Bonjour à tous cher lecteur et lectrice,

Tout d'abord, désolée pour cet immense retard – 1 mois - j'ai honte, mais j'ai aussi une très bonne excuse : j'étais en pleine période d'examen (et ce n'est pas du pipot). Cependant –mes petits rôdeurs- je ne reviens pas les mains vides puisque je vous ais concocté un beau chapitre de 11 pages worlds –oui, oui vous avez bien entendu. C'est le chapitre le plus long que j'ai écrit jusqu'à maintenant, alors j'espère qu'il vous plaira ! )

Bonne lecture.

Chapitre 17 : Tourner la page

J'avançai silencieusement, armée d'un pistolet silencieux et d'une lampe de poche, scrutant chaque recoin de la grande allée principale du centre commercial. Le sang me battait dans les oreilles et mes sens étaient en alerte, prêts à réagir au moindre mouvement ou au moindre bruit. Tout était calme, encore une fois, trop calme. Je m'approchai d'un cadavre dans un tel état de décomposition que je ne pus déterminer correctement si c'était un homme ou une femme, un adulte ou un adolescent. Je donnai un coup de pied dans sa jambe, le pistolet braqué sur sa tête, attendant une réaction qui ne vint pas.

Les portes d'entrée avaient été ouvertes, attirant une majorité de rôdeurs à l'extérieur. Une ombre approcha sur mon flanc droit, je me retournai prête à tirer, avant d'abaisser mon arme. Sasha, une femme métissée au doux visage, sourit doucement et me fit signe de faire attention, avant de repartir vers l'avant.

L'opération de mise en sécurité du magasin était sur le point de commencer quand nous étions entrés dans la réserve. Tout le monde était déjà en place : les personnes les plus fragiles étaient déjà à l'avant du magasin prêtes à ouvrir les portes et à exterminer les rôdeurs qui se jetteraient dans la gueule du loup, tandis que les autres devaient s'assurer qu'il ne reste plus aucun mort-vivant dans les différentes boutiques présentes dans la galerie. Juste le temps d'étreindre Rick, T-Dog et Carol qui faisaient partie de la mission et de faire une rapide présentation des quelques membres présents du groupe de Sasha avant de partir en reconnaissance.

J'enjambai un cadavre et virai à droite, entrant chez McDonald. Je m'avançai d'un pas mal assuré dans la salle du fast-food, la lueur de ma lampe de poche balayant tous les recoins de la pièce. Un bruit de casserole qui chute me fit sursauter. Je passai derrière le comptoir et pointai le pistolet en direction du bruit, la lampe cherchant une menace. Tout était redevenu calme. Je retins mon souffle, pris mon courage à deux mains avant de pénétrer dans les cuisines.

Je me retins de justesse au plan de travail, mes pieds glissant sur le sol huileux. La cuisine était un véritable champ de bataille : la plupart des ustensiles étaient à terre et des feuilles de salades flétries, ainsi que des steaks périmés depuis bien longtemps, étaient abandonnés sur les plans de travail.

Je m'approchai de la chambre froide et tirai sur la poignée. Une terrible odeur m'assaillit les narines, sans qu'aucun grognements ne viennent. Le néon de la lampe balaya la pièce et s'arrêta sur une mère serrant son enfant contre elle, dissimulée derrière une grosse pièce de viande pendouillant du plafond. Leurs visages étaient de marbre et leurs cheveux n'étaient plus que des stalactites. Un peu plus loin, une serveuse et un cuisinier étaient allongés au sol, également morts de froid. Les malheureux avaient dû se retrouver coincés dans la chambre, sans personne pour leur ouvrir et avaient finis par s'endormir à tout jamais.

Alors que je fermai la porte, une main décharnée et osseuse m'attrapa le bras. La lampe m'échappa des mains et roula sous un meuble, me plongeant dans le noir presque complet. Je jurai avant de repousser le rôdeur, l'envoyant au sol. Je m'accroupis au-dessus de lui, m'assurant de ne pas manquer mon coup et tirai.

D'autres grognements se firent entendre et deux silhouettes de rôdeurs apparurent dans la seconde qui suivit. J'attrapai un plateau roulant et leur lançai dessus avant de reculer. Sans lumière pas la peine d'essayer de tirer au pistolet. Je n'eus pas le temps de réfléchir à une autre solution qu'un rôdeur apparut sur ma droite et se jeta sur moi. Il m'attrapa férocement les épaules, ses dents manquant de justesse ma carotide. Je tentai de le repousser mais il m'agrippa encore plus ardemment, tout son poids reposant sur mon buste et me faisant reculer.

Soudain, mes pieds patinèrent et glissèrent, me faisant chuter violemment au sol. Ma tête cogna le sol et le pistolet glissa quelques mètres plus loin, hors de portée. Je fis basculer le rôdeur sur le côté et lui envoyai mon poing dans la tête, plusieurs fois jusqu'à ce qu'il arrête de bouger, avant de ramper jusqu'à mon pistolet. Je tendis la main, mes doigts effleurant le manche du pistolet avant de me faire tirer par les chevilles, loin de mon arme. Je me mis sur le dos et envoyai un coup de ranger dans la tête d'un des morts, l'éloignant un instant et permettant à son collègue de se jeter sur moi, en grognant.

Bien que décharnés, leur poids était bien supérieur au mien et au bout de quelques secondes, je sentis mes bras trembler sous la masse qu'ils devaient supporter. La bouche puante du mort se rapprochait de plus en plus de ma joue et des filets de bave noirâtre me coulaient sur le visage. Je serrai les dents et mis tout leur poids sur mon bras gauche, tandis que le droit serpentait entre nos corps, jusqu'à ma taille. J'attrapai mon couteau et envoyai un coup de tête au rôdeur, qui gagnait du terrain millimètre par millimètre, avant de lui insérer la lame dans son crâne pourri. Il s'effondra mort sur moi et son collègue ne tarda pas à subir le même sort.

Je me dégageai des deux rôdeurs, le souffle court, et m'essuyai le visage avec dégoût. Ce n'était pas passé loin ! Je n'eus pas le temps de reprendre mes esprits, qu'un bruit de pas se fit entendre, léger certes, mais tout de même présent. Je me relevai silencieusement et m'appuyai contre le frigo, le poignard bien en main et retenant ma respiration.

Il y eut un mouvement sur ma gauche et je bondis sans perdre une seconde. Mon poignard fendit l'air avant d'être détourné par une main puissante. Il vint se planter dans un placard argenté, me laissant sans arme.

J'eus un petit sourire avant d'envoyer un coup de coude dans le torse de la personne, qui recula sous le choc. Je ne lui laissai pas reprendre ses esprits et lui fit une balayette, l'envoyant à terre avant de me mettre à cheval sur son ventre, mes mains venant emprisonner ses poignets.

- Je t'avais dit que je savais me battre Dixon, chuchotai-je à son oreille.

Daryl émit un grognement et d'un mouvement habile de bassin, me fit passer en dessous de lui.

- Pas mal Black. Bien que le combat ne soit pas tout à fait loyal, répliqua le chasseur.

Un grésillement résonna dans la cuisine et une à une toutes les lumières s'allumèrent, dévoilant plus clairement l'endroit où nous étions. Les rôdeurs abattus gisaient au sol dans une mare de sang qui s'étendait dans toute l'allée jusqu'à nous.

- Ça s'appelle de la stratégie, répondis-je en le poussant pour me relever.

- Stratégie mon cul ! T'as eu les chocottes et t'as attaqué sans réfléchir, répliqua Daryl.

- Puff, soufflai-je, tu n'y conn…

- Daryl ?! Résonna en écho la voix de Rick.

Le chasseur me jeta un coup d'œil avant de disparaître, rejoignant l'ex-policier. Je soupirai avant de me tourner vers les rôdeurs abattus. J'en attrapai deux par le col avant de les tirer à l'extérieur du fast-food. Le centre commercial ne comportait aucun étage et s'étalait sur cinq cent mètres de magasins en tous genres. C'était certes l'un des plus petits centres que je n'avais jamais vu, mais nous pouvions nous estimer heureux qu'il tienne encore sur pied et surtout, qu'il ne soit pas totalement dévalisé. Je zigzaguai entre les cadavres qui peuplaient la grande allée, trainant avec difficultés les deux morts, et sortis dans la cour de la réserve où un grand feu avait été allumé. T-Dog jetait les rôdeurs dans le feu, accompagné de Loana et Jacob : un couple très charmant et soudé. Je déposai les deux rôdeurs dans le tas et repartis en chercher d'autres.

Lori s'approcha d'un banc, sa main droite soutenant son gros ventre, et s'y affala en soufflant douloureusement. Je la regardai faire de loin et changeai de trajectoire. Les morts attendront. Je m'avançai vers elle, préoccupée, et m'assis doucement à ses côtés. Elle me tendit son poignet, d'un geste mécanique, me laissant écouter son pouls. Nous étions trois à nous être mobilisé pour nous occuper de Lori et de sa grossesse à risque. Carol et moi étions les apprenties infirmières et Hershel nous apprenait les bases de l'accouchement, ainsi que deux-trois astuces pour soigner correctement une blessure.

- Il a un rythme constant, mais reste faible. Comment te sens-tu ? Questionnai-je, en lui lâchant le poignet.

- Fatiguée, lourde, faible, résuma-t-elle, lasse.

- Et le bébé ?

- Il commence à bouger.

- Lori, je pense ne rien t'apprendre en te disant que si tu étais réellement à deux mois de grossesse tu n'aurais pas un tel ventre et le bébé ne bougerait pas déjà. C'est important pour nous de savoir quand il a été conçu environ. Sans ces données essentielles, on ne pourra pas prédire le moment de l'accouchement et c'est problématique, tu comprends ?

Elle regarda autour d'elle, anxieuse que quelqu'un nous aie entendu.

- Si j'ai bien compté, je devrai attaquer mon cinquième mois la semaine prochaine. Garde-le pour toi, s'il te plaît, m'informa-t-elle, en caressant son ventre.

Cinq mois… C'est-à-dire qu'il aurait été conçu avant son arrivée à la ferme et le fait qu'elle soit aussi nerveuse voudrait dire que…

- Il est pas de Rick, n'est-ce pas ? Demandai-je, gênée.

Elle me regarda affolée et les larmes lui montèrent aux yeux.

- Ne t'inquiète pas, personne ne sera au courant…

- Au courant de quoi ? Intervint Carl en s'approcha un revolver en main.

Je sursautai et Lori reprit son rôle de maman après avoir effacé en vitesse toute trace de larmes.

- Carl ?! Passe-moi ça ! Ce n'est pas un jouet. Tu vas finir par te blesser, gronda-t-elle, en tendant la main.

L'adolescent grommela, mais finit par lui donner à contre-cœur. Lori le posa à côté d'elle sur le banc d'un geste brusque. La tension était électrique : Carl fixait sa mère avec soupçon, tandis que Lori fuyait son regard. Je tâtai ma poche intérieure et en sortis la poupée.

- Hey ! Regarde ce que j'ai ramené pour le bébé, souris-je, en la tendant à Carl et en espérant détendre l'atmosphère.

Il la manipula délicatement et caressa doucement la broderie, son visage se détendant petit à petit.

- Judith ? Comme ma maîtresse ! Mais… Gwen, le bébé sera un garçon, m'informa Carl très sérieux.

- Ha bon ? Et qu'est-ce qui te fais dire ça ? Questionnai-je, curieuse.

- Parce que les filles c'est faible, lâcha-t-il avec un sourire taquin.

Je plissai les yeux et l'attrapai rapidement, le positionnant en sac à patate sur mon épaule. Il poussa un petit cri avant de se mettre à rire.

- Alors comme ça les filles sont faibles ?! Tu vas voir toi !

- Maman ! Au secours ! Supplia-t-il, alors que je me mettais à faire la toupie.

Tout devient flou autour de moi et le sol commença à tanguer dangereusement. Je déposai Carl au sol et en bonne diablesse, l'achevai avec des chatouilles. Il se tordit dans tous les sens, criant et rigolant. Les larmes dévalèrent ses joues creuses et je parvins à distinguer des supplications derrière ses rires.

- D'accord ! Arrête ! Les femmes ne sont pas faibles ! Les femmes ne sont pas faibles ! Pitié ! Supplia Carl, avant de s'étouffer avec un rire.

- Je préfère ça, dis-je en stoppant ma torture, le laissant reprendre ses esprits.

Lori nous regardait avec des yeux nostalgiques, bien qu'un petit sourire illumine son visage. Ses traits étaient tirés, ses yeux cernés et ses joues creuses. Elle semblait sur le point de se briser. J'espérai que le fait de se poser quelques temps et de pouvoir manger à sa faim, la remettrait d'aplomb, mais surtout qu'elle tiendrait jusqu'à son terme. Je me tournai vers Carl, qui s'était calmé et qui à présent détaillait la poupée de chiffon, avec cette douceur enfantine qui avait disparu depuis que nous étions sur les routes.

- J'ai une idée ! Puisque le bébé sera un garçon, et si nous allions lui chercher une peluche dans cet immense centre commercial ? Qu'en dis-tu ? Demandai-je, avec entrain.

Carl releva la tête, un grand sourire aux lèvres. Il interrogea sa mère du regard.

- Fais attention, lui dit-elle simplement, fatiguée.

Il la prit rapidement dans ses bras et nous partîmes à la découverte des différents magasins. Il y en avait beaucoup et pour tous les goûts : nous passâmes par Sony, RadioShack, Starbuck avant de faire un arrêt dans l'espace alimentaire. Nous fîmes le plein de chips, Coca-Cola, chocolat, pop-corn et autres cochonneries avant de continuer notre route.

Un petit crissement m'interpella. Je tendis le bras, stoppant Carl, qui était en train de croquer à pleines dents dans une tablette de Dairy Milk, et le fis passer dans mon dos, tout en sortant mon pistolet. Je vérifiai chaque rayon et chaque cadavre afin d'être sûre qu'ils étaient définitivement morts. Le crissement recommença, tout près. Je fis signe à Carl de rester là et m'avançai silencieusement vers la source, en tendant l'oreille. Au son d'un bruit de sac qui tombe, je sortis de ma cachette, le pistolet prêt à tirer avant de me détendre.

- Bah alors mon chien, qu'est-ce qui se passe ? Questionnai-je, en souriant.

Lucky gémit et me regarda avec de grands yeux malheureux. Sa patte était posée sur un gros sac de croquettes qu'il essayait d'ouvrir, en vain. Il vint quémander une caresse et attrapa mon pantalon me tirant vers le sac en gémissant.

- Carl ! Tu peux venir tout est Ok ! Appelai-je, tout en m'approchant du gros sac de croquettes.

Je pris mon poignard et l'éventrai. Une bonne partie des croquettes se déversa sur le sol dallé du magasin, pour la plus grande joie de mon compagnon à quatre pattes, qui aboya de bonheur avant de se jeter sur son festin.

Carl apparut, les mains vides de friandises mais serrant fermement une peluche en forme de camion de pompier.

- Quand j'étais petit, je voulais faire pompier pour sauver des vies et éteindre les feux… Ça n'arrivera plus… mais je me disais que peut-être que le bébé aimerait avoir quelque chose qui me tenait à cœur.

- C'est un très beau cadeau. Je suis sûr qu'il appréciera, souris-je, émue.

Nous sortîmes de l'espace nourriture, revenant sur nos pas. Nous passâmes devant le rayon dédié aux peluches et j'aperçus le camion. Heureusement que je lui avais bien dit de ne pas bouger, pensai-je en secouant la tête. Nous regagnâmes l'allée principale du magasin, qui était nettement plus nette que tout à l'heure. Il ne restait plus que deux, trois morts par-ci, par là et les portes qui avaient été entièrement ouvertes avaient chassé l'odeur de putréfaction.

-… Hum… Tu faisais quoi avant ? Questionna Carl, en se raclant la gorge.

- Je servais et chantais dans un bar, répondis-je distraitement en regardant autour de moi.

- Tu chantais ? Demanda Carl, incrédule.

Il s'arrêta et me regarda avec de grands yeux comme si j'avais dit une abomination.

- Oui, ris-je.

- Chante !

- Euh… Non.

- Pourquoi ? Se plaignit Carl. S'te plaît, ça fait tellement longtemps que je n'ai pas entendu quelqu'un chanter !

Je soupirai intérieurement. Ça faisait tellement longtemps que je n'avais plus chanté. J'avais presque oublié que je savais le faire, comme si mon passé n'avait plus d'importance, qu'il n'avait jamais existé. Ma vie antérieure n'avait plus d'importance, seul le présent comptait maintenant. Je me figeai en apercevant Maggie discuter avec une petite fille blonde près de l'entrée. Elle lui posa une main sur l'épaule, sourit et sortit du centre commercial, disparaissant à l'extérieur.

- Et si tu allais faire connaissance avec les autres ? Regarde, y a une petite fille toute seule là-bas, et qui sait peut-être qu'il y a d'autres enfants, lui conseillai-je.

Il plissa les yeux, me regardant d'un air suspicieux. Je lui fis un sourire angélique et eus l'étrange impression d'avoir inversé nos rôles.

- Ecoute. Si tu me promets de faire connaissance avec les autres enfants, je chanterai ce soir ! Ok ? Proposai-je.

Il acquiesça lentement après avoir pesé le pour et le contre.

- Ça marche.

- Et il faudra également que tu me trouves un gobelet en plastique rouge, ajoutai-je.

- Et s'il n'est pas rouge ?

- Je chante pas. Maintenant va mon jeune padawan et que la force soit avec toi, ordonnai-je d'une voix grave.

Il me jeta un regard sceptique et s'éloigna, en ricanant, en direction de la jeune fille qui avait été rejointe par un plus petit garçon aux cheveux bruns. Je m'assurai qu'il les rejoigne bien avant de me diriger vers la sortie du centre commercial. Des personnes du nouveau groupe, ainsi que Hershel, Carol et Andréa déplaçaient les voitures garées sur l'immense parking enneigé qui s'étendait devant nous, afin de faire un barrage autour du magasin, histoire de ralentir les rôdeurs. Je cherchai Maggie du regard, avant de l'apercevoir sur le toit d'un bus scolaire, un sniper à la main.

Elle se retourna quand elle m'entendit me hisser sur le toit, me fit un petit sourire mécanique, puis se remit à scruter l'horizon. Je m'avançai prudemment faisant attention de ne pas glisser du toit et vins m'assoir à ses côtés. Le soleil qui planait au-dessus de nos têtes contrastait avec le paysage hivernal qui s'étendait devant nos yeux.

- Quand est-ce que la douleur partira ? Questionna Maggie, d'une voix éteinte, au bout de quelques minutes.

Je tournai lentement la tête vers elle, détaillant ses traits tirés avant de soupirer, laissant échapper un nuage blanc de ma bouche.

- Elle ne partira pas, mais le temps finira par l'atténuer. C'est ce qui nous rattache à notre humanité : les sentiments. Le jour où tu ne ressentiras plus rien en perdant un proche, alors tu ne seras plus humaine, expliquai-je.

- C'est trop dur, gémit-elle en baissant la tête. Mon rôle était de veiller sur elle… J'ai tout foiré !

Je m'approchai d'elle et la prit dans mes bras, la consolant.

- Je sais ce que tu ressens, soufflai-je.

Cette conversation me ramenait à celle que j'avais eu avec Daryl hier soir. Le syndrome du survivant… Pourquoi elle et pas nous ? Impossible à expliquer et tellement difficile à accepter.

- La vie est comme un livre : il faut savoir passer au chapitre suivant pour pouvoir connaître la suite de l'histoire. Je ne te dis pas de tourner la page maintenant, mais un jour il le faudra. Pour toi, pour Glenn, mais surtout pour Beth, qui n'aurait pas voulu que tu te lamentes sur ton sort et sur sa mort. On n'est pas maître de son destin, ce qui devait arriver est arrivé. Il faut juste savoir l'accepter et s'adapter, tu en es capable, la conseillai-je.

Elle releva la tête, ses larmes se tarissant et me regarda avec ses yeux gonflés.

- Tu as tourné la page, toi ? Demanda-t-elle.

Je réfléchis un instant. J'avais eu tellement de mal à accepter la mort de Sarah, je me sentais tellement coupable… et puis y avait eu Daryl qui avait su trouver les mots justes, encore une fois.

- Je pense… qu'il est temps pour moi de passer au chapitre suivant. Ma sœur me manque terriblement, chaque jour en me levant je pense à elle, mais elle aurait voulu que je continue à vivre, que je continue de me battre. Elle était mon soutien et ce soutien je l'ai retrouvé en toi, en Hershel, en Beth, en Patricia, en Otis… et en Daryl.

Elle hocha doucement la tête et un véritable sourire, un sourire que je ne pensais plus jamais revoir, éclaira son visage. Elle se remit à scruter l'horizon, ses yeux brillants d'une nouvelle étincelle, elle soupira doucement et savoura l'air frais sur sa peau. Je lui désignai le rôdeur qui cheminait lentement entre les voitures. Elle s'empara tranquillement du sniper, enleva la sécurité et l'abattis. Je levai le visage vers le ciel, laissant le soleil chauffer mon visage. Aujourd'hui était une belle journée pour tourner la page.

La nuit était tombée depuis plusieurs heures déjà et la température avait considérablement chuté. Nous avions décidé de ne pas mettre en route le chauffage afin de pouvoir économiser un maximum d'énergie pour avoir de la lumière dans les différentes parties du magasin. Celles-ci avaient d'ailleurs été soigneusement inspectées et sécurisées. Tous les morts avaient été brûlés et une barrière de voitures avait été érigée autour des différentes entrées.

Une atmosphère de bonne humeur et de détente s'était peu à peu installée autour du grand feu que nous avions allumé. Les gens apprenaient à se connaître autour d'un grand festin composé essentiellement de boites de conserve, chips, viande séchée et diverses friandises.

Carl s'était finalement lié d'amitié avec Nina et son frère Walter, bien qu'ils aient quelques années de différence, et avait retrouvé une attitude enfantine. Lori était détendue et caressait doucement son gros ventre en parlant avec une jeune Française du nom de Françoise, tandis que Rick conversait avec son mari Pierre. Hershel faisait le tour de l'assemblée, bouteille en main, afin de servir les amateurs de vin, et Maggie regardait en souriant le grand feu, blottie dans les bras de Glenn. Je rougis et baissai les yeux en surprenant Daryl en train de m'observer une bouteille de vin à la main. Il eut un petit sourire narquois avant de se tourner vers T-Dog et de lui tendre sa bouteille amicalement.

- Hey ! Gwen ! Appela Carl en s'approchant, suivi de ses deux nouveaux amis.

- Dis-moi tout mon grand, lui souris-je, gentiment.

Il me tendit en gobelet en plastique d'un rouge écarlate.

- T'avais promis, rappela-t-il, tout à fait sérieux.

Je me figeai un instant avant de le prendre avec hésitation. Je caressai doucement le plastique avec une sorte de fascination, tout en essayant de me souvenir de la chorégraphie. Je m'assis en tailleur et le posai sur ma droite. Je tapai dans mes mains, puis au sol, avant de me saisir du gobelet et de le poser devant moi formant le début d'une mélodie. Peu à peu la chorégraphie me revint en tête et mes gestes se firent de plus en plus assurés. Quand le tempo fut suffisamment rapide, les paroles émergèrent d'elles-mêmes, me ramenant deux ans en arrière dans ce pub où j'avais rencontré pour la première fois James.

I got my ticket for the long way 'round
Two bottle 'a whiskey for the way
And I sure would like some sweet company
And I'm leaving tomorrow, wha-do-ya say?

When I'm gone
When I'm gone
You're gonna miss me when I'm gone
You're gonna miss me by my hair
You're gonna miss me everywhere, oh
You're gonna miss me when I'm gone

When I'm gone
When I'm gone
You're gonna miss me when I'm gone
You're gonna miss me by my walk
You're gonna miss me by my talk, oh
You're gonna miss me when I'm gone

A ma grande surprise, bien que ma voix soit un peu éraillée par le manque de pratique, les notes restèrent tout de même justes. Toutes les discussions avaient cessées, écoutant la chanson comme s'ils écouteraient une prière. J'eus un petit sourire, apaisée.

I've got my ticket for the long way 'round
The one with the prettiest of views
It's got mountains, it's got rivers, it's got sights to give you shivers
But it sure would be prettier with you

When I'm gone
When I'm gone
You're gonna miss me when I'm gone
You're gonna miss me by my walk
You're gonna miss me by my talk, oh
You're gonna miss me when I'm gone

When I'm gone
When I'm gone
You're gonna miss me when I'm gone
You're gonna miss me by my hair
You're gonna miss me everywhere, oh
You're gonna miss me when I'm gone

Ma voix diminua, jusqu'à ne devenir plus qu'un chuchotement terminant la chanson en douceur. Il y eut quelques petits applaudissements et un calme serein plana quelques instants au-dessus de nous, jusqu'à ce que Walter lâche un bâillement bruyant, sonnant l'heure du coucher pour les trois enfants.

Brittany, une vieille femme de soixante-dix ans, qui avait pris sous son aile Walter et Nina, se leva et les traina avec la douceur habituelle d'une vieille femme dans le magasin destiné à la literie. Lori se leva, également, bien que difficilement et s'approcha de Carl, en lui tendant la main.

- S'il te plait maman ! Laisse-moi encore un peu, plaida-t-il.

Elle secoua négativement la tête.

- Au lit jeune homme et plus vite que ça, ordonna-t-elle.

Carl souffla d'agacement et finit par se lever, ignorant superbement la main tendue de sa mère il rejoignit ses petits compagnons. Les enfants n'étaient pas les seuls à être fatigués : Hershel ronflait dans sa chaise d'appoint assommé par l'alcool qu'il avait ingurgité. Anciennement alcoolique, il avait replongé à la mort de Beth noyant son chagrin dans la boisson.

Une ombre longeant le mur attira mon attention. Très discret et presque invisible, Daryl avait profité du départ des enfants pour s'éclipser sans que personne ne s'en rende compte. Je me levai discrètement et sortis du cercle fait par les survivants, avant de me faire stopper dans mon élan.

- Où tu vas ? Questionna Maggie en se redressant, alerte.

Tout le monde se tourna vers moi, les yeux interrogateurs.

- Heu… Me coucher ? Proposai-je, mal à l'aise.

Elle plissa les yeux et eut un sourire en coin. Hershel émit un long ronflement, surprenant le groupe et détournant momentanément l'attention, me permettant de filer en douce. Je marchai rapidement, longeant le mur et m'éloignai jusqu'à que les bruits de leurs conversations ne m'atteignent plus. Les magasins défilèrent, puis prise d'une curieuse impression, je tournai à droite pénétrant dans une boutique de sport.

Je m'enfonçai dans le magasin, jusqu'à apercevoir la lueur d'une grosse lampe de poche. Daryl s'était approprié une tente Quechua de quatre places, à l'écart du groupe. Il était assis sur une chaise de camping, tripotant son foulard rouge, celui qu'il gardait toujours sur lui en guise de gris-gris, les yeux dans le vague.

- Je t'ai entendu, dit-il suffisamment fort.

Sa réplique me fit sourire et je m'approchai de son campement.

- Alors, ça y est ? Tu as trouvé ton refuge ? Questionnai-je.

Il haussa les épaules.

- Peut-être bien…

Je dansais d'un pied sur l'autre et finis par me lancer.

- Merci ! Pour la dernière fois. Tu m'as ouvert les yeux et m'as libéré d'un poids terrible à porter.

Daryl rangea son foulard dans sa poche et se leva me faisant face.

- Tu n'as pas à me remercier, souffla-t-il.

Ses yeux de glaces étaient si hypnotiques, j'aurais pu me perdre dans leur profondeur, dans leur histoire. Il y avait tant de mélancolie, de tristesse, de regret et de colère dans ses iris… Tant de choses qu'il ne méritait pas de devoir supporter.

Je fermai les yeux et nos lèvres se rencontrèrent dans un doux baiser qui devint de plus en plus sauvage. J'emprisonnai mes doigts dans ses cheveux, les tirant doucement. Il grogna et accentua son baiser, ses puissantes mains me pressant contre lui. J'émis un long gémissement et le repoussai légèrement cherchant mon air. Il appuya son front contre le mien, essoufflé, et huma mon odeur. Je le poussai doucement en arrière, le faisant reculer, jusqu'à ce qu'il s'allonge sur le matelas disposé dans la tente.

Je m'assis à califourchon sur lui et lui déposai une salve de baisers papillons le long de la mâchoire, jusqu'au col de son tee-shirt. J'attrapai le bas du vêtement et le soulevai, mais une main de fer m'emprisonna le poignet. Daryl se redressa et me repoussa doucement.

- Pas la chemise, interdit-il.

Ses yeux s'étaient assombris, et la crainte les transperçait. Je le pris dans me bras, humant à mon tour son odeur.

- Aies confiance, soufflai-je dans son oreille d'un ton apaisant.

Il ferma les yeux et me relâcha le poignet. Je lui déposai un petit baiser sur les lèvres, avant de lui enlever son tee-shirt, révélant son beau torse musclé, strié de … vieilles cicatrices. Cette vision me fit trembler d'effroi, comment pouvait-on battre un enfant ? Un être innocent qui n'a jamais fait de mal et qui ne demande qu'à être aimé.

Daryl ouvrit les yeux, observant mes moindres faits et gestes. Quand il s'aperçut que mes yeux restaient fixés sur ses cicatrices, il me repoussa une nouvelle fois délicatement et reprit son tee-shirt.

- Non, l'arrêtai-je.

Je le fis poser son tee-shirt et lui posai une main sur le torse, le forçant à s'allonger. Du bout des doigts, je caressai les cicatrices, souhaitant tellement qu'elles disparaissent à mon contact. Je me baissai, lentement, et les embrassai une par une. Le souffle de Daryl s'accéléra et d'un coup je me sentis passer dessous de lui.

J'eus un sourire, amusée, et passai une main dans ses cheveux en bataille.

- Tu n'peux pas t'empêcher de dominer, ris-je.

Il sourit et déposa un baiser sur ma main lorsqu'elle glissa près de sa bouche. Il était si doux et à la fois si sauvage, mais aujourd'hui nous avions le temps, nous n'étions pas pressés par les rôdeurs et nous étions en pleine possession de nos esprits.

Il me retira mes épaisseurs d'habits, me laissant en sous-vêtement. Je frissonnai au contact de l'air froid sur ma peau et rougis en m'apercevant du regard de braise que Daryl portait sur moi. Il suivit la chaine de mon pendentif et attrapa le médaillon, ses doigts effleurant doucement mes seins et embrasant mes sens.

- Ce sont mes parents, indiquai-je, lorsqu'il l'ouvrit.

Je posai doucement ma main sur la sienne et retirai le pendentif, le déposant à côté de moi avant de l'embrasser et de l'entrainer sur le matelas en rigolant. Il grogna et me mordit la clavicule, me faisant gémir. Mon bassin se souleva sous l'excitation, ondulant contre l'érection de Daryl. Oui, aujourd'hui nous avions le temps et nous le ferions correctement, pensai-je.