Bonjour à tous ! Pour commencer un gros mea culpa car les délais entre chaque publication ont tendance à s'allonger; mais ne vous inquiétez pas, je ne lâche rien ! Juste un soucis de sauvegardes, comme cela a dû déjà arriver à certains d'entre vous ! On écrit, on se lâche et pour qui, pourquoi, quand on revient le lendemain, il n'y a plus rien ! Obligé de tout reprendre, non sans une certaine frustration car on a vaguement l'impression que le second jet est véritablement moins bon que le premier, certaines idées s'étant faites la malle entre deux ! Enfin bref, je sais ce n'est pas votre affaire... En attendant, voici donc la suite et encore un gros merci à ceux qui me suivent !
Chapitre 7 : Déposition et rapport (Partie 1).
L'appartement dans lequel vivait le Colonel Mustang ne se situait qu'à quelques rues du Poste de Commandement de la Police Militaire. N'ayant aucun véhicule de service à notre disposition pour nous y rendre, nous décidâmes, d'un commun accord, d'y aller à pied. Cette matinée de fin de printemps était ensoleillée mais exceptionnellement fraîche pour la saison, laissant apparaître çà et là, quelques légères nappes de brumes récalcitrantes à se dissiper. Notre déambulation matinale n'était pas sans me déplaire. En effet, elle me permettait de profiter du calme apaisant de la ville de Central, à peine réveillée. Cependant, je ne me faisais pas d'illusions car je savais que ce sentiment de quiétude ne durerait pas…
Après une bonne dizaine de minutes de marche, dans les rues piétonnières, mon supérieur et moi-même atteignîmes, finalement, la vaste place où se dressait fièrement les locaux tant redoutés. C'était une imposante bâtisse blanche, construite à l'aide de pierres de taille calcaires, extraites des carrières de la rivière Rhéos, dont l'entrée principale était dissimulée derrière un rideau majestueux de colonnes cylindriques. Une fois sur le parvis, levant les yeux en direction du beffroi, je constatais avec soulagement que nous étions, tout bonnement, en avance. Il ne nous restait plus qu'à attendre patiemment que la grand-porte veuille enfin s'ouvrir. Durant ce laps de temps qui me parut interminable, je ne pus m'empêcher de jeter quelques coups d'œil à la dérobée, en direction du Colonel. Malgré le manque manifeste de sommeil, il avait toujours autant fière allure, avec son long manteau bleu nuit, simplement posé sur ses épaules, recouvrant son uniforme parfaitement ajusté à sa morphologie. Il avait l'air serein, en dépit des circonstances, et prêt à jouer le rôle de composition que nous avions tenté de préparer quelques instants plus tôt…
Il était certain que nous avions une grande expérience des interrogatoires mais d'ordinaire, nous étions plutôt du bon côté : celui de ceux qui posent les questions. Or, je ne pouvais le nier : A ce moment-là, une certaine appréhension me torturait l'esprit et jouait avec mes entrailles. Mon supérieur allait-il être capable de donner le change sans trop en faire, en évitant de s'emporter ou de tomber dans les pièges grossiers tendus par l'enquêteur afin de le faire parler et ainsi démêler le vrai du faux ? A plusieurs reprises, nous avions tenté de simuler l'entretien à venir, sans réel succès. Dès que je posais les questions qui fâchaient, le Colonel ne parvenait pas à dissimuler son agacement. Sincèrement, j'espérais qu'avec nos quelques tentatives, même infructueuse, il ne se laisserait pas aussi facilement déstabiliser et qu'il pourrait répondre posément aux interrogations.
Soudain, les gonds de la grand-porte pivotèrent sur eux-mêmes, dans un grincement sinistre, permettant enfin d'accéder au hall d'accueil. Comme je l'avais espéré, nous fûmes les premiers à nous présenter au comptoir de l'agent chargé d'orienter les visiteurs dans l'immense bâtiment. Après un salut réglementaire, je pris la parole, mon supérieur quelques pas en retrait derrière moi. Je demandais à être guidée vers le service qui se chargeait des dépositions dans le cadre d'agression et aussi vers celui qui traitait les rapports d'incidents. Rigide et fière dans son uniforme noire, la personne pointa le fond de la pièce et nous envoya vers une cage d'escalier qui descendait vers un sombre sous-sol. Au bas des marches, nous tombâmes sur un long couloir sans fin, où une multitude de portes, toutes semblables les unes aux autres, se dressaient de part et d'autre, le long des murs. L'éclairage blafard donnait un aspect lugubre et peu rassurant au lieu, néanmoins, il en fallait bien plus pour nous impressionner : au Quartier Général de l'Armée d'Amestris, nos propres locaux d'interrogatoire n'étaient pas plus accueillants. Bientôt, nous tombèrent sur un croisement : A notre droite, se trouvait une minuscule salle s'attente, tout aussi sinistre que le reste et à notre gauche, à nouveau, une succession de bureaux. Comme, on nous l'avait indiqué, nous nous présentâmes à la porte portant le numéro 3 et je frappais quelques petits coups secs sur le battant. Presque aussitôt, une voix forte nous invita à entrer.
En nous introduisant dans la pièce, nous tombâmes sur un fonctionnaire, qui semblait être aux prises avec un dossier apparemment épineux : au fur et à mesure de sa lecture, on pouvait voir ses sourcils se fronçaient et les muscles de son visage se crispaient, trahissant un certain agacement. Il nous demanda cavalièrement de patienter. Après quelques minutes, il se redressa, finalement, pour nous faire un salut militaire impeccable.
« Lieutenant. Colonel. On m'a annoncé votre arrivée. » Nous accueillit-il, flegmatiquement.
L'homme avait un regard bleu acier qui semblait pénétrer au plus profond de l'esprit de son interlocuteur et il arborait un sourire retors qui mettait les gens mal à l'aise. Il se dégageait de lui une froideur implacable, qui ne laissait place à aucune bienveillance, bien au contraire. Je sentais déjà que ce soldat allait être un adversaire redoutable mais je ne laissai rien paraître. Il ne fallait surtout pas lui faciliter la tâche et ne lui donner aucun élément qu'il pourrait exploiter contre mon supérieur.
« Je me présente. Je suis le Lieutenant Karl Fritz et j'ai été chargé par ma hiérarchie de recueillir votre déposition, Colonel. Avez-vous besoin d'être assisté ? » Ajouta-t-il, en lançant vers moi, un regard hautain, qui me détailla des pieds à la tête.
« En aucun cas. Ma subordonnée m'a juste accompagnée car elle doit, elle-même, se rendre au service chargé des rapports d'incident, pour y déposer son propre dossier. » Répondit-il avec un sourire en coin, un brin provocateur. Puis, en lui tournant le dos, il se mit face à moi et avec un regard appuyé, il ajouta : « Lieutenant, vous pouvez disposer. Nous nous retrouverons demain midi, directement au bureau. »
« Très bien. Mon Colonel. Lieutenant Fritz. » Je les saluai et je quittai la pièce, en ayant très bien compris le sous-entendu : mon supérieur n'était pas en congés, donc quoiqu'il arrive, je devais l'attendre jusqu'à ce qu'il sorte, d'ici et s'il n'était pas là avant midi, je devais faire le nécessaire. Craignait-il pour sa sécurité ? Il ne fallait pas traîner. Je devais regagner le parvis et me dégoter au plus vite un poste d'observation, d'où je pourrais surveiller sa sortie sans me faire repérer par les agents de la Police Militaire.
Or avant ça, je devais régler ma propre affaire. Je refis donc tout le trajet en sens inverse en revenant logiquement sur mes pas. J'empruntai de nouveau le sinistre escalier mais je ne m'arrêtai pas au rez-de-chaussée. Je poursuivis mon ascension jusqu'au second étage. Ici, les bureaux étaient tout aussi froids. Exceptés, quelques portraits de hauts-gradés ou d'anciens dirigeants, accrochés aux murs, rien n'égayait ce nouveau couloir ; à part peut-être, à la réflexion, cette allée en moquette rouge, aux motifs géométriques et floraux, dorés, un peu trop ostentatoire à mon goût. Je me présentai devant une porte arborant, cette fois, le numéro 5 et frappai contre la battant. Une secrétaire vînt rapidement m'ouvrir, m'incita à entrer et à m'asseoir face à son bureau. Comme l'agent d'accueil, elle avait une attitude arrogante et méprisante.
« Que puis-je pour vous, Lieutenant… » Fit-elle semblant de chercher.
« Lieutenant Hawkeye. » La coupai-je, de façon abrupte. « On a dû vous annoncer ma venue. »
« Je confirme. Le Colonel Barrère va vous recevoir. Si vous voulez bien me suivre. »
Elle se leva et m'indiqua un petit coin salon dans le bureau où je pouvais m'installer pour patienter. Dès que je fus assise, elle regagna son espace de travail où elle se remit à lire un dossier, sans réellement me lâcher du regard. Au bout d'une dizaine de minutes, le téléphone sonna. Sans aucun doute, la ligne interne. La secrétaire se leva et m'invita à entrer dans le cabinet de son supérieur. Je passai la porte, avançai jusqu'au bureau en respectant une distance réglementaire et salua l'homme comme l'étiquette l'exigeait.
« Lieutenant, que me vaut le plaisir de la visite d'un membre de l'armée d'Amestris dans mes locaux ? » Me questionna-t-il avec un sourire pompeux aux lèvres.
« Mon Colonel, pour être franche, il ne s'agit pas là d'une simple visite de courtoisie. J'en ai bien peur. Comme on a du sûrement vous en informer, je ne suis pas venue seule. J'ai accompagné mon supérieur, qui soit dit en passant, est en ce moment même,en train de faire une déposition pour agression, auprès de l'un de vos subordonnés. »
« J'entends bien, Lieutenant, mais dans ce cas, vous, que faites-vous, ici, dans mon bureau ? » Me questionna-t-il, en insistant, comme si ma présence semblait totalement incongrue.
« Je viens déposer, à mon tour, un rapport circonstancié d'incident, mettant en lumière les violations et le manque de professionnalisme de vos hommes, lors de leur intervention, au domicile de mon supérieur, la nuit dernière… ».
Face au pavé que je venais de lancer, le Colonel Barrère arqua un sourcil et une légère coloration rouge vînt soudainement teinter ses pommettes.
« Ce sont de graves accusations que vous portez là, Lieutenant ! »
« Sauf votre respect, mon Colonel, sachez que j'en suis bien consciente et étant moi-même, un agent de terrain, je pense être en mesure de porter un regard impartial sur la mission menée, il y a quelques heures, par vos hommes. » Lui fis-je remarquer, en lui tendant le document.
« Très bien, dans ce cas je lirai vos remarques… » Me lança-t-il en posant négligemment le dossier sur une pile de papiers bien à l'écart sur son bureau, qui ne semblait pas faire partie de ses priorités.
« Monsieur, je ne vais pas vous faire perdre davantage, votre temps, car vous devais être un homme très occupé, néanmoins, je tiens juste à attirer votre attention sur le fait qu'une copie de ce rapport sera transmise au service des armées, puisque l'événement concernait l'un de leurs hommes et aussi au bureau des enquêtes de la Cour Martiale, afin que la lumière puisse être faite sur les dysfonctionnements de cette intervention. » Fis-je en mettant en évidence une autre chemise cartonnée où se trouvaient les dits documents.
Mes propos, en apparence, avenants, semblaient avoir fait leur petit effet : Le Colonel parut brusquement s'étouffer dans sa paperasse.
Afin de se redonner une contenance, il ajouta, tout de même, sèchement : « Cela va sans dire, Lieutenant… »
Ravie d'avoir remis à sa place ce haut-gardé présomptueux, tout en conservant le respect qui lui était dû, je finis par lui demandais, poliment : « Monsieur, puis-je disposer ? »
« Bien évidemment, vous pouvez. Je ne vous raccompagne pas. Vous connaissez la sortie » Sa voix trahissait une certaine irritation, teintée d'un soupçon d'appréhension.
Sans rien laisser paraître, je quittais le bureau de l'officier supérieur. Une fois dans le couloir et la porte du bureau de la secrétaire refermée, je ne pus retenir mes lèvres qui s'étirèrent, pour laisser apparaître, un petit sourire fier, qui en disait long, sur ma performance. S'il avait été présent, le Colonel Mustang aurait, sans doute, beaucoup apprécié mon petit numéro. Mais, il va de soi que je n'avais aucun mérite en la matière car j'avais été à bonne école, avec le meilleur des professeurs qui soit. Sans me départir de mon air satisfait, je quittai discrètement les locaux de la Police Militaire. Une fois à l'extérieur, le beffroi sonna onze heures moins le quart. Le minutage était plus que convenable. Je devais rapidement trouver mon "nid d'aigle" et guetter la sortie du Colonel, qui j'espérais se ferait sans encombre.
Le voilà enfin... Merci de votre patience et au prochain chapitre !
