Titre original : The Dragon's Eye

Auteur : Late4F8

Traduction : Allys-33

Note de la traductrice : Je précise que l'auteur ne m'a pas encore donné son autorisation. Et en cas d'un éventuel désaccord, l'histoire sera évidemment supprimée. Je ne suis que la traductrice, pas l'auteur !

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The Dragon's Eye

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Chapitre 8

Gojyo pensa qu'il devait être environ minuit lorsqu'ils arrivèrent au port. Deux lampes étaient restées allumées pour les pécheurs nocturnes. Il n'y avait personne aux alentours, bien heureusement, car il n'avait rien sous la main pour cacher ses oreilles. Il avait abandonné sans trop y penser son t-shirt sur l'île.

Il y croyait à peine lorsqu'il posa son pied sur une planche en bois et marcha sur une route solide. Il se régalait de l'odeur des poubelles, des lampes à gazes et de la faible arôme de nourriture préparée : viande, oignon, pain... Il en avait l'eau à la bouche et l'estomac qui gargouillait.

Arrivé à l'atelier, Hakkai posa le petit dragon au sol, demanda à Goku d'allumer les lampes, en prit une et se tourna vers Gojyo.

— Allons à l'étage, dit-il et le mercenaire le suivit en portant prudemment Sanzo sur le petit escalier.

Le couturier ouvrit l'une des nombreuses portes du long couloir pour lui montrer la chambre de Sanzo. Il posa la lampe sur une petite commode près d'un lavabo surplombé d'un miroir et s'empressa d'écarter la couverture.

— Que veux-tu que je fasse ? demanda Gojyo en couchant le blond dans le lit.

— Rien pour l'instant, sourit gentiment Hakkai. En chemin j'ai eu le temps de penser à ce qu'il faudrait faire. Je vais parler au dragon, a-t-il un nom ?

— Je ne l'ai jamais nommé, admit le roux avec un haussement d'épaules.

— Oh. Bien, je pense c'est un peu primitif de simplement l'appeler "dragon". Mais bon, c'est un dragon, alors techniquement c'est encore correct.

Le couturier marqua une courte pause, les yeux dans le vide, puis lâcha un doux rire.

— J'imagine que ce n'est pas vraiment le bon moment. Mais était-ce présomptueux de ma part d'avoir pensé que vous partageriez la même chambre ?

— Heu...non, admit Gojyo en se grattant la tête, mal à l'aise, puis un sourire étira ses lèvres. Mais se serait surement présomptueux de la mienne compte tenu des circonstances.

— Très bien. Je vais rassembler quelques affaires, dit-il avec un sourire pudique. Et Goku, ce n'est pas bien d'écouter aux portes.

Le garçon entra timidement avec sa propre lampe.

— Désolé.

— Prépare une chambre pour Gojyo s'il te plaît et après va te coucher. Il est tard.

— Mais on n'a même pas dîné. Et puis, tu auras peut-être besoin de moi.

— Il faudra que tu sois en forme pour demain quand moi je serais fatigué d'avoir veillé toute la nuit. Alors faisons comme ça, d'accord ?

— Oh ! Oui, d'accord ! acquiesça le garçon avec énergie. C'est par là ! indiqua-t-il au mercenaire.

Il le conduisit juste à la chambre voisine et ouvrit la porte d'un coup sec :

— Et voilà.

Le roux jeta un coup d'œil dans la pièce et constata qu'elle était exactement pareille que celle de Sanzo, petite et soignée, avec une seule fenêtre cachée derrière un épais rideau et les draps déjà posé sur le grand lit.

— Il n'y a pas grand-chose à faire, remarqua-t-il.

— Non. Hakkai s'inquiète juste pour la poussière, tu vois, expliqua Goku en posant sa lampe sur la commode.

— Oui, il a bien l'air de ce genre de personne.

— Oui et il ne faut surtout rien salir, sinon il va devenir très effrayant. Tu as besoin d'autre chose ? Mais oui ! Il te faut peut-être de l'eau. Je reviens tout de suite, débita-t-il en partant au pas de course, laissant la porte grande ouverte. Le bruit de ses pas résonnèrent dans les escaliers.

Gojyo prit une profonde inspiration et soupira lourdement. Tout était silencieux, à l'exception des claquements étouffés provenant du rez-de-chaussée. C'était presque trop silencieux. Il lui fallut un moment pour réaliser qu'il n'entendait ni le bruit de la brise marine, ni celui des vagues.

— Merde, murmura-t-il. Il se dirigea lentement vers le lit et se laissa tomber sur le matelas le plus moelleux et le plus confortable qu'il n'a jamais testé. Le sourire aux lèvres, il se tourna dans une meilleure position et serra l'oreiller contre sa poitrine. A cet instant, il ne manquait qu'une seule chose : la présence de Sanzo à ses côtés.

En y pensant son sourire s'évanouit.

Gojyo repoussa l'oreiller et se redressa. Le matelas était plein de sable. Soudain il voulait un bon bain dans de l'eau propre, il voulait la délicieuse nourriture qu'il avait senti plus tôt et surtout il voulait que Sanzo redevienne le mercenaire grincheux et désagréable qu'il connaissait. Il le voulait tellement qu'il en avait mal au cœur.

Il pensa qu'il pourrait aller voir si Hakkai avait besoin d'aide et vérifier l'état de Sanzo. Peut-être qu'après il pourrait mentionner sa faim et chercher quelque chose à manger. Avec cette pensée en tête, le roux se leva, jeta un bref coup d'œil à la pièce et se dirigea vers la lampe, mais l'a délaissa rapidement au profit du petit lavabo et de son miroir.

— Merde ! Oh merde, merde, merde, répéta-t-il en se couvrant désespérément le visage, les coudes posés sur le rebord du lavabo.

Il avait été conscient de ses longues oreilles, mais les voire réellement était étrange. Les antennes sur sa tête, comme celle d'un insecte, étaient moins flagrantes, mais elle poussait par-dessus ses cheveux comme des mauvaises herbes. Il pouvait sentir les cicatrices sur sa joue, mais la peau n'était pas sèche et craquelée comme il l'avait imaginé. La chaire était d'un gris vert maladif et écaillé comme celle d'un poisson, montant de sa joue à son front. Certaines de ces écailles se retrouvait sur son menton, sur son cou et même sur le pont de son nez.

— J'ai apporté de l'eau, dit Goku en arrivant sur le pas de la porte.

Gojyo sursauta sous l'effet de la surprise. Il résista à l'envie pressante de se couvrir le visage avec ses mains maintenant qu'il savait quelle image il renvoyait. Pourtant quand Sanzo l'avait vu, il n'avait fait que de vagues remarques ; quant à Hakkai, il ne s'était même pas attardé sur son apparence. Goku de son côté l'avait comparé à un esprit des eaux. Il se rappelait en avoir déjà vu un lorsqu'il était plus jeune et la comparaison était compréhensif. C'est comme s'il c'était transformé en quelque chose d'étrange.

Goku posa sur le comptoir la cruche qu'il avait apporté et le remplaça devant le miroir.

— Je me regardais tous les jours au début, tout le temps, murmura-t-il en haussant les épaules. Et puis j'ai fini par m'y habituer.

Gojyo n'avait aucune réponse à lui donner et ça devait se lire sur son visage, car le garçon lui offrit soudainement un large sourire.

— Hakkai est très intelligent. Il va trouver un moyen de tout arranger.

— Tu veux dire, avant que nous ne devenions des monstres ? cracha-il sans y réfléchir. Tch. Désolé.

Goku semblait sur le point de lui répondre quelque chose de grossier lorsque Hakkai entra dans la pièce.

— Ah, Goku, as-tu terminé ici ?

— Oui ! Bonne nuit ! déclara le garçon en se précipitant hors de la chambre. Le bruit d'une porte qui claque se fit entendre quelques secondes plus tard.

Gojyo se demanda si le couturier était aussi le style d'homme à écouter aux portes, mais il se retint de poser la question à voix haute.

— Si vous pouviez me suivre dans la cuisine un instant.

Sans attendre de réponse il se tourna et partit.

— J'ai fait en sorte que Sanzo soit le plus confortable possible. Ne pas savoir quels sont les effets réels du poison ne me facilite pas vraiment la tâche. Mais je pense avoir tout ce qu'il faut pour y faire face.

L'étroite cuisine s'étirait en rectangle et dans le fond, une casserole d'eau chauffait sur un fourneau en fer. Sur les nombreux comptoirs de la vaisselle était proprement empilé. Près du four se trouvait un large bassin en métal presque entièrement rempli d'eau.

Hakkai y reversa prudemment l'eau bouillante.

— J'ai pensé que vous voudriez peut-être prendre une douche avant de vous coucher. Prenez vos aises je vous en prie. Sauf si vous préférez...

— Avec grand plaisir, interrompit Gojyo en plongeant un doigt dans l'eau pour la trouver agréablement chaude. Il retira son pantalon et grimpa dans le bassin avec un soupire de pur bonheur.

Il se sentait assez coincé et l'eau lui arrivait à peine au bas-ventre, mais c'était tout bonnement parfait.

— Merci dit-il au couturier.

— Je vous en prie, répondit poliment Hakkai en lui offrant un petit bol, du savon et des habits de rechange. Il semble que nous avons la même taille, alors je vous ai choisi ces vêtements, ils devraient vous aller et je pourrais toujours les ajuster si nécessaire.

— Merci encore, répéta le mercenaire. Il avait versé de l'eau chaude sur sa tête et frottait énergiquement. Il respirait avec joie la douce odeur de savon.

Le couturier se tourna vers le petit dragon posé sur le comptoir, tira un tabouret d'en dessous et s'y installa. Il sortit de sa poche un étui dans laquelle se trouvait une aiguille en or.

— Quand j'étais enfant, commença Hakkai, ma sœur et moi avons été vendu à une vieille sorcière.

Il caressa doucement le dos du dragon avant de poursuivre :

— Nous devions coudre toutes sortes de vêtements qui servaient à sa magie. Mais elle finit par mourir et ma sœur et moi avons de nouveau été vendus, séparément. Je ne sais pas ce qui est advenu d'elle. Quand j'ai pris de l'âge, j'ai commencé à la rechercher et j'ai multiplié les emplois.

Il leva l'aiguille face au dragon.

— Juste une petite piqûre, murmura-t-il en enfonçant prudemment l'aiguille dans la poitrine de l'animal. Je pensais l'avoir retrouvé une fois, forcée d'épouser le cruel seigneur d'un manoir. J'ai interrompu leur mariage et exigé sa libération, mais ce n'était pas elle. Je ne suis plus capable de me rappeler à quoi ressemblait son visage.

Il posa l'aiguille dans un bol et caressa affectueusement la tête du dragon. Ensuite il lui essuya la poitrine avec un morceau de coton.

— J'ai accidentellement tué le futur marié, poursuivit le couturier. Sa famille était à deux doigts de m'arracher la tête, mais j'ai réussi à m'échapper. Puis je suis tombé sur Goku... Il était perdu dans la forêt et ne m'a plus quitté depuis lors. Je pense qu'à ce jour ils doivent encore être à ma poursuite. Récemment je suis retourné dans l'ancienne maison de la sorcière dans l'espoir d'y trouver des indices sur ma sœur, mais à la place j'ai retrouvé le métier à tisser magique et l'aiguille enchanté. Vous voyez, l'aiguille draine le sang et je peux ensuite l'utiliser pour coudre toute capacité particulière d'une personne dans un tissu. La conception de vêtements sur mesure, est devenu mon travail.

Gojyo avait terminé son bain et s'habillait. Les vêtements étaient chauds et confortables alors il se permit de laisser la chemise ouverte.

Hakkai retira le coton de la poitrine du dragon et sourit en montra fièrement à Gojyo la petite goutte de sang qu'il avait réussi à récolter.

— Nous avons tout ce qu'il nous fallait.

— N'étais-je pas censé vous aider ?

— Pas vraiment, non. Vous sembliez assez angoissé. Je voulais vous rassurer que le dragon n'était ni écorché, ni tué. De plus, excusez mon impertinence, mais vous aviez besoin d'un bain, expliqua-t-il en se levant. Allez, allons voir ce que nous pouvons accomplir.

— Avez-vous retrouvé votre sœur ? demanda Gojyo en remontant les escaliers.

— Non, J'ai arrêté de chercher pour l'instant. Il me semblait plus important d'en guérir et d'offrir à Goku une certaine stabilité. Je pense qu'il a dû être perdu un long moment, parce qu'il était assez sauvage quand nous nous sommes rencontrés.

Les deux jeunes hommes entrèrent dans la chambre de Sanzo pour le trouver aussi pâle et immobile qu'il ne l'avait été quand Gojyo l'avait couché.

Le mercenaire regarda avec suspicion Hakkai frotter le coton imbibé de sang sur le cou de son compagnon, y laissant des marques ensanglantées.

— Voilà. Maintenant il faut attendre.

— Etes-vous sûr de ce que vous faites ? Je croyais qu'il était censé boire le sang.

— J'y ai pensé, mais j'ai quelques connaissances en matière de magies et il me parait correct d'annuler la malédiction de la même manière qu'elle a été lancée. De ce que j'ai pu voire, c'est ainsi qu'elle a procédé.

Gojyo trouva cette explication quelque peu douteuse, comme lorsque le couturier lui avait dit avoir appris à naviguer à peine quelques heures avant de prendre la mer.

— Pas « d'abracadabra » ? insista-t-il en agitant frénétiquement les doigts, pas de formule magique comme « que le sort soit rompu » ?

Hakkai se mordit les lèvres, comme pour réfléchir un instant.

— Non, répondit-il lentement, mais peut-être voudriez-vous tester la véracité des contes de fée et du fameux baiser d'amour vrai ?

— Tchr, lâcha Gojyo en levant les yeux au ciel, rouge d'embarras.

Le couturier lui offrit un petit sourire et lui souhaita une bonne nuit.

Gojyo resta dans la chambre, incapable de se résigner à partir de peur qu'ils ne se soient trompé et que le blond ne survive pas cette nuit. Il décida de s'asseoir près du lit, reposa la tête contre le cadre en bois et se laissa bercer par la respiration de Sanzo.

A SUIVRE