Hello everybody,

Surprise ! Non, je ne suis pas morte. Et non, la fiction n'a pas été abandonnée.

Il y a peu en scrutant les nouvelles fanfictions sur le site, je me suis aperçu que ça faisait quelques bons mois que je n'avais pas publiés. Mea culpa !

Afin que la suite de mon histoire soit cohérente, j'ai donc pris le temps de relire entièrement ma fiction (les premiers chapitres sont vraiment horribles…).

Je tiens à remercier La Plume d'Elena qui par ses divers et nombreux messages d'encouragement a réussi me motiver à reprendre l'écriture. Ce chapitre t'est dédié !

Sur ce, bonne lecture !

Chapitre 25 : La lueur d'une flamme

Déchirante… Lancinante… La douleur irradia ma jambe droite et me ramena à moi. Un cri d'animal blessé s'échappa de ma gorge et mes mains s'agrippèrent à mon jean. Mon corps fut pris de soubresauts, se tordant sous la douleur qui se répandit jusqu'à la colonne vertébrale. Ma tête ballota sur le côté, mes yeux se révulsèrent et un deuxième cri, aussi puissant que le premier, retentit.

Mon corps était en feu, à tel point que j'eus l'impression de perdre la tête. Le plafond du garage ondula, dansant avec grâce dans un mouvement continu et le bourdonnement de mes oreilles s'intensifia. Mes dents mordirent ma lèvre, alors que mes doigts descendirent avec précaution jusqu'au niveau de la cuisse droite. La douleur m'électrisa de nouveau et un autre cri éraillé s'échappa. De grosses gouttes de sueurs perlèrent à mon front et glissèrent le long de mes tempes. Cette douleur... Cette impression qu'un rôdeur venait de m'arracher un bout de chair. Insupportable. Insoutenable.

Je glissai un coup d'œil et pus distinguer la lame qui avait transpercé de part et d'autre l'extrémité de la cuisse. Ma jambe gauche fut prise de tremblements incontrôlables et la bile me brûla l'œsophage. Je basculai mon corps sur la gauche et déversai le peu de morceaux de T-Dog qui restaient dans mon estomac. Le voile de brume qui entourait ma conscience s'évapora à ce souvenir et tout me revint en mémoire tel un tsunami : l'abandon de Daryl, l'attaque des hommes de Cid, Caïn, le cannibalisme de ces monstres, Lori, le bébé, la fuite… Haletante, j'empoignai fermement le manche de l'arme blanche et la retirai d'un coup sec.

Ce ne fut pas un cri cette fois qui s'échappa, mais un hurlement. Une plainte si douloureuse et longue qu'elle ne s'arrêta que lorsque ma voix se brisa. Les larmes dévalaient mes joues à torrent, s'écrasant sur le toit du 4x4 telle une fine pluie. Le sang chaud s'échappa de la blessure dès le retrait du corps étranger et ruissela jusqu'à ma main. Je reniflai avec force et déglutis péniblement avant d'arracher la manche droite de ma chemise. Au contact de la blessure, le tissu s'imbiba immédiatement du sang. Pas n'importe lequel. Le mien. A cette vue, mes dernières forces me quittèrent et une faiblesse immense s'abattit sur moi. J'en avais eu du sang sur les mains. Plus que de raison même. Mais jamais mon propre sang ne me les avait colorées. Je fermai les yeux et serrai d'un coup sec le pansement de fortune afin d'arrêter le saignement. Ma mâchoire se contracta et cette fois-ci le cri ne passa pas. Tel un pantin désarticulé, mon buste s'effondra bruyamment sur la tôle du véhicule et des taches noires vinrent obscurcir ma vision.

Le combat pour rester consciente fut ardu. Mon corps me criait, non, me suppliait de le laisser se reposer, tandis que mon instinct m'ordonnait de fuir le plus vite et le plus loin possible de cet endroit. Le bourdonnement de mes oreilles fut brisé par les cris perçant du nourrisson. Les taches noires clignotèrent encore quelques secondes devant mes yeux, diminuèrent, puis disparurent. Douloureusement, je réussi à ramper jusqu'au bord du toit. Les yeux grands ouverts de surprise et le cou rompu, l'homme de Cid était étendu à terre, mort. Je fis basculer avec précaution le bas de mon corps dans le vide et me laissai glisser jusqu'à ce que ma jambe valide touche le sol.

Je ne pus m'empêcher de sursauter lorsque Nina apparut soudainement à l'arrière du pickup. Elle se figea en me voyant, puis se précipita en larmes pour me serrer dans ses bras. Toute la terreur accumulée explosa et se ressentit dans chacun de ses sanglots.

- Nina… Nina écoute moi, tentai-je en vain de la raisonner.

La jeune fille s'accrocha désespérément à ma chemise et bien que ses sanglots se furent calmés, son corps continua d'être secoué de spasmes. Le temps pressait. Si ce qu'avait dit l'homme de Cid était vrai, nous aurions bientôt toute une armée à nos trousses. Une armée de monstres prêts à tout pour nous offrir à leur maître. J'attrapai le menton de Nina, la forçant à me regarder.

- Nina, écoute-moi… Arrête de pleurer et sois forte ma belle… Il faut qu'on parte le plus vite et le plus loin possible, tu comprends ? D'accord. Tu es une grande fille maintenant, mais je vais avoir besoin que tu sois encore plus grande. Il va falloir que tu conduises… Je vais te guider rassure-toi, la calmai-je en voyant son visage se décomposer. Mais avec ma jambe, je ne pourrai pas le faire, tu comprends ? Bien. Est-ce que tu te sens de conduire ?

Ses yeux bleus, emplis de doutes, s'ancrèrent dans les miens et après un instant de réflexion, elle hocha lentement la tête. Elle renifla bruyamment et essuya ses joues humides avec sa manche.

- Je suis fière de toi, la rassurai-je en posant une main sur son épaule.

- … Attends, je vais t'aider, s'exprima-t-elle d'une petite voix, lorsqu'elle me vit prendre appui contre le véhicule pour me déplacer.

Elle fit passer mon bras par-dessus ses épaules et m'agrippa fermement la taille. Il n'y avait que quelques mètres qui me séparaient de la portière, mais ce furent les plus longs et douloureux de ma vie. M'installer sur le siège passager fut un véritable soulagement. Le bébé gémit lorsque Nina ferma la porte et se remit à s'agiter dans son couffin improvisé. Je le pris délicatement et le calai avec précaution dans mes bras. Elle s'arrêta immédiatement de pleurer et ses yeux bleus légèrement en amande me détaillèrent avec curiosité. Elle tendit ses petites mains fripées vers moi et emprisonna l'index que je lui tendis. C'était un joli bébé. Ses traits étaient fins et réguliers sans une quelconque trace de traumatisme lié à l'accouchement et un petit duvet blond était déjà présent sur son crâne rond. Ses joues étaient bien rondes, son nez légèrement en trompette et elle avait une bouche en cœur qui en aurait fait craquer plus d'un à une autre époque. C'était la première fois depuis sa naissance que je pris le temps de l'admirer.

Nina ouvrit la porte et s'assit devant le volant. Elle rapprocha le siège afin de toucher les pédales et inséra la clef. La jauge d'essence était pratiquement pleine. Un miracle ! Elle retourna ouvrir les battants en bois du garage et revint au pas de course dans la voiture. Quelques rôdeurs avaient dû être attirés par le tapage que nous avions fait et s'étaient rapprochés de la maison, se trainant difficilement pour la plupart.

- C'est une voiture automatique, lui expliquai-je en essayant d'être la plus claire possible. Tu vois le levier de vitesse ? Il est sur le P qui est le frein à main. Pour avancer il va falloir que tu le mettes sur le D. Pour ça, tu vas juste enfoncer la pédale de frein et déplacer le levier. Comme ça, parfait ! Pour avancer tu vas tout simplement relâcher délicatement la pédale de fre…

Le cadavre de l'homme de Cid se jeta soudainement sur la vitre en grognant. Surprise et prise au dépourvu, Nina lâcha subitement la pédale. La voiture fit un bond en avant, et percuta un autre rôdeur qui errait par là. Sa tête pourrie éclata en heurtant le pare-brise et une gerbe de sang, accompagnée de petits morceaux de cervelles noirâtres se répandirent dessus. Malgré les fenêtres fermées, une odeur familière et pourtant toujours aussi insupportable de pourriture ne tarda pas à pénétrer dans l'habitacle.

Le nourrisson s'agita de nouveau dans ses couvertures et cria de plus belle, dérangé par cette odeur qui lui était encore inconnue. Je posai une main douce sur l'épaule de Nina, qui visiblement choquée, était restée cramponnée au volant au point d'en avoir les jointures blanches. Elle regardait fixement les morceaux du rôdeur éparpillé sur le pare-brise du véhicule, la respiration courte.

- C'est pas grave, tu as été surprise, temporisai-je. Refais la même chose mais en lâchant délicatement la pédale et ça ira.

J'actionnai les essuies glaces, qui balayèrent de droite à gauche les bouts de cervelles, et nettoyèrent la majorité du sang. Le chemin, encore enneigé, se dessina derrière les trainées rouges laissées par les deux balais. Nina redémarra la voiture, et prit le temps de relâcher délicatement la pédale de frein. Le pickup se mit lentement en route, sans à-coups et en douceur.

- Super. Maintenant, tu vas appuyer progressivement sur l'accélérateur, voilà ! Félicitation tu sais conduire !

Nina esquissa un petit sourire sans pour autant lâcher le chemin des yeux. Elle avait beau avoir le physique d'une pré-adolescente, elle n'en était plus une. Elle avait muri. Beaucoup trop vite certes. Mais elle avait su rapidement s'adapter à ce nouveau monde. Sa force et sa volonté de vivre m'impressionnaient. Alors que jour après jour l'envie de quitter cet enfer grandissait en moi, Nina restait forte.

Le paysage défila et un panneau abimé par les intempéries finit par indiquer la direction de Minneapolis à 800 miles d'ici. Les montagnes, lacs et forêts du Missouri avaient été remplacées par des champs s'étendant à perte de vue, typique de la région où nos ravisseurs avaient dû nous transférer. La tension accumulée depuis ces derniers jours retomba d'un seul coup tandis qu'on s'éloignait de l'enfer de Cid. Pourtant, j'avais toujours au fond de moi cette impression d'être prisonnière. Prisonnière de mon propre corps et du souvenir de ce qu'il s'était passé dans cette prison.

Mon bandage de fortune s'était entièrement teinté de rouge, mais le sang avait fini par coaguler et arrêter de couler. Bien que la plaie ait l'air superficiel, elle nécessitait tout de même plusieurs points de sutures. Mais je ne me faisais pas d'illusion… Les habitations se faisaient rares dans le coin et trouver un médecin possédant du matériel médical était aujourd'hui impossible. En admettant même qu'on trouve une pharmacie, ma jambe était beaucoup trop douloureuse pour que je puisse faire le moindre effort avec et je me refusai à risquer la vie de Nina pour récupérer une boite d'antibiotiques.

J'étais consciente que je les mettais en danger tous les deux. Invalide, j'étais une bouche de plus à nourrir et une vie de plus à protéger. Nina était pleine de ressources et n'aurait aucun mal à s'en sortir sans moi. Quant au bébé, il semblait être en bonne santé et il y avait suffisamment de stocks de nourriture dans le sac pour le nourrir pendant deux semaines. Oui, elles s'en sortiraient très bien toutes les deux…

- On devrait peut-être lui donner un nom à cette petite ? Non ? Demandai-je, brisant le silence qui s'était installé.

- … Pourquoi pas : Hope ? Proposa Nina, concentrée.

Le bébé, qui s'était entre temps calmé, se mit à gémir. Elle battit des points et finit par pousser des cris stridents, devenant rapidement toute rouge.

- Visiblement, ça ne lui plait pas, constata la jeune fille.

- Elle doit avoir faim…

Mon bras gauche la maintint fermement, tandis que je me dépêchai d'ouvrir le gros sac pour récupérer de quoi faire un biberon. Celui-ci s'ouvrit en deux et dévoila son précieux contenu : des couches, des biberons, de l'eau potable, plusieurs boites de lait en poudre, des habits chauds… et une poupée de chiffon.

Ses cheveux blonds attachés en deux nattes et sa jolie robe fleurie, surmontée d'une veste en jeans me ramenèrent quelques semaines en arrière, quand avec Daryl nous avions trouvé refuge dans cette grande maison. Mon cœur se serra lorsque l'image du redneck s'imposa à moi. Il me manquait… Terriblement même. Mais je ne pouvais oublier le fait qu'il nous avait abandonné… Qu'il m'avait abandonnée. Je la retournai doucement et caressai la broderie inscrite sur le dos de sa veste.

- Et si on l'appelait Judith ?

Le feu crépita dans son âtre, chantant chaudement sa douce musique. La chaleur se diffusa dans la petite cabane et embauma la pièce d'une odeur d'écorce. D'apparence rustique, la maisonnette ne comportait que deux pièces : une grande faisant office de salle à manger, cuisine, dortoir et d'une salle de bain munie de toilettes, d'un petit lavabo et d'une baignoire, dont la dernière utilisation remontait à bien longtemps. Etendue à côté de la cheminée, j'ouvris péniblement les yeux, essayant de me situer dans l'épais brouillard qui m'entourait. Les flammes floues ondulèrent autour des morceaux de bois qui alimentaient l'âtre dans un crépitement envoutant. Malgré l'épaisse couverture en peau de bête qui me recouvrait et le foyer qui rayonnait, mon corps restait transi. Je me redressai difficilement, stoppant mon mouvement à mi-chemin jusqu'à ce que le sol cesse de tourner.

Quatre jours venaient de s'écouler… ou peut-être cinq… Je ne savais plus. Nina avait pris la direction du Canada, s'arrêtant uniquement pour nourrir le bébé. Elle avait fait route jusqu'au Minnesota avant de tomber en panne, faute d'essence. Alors que dans le Missouri le climat commençait à se réchauffer, nous nous étions fait surprendre par le froid glacial et la neige digne d'un mois de Décembre. Les habitations se faisaient de plus en plus rares, tout comme les rôdeurs qui visiblement avaient migrés en masse vers le sud. Nina s'était débrouillée comme une chef passant outre sa fatigue et son intérêt personnel pour s'occuper à tour de rôle du nourrisson et de moi-même.

Mon bras trembla sous mon poids et je ne pus que capituler en me recouchant sur le tapis face au feu. Malgré les bons soins de la jeune fille, la plaie s'était salement infectée. Elle suintait du pus jaunâtre et avait une forte odeur de pourriture. La douleur était telle que j'avais passé la plupart de mes 72 dernières heures à comater ou délirer. La fièvre s'était emparé de mon corps, anéantissant le peu de force et de volonté qu'il me restait.

La porte grinça et un courant d'air glacial s'infiltra dans la pièce faisant craquer la structure en bois de la petite maison. Les flammes vacillèrent dangereusement avant de se raviver lorsque Nina jeta une nouvelle bûche dans la cheminée. Elle s'approcha doucement et posa sa main fraîche sur mon front brûlant.

- Il faut que tu manges un peu Gwen, dit-elle tout en me secouant gentiment l'épaule.

Je la fixai sans bouger. Je n'avais plus la force. Je clignai plusieurs fois des yeux, cherchant à éclaircir ma vision. Les traits tirés de la jeune fille se dessinèrent doucement. Elle avait attaché ses cheveux sales et rouges de sang séché dans un chignon lâche. D'énormes cernes soulignaient ses yeux bleus fatigués dans lesquels la flamme de l'innocence avait récemment cessé de briller.

Elle me souleva légèrement la tête et la cala sur son genou. Un goulot se présenta à mes lèvres et déversa lentement son eau dans ma bouche sèche. Je posai faiblement ma main sur la bouteille l'écartant de mes lèvres. Mon estomac se contracta violemment et une puissante nausée me prit. Nina me tendit immédiatement un seau et me redressa un peu plus. De violents spasmes secouèrent mon corps e mes muscles se contractèrent de manière désordonnée. La bile me brûla la gorge alors que je régurgitai le peu que j'avais ingéré la veille.

- Ca va aller Gwen… Souffla doucement Nina tout en me frottant le dos. Tu veux que je t'asseye ?

Je secouai négativement la tête et elle me recoucha sur le sol. Avec délicatesse, elle s'assura que la taie me maintenait bien la tête, réajusta la couverture, puis posa un chiffon humide sur mon front.

- Tu es bouillante de fièvre, constata-t-elle. Il faut qu'on trouve de l'aide…

- … Nina, soufflai-je faiblement alors qu'un sourire triste étirait mes traits fatigués. Ça ne sert à rien…

- Je ne te laisserai pas mourir.

- Tu dois partir… Trouve une voiture et continue…

- Pas sans toi ! Coupa-t-elle. C'est nous trois ou rien.

- Ecoute s'il te plaît… Même si les hordes semblent absentes, le danger persiste toujours. Vous n'êtes plus à l'abri avec moi… Sincèrement… Regarde-moi… Je ne peux ni marcher, ni courir et encore moins me redresser sans ton assistance…

- Je ne partirai pas sans toi que tu le veuilles ou non, se borna la jeune fille.

- … Nina… Ne complique pas les choses… Tu n'es plus dans un monde où l'éthique passe avant tout. La nature a repris ses droits et aujourd'hui c'est la loi du plus fort qui règne… Tentai-je de la raisonner.

- … Dans ce cas, tu aurais dû me laisser mourir dans ce magasin.

Peut-être en effet. Peut-être que j'aurai dû aussi me laisser dévorer par ces dizaines de rôdeurs qui avaient envahi notre refuge. Tout serait déjà fini. Il n'y aurait plus de douleurs. Plus de souffrances. Je n'aurai pas à supporter ce corps sali et brisé. Plus de remords. Plus de honte. Je n'aurais pas non plus à revivre mon calvaire dès que je fermais les yeux. Je n'aurais pas à porter cette honte de ne pas m'être plus battu pour protéger mon corps et mon intimité. Car oui… J'aurais pu me battre jusqu'à ce que mort s'ensuive avec Caïn. J'aurais pu le pousser à me tuer sous ses coups. J'aurais aussi pu mettre fin à mes jours avant qu'il ne me touche… Mais non. Je n'avais rien fait. J'étais resté prostrée à ses pieds, paralysée et pleurante de peur face au sort qu'il me réservait.

Les flammes crépitèrent et le temps d'une seconde je crus voir apparaître les iris jaunes monstrueux de Caïn. Son sourire carnassier et ses grognements de plaisir me submergèrent avec puissance. Les battements de mon cœur s'accélérèrent brusquement tandis que les flashs de mon calvaire se rejouèrent devant mes yeux. Ses va et vient violent. Ses coups. Ses insultes. Ses humiliations…

- Et Judith, tu y penses ? Honore ta promesse…

Le visage de Nina se déforma, s'étirant dans tous les sens et ses traits se vieillirent. Ses cheveux, habituellement blonds, brunirent et le visage fantomatique de Lori apparut. Elle était d'une extrême pâleur et avait exactement le même visage fatigué que le jour où sa vie s'était arrêtée.

- Tu m'avais promis de veiller sur mon bébé, Gwen. Tu m'avais promis de le considérer comme le tien. Tu me l'as promis dans les yeux. Honore ta promesse… Honore ta promesse !

Ses mots m'oppressèrent autant que le regard dur et froid qu'elle me lança. Ses traits se déformèrent de nouveau. Ils se tordirent, s'élargirent et la tête coupée de T-Dog se matérialisa à son tour. Ses yeux morts me fixèrent sans ciller, puis il se mit soudain à répéter de manière mécanique :

- Honore ta promesse. Honore ta promesse. Honore ta promesse. Honore ta promesse. Honore ta promesse. Hono…

- NON ! JE NE PEUX PAS ! Criai-je en plaquant mes mains sur mes yeux. Je ne peux pas… Je ne veux plus... Laissez-moi tranquille…

Tout s'arrêta et le silence se fit. Un silence lourd, presque pesant, qui fut brisé par un discret bruit de respiration. Mes mains s'abaissèrent avec une lenteur presque exagérée et l'ombre d'un homme se dessina. Debout, à mes pieds, il attendit droit et immobile. Il avança d'un pas dans la fine lueur du feu et un jeans déchiré apparut, ainsi qu'une chemise mettant en valeur son torse musclé et surmonté d'une veste en cuir. Il fit un autre pas et s'accroupit posément à mon niveau. Ses yeux bleus, partiellement cachés par ses longs cheveux bruns, me fixèrent. Il avança avec douceur sa main et la posa sur ma joue. Elle était si chaude. Si réelle.

- Tu m'as abandonné, soufflai-je.

- J'sais… Répondit-il simplement sans me quitter du regard.

- Pourquoi ?

- J'n'avais pas l'choix.

- On a toujours le choix Daryl…

- Dans c'cas, honore ta promesse.

- Je n'ai pas d'ordre à recevoir de quelqu'un qui nous a abandonné et qui n'est même pas foutu d'être réel ! Criai-je, en repoussant sa main.

Il laissa échapper un rire discret et sa tête disparut dans l'ombre. Il continua à rire de plus en plus fort, toujours accroupi à côté de moi, jusqu'à ce que ça se transforme en une crise délirante. Il releva brusquement la tête et bien qu'il se soit arrêté de rire un sourire cruel étirait toujours ses lèvres. Mon corps se tétanisa alors que les traits de Daryl disparaissaient pour laisser la place à ceux de Caïn, qui semblait plus réel que jamais.

- Honore ta promesse ma jolie… Et n'oublie pas que quoi qu'il arrive et où que tu sois, ils te retrouveront. Tu nous appartiens. Tu lui appartiens. Et je peux te promettre que même te faire dévorer vivante par des macchabés te paraîtra plus doux que ce qui t'attends, susurra-t-il d'une voix cruelle.

Ses menaces pénétrèrent insidieusement mon esprit, tandis que la peur me paralysait. Je ne voyais que ses deux yeux jaunes emplis de cruauté qui me scrutaient. Spectatrice de mon propre corps, je ne pus que le regarder enfoncer profondément sa main dans ma poitrine. Une douleur insupportable me déchira alors que je sentais ma main fouiller dans ma chair. Je ne pouvais plus crier. Plus pleurer. Il retira brusquement sa main et je vis avec horreur mon cœur sanguinolent battre dans sa paume.

Les battements affolés de l'organe emplirent la pièce et résonnèrent jusque dans mes oreilles. Caïn le détailla avec intérêt tout en jouant avec. Il l'approcha de sa bouche et lui donna un coup de langue. Il savoura le goût de sang qui éveilla ses papilles, me lança un regard cruel et croqua à pleines dents dans mon cœur.

Ma poitrine se compressa dans un étau et la douleur s'empara de mon corps. Elle s'insinua par les pores, circula par mes veines tel un poison tuant sur son passage tout ce qui me définissait. Tout ce qui avait un jour compté pour moi. La torture fut si forte et violente que je sus précisément à cet instant que tout était fini.

- Gw… Réve…-toi… Arrivent… Pitié…

Des coups contre une porte résonnèrent quelque part dans le fin fond de mon esprit, tout comme la voix affolée de Nina.

Elle m'ouvrit les yeux et me secoua avec force. Le corps et l'esprit déchirés par la douleur, je ne pus que la regarder fixement. Ses lèvres remuèrent sans que le sens de ce qu'elle aurait pu dire ne m'atteigne. Ses yeux me supplièrent et une unique larme roula sur sa joue avant qu'elle ne disparaisse.

Le feu venait de s'éteindre, tout comme ma vie.