Salut à tous,

Pour me faire pardonner mon immense retard : je suis fière de vous présenter le plus gros chapitre que je n'ais jamais écrit (10 pages Word au total, un exploit pour moi !).

Je tiens à remercier toutes les personnes qui viennent prendre le temps de lire la fiction et surtout de la commenter : Nnoxx, saphira15, Neunonska, Erienna, CathouxXx, Innocens, La plume d'Elena, laptiteanaelle, Niralia et ( la meilleure pour la fin) Eponyme Anonyme qui en plus corrige avec courage tous mes chapitres bourrés de fautes.

Voilà, j'espère que ce chapitre vous plaira et bonne lecture !

Chapitre 15 : Sourire à la vie

Je ne savais plus réellement pourquoi je courais, l'air n'alimentait plus mon cerveau et mes poumons étaient littéralement en train de se déchirer en lambeaux. A peine avions nous quitté la ville, il y avait une heure, qu'une petite armée de morts nous avait pris en chasse, nous obligeant à courir, toujours et encore, sans relâche. Je regardai le haut de la petite colline que j'étais en train de gravir, Daryl venait de s'arrêter en haut, reprenant son souffle un instant et me laissant le temps de le rattraper.

Je jetai un regard derrière moi, avant de ralentir et de finalement me laisser tomber sur le dos dans la neige fraîche et, pour l'instant, blanche, à quelques mètres de Daryl. Je repris ma respiration avec douleur et aperçus une grosse bête marron couverte de poil s'approchant. Le jeune chiot me renifla, vérifiant que j'étais toujours en vie, avant de me faire une petite léchouille sur la joue et de s'assoir sagement à mes côtés. Je savourai cet instant de calme et appréciai l'air froid s'infiltrer, sous mon petit manteau et ma chemise arrachée, pour venir soulager mes muscles douloureux. Je fermai les yeux et souris en sentant quelques flocons se poser sur mon visage, toute la pression retombant. Ma seule déception était que nous n'avions pas trouvé T-Dog, Glenn et Andréa, même pas un indice ou une trace de leur passage. Nous n'avions qu'une seule piste et elle n'avait mené à rien, strictement rien.

Alors que j'ouvrai doucement les yeux et m'étirai, une boule de neige m'atterrit en plein dans le cou, s'infiltrant sous mes vêtements et me faisant pousser un cri de surprise. Le chien aboya joyeusement, se joignant aux rires moqueurs de Daryl. Je n'eus même pas le temps de me relever qu'une nouvelle boule m'éclata en pleine figure.

- Debout feignasse ! S'exclama Daryl avec un sourire au coin.

Je m'essuyai le visage et me relevai, offusquée. Je pris une grosse poignée de neige, formai une boule et la lui lançai. Il l'esquiva l'attaque tel un félin et m'en renvoya une dans la jambe, avant de prendre la fuite.

- Tu vas voir toi ! M'écriai-je à mon tour, en m'élançant à sa suite.

Au total, je dus bien, lui envoyer une vingtaine de boules de neige, sans qu'aucune n'atteigne sa cible. Je me baissai en sueur et formai une nouvelle boule, avant de lui envoyer, excédée. Il la regarda voler dans l'air et venir s'écraser à trois mètres à sa droite, avant d'éclater de rire.

- On a vraiment d'la chance que t'ne te serves pas tant que ça de ton revolver, sinon on aurait du souci à se faire ! Se moqua-t-il, en croisant les bras sur sa poitrine.

Je regardai Daryl avec tendresse, c'était la première fois que je le voyais autant se laisser aller, il était si détendu et… heureux. Il ne m'avait jamais permis de voir au-delà de sa carapace, se cachant sous ses airs renfrognés, sa solitude et sa mauvaise humeur… jusqu'à aujourd'hui, où plutôt jusqu'à ce moment sur la table. La chaleur envahit mes joues en repensant à ce moment où notre désir avait pris le contrôle de nos corps. Le chien aboya avec force, me sortant de ma torpeur, les oreilles pointées en direction du bas de la colline.

- J'ai aperçu un p'tit lotissement quelques centaines de mètres plus loin, m'informa Daryl en m'attrapant le bras, ne perdons pas de temps, ils seront bientôt là.

Je lui fis un petit sourire, lui faisant pleinement confiance, avant d'appeler notre compagnon. Le jeune chien se retourna et se dépêcha de venir nous rejoindre avec entrain. Nous nous remîmes à trottiner, mettant le plus de distance entre nous et le groupe de rôdeur, qui avançait sans fatiguer. Nous aurions très bien pu aller en périphérie de la ville, mais la peur d'être bloqués à cause d'un éventuel attroupement de morts avait été plus forte, nous obligeant à courir jusqu'à un autre refuge.

Nous arrivâmes rapidement au lotissement, où des rangées de maisons de toutes tailles, s'alignaient jusqu'à perte de vue.

- Un petit lotissement ? Questionnai-je, en me tournant vers Daryl.

- Et bien de loin, il paraissait moins grand, se défendit-il.

Quelques rôdeurs trainaient mollement dans les rues, endormis par le froid ils ne remarquèrent même pas notre présence. Nous rasâmes les murs sur quelques dizaines de mètres, attentifs aux moindres mouvements de ceux-ci.

- Daryl, chuchotai-je, en lui tirant sa veste.

Il se tourna vers moi, m'interrogeant du regard. Je lui désignai une magnifique maison de plein pied, un peu à l'écart des autres, de l'autre côté de la rue. Cas exceptionnel, elle était entourée de hauts murs, mesurant facilement deux mètres, en pierre, et d'un portail, d'un mètre vingt, surmonté de piques, suffisamment solide pour retenir plusieurs rôdeurs. Nous vérifiâmes les alentours, avant de courir de l'autre côté de la route, éveillant la curiosité de plusieurs rôdeurs qui sortirent de leur torpeur.

Daryl attrapa le chien et le jeta comme un sac par-dessus le haut mur, avant de se baisser et de croiser les doigts pour me faire la courte échelle.

- Vite monte, pressa-t-il.

- Non ! Toi d'abord. Si je monte et que je n'arrive pas à te hisser, tu n'auras aucune chance, contrai-je, en le forçant à se relever.

Il réfléchit un instant avant d'hocher la tête.

- Ça marche, accepta-t-il.

Je me baissai à mon tour et croisai mes doigts. Daryl me jeta un regard incertain, avant de mettre son pied dans mes mains. Je contractai mes muscles et le propulsai le plus haut possible, non sans mal. Il se hissa facilement sur le mur et se mit à cheval afin de mieux s'équilibrer. Un grognement me fit me retourner juste à temps pour repousser un rôdeur que je n'avais pas entendu arriver. J'attrapai mon couteau et lui plantai dans l'œil dans un bruit abominable, salissant le sol blanc d'un liquide visqueux et noirâtre. Les autres rôdeurs se rapprochaient doucement, se dandinant avec lourdeur jusqu'à nous.

- Gwen ! Appela Daryl, qui attendait que je lui prenne le bras, pour me hisser.

Je m'accrochai à son bras et sautai, en même temps que Daryl me hissa. J'atterris sur le ventre, l'air s'échappant de mes poumons sous la force du coup avant de passer rapidement mes jambes de l'autre côté et de me laisser tomber atterrissant dans un immense jardin, qui contrastait assez avec la petite maison. Tous les arbres et arbustes étaient recouverts de blanc et une petite balançoire grinçait au rythme du vent, malgré cet air sinistre au premier abord, le terrain comportait une certaine sérénité.

Mon attention fut attirée par quelque chose, au centre du jardin scintilla doucement, sous les quelques rayons du soleil qui parvenaient à traverser l'épaisse couche de nuages. Une grande piscine avait gelé et arborait une épaisse couche de glace. Suffisamment épaisse pour supporter le poids de plusieurs hommes.

Je posai un pied hésitant sur la glace, testant sa solidité, avant de me laisser glisser jusqu'au centre de la piscine. J'étendis les bras de chaque côté pour maintenir mon équilibre, avant de patiner avec hésitation. Petite, j'avais souvent l'habitude de faire du roller avec Sarah, mais je n'avais jamais eu l'occasion de tester la patinoire. Les anciens réflexes revinrent et l'aisance avec.

- Si la glace se brise, t'te débrouille, prévient Daryl, les bras croisés.

- Viens !

Le bouvier bernois ne se fit, quant à lui, pas prier pour venir me rejoindre sur la glace. A peine eut-il posé une patte sur la glace, qu'il perdit son équilibre et s'étala de tout son long. J'éclatai de rire et l'aidai à se remettre sur ses pattes avant de le pousser avec délicatesse, le faisant glisser sur quelques mètres.

- Allons ! Le grand Daryl qui refuse de s'aventurer sur la glace ! Qui l'eut cru ? Taquinai-je.

Il me regarda longuement avant de laisser tomber son arbalète dans la neige et de s'approcher doucement du bassin. Il posa un pied, prudent, sur l'eau gelée de la piscine, testant sa solidité avant de s'engager. Il glissa tout droit en direction du chien, qui, fatigué, s'était assis au centre de la patinoire, tout en faisant des petits moulinets avec ses bras afin de garder son équilibre déjà précaire. Je le regardai faire, le sourire aux lèvres et éclatai de rire quand je le vis tomber sur les fesses, juste à côté de notre compagnon à quatre pattes.

- Ahah ! On fait moins le malin sur la glace, ricanai-je, savourant ma petite vengeance.

Il me lança un regard noir avant de répliquer :

- Même à terre, j'suis sur que tu arriverais pas à m'toucher avec une boule de neige. Maintenant viens m'aider !

Je fis la moue, sachant pertinemment qu'il avait raison, avant de m'approcher de mon valeureux chasseur, qui se débattait pour se relever. Je lui tendis la main qu'il attrapa rapidement avant de tirer d'un coup. Je sentis mes pieds déraper avant de venir m'écraser face contre terre sur la glace, dans un petit grognement de douleur.

- Ta grâce m'étonnera toujours, se moqua ouvertement Daryl.

- Tu l'as fait exprès, accusai-je.

- T'serais pas tombée si t'avais plus d'équilibre, dit-t-il, en se faisant glisser jusqu'au bord de la piscine.

- Quelle mauvaise langue, j'y crois pas ! M'offusquai-je en le rejoignant, suivie du chien.

Daryl leva les yeux au ciel avant de s'avancer vers la porte fenêtre de la maisonnette, qui donnait sur le salon. L'intérieur n'était pas suffisamment éclairé pour que nous puissions y déceler une éventuelle menace. Je toquai à la vitre et aperçus un mouvement dans le coin de la pièce. Une petite silhouette se dessina dans le fond de la pièce et se déplaça doucement, jusqu'à venir dans la lumière, avant de se jeter sur la vitre. Je regardai avec tristesse, la petite fille brune de cinq ans tapait sur la vitre. Son visage était barbouillé de rouge et sa peau commençait sérieusement à se décomposer, tombant par lambeaux à certains endroits.

Je sortis mon couteau et l'insérai au niveau de l'interstice de la porte, celles-ci étaient très facile à ouvrir. J'eus juste à faire glisser le canif avant d'entendre le petit déclic indiquant que la serrure était ouverte. J'ouvris doucement la porte, lui laissant juste la place pour passer la tête avant d'enfoncer la lame jusqu'à la garde dans le front. La rôdeuse s'affaissa immédiatement et j'ouvris la porte pour l'attraper avant de la déposer doucement dans le jardin, salissant une nouvelle fois le blanc pur de la neige.

Les murs du salon étaient d'un joli beige, et un canapé en cuir noir trônait au milieu de la pièce devant une télé à écran plasma, entourée de divers films. La maison était restée intacte, mise à part la légère poussière et l'odeur de pourriture.

Je m'enfonçai dans le couloir recouvert de moquette rose, tandis que Daryl vérifiait la cuisine, suivi de près par le jeune chien. Plus j'avançais dans le corridor, plus une odeur de pourriture attaquait mes narines. Je préparai mon couteau et poussai doucement la première porte que je croisai. L'odeur m'attaqua me faisant reculer d'un pas et pleurer les yeux. Je posai une main sur ma bouche et m'avançai dans la pièce avant de m'arrêter nette, repoussant un haut le cœur.

Un cadavre était allongé sur le lit dont les draps étaient imbibés de sang séché et ses entrailles dispersées aux quatre coins de la pièce. Sa peau avait commencé à se décomposer et des bouts d'os apparaissaient à certains endroits. Quelque chose remua dans l'orbite vide du crâne, et un asticot blanc en sortit, rampant sur son visage avant de disparaître dans sa bouche ouverte. A cette vision mon estomac se contracta et la bile me brûla tout l'œsophage avant de se répandre sur la moquette de la chambre. Je sortis rapidement, claquai la porte avant de m'appuyer contre celle-ci et d'essuyer la sueur de mon front.

- Putain, murmurai-je, en tremblant de froid et d'horreur.

- Hey, ça va pas ?

- AH ! Oh bon sang Daryl, me fais plus de frayeur comme ça, m'exclamai-je en posant une main sur mon cœur.

Il grogna avant de s'approcher de la porte et de donner un petit coup de pied dedans.

- Y a quoi là dedans ?

- Rien de bien intéressant, crois-moi. Et sinon t'as trouvé quoi de ton côté ? Demandai-je en changeant de sujet.

- Y a les restes de la mère là-dedans ? Devina-t-il.

- Comment tu sais ?

- Pas besoin d'être devin pour deviner qui vit ici, y a des portraits tout les deux mètres dans le couloir et vu la déco ça pouvait être que la mère et sa fille.

J'hochai la tête avant de frissonner en repensant à ce qu'il y avait derrière la porte.

- Qu'est ce que t'as trouvé, du coup ?

- Y a un garage mais pas de voiture, elle doit être garée dehors. Par contre les placards sont remplis de bouffe, j'ai jamais vu ça depuis l'début de l'épidémie, résuma-t-il.

Il reprit son arbalète bien en main et s'avança dans le couloir avant de tourner dans la pièce à gauche.

Je me redressai et repris ma visite, et allai au fond du couloir jusqu'à une porte blanche où un écriteau accroché et arborait, en lettres dorées, le prénom de Judith. Je poussai doucement le battant avant de pénétrer dans une chambre d'enfant, au ton rose pâle coupé d'une frise arborant les diverses princesses de Disney. Un lit une place à baldaquin, noyé sous les divers doudous et coussins, avait été placé au milieu de la pièce. Des jouets étaient éparpillés un peu partout dans la pièce, se mélangeant avec les poupées.

Je m'approchai d'une commode située sur ma droite et me saisis délicatement d'une petite poupée en chiffon. Elle avait des cheveux blonds, attachés en deux nattes et portait une jolie robe fleurie, surmontée d'une veste en jean avec écrit Judith dans le dos.

- Gwen ! Ramène tes fesses ! Vite ! Cria Daryl.

Je rentrai la poupée dans la poche intérieure de mon manteau avant de sortir mon couteau et de rejoindre Daryl. J'entrai dans la salle de bain, vérifiant tous les coins de la pièce avant de me tourner vers Daryl qui était accroupis au bord de la douche et où l'eau… coulait ? Je me précipitai à ses côtés, regardant avec émerveillement cette eau pure sortir d'un tuyau.

- J'crois qu'on a tiré le gros lot, soufflai-je.

- Tu crois pas si bien dire, répondit le chasseur en m'attrapant la main et en la passant sous l'eau.

J'ouvris la bouche ébahie, je n'en croyais tout simplement pas mes yeux. Non seulement nous avions de l'eau, mais en plus elle était chaude.

Emmitouflée dans plusieurs épaisseurs de vêtements, trouvés dans le grand dressing de l'ancienne propriétaire, et une épaisse couverture, je raclai le fond de la conserve de petit pois avant de la reposer sur la table, repue.

Je m'étirai le dos et passai une main dans mes cheveux légèrement humides, heureuse de me sentir propre. Des bougies étaient disposées aux quatre coins de la table, illuminant notre véritable festin et réchauffant un peu l'atmosphère.

- On fait quoi maintenant ? Demandai-je, les yeux dans le vide en repensant à nos amis perdus.

- Comment ça ? Questionna-t-il, la bouche pleine.

- Par rapport à Glenn, T-Dog et Andréa. La ville n'a rien donné et c'était le seul indice que nous avions sur leur direction. A présent ils peuvent être n'importe où… Soufflai-je.

- On a fait tout ce qu'on a put. S'ils s'en sont sortis, ils ont dû probablement rejoindre le reste du groupe.

- S'ils s'en sont sortis… Tu penses qu'on devrait rentrer ?

- J'pense que ça ne sert à rien de tourner en rond. Seul, on est vulnérable et on sera plus efficace si tout le groupe les recherche, exposa Daryl, tandis que j'hochai doucement la tête.

Un petit gémissement me fit tourner la tête et le jeune chien posa une patte sur ma jambe, quémandant de la nourriture.

- Il faudrait qu'on lui trouve un nom, dis-je en lui un morceau de viande séchée.

Daryl haussa un sourcil.

- Au chien, précisai-je.

- … Hum… Pourquoi pas… Le clébard ! Proposa Daryl, ce qui ne plut apparemment pas au dit clébard qui grogna.

- Non… Il faudrait quelque chose qui ait plus de sens.

- Truc de gonzesse…

Je l'ignorai et réfléchis, avant que ça ne me fasse tilt.

- Lucky ! Lucky ça te plaît ?

Lucky aboya et secoua la queue avec joie, me faisant sourire. Daryl posa la boite de conserve vide et attrapa son arbalète, la vérifiant

- Tu faisais quoi avant tout ça ? Demanda Daryl en tripotant un de ses carreaux. Je parie qu't'étais cambrioleuse.

- Une cambrioleuse ? Pourquoi ? Riai-je, en m'imaginant escaler une façade d'immeuble pour rentrer dans un appartement, ce qui était tout à fait ridicule.

- J'sais pas… On dirait que t'as un don pour fracturer les portes, bien que la discrétion ne soit pas ton fort, dit le chasseur.

Je levai les yeux au ciel, ne répondant même pas à sa pique

- Apprends-moi à tirer à l'arbalète et à chasser !

- Non.

- Pourquoi ?

- Parce que pour tirer à l'arbalète, il faut savoir viser et que pour chasser il faut savoir viser et se faire discrète. Deux choses que tu ne maîtrises absolument pas, cingla Daryl.

- Hey ! Je suis discrète !

- Autant qu'un éléphant ! Tes pas sont lourds et sans aucune légèreté.

- Dans ce cas apprends-moi, m'exclamai-je, excédée.

Daryl posa ses pieds sur la table et mit ses bras derrière sa tête, fixant le plafond avec un petit sourire.

- Le jour où … tu me toucheras avec une boule neige, je t'apprendrai, répondit-il avant d'avoir un petit rire.

- Deal ? M'assurai-je en tendant ma main.

- Deal ! Répondit-il en la serrant. Mais je ne me réjouirais pas si vite si j'étais toi, vu ton talent pour les lancer, la tâche risque de ne pas être aussi simple.

Il détailla sa flèche, puis caressa doucement les plumes avec nostalgie.

- Comment t'as appris à t'en servir ?

Daryl tourna la flèche passant son doigt sur la pointe avant de soupirer. Il caressa sa légère barbe, réfléchissant à la réponse qu'il pourrait bien donner avant de se mâchouiller la peau de l'ongle, gêné.

- C'est mon frangin, expliqua-t-il avec une certaine émotion dans la voix, il m'a pas vraiment laissé le choix, mais aujourd'hui je lui en suis reconnaissant.

Je me perdis dans la contemplation de la flamme orangée de la bougie. Elle vacillait doucement, consumant la mèche et faisant couler la cire sur la table. A la ferme, j'entendais, parfois, les survivants parler de Merle Dixon, qui semblait être un personnage haut en couleur, bien différent de Daryl.

- Que lui est-il arrivé ? A Merle, demandai-je.

Un éclair de douleur traversa les yeux bleus de Daryl, avant qu'il ne reprenne un visage dur et froid, enfouissant toute sa douleur. Il se leva, serrant la couverture autour de lui, rangea le carreau dans son étui avant de se saisir de son arbalète.

- Tu devrais aller dormir, la journée de demain va être longue, conseilla-t-il, le dos tourné. Prends la chambre de la p'tite, j'dormirai sur le canapé.

Je soupirai avant de claquer des doigts pour que Lucky me suive.

- Bonne nuit, lâchai-je avant de sortir de la pièce.

Je courus jusqu'à une petite voiture bleue garée à l'entrée d'une ville déserte et toquai à la vitre, le sourire aux lèvres. Sarah sursauta avant de se détendre en me voyant, elle déverrouilla les portes et me laissa entrer.

- Y a un hypermarché dans le centre ville, lui indiquais-je.

- Gwen ! T'avais dit que tu allais juste à l'entrée, gronda Sarah.

- Oui, je sais, mais la ville est carrément déserte !

- C'est trop dangereux. Nous ne pouvons pas nous permettre de prendre de risque inutile. L'épicerie aurait été en périphérie ça aurait été différent, mais là… contra ma sœur.

- Ecoute, on a plus de provisions et toutes les maisons qu'on a fouillées ont été vidées, si on ne trouve pas de la nourriture on ne tiendra pas longtemps, expliquai-je.

Ma sœur soupira et regarda par la fenêtre, réfléchissant. Quand elle se retourna vers moi, je sus que c'était gagné. Je frappai dans mes mains et mon sourire s'agrandit à l'idée de pouvoir manger quelque chose de correct.

- Alors ? Questionnai-je pleine d'espoir.

- On y va ! Mais à deux conditions ! Coupa-t-elle, en me voyant m'enthousiasmer. Je pars en éclaireur pour vérifier qu'il n'y ait pas de danger, tant que je ne t'ai pas appelé, tu ne rentres pas et si je te dis de courir, tu cours peu importe le reste, d'accord.

J'hochai la tête avec vigueur, telle une enfant.

- Oui, oui, oui !

- Tu n'as absolument rien écouté !

- Bien sûr que si ! Tu as dit que je devais attendre ton ordre pour entrer et que je devais courir si tu me l'ordonnais peu importe le reste ! Répétai-je, avec entrain.

Sarah hocha la tête et eut un petit sourire, crispé. Sa tête se déforma et des flashs apparurent.

Des étagères renversées… Un magasin sombre… Une odeur de mort et un cri… Sarah… Elle se dandina vers moi avant de m'attraper et de me mordre à la jugulaire…

- Ah ! Criai-je, en me réveillant en sursaut, le souffle court.

La sueur se mélangea à mes larmes et mon corps fut pris de petits tremblements. J'éclatai en sanglots, enserrant mes genoux de mes bras et y cachant ma tête pour étouffer ma peine. Des pas de course se firent entendre dans le couloir et Daryl ne tarda pas à arriver, alerté par mon cri. Il vérifia la chambre à la recherche d'une éventuelle menace avant de s'approcher, avec hésitation, avant de s'assoir au bord du lit.

- Elle était là ! Elle est toujours là ! Elle ne me laisse pas ! Pleurai-je, en repensant à son regard de haine malgré ses yeux vides.

- Sarah ? Demanda Daryl.

Je relevai soudain la tête, me noyant dans ses yeux bleus qui comprenaient la douleur que je ressentais. Je me décalai, lui laissant suffisamment de place pour qu'il puisse me rejoindre dans le lit. Je posai ma tête contre son épaule, fixant le mur sans vraiment le voir, mes larmes se faisant de plus en plus silencieuses.

- C'est de ma faute si elle n'est plus là, dis-je d'une voix morte avant de frissonner. Ça faisait des jours qu'on se nourrissait du peu que l'on arrivait à trouver. Quand nous sommes arrivées dans cette ville déserte et que j'ai vu le magasin, je n'ai pas pensé une seule seconde que ça pourrait mal tourner… C'était il y a bientôt un an et à cette époque j'étais immature, je n'avais pas conscience du danger... Je ne pensais pas que les rodeurs étaient aussi dangereux… Tout était tellement irréel, je pensais que c'était un virus comme tant d'autres et que bientôt les scientifiques trouveraient un remède. J'étais consciente des risques, mais je n'ai pas réfléchi…

Les larmes ne coulaient plus, mais les souvenir de ce jour se repassaient en boucle dans ma tête.

- Je n'en faisais qu'à m'a tête et c'est ma sœur qui en à payé le prix lourd. Je l'ai suppliée d'aller dans ce magasin et elle a accepté. Elle est partie en éclaireur, mais étant donné qu'elle mettait du temps à revenir, je suis partie à sa recherche. Le magasin était totalement dévasté et il y avait cette odeur de pourriture qui ne m'était pas encore suffisamment familière pour m'alerter du danger… Quand je l'ai trouvée, elle était poursuivie par une dizaine de rôdeurs…

- Gwen ! Cours !

- Je ne l'ai pas écoutée et c'est ce qui lui a fait perdre cette demi-seconde de chance pour s'en sortir… Elle… Elle…

Ma voix se bloqua dans ma gorge et je posai mes mains sur ma bouche réalisant ce que j'avais fait, les larmes se remettant à déferler à torrent.

- Oh… Sarah… Sarah… Je suis désolée… Tellement désolée… Pardonne-moi… Tout est ma faute… Je t'ai tuée… Pleurai-je, en me balançant d'avant en arrière.

Daryl me prit maladroitement dans ses bras, me collant à son torse avant de me bercer doucement.

- Chut… Chut, souffla-t-il dans mon oreille.

Jamais je ne m'étais confessée sur ce qu'il s'était passé ce jour, pas même à Maggie. Maggie… celle que je considérai comme ma sœur de cœur… allait-elle avoir le même destin que ma défunte sœur ? Serai-je responsable de sa mort ? Non… Je ne devais pas refaire deux fois la même erreur…

- Je comprends ta douleur… Merle n'a jamais été le frère idéal : souvent absent, bourré, drogué, violent, raciste j'en passe et des meilleures, mais je savais que je pouvais compter sur lui. Il est parti à Atlanta avec notre groupe de survivants faire des provisions… Là-bas il est devenu incontrôlable, il a frappé T-Dog et Rick a été obligé de l'attacher sur le toit de l'immeuble…

Mes pleurs cessèrent, me concentrant pleinement sur sa voix grave et les petits balancements. Daryl contracta la mâchoire, ses yeux bleus fixant le mur sans ciller comme s'il était en train de revivre l'évènement.

- Les rôdeurs ont envahi l'immeuble et dans la panique T-Dog a paumé la clé. Dès que j'ai su ce qu'il s'était passé, je suis retourné sur les lieux pour le sauver, mais tout ce que j'ai trouvé c'est… une main. Il se l'était coupée, croyant que je ne viendrai pas et était barré… Je me fais pas d'illusions… Avec tout le sang qu'il a perdu, impossible qu'il survive... Dans toute cette histoire, ce qui me peine le plus c'est qu'il n'ait pas cru en moi… Qu'il m'ait abandonné… … Je voudrais avoir une deuxième chance pour lui montrer qu'il peut compter sur moi…

Une seule et unique larme roula le long de sa joue avant de se faire stopper par sa main, qui effaça toute trace de faiblesse.

- J'ai fait mon deuil, acceptant le fait que ce ne soit pas à cause de moi qu'il soit mort… et j'ai pardonné à T-Dog. Il faut que tu fasses de même. Tu ne peux pas ressasser les évènements passés toute ta vie en te disant : et si j'avais fait ça, et si j'avais fait ci. Lâche prise et laisse ta sœur partir en paix. Ta place est dans le présent parmi les vivants, pas dans le passé… alors souris à la vie… chuchota-t-il.

Il me déposa sur le matelas, avant de se décaler. Je lui attrapai le poignet avec force, l'empêchant de descendre du lit.

- Reste, s'il te plaît.