Chapitre 2 : Secret

Le nouveau commandant Flavio Valdez fut accueilli comme le messie, bien qu'arrivé plus tôt que prévu, il reçut les honneurs qui étaient dus à son rang et à son grade. L'alcade fit son discours de bienvenue avant de lui donner la parole.

Diego qui était arrivé en même temps que lui dans le pueblo, s'éclipsa discrètement quand les soldats avaient remarqué Flavio et réussit même à ne pas se faire remarquer par le Sergent Garcia qui était trop impressionné par le jeune Espagnol pour apercevoir son ami de beuverie. Cependant, il n'échappa à la vigilance de son père qui le rejoint pendant que Valdez témoignait son respect et son engagement envers le village.

Loin derrière la foule venue pour écouter le nouveau commandant, Alejandro s'était placé auprès de Diego, avec un regard interrogateur.

« -Je vois que tu as croisé le Capitan Valdez, tu as pu lui parler ? S'enquit-il impatient de connaître l'avis de son fils.

Le jeune homme cacha son malaise. Il n'avait rien dit à propos du fait qu'il connaissait très bien Flavio à ses proches. Il n'avait même pris la peine d'en informer son serviteur muet qui était introuvable à l'heure qu'il est. Il avait tellement été sous le choc, qu'il avait gardé cela pour lui.

-Père, en réalité, le commandante Valdez…. »

Il s'apprêtait à dire la vérité à son père quand tout à coup, il sentit les regards tournés vers eux. C'était Flavio qui avait les yeux rivés vers lui.

« -Ainsi je promets d'être juste envers vous tous. Je me battrai pour que vous ne subissiez aucune injustice et que Los Angeles soit la ville qui brilla parmi toutes celles de Californie. J'aimerai vous avouer quelque chose, je suis devenu Commandante parce qu'un homme m'a ouvert les yeux et cet homme n'est autre que Diego de La Vega. »

A ces mots, Diego devint blême et eut un mouvement de recul, surtout toutes les têtes se tournèrent vers lui, même son père le fixa avec surprise.

« -Il m'a aidé à prendre confiance en moi, il m'a aidé à ne pas avoir peur de craindre l'épée ou bien les armes…et aujourd'hui, j'espère enfin lui rendre la pareille. »

Si Diego pouvait disparaître dans un trou de souris, il l'aurait fait depuis longtemps. Jamais il n'avait ressenti de regards pesants sur lui, même quand il était en Zorro. Il avait l'impression que son masque de Don Diego avait laissé place à celui de Zorro et que tous étaient désormais au courant.

« -Vous connaissez Don Diego ? Lança Garcia qui interrompit le silence.

-Bien évidemment, nous étions inséparables à l'Université, nous sommes amis. »

Des voix s'élevèrent, tous s'agitaient devant cette nouvelle, car le simple fait d'être ami avec Don Diego était une bénédiction, tous savaient que les amis de Diego étaient aussi bons que lui. D'un côté, cela rassurait les villageois mais de l'autre, tous se demandaient comment un militaire avait pu être ami avec un pacifique tel que Diego.

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A la suite de ce discours quelque peu énigmatique, tous s'installèrent dans la taverne pour continuer à fêter la venue du capitaine Valdez, qui fut bien entourée. Des señoritas avaient rejoint la table du commandant, cherchant certainement ces faveurs, car après tout, le jeune espagnol était un bel homme.

Avec son père, dans un coin de la taverne, Diego hésitait entre fuir et rester. Fuir loin de Valdez pour éviter que ce dernier ne dévoile trop, mais le risque était qu'il ne pouvait pas savoir si son ami allait trop en dire, donc rester était la meilleure des solutions. Ainsi il pourrait tenter de faire diversion si Flavio allait trop loin à son gout.

« -J'ignorai que tu connaissais le Capitaine Valdez, dit Alejandro en fixant toujours le militaire.

Le vieil homme paraissait en admiration face à lui. Ce qui n'étonna pas Diego, qui savait que son père rêverait sans doute d'un fils tel que Flavio, un militaire, un combattant…bref les qualités que recherchaient son père depuis toujours.

-Nous étions de très proches amis, fit Diego qui n'osa pas se tourner pour croiser le regard de son meilleur ami.

-Je dois dire que je suis surpris que ce soit toi qui l'aies incité à se diriger vers la voie militaire.

-Je l'ignorai moi-même, père, répondit sincèrement Diego.

Alejandro afficha un air surpris, mais rapidement reprit quand il vit que Valdez venait à eux pour se joindre à leur table.

« -Buenas Tarde, Don Alejandro, salua-t-il en s'inclinant respectueusement, Diego… »

Les deux hommes se levèrent et firent de même. Puis Alejandro fit signe pour s'asseoir et s'installer. Il servit trois gobelets de vin.

« -Nous sommes ravis de voir que nous avons enfin un commandant compétent, déclara le vieux de la Vega.

-Vous me donnez encore trop de crédits, rit Valdez, je n'ai encore rien fait.

-Vous êtes amis avec mon fils et c'est déjà un bon début, assura-t-il en tapotant l'épaule de Diego qui gênait ne fit que lever son verre.

Valdez esquissa un sourire.

-Je suis touché, lorsque le vice-roi m'a proposé ce poste à Los Angeles, mon amitié avec votre fils était telle que je n'ai pu refuser.

-Et je vous souhaite la bienvenue dans notre cher pueblo, j'espère qu'elle vous sera autant agréable qu'à nous qu'à vous.

-Tant que mi estralla polar sera près de moi, je suis sûr que je me plairai. »

La rougeur monta aux joues de Diego qui espérait que son père ne remarque rien. Alejandro fronça les sourcils devant ces paroles, mais ne dit rien. Comprenant qu'il fallait absolument parler à Flavio avant qu'il n'en dise trop, il intervint, se redressant de sa chaise :

« -Je vais aller chercher Bernardo, je suis sûr qu'il sera heureux te voir, veux-tu m'accompagner ?

-Avec joie, Diego, dit le commandant ravi.

-Avec votre permission, père. »

Ils s'inclinèrent face à Alejandro qui hocha la tête laissant partir les deux jeunes hommes.

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« -Qu'est-ce que c'était que ça ? S'exclama Diego qui ne tint pas une seconde une fois à l'abri des regards.

Il tentait de contenir sa rage soudaine et la pression des dernières heures se faisaient sentir sur ses épaules. Il avait l'impression de jouer un rôle en permanent mais maintenant que son meilleur ami était là, le rôle était plus difficile à porter.

« -Je ne comprends pas, Diego, fit le militaire en arquant un sourcils.

-Pourquoi tu t'es senti obligé de dire à tout le monde que nous étions amis ?

-Parce que c'est vrai. Je ne vois pas pourquoi j'aurai à le cacher. »

Diego se mordit les lèvres, il est vrai que Flavio n'avait rien à cacher contrairement à lui, il fallait donc qu'il trouve une bonne excuse pour empêcher son ami d'en dire trop sur lui. Il porta sa main à sa tête, prit d'un mal. La situation était plus complexe qu'il ne l'aurait imaginé.

« -Écoute, tu sais que…je ne peux plus porter d'armes, j'en suis incapable…

-Je sais, Diego, murmura Flavio doucement.

-Ici, personne ne sait comment j'étais en Espagne, personne ne sait ce que j'ai pu faire à l'Université, même mon père l'ignore, et j'aimerai que cela reste ainsi…

-Tu n'as donc jamais parlé de moi ?

-Non. »

Son ami afficha une mine blessée, qui fit regretter Diego. Il avait tout fait pour cacher sa vie antérieure à tout le monde à Los Angeles, même à son père. Mais il n'aurait jamais imaginé qu'un jour son ami le plus proche allait venir ici et devenir le commandant du pueblo, mettant sa situation actuelle en danger.

« -Je vois, soupira Flavio.

- Pardonne-moi, mais ce voyage en mer a été plus éprouvant que tu ne le crois…Sache que même ce qui s'est passé sur ce bateau, personne ne le sait à part toi…et j'espère compter sur ta discrétion. »

Flavio resta silencieux un moment, puis hocha la tête.

« -Tu sais bien que je ne peux rien te refuser, fit-il, il faudra un jour que tu me racontes entièrement ce qui s'est passé.

-Gracias, Flavio. »

Le cœur de Diego devint plus léger et il put enfin mieux respirer. Il savait que son ami allait garder le secret et ne rien dévoiler de son talent à l'escrime. Après cela, ils discutèrent comme deux jeunes gens normaux des dernières nouvelles d'Espagne, s'installant sur la terrasse de la taverne. La majorité des gens étaient dans la taverne, la place était donc silencieuse.

Le jeune renard était tellement heureux de pouvoir reparler à son ami, qu'il oublia pendant un moment qu'il se trouvait à Los Angeles et non à Madrid, oubliant l'uniforme que l'autre portait. Il avait l'impression qu'il n'avait jamais quitté l'Espagne qu'il avait toujours été en compagnie de Flavio.

Ce fut son père qui vint le chercher qui le ramena à la réalité.

« -Je m'attendais pas à ce que la réception que nous avions prévu pour vous, Commandant, se déroule sans vous, s'amusa Alejandro en venant à eux.

-Pardonnez, moi, señor de la Vega, je suis tellement content de revoir Diego, que j'omets mes fonctions de commandant, s'excusa Flavio en s'apprêtant à partir, et bien Diego, je te dis, à plus tard. J'ai vraiment hâte de commencer cette nouvelle vie ici. »

Diego leva la main, amicalement, lui adressant un sourire chaleureux.

« -Nous avons désormais le temps de parler tous les deux, ajouta-t-il.

-Il est vrai, señores, je suis votre serviteur. »

Le nouveau commandant les quitta et rentra dans la taverne de nouveau. Alejandro se tourna alors vers son fils.

« -Eh bien, fils, il me semble que la chance soit avec nous, non seulement tu connais bien cet homme mais en plus, c'est un Caballero digne de notre village.

-Il est vrai que Flavio est la personne la plus adepte à ce poste, approuva le jeune homme.

-pourquoi ne m'as-tu jamais parlé de lui, fils ? Si j'avais su que tu avais des amis dans l'armée…

-Quand je suis parti d'Espagne, il n'était pas dans l'armée, corrigea Diego.

-Oh tout s'explique. »

Diego décela dans le regard de son père, un émerveillement pour son jeune ami. Il ressentit une pincée de jalousie envers Flavio qui venait d'avoir toute l'attention de son cher père, lui-même déçu de son propre fils. Mais son côté renard le rappela à l'ordre et ce sentiment désagréable disparut rapidement. Il n'avait à pas à s'en faire, si son père avait envie de voir en Flavio le fils rêvé, il n'allait pas l'en empêcher. Tout ce qui comptait désormais c'est que la Californie soit entre de bonnes mains.