Hello everybody,
Je m'excuse encore pour ce terrible retard, mais entre : les cours, le boulot, les tracas quotidien, etc… Je ne trouve plus le temps d'écrire, ou je ne le prends pas assez (au choix). Cependant, bien qu'ils mettent du temps à être publié, les chapitres finissent toujours par arriver tôt ou tard. J'ai déjà commencé à écrire le début du prochain et j'espère que je serai un peu plus rapide dans la publication, ce qui m'étonnerait vu l'approche imminente de mes examens.
Je tiens à remercier tout ceux qui lisent et/ou review ma fiction. Vous êtes mon moteur et sachez que sans vous je n'aurais sûrement pas parcouru tout ce chemin. J'espère que malgré l'attente du chapitre, celui-ci vous plaira.
Un grand merci, également, à Eponyme Anonyme qui me guide, me conseille, me corrige depuis le début de cette aventure.
Sur ce, je n'ai plus qu'une chose à vous dire : Bonne lecture !
Chapitre 23 : Le sacrifice
La vie est si étrange. Si fragile et précieuse, qu'elle pourrait se finir en un claquement de doigts. Et pourtant, nous n'y faisions jamais réellement attention. Nous prenions des risques souvent inutiles. Nous jouions avec le feu sans même nous en rendre compte. Nous pensions que les problèmes n'arrivaient qu'aux autres. Nous pensions être invincibles. Que rien ne pouvait nous toucher. Ni nous atteindre sans que nous puissions par la suite nous relever, sans égratignures ou traumatismes.
Il fut une époque où je pensais cela. Où je pensais être intouchable, surtout après avoir été élevée par ma sœur, protégée du monde extérieur. Où je n'avais aucune conscience de la valeur de la vie. Puis, j'ai grandi. J'ai fais mes propres expériences et j'ai compris que la vie n'était pas un long fleuve tranquille. Ce fut seulement lorsque le monde se transforma et que ma sœur me quitta en me faisant promettre de vivre que : je compris. J'avais compris à quel point la vie était précieuse. Qu'il fallait en savourer chaque instant, même dans les épreuves les plus dures.
Qu'est-ce qui pouvait être pire que la mort ? Rien, sans doute. Et bien si. Vivre dans un corps souillé par un monstre. Vivre en sachant que je devrais porter ce poids, ce fardeau à chaque instant. Vivre sans pouvoir oublier. J'aurai préféré mourir cette nuit-là plutôt que de subir ça.
Prostrée, aux pieds d'un homme ne voulant que mon malheur : je réfléchissais à ce qu'avait été ma vie… Un désastre complet. Il était peut-être temps que tout s'arrête… Oui, il était temps que ce fil fin me reliant à la vie se brise.Que mon âme puisse trouver, enfin, un repos éternel. Ce repos tant attendu et mérité. Faites que mon âme quitte ce monde d'horreur et ce corps souillé ! Je ne veux plus continuer…. Je ne peux plus continuer. Je n'ai plus la force de…
- Femme ! Apporte-moi un verre de whisky, ordonna Caïn, en me faisant sursauter.
Cela faisait deux nuits que j'étais là, soit trois jours. Depuis notre séparation dans cette salle blanche, je n'avais plus eu aucun contact avec ma famille. Au fond de moi : j'espérais qu'ils soient morts. La mort avait l'air tellement plus douce que la vie ici. Trois jours que j'étais devenue l'esclave d'un monstre. Satisfaisant le moindre de ses désirs, de ses caprices, des ses envies. Cela me semblait une éternité et pourtant je savais au fond de moi que ce n'était que le début du calvaire. Qu'il m'userait jusqu'à la dernière goutte de vie et d'espoir qu'il me restera, avant de me donner en pâté aux rôdeurs ou pire, aux autres hommes.
Par moment, mon esprit s'échappait, s'élevant au dessus de mon corps avec désolation. Pendant ces minces instants, j'arrivais à oublier. A oublier ce que j'avais été, ce que j'étais et ce que je serai demain. Toute notion de temps disparaissait, seul le vide restait. Un vide si accueillant, si calme. Plus de douleur, plus de souffrance, plus de chagrin… plus de regret. Mais la réalité finissait toujours par me rattraper.
Je clignai lentement des yeux, son ordre faisant son chemin jusqu'à mon cerveau. Je relevai mon corps meurtri et courbaturé et me dirigeai d'un pas mécanique vers la cuisine. Je pris le temps de réajuster la chemise grisâtre et beaucoup trop grande de Caïn pour moi, cachant les bleus recouvrant mon corps. Mes yeux s'attardèrent sur un biscuit sec laissé à l'abandon sur le comptoir. Non ! Je ne pouvais pas ! Mon seul repas de la journée était un morceau de viande cru, que Caïn me regardait toujours déguster avec un plaisir malsain dans les yeux. Je sortis, en tremblant, un verre du placard et dus prendre la bouteille de whisky à deux mains pour ne pas tout renverser à côté.
La porte s'ouvrit soudainement à la volée et l'un des hommes de Cid entra en trombe. Je sursautai, renversant de l'alcool sur le comptoir. Je ne pouvais détourner mon attention de cet homme. Il était très jeune, dix-huit ans tout au plus. Blond et grand, il semblait dépassé par la situation. Je pris le verre et m'approchai doucement de la porte, prenant garde à ne pas en verser par terre.
- Vous êtes appelé en urgence dans le bureau…
- Je n'ai pas le temps, coupa froidement Caïn en assassinant l'homme du regard.
- Mais monsieur… C'est un ordre…
Je m'adossai au mur, serrant le verre de whisky contre ma poitrine. Pars… Pars… Pitié, ne l'énerve pas… Un climat de tension régnait entre les deux hommes. J'hésitai à entrer de peur de faire éclater la colère de Caïn et d'aggraver ma situation. De plus, le soldat semblait aussi terrifié que moi par celui-ci.
- Si tu n'as pas encore compris que les ordres ne s'appliquaient qu'à des imbéciles comme toi, alors il faut peut-être que je remette les pendules à l'heure. Dégage, avant que l'envie ne me prenne de t'arracher un à un tous tes ongles, menaça Caïn en se levant.
L'homme prit peur et ne demanda pas son reste pour déguerpir. Caïn alla fermer la porte derrière le soldat, grommelant.
- Et ce verre ! Il arrive ? Gronda-t-il, avec mauvaise humeur.
Je serrai le verre entre mes doigts, mes mains tremblant de plus belle. La peur irradiait tout mon corps et mes sens : il était en colère. Il allait encore me faire du mal. Je priai le ciel une dernière fois et vidai le contenu du verre sur le parquet. Son ombre apparut dans l'encadrement de la porte et Caïn pénétra dans la cuisine, fulminant. Il eut un temps d'arrêt, surpris, en ne me voyant pas. Il tourna la tête vers moi et écarquilla les yeux lorsque le verre se fracassa sur sa tête.
Le verre se brisa au moment même où une puissante explosion retentit faisant trembler tout l'immeuble. Caïn s'écroula au sol en se tenant la tête, du sang s'écoulant sur le parquet vieilli de la cuisine. Je me jetai sur lui, le frappant de toutes mes forces ne lui laissant aucun répit. Ma haine pour cet être abominable se déversa dans mes poings, me donnant la force de les abattre toujours avec un peu plus de puissance.
Dans un hurlement de colère, il se retourna et m'attrapa férocement le cou. L'arrivée d'air fut coupée dès qu'il resserra sa poigne. Je me débattis et lui attrapai la main, la frappant et la griffant, en essayant de me défaire de ses doigts. Au plus je forçais, plus son emprise se resserrait. J'ouvris la bouche, me battant pour tenter d'attraper un brin d'air. La tête commença à me tourner et mes bras tombèrent le long de mon corps. Caïn passa au dessus de moi, appuyant de toute sa force sur mon cou, ses traits déformés par la haine et la perversion. Des points noirs vinrent obscurcir ma vue et mes mains caressèrent les éclats de verre brisé à mes côtés.
Dans un dernier effort de survie : je me saisis d'un bout de verre, le serrant jusqu'à m'en taillader la paume de la main et lui plantai dans la gorge. Ses yeux s'écarquillèrent d'horreur et ses mains relâchèrent mon cou, venant se plaquer contre sa blessure. J'émis un râle, forçant l'air à rejoindre mes poumons, et toussai. Caïn me rattrapa le cou, mais n'eut pas le temps de serrer que, j'enfonçai de nouveau le bout de verre dans son cou, avant de le retirer brutalement. Le sang fusa tel un geyser, m'éclaboussant les cheveux et le visage. Je me retrouvai trempée de son sang en quelques secondes. Des gargouillis vinrent du fond de sa gorge et du sang envahit sa bouche, se déversant sur mon visage. Je m'écartai avec difficulté, le regardant s'étouffer et se vider de son sang. Bien que ma respiration soit laborieuse et mon état critique, je ne pus empêcher un sourire malsain d'envahir mon visage en le voyant lutter contre la mort. Je le regardai se battre pour continuer à respirer, jusqu'à ce que la dernière étincelle de vie ait quitté ses yeux ambrés.
- Va crever… en enfer ! Soufflai-je avec difficulté, lorsque son corps se relâcha et que les gargouillis se turent.
Je m'affaissai et tentai de calmer les battements affolés de mon cœur. Et maintenant ? Une seconde explosion retentit, me sortant de ma torpeur. Je me relevai avec difficulté, tout en m'appuyant contre la table. La pièce vacilla et mes jambes se mirent à trembler. Je pris appui contre le mur et rejoignis la chambre en titubant. Je passai mon pantalon qui avait été jeté dans un coin il y a trois jours de cela, et enfilai ma vieille paire de baskets. Sans perdre de temps, je repassai par la cuisine, ouvrant tous les tiroirs à la recherche d'un couteau. Rien. J'aurai du m'en douter. Caïn était beaucoup trop prudent pour laisser trainer quoi que ce soit qui pourrait mettre sa vie en péril. Et il n'aurait jamais pensé qu'un simple verre à eau pourrait le mettre hors d'état de nuire. Je sortis et m'arrêtai sur le pas de la porte. Tout était étrangement calme. Pas un bruit. Cependant, une étrange tension semblait flotter dans l'air. Un grognement retentit dans l'appartement et je fermai calmement la porte, jetant un dernier regard au cadavre ambulant de Caïn. Il avait enfin retrouvé son vrai visage : celui d'un monstre.
Des bruits de mitraillettes résonnèrent dans les couloirs, très vite accompagnés de cris. Etait-ce un autre groupe de tarés qui avait bombardé l'immeuble ? Ou bien Rick et le reste du groupe qui avaient réussi à prendre le dessus ? Ou Daryl qui… Non ça ne pouvait pas être lui. Je ne savais pas où aller. Je détaillai les trois chemins qui me faisaient face. Mes souvenirs restaient flous et je n'arrivais plus à me souvenir par lequel j'étais arrivée il y a trois jours de cela. Des raclements d'ongles sur la porte en bois me firent sursauter et finirent par me décider à emprunter le couloir de gauche.
Je laissai ma main caresser le mur alors que je m'avançai dans ce couloir blanc, semblable à tous les autres. Mon esprit s'éclaircissait au fur et à mesure que je m'éloignai de la chambre maudite de Caïn. Le couloir me sembla interminable et je sentis mon cœur s'accélérer lorsque je passai devant la pièce à vivre. Vide. Je soufflai de soulagement et continuai mon avancée avec prudence. Le réfectoire était également vide. Je me redressai, attentive. La mitraillette s'était tue et les cris avec. L'endroit semblait totalement mort et ça n'avait rien de rassurant.
J'arrivai à l'embranchement menant aux box féminins, mais n'eus pas le courage de pénétrer dans le couloir en faisant face à ce massacre. Du sang ruisselait de tous les box, rejoignant l'allée traversant les box et formant un petit ruisseau d'encre rouge. Une silhouette tituba hors d'un box avec mollesse. Elle tourna, d'un mouvement mécanique, sa tête amaigrie vers moi et grogna, en sentant la viande fraîche. C'était une jeune femme, d'une vingtaine d'années, brune. Surement très belle avant que son corps ne se retrouve criblé de balles. Elle aussi avait été victime de la folie humaine et elle n'attendait plus que la délivrance pour pouvoir reposer en paix.
Soudain un homme apparut au fond du couloir. Nous nous figeâmes mutuellement, en nous fixant dans le blanc des yeux. Il ne cilla pas lorsque plusieurs morts commencèrent à se relever et à errer dans le couloir, titubant tous hors des box. Il sembla revenir à lui, arma sa mitraillette en une fraction de seconde et visa. L'adrénaline s'empara de mon corps et je me mis à courir aussi vite que je pus. Des rafales de balles retentirent juste après que j'ai dégagé de l'encadrement de la porte. Elles explosèrent les carreaux du mur dans un fracas absolu.
- Il est reste une ! Entendis-je derrière moi.
Toute sensation de fatigue disparut instantanément. Plus rien ne comptait mis à part courir, encore et toujours. Mon souffle se fit de plus en plus court, mais il m'était impossible de m'arrêter. Mon corps me poussait à courir toujours plus vite. Les échos de balles continuaient de résonner dans les couloirs et me poussèrent à augmenter mon rythme. Je défonçai les oscillo-battants et dévalai les escaliers, manquant de glisser à plusieurs reprises. J'arrivai en un instant dans la grande salle où nous avions été accueillis et la traversai en sprintant.
J'ouvris la porte par laquelle T-Dog avait disparu il y a quelques jours et m'engouffrai dans la pièce. Je la refermai sans faire de bruit et m'adossait à elle, en reprenant mon souffle. La pièce était un peu plus froide que les autres et une forte odeur de sang m'envahit immédiatement les narines et la bouche. Des claquements de dents résonnèrent dans la pièce et je sentis mon sang se figer dans mes veines. Je cherchai à tâtons l'interrupteur et l'allumai. Les lumières grésillèrent et finirent par éclairer l'endroit d'un faible halo mais suffisant pour voir.
Mon cri se répercuta en écho dans la pièce et sûrement dans tout l'immeuble. Un long cri strident exprimant une horreur certaine. Jamais ! Au grand jamais, je n'aurais imaginé un jour crier comme ça. Je tombai à genoux, les mains sur la bouche pour m'empêcher de régurgiter le peu de nourriture que j'avais avalé ces derniers jours. Des cadavres d'Hommes pendaient, accrochés par des chaînes au plafond. Ils étaient exposés là, telles des carcasses d'animaux qu'un boucher aurait découpées avant de servir.
Ô mon Dieu ! Je mis deux doigts dans ma bouche et les enfonçai au plus profond de ma gorge pour me faire vomir. Je répétai le processus, jusqu'à ce que je ne régurgite plus que de la bile. J'avais mangé T-Dog ! Non ! J'avais mangé T-Dog ! Je me mis à pleurer de manière incontrôlable, devant l'horreur qui me faisait face. Comment pouvions-nous devenir cannibales ? Au final, les vivants étaient bien pires que les morts qui marchaient, dehors, à la recherche de viande fraîche.
Au fond de la pièce, les têtes des personnes tuées avaient été alignées sur une grande table. Les unes à côté des autres, elles claquaient des dents, leur regard tourné vers moi. J'aperçus celle de T-Dog : ses yeux marron, d'habitude si chatoyants, étaient devenus gris et ne reflétaient plus que son désir de viande fraîche. Je me relevai avec difficulté, le sang pulsant dans mes tempes et m'appuyai contre la porte pour ne pas m'écrouler. Je ne pouvais pas le laisser comme ça ! Je titubai entre les carcasses d'êtres vivants, tout en faisant attention à n'en toucher aucune et pris appui sur une table en métal froide où plusieurs couteaux avaient été, également, alignés.
Ma main s'approcha en tremblant et mes doigts se resserrèrent autour du manche noir d'un hachoir. Je m'approchai des têtes et leurs dents se mirent à claquer encore plus fort. Je passai devant chacune d'elle, m'assurant qu'elles me soient bien inconnues avant de m'arrêter devant celle de T-Dog. Je sentis les larmes monter et enfonçai, d'un coup sec, le hachoir dans son crâne. Son visage s'immobilisa et sa tête roula sur le côté.
Je sursautai en entendant la porte s'ouvrir et me jetai sur un des couteaux exposés. Lori, Nina et Carl déboulèrent dans la boucherie, eux aussi sur leurs gardes. Lori ouvrit grands les yeux en m'apercevant et eut un instant d'hésitation quant à mon identité. Elle étouffa un sanglot en me reconnaissant et une larme s'échappa de son œil. Son visage reflétait la souffrance et elle semblait sur le point de se briser. J'accourus vers eux et aidai Nina à soutenir la future maman.
- T'es vivante ?! Gwen, je suis tellement désolée…, pleura Lori en s'accrochant à mon épaule, avant de pousser un cri de douleur en se tentant le ventre.
Je ne lui répondis pas et la fis assoir sur une table, avant de me tourner vers Carl, qui rechargeait son arme.
- Qu'est-ce qui se passe ? Vous avez été suivis ? Ou sont les autres ? Questionnai-je, en alerte.
- J'y retourne. Mettez-vous à l'abri, ordonna Carl sans même m'écouter.
- Non. Tu restes ici, c'est trop dangereux, m'écriai-je, en soutenant Lori qui n'était plus qu'à moitié consciente.
Carl se retourna lentement et enleva la sécurité de son pistolet. Il planta ses prunelles chocolat emplies de détermination dans les miennes.
- Je ne suis plus un enfant. Prends soin de ma mère.
- Carl ! Carl ! Reviens ! Appelai-je en le voyant sortir.
Je me défis de l'emprise de Lori et courus jusqu'à la porte, mais il avait déjà disparu. Des détonations de pistolet retentirent, me faisant sursauter. Je claquai la porte et poussai une table métallique devant. Je savais qu'en bloquant cette issue, je réduisais les chances de survie des autres membres du groupe, mais je devais mettre Lori et le bébé en sécurité. C'était ma dernière mission.
Lori avait repris connaissance et son visage était à présent tordu par la douleur. Ses veines frontales ressortaient sous l'intensité de celle-ci et sa respiration était laborieuse. Nina me regarda, sans savoir quoi faire.
- C'est notre sac de premier secours ? Questionnai-je en m'apercevant du gros sac blanc qu'elle portait sur son dos.
La petite fille hocha la tête. Je lui pris le bagage, allégeant son petit corps et passai le bras de Lori par-dessus mon épaule.
- Aide-moi ! Il faut qu'on la mettre en sécurité.
Nina prit l'autre côté et nous la soulevâmes, non sans difficulté. En entrant, j'avais remarqué une porte métallique dans le fond de la salle près de la table où étaient exposés les couteaux. Savoir où elle menait ? Ça c'était une autre question. J'ouvris la porte et trainai Lori dans la cage d'escalier. Alors que nous nous apprêtions à descendre les premières marches, Lori étouffa un nouveau cri et s'affaissa de tout son poids au sol, nous empêchant d'avancer.
- Il arrive ! Il arrive ! S'affola-t-elle, ses muscles se pétrifiant à chaque nouvelle contraction.
- Il faut que tu tiennes. Tu m'entends Lori ? Il faut que tu tiennes le coup jusqu'à ce qu'on soit dans un endroit sûr et que l'on trouve Hershel…
- Je peux plus attendre… Je peux plus… Souffla-t-elle faiblement, de nouveau au bord de l'inconscience.
- Lori reste avec moi. Et merde… Reste là ! Je reviens, ordonnai-je à Nina.
Je serrai le manche du couteau et descendis les escaliers quatre par quatre, sans perdre de temps. Un bruit de fond m'interpella et me fis ralentir. C'était une sorte de grésillement. Une porte se trouvait en bas de l'escalier. Je m'en approchai et collai l'oreille contre, écoutant avec attention. Le grésillement continuait. Je poussai doucement la porte et pénétrai dans le hall de l'hôpital psychiatrique.
A l'extérieur des portes vitrées et fermées une horde de rôdeurs se déplaçait avec lenteur, rejoignant l'autre côté du bâtiment où l'explosion avait eu lieu un peu plus tôt. Je frôlai les murs et passai derrière le bureau de l'accueil, tout en me faisant la plus discrète possible. Une porte blanche marquée d'une croix rouge se trouvait juste derrière. Je vérifiai une dernière fois les alentours, m'assurant qu'aucun rôdeur ne pourrait me surprendre et ouvris la porte.
Dieu Merci ! C'était une petit chambre médicalisée avec un lit, des perfusions et de quoi soigner des blessures superficielles. Bien que l'espace ne soit pas équipé pour accoucher une femme, le lieu était déjà beaucoup plus propre et sain pour accueillir un nouveau né.
Je sursautai en voyant mon reflet dans un miroir poussiéreux. J'approchai lentement la main et l'essuyai, dévoilant mon visage recouvert par du sang pas encore tout à fait sec. Mes traits était tirés et je devinai un œil au beurre noir derrière l'épaisse couche de saleté et de sang qui me recouvrait. Je passai avec délicatesse un doigt sur les marques noirâtres qu'avaient fait les grosses mains de Caïn en m'étranglant. J'avais une tête à faire peur à un rôdeur.
Je me retournai juste à temps pour bloquer une rôdeuse que je n'avais ni vu, ni entendu. Elle n'eut pas le temps de grogner que le couteau s'enfonça lentement dans son crâne pourri. Je l'accompagnai dans sa chute et la traînai dans un coin, loin de la chambre médicalisée. Je n'avais plus de temps à perdre.
Je retournai dans la cage d'escalier et avalai les marches aussi vite que je pus, jusqu'à la porte menant à la boucherie. Lori avait repris connaissance et serrait avec force la main de Nina, qui assistait avec impuissance à la douleur de la future maman.
- On va la descendre ! Il ne faut surtout pas faire de bruit, la prévins-je, sans m'étendre sur ce qui l'attendait en bas, afin de ne pas l'effrayer.
Nous la soulevâmes avec difficultés et la fîmes descendre les escaliers. J'entendis Nina étouffer un cri de panique lorsque nous pénétrâmes dans le hall et qu'elle aperçut cette masse de rôdeurs. Je la guidai jusqu'à la petite chambre et fis allonger Lori sur le lit, tandis que Nina verrouillait la porte. Je lui abaissai son pantalon et regardai l'ouverture du col. Il était ouvert, oui, mais pas suffisamment pour que le bébé puisse passer. Son crâne n'aurait en tout cas pas la place de passer.
- Il n'est pas suffisamment ouvert. Il faut patienter…
- Patienter dans un lieu… où des hommes sont à notre recherche pour nous tuer… C'est ça ? Gwen ! Je le sens… Je ne peux plus attendre, grimaça Lori en cherchant son air et en bloquant sa respiration.
- Ne pousse pas ! Lori ! Si tu pousses, tu risques de tuer le bébé… Oh non… Soufflai-je avec angoisse, en voyant du sang s'écouler de son vagin.
- Il faut… Il faut que tu me fasses une césarienne, dit Lori avec un calme étonnant.
- Hershel …
- On ne sait pas où il est… Ni s'il est encore vivant… Gwen… Il faut que tu le fasses, souffla Lori en sueur.
- Je ne sais pas le faire. Hershel ne m'a expliqué que les grandes lignes et seulement en théorie. Je pourrais blesser le bébé ou bien te tuer…
-… Si tu ne fais rien, on sera condamné dans tous les cas… Pitié Gwen ! Sauve mon bébé ! Supplia Lori avant de crier de douleur.
Je me reculai avec peur et me laissai glisser le long du mur. Je fermai les yeux, fis le vide dans ma tête et pris de profonde inspiration pour réguler l'angoisse croissante que je sentais monter en moi. Mon corps entier était sous pression, tendu comme la corde d'un arc. J'avais l'impression d'être une bombe à retardement qui pouvait exploser à tout instant. J'avais la sensation de faire fausse route. Mais mon esprit semblait s'être détaché de mon corps.
J'ouvris les yeux et me relevai avec lenteur, serrant le couteau pris à la boucherie. Je l'essuyai d'un geste mécanique sur mon tee-shirt sale et versai le contenu d'alcool à 90 qui restait dans un flacon de la chambre de soin. Je frottai mes mains l'une contre l'autre, enlevant le plus de sang et de saleté possible. Lori détailla tous mes gestes, le visage tordu par la douleur et les yeux larmoyants. Elle laissa sa tête retomber sur l'oreiller et étouffa un sanglot. Une larme s'échappa de son œil et roula le long de sa joue, alors qu'elle relevait son tee-shirt.
- Il… il faut que tu suives la cicatrice. N'incise pas trop profond sinon tu risques de blesser le bébé. Gwen ?
Je m'approchai et lui pris la main.
- Je suis là, chuchotai-je, l'émotion me prenant à la gorge.
- Promets-moi de prendre soin du bébé comme si c'était le tien… Tu peux le faire ! Je t'ai vue avec Carl. J'ai vu ses yeux s'illuminer quand il était avec toi. Tu as su le comprendre et l'écouter. Rick ne sera pas en état de s'en occuper. Ce bébé aura besoin d'amour dans ce monde de brute. Il aura besoin de se sentir protégé et écouté… Tu… Tu te rappelles ce jour dans la voiture ? Le jour où nous avons eu notre accident ?
J'hochai la tête, les larmes glissant le long de mes joues creuses.
- Tu as l'opportunité de pouvoir devenir mère. Et je sais qu'il ne sera jamais plus en sécurité qu'avec toi. Ne t'en fais pas tu seras à la hauteur… Les enfants sont l'avenir ?! N'est-ce pas Gwen…
J'essuyai les larmes qui obstruaient ma vue et lâchai sa main, m'approchant de son ventre. J'approchai le couteau de sa cicatrice, la main tremblante. Je m'apprêtai à réaliser un acte irréversible. Prendre une vie, pour en sauver une autre. Rick et Carl ne me le pardonneraient jamais. Et que dirai-je à cet enfant, lorsqu'il me demandera où est sa vrai mère ?
- Gwen ? Il faut que tu me promettes… Dis-le… S'il te plaît.
- Je te promets de mettre ton enfant en sécurité, dis-je la tête baissée.
- Tu sais que ce n'est pas ce que je veux entendre… Promets-moi de veiller dessus. Considère cet enfant, comme le tien. Je veux partir l'esprit en paix.
Pouvais-je lui faire une telle promesse ? Une promesse que je n'étais pas sûre de tenir ? Pourrais-je lui mentir dans le blanc des yeux ?
- Je te le promets.
Oui, je pouvais.
-… Tu… Tu pourras dire à Carl que je l'aime… Il faut qu'il reste un homme bon… Mon petit garçon ! Je suis tellement désolé de devoir t'abandonner… Et Rick… pardonne-moi pour tout ce que je t'ai fait… Pleura-t-elle en prenant conscience du sacrifice qu'elle s'apprêtait à faire.
J'appuyai la pointe du couteau sur sa cicatrice. Elle renifla et ses sanglots se turent. Elle se ressaisit et fixa le plafond, imperturbable et sûre de son choix.
- Bonne nuit Nina…. Bonne nuit Gwen…
