Bonjour, je sais que certains ont pris la peine de lire le premier chapitre de ma fic et je les en remercie. Voici donc le second. En espérant que cela vous plaira tout autant...
Chapitre 2 : Violent retour à la réalité.
Brutalement, je me réveillais en sursaut, en me retrouvant presque assise dans mon lit, haletante et trempée par une sueur froide qui collait le tissu de ma nuisette, sur ma peau... Quel horrible cauchemar ! Ce dernier m'avait paru tellement réaliste que j'avais encore l'impression de sentir le mélange écœurant du sang et de la poudre, tout autour de moi. Soulagée, malgré tout, je laissais lourdement retomber ma tête sur mon oreiller et je me passais, machinalement, l'avant-bras puis la main sur mon front, pour essuyer les perles de transpiration qui mouillaient mes cheveux. Dans un geste continu, je plaquais vigoureusement mes mains sur mes yeux, pour reprendre progressivement, conscience de la réalité et calmer ma respiration chaotique.
Très vite, un petit glapissement, presque inaudible, se fit entendre et me tira de ma léthargie. Je retirais ma main de l'un de mes yeux, pour la laisser pendre le long du lit. « Tout va bien Black Hayate ! Allez, approche ! » murmurai-je, en faisant claquer doucement mes doigts. A mon ordre, le petit chien quitta son panier et approcha pour venir me lécher la main, comme pour me réconforter. Ne constatant rien d'anormal et étant lui-même rassuré, par la douceur de ma voix, il se roula en boule au pied du lit pour que je puisse continuer de lui caresser affectueusement le dos. Il avait dû m'entendre gémir dans mon sommeil et cela avait dû l'inquiéter. Il était vrai que ce n'était pas dans mes habitudes d'avoir un sommeil aussi agité. Mais tout ceci avait une bien triste explication...
Il y a quelques jours, au QG d'East City, le Colonel avait reçu un étrange coup de téléphone, d'une ligne extérieure, de la part de son plus fidèle ami, Maes Hughes. Dans un premier temps, il n'avait pas pris cela au sérieux, pensant qu'il s'agissait encore d'un énième prétexte du Lieutenant-Colonel pour lui parlait des deux femmes de sa vie, ce qui avait le don d'exaspérer au plus au point le Colonel. Mais une fois en communication, l'homme aux cheveux ébène avait compris que quelque chose de grave s'était produit car avant de perdre la ligne, il avait entendu la respiration confuse et saccadée de son ami, qui avait été incapable de lui répondre malgré ses différentes sommations. Même en étant à mon bureau, j'avais été en mesure d'entendre la détresse dans la voix de mon supérieur et j'avais anticipé ces demandes : avant qu'il n'ait eu le temps de ressortir de son espace de travail, une voiture était déjà en route pour nous conduire à la gare et je tenais son manteau dans mes mains. Je me souviens encore de son regard ravagé par le remord et l'inquiétude. Le trajet en train fut l'un des plus long à supporter pour le Colonel car il se doutait déjà que son instinct ne l'avait pas trompé. A peine avions nous quitté la gare de Centrale et que nous pénétrions dans le QG, qu'on nous apprenait la mort brutale et violente du Lieutenant-Colonel, Maes Hughes. Mon supérieur encaissa du mieux qu'il put la nouvelle, en feignant une froide indifférence.
Deux jours après notre arrivée à la capitale, le Colonel et moi avions, ensemble, assisté aux funérailles du Général de Brigade Hughes, promu de deux échelons, à titre posthume car il avait été tragiquement assassiné, dans l'exercice de ses fonctions. Ce crime odieux restait toujours impuni et aussi bien les circonstances que le mobile demeuraient, pour le moment, indéniablement troubles. Une enquête avait été, néanmoins, ouverte, pour tenter de résoudre ce pesant mystère mais chacun savait déjà qu'elle risquait d'être longue et difficile à mener. Sa conclusion, s'il y en avait une, allait prendre un certain temps.
Lors de la cérémonie de recueillement, les larmes silencieuses de Gracia Hughes et les vibrants appels d'Elysia à son père n'avaient pas laissé le Colonel indifférent. En dépit des regards froids accompagnant les grands airs qu'il avait servis à toute l'assemblée, tout au long des funérailles et du caractère hautain qu'on lui connaissait, je ne pouvais ignorer qu'il avait été intimement touché par la perte du Général de Brigade. Pour ne pas se laisser atteindre, il avait fait le choix d'enfouir sa peine et sa douleur au plus profond de lui-même, quitte à paraître complètement insensible, aux yeux de tous. Mais pour moi qui connaissais cet homme, mieux que quiconque, je savais que le vide laissé par ce dernier était et resterait une blessure béante qui ne se refermerait pas aussi aisément, avec le temps, dans l'âme de mon supérieur. Même s'il pouvait se montrer agaçant et irritant de par ses trop nombreuses frasques, le Général de Brigade était la bonté incarnée ainsi qu'un ami franc et fidèle, peut-être le seul que le Colonel n'ai jamais eu...
Une fois l'office terminée, l'homme aux cheveux ébène s'était écarté de la dernière demeure du Général de Brigade, pour disparaître à la vue de tous et laisser le temps à chacun de partir. Puis, il était revenu pour rendre un dernier hommage, plus intime, à son vieil ami et frère d'arme. Ses mots avaient été maladroits mais emplis de la plus grande sincérité et pour finir il avait tenté pudiquement de me cacher ses larmes, sous couvert d'une pluie qui était clairement absente ce jour-là. J'aurais tant aimé pouvoir faire quelques choses, pour lui épargnait cette peine trop lourde à porter seul ; mais au plus profond de moi, j'étais convaincue que tous les mots ou les gestes, que j'aurai pu dire ou faire, ce jour-là, auraient été bien illusoires. Cependant, j'osais, tout de même, espérer que ma présence silencieuse, à ses côtés, avait été pour lui, un mince réconfort, dans cette sombre tourmente. Je pouvais déjà percevoir que le Colonel allait avoir le plus grand mal à se relever de cette terrible absence mais je ne pouvais pas encore me rendre compte à quel point...
Enfermée dans ce carcan rigide de Premier Lieutenant que je m'étais, moi-même, forgé de tout pièce, je ne pouvais plus faillir. Je n'en avais plus le droit. Chacun attendait de moi que je sois droite, fière, inflexible pour continuer à mener le Colonel vers les plus hauts sommets du pays. Nos hommes comptaient également sur moi, autant que sur leur chef ! Je ne pouvais les décevoir en succombant à mes propre états d'âme. Comme, le Général de Brigade n'était plus parmi nous, je me retrouvais seule à endosser cette responsabilité. Il s'était tellement battu dans l'ombre, pour pousser son ami dans la bonne direction, lui évitant ainsi de nombreux pièges et écueils qu'il était de mon devoir à présent, par respect pour lui, de poursuivre plus ardemment son travail... Mais, je devais bien avouer que face aux regards vides et aux souffrances intérieures du Colonel, ma volonté, ma détermination et mes nerfs avaient été mis à rude épreuve ce jour-là et que j'avais bien failli fléchir lamentablement. Il s'en était fallu de peu...
Avant de quitter Centrale, le Colonel avait, tout de même, tenu à mener, lui-même, sa propre enquête, pour être certain qu'on n'avait pas omis, par mégarde, certains indices compromettants ou tenté de dissimuler des preuves accablantes. Son attitude aurait pu passer pour outrageuse aux yeux de certains haut-gradés, mais comme cela c'était déjà vu, par le passé, pour étouffer des affaires gênantes, on ne lui fit aucune remarque déplacée, la plupart se cantonnant à lui lancer des regards noirs qui en disaient long sur leurs pensées. L'homme aux yeux d'onyx ne se laissa pas intimidé le moins du monde. Comme il le savait déjà, son ami Hughes avait la fâcheuse tendance à mettre son nez partout, et surtout là où il n'aurait jamais dû le faire mais c'est ce qui faisait de lui un enquêteur de talent à la cour martial de la capitale. La rencontre et le témoignage du Major Armstrong avait été déterminant dans la compréhension des événements. Ainsi le Colonel avait appris, aux travers les propos anodins du colosse, qu'il ne pourrait rien faire de plus, tant qu'il n'aurait pas atteint son but. Il fit donc taire sa rancœur et déterminé à prendre le temps qu'il fallait, il avait décidé qu'il était temps de rentrer à East City... Cela faisait, à présent, deux jours que nous étions enfin de retour.
Voilà, voilà, l'histoire se met petit à petit en place. A bientôt, pour le chapitre 3, en espérant avoir vos commentaires.
