Prologue

La Mort était une entité vivante, consciente et particulièrement exaspérante.

Pour le commun des mortels, la Mort ne disposait d'aucune forme et si on venait à la personnifier elle serait certainement représentée sous les traits d'un squelette humain, vêtue d'une cape noire. En réalité, elle ressemblait à une Grand-Mère typique qui appréciait énormément donner des leçons de vie. Pour autant, elle n'était pas aigrie, ni méchante. Même si elle avait tendance à faire des farces, sa présence ne le gênait pas que tant ça.

Puis, elle restait polie en toutes circonstances et lui témoignait d'un très grand respect. Comme à cet instant précis, où elle faisait preuve d'une obéissance absolue en s'inclinant profondément devant lui – le seul et unique Maître de la Mort – installé fièrement sur son trône. Un acte d'allégeance qui ne semblait nullement nécessaire, mais que celle-ci ne pouvait s'empêcher d'exécuter.

Il s'agissait tout de même de son Maître Vénéré.

Autrefois, lorsqu'il n'était encore qu'un simple mortel, il avait eu l'audace de défier à plusieurs reprises la Mort, et la Destinée – un type d'une cinquantaine d'années, narcissique et barbu – lui avait accordé la chance d'accéder au rang de Maître de la Mort.

La Mort s'y était fermement opposée, cette vieille morue. Elle avait mis ses propres conditions, si celui-ci voulait inconditionnellement devenir son Maître alors il allait faire ses preuves en réinstaurant l'équilibre entre le Bien et le Mal dans le monde magique.

Pour réussir à accomplir cette tâche, il devait impérativement chasser le Mal qui se répandait de jours en jours dans le monde de la magie, en éliminant la source même du Mal. Sous l'identité de Harry Potter, brave représentant ou martyre du camp de la Lumière, il avait triomphé de son ennemi juré – Lord Voldemort – qui incarnait le Mal Absolu.

Toutefois, il s'était résigné à l'idée de renoncer à son humanité. S'il ne le faisait pas, le Bien prendrait du terrain sur le Mal et l'équilibre entre les deux serait rompu à tout jamais. Son sacrifice semblait essentiel pour la survie de son monde, et il partait le sourire aux lèvres.

Ce jour-là marquait non seulement la fin de sa vie en tant que mortel, mais aussi le début de son aventure dans le Royaume des Morts, en tant que Seigneur Suprême.

Un millénaire plus tard, il s'ennuyait ferme et les âmes errantes qui jacassaient sans cesse n'amélioraient en rien son humeur. Il était véritablement devenu quelqu'un de grincheux, amer et renfrogné.

C'était insoutenable.

Pour lui redonner un tant soit peu sa joie de vivre, même si techniquement il ne vivait plus, la Mort lui avait suggéré une idée aussi absurde que tentante :

« Retourner dans le monde des mortels »

En premier lieu, il avait éclaté d'un rire incontrôlable lui secouant les épaules en entendant cette proposition pour le moins inattendu. En second lieu, une vague d'espoir lui avait soulevé la poitrine en s'imaginant mener une existence paisible – loin des blagues pourries de la Mort, des défilés dérangeants de la Destinée qui se prenait visiblement pour un mannequin et des hurlements incessants des âmes errantes.

Il ne pouvait incontestablement pas rater cette opportunité.

D'abord, il devait se construire une nouvelle identité. Pour commencer, il était hors de question qu'il réside encore à Londres, il voulait découvrir un autre pays et apprendre une nouvelle culture.

« Je vous propose le Japon, mon Maître. La nourriture est tellement bonne là-bas. » s'exclama la Mort la bouche légèrement entrouverte.

Ce n'était pas une mauvaise idée en soi.

Ensuite, il lui fallait une couverture qui tienne la route. Il n'avait pas réellement envie de se trouver dans un corps d'enfant, alors la réincarnation n'était pas envisageable. Il allait transférer son âme dans une nouvelle enveloppe corporelle, celle d'un garçon âgé d'une quinzaine d'années.

D'après les informations que la Destinée lui avait fournies, celui-ci avait récemment perdu la vie lors d'un incendie, alors qu'il venait d'entamer sa seconde année dans l'établissement scolaire : Seirin.

C'était un garçon transparent, chétif et très petit en taille. Il semblait que personne n'ait remarqué sa présence jusqu'à maintenant, tant il se faisait discret en classe. Autant pour dire, qu'il paraissait être le candidat parfait pour vivre aussi sereinement que possible, sans qu'on vienne l'emmerder.

C'était décidé, il allait revivre à travers ce garçon : Haru Kenjiro.