Bonjour à tous. J'ai mis un peu de temps à écrire ce nouveau chapitre car il n'avait pas à mon sens la bonne longueur. Il est plus court que les précédents mais, après plusieurs tentatives, j'ai abandonné car, finalement, il est très bien comme cela. Rallonger les choses n'auraient rien apporté et aurait peut-être même alourdi la progression de l'intrigue.
Alors n'hésitez pas à me laisser vos impressions.
Bonne lecture.
Chapitre 17
Le silence devint si dense qu'il en était palpable. Il leur suffirait de tendre un peu la main pour le sentir contre la peau de leurs doigts.
Renji avait rebaissé la tête, ses longs cheveux rouges masquant son visage. Byakuya avait toujours le visage caché dans ses paumes et Oya s'était finalement laissée glisser contre le dossier de sa chaise, ses avants bras reposant désormais sur ses cuisses. Son souffle était revenu à la normale et son cerveau luttait pour compartimenter ses sentiments et assimiler les paroles du jeune homme.
Il avait trouvé un moyen pour devenir une femme… Une femme… Pour pouvoir donner un enfant à son petit-fils… Parce qu'il s'agissait bien de cela. Pour ne pas perdre l'homme qu'il aimait, il… Comment s'y était-il pris restait encore un mystère mais elle comprenait mieux pourquoi il avait l'impression que ses raisons étaient aussi mauvaises que celle de la famille… Mais il avait tort elle rejoignait Byakuya sur cette pensée : l'amour était sa motivation, la plupart des membres du conseil se moquaient bien de rendre malheureux leur chef tant qu'il répondait à ses obligations.
Oui, mais maintenant ?... Elle avait des dizaines de questions à poser mais un regard vers ses deux compagnons lui fit comprendre qu'ils avaient atteint leur limite. Et elle aussi dut-elle admettre. En peu de temps elle venait d'apprendre que son cher et bien aimé petit-fils entretenait une relation homosexuelle depuis cinq ans et que son amant avait trouvé un moyen de devenir une femme pour porter un enfant… Ca faisait un petit peu trop pour son vieil âge.
« Je pense que je vais me retirer. Nous venons d'avoir une conversation éprouvante et riche en… en…. Je ne trouve pas le bon mot… J'ai besoin de remettre de l'ordre dans mes pensées même si je vais sans doute avoir besoin d'entendre les détails pour bien comprendre tout ce qui vient d'être dit. Vous aviez raison Renji-san, j'étais très loin d'envisager entendre une telle chose.
_Je n'ose imaginer ce que vous devez penser de moi, Madame…
_Soyez rassuré mon jeune ami, je n'ai aucun ressentiment quelconque envers vous. Mais je suis choquée, je ne vais pas le nier. Je ne suis pas choquée de manière négative, c'est simplement que je ne sais pas comment réagir. »
C'est le moment que choisit le noble pour intervenir. Il dévoila un visage marqué par le désarroi.
« Je suis profondément navré, Oba-sama. Partager nos problèmes risquent de vos causer du tort. Vous êtes dans la confidence d'un lourd secret.
_Byakuya, je suis honorée de partager tes tourments. C'est moi qui suis venue chercher des réponses. Je les ai eues et je ne regrette pas car maintenant je comprends enfin beaucoup de choses. Et tu as tort, ce n'est pas le plus lord secret que j'ai sur le cœur. »
Byakuya acquiesça oui, il savait de quoi sa grand-mère parlait. Et Renji qui écoutait passivement mourait d'envie de demander de quoi il s'agissait…
« Laissez-moi vous raccompagner à vos appartement. Je ne serais pas rassuré de vous laisser partir seule après ces révélations. Attend-moi Renji. »
La tatoué donna son assentiment d'un léger mouvement du menton et s'humecta les lèvres pour pouvoir parler.
« J'espère que vous trouverez le sommeil, Madame.
_Vous de même, Renji-san, vous de même… »
Aucun mot ne fut échangé entre Byakuya et sa grand-mère. Il se contenta de la raccompagner et de lui souhaiter une bonne nuit. Oya ne chercha pas à engager la conversation : trop de choses avaient été dites et découvertes ce soir et elle avait trop d'interrogations et même, devait-elle se l'avouer à elle-même, d'effroi dans la tête.
Elle s'installa lentement dans son fauteuil, ferma les yeux et soupira. Que pouvait-elle faire pour venir en aide à son petit-fils ? Elle le savait, il lui manquait encore des éléments pour correctement appréhender la situation mais elle ne pouvait s'empêcher de commencer à réfléchir à une issue qu'elle voulait favorable.
Perdue dans ses, pour le moment, sombres pensées, elle perçut un bruit : elle réalisa que l'on frappait à sa porte. Qui cela pouvait-il bien être à cette heure ?
« Qui a l'audace de venir à cette heure ?
_Pardonnez-moi, Oya-sama, je ne pouvais pas attendre. »
Hina… Elle aurait dû s'en douter. Finalement, c'était très bien qu'elle soit venue, peut-être aurait-elle des précisions à lui donner ?
« Entrez. »
Levant les yeux sur son invitée surprise, la vieille dame remarqua de suite l'angoisse qui l'habitait.
« Oya-sama, pardonnez-moi mais l'angoisse me serre le ventre… Etes-vous parvenue à faire parler Byakuya ?
_Asseyez-vous. »
Hina s'exécuta, posa les mains sur ses genoux et attendit.
« Oui, je suis parvenue à obtenir des réponses.
_Et que vous a-t-il dit, exactement ?
_Et bien, tout, dans les grandes lignes. »
La gouvernante ouvrit de grands yeux. Tout ? Comment cela tout ? La matriarche disait-elle vrai ou prêchait-elle le faux pour avoir le vrai ? Elle était rusée et futée. Aussi, elle répéta les mots
« Tout ? »
Ne sachant pas si des oreilles mal intentionnées n'épiaient pas cette conversation, Oya choisit la prudence et décida de ne pas chercher à en savoir plus pour le moment. Elle devait faire comprendre à la femme qu'elle savait elle convoquerait Hina dans un lieu protégé demain pour pouvoir discuter sans crainte.
« J'ai passé un moment des plus incroyable en compagnie de mon petit-fils que je ne vois seul que trop rarement. Mais nous ne sommes pas restés seuls très longtemps. J'ai fait ce soir la connaissance d'un charmant jeune homme, le fukataicho de Byakuya, Abarai Renji, insista t-elle légèrement en plongeant son regard vert dans ceux gris de la gouvernante. La conversation nous a amenés à son séjour récent dans le monde humain. Il était allé vérifier une information capitale pour l'avenir. Ce fukutaicho est très dévoué à sa cause. »
Hina perdit son souffle le temps d'une fraction de seconde et ouvrit de grands yeux. Elle savait vraiment ! Byakuya lui avait réellement parlé et elle avait même fait la connaissance de Renji ? Mais comment ? Il était parti avant même qu'elle ne défasse la table… Et pourquoi parlait-elle par sous-entendus. Elle comprit : elle craignait qu'elles ne soient espionnées. Et c'était bien envisageable de leur part !
Elle se montrerait donc prudente dans ses mots mais ce qui lui importait vraiment pour le moment était qu'il le lui avait dit ! Les demi-mots de l'ancienne première dame du clan étaient clairs. Surtout la dernière phrase montrant la dévotion de Renji pour son amant. Elle n'était plus la seule à porter le fardeau de ce secret. Peut-être pouvait-elle se permettre d'espérer que cette femme influente puisse leur venir en aide. Elle inspira discrètement pour se redonner contenance et maitriser les battements de son cœur.
« Vous avez donc croisé Renji-san ? Je suis amenée à le voir fréquemment : il vient régulièrement pour les affaires de la division mais aussi pour rendre visite à Rukia. Et je suis soulagée. Il semblerait que Byakuya vous ait confié ses tracas actuels. Je n'ai cessé de lui dire qu'il se sentirait mieux à venir vous entretenir. Je n'étais pas en mesure de lui apporter beaucoup d'aide mis à part une oreille attentive et des conseils. Et je ne vous apprendrais rien en vous rappelant à quel point il peut être réfractaire aux conseils.
_Oh oui, je ne le sais que trop bien, sourti-elle. Mais la situation est complexe. Il n'est pas dans une position confortable ces derniers temps.
_Non et il accumule beaucoup de stress et d'angoisse même s'il ne le dit pas et ne le laisse voir. Je ne vais pas vous importuner plus longtemps. Je vous remercie Oya-sama.
_Vous n'avez aucune raison de me remercier. Ce serait plutôt à moi de vous remercier de votre présence et de votre soutien, sans vous je suis persuadée qu'il aurait sombré depuis longtemps : la vie ne l'a pas épargné. Moi, je fais juste ce que j'ai à faire pour le soutenir.
_Oya-sama, nous faisons finalement la même chose mais de manière différente : veiller sur lui. Byakuya nous est précieux, à toutes les deux.
_Il compte aussi beaucoup pour la famille et le clan.
_Pardonnez ma franchise mais la famille et le clan ne sont pas mes priorités. Il m'arrive de douter de leurs intentions. S'ils prenaient à cœur le bien être de leur chef, il ne forcerait pas ainsi les choses sur lui. Je vous souhaite une bonne nuit. »
Hina s'inclina respectueusement et quitta les appartements de la vieille femme la laissant à ses réflexions. Il lui arrivait de partager l'opinion d'Hina…
Renji ne sut dire combien de temps s'absenta son amant, trop absorbé par ses sombres pensées et trop épuisé pour s'inquiéter de son manque d'orientation temporelle. Ce qui venait de se passer lui semblait irréel. Le cercle des personnes informées s'était agrandit en à peine un mois passant d'une personne dans la confidence à trois. Peut-être même quatre : il savait que le capitaine de la treizième division avait peu de secret pour son homologue de la huitième…
Et maintenant ? Ils s'étaient tout de même disputés devant la grand-mère, il avait eu des mots impitoyables envers leur famille. Et surtout, il avait pris conscience qu'il ne valait pas mieux que ces vieux (ou pas ) schnocks qui voulaient un héritier. Il se souvenait du jour où il s'était imaginé enceinte et en avait eu une sueur plus que froide. Et pourtant, c'était bien ce qu'il était décidé à faire… Devait-il vraiment aller au bout de son projet ?... Il ne savait plus…
Une main se posa alors sur son épaule, le faisant tressaillir. Il n'avait pas senti Byakuya revenir. Et il ne savait pas non plus s'il devait parler, rester, partir, aller se coucher dans le lit du brun, s'excuser ? Il se sentait si fatigué, si désorienté…
Mais le chef noble prit la décision pour lui.
« Renji, il s'est passé beaucoup de choses ce soir. Je suis moi-même très las et fatigué mais certaines choses ont été mises en évidence et il faut que cela cesse. Rentrons. »
Le cœur du fukutaicho cessa de battre. Ca y était : son amant allait rompre. Il n'avait pas su se contenir et était allé trop loin dans ses reproches : c'était la fin. Ses mains se mirent à trembler, il emboita le pas à son amant qui s'installa sur un coussin et l'imita. Et sa voix se brisa.
« Byakuya, je suis désolé, je…
_Ne t'excuses pas, lui coupa t-il la parole. S'il y a quelqu'un dans cette pièce qui doive s'excuser, c'est moi. »
Renji ouvrit la bouche de saisissement. Avait-il bien entendu ? Byakuya s'excusait ? Mais de quoi ?
Ce dernier lisait bien l'incompréhension et le choc dans les yeux bruns. Il n'aimait pas être pris en faute et devoir s'excuser mais après avoir compris sa responsabilité, il devait se montrer humble et avouer être la cause de tous leurs problèmes. Byakuya était lucide avec lui-même : il n'était pas parfait, il avait des défauts comme tout le monde, la différence résidant dans le fait qu'il était passé maître dans l'art des les cacher. Mais il n'était pas un lâche, il devait avouer ses fautes.
La posture droite, pratiquement raide et le regard résolu de Byakuya fit comprendre à Renji qu'il devait se taire et écouter ce que son amant avait à dire. Son cœur battait à tout rompre : qu'est-ce qui pouvait bien se passer dans la tête de son capitaine ? La voix grave, nette et sans hésitation s'éleva.
« Renji, depuis ton retour je n'ai eu de cesse de m'interroger sur les derniers évènements, sur ta décision, sur les raisons qui t'ont poussé à cette solution radicale sans m'en parler au préalable. Je connais ton impulsivité et j'aurais pu m'arrêter à cette donnée. J'étais d'ailleurs tellement en colère que je n'ai pas tout de suite chercher à pousser mes réflexions. C'était plus facile de te blâmer de tout que d'affronter cette rage en moi. Porter le blâme sur les autres… Une chose que je n'avais jamais faite avant. Mais je suis entouré de personnes qui ne craignent pas de me dire les choses même si elles ne me plaisent pas. Hina en fait partie, ma grand-mère et toi aussi. Je ne sais pas ce que tu as entendu de notre conversation mais elle m'a fait réaliser une chose importante que j'avais jusqu'alors refusé de voir : nous sommes les fautifs, nous t'avons poussé à prendre une décision trop hâtive. »
Byakuya se tut et s'humecta les lèvres devenues trop sèches de parler. Renji ne comprenait pas. Nous ? De qui parlait-il ? Il allait poser la question quand son amant reprit ce qui ressemblait bien à une prise de conscience.
« Tu es impulsif mais je sais aussi que tu es fier de ce que tu es, de qui tu es. Penser que tu as souhaité devenir quelqu'un d'autre ne te ressemble pas. Toutes ces années passées à mes côtés, dans le silence absolu de notre relation qui devait être cachée, côtoyer les règles strictes de la noblesse t'a fait évoluer dans uns sphère d'insécurité et de doutes. Si tu ne m'avais pas rencontré, si nous n'avions pas été amenés à nous aimer, tout cela ne serait jamais arrivé. Tu n'aurais jamais eu l'idée de renoncer à ta véritable nature sans mon entrée dans ta vie, sans les affaires de mon clan toujours omniprésentes dans notre vie. Tu en es même arrivé à croire que tu ne valais pas mieux que nous. Que tes raisons étaient les mêmes. Comment peux-tu ne serait-ce qu'un seul instant concevoir que tes motivations soient égoïstes ? Tu as pris ta décision en pensant à notre avenir, parce que tu savais que nous serions tous les deux misérables si je devais te quitter et me marier par obligation. Ce qui te motive Renji, c'est l'amour. Ce qui motive ma famille n'a pas grand chose en commun avec ce sentiment. C'est pourquoi je dois m'excuser. Maintenant que la colère est passée, j'y vois plus clair. Je te demande pardon, mon amour… »
Les larmes montèrent aux yeux de Renji sans qu'il ne puisse rien faire pour les arrêter. Une bonne partie de son fardeau venait de tomber de ses épaules. Parce que l'homme de sa vie venait de le pardonner. Les derniers jours avaient été terribles pour ses nerfs. Certes tout n'était pas résolu mais au moins, il n'y aurait plus de barrière. La communication serait rétablie et ils pourraient s'occuper de ses soucis de transformations sexuées plus sereinement. Et penser à la suite des évènements sans se bouffer le nez. Et surtout, ses derniers mots, c'était tellement rare de l'entendre prononcer des tendresses. Mon amour… Mais une chose dérangeait Renji dans ce discours. Il prit sur lui pour stopper ses sanglots.
« Byakuya, c'est vrai que je n'aurais sans doute jamais fait ce que j'ai fait sans cette épée de Damoclès au dessus de nos têtes mais je ne veux pas que tu t'imagines que c'est entièrement de ta faute. Je suis impulsif, c'est vrai, mais mon périple à travers la Chine a duré un mois j'ai eu plus que le temps nécessaire pour réfléchir à ce que j'étais en train de faire. Ca ne m'a pas empêché d'aller jusqu'au bout. Je suis tout aussi fautif que toi. »
Ce tutoiement… Comme il réchauffait le cœur de Byakuya.
Renji se leva pour se rapprocher de son amant. Il prit ses mains dans les siennes et regarda un moment leurs mains jointes, si différentes mais si semblables, des mains qui s'aimaient.
« Je t'aime Byakuya. Je ne veux plus qu'on se dispute. Je ne veux pas être séparé de toi, je veux être avec toi, pour toujours. J'ai toujours su que j'étais capable d'aller loin pour nous. Mais je suis moi-même étonnée d'avoir été si loin. »
Byakuya prit alors Renji dans ses bras. Il soupira d'aise. Cela faisait si longtemps lui semblait-il qu'ils n'avaient pas partagé une étreinte aimante. Ils avaient encore des choses à régler mais son ressentiment n'obscurcissant plus sa raison et son cœur, la situation ne pouvait que s'arranger. Il ne pouvait en être autrement. Il refusait qu'il en soit autrement. Mais maintenant qu'il avait soulagé son cœur, la lassitude revint en force et il fut pris d'un léger vertige.
« Renji, allons nous coucher. Je suis très fatigué. »
Le jeune homme acquiesça et se mit debout. Il tendit la main au noble pour l'aider à se lever et eut la surprise de le sentir défaillir. L'angoisse monta alors.
« Byakuya, qu'est-ce qui se passe ? Tu te sens mal ?
_Je suis juste vraiment très las. J'imagine que c'est le contre coup de toutes ses émotions. J'ai juste besoin de m'allonger et de dormir.
_Laisse-moi t'aider. »
Lentement, les deux hommes disparurent derrière les portes de la chambre du maître de la maison. Très vite ils s'endormirent, enlacés, sachant que demain serait un nouveau jour qui s'ouvrirait sur des bases plus saines et plus solides. Les obstacles étaient encore nombreux mais l'espoir était revenu…
