Titre original : The Dragon's Eye

Auteur : Late4F8

Traduction : Allys-33

Note de la traductrice: Je précise que l'auteur ne m'a pas encore donné son autorisation. Et en cas d'un éventuel désaccord, l'histoire sera évidemment supprimée. Je ne suis que la traductrice, pas l'auteur!

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The Dragon's Eye

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Chapitre 5

La routine de Gojyo restait la même malgré sa révélation. Après quelques jours de découragement, il avait recommencé à faire ce qu'il faisait déjà c'est-à-dire pécher, cueillir des fruits et observer l'horizon à la recherche d'un bateau. Un jour, un gros poisson mordit à l'hameçon, mais coupa la ligne et prit la fuite avec son appât. Le mercenaire ragea contre l'animal pendant des heures, mais remercia tout de même sa bonne étoile que ce ne soit pas arrivé plus tôt.

Il avait assez de poissons et de fruits séchés pour tenir quelques jours en cas de pluies ou de pêches infructueuses. Mais son stock aurait forcément besoin d'être ravitaillé, alors il rassembla des vignes pour fabriquer un filet. Pendant les jours qui suivirent, il découvrit qu'attacher son t-shirt sur une partie dudit filet lui permettrait d'attraper davantage de poissons. Cependant la nourriture restait limité parce que la pêche au filet dans les vagues mettait beaucoup plus de temps.

Le roux remonta son nouvel instrument de pêche et grogna de frustration en y découvrant seulement quatre minuscules poissons. Il les fourra dans sa poche et s'étira longuement en laissant son regard glisser vers l'horizon scintillant de l'après-midi.

Soudain Gojyo se figea, il n'en croyait pas ses yeux. La forme étrange disparut un moment dans les allers et venues de la mer. Puis les vagues s'écrasèrent sur la plage et la chose réapparut.

— Un bateau. C'est un bateau ! Hah, s'écria-t-il sans jamais le quitter des yeux. Seraient-ils assez proches pour le voir ?

Il courut à toute allure jusqu'à son abri.

Le petit dragon était couché dans un creux dans le sable, prenant tranquillement le soleil. Il leva vers lui une tête ensommeillée.

— C'est un bateau ! répéta frénétiquement Gojyo.

Mais quand le dragon n'eut aucune réaction, il jeta ses mains en l'air dans un signe d'abandon.

— Tch ! Je te ferais savoir quand il aura accosté, marmonna-t-l. La réaction du petit animal l'avait quelque peu refroidit.

Il laissa tomber le filet, récupéra son t-shirt et l'essora.

Il avait déjà prévu de se couvrir pour n'effrayer personne, alors il noua le vêtement autour de sa tête pour cacher ses oreilles en retournant sur ses pas.

Le bateau s'était considérablement rapproché et le roux pouvait apercevoir deux personnes en train de pagayer. Les forment n'était pas très net, il dut plisser les yeux et placer une main en visière sur son front pour se protéger du soleil. Il put ainsi distinguer deux silhouettes encapuchonnées et repensa instantanément aux serviteurs de Gyokumen. Ils ne seraient surement pas revenus ici pour le ramener, alors ils voulaient peut-être en finir avec lui. Le mercenaire glissa sa main sur la dague attaché à sa ceinture. Il les tuerait et prendrait leur bateau.

D'abord la colère l'envahis, ensuite elle fut remplacé par la confusion. Les serviteurs étaient vraiment très proches maintenant, mais ils lâchèrent leurs rames et se concentrèrent sur quelque chose à leurs pieds.

— Hey ! vociféra Gojyo. Venez-ici ! Vous avez peur de moi ou quoi ?

L'un des serviteurs encapuchonné tourna la tête vers lui quelques secondes, puis retourna à sa tâche comme si de rien était.

— Sales bâtards.

Le mercenaire se précipita dans l'eau et nagea à toute vitesse vers eux. Il les jetterait à la mer. Il renverserait le bateau. Il ferait n'importe quoi pour se débarrasser d'eux et quitter cette île.

Ils étaient à quelques mètres seulement quand Gojyo les vit lever un homme sur ses genoux. Un blond ligoté qui se débattait férocement contre les mains qui le maintenaient.

Gojyo se figea l'espace d'un instant. C'était Sanzo. Il reprit sa nage avec plus de ferveur encore.

Lorsqu'il atteignit enfin le bateau, les serviteurs de Gyokumen jetèrent Sanzo sur lui. Trop concentré sur le bateau, ce dernier ne l'avait même pas remarqué. Il saisit le côté en bois et usa de son poids pour le renverser.

Les serviteurs hurlaient de surprise et Gojyo tenta de s'accrocher à tout ce qu'il put pour monter à bord. Il trouva un bras et le saisit, mais une rame vint violemment lui frapper la tête.

— Merde !

Il réussit à bloquer le coup suivant avec son bras, mais la seconde rame vint s'écraser sur sa poitrine, bloquant sa respiration et l'éjectant loin du bateau. Gojyo essaya vainement de les poursuivre à la nage, mais les serviteurs de la sorcière gagnèrent rapidement du terrain.

— Sales bâtards, répéta furieusement Gojyo. Espèce de-

Une toux et un soupir douloureux derrière lui l'interrompirent brusquement et il se retourna à temps pour voir la tête de Sanzo disparaître sous les vagues.

— Sanzo !

Gojyo nagea à toute vitesse vers le blond pour l'empêcher de couler. Il le serra contre sa poitrine et se démena pour les maintenir tous deux hors de l'eau. Sanzo toussait et haletait férocement.

— Je te tiens. Respire lentement, conseilla le roux. Il nagea sur le dos du mieux qu'il put. La natation n'était pas vraiment son point fort et plus il avançait, plus il se sentait couler.

— Nous y sommes presque, peux-tu nager, demanda-t-il.

— Je suis… attaché, bredouilla Sanzo en lui montrant ses poignets liés.

Le bruit des vagues les submergea rapidement. Gojyo passa ses mains sous les aisselles de son compagnon pour le trainer sur la rive. Il sortit ensuite sa dague et chercha les mains du blond pour le libérer de ses liens. Ce dernier fut encore pris d'une quinte de toux et grogna durement en tentant de s'asseoir.

Gojyo coupa enfin les cordes autour de ses poignets en jurant sous son souffle.

— Les bâtards ! Si j'avais pu prendre ce bateau. S'ils avaient été juste un tout petit plus près de la rive, j'aurais peut-être pu-

Des hurlements soudain s'élevèrent depuis la mer et le roux se retourna pour voir les serviteurs de Gyokumen ramer avec hystérie. Les écailles brillantes du serpent de mer apparurent juste derrière eux. La bête sortit sa tête de l'eau, sa gueule s'ouvrit, presque aussi grande que le bateau, et se referma violemment. Le craquement du bois se fit entendre depuis la rive, puis davantage de cris lorsque les serviteurs tombèrent à la mer. Une main désespérément tendue disparut dans les vagues. Quelques secondes plus tard, une silhouette nageant frénétiquement vers la plage s'évanouit à son tour dans la vaste étendue d'eau.

Le mercenaire aux cheveux rouges retourna son attention sur son compagnon retrouvé.

— Cette saleté a presque failli me bouffer la première fois que j'ai essayé de quitter cette île à la nage. Lève les mains, demanda-t-il en coupant la corde avant de la jetée sur le côté. Je te proclame officiellement un homme libre, déclara Gojyo un gros sourire aux lèvres.

Mais sa joie disparut rapidement quand en le voyant Sanzo recula sous le choc, les yeux larges.

— Ah, soupira Gojyo en baisant la tête. Oui. J'oubliais que tu ne m'avais pas vu depuis un moment, concéda-t-il en relevant la tête, un sourire presque timide sur le visage. Mais ce n'est quand même pas si terrible, hin ?

Sanzo fronça les sourcils. Il prit le visage du roux entre des mains fermes, mais prudentes pour le regarder sous tous les angles.

Gojyo regarda impuissant les yeux de son compagnon d'armes parcourir son visage de gauche à droite, puis se souvint du vêtement qu'il avait attaché sur sa tête.

— Ce n'est pas tout.

Il détacha le foulard de fortune pour dévoiler ses longues oreilles, espérant silencieusement que ses cornes de diablotin ne soient pas trop visibles.

Mais évidemment Sanzo ne les manquas pas et après avoir regardé tout ce qu'il fallait, il posa une main réconfortante sur la tête de Gojyo, juste quelques secondes, puis la retira.

— Qu'as tu fait ? questionna-t-il.

— Quoi ? répondit le roux sans comprendre.

Sanzo le désigna d'un geste de la main, puis se leva et regarda autour de lui.

— Qu'as-tu fait à Gyokumen pour qu'elle te maudisse ainsi ?

— Je n'ai absolument rien fait ! Au contraire, j'ai sauvé cette folle et elle m'a maudit parce que j'ai malencontreusement laissé tomber une toute petite goutte de sang sur elle.

— Tu l'as sauvé ?

— J'ignorais que s'était elle à cet instant. Et quand je l'ai compris, j'ai essayé de la capturer.

De nouveau Sanzo observa le visage de son camarade d'armes.

— Un taureau m'a écorché, expliqua le roux en indiquant sa joue balafrée. Ca par contre, elle n'y est pour rien. Enfin, elle a peut-être aggravé les choses, mais bon.

— A moins de t'être regardé dans un miroir, tu ne peux pas réellement savoir ce qu'elle t'a fait. Hm, tu es peut-être mieux ainsi, ajouta-t-il négligemment en se dirigeant vers l'abri de Gojyo. Tu as de la nourriture ici ? je n'ai rien mangé depuis hier soir.

— Tch. Oui, Sanzo, très content de te voir également ! Et ravis de savoir que tu vas bien surtout ! Mais je t'en prie fait comme chez toi ! s'exclama le mercenaire aux oreilles pointues en regardant l'autre homme s'éloigner. Puis il ramassa la corde à ses pieds et lui emboita le pas.

Sanzo examina l'abri sans plus lui prêter d'attention. Il testa la solidité de la structure et étudia l'intérieur.

— Dommage qu'ils n'aient pas utilisé davantage de cordes pour t'attacher, se plaignit Gojyo en laissant tomber près du mur celle qu'il avait récupérée.

— Ne te fait pas plus stupide que tu ne l'es.

— Mais non ! Je veux dire que j'aurais pu en utiliser plus pour fabriquer un filet. Une saleté de poisson m'a volé mon appât, rectifia-t-il en indiquant les poissons séchés qu'il avait attaché ensemble. Ca, c'est tout ce qui reste.

Il se souvint alors de ceux dans sa poche et les lança au petit dragon cloîtré dans l'un des coins de l'abri. — Moins ces trois-la.

— Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ? demanda Sanzo derrière lui.

Gojyo haussa les épaules :

— Il s'agit peut-être d'un dragon.

Le regard du blond passa de l'étrange petit animal au mercenaire balafré.

— Peu importe, ce n'est pas le plus important. Si c'est là tout ce qu'il te reste, nous sommes plutôt mal lotis.

— En fait, j'espérais de l'aide, pas davantage de bouche à nourrir. Mais puisque tu es là, tu pourras m'aider à pécher.

— Quel excellent hôte tu fais à vouloir faire travailler ton invité, se moqua Sanzo.

— Je suis meilleur partenaire qu'hôte sourit Gojyo. Il récupéra son filet de fortune et indiqua au blond de le suivre jusqu'à la mer.

— Alors, dis-moi. Que faisais-tu tout ce temps.

Sanzo raconta à sa façon, c'est-à-dire brièvement, tout ce qu'il avait fait, tout en aidant son compagnon d'infortune à installer le filet. Ce dernier ne pouvait qu'apprécier l'aisance de la pêche à deux et avant que la nuit ne soit tombée, ils retournèrent à leur abri chargé d'une belle prise.

Le mercenaire blond avait expliqué que, selon lui, Gyokumen lui avait jeté une malédiction mortelle, comme une sorte de poison magique et depuis Gojyo ne le quittait plus des yeux.

Plus il le fixait et plus il le trouvait instable sur ses pieds, mais il n'en était pas sûr. Les vagues pouvaient très bien être la cause d'éventuels faux pas. Pourtant quand ils arrivèrent à l'abri, Sanzo se laissa tomber lourdement sur le sable et reposa sa tête contre le mur.

Gojyo, sans jamais le quitter des yeux, lança un poisson au petit dragon, en mit trois de côté pour eux et étala le reste de leur prise.

Ensuite il éviscéra le dîner et alluma un feu. Sanzo, lui, resta majoritairement immobile, ne bougeant que pour boire un peu d'eau de pluie que Gojyo lui apportait. Mais refusa le poisson qu'il lui offrit.

— Peu importe ce qu'elle m'a fait, je commence à le sentir. Je ne peux rien avaler, marmonna-t-il en se frottant le visage. Il posa sur son compagnon un regard sombre avant de fermer lourdement les yeux.

Gojyo s'adossa au mur à ses côtés et mangea son repas avec inquiétude. Il leva la tête pour constater que le dragon les regardait et lui offrit les dernières bouchées de son poisson.

Le petit animal roucoula joyeusement et, comme il l'avait fait par le passé, abandonna la couverture au profit de la nourriture. Une aubaine pour le mercenaire aux oreilles pointues qui avait déjà prévu de la lui prendre.

— Il appréciera, remercia-t-il.

Le dragon se gonfla fièrement, puis se secoua et baissa la tête pour réclamer davantage de nourriture. Gojyo céda et lui offrit le dernier poisson.

Lorsqu'il retourna son attention sur Sanzo, le blond le regardait curieusement.

— He, je ne suis pas fou. Ca nous arrive juste de discuter de temps en temps, tenta le roux avec un haussement d'épaules.

— Non, je te rassure, je l'ai vu aussi, déclara le blond en se redressant avec un grognement lourd. Du moins j'ai vu ce que le dragon a tenté de te dire. Merde je me sens mal.

— Sérieusement ? Tu l'as vu ? Mais alors…

Le mercenaire s'interrompit et son regard alterna entre le blond et le dragon.

— Quand tu m'as mordu… quand tu m'as mordu, je pensais que c'était pour une raison particulière. Espèce de salle petit rat.

Le petit animal resta étonnamment calme, mais Gojyo ne manqua pas son regard brillant fixé sur Sanzo.

— Hey, appela-t-il, est-ce qu'il te parle encore ?

— Arrête de crier. Tu lui fais peur.

— Quoi ? Oh ça va, il ne faut pas exagérer non plus ! Tu me trouves effrayant toi ?

— Non, je te trouve stupide. Putain ! Il faut que je me couche un peu.

Le blond se pencha sur ses genoux et tenta de se mettre debout. Heureusement Gojyo le rattrapa avant qu'il ne tombe.

— He. Désole, tu as raison. Il y a plus important que ces conneries pour l'instant.

Gojyo aida son compagnon à entrer dans l'abri et arrangea la couverture de sorte que Sanzo soit couché sur une moitié et couvert avec l'autre. Il s'accroupit à ses côtés et posa une main sur son front.

— Tu n'as pas de fièvre.

— C'est du poison abruti, pas la peste, marmonna le blond sous la couverture.

— Tch. Rien ne prouve que ça ne peut pas te donner de fièvre. En tout cas tu te sens encore assez bien pour m'insulter.

— C'est parce que je suis trop fatigué pour avoir ma patience habituelle.

— Tu n'as jamais eu aucune patience, clarifia Gojyo.

— J'ai beaucoup travaillé là-dessus, lui signala Sanzo, puisque tu cherches toujours à tester mes limites.

Gojyo le considéra un moment, puis un mince sourire étira ses lèvres. Il aurait juré que Sanzo essayait d'être sympathique.

— He, je suppose que si tu étais un peu moins débile, je pourrais envisager de freiner mes taquineries.

— Hm. Je sais.

Gojyo fronça les sourcils avec inquiétude.

— Qu'allons-nous faire ?

Sanzo resta silencieux un long moment puis répondit doucement :

— Nous allons trouver un remède. Peut-être une plante sur cette île.

— Oui, acquiesça le roux en s'abstenant de mentionner qu'il pourrait tout aussi bien le tuer un peu plus rapidement.

Il observa silencieusement son compagnon jusqu'à ce qu'il semble s'être endormi, puis sortit éteindre le feu.

Le petit dragon demeurait sur le pas de la porte et se décala pour le laisser passer en lâchant un léger gazouillement.

— Je ne sais pas quoi faire, avoua-t-il finalement en attisant les flammes au lieu de les éteindre. Je n'ai même pas été foutu de me sauver moi-même de cette putain île, poursuivit-il en regardant le dragon. Mais les animaux s'y connaissent en plante, n'est-ce pas ? Y a t-il quelque chose ici qui pourrait sauver Sanzo ?

Le dragon acquiesça de la tête et Gojyo aperçut de nouveau son œil briller à la lumière des flammes.

Il secoua la tête dans l'incompréhension.

— Que se passe-t-il avec ton œil ?

Le petit animal vint s'installer à ses côtés. Il baissa la tête pour s'arracher l'œil comme il l'avait fait la première fois et le jeta dans le sable.

— Non, putain ! Remets-le ! jura le mercenaire.

Le petit dragon le regarda durement et Gojyo retourna à contrecœur son attention sur l'œil brillant. Seulement cette fois il semblait différant, flamboyant vivement et d'un seul coup, le scintillement disparut.

— Heu… tu veux que je le suspende ? demanda Gojyo, incrédule en regardant l'animal devant lui.

Ce dernier acquiesça de nouveau.

Le mercenaire se mordit la lèvre, se demandant si cela avait été les intentions du dragon la première fois. Il regarda autour de lui, trouva un fil et y attacha prudemment l'œil brillant.

Il lui fallut plusieurs minutes frustrantes, mais il y arriva enfin et chercha où accrocher le fil. Finalement il le suspendit à l'un des angles de son abri. La petite sphère brillante refléta la lumière des flammes.

Gojyo se retourna vers le dragon, mais celui-ci retournait déjà dans l'habitacle. Silencieusement, le mercenaire lui emboîta le pas.

Tout d'abord, il alla s'enquérir de l'état de Sanzo, écoutant sa respiration laborieuse et vérifiant de nouveau sa température. Aucun changement n'était à constater. Epuisé, Gojyo se coucha près de son ami pour le rejoindre rapidement dans les bras de Morphée.

A SUIVRE