Titre original : The Dragon's Eye

Auteur : Late4F8

Traduction : Allys-33

Note de la traductrice: Je précise que l'auteur ne m'a pas encore donné son autorisation. Et en cas d'un éventuel désaccord, l'histoire sera évidemment supprimée. Je ne suis que la traductrice, pas l'auteur!

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The Dragon's Eye

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Chapitre 2

Sanzo suivit la route qui remontait la colline. Il abandonna le petit marché pour se retrouver sur une voie bordée de minuscules maisons. Du linge étendu sur des cordes flottait doucement dans la brise constante de la côte. Il entreprit d'approcher un villageois qui transportait du bois, cependant en l'apercevant l'homme détourna la tête et accéléra le pas jusqu'à sa maison, claquant la porte derrière lui.

Le mercenaire se renfrogna, les étrangers n'étaient donc pas la bienvenue. Il fit alors demi-tour, redescendit la colline et prit une petite intersection. La ruelle déjà étroite et bordée de petites maisons amassées les unes contres les autres ne fit que se rétrécir davantage. Il ne restait au final qu'un mince passage pouvant à peine accueillir deux personnes à la fois.

Le mercenaire jura dans sa barbe en jouant des coudes parmi les villageois pour avancer, mais lâcha un juron bien audible lorsqu'une pente ascendante les força tous l'un contre l'autre. C'est alors qu'il entendit des voix presque hystériques.

— Mettez-vous à l'abri, s'égosilla un homme et aussitôt des portes claquèrent.

— Dame Gyokumen est ici ! hurla une femme en courant vers la foule.

— Non, elle est déjà parti ! Elle nous à sauvée d'un monstre !

— Elle est là-bas, se réjouit un autre homme et soudain un attroupement fébrile se précipita dans la direction indiquée.

Sanzo se pressa à leur suite pour éviter la foule qui se massait dans le sens inverse. Ils traversèrent plusieurs petites ruelles et le blond eut le loisir d'entendre tout ce qui se disait parmi les villageois ; ceux qui se demandaient où se trouvait Gyokumen et ceux qui murmuraient à mi-voix des malédictions et des prières. La loyauté de la population envers l'enchanteresse n'était donc pas unanime.

Sanzo se demanda vaguement si Gojyo avait déjà trouvé la sorcière ou s'ils couraient actuellement dans la même direction et finiraient par se retrouver à ce qu'un homme avait appelé le Port Plaza. Cependant, une fois sur place il n'y avait aucun signe ni de son compagnon, ni de la sorcière. Les villageois déplorèrent son absence un moment, avant de se disperser.

Le mercenaire les ignora au profit d'un rapide examen des lieux. Un homme armé d'un seau aspergeait d'eau ce qui semblait être des traces de sang sur le sol. Tout juste à côté, deux hommes portaient un corps emmitouflé dans un drap.

Il sentit son estomac se torde avec horreur et se précipita devant les hommes pour leur bloquer le passage.

— Bouge de là ! cracha l'un des porteurs.

— Je suis arrivé ici avec un autre homme, déclara fermement Sanzo, montrez-moi qui se trouve sous ce drap.

Le second porteur souleva l'épais tissu pour découvrir un cadavre à la gorge tranchée.

— Vous le connaissez ? demanda-t-il.

Après un regard, Sanzo lâcha un faible soupire et secoua la tête.

— Non, mon am-

Il allait dire « mon ami », mais se repris de justesse :

— Il est très grand avec des cheveux rouges. Et c'est un idiot imprudent, ajouta-t-il dans excès d'animosité.

Les deux porteurs se dévisagèrent un court instant, puis le premier repris la parole :

— Il était là. Dame Gyokumen la transformé en un monstre aux dents aiguisées et la bannit, expliqua-t-il en secouant la tête. Tu ne le reverras probablement jamais.

— Dans ce cas, où pourrais-je trouver Gyokumen ?

Les deux hommes haussèrent négligemment les épaules.

— C'est une enchanteresse, personne ne peut la trouver. C'est elle qui décide quand se montrer.

Le mercenaire grinça des dents, mais s'écarta finalement du chemin pour laisser passer les deux porteurs et leur charge. Il prit un moment pour observer les villageois autour de lui. Certains le regardaient avec une curiosité non dissimulée et d'autres lui lançaient des coups d'œil furtifs.

— Tch !

Le temps de la discrétion était passé. Il se saisit de sa bource et en sortit quelques pièces d'or et d'argent qu'il jeta au sol.

— Je paierais généreusement toute personne pouvant me conduire à la sorcière Gyokumen, annonça-t-il à voix haute.

Tous ceux qui traversaient le Port Plaza s'arrêtèrent pour l'observer. Le mercenaire jeta une pièce d'argent, puis une pièce d'or et encore une autre. Il laissa son regard se promener sur les villageois qui chuchotaient entre eux.

Sanzo se moqua de leur lâcheté et renversa toute sa bource au sol.

— Ah ! une voix juvénile se fit entendre derrière lui et un jeune garçon se précipita à ses pieds pour rassembler les pièces.

— Avec ça je pourrais m'acheter plein de truc à manger.

Sanzo se baissa et lui saisit le poignet.

— Mais es-tu en mesure de m'aider ?

Le garçon leva vers lui de grands yeux écarquillés encadrés de cheveux bruns ébouriffés et sourit.

— Je crois, oui.

Le mercenaire prit une profonde inspiration pour tenter de maîtriser sa colère.

— Si tu peux m'aider, dis-le clairement, mais ne me fait pas perdre mon temps avec des enfantillages.

Le garçon jeta un coup d'œil par-dessus son épaule et Sanzo suivit son regard, mais ne vit rien d'important. Puis l'enfant se retourna vers lui et tenta de libérer sa main pour récupérer ses pièces.

— Je peux vous aider, assura-t-il.

Sanzo le lâcha finalement et le garçon se leva en serrant son butin cotre sa poitrine.

— Je m'appelle Goku. Dites, on pourrait aller acheter de la nourriture d'abord ? Après je vous conduirais là où il faut. C'est quoi votre nom ?

— Sanzo, répondit simplement le blond en lui offrant la bourse désormais vide. Remets-les là-dedans et tien les bien.

Le mercenaire attendit qu'il obéisse et le suivit jusqu'à une échoppe de viande où il commanda assez de nourriture pour quatre personnes. A contrecœur, Sanzo l'aida à porter ses coures et ensemble ils quittèrent le Port Plaza pour remonter la colline.

Ils s'arrêtèrent devant un grand atelier de couture. Goku y entra et fit signe au blond de le suivre. Il récupéra avec lui la nourriture qu'il l'avait aidé à porter, l'étala généreusement sur le comptoir et commença à manger goulûment.

Tandis que Goku s'empiffrait, Sanzo prit le temps d'étudier les lieux, notant les rouleaux de tissus et les bobines de fils qui tapissaient les murs. Il jeta un coup d'œil à l'escalier qui menait à l'étage plongé dans l'obscurité. En avança dans la pièce, il poussa un large rideau pour révéler un autre comptoir faisant office de plan de travail et un grand métier à tisser. Il revint vers le jeune garçon qui mangeait toujours et s'accouda à ses côtés.

— As-tu des parents ? Un employeur ? Ou un quelconque adulte responsable de toi ?

— Il doit s'agir de moi.

Sanzo se retourna en sursaut.

Un grand homme aux cheveux noirs referma la porte d'entrée aussi silencieusement qu'il l'avait ouverte. Il avait dans les mains un sac en toile qu'il posa sur le comptoir près de la nourriture de Goku. Il observa attentivement le mercenaire de la tête aux pieds, constatant ses armes et ses vêtements, puis plissa les yeux.

— Vous êtes un mercenaire, n'est-ce pas ? devina-t-il en se plaçant devant Goku.

Sanzo sentit le danger imminent. Il reconnut les actions d'un homme traqué en face du chasseur venant le capturer. Le blond conserva une posture souple et détendue.

— En effet, et vous, vous êtes prêt pour attaquer et défendre, mais je vous assure que je ne suis là ni pour vous ni pour vos actions passées, déclara Sanzo en s'éloignant légèrement pour se laisser une marge de manœuvre. Enfin, sauf si vous êtes un allié de la sorcière Gyokumen, c'est pour elle que je suis ici.

Ils restèrent un long moment à se regarder sans rien faire, puis finalement l'homme aux cheveux noirs hocha la tête.

— Je crois que je comprends. J'ai entendu dire qu'il y avait un étranger en ville qui s'était retrouvé dans les mauvaises grâces de Dame Gyikumen. J'imagine que vous êtes son compagnon, déclara l'homme en croisant les bras, mais je ne vois pas ce que vous faites dans ma boutique. Je ne suis qu'un humble tailleur et fabricant de tapis.

L'homme marqua une courte pause, avant de reprendre :

— Bien sûr, je pourrais toujours vous coudre quelque chose… poursuivit-il en laissa délibérément traîner la fin de sa phrase, un sourcil levé dans l'interrogation.

Sanzo détecta une pointe de sarcasme, mais préféra l'ignorer.

— Goku m'a laissé entendre que l'un de vous pourrez me dire où la trouver.

— Sanzo m'a donné tout ça ! déclara le jeune garçon en désignant joyeusement la nourriture.

Puis il sortit la bourse et en renversa le contenu sur le comptoir :

— Et ça aussi, à condition que l'on puisse l'aider !

— Goku, rend-lui son argent.

— Mais Hakkai, il a dit…

— Maintenant Goku, exigea le brun, puis il se tourna vers le mercenaire. Personne ne sait où réside Dame Gyokumen. Elle vient en ville environ une fois par mois pour acheter ses provisions. Elle était ici même, dans cette boutique, il y a quelques semaines…

Il s'interrompit soudain, ses yeux s'élargirent et un mince sourire se rependit sur son visage. — Et elle reviendra pour récupérer sa commande.

Sanzo sentit le soulagement le submerger il n'aurait pas a perdre de temps supplémentaire à la chercher.

— Demain ?

— Ah, non, répondit avec un sourire gêné le dénommé Hakkai. Dans un peu plus d'un moi en fait.

— Tch ! Je refuse d'attendre aussi longtemps.

Sanzo se dirigea vers la porte, mais se stoppa et lança un regard furieux vers la petite fenêtre incrusté. Les ordres du roi étaient clairs, Gojyo et lui devait capturer l'enchanteresse et la lui ramener. La présence de son compagnon n'était pas indispensable, mais il ne pouvait pas simplement accomplir sa mission et s'en aller les bras ballants sans même savoir ce qu'il était advenu de lui.

Au début le blond l'avait tout bonnement détesté, lui et son amabilité inépuisable. Mais passé quelques semaines à se quereller et se supporter mutuellement, ils s'étaient installés dans une routine presque agréable. Sanzo ne pouvait nier que les taquineries perverses du rouquin avaient été la cause de ses pensées charnelles. Il avait fini par souhaiter que Gojyo joigne la parole à l'acte, car il ne savait jamais quand l'homme était sérieux et quand il plaisantait.

Mais Gojyo lui avait finalement démontré ses intentions avec un sérieux dont Sanzo ne le savait pas capable. Son attitude décontractée avait été oublié aussi rapidement que ses vêtements. Cette première nuit les avait laissés repus et contemplatifs.

Le moment d'intimité qui avait suivi avait révélé qu'ils se cachaient tous deux derrière des masques différents d'auto-préservation. Gojyo se jouait de ses soucis tandis que Sanzo méprisait les siens.

Depuis lors, il s'était créé entre eux un équilibre fragile. Le rouquin l'exaspérait encore par moments, mais leur présence mutuelle répondait à un besoin fondamental qu'ils ne pourraient exprimer par des mots. S'il était arrivé quelque chose à Gojyo…

le sentiment oppressant de désarrois repris le dessus.

— L'homme qui était avec moi, Gojyo, croyez-vous qu'elle l'ait emmené avec elle ? demanda Sanzo. Mais le silence fut sa seule réponse et il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule.

— A ma connaissance, tous ceux qui ont été maudits sont resté en vie pour en souffrir, expliqua Hakkai avec un haussement d'épaules. Je suppose que certains doivent en être morts. Elle a l'air d'apprécier leurs tourments… Je suis désolé, je n'aurais pas dû dire ça, ajouta-t-il rapidement.

— Mieux vaux une vérité douloureuse qu'un beau mensonge.

Le mercenaire retourna près du comptoir et récupéra la bourse que Goku avait de nouveau remplie. Il en sortit quelques pièces et les posa devant lui.

— Merci pour les informations. Je vais trouver une auberge et faire quelques recherches. Si vous entendez quoique se soit…

— Tu peux rester ici, hin Hakkai ? intervint Goku en interrogeant le brun du regard, puis il se retourna et lança un grand sourire au mercenaire. Avant cet endroit était une taverne qui servait aussi d'auberge. Il y a plein de chambre à l'étage.

— Eh bien…

— L'argent n'est pas un problème, déclara Sanzo en secouant sa bourse. Mais si ça vous dérange…

Hakkai secoua la tête en souriant

— Non, pas le moins du monde. Je pense même que ça pourrait être très intéressant, concéda-t-il en faisant signe au mercenaire de le suivre dans les escaliers. Jusqu'ici, j'ai tenté d'éviter de me mêler de ce qui ne me regardait pas, car il n'en ressort généralement que de mauvaises surprises, mais je crois qu'il est de nouveau temps de mètre mes inquiétudes de côtés.

Il ouvrit l'une des nombreuses portes tapissant le couloir de l'étage et poursuivit.

— Vous pouvez utiliser cette chambre. Je demanderais à Goku de vous la nettoyer, dis t-il en se tournant vers le mercenaire. J'espère que vous retrouverez rapidement votre ami, mais dans le cas contraire, vous savez au moins que Gyokumen reviendra bientôt et alors vous aurez peut-être les réponses à vos questions.

Sanzo hocha simplement la tête. Il entra dans la pièce et posa son sac de voyage près du lit, mais il pouvait encore sentir la présence d'Hakkai sur le pas de la porte.

— Je sors, dit le blond, je rentrerais dans la soirée. Je vais faire des recherches pour la trouver. Et peut-être le retrouver lui aussi.

A SUIVRE