Bonjour à tous ! Je tenais à m'excuser pour l'attente mais ce chapitre s'est avéré très long et assez difficile à écrire... A force de le remanier, il est devenu beaucoup plus fourni que les autres d'où l'idée de vous le proposer en deux parties car je ne suis pas encore tout à fait convaincu du résultat... Alors sans plus attendre le voici, en espérant avoir très vite de vos commentaires ! Bonne lecture !
Chapitre 6 : Mise au point (Partie 1).
Il fallait vite se ressaisir et reprendre les choses en main. « Il est vivant, bien vivant ! » me répétai-je inlassablement, comme pour me convaincre, intérieurement, que tout ceci n'était, finalement, qu'un mauvais rêve… Après trois grandes inspirations, pour me redonner une contenance, je trouvai, enfin le courage de me relever, en m'appuyant sur la porte. J'avais promis aux agents de la Police Militaire, une déposition du Colonel, en bonne et due forme, et un rapport bien salé sur leur intervention désastreuse, à mon goût. Je ne pouvais vraiment pas y couper, sous peine de mettre ma réputation ainsi que celle de mon supérieur en danger et un tel affront, il en était hors de question ! Mais pour y parvenir, j'allais devoir tenter de comprendre quels événements avaient véritablement eu lieu ici, pour pouvoir les détourner et les rendre crédibles aux yeux des autorités. Toutefois, faire parler l'homme aux cheveux ébène, n'allait pas être une mission facile et le temps jouait contre nous…
Prise d'un regain de détermination, je traversai l'appartement à grandes enjambées et m'approchai de mon supérieur qui dodelinait de la tête, luttant pour rester conscient, en dépit de ses paupières lourdes et du trop-plein d'alcool. Incapable de me montrer brutale avec lui, je posai une main compatissante sur son épaule. Tout en lui demandant de se lever, j'adoptai, néanmoins, l'attitude la plus ferme et la plus stoïque possible. Lentement, il tourna la tête vers moi et tenta un mince sourire, auquel je ne répondis pas. Face à mon masque de froideur, il obtempéra en posant ses deux paumes sur son bureau et en s'appuyant dessus, il essaya maladroitement de se redresser. Son équilibre était plus que précaire alors pour l'aider à se remettre debout, je passais mon bras droit sous le sien et j'agrippai du mieux que je pus l'arrière de sa veste, ma main libre posée sur son buste. Contrairement à d'ordinaire, il ne se permit aucun commentaire déplacé, sur notre proximité forcée. Titubant dangereusement, je le conduisis ainsi, jusqu'à la salle de bain et l'assis, tant bien que mal, sur le rebord de la baignoire, en espérant qu'il ne basculerait pas à l'intérieur.
Patiemment et en accompagnant ses gestes, j'encourageai le Colonel à opter sa veste, sa chemise, son pantalon ainsi que ses chaussettes, souillés par l'alcool : sans aucun doute du Patcha, reconnaissable à sa couleur carmin. Il s'agissait d'une liqueur de fruits rouges, typique de la région de l'Est. Un peu trop ivre, il avait dû renverser, par mégarde, la bouteille dont le liquide s'était alors, répandu partout sur ses vêtements et sur le sol formant la fameuse flaque, couleur sang, au pied de la chaise. Ceci expliquait, à présent, la forte odeur, omniprésente, dans l'appartement. La vision du corps avachi de mon supérieur continuait de me hanter et de me faire frémir. Je secouais alors la tête pour la chasser et me concentrer, de nouveau, sur le Colonel, qui avait grand besoin de moi. Dans cet état et si peu vêtu, l'alchimiste de Flamme paraissait si vulnérable. Je sentis mon cœur se serrer dans ma poitrine. Je jetai alors ses vêtements humides, un peu trop violemment, dans un coin de la pièce et je le guidai, en sous-vêtement, jusqu'au coin douche. Pour éviter la chute, je l'assis au fond du bac, contre le mur, sous le pommeau. Il frissonna en sentant sur sa peau le froid de la céramique et de la faïence. Je tournai alors le robinet, libérant l'eau qui j'espère serait salvatrice pour mon supérieur. Le sachant en sécurité, je sortis quelques instants pour apprécier l'étendue des dégâts dans la pièce voisine.
En analysant le salon, je me rendis compte que peu de choses avaient été déplacées ou détériorées. Il s'était cantonné à passer la soirée, assis derrière son bureau. En m'approchant du coin dédié au travail, j'aperçu de nouveaux éléments qui me permirent de mieux comprendre ce qui s'était joué dans cette pièce, quelques heures plus tôt… Tout d'abord, contre le mur au pied de la chaise, un premier « cadavre » : une bouteille de whisky, dernier vestige apparent de la participation de mon supérieur à la guerre d'Ishbal. En effet, c'était là-bas qu'il avait découvert les propriétés anesthésiantes de cette boisson et j'étais bien placée pour le savoir... Il avait dû s'enivrer là, jusqu'à vider la bouteille. Ensuite, il avait sans doute voulu se finir au Patcha mais malhabile à cause du premier alcool, le second contenant lui avait probablement échappé des mains, déversant la quasi-totalité du liquide sur le sol. En poursuivant mon enquête mentale, je vis, sur le plateau du meuble, qu'il y avait un cadre renversé. En le relevant, j'eu un frisson qui me parcourut tout le dos en reconnaissant la photo : il s'agissait de deux hommes l'un à côté de l'autre, en uniforme. Le premier affichait une mine foncièrement joyeuse, derrière ses lunettes aux verres rectangulaires, le képi levé au-dessus de sa tête, dans un salut peu formel. Quant au deuxième, il arborait un petit sourire en coin, plus discret et en apparence plus professionnel. Ce cliché avait dû tenir compagnie au Colonel, tout le temps de sa nuit d'ivresse. J'aimais beaucoup ce souvenir, sous verre, même si aujourd'hui, je ne pouvais réprimer une certaine tristesse, en le contemplant.
Ayant fait le tour de ce que j'avais à voir, je me décidai enfin à retourner dans la salle de bain où j'entendais l'eau qui coulait toujours. En approchant de la douche, je trouvai mon supérieur, les genoux pliés contre son torse, la tête basse, grelottant violemment. Instinctivement, je me jetai sur le robinet et coupai le jet d'eau glaciale. « Merde ! » Pensai-je. « Le thermostat est inversé contrairement à mon appartement ! ».
« Colonel, pourquoi ne m'avez-vous pas appelé ? Ajoutai-je un peu énervée, en lui lançant un drap de bain sur les épaules.
« Je méritais bien toute cette froideur, après tout ceci… » Articula-t-il d'une voix résignée mais plus affirmée que toute à l'heure, malgré les tremblements qui le secouaient.
« Tsss… » Sifflai-je agacée, en resserrant la serviette autour de son cou. « Ce n'est pas le moment de vous auto-flageller ! »
L'extirpant péniblement du coin douche, je l'installai de nouveau sur le rebord, irrémédiablement froid, de la baignoire, où, frigorifié, il frémissait terriblement. Sans perdre une minute, je fis couler de l'eau bien chaude, en ayant pris soin, cette fois, de régler la température du mitigeur. Avec mille précautions, je fis entrer mon supérieur, dans le bain, où une fois étendu, il poussa un long soupir de soulagement. En attendant que l'eau atteigne une hauteur raisonnable, je retournai chercher une chaise au salon, que je plaçai de telle sorte que je puisse faire face à l'homme aux cheveux ébène. Au moment où je m'assis et refermai le robinet, il avait les yeux clos. Ses joues pâles et bleuies commençaient, à peine, à reprendre des couleurs. Il semblait enfin plus détendu. Peut-être était-il parvenu à s'endormir ? Son visage paraissait si paisible, tout à coup. L'atmosphère de la salle de bain devint, petit à petit, très chaude et humide. La vapeur remplissait tout l'espace de la pièce et de la condensation couvrait, à présent, le miroir, commençant à ruisseler sur les murs en faïence. Cette chaleur étouffante m'oppressait. J'entrepris donc de retirer ma veste d'uniforme afin d'être plus à l'aise. Au moment où je commençais à me relever pour l'enlever, il réagit plus brutalement que je l'aurais cru. Intérieurement, je me réjouis de voir que ses réflexes semblaient bien de retour.
« Restez Lieutenant… » Demanda-t-il en s'agitant dans la baignoire et sur un ton trahissant une certaine appréhension qui ne lui ressemblait pas.
« Je vais nulle part et je n'avais pas l'intention de m'en allait. » Affirmai-je d'une voix assez cassante.
Rassuré, il murmura un « merci », quasi inaudible, et referma ses yeux onyx.
« Ne me remerciez pas trop vite ! » Grommelai-je. « J'ai promis aux agents de la Police Militaire, un rapport et une déposition dès l'ouverture du Centre de Commandement. »
A ces mots, ses lèvres se tordirent en un rictus qui signifiait qu'il avait compris le message : il savait que je n'allais très certainement pas le laisser s'en tirer à si bon compte, après toutes les émotions fortes qu'il venait de me faire subir.
« Je suis désolée… » Finit-il par marmonner entre ces dents, après un moment de silence.
C'en fut trop pour moi ! La goutte qui fit déborder le vase… Je me levai brutalement et lui infligeai une gifle monumentale, qui me surprit moi-même. Avec l'humidité du bain, elle claqua si fort que sa joue commença par blanchir avant de rougir sérieusement, laissant apparaître la trace de mes cinq doigts. Lasse, je m'affalai lourdement sur ma chaise, la tête basse, les coudes sur mes genoux et mes mains me frictionnant vigoureusement la nuque. En dépit de tout ce que j'avais à lui dire, il m'était, à présent, impossible de me redresser pour affronter son regard. De son côté, il ne broncha pas et ne me demanda aucune explication pour justifier mon coup de sang. J'entendais simplement des frottements qui m'indiquaient qu'il était en train de masser son visage endolori. L'atmosphère se faisait de plus en plus lourde, à chaque minute qui s'écoulait. Je devais briser ce silence pesant en laissant une bonne fois pour toute éclater la colère qui me rongeait depuis le début de cette abominable matinée…
« Pourquoi ? » Tonnai-je incapable d'aligner plus d'un mot tant mes mâchoires étaient crispées et ma gorge douloureusement serrée.
« Je suis vraiment navré, Lieute… » Balbutia-t-il.
« Pourquoi ? » le coupai-je, grondant de plus belle.
« Difficile à expliquer. C'est un ensemble. Le génocide d'Ishbal et ses victimes. La mort de Maes. Le désespoir et l'alcool aidant… C'est devenu trop lourd à porter… » Tenta-t-il de se justifier pitoyablement.
Face à cette réponse, beaucoup trop lâche à mon goût, je ne pus m'empêcher d'exploser de nouveau. Je me redressai vivement et plantai mon regard embrouillé, dans le sien.
« Colonel, sauf votre respect, vous n'êtes qu'un imbécile ! Le Général de Brigade Hughes m'avait prévenu : votre pire ennemi, c'est vous-même ! Sincèrement, croyez-vous vraiment être le seul à souffrir de tout ça ? Comment avez-vous pu en arriver là ? Avez-vous pensé à vos hommes ? A Havoc ? A Breda ? A Fuery ? A Falman ? N'ont-ils aucune valeur pour vous ? Et les Frères Elric ? A quoi bon être allé les chercher à Resembool si c'est pour mieux les abandonner ensuite ? Et votre pays, pour lequel vous aviez tellement de rêves ? Vous étiez prêt à le laisser sombrer, sans même vous battre ? Et enfin… »
Ma voix se brisa dans un terrible sanglot. J'arrivais à peine à respirer tant cette tirade m'avait coûté. Comme pour me protéger, je détournai instinctivement mes yeux inondés de larmes et me passai rageusement la manche de ma chemise sur le visage, en serrant les dents, toujours plus fort.
« Continuez, Lieutenant ! S'il vous plaît, continuez… » M'encouragea-t-il, en essayant de garder lui-même, son sang-froid.
Malgré la violence de mes propos, il souhaitait que je poursuive. Il devait sentir que des mots s'étaient égarés, en restant coincés dans ma gorge nouée, par le ressentiment, et qu'ils avaient profondément besoin de sortir. Il y eu à nouveau un long silence durant lequel je m'appliquai à secouer la tête, pour ne pas avouer ce qui me rongeait. Mais j'étais tellement en colère… Ce fut dans un infime murmure, la voix complètement étranglée, que je parvins à articuler l'ultime question qui me pesait ; sans doute la plus douloureuse, la plus inavouable et la plus égoïste à la fois :
« Et à moi, Colonel ? Avez-vous pensé à moi ? » Lâchai-je totalement épuisée par ce soudain déferlement d'animosité auquel je n'étais pas habituée.
Affaire à suivre ! J'espère que cela vous aura plus tout de même... A bientôt pour la seconde partie !
