Ce chapitre est centré sur notre cher capitaine, Junpei Hyūga ~
Sur ce, je vous remercie pour vos commentaires et vous souhaite une agréable lecture !
Chapitre 3
Junpei Hyūga s'était levé du mauvais pied ce matin-là. En pleine nuit, les miaulements plaintifs de son chat « Suki » - qu'il avait malencontreusement écrasé de tout son poids – l'avait tiré de son profond sommeil. Après s'être excusé auprès d'un Suki très remonté, qui lui avait mordu les doigts de colère, il s'était rendormi le cœur léger mais deux heures plus tard une douleur lancinante dans le mollet droit l'avait réveillé à nouveau.
Une piqûre de moustique ! Vers trois heures du matin, il s'était furieusement levé de son lit, et armé d'une serviette éponge il avait entamé une véritable chasse aux moustiques. Un quart d'heure plus tard, satisfait à la vue sordide des cadavres de moustique qui avaient échoué sur le parquet, et mort de fatigue il était parti se recoucher sans se faire prier. Pour couronner le tout, son réveil n'avait pas sonné et il avait raté son dernier bus.
Résultat des courses, il s'était tapé tout le trajet au lycée à pied.
Néanmoins, aussi surprenant que cela puisse paraître, il n'était pas arrivé en retard et avait assisté interloqué à une scène déroutante. Son coéquipier Kagami tourmentait un pauvre élève qui paraissait sans défense, enfin c'était ce qu'il avait cru comprendre. Naturellement, il avait voulu jouer les bons Samaritains, en s'interposant dans un conflit qui lui avait semblé disproportionné. En échange, il n'avait eu qu'une baffe sonore sur sa joue endolorie, et cela lui avait appris une chose : de ne plus se mêler des affaires des autres.
En rentrant dans sa salle de classe, il avait noté l'absence de son camarade à qui il avait volontairement prêté ses cours. Avait-il omis de mentionner que c'était à son tour d'apporter le manuel de classe, et donc qu'il ne serait même pas en mesure de suivre le cours. Sa malchance notoire l'avait suivi toute la journée, et ne semblait pas le quitter de sitôt.
Un bruit de chaise bousculée à sa droite le fit lentement lever ses yeux, et il croisa le regard indéchiffrable de la petite furie qui lui en avait collé une. Il baignait en plein cauchemar, ce n'était pas possible. Depuis quand ce type était dans sa classe ? Il devait probablement être un nouvel élève. Il n'avait aucun souvenir de ce gars, et était presque certain qu'il ne lui avait jamais adressé la parole – à l'exception de leur première accrochage explosive de ce matin. D'une mine abattue, il grogna sourdement : « Je maudis le jour où je suis venu au monde ».
Reprenant ses esprits, il vit que celui-ci s'assit sans crier garde sur le siège voisin, en lui accordant très peu d'importance à son grand étonnement. L'instant d'après, l'être qu'il qualifiait depuis leur altercation de « malfaisant » dans sa tête joignit d'un coup sec leurs deux tables ensemble, et ses lèvres s'étirèrent en un sourire aussi radieux que sincère qui suffit à réchauffer son cœur de pierre.
- Tu ne sembles pas avoir apporté tes affaires scolaires, on pourrait partager mon manuel si tu le souhaites.
Ne s'attendant absolument pas à tant de gentillesse, il bégaya légèrement en lui répondant:
- T..tuu..tu.. t'es sûr ?
Le démon aux yeux d'un vert émeraude fascinant qui contrastait parfaitement avec ses beaux cheveux noirs de jais, lui adressa un clin d'œil délibéré avant de répliquer d'un air visiblement amusé :
- Si je te le dis, d'ailleurs j'espère que ta joue se porte bien.
Le capitaine de l'équipe de Seirin déglutit faiblement. La trace de son coup était toujours présente sur sa joue meurtrie, et il s'en souvenait encore de la douleur aiguë qu'il avait ressenti lorsque le garçon à l'apparence angélique lui avait balancé son poing à la figure. Néanmoins, aussi surprenant soit-il, devant le jolie sourire et le regard franc de son voisin, son expression s'adoucit imperceptiblement.
- Ne t'en fais pas, je n'ai presque rien ressenti.
La petite beauté, enfin le gugusse à côté de lui, émit un rire mélodieux :
- T'es drôlement amusant toi, je sens que je vais bien t'apprécier.
Junpei grimaça, avait-il dit quelque chose de marrant. Il n'en savait rien. Mais une chose était sûre, contrairement à celui-ci, il ne le sentait pas aussi magnifique soit-il. Sa beauté n'avait rien à faire avec son constat, toutefois le garçon était véritablement splendide. C'était juste son aura – déchirante, sombre et inhumaine – qui lui paralysait littéralement les entrailles.
XxXxX
Le Maître de la Mort, d'une nature calme et équilibrée, avait cédé à ses émotions comme à ses impulsions en mettant une droite à un type qui avait maladroitement voulu le secourir. En bref, celui-ci aurait mieux fait de rester à sa place, car au lieu de l'aider il n'avait que fait empirer la situation. Déjà qu'il se sentait à bout, alors lorsqu'il avait entendu sa réflexion à la noix, il n'avait réellement pas pu s'empêcher de lui dégommer la mâchoire. Sincèrement, il n'avait aucun regret puisque c'était amplement mérité. En revanche, pour son premier jour d'école, il aurait largement préféré laisser une bien meilleure impression sur les autres, que celle d'une petite terreur qui s'en prenait aux gens à tout va.
Il se souffla d'un air hautement agacé : « Génial, on va sûrement me comparer à un délinquant ».
Avoir une image aussi affligeante, c'était tout bonnement inadmissible. Il devait à tout prix se rattraper, en présentant ses – plus plates – excuses à sa victime. Même s'il n'en avait aucunement l'envie, il allait le faire juste pour réparer les pots cassés. Il ne désirait pas tant que ça qu'on le craigne comme s'il était le diable en personne.
En plongeant dans les souvenirs de Haru, il avait constaté qu'il était dans la même classe que l'insupportable binoclard. Cela tombait plutôt bien, d'autant plus que la chance semblait étrangement lui sourire car le voisin de table du bino... pardon de Hyuga était absent. Soupirant de fatigue, il se leva à contrecœur pour s'asseoir juste à côté de celui-ci qui se figea sous l'étonnement ou la peur il n'en savait trop.
Il avait fait une erreur, et il allait la rectifier à l'instant-même. Équipé de son plus beau sourire, il s'adressa sans plus tarder à lui. En percevant la mine fortement troublée du garçon, il ricana intérieurement car il sut à ce moment que celui-ci avait mordu à l'hameçon. C'était dans la poche. À mesure que la discussion s'intensifiait, le brun commençait à se détendre. D'ailleurs, c'était lui ou le binoclard semblait totalement captivé par sa personne. Ne voulant pas l'effrayer outre mesure, car il sentait tout de même une légère tension dans l'air, il se présenta - d'une voix horriblement douce - à son précieux et tendre voisin :
- Au fait Junpei... Corrige-moi si je me trompe, mais j'ai comme l'impression que je ne te suis pas familier.
Son regard se fit aussitôt honteux et il ne pipa mot, visiblement Haru avait vu juste. Prenant un ton faussement rassurant, il s'exclama à nouveau :
- Ne t'inquiète pas, hormis ton nom je ne connais pas grand chose sur toi.
Suite à sa déclaration, une expression grave se plaqua sur le visage de son voisin, le rendant presque intimidant. Puis, l'instant suivant, il perdit toute crédibilité en cognant plusieurs fois sa tête contre la tête, tout en répétant : « Je suis qu'une ordure... Je ne reconnais même pas mes camarades de classe ». Était-il devenu fou !? Il se ridiculisait devant tout le monde, seulement parce qu'il ne se souvenait pas de lui. Et c'était quoi ce sentiment étrange qui montait en lui, il n'était quand même pas touché devant cette scène aussi embarrassante qu'inutile.
Le Maître de la Mort plissa dangereusement les yeux, en repérant les regards curieux des autres face à ce spectacle plus qu'improbable. Le pire était, qu'il allait fort probablement être associé à cette bête de foire, sa réputation paraissait réellement fichue. Une colère noire le submergea, et il se retint de lui faire subir le châtiment éternel, qu'était de l'envoyer pourrir dans les limbes. Ce n'était pas possible, il avait clairement trouvé plus exécrable que la Mort.
Une voix affreusement perçante surgit soudain dans son esprit : « Mon Seigneur, avec tout le respect que je vous porte, vous ne songez tout de même pas à me remplacer – moi votre plus fidèle serviteur – par un quelconque mortel ».
Tiens quand on parle du loup.
« Disparais ! Je ne suis pas d'humeur à supporter tes idioties » l'avertit-il d'un ton menaçant.
Comprenant le sérieux de la situation, la Mort se retira sans hésiter.
Haletant d'exaspération, Haru se tourna vers son imbécile de voisin et l'agrippa fermement par le bras pour qu'il cesse de poursuivre son cirque. Celui-ci, une énorme bosse au front, ancra son regard dans le sien et s'écria d'une voix ferme :
- Junpei Hyuga, 17 ans, 1m78, 68 kg, capitaine de l'équipe de basket-ball du Lycée Seirin et célibataire.
Mais … Qu'est-ce qu'il avait à hurler ainsi ? Les autres élèves étaient abasourdis par ce qu'ils venaient d'entendre, et lui n'en menait pas large. Il le dévisageait comme si une seconde tête venait de lui pousser. Son cerveau s'était momentanément arrêté de fonctionner. Lorsque l'information lui était enfin parvenue, il avait perdu ses couleurs. S'il avait bien saisi, ce guignol allait devenir son capitaine en intégrant le club de basket-ball de Seirin, lui qui espérait ne plus le croiser après ce cours il était mal barré.
Quelque chose d'autre le tracassait, à ce moment-là.
Seigneur.
Pourquoi, cet idiot avait-il eu le besoin de préciser qu'il était célibataire.
C'était absurde et insensé.
