Chapitre 2 : Le Service d'Accompagnement à la Sortie
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En quelques minutes de trajet, Harleen fut devant l'Asile. Elle se gara sur le parking privé situé juste après le Pont Arkham et continua à pieds la centaine de mètres qui la séparait de l'entrée. Elle se retrouva alors devant un gigantesque portail en fer forgé, d'au mois trois ou quatre mètres de haut, sur au moins tout autant de largeur. Elle releva deux caméras de sécurité situées en hauteur à chaque extrémité des grilles. Elle contempla les grands murs de pierre l'encadrant et aperçut qu'un autre portail, à taille humaine cette fois-ci, se trouvait sur la gauche. Elle s'avança vers celui-ci, auprès duquel se trouvait un interphone également équipé d'une caméra et elle appuya sur le bouton d'appel.
Après trois sonneries, une voix lui répondit.
« Oui ?
- Bonjour, je suis Harleen Quinzel, je viens pour mon nouveau poste de psychiatre. »
Pour toute réponse, elle entendit le bruit d'un combiné que l'on raccrochait. Elle attendit patiemment et, au bout de quelques instants, un homme en tenue de sécurité et à la peau mate apparut de l'autre côté. Il ouvrit le petit portail et vint à sa rencontre.
« Aaron Cash, se présenta l'homme en tendant sa main vers elle. Je suis le gardien-en-chef de l'asile.
- Enchantée, lui répondit-elle en lui serrant la main.
- Nous avons pour consigne de fouiller toute personne entrant à Arkham. Je peux ? lui demanda-t-il en désignant son sac à main.
- Euh, oui, allez-y. »
Cash s'empara de son sac à main, l'ouvrit et inspecta rapidement son contenu avant de le lui rendre.
« Très bien, enchaîna-t-il. Je vais vous conduire jusqu'au Service d'Accompagnement à la Sortie. Si vous voulez bien me suivre. »
Harleen lui emboîta le pas et ils franchirent tous deux le portillon, que le gardien referma derrière eux. Alors qu'ils pénétraient dans l'île, Harleen admira l'environnement.
« Ici, lui expliqua Cash, c'est notre parc. Les patients ont le droit de s'y promener sous surveillance – nous avons toujours une équipe dans le parc – mais certains doivent quand même être accompagnés d'un soignant, tout dépend de leur autonomie.
- Ca doit leur faire du bien de pouvoir profiter d'un si bel endroit » lui répondit Harleen en observant les nombreux arbres et diverses plantes présents dans le vaste parc.
« Sur votre droite, continua-t-il, vous avez le Manoir Arkham. C'était là la demeure de la famille Arkham ; maintenant, c'est devenu le bâtiment administratif. C'est aussi là que vous trouverez la bibliothèque. »
Harleen répondit d'un hochement de tête approbateur, observant l'architecture sophistiquée de l'ancien bâtiment. Elle se souvenait parfaitement de l'impression de grandeur qu'elle avait ressenti lorsqu'elle avait passé son entretien d'embauche dans l'un des bureaux de ce bâtiment, quelques semaines auparavant.
Ils continuèrent leur marche pendant quelques centaines de mètres, suivant un long chemin passant au milieu de l'herbe fraîchement coupée. Bientôt ils arrivèrent devant un autre bâtiment, bien plus imposant encore, dont la taille prenait au moins la moitié de la largeur du terrain. Il était cerné par les mêmes épais murs de pierre, faisant le tour de l'île dans son entièreté et, sur les côtés, entre les deux extrémités du bâtiment et les grands murs, se trouvaient d'imposants grillages.
« Voici le bâtiment du Service d'Accompagnement à la Sortie, lui apprit-il. C'est ici essentiellement que vous travaillerez. Mais, avant d'entrer, je vais également vous montrer l'autre structure dans laquelle vous pourriez être susceptible de vous rendre.
- Je vous suis » approuva-t-elle.
Ils longèrent le bâtiment sur la droite et arrivèrent devant un grand grillage, orné de deux caméras de sécurité – une dirigée vers l'avant, l'autre vers l'arrière. Le gardien-en-chef se tourna alors vers Harleen.
« Voici votre badge » lui dit-il alors qu'il lui remettait un petit rectangle de plastique blanc sur lequel avait été apposée l'une de ses photos d'identité, son nom ainsi qu'un code barre.
« Pour l'entrée principale de l'Asile, vous devez impérativement passer par l'interphone ; c'est le personnel de sécurité qui gère les entrées. Pour le reste par contre vous pouvez utiliser ceci. Allez-y, essayez. »
Harleen détacha son regard de son nouveau badge flambant neuf, regarda Cash puis le grillage devant elle. Dans celui-ci était découpé un portique orné d'un appareil électronique émettant une lumière rouge. Elle orienta le code barre devant la lumière et un petit « bip » sonore se fit entendre avant que la lumière ne passe au vert.
« Votre badge ouvre aussi l'entrée du Service d'Accompagnement à la Sortie et celle du Centre Médical. » ajouta Cash.
Harleen hocha la tête et ils s'engouffrèrent tous deux dans la seconde partie de l'île au milieu de laquelle trônait un grand bâtiment qui semblait bien plus récent que les autres.
« Devant nous, c'est le Centre Médical, commenta le gardien. Nous y avons un médecin généraliste à temps plein, et des salles de consultation pour les intervenants à temps partiel, comme le dentiste ou encore le kiné. Au rez-de-chaussée vous trouverez aussi le local des infirmiers et des aide-soignants. »
Harleen approuva d'un hochement de tête. Arkham semblait en effet être très bien équipé.
Alors qu'elle finissait de contempler ce bâtiment flambant neuf, son regard se perdit au-delà des autres grilles séparant la partie médicale de l'île de la troisième zone. Au loin elle distinguait deux grands bâtiments semblant bien plus vétustes. Suivant son regard, Cash enchaîna.
« Les deux bâtiments que vous voyez là-bas, ce sont les pénitenciers. Votre badge ne vous permet pas de franchir les grilles de sécurité menant à cette partie de l'asile puisque vous n'aurez pas à vous y rendre. Vous resterez uniquement dans les deux premières parties de l'île.
- Je comprends » répondit Harleen.
Elle se perdit encore quelques instants dans la contemplation de ces bâtiments, regorgeant de criminels ne pouvant plus être mis en contact avec le reste de la société. Elle eut comme un nœud dans l'estomac en imaginant que ces personnes-là ne connaîtraient, pour la plupart, plus aucun autre lieu de vie.
« Si vous voulez bien, lui annonça Cash la ramenant ainsi au moment présent, je vais vous conduire au Service d'Accompagnement à la Sortie. Vous êtes attendue. »
Harleen approuva, et elle et Cash repassèrent devant le Centre Médical puis franchirent à nouveau la grille et le portique de sécurité.
Etant de nouveau dans la première partie de l'île, ils rejoignirent le bâtiment du Service d'Accompagnement à la Sortie et le longèrent pour finalement arriver devant sa grande entrée.
Deux grandes portes sculptées leur faisaient face, et au milieu du pan de droite se trouvait le même genre de boîtier électronique permettant de lire les badges. D'un mouvement de tête, Cash encouragea Harleen à se servir du sien pour ouvrir la porte ; ce qu'elle fit, et ils purent tous deux pénétrer dans le bâtiment.
Ils étaient à présent dans un vaste hall décoré de divers tableaux et tapisseries. Ils attendirent quelques instants côte à côte, jusqu'à ce qu'ils entendent des bruits de talons claquant contre le sol. Une femme d'une quarantaine d'années, aux cheveux bruns et courts sous lesquels flamboyaient deux yeux bleus, arriva le sourire aux lèvres et une main chaleureuse tendue vers eux.
« Monsieur Cash, salua-t-elle en lui serrant la main. Et Harleen Quinzel je présume ?
- Tout à fait, répondit-elle en acceptant la main à présent tendue vers elle.
- Vous avez eu le temps de faire une petite visite ? demanda-t-elle en les regardant à tour de rôle.
- Affirmatif, répondit Cash.
- Parfait. Emily Jonhson, lança-t-elle à Harleen en guise de présentation. Je suis psychiatre également.
- Enchantée.
- Si vous permettez je vais vous laisser à présent, leur annonça Cash. Du travail m'attend.
- Bien sûr, je vous en prie.
- Merci beaucoup » répondit Harleen.
L'homme leur adressa un dernier signe de tête puis, avec son propre badge, ouvrit la porte d'entrée et disparut à l'extérieur.
Après un léger moment de flottement, Jonhson se tourna vers Harleen.
« Bienvenue au SAS ! lui lança-t-elle alors gaiement. Personne ne s'embête à dire « Service d'Accompagnement à la Sortie » lui expliqua-t-elle. « SAS », en plus d'être plus court, ça résume très bien ce lieu : un endroit de transition, entre les pénitenciers et le monde extérieur.
- Je vois, répondit Harleen.
- Bon, enchaîna sa collègue, je vais te faire visiter, ok ?
- Avec plaisir » lui répondit-elle.
Elles firent quelques pas et se placèrent toutes deux au milieu du hall.
« Sur la droite c'est notre couloir, lui expliqua Jonhson en tendant le bras dans cette direction, celui des psys ; on y reviendra tout à l'heure. Sur la gauche, ce grand couloir, c'est celui où se trouve le bureau commun des éducateurs, celui des aides-soignants, la salle de repos des agents de sécurité, le bureau de l'assistante sociale, et notre petite infirmerie. Et si jamais t'as peur de t'y perdre, t'inquiète pas, les noms des métiers et des personnes sont inscrits sur les portes.
- Et on est combien en tout ? demanda Harleen.
- Ici, on est deux psychiatres ; il y a aussi deux psychologues, quatre éducateurs, une assistante sociale, sept aides-soignants et dix agents de sécurité – eux ils sont six à l'intérieur du SAS et quatre à l'extérieur, dans le parc. Ah, et on a toujours un infirmier aussi ; la plupart sont basés au Centre Médical, mais ils font un roulement pour qu'on ait toujours quelqu'un ici. Et il y a aussi un roulement la nuit pour qu'on ait toujours un infirmier et deux aides-soignants de présents. »
Harleen hocha la tête et Emily poursuivit.
« Maintenant, en face de nous, reprit-elle, il y a un couloir qui se sépare en deux. A droite c'est le réfectoire, et à gauche les salles d'ateliers. Les éducs organisent des ateliers tous les après-midi ; et nous, en tant que psychiatres, on y participe une fois, le mercredi aprem. Je t'aurais bien fait visiter une salle mais bon, on ne va pas déranger les ateliers en cours. »
A peine avait-elle fini sa phrase qu'elle avança en direction du dit couloir face à elles. Harleen lui emboîta le pas tout en se faisant la réflexion que cette Emily Jonhson semblait être une personne particulièrement énergique.
« Allons voir le réfectoire » enchaîna-t-elle.
Elles se dirigèrent cette fois-ci sur la droite du couloir et arrivèrent devant une double porte que Jonhson poussa en invitant Harleen à sa suite.
« Et voilà, lui dit-elle en la faisant pénétrer dans la grande salle. Au fond il y a les cuisines, mais bien sûr seul le personnel de restauration y est autorisé. Pour ce qui est de la salle à manger, on a de quoi accueillir tout le monde : nos quarante patients et les membres du personnel. Ce sont des tables de dix places, expliqua-t-elle à Harleen alors que celle-ci détaillait les lieux. Et ces trois tables, à l'entrée du réfectoire, ce sont les nôtres. Les autres sont pour les patients, ils peuvent s'installer où ils veulent.
- On mange à des tables voisines de celles des patients ? demanda Harleen.
- Tu peux toujours grignoter un sandwich dans ton bureau à midi si tu préfères, lui répondit sa collègue en riant, mais c'est quand même plus sympa de manger en équipe. Et oui, on a les patients juste à côté ; ça permet de briser un peu la glace. »
Harleen enregistra cette information qui l'étonnait quelque peu mais après tout, « pourquoi pas », pensa-t-elle, tant que cela ne présentait aucun risque.
Elles sortirent du réfectoire pour retourner dans le hall et empruntèrent un grand escalier en bois.
« A l'étage, poursuivit sa collègue tout en grimpant les marches, ce sont les chambres des patients. »
Après avoir atteint le haut de l'escalier Harleen découvrit un nouveau long couloir.
« Sur la gauche on a les chambres des femmes et sur la droite celles des hommes. Chaque patient a la clé de sa chambre mais, bien sûr, on a aussi des doubles. Chacune de ces zones comprend des chambres avec toilettes les douches, elles, sont communes. De chaque côté, on a aussi des appartements thérapeutiques : deux appartements en colocation et deux appartements individuels. Ces apparts sont équipés d'une cuisine et d'une salle de bain. On y loge ceux dont l'heure de la sortie approche et qui ont assez d'autonomie pour se gérer : on leur apprend ou réapprend à gérer leur propre chez-eux. Du coup ils ont le droit de manger dans leur appartement au lieu du réfectoire s'ils nous préviennent avant. »
Elle se tourna alors vers Harleen avec un grand sourire.
« Est-ce que ça va ? »
Harleen, légèrement surprise par l'interrogation, répondit d'un hochement de tête. Elle essayait d'emmagasiner toutes les informations que sa collègue lui transmettait à un rythme soutenu.
« Ça fait beaucoup de choses à retenir, mais ça va » affirma-t-elle.
La psychiatre lui fit un sourire en retour.
« Allez, lui dit Emily sans se départir de son sourire, on va passer au plus intéressant et redescendre pour découvrir ton bureau. »
Harleen lui emboîta donc le pas, dans l'attente de cette découverte.
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Et voilà pour ce nouveau chapitre qui présente le service d'Arkham que j'ai imaginé pour cette histoire. Qu'en avez-vous pensé ?
A bientôt pour la suite :)
