Bonjour à tous et à toutes,
Tout d'abord : je tiens à m'excuser pour cette longue absence. J'ai manqué de beaucoup de temps cet été pour écrire. J'aimerais vous faire la promesse que les publications seront dorénavant plus régulières, mais je ne préfère pas car aujourd'hui je ne sais pas si je pourrai m'y tenir.
Je tiens à remercier ceux qui continuent de suivre et reviewer ma fiction malgré mon manque de régularité dans les posts. Je souhaite également la bienvenue aux nouveaux lecteurs et lectrices.
Sur ce, je vous souhaite une agréable lecture.
Chapitre 24 : La partie de chasse
La jeune maman ne put s'empêcher de pousser un long hurlement rempli de douleur lorsque la lame vint entailler, sans difficulté, la peau tendue de son ventre. Je me concentrai, faisant abstraction de ses cris qui se turent rapidement. Je suivis avec application la fine cicatrice faite par la précédente césarienne. Une quantité impressionnante de sang rouge vif continuait de se déverser, ne semblant jamais vouloir s'arrêter. Le doute finit par m'assaillir... Et le pire s'imposa à moi.
Sans perdre une seconde, j'écartai les deux bouts de peau et insérai ma main dans son ventre. Je grimaçai en pensant à ce que j'étais en train de faire. Un acte digne des plus grands films gore. L'intérieur était tout chaud et rempli d'une substance visqueuse. Je soufflai, évacuant le stress. De grosses gouttes de sueur coulaient sur mon front et dans mon dos. Mon corps entier était tendu comme un arc et mes muscles tétanisés me faisaient trembler. Ma main fouilla l'intérieur du ventre de Lori à la recherche de ce petit être sans défense. J'eus un sursaut lorsque le cordon ombilical vint me caresser le poignet. Le bébé ne devait plus être très loin.
- Nina ! Apporte-moi une couverture ! Pressai-je en enfonçant ma deuxième main.
J'attrapai le pied minuscule du bébé et le tirai délicatement hors du ventre, tout en faisant attention à ne pas le blesser lors de son extraction. Les fesses apparurent en premier, suivies rapidement de la tête. Je le récupérai dans mes bras et insérai mon index dans sa bouche afin de lui retirer tout ce qui aurait pu gêner sa respiration. Le bébé gémit faiblement et agita ses deux poings dans le vide. Ses traits se tordirent et il poussa son premier cri. Un cri fort et clair, signe de bonne santé. Je l'enveloppai dans une épaisse couverture et Nina le coiffa d'un petit bonnet fabriqué avec les moyens du bord. Je le cajolai et fit une prière pour que ses cris n'attirent pas les rôdeurs, ni nos poursuivants. Comme s'il avait compris la menace qui pesait sur lui, le bébé s'arrêta rapidement de pleurer. Il tourna ses deux petits yeux noirs vers moi et bailla. Mon cœur fondit face à sa bouille toute fripée et toute rose. Si innocente. Si fragile.
- Lori… C'est une petite fille, annonçai-je émue.
Je me tournai vers la maman et lui tendit sa fille. Toutes les émotions de plénitude ressenties i peine quelques secondes retombèrent. Le corps de Lori gisait sans vie sur la table d'auscultation. Son visage était tordu dans une expression de douleur et ses yeux noisette me fixaient, vide. Je m'étais tellement coupée du monde, à me focaliser sur les gestes pour sauver le bébé que je ne l'avais pas vu perdre connaissance.
- Tiens. Réchauffe-la, indiquai-je à Nina, en lui tendant avec précaution le nourrisson.
Je rejoignis rapidement Lori, posant deux doigts au niveau de sa carotide à la recherche d'un pouls. Rien. Sans perdre de temps, je commençai le massage cardiaque, alternant entre compression thoracique et bouche à bouche. Un, deux, trois… Un, deux, trois… Les compressions s'enchaînèrent, tout comme les minutes. Des minutes interminables où je m'acharnais sur le thorax de la jeune maman.
- Arrête, me dit avec douceur Nina.
Sa main d'enfant se posa sur mon bras. Je secouai la tête. Ça ne pouvait pas se terminer ainsi. Pas après tout ce qu'elle avait traversé. Pas après avoir tenu tant de mois dans un monde comme celui-ci. Elle ne pouvait pas partir en laissant ses deux enfants orphelins. J'intensifiai le massage, y mettant toute ma force. Mon désespoir…
- Reviens… Allez Lori, me lâche pas, chuchotai-je avec fureur.
- Elle est morte… Constata Nina avec un détachement déconcertant.
Je sais… Je poussai un cri de rage et envoyai un puissant coup de poing sur le thorax de Lori. Un sentiment d'injustice et d'impuissance m'envahit. J'avais envie de pleurer, de m'écrouler. Je n'en avais plus la force. Plus la force de pleurer. Plus la force de continuer. Je m'appuyai sur la table, regardant avec tristesse le corps de Lori. Encore un mort… Il y en avait tellement eu que j'en avais perdu le compte et Lori venait de s'ajouter à la liste. Je vérifiai son pouls une dernière fois. Rien. C'était fini. Je m'emparai du couteau que j'avais jeté sur un plan de travail pas trop loin, et lui transperçai le front d'un geste précis. Je fermai les yeux lorsque la boite crânienne craqua et que le couteau s'enfonça dans son cerveau. Je le retirai et lui fermai ses yeux sans vie, avant de la recouvrir avec délicatesse d'un drap blanc. Je la bordai avec autant de douceur que je l'aurais fait avec un enfant.
Le bébé dormait paisiblement dans les bras de Nina, emmitouflé dans ses couvertures et inconscient de l'horreur qui se déroulait autour de lui. Je n'avais pas pu sauver Lori… Il fallait au moins que j'honore sa volonté. Je me devais de protéger ce petit être, coûte que coûte.
- Elle ne va pas tarder à avoir faim. Il faut que je vous mette à l'abri.
J'enfilai le sac à dos où tout un stock d'affaire spécialement prévu pour les besoins futurs du nouveau-né y avaient été stockées, et tendis les bras pour récupérer le nourrisson. Nina le regarda une dernière fois et me le tendit. Le bébé était bien coincé dans les couvertures, seul son petit nez en trompette dépassait légèrement. J'ouvris avec prudence la porte, avant de pénétrer dans le hall d'entrée. La horde de rôdeurs avait rejoint l'autre côté du bâtiment, là où l'explosion avait retenti. Seule une dizaine de retardataires continuait de se traîner péniblement vers la source du bruit. Je sentis la main glacée de Nina m'attraper le poignet. La petite fille regarda les rôdeurs se déplacer, sans ciller. Seul le léger tremblement de son corps trahissait sa peur croissante. Je lui serrai la main et elle tourna lentement la tête vers moi.
- Il va falloir courir très vite. Tu ne t'arrêtes sous aucun prétexte. Tant que tu n'es pas en sécurité tu cours, d'accord Nina ? Lui demandais-je.
Elle hocha lentement la tête. Ses cheveux sales et rougeâtres la faisant paraître plus vieille qu'elle ne l'était vraiment. Nous nous avançâmes vers les portes. Je jetai un dernier coup d'œil au nouveau-né. La petite fille dormait paisiblement loin de s'imaginer dans quel monde elle était tombée. Je réajustai ma prise sur ce tas de couvertures, la coinçant du mieux possible dans mes bras. Il restait encore quelques rôdeurs devant l'entrée du bâtiment, mais rien de semblable à la horde qui était passé un peu plus tôt. J'ouvris la porte et fis un signe de tête à Nina, qui s'élança la première. Le cœur battant la chamade, je me mis à courir à sa suite. La température extérieure me coupa le souffle et je sentis mes muscles se pétrifier face à ce temps glacial. Le bébé se réveilla dès que j'eus mis le pied en dehors du bâtiment et poussa un hurlement strident. Son cri me sortit de ma torpeur, et je me mis à sprinter, esquivant les quelques rôdeurs qui me bloquaient le passage. Je collai le tas de couvertures contre mon torse, essayant en vain d'étouffer ses cris et suivis Nina jusque dans la forêt. Mes oreilles bourdonnaient et le nourrisson ne semblait pas avoir envie de s'arrêter de pleurer. Nous n'avions pas de temps à perdre, mais le terrain glissant et escarpé nous contraignit à ralentir.
Cela faisait à peine quelques minutes que nous courrions et pourtant j'étais déjà essoufflée. Le poids du sac et du nourrisson me ralentissaient énormément et me demandaient un effort considérable. Ma bouche était sèche et mes poumons me brûlaient déjà, m'arrachant des râles de douleur à chaque expiration. Il faisait tellement froid… Chaque inspiration était un calvaire. Nous finîmes par arriver au bord d'une rivière. Bien qu'elle ne soit pas très large, la froideur de l'eau était suffisante pour nous noyer. De plus, le fond était si sombre qu'il en était impossible de deviner la profondeur.
J'eus un moment d'hésitation. Peut-être valait-il mieux longer la rivière jusqu'à trouver un pont ? Ou alors… Je n'eus pas le temps de réfléchir plus que Nina se jeta à l'eau. Elle poussa un petit cri face à la froideur de l'eau, mais ne s'arrêta pas. Elle s'enfonça jusqu'à la poitrine et atteignit finalement la berge. Je jetai un coup d'œil derrière moi avant de m'élancer. L'eau me glaça les os et me coupa la respiration. Elle n'était pas froide. Elle était glaciale ! C'était comme si des centaines de couteaux me transperçaient le corps de toutes parts. Alors que j'approchai de la rive, Nina me tendit sa main et m'aida à m'extirper de l'eau. Nous n'eûmes pas le temps de souffler, qu'une détonation retentit. Les oiseaux cachés dans l'épais feuillage des arbres s'envolèrent dans un même mouvement et toute la forêt sembla se figer.
- Elles sont là ! Résonna la voix d'un homme.
- COURS ! Ordonnai-je à Nina.
Une course poursuite débuta. Il fallait rapidement que l'on trouve un abri. Un endroit où se cacher. Bien que nous ayons une bonne avance sur eux, ces hommes étaient en pleine forme et étaient armés, contrairement à nous. Toute fatigue avait disparu. Mon instinct de survie pris le dessus. Des balles résonnèrent dans la forêt. Ils n'étaient plus très loin. Ils avaient sûrement dû traverser la rivière. Ce n'était plus qu'une question de minutes avant qu'ils ne nous rattrapent.
Le bébé continuait de hurler. En fait, il ne s'était pas arrêté. A contre cœur, je lui posai une main sur la bouche, étouffant une bonne fois pour toutes ces cris qui nous faisaient repérer de loin. Les arbres s'espacèrent et finirent par devenir de plus en plus rares. Nous arrivâmes, enfin, à l'orée de la forêt qui débouchait sur une grande plaine. Rien de mieux pour se faire tirer dessus comme des lapins. Au loin, nous pouvions apercevoir une ville. Et en marge de celle-ci, une maisonnette faisait face à un cimetière. Elle était à moins de deux cents mètres.
Sans me poser de question, j'entraînai Nina dans cette direction. Les hommes semblaient encore loin, mais nul doute qu'ils finiraient tôt ou tard par nous rattraper. Nous fîmes le tour de la maison, ralentissant la cadence et reprenant nos souffles. Je donnai le bébé à Nina, lui faisant signe de lui mettre la main sur la bouche pour étouffer ses pleurs. Une porte en bois, rongée par la moisissure et les larves, devait donner sur l'arrière de la maison. Elle ne me semblait pas très solide. Je pris du recul et envoyai un puissant coup de pied. La porte trembla mais tient bon. Malgré la froideur de l'hiver, je sentais des gouttes de sueur perler mon front. Bon sang ! Je répétai mon geste, y mettant plus de hargne et cette fois-ci la porte céda.
Elle s'ouvrit à la volée, claquant contre le mur, et dévoilant l'intérieur poussiéreux d'une boutique funéraire. Un calme macabre régnait dans la pièce. Des décorations tombales avaient été disposées au centre de la pièce et étaient accompagnées de nombreux pots de fleurs fanées. Des cercueils de différentes gammes de bois et de prix étaient aussi exposés. Je fis entrer Nina et bloquai la porte avec une chaise qui trainait. Attentive et alerte, j'étais prête à intervenir au premier bruit suspect. Je sursautai lorsque des voix retentirent à l'extérieur. Ils nous avaient déjà rattrapées !
J'attrapai Nina sous les aisselles et la fis grimper, avec le bébé, dans l'un des cercueils ouverts. Je l'installai confortablement dedans, positionnant le bébé de manière à ce qu'elle puisse le voir sans avoir à se contorsionner. Les voix se faisaient de plus en plus proches.
- Gwen, couina la petite fille les yeux larmoyants, ne me laisse pas.
Je posai une main rassurante sur sa joue et effaçai les larmes qui les dévalaient.
- Essaie de t'imaginer que c'est un jeu, d'accord ? Je vais te laisser une légère ouverture pour que tu puisses écouter, voir et respirer. Reste discrète et fais en sorte qu'elle ne pleure pas. Si jamais dans une heure je ne viens pas te chercher, sauve-toi et prends la direction du Canada. C'était notre destination finale. Avec un peu de chance, tu trouveras un groupe auquel te greffer. Sois forte Nina, chuchotai-je.
Je l'embrassai sur le front et abaissai le couvercle du cercueil, le positionnant avec un léger décalage pour qu'elle puisse s'en extirper.
- Marc ! Ici ! La porte a été défoncée, ricana une voix d'homme.
Mon sang ne fit qu'un tour et je courus aussi discrètement que possible dans la réserve, me dissimulant derrière des cartons entreposés. Un nuage de fumée blanche s'échappa de mes narines et je fermai les yeux, me concentrant uniquement sur ma respiration et les bruits aux alentours. Un grand fracas me fit sursauter et je sus qu'ils venaient d'enfoncer la porte. Ils étaient à l'intérieur. Et ils allaient nous trouver… Le vieux parquet grinça sous leur pas lourd. Avec lenteur, je sortis mon couteau de boucher et ouvris les yeux. Mon cœur battait la chamade et ma respiration se bloqua quand l'un d'entre eux s'adressa à nous.
- Où êtes-vous mes chéries ? Venez, venez… Promis, on ne vous fera aucun mal, susurra l'un des hommes accompagné des ricanements de ses collègues, petite fleur ?
Ils rigolèrent entre eux fouillant d'abord les placards. Je me retiens de sursautai lorsque l'un d'entre eux balança quelque chose de lourd à terre. Je priai pour que ça ne soit pas le cercueil dans lequel j'avais caché Nina. Je me concentrai sur leurs voix, tentant de déterminer le nombre qu'ils pouvaient bien être. Il me semblait n'en distinguer que trois. Trois hommes contre une femme apeurée et affaiblie. Le match allait être serré.
La porte de la réserve, dans laquelle j'étais caché, s'ouvrit lentement dans un grincement continu. Un nuage de poussière s'envola et le parquet craqua. L'homme qui venait de pénétrer dans la pièce sifflota. Au fur et à mesure qu'il avançait les cartons volaient à l'autre bout de la pièce. Serein et calme, à chaque pas, il envoyait un coup de pied dans les boites, me cherchant. Je me redressai légèrement sans faire de bruit et renforçai mon emprise sur le manche du couteau. Son odeur de transpiration et de sang agressa mon odorat. Sa respiration était lourde et je su qu'il était à moins d'un mètre. Le lion était dans l'arène et il chassait sa proie. Il envoya un nouveau coup de pied dans les cartons qui me cachaient et je n'attendis pas qu'il me voit pour lui sauter dessus. Il n'eut pas le temps de réagir, que la lame du couteau fendit l'air et vint se planter dans sa carotide. Un jet de sang fusa à deux mètres de lui et il se vida en quelques secondes. J'accompagnai son corps au sol et pour être sûre qu'il ne se réveille pas je lui transperçai le crâne. Toujours se méfier de l'eau qui dort.
Je pris une minute pour reprendre mon souffle et mes esprits. Ses collègues semblaient ne s'être aperçu de rien. Plus que deux et nous en serions débarrassé.
J'essuyai ma main poisseuse de sang sur mon pantalon et repris ma lame. Rapidement, je fouillai le corps de l'homme que je venais d'abattre et lui pris son pistolet automatique, ainsi que les deux barres de céréales qu'il gardait jalousement dans le fond de ses poches. Je rangeai soigneusement mon couteau et m'approchai avec prudence de la porte, le PA prêt à être employé. Les deux hommes continuaient de fouiller la pièce, vidant les placards et brisant volontairement des stèles funéraires. Les cercueils étaient systématiquement fouillés. Un à un. Tous y passaient. Il n'en restait que deux… Des sueurs froides parcoururent mon dos lorsque que je les vis s'approcher du cercueil dans lequel j'avais caché les filles. Dans deux mètres, ils y seraient. Le capot grinça légèrement lorsqu'ils le soulevèrent et je pus facilement imaginer le petit rictus qui vint fleurir leurs lèvres.
- Mais qu'est-ce qu'on a là… Ricana l'un d'entre eux.
- HEY ! Criai-je en sortant de ma cachette.
Les deux hommes détournèrent leur attention des filles et avant même qu'ils n'aient le temps de réagir, j'abatis le premier homme d'une balle en plein cœur.
- Les mains en l'air ! Ordonnai-je au dernier homme vivant.
Il s'exécuta sans se départir de son sourire mauvais.
- Eloigne-toi ! Mets-toi là ! Au centre. Sans geste brusque, tu vas sortir ton arme et me la faire glisser. Un geste menaçant et je te bute. T'as compris ?!
L'homme s'exécuta sans broncher. Je ne le lâchai à aucun instant des yeux, détaillant tous ses faits et gestes. Il se passa la langue sur ses lèvres abimées et haussa un sourcil moqueur.
- Il veut ta tête. Tu pourras toujours courir, essayer de fuir, de te cacher. Quand Cid a une cible, elle ne lui échappe jamais. Toi et tes petits copains, vous êtes tous morts.
- Qui a déclenché l'explosition ?
- Qu'est-ce que ça peut te foutre ? Cracha-t-il.
- Réponds !
- Ce connard de Merle Dixon ! Ce traitre ! Un faible qui ne sait pas prendre ses positions. On a été trop clément avec lui ! On aurait dû le tuer !
Les rouages de mon cerveau se mirent en marche. Cette révélation était assez surprenante. Connaissant Merle, il ne serait jamais revenu de son propre chef. Ce n'était d'ailleurs sûrement pas lui qui avait décidé de revenir, il y avait été contraint. Et le seul qui pouvait contraindre Merle à faire quelque chose dont il n'avait pas envie, c'était Daryl. Seul lui avait ce pouvoir sur son frère. Mon cœur s'enflamma : Il est revenu.
- Pourquoi faites-vous cela ? Comment l'humanité a-t-elle pu autant dériver ?
Ma voix bien que rocailleuse, ne vacilla pas. Il éclata de rire. Un rire fort et clair, mais sans aucun amusement derrière.
- Mais ma chérie, l'humanité avait déjà commencé à partir en vrille. Ces choses ne sont l'œuvre que des humains. Nous seuls sommes responsable de notre sort.
- Si tu es responsable de ton sort, pourquoi t'allies-tu à un monstre pareil ?
Ses yeux pétillèrent à cette question comme s'il attendait depuis le début que je le lui la pose.
- Pourquoi ? Je ne vois pas Cid du même œil que toi. Il est bon avec nous. Il nous nourrit, nous donne des femmes pour nous soulager. Pourquoi refuser une telle offre ? Si tu savais comme c'est jouissif de voir la peur dans le regard de l'autre lorsqu'il tente de sauver, en vain, sa misérable vie. D'avoir une femme soumise qui ferme sa putain de grande gueule. Ses cris de pitié quand tu la prends contre son gré et son regard mort après que des dizaines d'hommes lui soient passé dessus. A la fin, c'est elle qui nous demande de mettre fin à sa vie. Et en grands gentlemen que nous sommes, nous lui accordons le droit de mourir.
L'effort s'empara de mon corps face à ce discours des plus violents. Des flash-back de mon enfer passé avec Caïn me revinrent en mémoire. Je revoyais ses yeux dorés luire dans la pénombre et son sourire de prédateur lorsqu'il me soumettait. Le même sourire qu'affichait l'homme en face de moi. Ma mâchoire se contracta sous la colère. Seul un monstre pouvait tenir un tel discours. Et les montres, il y en avait déjà suffisamment sur cette Terre.
- Tu ne feras plus aucune victime, soufflai-je sûre de moi.
Il garda son sourire mesquin. Je posai mon doigt sur la détente et appuyai. Un petit déclic résonna dans la pièce silencieuse et à l'atmosphère tendue. Mais aucune balle ne fusa en direction de ma cible.
- Règle n°1 : Toujours s'assurer que son arme est chargée, lança l'homme en avançant d'un pas.
Je balançai le pistolet automatique en direction de sa tête et partis en courant dans l'autre sens. Telle une proie, je courrais encore une fois pour sauver ma vie. Je poussai tout ce qui se trouvait sur mon passage pour le faire ralentir. Pour me donner quelques secondes d'avance qui pourraient faire la différence. Je me jetais sur la poignée de la porte, l'ouvrant à la volée et débouchant dans le garage du petit magasin. Un gros 4x4 y était garé, prenant beaucoup de place dans cet endroit déjà exigu. Sans perdre une seconde, je montai en toute hâte à une échelle, vers ce qui semblait être une grange. Du foin y avait été entreposé. C'est avec empressement que je rejoignis la petite porte en bois, d'où de légers rayons de lumière filtraient, au fond de la grange. Un sanglot de désespoir s'échappa de ma bouche quand la poignée refusa de pivoter et la porte de s'ouvrir. En désespoir de cause, je tentai de donner un coup d'épaule. Une intense douleur m'enflamma l'épaule et je ne pus que me laisser glisser à genoux, la peur dans l'âme.
Un rire cruel s'éleva derrière moi. Je me relevai, m'appuyant de tout mon poids contre le mur en bois. Sa grande silhouette me barrait l'accès à l'échelle et au vu de son expression il se pourrait que j'aie une mort lente et douloureuse. Les battements de mon cœur étaient si rapides et violents que j'avais l'impression de l'entendre résonner dans tout le garage.
- Règle n°2 : toujours garder la tête froide, ricana-t-il en s'avançant avec décontraction.
- Ne t'approche pas ! J'ai un couteau ! Menaçai-je, en sortant l'arme blanche.
- Oh non ! Les petits couteaux ! Mon point faible ! Gémit-il en faisant mine de trembler de peur.
Il s'esclaffa et passa une main dans ses cheveux sales. Je me postai en garde, la lame de boucher bien en évidence devant moi.
- Gwen ! Appela Nina d'en bas.
Mon regard se tourna dans la direction de l'appel. Je ne me rendis compte de mon erreur que lorsque je vis cet homme foncer vers moi, les mains en avant. Bloquée par le mur, je fus prise au dépourvu. Il m'attrapa et me projeta violemment contre la porte. Sa grosse main enserra mon cou, tandis que l'autre tentait de s'emparer de mon couteau. J'esquivai sa main et lui mis un coup de couteau dans le ventre. Il poussa un cri de douleur et se plia en deux lâchant son emprise sur mon cou. Je me jetai sur lui, couteau en avant. Il se redressa et malgré sa blessure esquiva avec facilité la lame. Les bras lourds et le corps meurtri, je tentai de lui mettre un coup fatal. Mais l'épuisement physique et moral avait repris le dessus sur ma volonté de vivre. Mes gestes étaient plus lents, moins précis. Il poussa un grognement de douleur en se redressant et m'attrapa le poignet, le serrant avec force. Je grimaçai face à sa poigne et tentai de me libérer. Il leva son poing sous mon regard horrifié. Je fermai les yeux, détournant la tête face au coup que je m'apprêtai à recevoir. Comme au ralentit, le poing s'abaissa au même moment où le plancher se déroba sous ses pieds. Il m'entraîna dans sa chute sans que je ne puisse rien faire pour l'arrêter. Mon corps entra, presque instantanément en collision avec le toit de la voiture et un cri de douleur sortit de ma bouche. Une vive douleur m'étreignit la jambe, se propageant dans tout mon corps jusqu'à ma tête. Des petits points noirs virent parsemer ma vision et le garage tourna autour de moi. La douleur était insoutenable. Je veux que tout ça s'arrête…
