PDV Nami

Comment on en est arrivé là ? C'était pourtant un combat de routine. Rien de différent par rapport à d'habitude. Les assaillants arrivent, on les éclate et on reprend nos activités. Tout est identique, les assaillants sont bien arrivés, on les a bien éclaté sauf un. Maintenant Sanji est dans ce lit à la place de la cuisine.

Il y est depuis bientôt douze heures. Chopper l'opère depuis tout ce temps. Je sais qu'il fait ce qu'il peut. Il doit être tellement fatigué comme chacun de nous. En pensant qu'il va peut-être mourir... Non, il ne faut pas que je pense à ça, pas cette fin ! C'est pas son heure. Pas maintenant, il nous reste beaucoup trop à faire.

Je sens des larmes coulaient encore plus sur mes joues, je m'enfouis davantage dans ses bras. J'ai besoin de sentir une chaleur réconfortante. Elle me resserre contre elle et j'apprécie grandement son geste. On se console toutes les deux, comme on le peut. Je sais qu'elle pleure, mais je ne peux rien faire. Je ne peux pas la rassurer ou être optimiste pour lui remonter le moral. Je suis dans le même état qu'elle.

Si seulement... Si seulement j'avais fait plus attention ! Non, si seulement on avait fait plus attention, tous ! Je commence à me haïr pour mon inefficacité et une colère sourde monte en moi. Robin se décolle un peu, elle me prend la main, je regarde ses yeux et me calme tout de colère et la haine qui prenaient mon être, me quittent aussitôt. Je sais qu'elle s'en veut aussi, les regrets et le désespoir se lisent dans ses yeux rougis. La colère ne sert à rien en ce moment.

PDV Robin

Je ne compte plus les heures qui passent. Nami est dans mes bras, je la sens trembler. Elle pleure, mes larmes suivirent peu de temps après les siennes. L'ambiance et leurs tristesses ne me permettent pas de garder mon sang froid. C'est impossible dans cette situation. Cook-san, je ne peux pas le croire. Non, je ne veux pas le croire.

Toi qui es d'habitude un des plus puissants et donc un des plus blessés de l'équipage avec Luffy et Zoro. Ces blessures superficielles sont devenues une chose banale pour l'équipage. Alors pourquoi aujourd'hui tu es le seul ? Je ne comprends pas, comment c'est arrivé. On était tous là, à se battre.

Rien ne présagé ce final. Tout était trop habituel. Cela s'est passé tellement vite, beaucoup trop vite mais tellement lentement en même temps. Ce paradoxe me mange de l'intérieur car j'aurai pu faire quelque chose. Sauf que je n'ai pas réag-

J'interromps soudainement mes pensées, je n'entends plus les pleurs et les tremblements deviennent un peu plus violents. Je l'écarte un peu de moi. Elle me regarde étonnée, ses yeux traduisent un regret transformé en colère. Je ne veux pas qu'elle s'en veuille, on est tous coupables dans cette histoire.

Elle ne pouvait rien faire tout comme moi. Je devrais plus m'en vouloir qu'elle. Des larmes jusque-là retenues un peu plus tôt, redoublèrent. Je la prends de nouveau dans mes bras. Le calme revenu, je m'apprête à repartir dans mes pensées. Sauf que j'entends un coup sur le sol, c'est Usopp.

PDV Usopp

Je les vois pleurer depuis pas mal d'heures maintenant, mais pour moi rien ne vient. D'habitude je suis l'un des premiers, mais aujourd'hui non. Je n'arrive pas à faire éclater mes sentiments. Je n'ai pas l'impression d'être vivant, je suis là sans être là. Un poids est quand même présent et plus le temps s'égrène plus cette masse devient lourde. Il enserre mon organe vital.

Je veux le faire exploser à travers mes larmes. Sauf que mon corps ne le veut pas, il laisse juste cette chose prendre un peu de plus de place. Je pense que c'est le regret, ou la colère, ou tout simplement de la haine qui me pèsent ou même un mélange de toutes ces émotions. Je n'en sais rien et je n'en serai pas plus en ce moment.

Je m'en veux tellement, j'avais eu la sensation que quelque chose n'allait pas pendant ce combat. Ce n'était pas encore une de mes excuses pour l'éviter. Ces chasseurs de pirates ne se battaient pas vraiment. Ils ne cherchaient pas à nous attaquer mais plus à nous ralentir. Je l'ai senti mais je n'ai rien fait pour autant.

Et merde ! Je frappe le sol encore et encore. Je me défoule à travers ces coups. Ils sont tellement libérateurs mais en même temps il me fait tellement de mal. Je vois Robin me regarder. Elle ne comprend pas ce qui se passe mais moi non plus. Je veux juste frapper contre quelque chose pour me défouler. C'est tout !

Elle se lève et m'arrête. Son contact déclenche mes larmes. C'est ce dont j'avais besoin. Elles coulent enfin. Chaque goutte est libératrice, bien plus que la violence. Elle me prend dans ses bras et Nami nous rejoint, je me sens soulagé d'être avec elles, mais la peur de le perdre est toujours présente.

PDV Franky

Je préfère me retirer dans l'atelier, dans la cuisine l'ambiance est beaucoup trop lourde. Je pleure, je pleure... Et cela ne se calmera pas. Pas du tout ! Je n'en ai pas envie. Je veux que ses larmes restent pour témoigner mon esprit en ce moment.

Tout ce que je veux c'est de repartir à l'aventure avec tout le monde, sans soucis mais cela n'arrivera peut-être pas. Ce doute est horrible à ressentir. Je prends la guitare et je commence à jouer. Je pleure toujours mais la mélodie est là pour les accompagner. Elle vient toute seule. J'entends le son du violon l'accompagner, c'est Brook.

Ce tas d'os m'a suivi et j'en suis heureux. Il me rassure par sa présence. Il me réconforte car je me sens moins seul contre cette épreuve. Je sais que je ne le suis pas au fond de moi mais la tristesse me permet pas d'être raisonné. Je continue à jouer, il continue à me suivre ou est-ce l'inverse ? Je ne sais pas, je ne sais plus, je ne veux pas arrêter cette musique.

La peur s'infiltre dans celle-ci, dans celle de l'aîné aussi. Je veux arrêter car elle me rend faible sauf que le musicien me donne du courage de continuer. Je me rends compte que la musique devient petit à petit le fil de sa vie. Je ne peux pas l'arrêter alors je continue de jouer. Qu'importe le nombre d'heures, je continuerai. C'est notre seul espoir. C'est mon espoir pour le revoir.

PDV Brook

J'ai quitté la cuisine peu de temps après Franky. Cette pièce me faisait mal au cœur... Même si je n'ai pas de cœur car je suis un squelette ! Yohohoho... Est-ce seulement le moment de rire ? Je ne pense pas, mais ça me soulage un peu. Ce n'est même pas un soulagement, je me voile la face.

Ces blagues ne sont pas drôles mais j'ai besoin d'elle pour me faire croire que tout va bien. J'ai besoin de faire semblant pour tenir, il faut que je tienne un minimum pour tous. Je m'installe sous l'arbre du pont. Je sors mon violon pour donner du courage à Sanji. Il doit se battre contre son destin comme on l'a toujours fait.

J'entends le son de la guitare venir de l'atelier, je m'y rends. On sera deux pour le lui donner. On sera ensemble pour l'accompagner. Je fais mon possible pour le suivre et on se synchronise petit à petit. La mélodie est forte et elle devient un chant bien plus important.

On joue encore et encore. Je sens une baisse de force dans le son. Il se fatigue et il veut arrêter. Je m'acharne violemment sur le violon pour qu'il continue. Je sens que si on arrête, même quelques secondes on le perdra à jamais. Ce son est devenu le fil du destin, je le sens au fond de moi.

Je regarde le fond de la pièce, je ne veux pas penser à cette fin mais il a fallu juste quelques secondes pour que tout bascule. Ils se sont enfuis juste après avoir gravement blessé Sanji. C'était calculé, ce n'est pas possible autrement. Tout était trop bien orchestré pour que ça soit juste du hasard. Il est le seul à avoir fait couler son sang.

Je m'en veux tellement. Je suis le plus vieux de ce groupe et j'ai déjà perdu tous mes amis une fois. Je n'ai pas envie que ça recommence. Je ne veux pas revivre la douleur de la perte d'une personne importante. Je ne veux pas redevenir un survivant parmi eux.

PDV Zoro

Baka Cook, ero-cook, sourcil en vrille, tête de citron... Pourquoi t'es-tu fait avoir si facilement ? Tu es vraiment un idiot, ou est-ce que c'est moi l'idiot ?

Je ne sais pas, mais je sais que tu dois survivre. Tu n'as pas le choix. Tout le monde est inquiet pour toi. J'entends des pleurs dans la cuisine. J'entends des coups répétés. J'entends de la musique venir de l'atelier, c'est une mélodie à la fois forte et tellement triste. J'entends Chopper qui te soigne mais je ne t'entends pas. Je n'entends pas non plus Luffy, je ne sais pas dans quel état d'esprit il est.

Est-ce que tu t'en rends compte, le silence et le désespoir ont envahi les lieux ? On avait l'habitude d'entendre la joie et les cris. Tu ne dois pas le voir, je parie que pour toi tu viens tout juste de tomber au sol avant de perdre connaissance.

Cette chute je la revois en boucle depuis bientôt douze heures. Toi qui est derrière moi pour couvrir mes arrières et inversement, mais aujourd'hui j'ai sous-estimé nos adversaires. Quelques chasseurs de pirates de pacotille, comme d'habitude. Tout était presque normal, mais le presque aurait dû me faire douter. Je ne l'ai pas écouté, ce doute, je n'ai pas fait attention à lui, mais j'aurai dû.

J'ai entendu un cri de douleur, non... c'était plus d'agonie. Ce son restera gravé dans mon esprit à vie. Je me retourne et je te vois tomber. Je ne peux rien faire, c'est trop tard. Tu es déjà au sol, inconscient. Je suis totalement impuissant et maintenant je le suis encore. Je suis derrière la porte, à t'attendre. Ta vie se joue en ce moment même et moi je ne fais rien. J'attends... Encore et toujours.

PDV Chopper

Je ne fais plus attention à rien, sauf à Sanji. Quand je l'ai entendu crier je me suis approché de lui. Je l'ai vu devenir blanc et transpirer de façon anormale. Je l'ai tout de suite emmené à l'infirmerie avec l'aide de Luffy. Je lui ai fait les premiers soins.

Je ne sais pas depuis combien de temps je suis là. Je ne regarde pas l'horloge, je sais qu'elle me fera perdre tout espoir. L'état de santé du cuisinier n'empirait pas mais ne s'améliorait pas non plus. Il est dans un état critique. À tout moment il peut passer la ligne.

Je ne lâcherais pas, je ferais tout pour qu'il ne la passe pas. Alors s'il te plaît, tiens bon. Tu peux le faire Sanji. Tu es fort, je le sais alors tiens bon ! Bas toi ! Ne laisse pas tomber ! Je ferai tou de mon côté alors n'abandonne pas !

Je sais, au fond de moi, que c'est presque peine perdue mais je ne veux pas y penser. Sauf que le temps passe, il détruit mon espoir. Je ne sais pas ce que tu as exactement. J'ai beau cherché je ne trouve rien. Tous ce que je fais c'est de retarder ton passage.

J'ai encore une petite lueur d'espoir, aie le aussi, s'il te plaît. Saisis-le ! Je continue mais je m'arrête. Je sens une main sur mon épaule, je me retourne. C'est Luffy, il baisse son chapeau. C'est le signe. Je ne peux plus rien faire. Mes larmes éclatent. Je suis tellement désolé, Sanji...

PDV Luffy

J'observe Chopper depuis le début. Je suis entré en même temps que lui dans l'infirmerie juste après leur fuite. Ils se sont enfuis très rapidement, même trop rapidement. J'aurai dû crier de faire plus attention, qu'on ne devrait pas les sous-estimé. Il n'y avait aucune agressivité envers nous, mais vers Sanji l'intention de meurtre était plus présente, plus importante.

Je ne pense pas être le seul à m'en être rendu compte, mais trop tard ... beaucoup trop tard ! Depuis douze heures, Chopper est à l'œuvre, je regarde l'horloge toutes les minutes. Notre médecin commence à trembler, imperceptiblement, il me regarde quelques fois.

Il cherche de l'espoir en me regardant, sauf que j'en ai pas plus que lui. Il ne sait pas ce qui se passe, tout comme moi. Il n'a aucune idée de comment le soigner. Il allège sa douleur, repousse le moment final mais il ne peut pas le soigner.

Je le vois dans ses yeux. Je prie pour que Sanji s'en sorte mais je sais aussi parfaitement qu'il ne faut pas s'acharner, c'est juste le laisser souffrir plus longtemps. Je dois prendre la décision la plus dure en tant que capitaine. Celle d'abandonner un compagnon, un ami, je sais qu'il faut que je le fasse. Le plus vite sera le mieux mais je ne veux pas le voir mourir.

J'attends encore quelques secondes. Je repousse moi aussi ce moment depuis tellement longtemps. J'espère à chaque instant qu'il se réveillera dans la minute d'après. Son réveil n'arrive pas, il n'arrivera jamais.

Je pris une grande bouffée d'air, elle me donne un peu de courage et m'approche de Chopper. Je lui pose la main sur l'épaule, il se retourne. Je baisse mon chapeau, il lui faut quelques secondes pour réaliser. Quand l'information monte et qu'il l'a comprend, il se met à pleurer. Un flot de larmes apparaît sur son visage. Je le prends dans mes bras.

Luffy : Tu as fait de ton mieux. Ce n'est pas du tout de ta faute.

PDV Sanji

C'est quoi ce mal de crâne, je n'ai rien bu pourtant, enfin je crois. J'ouvre difficilement les yeux, du blanc. C'est la seul couleur que je vois. Je dois être à l'infirmerie et si j'y suis ça veut dire que j'étais blessé... On s'est battu contre quelqu'un ? Je ne vois aucun bandage sur moi, alors pourquoi je suis là ? Ce n'est pas les seules questions que je me pose.

Où sont les autres ? D'habitude Chopper ne laisse pas l'infirmerie sans surveillance quand l'un de nous est là. Je me lève et c'est vraiment laborieux. Je retente plusieurs fois. Je finis par y arriver. Je sors de la cabine, personne dans les couloirs.

Je vais vers la cuisine... Personne. Je vais vers l'aquarium... Personne. À l'atelier peut-être... personne non plus. Mais où sont-ils bordel ? Ils sont peut-être sur l'île... Le Sunny est au milieu de l'océan. Comment c'est possible ?

Je regarde la vigie, ils y sont peut-être ? Je monte, toutes les fenêtres sont noires. On ne voit rien à l'intérieur, je vais à la porte. Elle est bloquée. Je commence à frapper... aucune réponse. Je frappe encore en espérant qu'ils n'ont pas entendu... toujours rien. Encore et plus fort mais rien. Aucun son ne parvient de l'intérieur.

Je lève ma jambe et défonce la porte avec toutes mes forces. De la poussière vole dans la pièce, me faisant légèrement tousser. Depuis combien de temps elle est fermée ? On ne voit presque rien, j'attends que mes yeux s'habituent. La lumière qui vient de mon dos commence à illuminer la pièce. C'est impossible.

Sanji : Pourquoi... Pourquoi... POURQUOI !