Chapitre 15

Le soir était tombé, apportant douceur malgré la luminosité qui s'éteignait lentement. Installés dans le patio privé de Byakuya donnant sur un jardin dans la pure tradition zen japonaise, ils étaient assis face à face devant un diner qu'ils avaient à peine touché. Ni Byakuya ni Renji ne parvenaient à briser l'atmosphère tendue par un affreux silence qui pesait lourd sur leurs épaules. L'échec de leurs recherches en était pour beaucoup mais le malaise que ressentait le capitaine n'arrangeait pas les choses. Il ne savait pas quoi dire, ne savait plus quoi dire. Il leur avait fallu un peu de temps pour parvenir à communiquer au commencement de leur relation puis les choses étaient venues naturellement au fur et à mesure qu'ils se découvraient.

Mais la communication était à présent rompue. Comment la rétablir avec toute cette colère ? Cette rancœur ? Cette douleur ?...

Byakuya soupira et Renji brisa enfin le silence. Sa voix était nette bien que ses yeux restèrent fixés sur son assiette dans laquelle il avait juste picoré.

« Je vais rentrer chez moi. Il n'y a rien que nous puissions faire de plus pour le moment. Et… »

Il se tut, ne sachant pas trop comment formuler sa pensée sans à nouveau déchainer les foudres de son compagnon.

« Et être ensemble nous fait plus de mal qu'autre chose pour le moment… »

La fin de sa phrase fut prononcée dans un souffle à peine audible. Et bien qu'il ait raison, les mots percèrent le cœur du noble qui s'humecta les lèvres avant de répondre.

« J'aimerais pouvoir te contredire mais tu as raison. Je ne sais que dire d'autre…

_ C'est qu'il n'y a rien à dire pour le moment. Vous vous êtes montré parfaitement clair dans vos sentiments. Nous ne faisons que camper sur nos positions. Nous avons besoin de… de prendre du recul… »

Le cœur de Byakuya manqua un battement, à nouveau.

« Que… que veux-tu dire, souffla t-il. » Envisageait-il de le quitter ? Après avoir pris cette décision, il allait partir ? L'air lui manqua soudainement. C'est dans un brouillard qu'il perçut la voix de Renji.

« Que nous sommes fatigués, en colère, frustrés… Et blessés de ne pas se comprendre… Nous avons besoin, je crois, d'être un peu seul. Hier j'étais terrorisé de ne pas rester avec vous. J'ai eu cette affreuse impression que vous ne m'accepteriez plus si je m'en allais comme vous me l'aviez demandé mais ce soir… J'ai besoin de m'échapper. Et vous aussi… »

Byakuya respira à nouveau. Ce n'était pas une rupture, du moins pas dans le sens strict. Ce n'était pas forcément bien mais ça aurait pu être pire.

Renji se leva alors et regarda son amour dont le visage fermé et apeuré lui fit comprendre que ses paroles n'avaient pas eu l'impact souhaité et qu'il avait encore dit une connerie.

« Je n'ai aucune intention de mettre un terme à notre histoire Byakuya. Je n'ai pas fait tout ça pour jeter l'éponge maintenant. Et bien que tu ne comprennes pas, je ne regrette rien. Bonne nuit. A demain au taicha. »

Ce tutoiement qui ne venait que dans les moments graves… Kami, qu'il aimerait l'entendre même quand tout allait bien car c'était toujours un signe de frustration ou de colère de la part de Renji…

Puis il s'avança et, se penchant, posa doucement ses lèvres sur celles du noble trop abasourdi pour y répondre car il ne s'attendait pas à ce que son amant s'exprime ainsi. Il ressentit ce baiser comme une brûlure faite d'un mélange de peine, de colère, de joie, d'incompréhension mais surtout d'amour. Renji l'aimait et lui aussi l'aimait…

Mais cela ne résolvait pas leur problème…

Hina apparut quelques instants plus tard pour desservir. Elle fronça les sourcils : Renji n'était plus là, les assiettes étaient quasi intactes et Byakuya était blanc comme un linge. Voilà qui ne présageait rien de bon.

« Byakuya-sama ? Puis-je desservir ? Renji-san va-t-il revenir ? »

Elle l'entendit prendre une inspiration.

« Non, il est rentré chez lui… »

D'accord, donc les choses n'avaient pas beaucoup évoluées…

« Je vois… Qu'ont donné vos recherches ?

_Rien… Nous en sommes au même point… Hina, je me retire pour aujourd'hui. Qu'on ne me dérange pas. J'ai besoin d'être seul.

_Bien sûr, je vais y veiller. Bonne nuit, Byakuya-sama. »

Il se leva mais n'eut pas le temps de faire un pas que sa grand-mère se posta devant lui le faisant sursauter de surprise. Elle utilisait tellement peu le shunpo qu'il en oubliait presque qu'elle en était encore capable malgré son âge.

« Oba-sama, Kami… Vous avez l'art de surprendre vos gens… »

Hina en avait presque fait tomber les assiettes.

« Tu m'as contrainte à employer les grands moyens. Tu m'évites depuis des semaines. Mais je suis là maintenant, et nous allons prendre le temps de discuter. Hina-san, merci de nous apporter le thé. Ensuite, vous pourrez disposer.

_Bien, Oya-sama. »

Hina jeta un regard entendu à Byakuya qui avait encore blanchi, si cela était possible.

« Oba-sama, j'ai eu une journée difficile, ne pouvons-nous pas remettre ce moment à demain ?

_Non, répondit-elle en s'asseyant. »

Simple, clair, précis. Et sans appel.

« Très bien. »

Byakuya reprit place sur sa chaise, le cœur battant encore et toujours à tout rompre. Il ne manquait plus que ça… Sa grand-mère était en mode inquisitrice, il le voyait bien. Elle était venue chercher des réponses à ses questions et la détermination se lisait sur son visage. Elle ne prenait même pas la peine de masquer ses intentions. Le temps de la diplomatie était fini. Il ne savait pas comment il parviendrait à se sortir de cette énième épreuve…

Hina déposa le plateau et servit le thé. Son regard désolé tenta d'envoyer au chef toute son affection et son soutien. Elle s'inclina pour les saluer et quitta la petite terrasse. Elle éprouvait beaucoup de peine mais, d'un autre côté, souhaitait qu'Oya-sama parvienne à le faire parler. La vieille dame adorait son petit-fils et avait toujours été une fidèle alliée. Elle restait persuadée qu'elle était en mesure de lui venir en aide…

« Tu ne sembles pas très en forme pour un jeune homme. Tu es pâle, fit-elle placidement en buvant une première gorgée de thé.

_Comme je vous le disais, la journée a été pénible. Je suis fatigué. J'allais d'ailleurs me retirer pour la nuit.

_Je ne prendrais pas beaucoup de ton temps. Enfin, si bien sûr tu te montres coopératif.

_Coopératif, répéta t-il en feignant la surprise.

_Byakuya, ne crois pas que je sois devenue sénile. Je sais que tu n'as pas été complètement honnête, que la bêtise de mon fils a bien arrangé tes affaires et par la même occasion les miennes qui consistent à découvrir ce que tu cherches désespérément à me cacher. Cela fait un bon mois que tu erres comme une âme en peine. Les rumeurs commencent à circuler au sein du clan. Jusqu'à notre cuisinier qui ne comprend pas pourquoi tes repas lui reviennent pratiquement entiers. Je ne vais plus tourner autour de la question : que se passe t-il ? Ou, que t'arrive t-il, devrais-je plutôt demander ? »

Byakuya s'affaissa sur lui-même et posant les coudes sur la table apposa ses doigts sur son front et ses tempes. Dieu, tout allait de mal en pis… Que devait-il faire ? Dire ? Devait-il suivre le conseil d'Hina et tout avouer à sa grand-mère ? Mais avouer quoi alors qu'il ne savait plus où ils en étaient, ce que l'avenir leur réservait ? Il ressentait tellement de culpabilité et de honte. Pas à aimer Renji mais d'être finalement à l'origine de ce désastre. Pour la première fois il entrevoyait qu'il était responsable de ce qu'avait fait son amant. Que son clan était responsable, leurs règles. Tout était de sa faute…

Oya ne pouvait que constater la tourmente dans laquelle se débattait son petit-fils. Elle ne savait toujours pas ce qu'il en était mais elle souffrait de le voir en détresse et de ne pas parvenir à une décision. Hina avait raison : il était tellement fragile en cet instant qu'elle éprouvait du remord à le pousser dans ses derniers retranchements. Mais c'était pour l'aider. Allez, encore un peu et il parlerait.

« Pourquoi refuses-tu de te marier ? Lorsque je t'ai demandé si tu avais une femme dans ta vie, tu as dit non mais j'ai l'intime conviction que tu ne disais pas vraiment la vérité tout en, paradoxalement, la disant. Parle-moi. N'ai-je pas toujours été là pour toi ? Ne t'ai-je pas toujours soutenu ? N'as-tu donc plus confiance en moi ? »

Tous ces mots prononcés brisèrent un peu plus son cœur déjà trop fissuré. C'est la voix tremblante qu'il répondit.

« Je ne suis pas sûr que vous soyez cette fois en mesure de comprendre et d'accepter. Tout aussi tolérante et compréhensive que vous soyez avec moi, il n'en reste pas moins des limites à ne pas franchir.

_Laisse-moi seule juge de ce que je puis ou non accepter. Et ni toi ni moi ne saurons si tu persistes à te taire. Il n'y a que nous deux dans ce patio. Peu importe ce que tu me diras, peu importe que je sois dans l'incapacité de comprendre et d'accepter comme tu le crains, je te fais la promesse que cette conversation ne sera pas répétée tant que les choses ne seront pas réglées. Je t'en fais le serment, sur mon honneur. »

Elle ne pouvait pas aller plus loin. Si son honneur n'avait aucune valeur aux yeux de son petit-fils, elle ne s'en remettrait pas.

Byakuya redressa la tête et posa un regard effaré sur sa grand-mère qui venait de se rabaisser à promettre sur son honneur à son petit-fils ! Son ingrat et actuellement indigne petit-fils…

« Kami-sama, Oba-sama… Je ne mérite pas une telle promesse. Je suis celui qui vous dois le respect et non l'inverse.

_Tu es mon petit-fils mais aussi le chef de cette illustre famille que je me suis engagée à servir le jour où j'ai épousé ton grand-père. Et je compte bien honorer cette promesse jusqu'à mon dernier souffle à présent qu'il est au service du Roi. Maintenant, parle ! »

A bout de force, sa résistance céda. Il ne pouvait plus luter contre elle mais il ne pouvait pas tout dire. Ses entrailles se tordirent mais sa voix s'éleva bien qu'elle fut méconnaissable tant elle était sourde et lourde.

« J'ai effectivement quelqu'un dans ma vie.

_Je le savais ! Alors pourquoi avoir nié ? Elle n'est pas noble, c'est cela ?

_En effet.

_Si ce n'est que ça…

_Non, pas uniquement, la coupa t-il.

_Alors quoi ? Elle est déjà mariée ? »

Cette dernière remarque eut l'effet de faire sortir le noble de sa torpeur tant elle était choquante.

« Oba-sama ! Comment pouvez-vous croire ne serait-ce qu'un instant que je puisse faire une telle chose ?! C'est scandaleux ! Bien sûr que non !

_Elle a honte de votre relation qui brise les règles ? Ne veut pas que ça se sache ?

_Bien au contraire. Si j'avais laissé faire, il y a longtemps que toute la soul society serait informée…

_Ah, donc c'est toi qui a exigé que votre relation demeure secrète. Pourquoi ? Est-ce toi qui a honte ? »

Byakuya ferma les yeux. Avait-il honte d'aimer Renji ? Etait-ce là le fond du problème ?... Non, il y avait longtemps qu'il savait qu'il n'avait pas honte de lui, de l'aimer mais honte de briser sa famille et les règles, encore…

« D'une certaine façon, vous avez raison, j'ai honte. Pas d'aimer mais de savoir que cet amour bafoue à nouveau les règles que j'ai pourtant jurées de ne plus briser devant le conseil, devant vous. Honte parce que ce qu'on attend de moi ne pourra pas se faire.

_Ce qu'on attend ne pourra pas se faire ?... Parles-tu de l'héritier que la famille espère ? Est-elle… Stérile ?

_Non. Mais l'amour qui nous lie si fort soit-il ne pourrait aboutir à la conception d'un enfant… »

Oya était franchement interloquée… Elle baissa les yeux toute à sa réflexion. Il brisait les règles, elle n'était pas stérile, ils s'aimaient mais ne pouvaient pas avoir d'enfant ? Qu'elle était donc cette énigme ? Qu'essayait-il de lui faire comprendre ? Qu'y avait-il entre les lignes ?...

Il ne parvenait pas à se résoudre à avouer qu'il aimait un homme… Il avait tellement peur de la déception qu'il lirait immanquablement dans ses yeux. Ou pire, le dégoût…

Amour, pas stérile, pas d'héritier… La conversation tournait en boucle dans la tête de la vieille dame. Si deux êtres s'aiment, qu'il n'y a pas de problème de stérilité alors le couple peut avoir des enfants. Qu'est-ce qui pourrait faire que deux personnes s'aimant ne puissent pas concevoir ? Un homme et une femme en bonne santé peuvent avoir des enfants !... Un instant, un homme et une femme… Une femme… Un homme…

Byakuya vit la réalisation se peindre sur le visage de sa chère grand-mère. Il lut le choc, la consternation et se força à soutenir son regard lorsqu'elle le fixa à nouveau. Les émotions se succédaient mais à son plus grand soulagement, il n'eut pas de dégoût.

Elle s'appuya contre le dossier de sa chaise et inspira fortement. Elle comprenait tout maintenant. Un certain soulagement se fondit en elle mais qui fut de courte durée car elle entrevoyait à présent clairement l'étendue du problème.

« Ah… Byakuya, je vois… Je comprends enfin… Je pense avoir compris. Tu aimes un homme, n'est-ce pas ?

_Oui, fut tout ce qu'il put dire.

_Depuis combien de temps ?

_Cinq ans.

_Cinq ans… »

Elle était abasourdie… Elle n'avait rien vu, rien remarqué, ne s'était douté de rien. Cinq années, c'était tellement long… Elle devait se reprendre. Il le fallait, pour aider son petit-fils.

« Est-il informé de ta situation actuelle ?

_Oui.

_Et comment gérez-vous ?

_Mal, vraiment très mal.

_Je peux aisément l'imaginer…

_Sumimasen…

_Ne t'excuses pas. Je suis très surprise. Je ne me doutais pas que tu avais cette… inclinaison dirais-je, n'y vois aucune incrimination, c'est juste que je ne trouve pas pour le moment d'autre mot. L'amour ne se commande pas. Ce n'est pas comme si tu avais fait exprès de tomber amoureux de lui, n'est-ce pas ?

_Non, c'est juste arrivé me surprenant moi-même car je n'ai pas cette… inclinaison. C'est juste lui… »

Contre toute attente, il se sentait mieux, libéré d'un poids. Sa grand-mère ne le jugeait pas. Elle constatait tout en réfléchissant à ce que ça impliquait.

« Je ne sais pas comment me sortir de cet imbroglio. Je savais que le jour viendrait où je serais acculé. Je pense que nous le savions tous les deux mais… C'était tellement plus facile d'ignorer cet éléphant au milieu de notre salon… La réalité nous a cruellement rattrapés… Le fait est que je ne peux renoncer à lui. Je l'aime… »

Il venait enfin de comprendre pourquoi Renji avait fait tout ça. En avouant presque tout, il admettait ne pouvoir renoncer à son amour. Il venait de faire un premier pas vers Renji même si ce dernier ne le savait pas encore.

La femme du précédent chef de clan sentait son esprit s'égarer dans le brouillard. Ses pensées avaient perdues leur cohérence et Byakuya s'en aperçut.

« Je vous ai choquée, Oba-sama, j'en suis profondément désolé.

_Cesses de t'excuser. Je mentirais si je disais que je ne suis effectivement pas choquée mais ce n'est pas le fait que tu aimes un homme. Je ne m'attendais tout simplement pas à ces révélations. J'avais imaginé des scenarii tous plus fous et improbables les uns que les autres mais ce cas de figure, non. J'étais venue à toi avec pleins de solutions dans la tête mais elles n'ont plus aucun sens. Il va me falloir un peu de temps pour rassembler mes idées et intégrer ce que nous venons d'échanger…Trouver une solution…. Dans ton cas l'adoption n'est pas une option.

_J'en ai conscience…

_Et j'imagine que si je te le proposais, tu refuserais l'échappatoire offerte à ton père ?

_Echappatoire ? Comme c'est joliment dit, ironisa t-il malgré lui. Evidemment que je refuserais ! Cet échappatoire a fini en désastre et a failli coûter très cher au clan. J'ai mis un point d'honneur à bannir à jamais cette pratique de notre famille. Personne ne subira plus jamais cela chez les Kuchiki !

_Je n'étais pas d'accord Byakuya. Ce qui s'est passé à l'époque, je n'étais pas d'accord, murmura t-elle en baissant la tête. Est-elle au courant de tes problèmes ?

_Oui. Elle est la seule au courant mis à part vous.

_Tout est bien plus compliqué à présent que je connais tes raisons mais étrangement je ressens un profond soulagement mêlé à une curiosité… Comment s'appelle t-il ? Comment l'as-tu rencontré ? Que fait-il dans la vie ? »

Byakuya sourit bien que triste. Sa grand-mère lui faisait parfois penser à Ukitake : ils aimaient tous les deux les potins, être informés de tout, tout en sachant garder pour eux les secrets qu'ils découvraient. C'était une distraction presque banale. Là où d'autres s'adonnaient à la peinture ou la lecture, eux s'adonnaient à la découverte de squelettes dans les placards. Ses réponses allaient la décevoir.

« Il s'appelle Renji.

_Renji… Il a bien un nom ?

_Je ne pense pas qu'il soit correct de ma part de vous en dire davantage sans l'avoir consulté en premier. Je ne suis pas le seul concerné. »

A ce moment, il ressentit la présence d'un réiatsu et se tourna vers l'obscurité du jardin.

Renji était presque arrivé chez lui lorsqu'il éprouva à nouveau cette peur de perdre son âme sœur. Il s'arrêta net sur le trottoir. Comme à son habitude, il céda à son impulsion et fit demi-tour. La nuit tombante lui donna un avantage supplémentaire pour se glisser dans le jardin sans bruit. Arrivé sur place, il constata que Byakuya n'était plus seul. Sa frustration remonta d'un cran. Qui était cette vieille dame ?

Le calme de l'endroit lui permettait d'entendre leur conversation malgré la distance. Il n'avait pas le droit d'espionner son amant même s'il était dévoré par la curiosité. Déçu, il allait faire volte face quand soudain, les mots prononcés par son amant lui laissèrent deviner qu'il parlait d'eux à cette femme. Il se figea et écouta.

« D'une certaine façon, vous avez raison, j'ai honte. Pas d'aimer mais de savoir que cet amour bafoue à nouveau les règles que j'ai pourtant jurées de ne plus briser devant le conseil, devant vous. Honte parce que ce qu'on attend de moi ne pourra pas se faire.

_Ce qu'on attend ne pourra pas se faire ?... Parles-tu de l'héritier que la famille espère ? Est-elle… Stérile ?

_Non. Mais l'amour qui nous lie si fort soit-il ne pourrait aboutir à la conception d'un enfant… »

Mon Dieu ! Pour la première fois (hormis Hina-san !) il s'apprêtait à parler de lui à quelqu'un ! Renji suffoqua presque lorsque la portée des mots prononcés apportèrent une clarté nouvelle à ces années de silence.

« Ah, Byakuya, je vois… Je comprends enfin… Je pense avoir compris…Tu aimes un homme, c'est cela, n'est-ce pas ?

_Oui. ».

Voilà, il venait d'avouer et au son de sa voix, cet aveu lui coûtait beaucoup. Il pouvait le comprendre.

« Je ne sais pas comment me sortir de cet imbroglio. Je savais que le jour viendrait où je serais acculé. Je pense que nous le savions tous les deux mais… C'était tellement plus facile d'ignorer cet éléphant au milieu de notre salon… La réalité nous a cruellement rattrapés… Le fait est que je ne peux renoncer à lui. Je l'aime… »

Renji eut envie de pleurer en entendant ces mots tant le soulagement se fondit en lui. Il n'avait pas perdu Byakuya malgré tout. Il parvint difficilement à garder son réiatsu sous contrôle.

« Je vous ai choquée, Oba-sama, j'en suis profondément désolé »

Ah… Sa grand-mère ! Byakuya lui parlait souvent d'elle. Il avait beaucoup d'affection et de respect pour elle. Il lui avait un jour confié qu'elle était sa plus grande alliée.

La conversation se poursuivait sans que les mots ne l'atteignent vraiment bien qu'il nota la partie concernant Hina-san et le père de Byakuya. Il semblerait que son capitaine ne lui ait pas raconté un épisode compliqué. Il se promit d'y revenir le moment venu.

« Tout est bien plus compliqué à présent que je connais tes raisons mais étrangement je ressens un profond soulagement mêlé à une curiosité… Comment s'appelle t-il ? Comment l'as-tu rencontré ? Que fait-il dans la vie ?

« Il s'appelle Renji.

_Renji… Il a bien un nom ?

_Je ne pense pas qu'il soit correct de ma part de vous en dire davantage sans l'avoir consulté en premier. Je ne suis pas le seul concerné. »

Oui, c'était vrai mais s'il avait finalement décidé de s'ouvrir à sa grand-mère, ça ne pouvait qu'apporter du bon, non ? D'ailleurs, n'était-elle pas venue le voir avec plein de solutions dans sa tête ? Il se sentait très ému mais aussi embarrassé que cette dame soit désormais informée mais… Il inspira et relâcha légèrement son énergie spirituelle pour faire comprendre à son amant qu'il était présent et disposé à venir s'il l'y invitait….

« Qu'y a-t-il, Byakuya, demanda sa grand-mère, soudainement en alerte en se tournant à son tour vers la pénombre du jardin qu'observait son petit-fils. Les avait-on espionnés ? »

Byakuya fut surpris de ne pas avoir senti sa présence plus tôt : Il était vraiment devenu excellent à contenir son énergie.

« Je pense que votre curiosité va être en fin de compte satisfaite… Approche Renji, joins-toi à nous. »

La matriarche eut un murmure de surprise.

Au début, elle ne distingua rien de plus que l'encre de la nuit désormais tombée puis une haute silhouette commença à se découper de l'obscurité au fur et à mesure qu'elle s'approchait de la clarté du patio. Les couleurs se formèrent en premier montrant l'uniforme des shinigamis puis du rouge se fondit sur le noir et les traits du visage se matérialisèrent dévoilant enfin à son regard cet amant si longtemps caché.

Oya remarqua de suite le zanpakuto et retint son souffle lorsque Renji fut enfin totalement dans la lumière feutrée de la terrasse. Ses années de maîtrise de soi lui permirent de ne pas montrer son étonnement pourtant, elle fut d'emblée charmée par ce qu'elle voyait.

Quel beau jeune homme… Il n'a certes pas un physique banal mais ses cheveux rouges, ses yeux bruns qu'ils en paraissent presque carmin… Et que vois-je ? Des tatouages sur son front… Il fallait oser mais cela lui sied vraiment à ravir. Il est grand, plus grand que Byakuya… Il a un charme fou… Il dégage un réel charisme. S'en est presque étouffant…

Renji s'arrêta à trois ou quatre pas de la table et bien que très intimidé par cette femme si importante pour Byakuya, c'est sans hésitation qu'il plongea ses yeux dans les siens, soutenant son regard sans ciller. Sa voix rompit le silence….