Chapitre 14 : Embrasement
La neige était tombée durant la nuit, recouvrant toute la végétation d'un épais manteau blanc et le soleil brillait haut dans le ciel. J'avais l'impression de retomber en enfance, quand rien ne me préoccupait plus que de jouer avec ma sœur, à faire des interminables batailles de boules de neiges.
A mon réveil, Daryl s'était déjà levé et notre relation était devenue aussi glaciale que le temps d'aujourd'hui, encore une fois. Je ne le comprenais plus, à peine nous progressions d'un pas, qu'immédiatement nous en régressions de deux autres. C'était fatiguant et terriblement frustrant. Qu'attendait-il au juste ? S'il voulait me pousser à bout et bien il avait réussi.
La barre de céréale mangée ce matin n'avait pas calmé ma faim et la bouteille d'eau avait gelé durant la nuit. Je déglutis péniblement et resserrai mon manteau autour de moi, tentant de me protéger du vent glacial qui s'était levé. Et dire que notre destination finale était le Canada. Je ne voulais même pas imaginer la température qu'il faisait là-bas, vu le temps d'ici.
Au bout d'une heure de marche dans la poudreuse, grelottante et les pieds gelés, j'aperçus à ma grande joie la forêt se désépaissir. Une petite ville apparut au loin, composée principalement d'une allée centrale, elle semblait à première vue déserte… ce qui n'était pas forcément bon signe. Des petites maisons avaient été construites en périphérie, ainsi que quelques immeubles.
- Allons-y, déclara Daryl.
- Attends, m'écriai-je en le retenant par le bras. Il faudrait peut-être réfléchir à un plan de secours avant d'y aller.
- J'ai un plan : on y va !
- Te fous pas de ma gueule Daryl ! Tu sais très bien qu'une situation peut vite dégénérer, m'énervai-je.
- Et tu nous l'as magnifiquement bien prouvé hier. Mais attends… me dis pas que tu t'dégonfles ! Après tout c'est toi qui as voulu aller les chercher, nargua-t-il avant de reprendre sa route.
- Je ne t'ai jamais demandé de m'accompagner ! Daryl ! Ecoute-moi ! Tonnai-je, en serrant le poing avec colère.
- J'ai la dalle, le reste je m'en branle, grogna-t-il de mauvais poil, et peu ouvert à la discussion.
Je le regardai partir, mes yeux lançant des éclairs et le souffle lourd. J'étais à deux doigts d'exploser. Pour qui il se prenait à me traiter comme une merde ?! Quelle espèce de… Je le suivis de loin, pestant intérieurement.
La ville avait dû être de toute beauté dans une autre époque. Elle était l'exemple typique des petites villes américaines du fin fond de la campagne. La majorité des bâtiments étaient en bois, à quelques exceptions près, et arborait une belle couche de neige sur le toit. Celle-ci avait purifié le sol, ensevelissant les débris et corps ensanglantés.
- Aoutch ! Pestai-je en me cognant contre Daryl, qui s'était subitement arrêté.
- Chut, souffla-t-il, avec énervement.
Nous étions dans une rue intermédiaire, plus petite et plus étroite. Des hauts murs nous encadraient, ne nous laissant que peu d'échappatoire. En face de nous se trouvait une petite épicerie, elle semblait si proche et en même temps si loin, comme dans un rêve. Un lourd silence nous entourait, quand soudain une poubelle se renversa, se cognant sur ses voisines, dans un fracas métallique qui résonna dans toute la rue. Si Glenn et les autres étaient dans les parages, nous allions le savoir bientôt. Je dégainai mon pistolet, prête à l'utiliser en cas de besoin. Daryl avait reculé d'un pas, pointant également son arbalète en direction de la menace.
Nous retînmes nos souffles pendant quelques secondes… mais rien ne se passa. J'abaissai mon arme et posai une main sur l'épaule de Daryl avant de m'avancer vers les poubelles.
- Gwen reviens ici ! Ordonna le chasseur, d'un ton dur en scrutant les alentours.
Je me retournai furieuse et à bout de ses incessantes remarques.
- Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué Dixon, j'ne suis pas ton chien ! Crachai-je, le cœur lourd.
Je l'entendis souffler furieusement, tandis que je faisais le tour des poubelles, laissant un espace suffisamment grand afin de ne pas me faire surprendre. Rien, à première vue, et il faisait trop sombre pour que je puisse voir ce qui se cachait dans les grosses boites métalliques.
Je m'accroupis et sortis une lampe de poche. Un petit grognement retentit, me faisant reculer. Je préparai mon arme et dirigeai la lumière à l'intérieur de la poubelle où un petit museau, orné d'une truffe apparut. Le petit chien se recula en émettant quelques grognements, me défiant d'approcher. Sa robe à trois couleurs ne laissait aucun doute sur sa race : un bouvier bernois.
Je tendis prudemment ma main, lui laissant la renifler et la lécher, avant de l'attraper doucement par la peau du cou et de le faire sortir.
- Menace écartée, prévins-je.
Le chasseur rumina, tandis que je faisais connaissance avec mon nouveau compagnon. Au vu de sa de sa taille, il ne devait pas être vieux, il devait sûrement avoir sept mois à vue d'œil. Je me relevai et me figeai en voyant Daryl me viser. Avant même que je n'ai pu faire le moindre mouvement, il tira un carreau, me frôlant la tête. Les yeux écarquillés, je me retournai et aperçus un rôdeur mort.
Le temps se couvrit, les nuages cachant le soleil et le vent se leva, emmenant avec lui cette fameuse odeur de pourriture. Je rejoins rapidement le chasseur, retenant nos souffles et priant pour que ça ne soit pas ce que nous pensions. Des grognements familiers retentirent et de grandes ombres se jettèrent sur les murs de l'épicerie. Nous nous jetâmes un coup d'œil avant de faire marche arrière en courant, le chien nous suivant de près avant de nous faire bloquer par un autre groupe de rôdeurs, affamés et décharnés.
La panique commença à nous envahir, nous étions dans une impasse. Daryl tirait sur tout ce qui bougeait, tentant de ne pas se laisser submerger par cette vague. J'observai les alentours, cherchant une issue avant de tomber sur une porte en bois, dans les contours avaient gelé. Je courus et donnai un coup d'épaule, espérant qu'elle se brise aussi facilement que dans les films, mais tout ce que je récoltai fut une douleur fulgurante dans l'épaule.
Je gémis en titubant, avant que mon regard ne tombe sur un pied de biche. Les rôdeurs approchaient des deux côtés, bien que légèrement freinés par la neige qui les faisait tituber, d'ici quelques secondes ils seraient sur nous. Sans perdre de temps, je m'emparai de la barre en fer et la coinçais dans l'interstice de la porte avant de forcer.
- Vite, pressa Daryl en reculant vers moi pour me couvrir.
Le jeune chien se mit à aboyer, me mettant lui aussi la pression.
- Allez, allez… murmurai-je, en jouant avec morceau de fer. C'est coincé !
- Bordel, ils sont là !
- J'y arrive pas ! Ah !
Dans un ultime cri, je tirai de toutes mes forces. La porte craqua et j'envoyai un bon coup de pied, la faisant s'ouvrir pour de bon.
- C'est bon ! M'écriai-je, en entrant dans la salle, suivit de près par Daryl et le chien.
Nous prîmes les premiers meubles nous passant sous la main afin de bloquer la porte et l'assaut de ces êtres décharnés. Bientôt celle-ci ne fut plus visible, un tas d'objet la cachant et seuls les grognements affamés nous parvenaient. Nous montâmes rapidement les escaliers, débouchant dans un bar. Le serveur vint nous accueillir en grognant avant de se prendre un carreau entre les deux yeux tandis que je m'occupai de son unique client.
Je m'appuyai contre le comptoir en soufflant de soulagement, après avoir vérifié toutes les issues, ce n'était pas passé loin ! L'endroit étaient recouvert de poussière et une forte odeur d'alcool avait envahi les lieux. Daryl était, d'ailleurs, en train d'examiner les diverses bouteilles d'un œil expert, comme si rien ne venait d'arriver.
- J't'avais dit qu'on aurait dû prévoir un plan, pestai-je en me massant l'épaule.
- Ta gueule, répondit Daryl, de mauvaise foie.
- Non ! J'en ai plus qu'assez que tu me traites comme de la merde. J'en ai marre que tu ne me fasses que des reproches. C'est quoi ton problème bordel. Un jour tu me parles, le lendemain tu me craches dessus. Tu n'assumes pas ce que tu penses, ni qui tu es, reprochai-je.
Il se retourna, le visage froid.
- Tu n'sais rien de moi, cracha-t-il.
- Et c'est peut-être bien ça le problème… Lâche !
Sous le coup de la colère, il jeta son arbalète à terre, me faisant sursauter. Il s'avança vers moi et de me planta son index dans l'épaule.
- Fais gaffe à c'que tu dis. T'es peut-être une femme, mais je n'hésiterai pas à te remettre à ta place, menaça-t-il.
Que des paroles, encore et toujours des paroles…
- … Tu ne le feras pas, t'as pas de couilles, attaquai-je.
Il me plaqua durement contre le comptoir, m'écrasant de tout son poids, avant de prendre ma bouche dans un baiser ardent. Il força l'entrée de mes lèvres, avant de jouer avec ma langue, la soumettant à sa colère et passion. Je lui attrapai la nuque, emmêlant mes doigts dans ses cheveux longs et approfondissant le baiser.
Il m'attrapa les cuisses et me déplaça vers une table, s'allongeant au-dessus de moi. Il me regarda, un instant, de ses yeux de glace, avant de reprendre ses baisers. J'en profitai pour lui ouvrir sa chemise et passer mes mains sous son débardeur, les posant contre son torse chaud et en sueur.
Il eut un petit grognement et m'attrapa la lèvre férocement, répandant un goût métallique dans ma bouche, me faisant gémir. Plus rien ne semblait nous attendre, nous étions dans une bulle coupée du monde. Il m'ouvrit mon blouson et éclata tous les boutons de ma chemise, sa bouche chaude descendant vers mon soutien-gorge.
Soudain le chien se mit à aboyer avec force, nous faisant reprendre conscience de notre environnement. Nous regardâmes simultanément dans la même direction que notre fidèle compagnon : le sous sol.
Je retins ma respiration et sursautai quand la porte trembla sous l'assaut des rôdeurs, faisant grogner le chien. Nous nous précipitâmes sur nos armes, tout en réajustant un minimum nos vêtements. La porte craqua et se courba sous leurs assauts. Je sursautai avant attraper une bouteille d'alcool posée sur le comptoir et de la fracasser sur la porte, déversant son contenu.
Daryl se dépêcha de faire la même chose, tapissant les murs et le sol de divers alcool. Je sortis ma boite à allumettes à moitié pleine, tandis que le chasseur me rejoignit devant la porte. J'allumai le petit bout de bois, admirant la petite flamme vacillante, puis la jetai au sol embrasant toute la pièce.
A peine sortie de cette fournaise, j'attrapai le chien par la peau du cou et lui fermai la gueule d'une main, l'empêchant d'aboyer devant d'éventuels rôdeurs, avant de me tapir à l'angle d'une rue. Daryl vérifia les alentours avant de me faire un signe de tête. Je relâchai le canidé et me mis à courir dans la grande rue où quelques morts rôdaient à la recherche de nourriture. Ils n'eurent pas le temps de réagir que nous avions déjà filé, courant hors de cette ville fantôme.
