Des siècles plus tard, voilà la suite.
Je ne suis pas satisfaite mais je poste quand même.
Leur petite escapade dans les rues de la capitale française n'était pas passée inaperçue. Lorsqu'ils rentrèrent au palais de la cité à la nuit tombante, se fut pour trouver la garde personnelle du roi français qui les attendait de pied ferme. Ils furent escortés jusqu'à la salle du trône où les attendaient Jean Balliol et Philippe LeBel.
Le roi écossais et le roi français semblaient tout deux de méchante humeur et Francis commençait à être agités à ses côtés. Allistor avait toujours été très indépendant et n'avait pas pour habitude de se laisser marcher sur les pieds, alors le regard sombre de son suzerain ne lui faisait ni chaud, ni froid. Néanmoins, il pouvait comprendre que son jeune homologue français n'avait pas encore acquis cette confiance en lui. De plus, le visage fermé et glacial du roi de France et de Navarre n'avait rien de rassurant. Malgré son jeune âge lors de son couronnement, le roi avait su s'imposer et, au fond, la nation écossaise était envieuse que son propre roi n'ait pas tant de prestance.
Il posa sa main sur le bas du dos de son jeune compagnon pour lui transmettre un peu de son courage et il eu droit à un petit sourire des plus mignon en retour. Malheureusement, il n'eut pas le temps de plaider leur cause, que Jean Balliol se saisissait de son bras pour le trainer dans une autre pièce tout en sifflant en gaélique.
«Ne te fais pas plus remarquer que tu ne l'as déjà fait... Tu marches sur une glace très fine Alba. Je tiens à cette alliance pour ma couronne et si tu tiens à ta liberté alors fait profil bas.»
Il gronda de mécontentement et donna un léger coup pour lui faire lacher son bras.
« Je ne suis pas un enfant et je ne suis pas un idiot alors ne me traite pas comme l'un ou l'autre. On a rien fait de mal, on faisait juste que visiter Paris »
« Sans prévenir et sans escorte ? Je ne m'inquiète pas pour toi Allistor, dieu sait que même si je perdais la couronne et si notre royaume se faisait annexer tu serais encore debout. Mais que sais-tu de ton futur mari ? Il est instable en ce moment, Philippe se fait conspuer de tous les côtés. Si le peuple venait à mettre la main dessus, je ne payerais pas cher de la tête du roi des francs. Ce qui rendrait caduque notre alliance et mettrait la France dans une situation de faiblesse. Connaissant bien ton frère, ce dernier en profiterait pour prendre le dessus et ça nous ne pouvons pas nous le permettre. Nous pouvons lutter contre le royaume d'Angleterre avec l'aide de la France, nous ne pouvons pas luter contre l'Angleterre et contre la France.»
Allistor resta coi quelques instant. Il avait toujours pris Jean Balliol pour un idiot incompétent alors, il était plus que surpris de le voir exposer un raisonnement aussi sensé et réfléchit. Il avait entendu parler des problèmes financiers de la France, ainsi que des tensions avec le clergé, mais ce n'était que des rumeurs, rien de bien tangible. De plus durant leur petite escapade, le peuple ne lui avait pas semblé si agressif que ça. Mais si ce qu'il disait était vrai, il fallait faire attention, où il serait veuf avant d'être marié.
Il ravala donc sa fierté et acquiesça.
«Ça ne se reproduira plus»
Avec, un soupire Jean Baliol se passa une main sur le visage, frottant sa barbe, la fatigue et l'âge tirant ses traits.
« Non, ça c'est sur. Le roi Philippe a décidé d'envoyer Francis à Reims pour commencer les préparatifs du mariage. Vous ne vous reverrez que le jour de l'union.»
Le cœur du roux se serra à ses mots. Lui qui commençait à prendre plaisir à découvrir la France, voilà qu'on les séparait. Néanmoins, il était temps qu'il agisse en nation responsable. Sa longue carrière militaire lui avait appris à bien choisir ses batailles. Il prit donc sur lui et respecta le choix des suzerains.
C'est ainsi que la charmante tête blonde était renvoyée et qu'il passa son temps avec les Écossais venus l'escorter. Il assistait aux fêtes données en l'honneur de la délégation écossaises, aux joutes, aux festins. Il aimait la fête et les bons repas, mais après plusieurs jours, il commençait à être saturé de tout ce faste. Le vin, le cochon rôti, les fruits, le bruit et tout ces gens... Sans mentionner le vin... Il n'en avait pas déjà parlé ? Pour être franc, le vin, il n'en était pas rassasié. Il en avait déjà commandé plusieurs tonnelets pour son retour au pays. Mais pour l'instant, il était présentement coincé à table, entouré et pourtant ignoré de tous. À croire qu'il était invisible. Au moins, on ne l'empêchait pas de boire. Il rapatria donc une bouteille de son côté de la table et passa la soirée à observer. Il aimait ça, saisir ces instants avec les humains. Il aimait ça et en même temps, il se sentait terriblement seul. Il n'était pas des leurs, il ne le serait jamais. Ils fraternisaient, riaient, arguaient ensemble... Mais au fond de lui, il savait qu'il les verrait tous indéniablement mourir. C'était la croix à porter pour chacune des nations.
Néanmoins, dans ses observations, il pouvait se rendre compte qu'une autre personne restait silencieuse et en retrait. Philippe le bel, comme lui passait ses soirées à écouter sa cours et à la regarder. Il échangeait parfois quelques mots avec Jean Balliol, ou un membre de l'église, mais pas de plaisanterie ou de grand discours.
Le vin aidant, Allistor se leva pour venir s'installer près du souverain. L'ambiance était bruyante et bonne enfant, mais le roi était de nouveau à l'écart silencieux et observateur comme une statue de marbre. Magnifique mais froide. Il prit un pichet et servit la coupe vide du suzerain.
«You don't enjoy the dinner?»
Le roi le remercia d'un signe de tête et bu tranquillement sa coupe. Ses yeux ne quittant pas la scène se déroulant devant lui.
« Si fait sieur Allistor, mais nous ne somes pas obligés de participer pour avoir la joye dune plaisance compagnie.»
«Why are ya always like tha'?... si froid?»
L'homme détourna enfin son regard du repas pour plonger son regard dans celui de l'écossais. Allistor put contempler de près la beauté du roi. Lorsqu'il s'était retrouvé chez son frère, peu avant, il avait entendu plusieurs nobles Anglais avoir des remarques discourtoises sur la beauté glaciale du roi des francs.
« Qu'est-ce le royaume de France et de Navarre pour vous ?»
Le rouquin fut surpris de la question et resta quelques secondes silencieux, réfléchissant à la question.
« Wonderfull...Un pays magnifique. Grande nation, crainte, respectée et enviée. I...»
Il fut coupé par le roi d'un geste de la main.
« Nostre royaume est foible.»
Allistor resta interloqué par cette affirmation. Jusqu'à présent personne n'avait qualifié la France ainsi. Il but une gorgée de son propre vin et se pencha vers l'avant l'incitant à continuer.
« La France est déschirée entre ses duchés... Manipulée par l'église, par le pape... J'ai grand respect pour mes prédécesseurs, mais ils se sont laissés dupés. Les seigneurs, le pape, pour eux, le roy n'est qu'un symbole et ils se croient les maistres du royaume de France. Mais ils ne font que nous rendre foible...»
Un bruit de verre brisé et un rire vulgaire leur firent tourner la tête. D'un coup, la pièce était étouffante pour la nation écossaise. Il avait l'impression d'observer une troupe d'animaux et était agacé d'être interrompu lors d'une conversation si intense. Le roi reprit son discours.
« J'ai grandi avec Francis, je l'ai toujours chéris et en tant que roy, j'ai ésté confronté à moult d'entre vous, les nations. Je me sui toujours demandé, pourquoi il estoit si petit, si fragile... Vous austres, vous grandissez et vous vous fortifiez avec le temps. Malgré les croisades, les victoires, les conquestes ; Francis reste petit et chetive.»
Il soupira et prit de nouveau une gorgée de vin.
« C'est alors que j'ai compris... Comment pourroit-il devenir fort, si son roy est foible ? Comment pourroit-il devenir fort si sa terre reste déchirée ? Je dois monstrer à tous que je sui le roy pour rendre Francis grand et magnifique.»
Il finit son vin et tendit son verre à Allistor qui le remplit de nouveau, captivé, buvant ses paroles.
« Je ne dois pas me laisser distraire, je dois être ferme et intransigeant. Même si je suis hais ou conspué, il faut que la France survive. Puis-je avoir confiance en vous sieur Allistor? Lorsque je trépasserais, veillerez vous sur Francis ?»
Le roux baissa les yeux sur ses mains tenant son propre gobelet. Celles-ci tremblaient encore de temps en temps, et il savait au fond de lui que l'alcool n'était pas en cause.
«I don't know if... Si je vais pouvoir le protéger longtemps... But I swear qu'aussi longtemps que je vivrais, I will watch over him.»
« Mercier »
Il eu droit à un micro sourire du suzerain. C'était la première fois, depuis qu'il était arrivé, qu'il le voyait avoir une émotion lorsque Francis n'était pas à ses côtés. Ce roi aimait son pays à n'en point douter. La soirée se termina, laissant Allistor épuisé, l'esprit remplit de pensées sur la France et sa propre destinée.
Ce n'est que quelques jours plus tard et à plusieurs lieus de Paris que se déroula l'évènement tant attendu. Philippe le Bel avait décidé que le mariage aurait lieu à Reims, lieu de couronnement des rois. À seulement une journée à cheval de la capitale, ce lieu sacré était l'endroit parfait pour une union aussi importante que celle de deux nations.
C'est donc en compagnie des deux rois et de leur escorte, qu'Allistor avait quitté Paris pour embrasser son destin. Le trajet s'était passé sans encombre. Après ces quelques jours passés dans le palais, ne sortant que pour assister aux joutes, il était plutôt heureux de monter à nouveau et de profiter du grand air.
Néanmoins, s'il avait quitté les murs de Paris le cœur léger, au fur et à mesure qu'ils approchaient de ceux de Reims, ce dernier se faisait de plomb.
Logé au palais du Tau, l'écossais avait esquivé les festivités pour essayer de dormir un peu, mais le sommeil ne semblait pas vouloir le trouver. Il se demandait quelle serait sa vie après cette union, quel serait l'avenir de son peuple. Il se demandait également si le français ressentait la même chose dans sa chambre à quelques pas de là. Il avait bien envie d'aller le voir, mais il était déjà, tard et le garçon dormait peut-être.
Le garçon…
Le jeune homme…
En 1750 ans d'existence, il avait passé de nombreuses nuits tourmentées avant une bataille, une rencontre ou une union. Mais… Par Lugh, il n'avait jamais été autant anxieux. Même face à une horde de Vikings assoiffés de sang, il n'avait pas ressenti une telle angoisse.
La nuit fit place au jour, le soleil perça à travers les nuages faisant rougeoyer les arbres présents aux alentours du palais. Allistor avait à peine dormi lorsque les servantes vinrent pour le réveiller. Son estomac toujours noué, il se laissa laver et habiller. Sa tenue, choisie par Jean Baliol, se composait d'une chemise en toile blanche et de braies blanches serrées aux chevilles par des lanières, le haut recouvert par une tunique bleue brodée de chardons, enjolivée de biais et de galons. Le tout était complété par un tartan à carreau bleu, violet et blanc de noble qualité porté en cape, tenu sur son épaule droite par une broche d'or et de pierreries rappelant la couronne royale écossaise qu'il portait sur la tête. Cette dernière représentait son roi, son symbole d'autorité, alors que ses couleurs représentaient son pays et son peuple.
Arrivé devant l'édifice, il resta ébahit devant le travail d'architecture. En un mot, c'était magnifique et en même temps tellement imposant. Il avait l'impression d'être jugé par dieu lui-même. L'écossais aurait presque fui s'il n'y avait pas eu son roi derrière pour le forcer à avancer.
La cathédrale était pleine. Des nobles, de riches bourgeois, des militaires et des Écossais en exiles ou venus tout simplement pour l'évènement. Un silence de mort régnait et la pièce était glaciale. Le rouquin était gelé malgré ses vêtements épais.
Francis était déjà présent, debout devant l'autel parlant avec son roi et l'archevêque. Le blond ne l'avait pas encore remarqué, il put donc lui jeter des coups d'œil discrets. Il portait une tenue de sacre traditionnelle française, une robe toute de velours bleu roi et d'hermine, brodée de Lys avec une longue traîne. Les vêtements semblaient tellement lourds et tellement encombrant sur son corps si petit. Ses cheveux blonds encadraient son visage le rendant presque angélique alors que lui aussi avait coiffé la couronne de son souverain. Il arriva enfin au bout de la longue allée et la conversation des trois Français se tue, la cérémonie pouvait commencer.
Un peu perdu, Allistor remarqua le coussin à ses pieds. Cette cérémonie allait être une catastrophe. Lorsque le représentant de dieu commença la messe en latin, il fut cette fois complètement et irrémédiablement perdu. Il ne comprenait pas les trois-quarts de ce qu'il disait, il n'avait pas été renseigné sur ce qu'il devait faire, il baissa donc la tête pour ne pas qu'on remarque sa gêne.
Tellement concentré sur ses pieds, il ne remarqua pas que son homologue français s'était mis à genoux sur le coussin. Ce n'est que lorsque Jean Baliol toussota de manière discrète qu'il remarqua que quelque chose n'allait pas. Relevant les yeux, il put alors se rendre compte de son erreur et rouge de gêne, il se laissa tomber à genoux.
Le roux cru qu'il allait mourir de honte, mais un petit rire étouffé sur sa droite, brisa ce moment de gêne intense. Francis se retenait de rire et pour cela, il baissa d'avantage la tête ce qui eut pour effet de faire tomber sa lourde couronne sur le sol qui roula dans un bruit de métal sur la pierre jusqu'à non loin de l'écossais. Ce dernier pu entendre le souffle de toutes les personnes présentes se bloquer. Francis devint blanc comme un linge, les yeux fixés sur sa couronne. Allistor tendit alors le bras pour la récupérer afin de la lui remettre. Leurs yeux se croisèrent, le bleu du ciel rencontra le vert des lands et le soleil naquit sur leurs lèvres lorsqu'ils se mirent à sourire. L'ambiance s'allégea dans l'assemblée lorsqu'il posa délicatement le symbole royal sur la tête du jeune homme et le reste de la noce pu se passer sans encombre.
La journée prit fin au palais du Tau où la salle principale avait été aménagée pour le festin. De longues tables recouvertes des mets les plus fins avaient étés installées en U. En tête de table étaient installés les époux, à chacun de leurs côtés étaient leurs rois respectifs et leurs épouses, puis venait l'archevêque et le corps chrétiens, suivis par la noblesse française et les nobles Écossais. Les conversations allaient bon train, le vin était versé dans les verres, tous ripaillaient avec liesse en l'honneur de cette alliance entre ces deux pays.
Allistor appréciait l'alcool français, c'était différent du whisky, plus doux et plus fruité. Ça se mariait parfaitement avec le gibier rôti. La viande était fondante, souvent cuite avec du miel ou des fruits, les potages étaient frais et les saveurs de chaque ingrédient se détachait en bouche de la plus délicieuse des façons. Le roux sourit et attrapa un morceau de volaille cuite avec des pommes et des champignons. Pour sûr, la cuisine française était la meilleure qu'il avait goûté jusqu'à présent, très proche de celle romaine qu'il avait eu le plaisir de découvrir dans sa jeunesse.
Francis à ses côtés se sustentait également, il buvait aussi, mais avec un peu plus de retenu. Un silence gêné régnait toujours entre eux jusqu'à ce que l'alcool commence un peu à dénouer la langue du roux.
« Donc Now… we're marié »
« Si fait,nous le somes sieur Allistor »
« Stoppe m'appeler sieur, je te l'ai déjà dit, I'm your husband, Allistor »
« Je mande pardon… Allistor »
Le silence retomba entre eux, le reste de l'assemblée était toujours aussi bruyante. Le français reprit sa coupe de métal doré et bu une longue gorgée d'hypocras avant de se tourner vers son époux à nouveau.
« Parle-moi de tes terres Allistor… Comment est l'écosse ? J'ai grandi à Rome, puis ici lorsque je suis devenu une nation. Je n'ai que rarement quitté mes terres sauf pour guerroyer. »
Voilà un sujet qu'il maîtrisait et dont il était fier, son pays était certes petit, mais il avait tout fait pour le défendre face aux envahisseurs depuis des siècles. Il resta pensif pour bien choisir ses mots.
« Scotland… C'est de… Big green valleys… Where the sun's ray… Les rayons du soleil ? Les rayons du soleil percent d'épais nuages… Ce sont les Highlands où les lacs et rivières se faufilent entre les collines… Ce sont des falaises couvertes d'herbe verte... Comment dites vous en français, mousse ? Oui des falaises couvertes de mousses qui percent le fog... La brume…»
Son français était très mauvais, mais Francis l'écoutait avec passion, l'aidant à trouver ses mots. Le blond était fasciné par l'amour qu'il pouvait lire dans les yeux de son époux alors qu'il parlait de son pays. L'amour de ses terres, de son pays et de son peuple. Il l'encourageait à continuer, les paysages d'écrit se formant dans son imagination.
« Grey rocks couverts de lichen en bordures de ruisseaux où se cachent the fairies… and when the sky become black of anger, when white clouds dotting a blue sky like your eyes… Lorsque ces nuages deviennent aussi sombres que le crépuscule, quand les éclairs et les orages se déchaînent, looks like dragons qui se livrent une bataille sans merci. Alors le ciel calme sa colère, le vent disperse les nuages, les premières lueurs du jour se faufilent et donnent aux arbres leurs couleurs d'automne, gold and fire, and the leaves fly away avec la brise… Then les chardons bleus parsèment les vallées… I want to show you my lands, Francis… »
Le discours d'Allistor se faisait de plus en plus passionné. Il ne pouvait détacher ses yeux du français, son cœur s'affolant alors que le blond lui semblait retenir sa respiration. Il voulait lui montrer l'écosse, il voulait lui donner l'écosse, à ce moment précis, il aurait tout donné à cet ange blond juste pour le tenir contre lui et simplement l'embrasser.
Mais cet instant fut brisé par une voix rauque et imbibé d'alcool apostrophant l'écossais.
« Hoy ! 'llistor ! Stad bàrdachd agus sealltainn dha dè a tha fìor bhalach Albannach san leabaidh! »
La moitié de l'assemblée, à savoir les Écossais qui avaient tous largement abusé du vin, éclatèrent d'un rire gras alors que leurs confrères français se contentèrent de se regarder les uns les autres, ne comprenant pas ce qui avait été dit. Allistor devint livide. Il se leva prestement et abattit ses deux mains sur la lourde table en bois dans un fracas qui renversa quelques verres. Les discussions se turent, toutes les têtes se tournèrent vers lui alors qu'il contournait la table pour aller attraper l'importun par le bras, le tirant à l'extérieur du palais. Les Français se remirent à chuchoter alors que les lourdes portes de bois claquèrent derrière son passage, les écossais avaient leur nez plongé dans leur verre essayant de se faire le plus discret possible.
Francis, comme les Français, était ignorant de ce qui venait de se jouer. Il se tourna vers son roi, le questionnement se lisant sur son visage, mais aucune réponse ne lui vint de son souverain. Il se tourna alors vers Jean Baliol.
« Messire, que se passe-t-il ? »
Le roi était mesquin, mais il ne risquerait pas de briser cette alliance en expliquant au jeune Jouvenceau le manque de courtoisie dont avait fait preuve ce noble fort imbibé à son égard.
« Pardonnez la boisson, certains de mes hommes oublient leur place après quelques verres… Votre espoux est simplement parti pour le lui rappeler. Aucune offense à votre encontre sire Francis. »
Le blond pas dupe pour un sou savait qu'il ne lui disait pas tout, mais ne chercha pas plus d'explication. De toute façon, le roux était déjà de retour suivi par l'écossais malpoli trempé de la tête au pied qui, quelque peu penaud, rejoignit sa place sans un mot.
La nation plus ancienne revint s'asseoir à sa place d'honneur et attrapa sa serviette pour essuyer au maximum ses manches également mouillées. Alors que les conversations reprenaient de toutes parts et que quelques Écossais raillaient allégrement leur collègue qui semblait avoir affronté la pire des tempêtes, Francis hésita quelques instants, mais finit par tenter.
« Allistor… je mande pardon, mais… je n'ai pas compris ce qu'il a dit… »
« Mes hommes sont loyaux et courageux but… sometimes la boisson leur fait oublier les bases de la courtoisie… »
Le blond était sur le point de s'énerver, les poings serrés, il n'était pas un enfant, ni une femme dont un juron piquerait sa pudeur. Mais alors Allistor posa sa main sur la sienne avant de poursuivre.
« Am' begging you, ne me demande pas de te répéter ce qu'il a dit… »
La supplication qu'il lut dans les yeux de son époux lui fit abandonner l'idée de poursuivre son interrogatoire.
« Très bien… » Dit-il sans insister.
Néanmoins, Allistor ne retira pas sa main pour autant et Francis dut s'avouer qu'il appréciait le contact plus qu'il ne l'aurait pensé. Ouvrant sa paume, il se permit même de resserrer ses doigts fins autour de ceux de l'Écosse avec une pointe d'appréhension, attendant la réaction du plus grand. Ce dernier, au lieu de se dégager, fit de même.
Les servants du château débarrassèrent les plats, amenèrent plus de vin, la confiture et les fruits. Les troubadours et les fous firent leur entrée pour conter des histoires de leur crue et organiser des pitreries pour amuser les convives. Francis riait et chantait, acclamant les saltimbanques, Allistor lui commençait à ressentir quelque peu la fatigue et somnolait la tête appuyée sur sa main.
Les heures, ainsi, passèrent, certains nobles s'étaient endormis sur la table, trop ivre pour garder une quelconque convenance, d'autres baillaient à s'en décrocher la mâchoire, certains discutaillaient encore.
C'est alors que les deux rois, après s'être concertés du regard, se levèrent, suivis par l'archevêque et les représentants de la chrétienté présents. Philipe le bel fut le premier à prendre la parole alors que Jean Baliol répétait ses mots en gaélique pour bien se faire comprendre de tous les siens.
« Il est l'heure pour les espoux de rejoindre leur couche. »
Ces mots eurent pour effet de réveiller l'écossais qui releva la tête brusquement. Un sourire idiot étira ses lèvres. Enfin, il allait pouvoir avoir un peu d'intimité avec son petit blond.
Plaquant une main sur sa bouche, il dissimula sa joie derrière une fausse toux alors que certains de ses plus proches guerriers levaient leur dernier verre avec le même sourire entendu. Francis s'était levé et prenait déjà la suite de ses suzerains. Le rouquin se retint de courir pour les rattraper, mais d'une marche rapide, il fut de nouveau à leur côté.
Imaginant déjà plusieurs scénarios de sa nuit de noces, il se sentait de plus en plus impatient et excité à chaque pas. Néanmoins, les rois semblaient vouloir contrecarrer ses plans. Alors qu'il suivait le blond vers ses appartements, Philippe le bel toisa la nation écossaise et le stoppa d'une main ferme.
« Vos appartements sont de l'autre costé »
« Mes appart... but, M'not sleeping with Francis ?»
Le roi français leva un sourcil condescendant. Le blond ne semblait pas comprendre non plus.
« Allistor et moi sommes espoux maintenant, nous devons partager la couche.»
« Vous n'y pensez pas?!» Le roi semblait outré de leur remarque. «Vous estes deux hommes, ce n'est qu'un mariage de convenance entre nations, il est hors de questions de vous laisser partager le lit»
Le plus agé roula des yeux.
«Like you say m'lord, on est des nations... We're not man or woman... Si j'ai décidé d'être a man, c'est juste parce que c'est plus facile pour la guerre, same Francis?»
Le blond hocha la tête, mais le roi des francs semblait plus que buté.
«Et bien pour l'instant vous estes tout les deux des hommes et il est hors de questions que je vous laisse souiller nostre pays avec vostres pratiques... Immorales.»
Le blond commençait à s'énerver aussi. Bien qu'il soit très religieux et que les préceptes de l'église soient très important pour lui. Son éducation romaine et certaines moeurs libertines que son peuple pouvait avoir une fois les portes de leur maisons closes, ne faisait pas de lui un saint. Il n'avait jamais pris amant ou amante, il était resté pur comme le souhaitaient ses anciens rois, mais il n'était plus un enfant, il était marié, légitime devant dieu et on lui refusait de partager son intimité avec son époux. Ses yeux bleus commençaient à se teinter d'orage et sa peau se faisait pâle, presque grise. Une odeur de révolution se fit sentir alors qu'il élevait la voix.
« Ce n'est pas juste mon roy ! Allistor est mon espoux et vous n'avez pas le droit de m'interdire de partager mon lit avec lui !»
Le roi, à son tour, commençait à changer de couleur. Il se teintait d'un joli rouge rageur. Jean Balliol lui reculait, il voulait intervenir, mais avait peur de se retrouver la cible de la crise des deux Français. Allistor sut qu'il devait intervenir sinon ça pouvait très mal tourner. Il claqua des mains faisant raisonner le son dans le couloir vide.
«Stop...it's ok Francis. Je vais rejoindre m'room»
Le blond allait répliquer, ne comprenait pas le choix du rouquin, mais celui-ci le fit taire d'une tendre caresse sur la joue.
«Il faut savoir choisir ses batailles mo ghràdh, rejoins ton lit, it was a long day. We need to sleep.. we talk about tha' later»
Comme hypnotisé par ces paroles, le blond acquiesça, calmé. Ses yeux étaient de nouveau d'un ciel clair et sa peau avait repris une teinte naturelle. Allistor se pencha et l'embrassa tendrement sans honte devant les deux suzerains et chuchota discrètement.
«à plus tard mo ghràdh»
Il laissa Philippe le bel emmener un Francis docile jusqu'à ses quartiers alors que lui-même suivait Jean Balliol jusqu'à ses propres appartements. Le roi d'écosse le regarda de travers tout le long du chemin. Arrivé à la porte, il retint sa nation.
«Ne fais pas de bêtise Alba...»
Si Allistor était connu pour quelque chose, c'était bien pour sa ténacité. Le voir abandonner aussi rapidement ne présageait rien de bon. Le plus agé se dégagea de la poigne du roi et entra dans sa chambre.
« Oidhche mhath, mo rìgh» (bonne nuit, mon roi)
La porte lui claqua au nez. Avec, un soupire excédé, il hésita à faire poster un garde devant la porte, mais cela n'empêcherait pas sa nation têtue de n'en faire qu'à sa tête. Il tourna en rond quelques instant, puis épuisé il s'en alla rejoindre ses propres quartiers priant simplement les dieux que le roux ne gâche pas tout.
