablement un effet soporifique sur moi, il faut dire que j'adore la paperasse, et dans lesquels je ne trouverais probablement rien du tout si ce n'est de la moisissure qui me fera éternuer. »

Hina sourit. Alors même que la situation était compliquée, il parvenait tout de même à plaisanter.

« C'est-à-dire ?

_Byakuya m'a chargé de chercher dans vos archives s'il n'y a rien concernant les sources.

_Il vous a autorisé l'accès des archives du clan ?

_Oui. Avec des consignes strictes.

_C'est assez inattendu.

_Je trouve aussi. J'espère ne pas faire de bévue et de le décevoir encore.

_Vous ne l'avez pas déçu, je suis persuadée.

_J'aimerais avoir votre optimisme Hina-san mais il est évident que je l'ai déçu.

_Vous a-t-il tenu de tels propos ?

_Non mais je le sais. Je le sais parce que, lui aussi, il m'a déçu. Enfin, ça va s'arranger. Ca va s'arranger, murmura t-il une seconde fois comme pour s'en convaincre lui-même. »

La gouvernante soupira lentement. Elle devait trouver les mots pour le rassurer.

« La vie de couple n'est pas toujours simple, Renji-san.

_Je peux difficilement vous contredire. Tout me semblait simple jusqu'à… ce que tout cela arrive. Aujourd'hui, j'ai l'impression d'être dans un cul de sac et de ne pas savoir comment en sortir.

_Il vous faut peut-être envisager les choses sous un autre angle.

_C'est-à-dire ?

_Et bien, l'amour est un combat au quotidien. Tout n'est jamais acquis, il faut constamment se battre pour conserver ce que l'on a gagné et se battre encore pour obtenir ce que l'on désire. Vous êtes militaire. Voyez cela comme une bataille qui doit se gagner à coup de stratégies et stratagèmes. Vous traverserez d'autres crises parce que l'amour ce n'est pas seulement « tout rose et violette ».

_Comme une bataille ?... Mais l'amour n'a rien à voir avec la guerre.

_Sur le fond, non. Mais sur la forme ? Ne baissez pas les bras.

_Je n'en ai pas l'intention. Je n'ai jamais baissé les bras. Si je l'avais fait, il y a longtemps que je serais mort. Je me décourage parfois pour mieux repartir ensuite. Merci Hina-san. Je me sens un peu mieux. Je crois que je vais aller me coucher. J'ai besoin de dormir pour pouvoir supporter la journée de demain. »

Ses épaules s'affaissèrent lorsqu'il imagina une salle d'archives remplies d'étagères submergées de tonnes de livres et carnets de bords en tout genre… L'horreur…

« Je vais me retirer dans ce cas. Avez-vous besoin de quelque chose ?

_Il n'y a plus d'eau.

_Très bien, je vous apporte cela. »

Hina revint quelques instants après avec un plateau contenant un pichet d'eau et deux verres qu'elle posa sur la commande. Elle salua les deux hommes et quitta la chambre.

Byakuya admettait que Renji faisait son possible pour ne pas l'importuner. Mais le réiatsu présent de son amant, bien que relativement contenu, l'empêchait de se détendre complètement. Sa colère était un peu retombée, remplacée par la crainte du lendemain. Il avait peur pour son compagnon. Cela faisait des semaines qu'il vivait l'inquiétude au ventre celle de ne pas revoir Renji, celle de ne pas savoir ce qu'il faisait, celle de devoir le déclarer déserteur s'il n'était pas revenu à temps. Et lorsqu'enfin il était réapparu, cette crainte s'était transformée en véritable frayeur en découvrant ce qu'il avait fait. Parce qu'il avait prix conscience, grâce à Hina, que sa colère prenait source dans la peur de l'avenir. Et il détestait avoir peur.

Il soupira doucement et tenta de se replonger dans son livre qui traiter des bases élémentaires du kido, notamment au niveau moléculaire. Il s'était dit que, peut-être à trop utiliser le kido, il avait fini par en oublier les bases, que ça valait la peine qu'il vérifie, juste au cas où. Et bien que sa lecture lui rafraichissait la mémoire, il ne trouvait rien de probant dans ces pages.

Et puis, Hina arriva et rejoignit Renji. Dès lors, il fut incapable de se concentrer. Il conserva sa position mais dressa l'oreille afin d'espionner leur conversation. Ce n'était pas bien, mais il ne put s'en empêcher.

Comme toujours, sa gouvernante faisait son possible pour tenter de rassurer le jeune homme. Il avait moyennement apprécié qu'elle fasse cette remarque sous entendue concernant son mauvais caractère. Il n'avait jamais eu mauvais caractère, il était juste un peu impétueux, pas de quoi fouetter un singe ! Sa mauvaise foi évidente déclencha un rire au fond de sa tête. Une fois de plus, Senbonsakura se moquait de lui. Il pinça les lèvres pour s'empêcher de lui répondre de quelque manière qui soit. Il soupira et reporta son attention sur la conversation. Comme toujours, elle savait trouver les mots qui faisaient du bien. Il fut presque jaloux de ne pas être en mesure de le faire lui-même. Mais que pouvait-il bien dire à Renji ? Lui exposer son sentiment de culpabilité ? Cette sensation d'être aimé plus qu'il n'aimait ? Oui, Hina avait raison, il y avait différentes façons d'aimer pourtant, ce poids était toujours présent.

Il entendit alors son amant dire qu'il allait se coucher, qu'il en aurait bien besoin pour affronter la journée qui l'attendait. Il sourit. Renji détestait ça par-dessus tout ! Le classement, l'archivage et la recherche dans les dites archives avaient toujours été une des punitions qu'il infligeait à son exubérant lieutenant : quand il arrivait trop souvent en retard au taicha, quand il lui manquait de respect ou n'exécutait pas ses ordres. Bref, une mesure disciplinaire. Il avait l'impression d'utiliser cette technique pour le punir sur le plan personnel cette fois ! Mais la situation était loin d'être aussi cocasse que dans le cadre du travail…

Il jeta un regard en coin vers Renji pour voir ce qu'il faisait. Il ouvrait le tiroir de la commode et sortit un yukata de nuit. Ne se sachant pas observé, il commença à ôter ses vêtements. Le noble tourna alors complètement la tête sans en avoir réellement conscience, les yeux rivés sur son amant, ne manquant aucun de ses gestes.

D'abord le obi qu'il laissa tomber au sol une fois dénoué. Puis le shihakusho qui glissa lentement de ses épaules pour rejoindre la ceinture. Le kosode suivit le même chemin. Le dos puissant, tanné et tatoué s'offrit alors à son regard et une envie caractéristique se fit sentir au fond de lui. Sa respiration devint plus laborieuse lorsque le hakama chuta sur les chevilles faisant un petit tas de tissu que Renji balaya d'un léger coup de pied. Le seul rempart à sa nudité qui demeurait était son caleçon noir et moulant, ce sous vêtement venant du monde matériel que Renji affectionnait et qui mettait ses formes plus qu'en valeur. Et pour finir, il leva un bras et ôta le lien qui retenait ses cheveux qui cascadèrent dans son dos. Il y passa un peu les doigts et Byakuya l'entendit soupirer d'aise. La masse rouge et épaisse couvrit la moitié de son dos, dissimulant une partie des tatouages tribaux. Difficile de croire que ses cheveux étaient si longs lorsqu'ils étaient noués. Les iris ébènes dévorèrent ce corps puissant et tellement désirable.

Magnifique. Renji était tout simplement magnifique. En cet instant, le noble héritier n'avait qu'une idée en tête : se lever, traverser la pièce et allonger son amant sur le futon pour lui faire fougueusement l'amour. Caresser sa peau, suivre les courbes de ses muscles du bout des doigts, redessiner les lignes noires de la langue. Le faire sien.

Renji sentit le réiatsu de son compagnon s'emballer et tourna le visage vers lui pour voir ce qu'il se passait. Son expression se figea et il sentit ses joues s'empourprer lorsqu'il croisa le regard anthracite luisant d'excitation qui le dévorait. Ce regard qui ne trompait pas : Byakuya avait envie de lui. Ce constat l'ébranla et le soulagement se fondit en lui. Son homme avait toujours envie de lui. Oui, mais maintenant ? Il n'avait pas cherché à exciter volontairement son amant. Byakuya était occupé à lire et lui tournait pratiquement le dos. Il voulait juste passer ses vêtements de nuit pour aller se coucher. Il n'avait eu aucune intention de lui faire un strip tease. Qu'est-ce qu'il devait faire ? D'autant que le désir qu'il lisait dans ses yeux éveilla le sien.

Les deux hommes se regardaient sans rien dire, sans bouger. L'un toujours assis, l'autre debout, presque nu, le yukata déplié et retenu dans une main. La tension sexuelle envahit alors la chambre. Byakuya nota que Renji mordait sa lèvre inférieure et qu'il avait lâché le yukata. Il avait cet adorable tic quand ses pensées devenaient libidineuses et le capitaine avait toujours eu beaucoup de mal à y résister. Son corps bougea alors sans son consentement et il se leva pour faire face à cet appel à la luxure. Il y avait des semaines qu'ils n'avaient pas fait l'amour. Lentement, il s'avança vers sa proie qui, réalisant ce qui allait se produire, recula et heurta la commode. Un cliquetis se fit entendre et, tournant la tête, Renji réalisa qu'Hina avait posé le plateau tout au bord du meuble et qu'en le buttant, il venait de rompre son équilibre. Instinctivement, il saisit le plateau pour l'empêcher de tomber et de l'eau s'échappa du pichet pour venir éclabousser son avant bras.

Et cela tétanisa le noble qui, en l'espace d'une fraction de seconde, se trouva non plus en présence de son amant tel qu'il le connaissait. Non, il se trouvait désormais en présence d'une femme. S'il n'avait pas été aussi choqué d'assister à cette métamorphose instantanée, il aurait peut-être pu réaliser à quel point cette femme était belle et désirable. La réalité le rattrapa brutalement et le désir pourtant violent qu'il avait ressenti le déserta tout aussi vite. C'était impossible. Il ne pouvait pas. Il tourna les talons avec la ferme intention de faire une longue promenade dans les jardins. Il eut aussi l'impensable envie de se saouler pour tout oublier ne serait-ce que quelques heures tout en sachant qu'il n'en ferait rien.

Lorsque Renji reposa plus sûrement le plateau, il regarda à nouveau là où était sensé se trouver Byakuya pour constater qu'il était dès lors seul dans la chambre. Il plissa les sourcils et son cœur se serra. Pourquoi était-il parti ? Avait-il finalement réalisé qu'il n'avait pas envie de lui ? Pourtant, il ne pouvait se tromper, ce qu'il avait lu dans ses yeux, c'était bien du désir. Qu'est-ce qui l'avait fait changer d'avis ? Il soupira et leva les bras pour se frotter durement le visage, dépité. Mais en faisant cela, il ressentit une étrange douleur au niveau de sa poitrine. Il baissa la tête vers son propre torse pour voir ce qui se passait et se figea. Une poitrine opulente, qui le choqua l'espace d'un instant, se montra à son regard ébahi. Et puis la réalisation : il avait reçu de l'eau sur le bras en retenant le plateau. Alors il ne suffisait vraiment que de quelques gouttes d'eau…

Et merde… Pas étonnant qu'il soit parti…

Plus dépité que quelques instant plus tôt, il ramassa le yukata et s'engouffra dans la salle de bain de laquelle il ressortit à nouveau lui-même et vêtu du vêtement de nuit. Il s'emmitoufla dans le futon, le moral dans les chaussettes…

Les pas de Byakuya l'avaient conduit devant la tombe d'Hisana. Il s'assit sur le sol et inspira.

« Hisana… J'ai su dès le début qu'Abarai Renji bouleverserait ma vie. Mais j'étais loin d'imaginer que ce serait à ce point. Je n'arrive même plus à être en colère. A quoi bon ? Les dés sont jetés, il nous est impossible de revenir en arrière. Nous trouverons peut-être un moyen de lui rendre son état normal mais ça n'effacera pas ce qui s'est passé. Je ne sais plus que faire ni que penser. Je me sens tellement perdu. Et je n'ai pas éprouvé cela depuis si longtemps. Si tu étais là, que me dirais-tu ? Tu étais toujours de bons conseils. Tu me manques Hisana. J'aime cet idiot mais une partie de moi sera toujours à toi. C'était si simple d'être avec toi. Avec lui, tout est tellement chaotique. Je ne peux nier qu'il me fait un peu penser à moi dans mes jeunes années. Je me suis assagi avec le temps et les responsabilités. Peut-être trop… »

Il soupira à nouveau plus leva le visage vers le ciel pour admirer les étoiles.

Face à cette immensité, le poids de sa naissance sur ses épaules se fit soudainement lourd. S'il n'était pas né noble et héritier du plus vieux clan du Seireitei, Renji n'aurait pas eu à subir les conséquences de ses obligations. Ils auraient pu former un couple comme tant d'autres.

Sauf que tu oublies une chose, Maître. Si tu n'étais pas celui que tu es, tu n'aurais pas rencontré Hisana, tu n'aurais pas eu à rechercher sa sœur et tu n'aurais pas croisé la route de Renji. Nous sommes maîtres de notre destin dans le sens où c'est à nous de choisir comment utiliser les cartes que nous avons en mains. Mais ces cartes, c'est le destin qui nous les donne. Il y a une raison à tout même si cela ne nous saute pas tout de suite aux yeux. Tu as toujours su écouter ton cœur. Aies confiance en toi, en Renji, en vous. Bientôt, je suis sûr que les cartes s'aligneront et que tu comprendras le pourquoi du comment…

Byakuya ne répondit pas à Senbonsakura parce qu'il n'y avait rien à répondre. Il caressa des yeux une dernière fois la stèle de sa défunte épouse et regagna lentement le manoir. Renji dormait lorsqu'il retourna dans la chambre. Il avait regagné son apparence et son visage, si paisible d'ordinaire dans le sommeil, était crispé. Et il se savait pour le moment incapable de le rassurer. Le plus silencieusement possible, il enfila ses vêtements de nuit et se glissa dans le futon. Il se tourna afin de regarder le dos de Renji. Il finit par s'endormir en adressant une prière pour qu'ils trouvent une solution à leur problème…

La première chose que Renji vit en ouvrant les yeux, fut son amant, installé devant la commode, s'afférant à poser le keisenkan dans ses cheveux. Il s'étira et s'assit. Sa nuque lui faisait mal. Il la massa un peu puis fit craquer son cou. Nul doute que cette journée serait très longue vu qu'il ne se sentait pas super en forme. Il avait mal dormi, avait rêvé de ce qui s'était passé la veille, se réveillant en sursaut lorsque Urahara était venu l'informé dans le dit rêve qu'il resterait une femme toute sa vie. Ce qui l'avait un peu consolé, avait été de découvrir que son capitaine l'avait tout de même rejoint et qu'il dormait allongé à côté de lui.

« Apprêtes-toi Renji. Hina nous apporte le petit-déjeuner dans dix minutes. Ensuite, je te conduirai aux archives. »

D'accord, il n'avait même pas le droit à un bonjour. Ca promettait d'être gai. Puisqu'il en était ainsi, il ne le saluerait pas non plus. Il se leva et s'engouffra dans la salle d'eau. Un quart d'heure plus tard, il rejoignit Byakuya qui était déjà en train de manger. Mais lui n'avait pas très faim. Il picora dans son assiette sous le regard discret de son amant qui ne fit pourtant aucun commentaire. A croire qu'il se fichait de son mal être. Renji savait bien que c'était faux mais, à être ignoré de la sorte, c'était ce qu'il ressentait. De son côté, le noble était pourtant très perturbé par le comportement de son second. Pour que Renji fasse l'impasse sur la nourriture, il fallait vraiment qu'il se sente mal. Très certainement aussi mal que lui mais ce n'était pas une raison pour se laisser mourir de faim.

« Renji, j'ai bien conscience que nous nous sentons tous les deux mal, mais entamer une grève de la faim ne résoudra pas notre problème. Et la journée qui nous attend ne va pas être agréable alors, tu ferais mieux de prendre des forces.

_Je sais, mais ça ne passe pas. »

Il avait répondu sans regard son homme. Quelques instants plus tard, Byakuya lui fit traverser pratiquement tout le manoir pour stopper devant une gigantesque porte en bois lourd et magnifiquement sculptée gardée par deux hommes richement vêtus. Ils portaient les insignes de la famille Kuchiki.

« Voici la salle des archives royales et du clan. Sois honoré de pouvoir y pénétrer car rares ont été les étrangers à y entrer. N'oublies pas ce que je t'ai dit. Si tu transigeais aux règles que j'ai établi, tu sais parfaitement ce qui se passerait. Un garde va t'accompagner.

_Un garde ? Vous avez donc si peu confiance en moi ? »

Une foule d'émotions monta en lui en cet instant : colère, déception, douleur. Comment pouvait-il douter à ce point de lui, après tout ce qu'il avait fait pour ne pas le perdre ? N'avait-il donc, au fond, pas de cœur ?

« Cela n'a rien à voir avec la confiance ou non. Je viens de te dire que cette pièce était réservée aux seuls membres de la famille Kuchiki. Et encore, peu de privilégiés. Ce qui fait de toi un privilégié parmi ceux qui ne pourront jamais, jamais fouler ce sol de leurs pieds. Il est impensable et impossible que tu y demeures seul. Maintenant, suis-moi. »

La porte s'ouvrit et Renji fut ébloui par la magnificence de cet immense espace. Il en resta figé sur place. Il avait devant les yeux une bibliothèque indescriptible. Des centaines, non, des milliers de livres. Une décoration somptueuse, luxurieuse. Il ne savait pas où regarder tellement tout était luisant, brillant, éclatant. Il avait cru qu'il passerait sa journée enfermé dans un endroit sombre, morbide et poussiéreux alors qu'il s'agissait de tout autre chose. Il aurait pourtant du s'en douter. Le clan de Byakuya était le plus prestigieux, ces archives qui avaient tant de valeur ne pouvaient être conservées que dans un endroit sûr et protégé, où elles ne risquaient pas de s'abimer.

Le chef de clan, actuel gardien de ces trésors, sourit face à la réaction de son lieutenant. C'était amusant de le voir sans voix, les yeux écarquillés dans lesquels il voyait cette envie de courir dans tous les sens pour visiter chaque recoin de ce lieu. Mais il n'en avait pas le droit.

« Je sais que tu aimerais pouvoir visiter l'intégralité de ce lieu mais tu n'en as pas le droit, Renji. Je t'autorise juste à consulter ce qui nous intéresse. J'insiste à nouveau : n'oublies pas. Comprends-tu pourquoi je t'ai mis en garde ? »

Il se contenta d'acquiescer de la tête. Bon Dieu oui qu'il comprenait !

Byakuya avança alors et il lui emboita le pas. Ils marchèrent un bon moment, suivis par un des gardes.

« Ce que tu cherches, se trouve dans cette portion des archives. Derrière toi, il y a une table où tu pourras consulter les livres. De l'eau est à ta disposition sur ce guéridon. Si tu as soif, tu boiras là-bas. Interdiction de mener une source de dégradation près des livres. Tu saisis ?

_Oui, j'ai compris.

_Tu ne peux que consulter cette partie.

_Oui, j'ai compris.

_Je te ferai appeler pour le déjeuner. Je ne mangerai pas avec toi, j'ai d'autres projets. »

Et sur ce, il tourna les talons et laissa Renji seul avec le garde qui se posta à quelques mètres. Sans plus se soucier de lui, de toute façon il n'avait d'autre choix que d'accepter sa présence, il s'approcha de la dite section et, posant ses mains sur les hanches, soupira.

« Bon, ben, allons-y. »

Renji se mit à lire les tranches des archives dans l'espoir de trouver quelques choses qui puisse leur servir…

De son côté, Byakuya avait obtenu l'autorisation de consulter les archives de la bibliothèque centrale. Ce qui l'intéressait plus particulièrement, était les archives de kido, dans lesquelles figurait la liste des kidos interdits. Il en connaissait certains mais pas tous. Les plus dangereux avaient été consignés au Central 46. Ce kido qui existait bel et bien mais qui lui était totalement inconnu devait se trouver ici. Et s'il n'y était pas, alors… Alors il n'en avait pas la moindre idée !

Les deux hommes passèrent plusieurs heures à chercher un indice, quelque chose, en vain. Ils étaient tous les deux éreintés et, il fallait bien l'avouer, dépités. Renji, les coudes appuyés sur la table, le visage dans les mains avait l'impensable envie de casser quelque chose voire de foutre le feu à cette bibliothèque. Il avait découvert des choses insoupçonnables sur l'histoire de la Soul Society, des choses qu'il aurait préférer ignorer d'aiileurs, mais rien qui ne puisse lui servir. Incroyable ! Avec tout ce qu'il pouvait y avoir comme informations ici, il n'avait rien trouvé !

Byakuya, appuyé contre le dossier de la chaise, ferma les yeux et se massa les tempes. Les kidos interdits étaient bien plus nombreux qu'il ne l'avait imaginé et certains étaient vraiment… abominables. Il remerciait qu'ils soient consignés loin des regards. Il était surpris qu'Aizen, qui avait réussi à infiltrer ce lieu, n'ait pas cherché à se servir de certains. Mais il en remercia tous les Kamis du monde. Ils auraient sans doute perdu la guerre.

Il se leva et rangea avant de quitter les lieux. Lentement, il retournait au manoir avec l'espoir que Renji ait découvert quelque chose. Mais quand il réalisa que son amant était déjà installé dans le jardin avec un visage tellement fermé, il sut qu'il en était au même point que lui.

Le sentant arriver, Renji tourna la tête vers lui et constata les traits tirés et fermés de son amour. Il comprit de suite que ses recherches avaient été aussi infructueuses que les siennes.

Il ne leur restait plus qu'un seul espoir : Urahara Kisuke.