Bonjour à tous,
Pour une fois que je suis dans les temps ! Un grand merci à tous ceux qui mettent ma fiction dans leurs alertes et/ou favoris, qui me suivent et m'encouragent. J'espère que ce chapitre sera à la hauteur.
Bonne lecture.
Chapitre 21 : Coup de poker
La nuit fut courte : ponctuée par des cauchemars et des réveils en sursaut. A chaque réveil, j'espérais que tout cela n'eut été que le fruit de mon imagination. Un terrible cauchemar que je pourrai effacer en ouvrant les yeux. Mais la réalité finissait toujours par me rattraper. La place à mes côtés était vide et le resterait. Ils étaient partis. Cela faisait un jour, mais l'impression de ne pas les avoir vus depuis des mois persistait. Emportés par le vent et effacés par le temps. Un immense vide semblait s'être installé en moi.
Le regard bleu glacial de Daryl se reflétait dans chaque miroir ou vitrine que je croisais. Tout comme les aboiements joyeux de Lucky qui résonnaient dans le fin fond de mes oreilles. Tout cela n'existait plus. Il fallait à présent vivre sans. Tout reconstruire.
Je pénétrai dans le magasin de literie, lasse et réajustai le lourd sac de premiers secours qui était en train de glisser de mon épaule. A l'heure qu'il était, Rick devait sûrement être au chevet de sa femme afin de prendre des nouvelles. C'était leur petit rituel du matin. Malgré cela, un fossé s'était creusé entre le couple. Ils ne vivaient plus ensemble et leurs rencontres restaient formelles. Ils se touchaient à peine et Rick gardait une certaine distance avec Lori, pour le plus grand désespoir de celle-ci.
- Comment te sens-tu aujourd'hui, Lori ? Questionnai-je, en écartant le rideau qui préservait l'intimité de la future maman.
Je scrutai, étonnée, l'espace aménagé pour la future maman et cherchai Rick du regard. Introuvable. C'était vraiment… bizarre.
- Rick n'est pas là ? M'étonnai-je, en m'approchant.
Celle-ci me sourit en m'apercevant et se redressa avec lenteur. Son gros ventre l'empêchait de bouger correctement et malgré nos bons soins sa faiblesse persistait. Je l'aidai à s'assoir et la calai du mieux possible avec des cousins.
- Ils sont tous dans la réserve en train de discuter stratégie. Apparemment, un groupe de rôdeurs s'est attroupé sur le parking, au niveau de la barrière de voiture. Et un autre est en train de se former près de l'issue de secours, qui se trouve à côté du bureau du shérif, expliqua Lori en baillant.
J'acquiesçai et déposai mon sac à côté du lit. Je m'assis à ses côtés et lui pris délicatement son poignet. Je positionnai deux doigts sur son artère cubitale et fermai les yeux, me concentrant uniquement sur les battements et le rythme de son pouls.
- Ils ont peur que d'autres rôdeurs ne s'ajoutent et que la situation ne leur échappe, reprit Lori après que j'eus fini de prendre son pouls.
Je sortis un petit calepin et inscrivis le résultat. Son pouls n'était absolument pas stable. Chaque jour, j'avais droit à une nouvelle variable. Je fermai le calepin et le remis dans le sac.
- Ton pouls est trop rapide par rapport à la normale. C'est embêtant, la prévins-je.
- C'est quand même étrange, tu ne trouves pas ? Continua-t-elle, sans écouter.
- Quoi donc ? Demandai-je, en posant mes mains de chaque côté de son ventre.
- Que les rôdeurs se soient attroupés d'un coup, réfléchit Lori.
- Ils ont très bien pu nous sentir ou nous entendre. Ces trucs sont à la recherche constante de nourriture. Le moindre bruit les affole. Le centre commercial n'est qu'une mince barrière entre nous et le monde extérieur. Nous savions en nous installant ici que l'idylle ne durerait pas. Tout ce que l'on peut faire c'est tenter de la prolonger, lui répondis-je, impassible et concentrée.
Je sentis le bébé s'agiter et donner des coups de pieds. Nous restâmes silencieuses, chacune plongée dans ses propres pensées. Le bébé avait l'air en forme. Il était vif, c'était le moins que l'on puisse dire en l'écoutant s'acharner contre le ventre de sa mère. A moins qu'il soit… Non impossible. Lori serait en train d'agoniser.
- Tu es sûre que ça va ? Me demanda Lori, ses yeux ternes reflétant son inquiétude.
Je lui fis un petit sourire forcé, voyant parfaitement qu'elle ne faisait pas allusion au bébé.
- Je ne me suis jamais senti aussi bien…
L'amertume et l'ironie transpercèrent dans ma voix. Je ne savais décidemment pas mentir. Je sentis le battement de mon cœur s'accélérer en voyant Lori grimacer et plaquer précipitamment ses mains sur son ventre. Elle haleta et poussa un petit gémissement.
Je m'approchai d'elle et lui passai la main dans le dos, la soutenant.
- Respire. Voilà, comme ça. Doucement. Inspire. Puis expire.
Je soufflai avec elle, puis inspirai, lui donnant le rythme. Un bout d'une longue minute son visage se détendit et toute trace de douleur disparut. La sueur ruisselait sur son front et elle semblait sur le point de s'évanouir.
- Tu as mal depuis combien de temps ? Questionnai-je, en lui serrant la main afin de la garder éveillée.
- Ce matin… après que Rick soit passé, souffla-t-elle, les paupières tombantes.
- Allez. Reste avec moi Lori. Ce genre de contractions peut arriver à ce stade de la grossesse. Une contrariété, un stress ou une angoisse peut les déclencher. Est-ce qu'elles sont régulières? Questionnai-je avec rapidité.
Lori secoua lentement la tête de gauche à droite.
- Je vais vérifier les battements du cœur du bébé avec le doppler, indiquai-je en attrapant le gros sac.
Lori lentement hocha la tête. Je doutai. Peut-être fallait-il que je prévienne Hershel, après tout c'était lui le médecin. Il était le mieux placé pour dire où en était l'accouchement. Je secouai la tête. Le plus important était de vérifier les battements du cœur du bébé, puis après si quelque chose clochait, je lui en toucherai un mot. Pas la peine de paniquer tout le monde, surtout s'il était occupés avec les…
Mes mains se plaquèrent sur mes oreilles, m'isolant momentanément de la forte détonation qui secoua le centre commercial. Bon sang mais qu'est-ce qui se passait ?! Lori s'était redressée, alerte et tout à fait réveillée. Quelque chose avait dû mal tourner! L'inquiétude envahit les traits de la future maman et commença à me gagner.
- Ne bouge pas je vais voir ce qu'il se passe, ordonnai-je en me levant et en courant vers l'entrée du magasin.
L'angoisse avait fini par me gagner. Et elle ne se calma pas lorsque des cris de terreur et d'affolement me parvinrent aux oreilles. Je sentis mon estomac se contracter en m'imaginant le pire.
- Cache-toi !
Je ralentis la cadence à l'approche de l'entrée. Jacques passa en trombe devant l'entrée du magasin, sans me voir, pressant sa femme d'accélérer. Françoise arriva dans mon champ de vision, mais fut soudainement retenue par une longue main noircie et décharnée. L'air quitta mes poumons et tout mon corps se pétrifia de terreur. Françoise se retourna, apeurée et poussa un cri strident avant qu'une gerbe de sang ne lui éclabousse le visage. Elle n'eut pas le temps de réagir qu'un autre rôdeur s'approcha et lui croqua l'épaule. Elle poussa un autre cri… pas de peur, mais de douleur. La pire des douleurs qui soit… celle d'être dévoré vivant.
Je me plaquai contre le mur, dos à cette scène. Des gouttes de sueur dévalèrent mon front et le long de ma colonne vertébrale. Un hurlement étranglé me parvint, avant d'être étouffé par des gargouillis infâmes. Les cris de souffrance de Françoise cessèrent. Je n'entendis plus que la mastication des rôdeurs, heureux d'avoir trouvé de quoi remplir leur corps mort.
Je priai pour que Jacques ait eu la présence d'esprit de partir. De sauver sa vie, au détriment de celle de sa femme. Pitié… Je fus tentée de jeter un coup d'œil, mais la peur me paralysait. Je ne savais pas combien de rôdeurs avaient pénétré dans le centre. Je ne pouvais pas prendre le risque de me faire repérer.
Un fracas métallique retentit et un cri de haine s'éleva. Je jetai un coup d'œil. Le temps d'une fraction de seconde. Je pus apercevoir Jacques brandir un extincteur en l'air avant de balayer la tête d'un rôdeur avec, le tuant sur le coup.
- Venez me chercher bande de monstres ! Cria-t-il, laissant les rôdeurs l'entourer.
Je ne pus m'empêcher de me boucher les oreilles quand ses premiers cris de douleur retentirent. Un goût amer gagna rapidement ma bouche et je retins de justesse un haut-le-cœur. Contrairement à sa femme, ses cris durèrent encore et encore. Sa mort fut lente et douloureuse. Il continua de crier un long moment, tandis que les rôdeurs se délectaient de sa chair fraîche. Les grognements étaient de plus en plus pressants et je n'osai imaginer leur nombre.
L'odeur de décomposition envahissait peu à peu les locaux. La pire odeur qui soit. Je retins ma respiration, lorsqu'une ombre se projeta dans l'intérieur du magasin. Le rôdeur se traîna lentement, passant devant la boutique, le ventre alourdi par le festin qu'il venait d'engloutir. Son visage n'avait plus rien d'humain : il grouillait de gros vers blancs et des morceaux de chair étaient accrochés à ses dents. Ses cheveux pendaient misérablement dans son dos, s'arrachant par lambeaux et ses mains étaient rouge vif.
Je me figeai en apercevant au loin une petite silhouette aux cheveux blonds, cachée sous un banc. Nina me lança un regard terrifié, des larmes de peur dévalant son visage enfantin. Je posai un doigt sur ma bouche lui signifiant de rester silencieuse. Il fallait absolument qu'elle garde son calme.
- Trouve quelque chose, vite, me murmurai-je en me reculant afin d'être complètement cachée.
Je me figeai en entendant des pas s'approcher. L'ombre d'une silhouette se dessina sur le sol du magasin. A l'inverse du précédent rôdeur, celui-ci semblait s'intéresser d'un peu trop près à la literie. Je retins mon souffle et dirigeai ma main vers ma hanche droite, afin de prendre… mon couteau ! Où est-il ? Je tâtai mes poches avec précipitation. Non, non, non… Non ! Hier… Je me revoyais le jeter au sol avec colère avant de m'attaquer au matelas. Merde. Merde. Merde. Comment avais-je pu être aussi conne ?! C'était une erreur de débutant.
Je regardai autour de moi, il fallait que je trouve quelque chose : coussins, lit, matelas, coussins, fauteuil… stylo ! Je contournai doucement le lit, ne quittant pas la silhouette du regard. L'ombre se fit de plus en plus grosse et le rôdeur entra, en traînant des pieds. Je me figeai, n'osant plus faire un geste. Peut-être que de cette manière il ne me verrait pas. Il se mit à humer l'air et tourna lentement la tête dans ma direction. Je reculai légèrement et mon pied buta contre le pied du lit. Le bruit fut pratiquement imperceptible, mais suffisamment fort pour que le rôdeur sorte de sa léthargie.
Il grogna en m'apercevant et se précipita vers moi les bras tendus. Je courus le long des lits avant de finalement atteindre le graal. Je me retournai juste à temps pour attraper le rôdeur par les épaules, arrêtant ses dents à quelques centimètres de mon visage. Je grimaçai de dégoût en sentant son haleine. Je le fis reculer jusqu'au mur et lui plaquai le visage contre. Ses mains grattèrent ma veste en cuir. Je m'empressai de positionner le stylo dans l'oreille avant de lui donner un coup sec, lui perçant le tympan et le tuant. J'accompagnai le cadavre au sol, afin d'éviter le moindre bruit.
Je n'eus pas le temps de souffler, que de nouveaux bruits de pas se firent entendre. Des rôdeurs étaient passés par l'autre entrée du magasin de literie. Leurs grandes et monstrueuses silhouettes se projetèrent sur le bureau des hôtesses d'accueil, avant finalement d'apparaître. Je retins ma respiration et m'allongeai à terre à côté du cadavre. J'attrapai ses bras et fis glisser son corps en décomposition au dessus de moi.
- Pour vu que Lori ne fasse pas de bruit, priai-je, en les entendant s'approcher.
Ils étaient tout près. Je les entendai se traîner dans ma direction. Ils émirent quelques grognements, s'attardant. Je retins ma respiration et fermai les yeux, ayant peur que mon regard affolé ne me trahisse. Au bout de longues secondes qui me parurent interminable, les macchabés s'éloignèrent, rejoignant sûrement leur horde.
Je soufflai de soulagement et fis glisser le cadavre par terre. C'était passé in-extremis. Ils ne s'étaient aperçu de rien. Absolument rien. Mon regard resta sur le cadavre. Et si…
Je m'accroupis en vitesse à ses côtés et lui retirai le stylo de la tête dans un chuintement horrible. C'était le moment de vérité. Ma poigne se resserra autour du stylo et je l'abatis d'un coup sec dans l'abdomen en décomposition du cadavre. Je le retirai et insérai un doigt dans le petit trou. Je fermai les yeux de dégoût en pensant à ce que j'avais l'intention de faire.
- Désolé mais je n'ai pas le choix, m'excusai-je à voix basse.
Je tirai d'un coup sec. La peau se déchira comme du papier mâché, sans aucune difficulté. Je répétai le même mouvement plusieurs fois, jusqu'à ce que la bouillie pourrie de son ventre soit accessible.
Je vérifiai une dernière fois les alentours, avant de prendre une poignée d'organes décomposés qui se trouvaient dans le ventre du mort. J'eus une grimace de dégoût. La texture était poisseuse et il y avait des petits morceaux de je-ne-sais-quoi. Et cette odeur… La pire que je n'ai jamais senti : c'était un mélange d'excrément et de chair en décomposition. L'horreur absolue.
Je me concentrai sur un point fixe et étalai sans réfléchir la bouillasse sur ma veste en cuir. J'en repris une poignée et m'en barbouillai le cou, ainsi que les mains et étalai le reste sur le pantalon. Parfait. A présent je devais avoir la même allure qu'un rôdeur.
Je me relevai et m'approchai de l'entrée. C'était le moment de vérité. Le coup de poker ultime ! Je pris une dernière inspiration pour me calmer et entrai dans l'arène. Je m'arrêtai un instant, attendant une quelconque réaction de la part des rôdeurs. Rien. Ils passèrent, sans me voir. Je me traînai un peu plus dans le hall et m'aperçus du critique de la situation. L'allée centrale était jonchée de rôdeurs. Il y en avait partout. Un véritable nid.
A quelques pas de moi, les corps des deux Français. Enfin, ce qu'il en restait. Ce n'était plus qu'un tas ensanglanté de chair et de sang. Je n'étais même pas sûre que le monstre qui les habitait allait arriver à les réveiller après ce qu'ils venaient de subir.
Je tournai lentement la tête, dégoutée, et me traînai mollement dans la direction de Nina. Je me fis la plus lourde possible et modifiai ma démarche afin de me fondre dans le lot. Les rôdeurs grouillaient autour de moi, me frôlant par moment. Le moindre faux pas et tout était fini. La panique commença à me gagner et mes mains devinrent moites. Je comblai les deux mètres restant avec le banc et m'arrêtai, baissant la tête.
- Je suis là. Ne t'en fais pas, chuchotai-je en direction de Nina.
Elle leva ses grands yeux bleus noyés de larmes, m'implorant de la sortir d'ici. Je me crispai en entendant le grognement des rôdeurs. Ils m'avaient peut-être entendu.
- Tu vas te glisser à mes pieds et te relever doucement en me collant, d'accord ? Murmurai-je.
D'autres grognements se firent entendre et Nina hocha la tête. Elle sortit doucement de sa cachette en suivant mes instructions. Elle m'attrapa le pantalon et se releva, son petit corps collé au mien. Je lui étalai de la bouillie sur sa tête, teintant ses cheveux en rougeâtre et lui passant un intestin autour du cou.
Aussi discrètement qu'à l'aller, nous regagnâmes le magasin, sans encombre. Je pris Nina dans une grande étreinte, étouffant ses sanglots de peur. C'était passé juste. Une chance qu'aucun rôdeur ne l'ait remarqué.
- On va chercher Lori et on sort d'ici, d'accord ? Lui dis-je, une fois qu'elle eut arrêté de pleurer.
Elle hocha la tête et je lui pris la main, l'entraînant vers l'arrière du magasin. Nous courûmes entre les différents lits et matelas mis en exposition. Le temps était compté.
- Lori ! Dépêche-toi… Je m'arrêtai en apercevant le lit vide. Le rideau qui cachait la future maman des regards était taché du sang représentant deux mains.
Je fis passer Nina derrière moi et m'avançai prudemment, prête à réagir au moindre signe de danger. Le lit était vide et une grande tache rouge s'étalait sur les draps et le matelas. Je fis le tour du lit, la peur au ventre. Je soufflai de soulagement en apercevant un rôdeur, mort. Ce n'était pas Lori.
Je regardai autour de moi. Dans son état, elle n'avait pas dû aller bien loin. Chaque coin de sa chambre fut fouillé. Rien. Alors que je commençai sérieusement à désespérer, j'eus une intuition. Je me mis à plat ventre, et regardai sous le lit.
Lori sursauta et pointa son couteau dans ma direction. Ses yeux s'écarquillèrent en me reconnaissant et elle se traina vers moi avec difficulté. Je l'aidai à s'extirper et à se relever.
- Tu n'as pas été mordue ? Demandai-je, en la faisant s'assoir sur le lit.
- Gwen ! Que s'est-il passé ? Pourquoi…
- Je ne sais pas ! Les rôdeurs ont envahi les lieux. Il faut qu'on parte au plus vite ! Pressai-je, en récupérant le matériel de premiers secours.
- Et les autres ? Questionna Lori, avec crainte.
J'enfilai mon sac et secouai la tête.
- Je ne sais pas. Les Français se sont fait avoir. J'ai réussi à récupérer Nina in extrémis, mais après je ne sais pas, avouai-je, en secouant la tête.
- Il faut que je retrouve mon petit frère, s'exclama Nina, déterminée.
Je lui attrapai les deux mains et m'accroupis à sa hauteur.
- Nina, ma belle ! Ecoute. On va tout faire pour retrouver Walter, d'accord. Mais il faut d'abord que l'on sorte de là. Tu comprends ? D'ailleurs, il doit sûrement être déjà dehors avec Brittany, à t'attendre. Tu ne veux pas le faire attendre plus longtemps, n'est-ce pas ? Lui demandai-je.
Elle secoua négativement la tête.
- Et comment on va faire pour sortir ? Demanda Lori.
- Dans chaque magasin, il y a une porte pour le personnel, qui mène dans les petites allées du centre. C'est des raccourcis. On prend par là, on tourne à gauche et la porte de la réserve sera à une centaine de mètres, expliquai-je. Lori, je vais te demander de me passer ton couteau. Voilà, merci.
Après un dernier regard, je pris la tête de la petite troupe, longeant le mur du magasin, jusqu'à atteindre une porte métallique avec un panneau rouge indiquant : Réservé uniquement au personnel. J'ouvris la porte et vérifiai les alentours. Un…deux… Deux rôdeurs. Je refermai la porte sans aucun bruit et me tournai vers Lori et Nina.
- Il y a deux rôdeurs dans la contre allée. Attendez que je vous fasse signe pour venir, ordonnai-je, avant de m'élancer.
Je courus jusqu'au premier rôdeur et lui plantai le couteau à l'arrière de la tête, le laissant s'écraser par terre avant d'avoir compris ce qui venait de se passer. L'autre rôdeur se retourna lentement, ses dents claquant d'envie à l'idée d'avoir de la chair fraîche. Je m'approchai de lui, le poussai au sol et lui plantai le couteau dans son crâne mou et pourri. Il tomba inerte.
Je vérifiai l'allée menant dans le hall principal. Elle était sombre et ne comportait aucune menace apparente. Je me retournai et fis signe à Lori et Nina de me rejoindre. Soudain, des mains m'attrapèrent férocement le bras. J'eus un hoquet de surprise et repoussai en catastrophe le nouvel assaillant. Le rôdeur tomba à terre m'entraînant avec. Je me redressai, empoignai le couteau et lui plantai avec rage dans le crâne, propulsant une gerbe de sang. Son emprise se détendit et sa main tomba mollement au sol.
Ce rôdeur devait être relativement récent : sa peau était encore blanche et n'avait pas commencé à se décomposer. J'attrapai le manche du couteau et lui retirai de la tête dans un chuintement dégoûtant. Mes yeux s'écarquillèrent et l'horreur me paralysa. Je reculai de quelques mètres avec précipitation, n'en croyant pas mes yeux.
- Oh, Brittany, me désolai-je en me rapprochant avec prudence.
Je caressai doucement son visage encore humain, balayé par sa frange blanche. Sa peau était encore tiède. Plusieurs marques de morsures recouvraient son bras, ainsi que son épaule droite. Je fermai doucement ses yeux gris et vides, la laissant partir en paix. Une main douce se posa sur mon épaule et m'attrapa le bras, m'aidant à me relever.
- Il faut qu'on parte, dis-je à Lori.
- Walter ? Appela Nina, avec espoir.
Je me retournai, affolée, et accourut en la voyant appeler son petit frère. Je l'attrapai au vol et lui plaquai une main sur la bouche, alors que Walter se retournait, mort. Il laissa échapper un grognement et se précipita sur nous. Je laissai tomber Nina par terre et enfonçai la lame de tout son long dans sa tête.
- Non ! Walter ! Cria la petite fille, en pleurs.
Lori s'approcha rapidement et étouffa ses sanglots désespérés avec sa main. Le temps sembla se ralentir. Je regardai Lori, paniquée, alors que des grognements et des dizaines de bruits de pas se dirigèrent vers nous, attirés par les cris.
- Courez, criai-je à mon tour.
Je laissai mon sac tomber au sol et attrapai la fillette sous les aisselles, la balançant sur mon épaule. La porte n'était qu'à une centaine de mètres. Nous passâmes devant les rôdeurs, courant comme jamais nous n'avions encore couru, en direction de la porte. Lori se tenait le ventre et respirai fortement, tandis que Nina hurlait de terreur face à cette masse de rôdeur qui nous courait après.
- Tiens le coup Lori. On y est, l'encourageai-je.
Je jetai un coup d'œil derrière moi. Il devait y avoir une trentaine de rôdeurs, voir plus. La porte n'était plus très loin. Un dernier effort et nous serions sortis d'affaire. Dix mètres… Les grognements s'intensifièrent… Cinq mètres… Lori eu un gémissement de douleur. J'attrapai la poignée et ouvrit la porte d'un coup. Je laissai Nina glisser à terre et attrapai Lori, la tirant à l'intérieur avant de refermer la porte. Je tournai les clés et les enlevai de la serrure. Une fraction de seconde plus tard, la porte trembla sous l'assaut de la horde. Elle grinça férocement mais tint bon.
Lori semblait à bout de forces et Nina s'était recroquevillée sur elle-même, choquée. J'attrapai la main de la petite fille, la remettant de force sur pieds et aidai Lori à se relever. Elle s'affala sur mon épaule, épuisée en soutenant son lourd ventre.
Je me traînai jusqu'à la porte de la réserve qui ouvrait directement sur l'extérieur. L'air frais pénétra dans mes poumons et le soleil m'aveugla momentanément. Des dizaines d'hommes pointèrent les mitraillettes dans notre direction.
- Maggie ! M'écriai-je, en la voyant allongée au sol, près de Glenn.
Je lâchai Nina et me précipitai vers eux. Je n'eus pas le temps de parcourir deux mètres, que quelque chose de dur s'abattit à l'arrière de mon crâne. Mes jambes cédèrent et j'atterris face contre terre. Le sol tangua et le paysage se flouta. Quelqu'un cria et les ténèbres m'envahirent.
