Titre original : The Dragon's Eye

Auteur : Late4F8

Traduction : Allys-33

Note de la traductrice: Je précise que l'auteur ne m'a pas encore donné son autorisation. Et en cas d'un éventuel désaccord, l'histoire sera évidemment supprimée. Je ne suis que la traductrice, pas l'auteur!

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The Dragon's Eye

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Chapitre 3

Quand la douleur et la fatigue surnaturelle s'estompèrent pour laisser Gojyo reprendre ses forces, il faisait jour. En regardant l'horizon grisâtre autour de lui, à des kilomètres et des kilomètres de distance, il pensait pouvoir distinguer les formes brumeuses de la civilisation.

Soudain une vague de colère monta en lui, il saisit une poignée de sables mouillés et la jeta violemment en direction du continent lointain.

— Salle pute !

Les mots lui écorchèrent la gorge et il avala un cri de douleur.

— Saleté de sorcière à la con, murmura-t-il finalement.

Il se leva, marcha jusqu'à l'orée d'une petite forêt et s'y reposa un moment.

En tant qu'ancien ouvrier et actuel mercenaire, Gojyo connaissait les bases de la survie en extérieur. Loin d'être son passe-temps favoris, il était tout de même heureux de ces connaissances. Sa dague et son sac en cuir ne lui avaient pas été arrachés il avait donc sur lui de quoi aiguiser son couteau, une corde ornée d'un croché, une pommade pour les blessures légères, un sachet de silex et une flasque. Il lui restait également un morceau de pain et quelques tranches de viande séchées qui ne feraient pas long feu.

Gojyo avala rapidement des tranches de son maigre repas et se leva pour rassembler du bois et autant de lianes qu'il put trouver. Il tenta de fabriquer un radeau, mais les plantes étaient trop faibles et cassaient lorsqu'il les tordait ou les tressait. Au final le radeau se décomposa.

Aucunement découragé, le roux poussa quelques morceaux de bois dans l'eau pour déterminer lequel flottait le mieux. Il y allongea le haut de son corps et entama son voyage vers le continent. Il nagea tranquillement pendant quelques minutes, quand soudain quelque chose heurta sa hanche et glissa le long de sa jambe avant de disparaître temporairement.

— Bordel, qu'est-ce que c'était ?

Il cessa de nager et remonta le plus possible ses jambes contre sa poitrine. Mais brusquement sa planche se souleva d'un côté et il aperçut des écailles grises et brillantes onduler sous la surface.

— Merde !

Il tenta vainement de grimper sur la planche, qui ne fit que rouler inutilement dans l'eau.

De grosses écailles scintillèrent à quelques mètres, pourtant ce fut juste devant lui qu'une énorme gueule pleine de dents acérées émergea de l'eau. Gojyo jura. Il poussa la planche en bois vers la créature et se précipita vers le rivage.

Des oiseaux de mer prirent la fuite quand l'homme se jeta sur le sable. Il jeta un coup d'œil derrière lui, mais n'aperçut que des fragments de bois flotter doucement sur l'eau désormais tranquille.

— Un putain de serpent de Mer ! cracha-t-il en donnant un coup de pied rageur dans le sable.

Enervé et frustré, il fit les cent pas pour tenter de se calmer. Après un moment, il s'arrêta enfin et observa de long en large l'étendue déserte qui était à présent son île.

— Tch, ok. Voici donc ma nouvelle maison, dit-il d'un ton résigné en donnant encore un coup de pied dans le sable. Il fit un geste grossier de la main vers la mer, puis entreprit de remonter la plage.

Faire le tour de l'île lui prit environ une demi-journée, sans compter l'escalade d'une importante partie rocheuse. C'est à cet endroit qu'il fit la rencontre d'un petit dragon blanc. Il pensa tout d'abord avoir trouvé un oiseau difforme, et encore il doutait quelque peu de cette théorie. Le corps de la créature était trop long, ses ailes étaient repliées et noircies. Mais quand Gojyo tenta de le toucher, l'animal tourna la tête vers lui pour le fixer de ses petits yeux rouges et, la mâchoire séré dans une menace évidente, il découvrit de petites dents aussi pointues que des aiguilles.

— Wow ! s'écria le roux en s'éloignant brusquement de quelques pas.

L'animal poussa sur ses petites pattes pour tenter d'avancer vers lui. Lorsqu'il ouvrit légèrement ses ailles noircies, Gojyo put apercevoir un corps maigre, signe d'une malnutrition prolongée.

Le mercenaire le regarda remuer et battre des ailles un moment et considéra l'idée de l'abandonner à son sort. Cependant bien que l'animal semblait à moitié mort, ses yeux brillaient de vie. De plus s'il s'agissait bien d'un dragon – Gojyo n'en avait jamais vu, mais la créature ressemblait à ce que décrivaient les comptes et légendes – il devrait être doté d'intelligence.

— Et plus grand aussi, pensa-t-il à haute voix. Ok, heu… Si tu es vraiment un dragon, tu es surement l'un des plus petits qui soient. Et j'ai entendu dire que ton espèce était capable d'intelligente, alors prouve-moi que c'est vrai, j'essaie juste de t'aider…

Le dragon resta immobile, le regard vif et tranchant.

— Bien, c'est bien. Je vais juste te soulever et te ramener chez, heu… sur ma plage, dit-il calmement en s'approchant lentement, très lentement.

Il glissa prudemment ses doigts sous le ventre doux couvert d'écailles et de fourrure, puis posa son autre main sur son dos.

L'animal tourna la tête vers lui et Gojyo se stoppa.

— Ok, le dragon. On va juste aller… AH ! Merde !

Il secoua furieusement sa main, mais les dents du dragon restèrent profondément enfoncées dans sa chaire. Gojyo se sentit tomber et crut apercevoir un éclair avant que l'animal ne se décide enfin à le lâcher.

Le mercenaire saisit son doigt blessé en appliquant une légère pression sur la blessure d'où s'écoulait un filet de sang.

— Espèce de petit bâtard ! Ça fait mal ! grogna-t-il en fusillant le dragon des yeux. Ouais je vois. Il y a eu une tempête et tu as atterri ici. Mais je te préviens, tu as intérêt à apprendre à parler parce qu'il est absolument hors de question que tu refasses un truc comme ça, menaça-t-il en se relevant. Je devrais te laisser ici.

Le roux s'éloigna en tapant du pied et en suçant son doigt encore saignant. Il recracha le sang et jeta un coup d'œil au petit dragon qui le regardait pathétiquement.

— Tch. Je suis débile, murmura Gojyo.

Il retira sa chemise et la plaça sur le sol près du dragon :

— Aller, viens là-dessus et je te porterais.

Une fois que le petit animal ait obéi, il saisit les deux extrémités du vêtement pour le soulever comme sur un hamac.

C'était ainsi qu'ils finirent de faire le tour de l'île. La forêt était un parfait mélange de conifères bordé de bambou et de palmiers. Gojyo trouva un grand arbre aux fruits inconnus et avec prudence en gouta un pour s'assurer de sa comestibilité. Cependant, il fut incapable de trouver une source d'eau potable. Il y avait bien de quoi boire dans les creux des arbres et des racines, mais surement pas assez pour survivre.

Le mercenaire retourna là où il avait échoué et posa le petit animal aux abords de la forêt. Il but de petite gorgée d'eau de sa flasque et en versa un peu dans le bouchon pour le dragon. Puis Gojyo retourna au grand arbre pour se remplit les poches de fruits en espérant silencieusement qu'ils tiendraient avec le peu d'eau qu'ils avaient. Outre les fruits, la seule autre nourriture possible serait les poissons et les crabes qu'il réussirait à attraper. Il pourrait se servir des tout petits comme appât pour en pêcher des plus gros.

Mais avant tout, il lui fallait un abri. A l'aide d'un gros coquillage pour creuser le sol, de son couteau et de sa force phtisique, il enfonça des tiges de bambou et des branches de pin dans le sol.

Le processus prit plusieurs jours.

Le dragon l'observait et le roux partagea avec lui son eau et sa nourriture. Il expliqua à son compagnon d'infortune comment il avait atterri sur l'île et sa mésaventure avec le serpent de mer. Il lui raconta également qu'il avait déjà rencontré d'autres créatures fantastiques, mais jamais de dragons. Puis il se plaignit :

— Pourquoi fallait-il que tu ne sois qu'un tout petit dragon ? Pourquoi ne pouvais-tu pas être assez grand pour me porter sur ton dos et t'envoler loin de cette île ?

Le dragon renifla.

— Ou au moins un gros dragon pour que nous puissions flotter jusqu'au continent.

Le petit animal fit un bruit désagréable et mordilla l'une de ses ailes noircies.

— C'est vrai, accorda Gojyo d'un signe de la main, il y a le serpent de mer, mais vas-y je t'en prie, si tu as une meilleure idée je t'écoute.

Le dragon se leva, baissa son long cou et avec l'ongle d'une de ses pattes retira l'un de ses yeux. Puis il offrit au mercenaire la petite perle aussi polie que du marbre.

— Hey ! Non ! s'écria Gojyo en saisissant le dragon avec hésitation. Merde ! Comment as-tu fait un truc pareil ?!

Estomaqué, il regarda l'animal puis la cavité vide de son œil. L'orifice était rose pâle et il n'y avait pas la moindre trace d'une quelconque blessure.

— Reprends-le, que veux-tu que je fasse de cet œil ?

Le soleil se refléta sur la petite perle, la faisant scintiller.

— OK, ça brille, mais…

Gojyo hésita de nouveau, puis examina l'œil. Il ressemblait réellement à une bille en marbre. Le mercenaire le leva jusqu'à ses yeux pour regarder à travers. Il y vit le ciel, l'océan et même le petit dragon. Mise à part qu'il ne s'agissait clairement pas d'un œil ordinaire, il ne semblait pas y avoir quoi que ce soit de magique.

Gojyo soupira.

— Oui, je t'ai demandé si tu avais une idée, mais je ne vois pas en quoi ça pourrait nous aider. Tiens, remets-le en place.

Le dragon gesticula, comme dans un haussement d'épaules et pencha son long cou vers lui.

Gojyo repoussa maladroitement l'œil brillant dans son orbite.

Le temps passait. Le petit dragon gazouillait occasionnellement, criant ou grognant, mais ne faisait aucune autre tentative de communication. Bien qu'un jour l'animal ait réussi à lui faire comprendre qu'il préfèrerait avoir un plus gros poisson au lieu du fretin que le roux lui proposait.

— Tu veux un gros poisson ? On mange la même chose je te signale ! Si tu en veux un plus gros, tu n'as qu'à aller le chercher toi-même ! s'était exclamé Gojyo.

Il aurait juré que le dragon lui avait lancé un regard noir et il s'était remémoré ceux de Sanzo. Il avait senti une pointe de détresse monter en lui et s'était empressé de la chasser.

Quand l'abri fut terminé, il avait un toit sur la tête, quatre murs autour de lui et un espace réservé à une porte, même s'il n'en possédait pas. Il avait également assez d'espace pour conserver les objets qu'il avait trouvés ou fabriqués au fil du temps. La crique juste à coté de sa nouvelle maison avait tendance à attraper tout ce que la marée apportait. En deux semaines, il avait récupéré un bol, une bouteille en verre et une cruche qu'il pensait utiliser pour recueillir de l'eau potable, ce qui s'avéra heureusement inutile. Il fut plus que ravit de constater que la pluie tombait assez régulièrement.

La troisième semaine, il trouva une couverture boueuse flottant dans la crique. Une fois séché et débarrassé des mollusques qui s'y étaient accrochés, elle s'avéra être très confortable. Il remarqua que le dragon semblait également beaucoup l'apprécier, puisqu'il la lui piquait la nuit et dormait dessus la journée lorsque le roux allait pêcher ou scruter l'horizon à la recherche d'une quelconque aide.

La quatrième semaine, la marée apporta un corps nu dont l'état de décomposition avancée rendait l'identification impossible.

Gojyo le regarda flotter sur l'eau et s'échouer sur le sable. Après un moment à observer le cadavre, à se demander d'où il pouvait bien provenir, il fut frappé par la réalisation que Sanzo aurait pu connaitre un sort encore pire que le sien. Cette pensée lui noua l'estomac.

Pendant les semaines qui suivirent, il passa beaucoup plus de temps à fixer l'horizon, à chercher un moyen de quitter cette île, à penser à Gyokumen et surtout à Sanzo.

Il savait que son compagnon blond était toujours en vie, probablement encore à la poursuite de l'enchanteresse. Il y avait une petite partie de lui qui espérait que Sanzo le chercherait après avoir rempli sa mission. A part lui, personne ne le ferait. Il avait été vendu lorsqu'il était enfant et éloigné d'une famille dont il ne se souvenait pas. Il ne se rappelait que de ses maîtres et aucun d'eux n'avait jamais été considéré comme un ami et encore moins un membre de sa famille. Alors il s'était évadé d'une vie de servitude pour devenir mercenaire. Mais en dépit de toutes les personnes qu'il avait rencontrées, ce mode de vie et se travail n'était pas vraiment propice à l'amitié.

Il avait passé plus de temps avec Sanzo qu'avec n'importe qui d'autre. Même si l'attachement qu'il ressentait à son égard faisait encore l'objet d'interrogations interne, mais s'il était sûr d'une chose, c'est qu'il l'aimait sincèrement. Certes, le blond était associable et brusque, mais plus ils voyageaient et moins ses défauts lui apparaissaient. Sanzo était digne de confiance, honnête et intelligent. Et Gojyo commençait vraiment à croire qu'il y avait un cœur sous cette attitude faussement nonchalante.

Il savait que Sanzo était assez intelligent pour déjouer la sorcière, mais personne n'était à l'abri d'un malheur ni un roi dont la reine était changée en pierre, ni un chasseur qui s'était fait avoir par sa proie.

Puis un moi s'était écoulé. La découverte du cadavre avait noirci toutes ses pensées et anéantis toutes ses illusions de sauvetage immédiat ou même la perspective que Sanzo était à sa recherche personne d'autre n'aurait seulement remarqué sa disparition. De plus, même si par chance un pécheur venait à la trouver, rien ne prouvait qu'il serait prêt à l'aider. Il n'avait aperçu qu'un bref reflet de son visage lors d'une marée basse, mais les oreilles pointues, les dents aiguisées et ce qui ressemblait à deux bosses sur sa tête, qu'il craignait être des cornes, auraient fait hésiter le plus courageux des hommes.

Une fois encore, il observa le cadavre tristement couché sur le sable.

— J'espère que tu manques à quelqu'un, murmura-t-il.

Gojyo se leva pour partir, mais se stoppa. Après un moment d'hésitation, il retourna sur ses pas et souleva le cadavre. Il fut pris de nausée lorsque le corps gorgé d'eau se déchira et tenta de faire abstraction de l'épouvantable odeur qui s'en dégagea.

— Je ne suis pas un homme de foie, mais je vais essayer de faire ça correctement.

Il enterra le corps de l'autre côté de l'île, puis alla se nettoyer dans la mer jusqu'à s'en rougir la peau. Ensuite il retourna dans son abri, nu et mouillé. Il posa ses vêtements trempé au sol et s'installa dessus pour un autre diner de poissons et de fruits. Le petit dragon se traina avec sa couverture pour se rouler à ses côtés et ensemble ils observèrent les vagues aller et venir inlassablement sur le sable.

A SUIVRE