Bonjour,
Encore une longue attente, mais le moyen âge ce n'est pas simple. Un chapitre qui a été compliqué à écrire mais que voilà enfin, concluant la partie sur la signature du traité de l'Auld Alliance.
Ayant trouvé de nouveaux dictionnaires pour le vieux français, vous pourrez constater quelques changements dans les dialogues.
Fun fact ou Moment histoire : Philippe le Bel fit interdire les chariots et autre attelage dans Paris. Interdit que j'ai bien sur ignoré pour les soins de l'histoire avec un petit h.
Sur ce je vous laisse, et bonne lecture.
Par un beau matin d'octobre, le soleil d'hiver pénétrait les fenêtres du palais du Tau pour éclairer de ses rayons deux corps paisiblement endormis. Un roux et un blond formaient une boule sous les lourdes couvertures de coton et les fourrures. Le plus jeune avait sa tête posée sur le torse du plus âgé, son bras passant autour de sa taille, ses jambes entremêlées aux siennes. La nation écossaise, quant à elle, avait une mains dans les cheveux blonds et sa tête tournées vers les fenêtres.
C'est ici qu'entre en jeu l'astre lumineux. De ses rayons taquins, il tira le rouquin de ses doux songes. Plissant le nez, celui-ci ouvrit lentement ses yeux, grommelant contre le jour.
Voulant tourner le dos à cette nuisance éblouissante, Allistor fut surpris de sentir un corps étranger le bloquer.
Voyant la touffe blonde sortir du tas de fourrure sur eux, il eu un doux sourire en se rappelant la veille, le mariage et la nuit qui en avait découlé.
Remuant un peu, il réussit à se tourner sur le côté, serrant le corps contre lui, bien décidé à ne pas le laisser s'échapper.
Profitant de l'inconscience de son bel endormi, il caressa son corps du bout des doigts, apprenant par coeur ses courbes, la douceur de sa peau et chaque petites imperfections qui le rendait si attachant.
Après plusieurs minutes de ce traitement, Francis finit par ouvrir les yeux, laissant apparaitre deux iris bleues. Il bailla à s'en décrocher la mâchoire et loucha un peu devant la peau mouchetée de taches de rousseur face à lui. Il leva une tête timide vers les deux yeux verts le fixant avec amusement.
"Madainn mhath, mo gràdh"
"Bon matin, Allistor"
D'une humeur caline, l'homme aux cheveux de feu resserra son étreinte autour du garçon aux cheveux de soleil. Celui-ci, rassuré de ne point être repoussé, blottit son nez contre la clavicule de son aimé et le frotta doucement contre sa peau, respirant l'odeur de son pays. Un doux mélange de fer, de feu, mais aussi d'herbe et de terre, un peu fort mais étrangement apaisant et addictif. Refermant ses yeux, le plus jeune bougonna d'une voix un peu enfantine.
"Sieur Allistor, je ne veul pas quitter le lit."
Le plus vieux eut un rire doux et renversa doucement son aimé sur le matelas.
"Je n'veul pas either…"
Appuyé sur ses deux bras, il se pencha doucement pour embrasser légèrement ses lèvres. Tels deux serpents tentateurs, les bras du blond glissèrent de façon sensuelle sur ses avant bras et jusqu'à ses épaules. Appelé par le chant des sirènes, Allistor était bien tenté de se laisser aller à une seconde session d'amour. Mais avant qu'il n'ait pu sauter du bateau de la raison pour plonger dans une mer de passion avec son époux, des coups se firent entendre contre la porte.
"Alba! A bheil thu nad dhùisg, carson a tha an doras damn sin dùinte?"
(Alba! Es-tu réveillé, pourquoi cette fichue porte est-elle fermée?)
La voix énervée du roi écossais se faisant entendre de l'autre côté du panneau de bois. Telle une biche aux abois, le français releva la tête, fixant la barrière les séparant des ennuis. Ce rappel à la réalité le réveilla complètement et le rouquin dû se rendre à l'évidence, sa séance charnelle du matin n'aurait pas lieu. Grommelant en gaélique, il se redressa et sortit de sous les peaux chaudes pour marcher sur les tapis dans sa glorieuse nudité. Il attrapa son tartan et s'en drapa comme une toge romaine.
"Stay caché, I will kick…"
Avant même la fin de sa phrase, le petit blond avait fuit le lit conjugale, récupéré ses vêtements et dévoilait un passage dissimulé derrière une lourde tenture. Petit futé... En tout cas, cela levait le voile sur la mystérieuse apparition de son amant plus tôt dans la nuit. Le fuyard s'immobilisa devant la porte secrète ouverte avant de revenir sur ses pas. Se plantant sur la pointe de ses pieds, il déposa un tendre baisé sur les lèvres du plus ancien.
"Je contremande votre pardon Allistor, je ne veul point vous causer faute si je ne me haste pas…"
Avec tendresse il caressa la joue du plus jeune, comprenant très bien les répercussions qui pourraient résulter de leur rébellion face aux ordres du roi.
"Je comprends. Plus tard, toi and me, on parlera. For now, return in your room"
Lui faisant un dernier sourire timide, le blond prit la fuite par la sortie dissimulée. Attendrit, un bruit sourd finit par éclater sa bulle de bonheur. Ah oui, son roi, il avait finit par l'oublier. Reprenant un ton bourru il s'écria.
"Tha mi a 'tighinn!" (J'arrive)
La porte à peine ouverte, il se retrouva bousculé par son suzerain. Il aimait beaucoup le haggis, il pensait même à en faire son plat traditionnel. Cela consiste à une panse de brebis farcie de viande hachée... en regardant son roi, il se demanda pendant quelques instant si en faire du haggis serait considéré comme du cannibalisme. Après tout il n'était pas vraiment humain. Ses idées culinaires furent coupées par un gaélique agressif.
"Où est-il Allistor ?"
"Je viens de me réveiller, soyez plus précis"
Il étouffa un faux bâillement pour appuyer ses dires avant de retourner s'asseoir sur sa paillasse glissant une main dans ses cheveux de feux pour les lisser vers l'arrière.
"Ne me prend pas pour un idiot, le roi des francs va le faire chercher sous peu. Je sais qu'il est ici. Je voudrais essayer d'éviter une guerre parce que tu n'as pas réussi à garder ta queue dans tes braies"
"Je suis désolé, mon roi, mais j'ai passé la nuit ici, seul, j'ai bu encore un peu de vin et j'ai dormi."
De longues secondes passèrent pendant lesquelles les deux fortes têtes se fixèrent. Ce fut finalement Jean Balliol qui brisa leur combat visuel pour scanner la pièce du regard. Le français n'était pas là. Néanmoins il parierais sa couronne qu'il s'y était trouvé à un moment donné et pas pour discuter broderie ou météo. Un sourire fit remonter sa barbe, il avait trouvé sa preuve.
"Tu bois dans deux coupes différentes maintenant ?"
Downed, décidément rien ne pouvait échapper au regard de fouine de son roi. Toutefois, il n'allait pas se comporter comme un enfant prit en faute. Avec un sourire suffisant, il s'approcha du guéridon contenant les récipients incriminés et fit tomber le second verre qui vint se répandre en plusieurs morceaux contre la pierre.
"Je ne vois qu'un verre mon roi"
Ce geste ne fit que croître la veine bleu déjà présente depuis quelque temps sur la tempe du souverain. Peut être qu'avec quelques efforts supplémentaires, il pourrait faire sortir de la fumée de ses oreilles. Il gloussa à cette idée et croisa les bras, levant un de ses sourcils épais, le mettant à l'épreuve silencieusement. Dénoncez-moi et vous subirez également le courroux du roi de France.
"J'aime mon pays, mais par moment, j'en soupe de ton caractère."
La tête couronnée fit le tour de la chambrée pour vérifier chaque cache possible, mais le français n'était effectivement pas présent. Il avait dû fuir plus tôt, pour retourner à ses appartements. Allistor, lui, s'était rassit sur son lit et sirotait de nouveau du vin toujours vêtu seulement de sa toge de tissu. Jean Balliol lui prit le verre des mains.
"Habille toi, nous sommes attendus pour la messe…"
Avec un grognement, il se laissa retomber sur le matelas, tirant sur une fourrure pour se cacher en dessous.
"Doivent-il toujours prier autant comme ça?"
"Je peux te faire confiance Allistor pour ne pas te faire plus remarquer et ne pas être en retard?"
La nation, bien qu'âgée, agissant actuellement comme un enfant gâté, gémit sous sa cache de peaux. Oui, il allait se préparer et non, il ne serait pas en retard. Il ne précisa pas qu'il ferait ça pour Francis et non pas pour l'entente cordiale entre leur deux suzerains.
Le roi resta quelques instants à observer sa nation pensivement, puis avec une confiance toute relative, il la laissa se préparer pour le reste de la journée.
Suite à cette entrevue, le reste du jour se passa sans autre encombre.
La signature du traité définitif entre leur deux pays devait avoir lieu à Paris. Ils partirent à l'aube le surlendemain, le chemin à cheval devant s'effectuer en deux étapes. La première partie de la route se fit entre Reims et le Château d'Ambleny, puis de celui-ci jusqu'à Paris. Le cortège comprenait les rois, l'épouse du roi français, la suite de la reine, la garde royale, les serviteurs, ainsi que différents membres de la cour et tous les écossais qui étaient venus avec leur nation.
Francis et Allistor voyageaient côte à côte sur leurs destriers, discutant avec animation, se découvrant un peu plus à chaque parole.
Le petit blond rougissait divinement, leurs genoux se frôlant par moment lorsque leurs chevaux étaient trop proches ou qu'ils se penchaient pour mieux se faire entendre lorsque le bruit ambiant couvrait leur voix. Leurs rois les gardaient à l'oeil, mais ne voyant rien d'immoral dans leur comportement, ils ne firent aucune remarque et laissèrent faire.
C'est alors que le jeu de cache-cache commença entre les deux nations et leurs suzerains.
A chaque arrêt, à chaque relais, à chaque occasion, dès que les têtes couronnées avaient le dos tournés, Allistor et Francis se retrouvaient pour se découvrir plus charnellement. Comme embrasés par une passion dévastatrice, ils jouaient toujours plus avec le feu, mais ne pouvaient pas rester l'un loin de l'autre. Le plus ancien devenait totalement épris du plus jeune. Les doutes commencèrent à l'assaillir et son esprit fourmillait de questions sur la suite de leur relation. Pouvait-il emmener la France en Ecosse ? Le pays pouvait-il survivre avec sa nation dans un autre lieu pendant longtemps ?
Toutefois les sourires de son aimé et sa peau douce avaient pour effet de reléguer ses peurs au fond de son esprit, tandis que son coeur lui disait de profiter de l'instant présent. Si son coeur et son esprit se livraient bataille entre le futur et le présent, sa luxure et sa passion vinrent en aide à son palpitant. Car le blond semblait tout faire pour réveiller ses appétits les plus primitifs. Sous ses airs de jouvenceau timide et innocent, l'étreinte charnelle de leur nuit de noce, avait dévoilé le diable sommeillant en lui et Allistor accueillait la damnation avec félicité.
Leur jeu dangereux faillit les faire prendre une fois ou deux, mais par chance, chacune des deux nations avaient des alliés parmi leurs plus proches chevaliers.
C'est ainsi que l'écossais avait éduqué le français à d'autres formes de plaisir. Les genoux dans la terre derrière un arbre en pleine forêt, une chevauchée sauvage dans la paille des écurie du château d'Ambleny ou encore des caresses à l'ombre de l'attelage de la reine.
A la fin de ses deux jours, l'écossais avait une plus grande connaissance de la France et avait grandement amélioré son français. Quant au français… il ne pouvait certes pas répéter ce qu'il avait apprit en Gaélique, mais il avait fait preuve de beaucoup de concentration dans son apprentissage et le résultat était plus que satisfaisant pour son mentor.
Néanmoins, à force de voler près du soleil, ils finirent par se brûler les ailes et la chute fut douloureuse.
Tout se brisa la veille de la signature de l'alliance.
Allistor s'était éloigné pour la journée, avec son roi et les siens, de leurs homologues français. Un messager venait d'arriver des terres du chardon avec des nouvelles plus qu'inquiétantes. Leur ennemi renforçait ses frontières au nord, autrement dit entre lui et l'Écosse. Ce mouvement était hautement prévisible pour toutes personnes ayant un minimum de connaissances en stratégies militaires. L'anglais aurait été idiot de ne pas le faire, surtout en apprenant que son frère allait fricoter avec sa nemesis.
Néanmoins, ce qu'ils n'avaient pas prévu était la trahison de l'un des leurs. Robert Bruce le 6ème. Fils de l'opposant de Jean Balliol pour le trône d'écosse. Ils savaient que lui et son père ne portaient guère leur suzerain dans leur cœur, mais de là à s'allier à Edouard 1er dès que celui-ci avait le dos tourné...
Le rouquin était furieux, sa main s'était resserrée sur le parchemin, froissant ce dernier, alors que ses hommes éclataient d'insultes furieuses dans leur langue natale. Jean Balliol avait, quant à lui, les lèvres serrées et réfléchissait déjà aux sanctions qu'il allait appliquer pour punir le perfide.
Lui qui s'enorgueillait de la cohésion entre ses hommes faces aux envahisseurs, lui qui était si attaché à sa liberté, il se prenait un coup de couteau dans le dos pour quoi ? Des titres et des terres ?
Une mauvaise nouvelle arrivant rarement seule, celle-ci se matérialisa sous forme de coups secs portés à la porte de la salle dans laquelle ils s'étaient réfugiés. Derrière le battant de bois se trouvaient trois membres de la garde personnelle du roi de France. Ces derniers, droits dans leurs armures, s'adressèrent des plus froidement à la nation.
"Messire le roy nous somme d'enconvoier Lord Allistor. Sevez-nous"
Le rouquin resta quelques instants perplexe de se voir convié par une garde armée. Il fixa son roi qui le fixa en retour.
"Qu'as-tu fait, Alba ?"
A cette question, il avait bien une réponse, mais il espérait franchement que ce ne soit pas cela. Il n'avait fait qu'une seule chose qui aurait pu mettre en rage le roi de France et de Navarre….
Bon, deux choses en fait : en plus d'avoir ravagé sa nation, il avait ravagé ses réserves de vin. Avec un regard d'inquiétude pour Jean Balliol, il pria silencieusement que la colère du souverain soit pour le vin. Comme un condamné à la potence, il suivit les gardes jusqu'aux appartements personnels de sa majesté. Comité restreint donc… il était définitivement mort.
Les gardes lui ouvrirent la porte et restèrent postés à l'entrée. La première chose qu'il put remarquer en se glissant dans la pièce fut la silhouette du souverain qui lui tournait le dos dans sa lourde cotte de velour bleue couverte de fleurs de lys brodées. La porte se referma dans un grincement, puis la voix du français prit le relais.
"Vous creez pour de vrai que je seroie aveugle ?"
Il se décala alors pour laisser apparaître la jeune nation française. Francis était à genoux, la tête basse. Ses cheveux cachaient son visage. Il était nu du cou à la taille, ne portant que de courtes braies blanches. Ses mains étaient croisées sur son buste, tenant ses bras comme pour se cacher. Sa cotte habituelle semblait avoir été arrachée et était étalée tout autour de lui. Sur sa peau pâle, des marques rouges et violettes s'affichaient comme des dizaines de preuves de leurs actes dépravés.
Le regard du suzerain ne le quittait pas, une rage froide faisaient luire ses yeux clairs. Le roi de marbre méritait bien son surnom à cet instant. Toutefois, l'attention d'Allistor était exclusivement portée sur son jeune époux. C'était de sa faute s'il était dans cette situation, c'était lui qui l'avait poussé au péché, lui qui l'avait marqué en connaissant les dangers, lui qui avait tout détruit maintenant.
Silencieux, il s'approcha du plus jeune. Retirant son garde-corps, il en couvrir son mari pour qu'il puisse regagner un peu de dignité. D'un mouvement tendre de la main, il releva son visage pour qu'ils puissent se faire face. Honte, tristesse, culpabilité… ils ressentaient donc la même chose.
"Tha mi duilich Francis" (Je suis désolé)
"Ce n'est point ta faille, je…"
Il n'eut pas le temps de finir que le roi de France le coupa d'un tonitruant "SILENCE !".
Les deux visages des coupables se tournèrent vers lui.
Le suzerain de fer, toujours aussi glacial, continua de sa voix tranchante.
"Vous eustes osé coinquiner nostre pais. Nous qui vous eumes welcoumiee, peuple païen. Nous qui nous eumes assentis à vous venir en aie encontre les anglois. Je vois desoan aleguer une missive au pape por faire annuler ces épousailles. Vos gens et vous, estes priés de guerpir de nostre territoire isnel le pas. Atrever entre nos deux royaumes est définitivement caduc "
La pierre qui écrasait son coeur tomba directement dans l'estomac de l'écossais. Il venait de perdre Francis et la vie. Car nul doute que suite à cet esclandre, Jean Balliol allait le tuer. Ses terres tomberaient alors aux mains de son frère. Comme une seule pensée, un cri de desespoire s'échappa des lèvres du rouquin et du blond.
"Non"
"Eas-Aonta" (non)
Le visage du roi commença à légèrement rougir de cette rébellion. Depuis quand discutait-on les ordres du roi ?
"Francis, je sui vostre roy, ma parole fait foy"
Le plus jeune regarda son amant, prit ses mains et déposa un simple baiser avant de s'éloigner de lui pour aller poser un genou à terre devant son suzerain.
"Mon roy, je ferai tout ce que vous voldrai, je ne verai plus sieur Allistor, mais j'enquerre, vostre poesté, ne châtiez pas son peuple por nos péchés. Ils eurent ues de nostre aie encontre ces felons anglois et nous eumes ues d'aus itant. Vous estes un grand roy, itant grand que vostre ael Louis IX. N'enlaissiez pas nostre peuple, ne rejetez pas cette aliance"
La nation écossaise put être admirative devant tant de maturité dans le discours de son homologue. Lui, qui agissait la plupart du temps de façon enfantine, savait utiliser les mots pour gagner ses interlocuteurs.
Il voulait tirer son épée et saisir son époux pour fuir avec lui loin de leurs obligations. Ils pourraient parcourir les terres de France, traverser la manche et rejoindre ses landes. Il pourrait lui montrer Nessie et faire l'amour dans la mousse. Douce utopie que d'imaginer un tel destin pour eux. Cela ne rendrait que faible leurs territoires, engendrerait famines et conflagrations, laissant leur terres à la merci des autres nations.
Regardant ses mains, il était temps… Il était temps pour lui de faire quelque chose qu'il n'avait jamais fait en plus de milles ans d'existence. S'approchant de Philippe le Bel, il posa les deux genoux à terre et baissa la tête. Là où Rome n'avait jamais pu le faire plier, son fils avait réussi.
"J'enquerre vostre majesté, ne point rejeter le traité, endemain, je vais en écosse. Je… ier loin de Francis."
Il posa les deux mains également sur le sol, ses paroles déchirant son coeur.
"Please, peuple este plus important"
Il pouvait voir le sol se noircir de tâches de larmes à côté. Son amant, son aimé, pleurait. Il n'avait qu'une envie, c'était de le prendre dans ses bras. Mais ne voulant pas braver davantage le roi, il resta sur sa position, fermant les yeux pour ne rien voir.
"J'enquerre grace, mon roy" supplia de nouveau la nation blonde un léger trémolo dans la voix.
Nul ne sut si le roi fut sensible à la vision des deux nations soumises devant lui, ou si le discours sensé de Francis avait su le raisonner. Mais son expression perdit un peu de sa dureté et son regard se voila.
"Si fait, le royaume de France et de Navare atrevera avec le royaume d'Ecosse, mais contrepan Francis vous irez desoan pour le front de Guyenne. Quant à vous lord Allistor, vous resterez entreclos à vos appartements avec vostre roy et vos gens dusque que l'aliance seit scellée, empuis vous escandrez le premier bateau por retourner dans vostre pais."
"Merci por mon peuple, mo signeur"
Francis devait le haïr de ne pas lutter davantage pour eux. Mais son peuple devait passer avant tout. Toutefois, la main pâle de son époux se posa sur la sienne et en relevant son regard du sol tout ce qu'il put voir sur son visage fut un doux sourire, de la fierté dans ses yeux rougis et de la compréhension.
Envahis par l'émotion de ne pas avoir été rejeté, il serra son soleil contre lui, l'embrassant une dernière fois sur la tempe avant que la voix du roi ne se fasse de nouveau entendre.
"Il suffit ! Francis, à vostre celle por ascemer vostre enroi, lord Allistor, je vais vous faire convoier par ma garde à vos appartements et je desputerai personnellement avec vostre roy por l'informer des raisons de vostre isolement."
Il serra le corps comme pour l'imprimer contre le siens. Il devait le lâcher, pour ne pas énerver davantage le suzerain français. Mais ses muscles ne semblaient pas vouloir lui obéir. Se faisant raison, il finit par le libérer et se recula d'un pas. Les larmes coulaient de nouveau sur le visage du plus jeune, alors qu'il serrait le garde corps de son époux contre lui. D'une parole du roi, la garde entra et d'un geste de la main, ils emmenèrent l'écossais hors de la vue des deux français.
C'est ainsi qu'eut lieu leur séparation. Francis serait envoyé à l'extrémité du royaume dans quelques heures, alors qu'Allistor serait confiné au palais de la Cité. Il ne pourraient même pas se faire leurs adieux.
Dans l'intimité de sa chambre, devenu sa prison, pour éviter de penser à son époux qu'on venait de lui retirer, il se concentra sur la situation de son pays. Demain le traité avec les français serait signé, mais n'était-il déjà pas trop tard? La guerre était à ses porte, si elle ne fut pas déjà présente sur ses terres. Son frère s'armait et renforçait ses troupes à la frontière. Mais entre l'écriture de la missive et son arrivée, ici, à Paris, les anglais auraient pu très bien commencer leur invasion. Il ne pouvait même pas compter sur ses propres Laird pour se défendre. Il ne savait plus vraiment en qui il pouvait avoir confiance. Peut être qu'en rentrant, il retrouverait ses terres à feu et à sang. Pour la première fois de sa vie, il avait peur.
Tout allait mal, son pays, son coeur... était-ce la punition du divin pour avoir succombé aux délices de la chair alors qu'on lui avait interdit?
Jean Balliol finit par le rejoindre après sa discussion avec son homologue. Le rouquin, assis devant le feu, leva ses yeux vers lui craignant sa sentence. Toutefois, le sermon et la mort douloureuse attendus de la part de son suzerain ne lui furent pas infligés à sa plus grande stupéfaction. Celui-ci ne lui fit même pas la remarque acerbe "je te l'avais dit". Il leur servit du vin à tous les deux, s'installa sur un banc à ses côtés et but sans un son, sans une parole, fixant à son tour l'âtre rougeoyant.
La nation, ne sachant pas comment réagir, porta à ses lèvres la coupe rouge sang et s'en abreuva lentement. Ils burent ainsi en silence, et pour une fois, pour une fois en trois ans, juste par sa présence à ses côtés et son soutient silencieux, Allistor se sentit proche de son roi.
