Hello la compagnie !

Non ! Je ne suis pas morte… bien que ça fasse un moment que je n'ai rien publié. Que voulez-vous ! Je suis une femme de l'ombre…

Plus sérieusement… J'ai beaucoup hésité à arrêter ma fiction sur le chapitre précédent. Oui pas cool comme fin… De plus que ce n'était absolument pas prévu que l'histoire se termine comme ça. Je me suis donc laissé le temps de réflexion – soit deux ans - et j'ai finalement décidé de reprendre ma fiction pour la mener jusqu'à son terme.

Ce chapitre est donc un chapitre de transition. J'ai essayé d'innover donc n'hésitez pas à me dire votre ressenti.

Sur ce, bonne lecture !

Chapitre 26 : Je te le promets

Perdu… La neige tombait non-stop depuis deux jours recouvrant le paysage de son grand manteau blanc. Le vieux pick-up traça péniblement son chemin dans la poudreuse. Il n'avait plus le temps… Les routes commençaient à disparaître sous la fine pluie de coton et deviendraient très vite difficilement praticables. Une rafale de blizzard balaya la plaine et enveloppa le véhicule l'obligeant à ralentir un peu plus. Le conducteur augmenta la vitesse des essuie-glaces et plissa les yeux pour mieux voir. Les rôdeurs se faisaient rares dans cette région du pays, déjà peu peuplé avant que le monde ne bascule. Les quelques restants erraient tels des âmes en peine au milieu de ces grandes étendues enneigées.

La voiture fut agitée par une nouvelle rafale, l'obligeant à renforcer sa poigne autour du volant pour maintenir du mieux possible la direction. Le véhicule zigzagua sur quelques mètres et les roues patinèrent légèrement lorsque le conducteur amorça le virage.

Dissimulés par la brume, les contours biscornus d'une vieille bicoque en bois ne tardèrent pas à se révéler. C'était à se demander comment elle tenait encore debout. La cabane grinça dangereusement lorsqu'une bourrasque de vent plus forte que les précédentes la secoua. Le volet claqua une fois… deux fois… puis finit par se décrocher. Personne, du moins aucune personne vivante, n'aurait eu envie de se risquer à poser un pied dans son antre au risque de voir les quatre murs penchés s'écrouler pour de bon ou le toit céder sous le poids de la neige. Isolée de tout, posée sur cette immensité blanche, elle avait dû être la demeure d'un agriculteur ou d'un éleveur de bovins dans une autre vie.

Avec prudence, le véhicule ralentit et vint se garer à côté d'un gros 4x4 recouvert par la neige. Daryl attrapa son arbalète et sortit, rabattant rapidement sa capuche lorsque le vent glacial vint lui balayer le visage.

- Lucky… Cherche, siffla-t-il sans cesser de scruter les environs.

Le bouvier bernois ne tarda pas à le rejoindre. Les oreilles aux aguets, il huma la neige fraîche à la recherche d'une quelconque odeur familière. Son corps était tendu et tous ses sens focalisés sur la trace à chercher. Il trottina jusqu'à l'entrée de la maisonnette, renifla rapidement le pas de la porte avant de se mettre à couiner.

Daryl scruta de nouveau les alentours et rejoignit prudemment son chien, tout en restant attentif aux sons environnants. Le sifflement constant du blizzard. Le grincement de la structure en bois de la maisonnette. Le claquement des volets. Le léger craquement de la neige sous ses pas. Il flatta son compagnon, poussa d'un mouvement vif la porte d'entrée qui s'ouvrit dans un grincement sinistre et leva son arme prêt à l'utiliser. Alors qu'il s'attendait à se faire assaillir par une odeur de putréfaction et à entendre le grognement si familier d'un rodeur, rien ne vint… Hormis le fracas du vent sur la maison, la pièce resta silencieuse. Seule une odeur de moisit vint lui chatouiller les narines. Il posa un pied prudent à l'intérieur et se figea lorsque le parquet craqua sous son poids. Son corps se raidit et son index se posa automatiquement sur la gâchette de son arbalète, près à décocher une flèche.

L'intérieur n'était pas très grand. Il ne comportait que deux espaces bien distincts : une salle d'eau et une pièce à vivre. Après une dernière vérification, Daryl pénétra à pas feutré et fit un rapide tour du propriétaire. Au vue de la quantité de poussière sur les meubles, la maison n'avait pas été habitée depuis bien longtemps. Lucky couina une nouvelle fois, assit devant l'âtre de la cheminée. Le chasseur le rejoignit silencieusement et s'accroupit à ses côtés. Il frotta une pincée de cendre froide entre ses doigts. Impossible de dire quand exactement le feu s'était éteint. Une chose était sûre, il avait été allumé récemment. A savoir qui ? Ça c'était une autre question…

Le chien frotta sa tête contre son genou réclamant son attention. Daryl lui caressa le haut du crâne d'un geste mécanique, ses yeux fixant sans ciller l'âtre noirci de la cheminée, perdu dans le tréfonds de ses pensées. Lucky le poussa avec un peu plus de force et aboya l'obligeant à lui accorder de l'attention. Les deux prunelles brunes de l'animal le scrutaient avec intensité, le questionnant silencieusement sur la suite du cheminement. Daryl contempla son compagnon d'infortune qui attendait une réaction de sa part. Il était simplement là, assis à ses côtés, sans aucun doute, ni aucune peur et avec totale confiance envers son maître.

Son regard cerné fut attiré par une discrète lueur argentée dissimulée sous les cendres échappées de la cheminée. Il balaya du bout des doigts les résidus noirâtres et attrapa avec délicatesse le collier en argent sur lequel pendait un médaillon. Il sentit son cœur louper un battement en le reconnaissant et s'empressa de l'ouvrir. Un homme et une femme d'environ une cinquantaine d'années enlaçaient en souriant une jeune fille aux cheveux noirs et aux traits familiers, ainsi qu'une adolescente brune d'environ dix-huit ans dont leur lien de sang ne laissait aucun doute. Daryl serra le médaillon dans le creux de sa main et se laissa tomber sur les fesses le souffle court. A nos filles chéries Gwen et Sarah lut-il sur l'autre partie du médaillon… Ce sont mes parents, lui précisa Gwen. Elle posa doucement sa main sur la sienne et retira le médaillon, le posant non loin d'elle. Il revit son regard bleu taquin avant qu'elle ne l'embrasse et qu'elle ne l'entraine en rigolant sur le matelas…Daryl ferma les yeux laissant le doux souvenir de leur première nuit au centre commercial l'envahir.

Il l'a revoyait. Son air rieur et ses yeux brillants. Ses longs cheveux noirs attachés en un chignon lâche. Il tenait à elle, mais ne lui dirait sûrement jamais. Par pur orgueil ou par peur… Peu importe…

« Et, au fait Gwen, sympa ton foulard rouge. »

Ses joues rosirent légèrement et elle lui fit un doux sourire, un sourire dont seulement elle en avait le secret. Ce sourire qui lui faisait battre son cœur.

Il passa le médaillon autour de son cou, le dissimulant sous ses vêtements. Son cœur se serra douloureusement. Non ! Non… Il ne tenait pas seulement à elle. Il l'aimait ! Et il n'aurait peut-être plus jamais l'occasion de lui dire… Il s'était laissé guider par la peur. Celle de ne pas mériter le bonheur qui venait enfin à lui. Celle de ne pas être à la hauteur. Celle d'aimer et d'être aimé. Non… il n'aurait peut-être plus jamais l'occasion de la voir, de la sentir, de l'entendre… ni de lui dire combien il tient à elle... Le regret. Voilà aujourd'hui ce qui l'animait. Saillant, tranchant, blessant il l'accompagnait à chaque seconde de sa foutue vie.

Les souvenirs affluèrent tels un film qui se rembobine : ses yeux larmoyants lorsqu'il lui demanda de tout quitter et de partir avec lui et son frère … ses baisers, sa force, son sourire… leur rencontre.

- Aie confiance, la rassura-t-il en lui caressant sa joue.

- Daryl… lui souffla-t-elle dans l'oreille d'une voix douce.

Ça avait été sûrement son tort à elle : lui faire confiance. Avoir cru qu'il pouvait devenir quelqu'un de bien. Quelqu'un qui fait des choix justes… Oui. Ça avait été son tort sans aucun doute. Daryl flatta de nouveau son fidèle ami et se releva avec lenteur. Elle était venue ici il n'y a pas longtemps. Le temps de se reposer quelques heures et de reprendre la route. Sûrement avait-elle du tomber en panne et trouver un autre véhicule ?

Il fit une dernière fois le tour de la pièce à la recherche d'éventuelles traces de luttes, qu'il ne trouva pas et rejoignit son chien à l'extérieur. De gros nuages noirs avaient envahis le ciel et la chute de neige s'était intensifiée. Il s'approcha de la porte conducteur du 4x4 et poussa un grognement de douleur en s'installant au volant lorsqu'il se cogna la tête contre le plafonnier déformé. Il observa le renfoncement de la toiture plusieurs fois avant d'arriver à distinguer la forme humaine qui s'y dessinée. Il fouilla avec attention l'intérieur de l'habitacle à la recherche d'un indice quel qu'il soit. Rien. Impossible de deviner son intention, ni par où elle aurait pu continuer son chemin...

Il regagna son véhicule la tête baissée pour se protéger du froid glacial et siffla Lucky qui s'empressa de le rejoindre. Son regard fatigué se perdit le temps d'un instant dans l'étendue blanche. Il avait toujours aimé la nature. Elle était son refuge, loin de tout et surtout loin de cette société dans laquelle il n'avait jamais réussi à s'intégrer et dans laquelle il était considéré comme un paria. Une tare. Un problème. Pourtant aujourd'hui, celle qui avait été sa source de réconfort lui était devenue hostile et l'empêchait de mener à bien sa recherche.

Gwen… Il était hanté par son souvenir. En particulier par leur dernier échange… Par ses yeux emplis de larmes. Par ses implorations. C'est fini entre nous… A l'instant où il s'était détourné d'elle se fut comme s'il avait entendu son cœur se déchirer, brisant le sien par la même occasion. Il avait fait rapidement ses affaires, ne souhaitant pas perdre une minute de plus de peur de revenir sur sa décision. Il fit un bref au revoir aux membres de sa famille, ignorant les yeux embués de larmes de Carol et il leur tourna le dos. Une larme s'échappa de son œil et glissa le long de sa joue creuse, venant se perdre dans sa barbe.

Les événements s'étaient enchainés rapidement à partir du moment où il s'était rendu compte de ce que Merle mijotait depuis le début. Il avait immédiatement fait machine arrière pour les prévenir… Les sauver… Mais il s'était fait devancer par les hommes de Cid.

Seule Michonne avait réussi à passer entre les mailles du filet et à s'échapper de cette rafle du centre commercial. De là, ils avaient rapidement mis un plan en place grâce aux indications que leur avait filé son connard de frère, non sans menace. Pour faire diversion, ils avaient fait sauter à la dynamite un pan entier de mur de l'hôpital psychiatrique désaffecté dans lequel sa famille avait été kidnappée.

Puis il avait couru, son fidèle Lucky à ses côtés. Il avait couru aussi vite qu'il le pouvait pour la retrouver. Lorsqu'il était arrivé aux appartements de ce fameux Caïn, que son frère n'avait pas manqué de lui décrire, il n'avait pu qu'imaginer avec horreur ce qui avait dû s'y dérouler. A ce moment-là, il n'avait eu plus qu'une seule envie : s'écrouler. Sous le poids des remords. Sous le poids de ses erreurs. Sous le poids de ce qu'elle avait subi. Mais il ne l'avait pas fait. Tant qu'il ne l'aurait pas retrouvé morte ou vive, il la chercherait. Encore et toujours. Il n'aurait pas de répit jusqu'à l'avoir retrouvé.

Il y avait eu tellement de mort dans cet abattoir… Ils les avaient vu… Tous les cadavres de ces femmes abusées par la violence des hommes. Toutes ces têtes décapitées. Tous les corps de ses amis pendant tels de vulgaires carcasses de porc. Il avait été le premier à découvrir le corps éventré et sans vie de Lorie. Il n'avait pas eu le temps de s'arrêter pour se recueillir. Non. Il n'avait fait que courir suivant les traces que Gwen avait bien pu laisser derrière elle.

Lucky avait pu flairer sa trace jusqu'aux pompes funèbres où le cadavre des hommes de Cid et les traces de pneus fraîches d'un véhicule étaient ses derniers indices. Il avait ensuite perdu beaucoup de temps. Le temps de regrouper les rescapés. De trouver des véhicules pour fuir vers le nord en direction de leur destination initiale. Et de définir des lieux étapes pour qu'il puisse les retrouver entre ses multiples recherches. Et le voilà ici. Perdu dans cette immensité blanche. Sans indication. Sans direction pour la retrouver…

- Put'n d'merde !

Il envoya un puissant coup de poing sur le tableau de bord en poussant un cri de rage. Il cria… il cria telle une bête à l'agonie. Il hurla, encore et encore, jusqu'à ce que ses cordes vocales le brûlent et que sa voix s'éteigne. Son corps fut secoué de sanglots mais ses yeux restèrent secs. Pour une fois dans sa vie, il s'autorisa à lâcher prise. Il s'autorisa à exprimer toute la souffrance qu'il ressentait. Toute cette colère trop longtemps refoulée. Tout. Tout ! Lucky poussa un long hurlement se joignant à la peine de son maître.

- Je te retrouverai Gwen ! Je te retrouverai… Je te le promets…, souffla Daryl.

Un léger ronflement s'éleva du grand lit de la chambre parentale. Les yeux grands ouverts, Daryl souffla d'agacement et se retourna une énième fois. P'tain d'merde. Il était épuisé. Tout son corps lui criait de se reposer et pourtant il n'arrivait pas à fermer un oeil sans se repasser en boucle les moindres détails de la bicoque qu'il avait visité dans l'après-midi.

Etendu de tout son long au pied du lit, Lucky ronflait tranquillement pas le moins du monde perturbé par ses allers-retours sur le matelas. Il souffla une nouvelle fois d'agacement et posa sa main sur le médaillon qui pendait toujours autour de son cou. Il l'avait si désespéramment cherché… suivant des pistes sans vraiment savoir si s'étaient les bonnes, ni où réellement elles le mèneraient. Et au moment où il retrouvait sa trace, elle lui échappait de nouveau. Comment allait-elle ? Les cherchait-elle elle aussi ? Dans quelle direction avait-elle l'intention de se diriger ? Et si elle lui avait laissé un indice et qu'il ne l'avait pas vu ? Toutes ces questions lui martelaient l'esprit inlassablement.

Le gargouillis de son ventre le convainquit de se lever. A peine se redressa-t-il que le bouvier bernois se réveilla en sursaut, les oreilles droites, aux aguets prêt à bondir sur ses pattes.

- Pas bougé… Reste là Lucky, lui souffla-t-il en lui caressant le haut du crâne.

Le jeune chien reposa sa tête entre ses pattes et regarda son maître sortir sans bouger. La lune était pleine et lumineuse, projetant sa douce lueur dans le long couloir. Il était rentré juste à temps cet après-midi. Le ciel s'était obscurci jusqu'à devenir opaque et menaçant annonçant l'arrivée imminente d'une tempête de neige, qui ne s'était pas faite attendre. Le blizzard siffla et souleva un tourbillon de neige qui balaya la fenêtre. Daryl avança avec discrétion dans le corridor, veillant à faire le moins de bruit possible. Il ne tenait pas à croiser quelqu'un. Le regard gris de Carol lui revint en mémoire. Ce regard qui le guettait de la fenêtre à chaque fois qu'il partait et qui attendait son retour avec angoisse. Il n'avait pas la force de soutenir … Non… Il n'avait pas envie d'affronter le regard de Carol. Ni le sien, ni ce de toutes les personnes qu'il avait abandonné.

Il ralentit brusquement sur le qui-vive. Il lui avait semblait entendre un bruit, presque imperceptible pour quelqu'un qui n'aurait pas tendu l'oreille.

- … encore vous… no…

Il s'arrêta devant la première porte blanche qui se présentait et écouta avec attention. Rien. Le silence fut le seul à lui répondre. Il se baissa et jeta un coup d'œil par le trou de la serrure. La pièce ne comportait qu'une petite fenêtre, suffisamment grande pour laisser entrer la lumière naturelle de l'extérieur mais trop petite pour que quiconque ne puisse y passer. La silhouette étendue de son frère sur le sol se dessina. Allongé sur plusieurs serviettes, il dormait sur le carrelage froid de la salle de bain où il séjournait de force depuis leur arrivée dans cette grande villa isolée.

Daryl se releva et s'adossa à la rambarde. Il souffla et se passa une main sur le visage. Il avait dû rêver. Il n'eut pas le temps de se remettre en marche que de nouveaux murmures s'élevèrent. Il fronça les sourcils et s'avança jusqu'à la porte en face de l'escalier. La main posait sur la poignée de la porte, il eut un instant d'hésitation.

- Non… Tu mens… C'est impossible…

Il l'abaissa très lentement ne laissant qu'une légère ouverture.

- Lori… Lori… Reviens… Je t'en supplie.

Par terre, adossé contre le lit, Rick gémissait dans le combiné d'un téléphone débranché. Son visage strié par les larmes et creusé lui donnait un air cadavérique. Il poussa un autre gémissement empreint d'une grande douleur et s'accrocha à la table de chevet comme à une bouée de sauvetage. Daryl ne put s'empêcher de détourner le regard quand il croisa les yeux hagards de son ami, hantés par la perte de sa femme et de son enfant.

- Je t'aimais… J'aimais notre vie… Je t'en prie Lori… Reviens ! Reviens ! Reviens pour Carl… Reviens pour moi…

Daryl referma la porte aussi discrètement qu'il l'avait ouverte et recula jusqu'à buter contre la balustrade, atterré. Il descendit rapidement les escaliers en essayant d'oublier l'état dans lequel il avait surpris son ami et entra discrètement dans la cuisine. Il alluma la lampe à huile posée sur l'ilot central qui diffusa une douce lumière dans la pièce. Il soupira en apercevant qu'une assiette composée de viande séchée et de pommes de terres était posée sur la table, intact. Carol. Il éloigna l'assiette du bout des doigts, l'appétit coupé. L'image de Rick lui revint en mémoire. Personne n'était revenu indemne de l'enfer de Cid. Ils avaient été confrontés à bien plus monstrueux et assoiffés de chair que les rôdeurs. Ils avaient vu le pire du genre humain. Ils avaient tous beaucoup souffert et beaucoup perdu…

- Insomnie ?

Daryl se retint de sursauter et se tendit en reconnaissant la voix de Maggie.

- Hmmm… peut'tre bien…, marmonna-t-il le regard fixé sur l'horloge en fer forgée dont les aiguilles s'étaient arrêtées sur six heures et demi.

- Tu devrais manger… Carol te l'a préparé exprès…

Il le savait.

- Est-ce que tu peux me regarder ?

Non il ne pouvait pas. Il n'arrivait déjà pas à se regarder lui-même dans un miroir alors affronter le regard plein de reproche de Maggie il ne le pouvait pas.

- S'il te plaît… Souffla-t-elle.

Il se tourna lentement vers elle, son corps parcourut d'imperceptibles tremblements. Ses yeux rencontrèrent les prunelles brunes implorantes de Maggie. Il n'y avait aucun reproche, ni aucune colère, seulement une infinie douceur.

- Daryl, chuchota-t-elle.

- Je suis désolé… Je suis désolé...

Sa voix se brisa. Un sanglot s'échappa et son corps céda à toute la culpabilité et à toute la tristesse qu'il portait depuis qu'il les avait quitté. Il était hanté… Il aurait dû être là… Pour eux... Une larme s'échappa entre deux sanglots. Il les avait abandonné au moment où sa famille avait le plus besoin de lui et il se haïssait pour ça.

- Ce n'était pas de ta faute…

- Si ça l'était.

- Non. Ça ne l'était pas.

- Je vous ai abandonné. Je n'étais pas là.

- Tu nous as sauvés Daryl ! Tu as fait ce qui te semblait juste en suivant Merle. Si tu ne l'avais pas fait on serait déjà sûrement tous morts là-bas parce qu'il n'y aurait eu personne pour faire diversion et nous donner cette chance de s'en sortir… Tu nous as sauvé Daryl.

Son ton était ferme et non négociable. Elle aussi souffrait. Enormément. Et pourtant, il pouvait voir cette hargne et cette envie de vivre danser dans son regard.

- Daryl… Tu es une belle personne. Tu es un homme bon. Rick le sait. Carole aussi, tout comme moi. On le sait tous… Et Gwen aussi le savait…

Sa voix se brisa en prononçant le prénom de sa presque-sœur et ses yeux s'embuèrent. Ils partageaient la même peine.

- Moi aussi je veux leur mort… Je veux regarder la peur dans leurs yeux. Cette même peur dont ils se sont délectés. Daryl, regarde-moi. Regarde-moi ! Nous allons gagner. Nous allons gagner ensemble !

Sa voix se noua et les larmes dévalèrent ses joues sans qu'elle ne tente de les arrêter. Elle s'approcha et l'enlaça avec douceur.

- Elle t'aimait… Comme une folle, chuchota-t-elle en reniflant. Et ça, tu n'as pas le droit d'en douter !

Moi aussi… Moi aussi je l'aimais comme un fou… Daryl se détacha avec délicatesse et fit passer le médaillon par-dessus sa tête. Il le sera dans sa main hésitant à lui donner. Après tout il n'avait aucune réelle certitude. Elle le regarda avec interrogation lorsqu'il lui tendit lentement le bijou. De nouvelles larmes s'échappèrent de ses yeux et elle eut un petit rire triste.

- Il n'y aurait pas eu son prénom que je l'aurai reconnu immédiatement… Merci, mais elle te l'a donné il te revient donc de droit.

- Elle ne me l'a pas donné…

Maggie fronça les sourcils ne semblant pas comprendre ce qu'il cherchait à lui dire.

- Je l'ai trouvé cet après-midi à une soixantaine de kilomètre d'ici dans une vieille bicoque…

Elle prit une grande inspiration et s'assit avec lenteur sur une des chaises hautes, assommée.

- Est-ce qu'elle… Elle est…

- Pas de trace…

Maggie posa une main sur sa bouche étouffant un pleur. Daryl s'approcha et lui prit, avec une douceur qui ne le caractérisait pas, les deux mains. Il n'avait pas toujours fait les bons choix, il n'avait pas toujours été droit mais par contre il avait toujours tenu ses engagements.

- Je la retrouverai… Je te le promets.