Infection.
La matinée débute à peine sur la ville de Colorado Springs que déjà, Matthew remonte son pantalon autour de sa taille. En prenant soin de bien attacher sa ceinture, il n'est guère surpris d'entendre un autre homme lui adresser la parole, se déplacer derrière son bureau.
« Surtout, je vous recommande fortement de suivre le traitement à la lettre et si vous avez des questions par la suite, n'hésitez pas à venir me voir.
- Merci docteur Cook. »
Une fois convenablement habillé, Matthew se retourne et fait face au docteur Andrew Cook puisqu'il se tient au centre de son cabinet. Forcément, une telle visite est loin d'être anodine mais le médecin a besoin d'obtenir certaines réponses suite au comportement de l'homme qui se tient à quelques mètres de lui.
« Votre mère est au courant ?
- Non et je ne tiens pas à ce qu'elle le soit. Je peux compter sur votre discrétion ?
- Bien sûr et je vous remercie de la confiance que vous me témoignez. J'espère simplement que je n'aurais pas à la croiser dans les jours à venir et surtout, qu'elle ne se doute de rien car c'est une femme qui sait se montrer têtue.
- Oui et c'est aussi pour cette raison que je suis venu vous voir. Je dois reconnaître que nous avons beaucoup de chance d'avoir deux médecins dans cette ville et que l'un d'entre eux s'avère être un homme.
- Il est vrai que c'était l'idéal pour le mal dont vous souffrez. En tout cas, j'insiste sur le fait qu'il n'y a pas vraiment de quoi s'alarmer. Avec les prélèvements que nous avons faits, je ferais les analyses dans le courant de la matinée et une fois que j'aurais des résultats, je vous le ferais savoir et nous discuterons de tout ça pour savoir quel traitement adopter pour votre rétablissement complet. »
Alors que Matthew est désormais sur le point de partir, voilà qu'on frappe à la porte du cabinet. Maintenant que la consultation est terminée, le docteur Cook n'a aucune raison d'envoyer paître ce visiteur encore inconnu et s'empresse de se montrer disponible.
« Entrez ! »
Lorsque la porte s'ouvre sur une ravissante jeune femme très bien connue des deux hommes, Matthew se montre gêné et lui tourne rapidement le dos. En agissant de la sorte, il espère que sa sœur n'aura rien remarqué et si c'est le cas, l'homme ignore de quelle façon il va pouvoir sortir de ce pétrin. Aussitôt, Colleen entre dans la pièce, entièrement vêtue d'une magnifique robe bordeaux et veille à bien refermer l'issue après son passage. Ensuite, elle s'avance dans le cabinet et s'arrête à quelques centimètres du bureau. Ravi de la revoir après ces quelques semaines d'absence à cause de ses études, Andrew contourne son meuble de fonction et s'immobilise face à la jeune demoiselle.
« Bonjour Andrew, j'espère que je ne vous dérange pas ?
- Au contraire, mon patient allait partir. N'est-ce pas ? »
De son côté, Matthew bredouille un oui à peine audible et se dépêche pour regagner la sortie. Néanmoins, Colleen s'est attardée sur celui-ci et ne rencontre aucune difficile à le reconnaître.
« Matthew ? »
A l'entente de son prénom, l'ancien shérif de Colorado Springs s'arrête mais continue de présenter son dos à sa sœur. Inquiète, l'étudiante ne tarde pas à se montrer curieuse.
« Que faisais-tu avec Andrew ? Un problème ?
- Plus maintenant. » lui répond son aîné.
Pour être sûre de la réponse de son frère, Colleen se tourne vers le plaisant docteur. Celui-ci se montre bavard plus qu'à l'accoutumé afin d'aider l'aîné des enfants Cooper à endormir la vigilance de sa cadette afin qu'il puisse déserter les lieux le plus rapidement possible.
« Votre frère vous dit la vérité.
- Je n'en doute pas mais je ne comprends pas pourquoi il n'a pas été voir le docteur Mike. »
N'ayant guère le choix, Matthew se retourne pour faire face à sa sœur et n'y va pas par quatre chemins pour lui expliquer la raison de sa visite.
« Je souffre d'un mal de garçon, voilà pourquoi je ne me suis pas tourné vers le docteur Mike.
- Et c'est grave ?
- Non mais je compte sur toi pour garder le silence. Si jamais le docteur Mike l'apprend, elle risque de venir me harceler pour que je crache le morceau et je n'ai pas envie qu'elle s'inquiète pour moi inutilement.
- Il est normal qu'elle se fasse du mauvais sang puisque c'est notre mère.
- Certes mais je suis un homme maintenant et j'en ai marre qu'elle continue de me voir comme un petit garçon. Je peux te faire confiance ?
- Oui mais si jamais le mal dont tu souffres ne disparaît pas dans les jours à venir, j'ai bien peur que cela éveille des soupçons chez elle, surtout si c'est visible de l'extérieur.
- Est-ce que je te donne l'impression de souffrir en ce moment même ? »
Pour répondre correctement à cette interrogation, Colleen s'accorde quelques secondes afin de regarder son frère des pieds à la tête. Celui-ci semble se tenir debout sans rencontrer la moindre difficulté et comme ce dernier s'autorise un sourire, cette expression est amplement suffisante pour la rassurer.
« Non.
- Dans ce cas, le sujet est clos. Je te dis à plus tard et je vous souhaite une bonne journée docteur Cook.
- Bonne journée à vous également Matthew. »
Enfin, le grand frère de Colleen et de Brian déserte le cabinet afin de retrouver sa vie là où il l'avait laissé. Désormais seuls, Andrew et la jeune femme décident de se concentrer sur le moment présent et c'est un tantinet timide que le docteur se permet d'être curieux.
« Depuis quand êtes-vous de retour parmi nous ?
- Depuis une petite heure. Je voulais prendre le temps de discuter avec maman afin de la tenir informée au sujet de l'avancée de mes études avant de venir vous voir.
- Et vous avez bien fait. D'ailleurs, tout va bien dans votre école ?
- Oui mais j'aurais aimé en discuter autour d'une tasse chez Grace. Vous avez encore des consultations pour votre matinée ?
- Non et si nous voulons être sûrs d'être un peu tranquille, je vous propose de partir de suite.
- Avec plaisir. »
Et c'est avec le sourire que Colleen libère ces quelques mots. Alors que le jeune couple fait son possible pour quitter les lieux, Matthew marche le long de l'une des rues centrales de la ville. Il espère secrètement ne pas croiser sa mère et puis de toute façon, cette dernière ne sait pas que son fils adoptif a dû se rendre chez le docteur Cook en cours de matinée. Au moins, il sait que ce sujet de conversation ne sera pas abordé mais tout de même.
« Matthew ! »
L'homme s'arrête et tourne sa tête sur sa droite, direction dans laquelle la voix semblait lui provenir. A cet instant, il remarque que Horace marche dans sa direction, tenant une enveloppe marron dans l'une de ses mains.
« Bonjour Horace, se montre poli l'aîné des enfants Cooper.
- Bonjour Matthew. Excuse-moi de venir te voir de cette façon mais j'ai une lettre à te remettre. Elle vient de Paris.
- De Paris ? Mais de qui peut m'envoyer une lettre de cette ville ?
- Ce n'est pas moi qui pourrais répondre à cette question. Je suis tenu de ne pas ouvrir le courrier afin de respecter la vie privée des gens. Je suis un employé sérieux.
- Je le sais et c'est ce que j'apprécie chez vous.
- Vraiment ?
- Oui Horace. Je me doute bien que peu de personnes doivent vous faire des compliments au sujet de la qualité de votre travail mais vous avez ma confiance totale. En réalité, si tous les commerçants de cette ville agissaient comme vous, on aurait beaucoup moins d'inquiétude à avoir. »
Gêné par ce compliment, Horace se met à rougir et ignore de quelle façon il doit se comporter. Du coup, il baisse son visage afin de fixer le sol poussiéreux qui repose à ses pieds et exprime des remerciements comme si ces derniers ne devaient être entendus que de lui-même. Soudain, l'employé de l'état songe à son travail et s'excuse auprès de Matthew. Dès que celui-ci se retrouve seul, il ouvre son enveloppe et sort très rapidement une lettre. Alors que les gens de Colorado Springs continuent d'évoluer autour de lui, affairés par leurs propres préoccupations, voilà qu'un parfum des plus agréables vient lui chatouiller les narines. Dès que ses yeux parcourent les premières lettres qui débutent la missive, une certaine nostalgie vient gagner le cœur du célibataire.
« Emma. »
Lorsqu'il songe à cette amie qui lui manque tant, le garçon se dit que tirer un trait sur la ville dans laquelle il réside ne serait pas une mauvaise idée. De toute manière, la maison qu'il partageait avec Ingrid a été réduite en cendres depuis de nombreux mois et du coup, plus rien ne le retient ici. Toutefois, dans sa lettre, Emma ne se montre guère silencieuse au sujet de cette vie qu'elle mène aux côtés de cette star répondant au nom de Gildas Saint Clair et semble véritablement heureuse. De toute façon, qui n'aimerait pas vivre une existence autre qu'en dehors des murs du saloon de Hank ?
A la fin de sa lecture, Matthew plie l'enveloppe et la lettre et glisse l'ensemble dans l'une des poches arrière de son pantalon. Ensuite, il reprend sa route comme si de rien n'était sauf que cette fois, il croise sa mère.
« Bonjour Matthew. »
Se fixant une énième fois, l'ancien shérif attend que le docteur Quinn s'arrête face à lui pour entamer la conversation. Il se doit de n'éveiller aucun soupçon chez elle et il va tenter de le faire d'une main de maître.
« Bonjour Docteur Mike.
- Je suis soulagée de te voir car cela fait un petit moment que je te cherchais.
- Vraiment ?
- Oui. Hier soir, avant de me coucher, j'étais en train de penser à toi et je me suis dit que cela faisait un moment que je ne t'avais pas invité à venir déjeuner à la maison. Tu manques beaucoup à ton frère et à tes sœurs, tu t'en doutes bien.
- Je suis désolé mais j'ai beaucoup de travail en ce moment.
- Justement, j'espère que tu t'accordes des pauses de temps en temps.
- Oui, ne vous inquiétez pas pour moi.
- Je le sais mais je n'arrive pas à faire autrement. D'ailleurs, tu devrais passer voir Loren Bray car il a eu vent d'une information qui pourrait t'intéresser.
- Vraiment ? »
En guise de réponse, Michaela se contente de hocher positivement de la tête avant de poursuivre. Toutefois, tout en continuant à discuter, ses yeux remarquent un couple au loin qui aurait tendance à la faire sourire légèrement. Cependant, ne voulant pas écourter sa rencontre avec son fils, la femme ne se laisse nullement distraire.
« Oui. Suite au décès de son père, le fils Owen souhaite vendre la maison de celui-ci. Bon, elle est assez vieille et aurait besoin de quelques réparations mais je suis sûr que tu pourrais y mener une existence convenable si jamais elle te plaisait. Toutefois, je n'en sais pas plus à ce sujet alors que Loren semble intarissable de son côté.
- J'irai le voir dans le courant de l'après-midi. Pour le moment, je dois rejoindre Daniel car il a besoin de quelques réponses au sujet d'une affaire.
- Rien de bien grave j'espère ?
- Difficile à dire pour le moment. »
Ne voulant pas s'attarder en sa présence, Matthew la salue en soulevant légèrement son chapeau de son index droit et reprend sa route afin de se rendre au bureau du shérif de la ville. Maintenant qu'elle se retrouve seule, le docteur Mike s'interroge sur ses futures occupations de la journée quand Andrew et Colleen arrivent à sa hauteur.
« Bonjour docteur Cook.
- Bonjour Michaela, excellente journée pour se promener n'est-ce pas ?
- Et comment ! Par contre, je regrette de ne pas avoir la même chance que vous.
- Pourquoi ?
- Je dois effectuer des visites ce matin et forcément, je n'aurais pas le temps de profiter de ce si beau soleil. Et puis j'aurais aimé que Sully soit là. »
Souffrant d'une nouvelle absence de son bien-aimé, le regard du docteur Quinn se voile d'une tristesse perceptible et dont cette dernière est inconnue de personne. Voulant lui changer les idées, Colleen lui propose une idée.
« S'il fait aussi beau tout le long de la journée, cela vous dirait qu'on s'offre un pique-nique ce soir, en guise de dîner. Cela pourrait nous changer et bien sûr, je serais heureuse de le préparer.
- C'est très gentil à toi Colleen et j'accepte avec plaisir. »
Puisque Matthew est présent, autant en profiter pour l'inviter également. Au moment où la jeune femme s'apprête à desserrer les lèvres afin de lui faire part de cette proposition, le visage de l'homme se fige.
« Matthew ? »
Ne répondant pas, le trio composé du docteur Quinn, du docteur Cook et de Colleen ne tarde pas à s'inquiéter. Peu de temps après, une violente douleur oblige le malade à poser un genou sur le sol poussiéreux de la ville et le voilà portant ses mains à l'endroit précis où sévit son mal. Alarmé, chacun des membres composant le groupe se précipite sur lui dans l'espoir de lui apporter une aide précieuse.
« Matthew ! S'alarme sa mère adoptive.
- Je pense que vous devrez lui dire, suggère le docteur Cook.
- Non, rétorque le souffrant.
- Me dire quoi ? » Intervient Michaela.
Matthew parvient à lever son regard pour le plonger dans celui de son médecin traitant. Celui-ci l'encourage à avouer la vérité sur le mal qui le ronge d'un signe de la tête. N'ayant guère le choix, le frère aîné de Colleen se lance alors.
« Depuis quelques jours, je souffre d'une douleur qui ne concerne uniquement les hommes, lorsque ces derniers se montrent particulièrement insouciants.
- Attends, tu veux dire que tu as …
- Oui ! La coupe Matthew, toujours gêné de discuter de ce genre de chose lorsque le moment doit s'y prêter.
- Elle ne venait pas du saloon au moins ?
- Docteur Mike ! Vous me prenez pour qui ? »
Voyant qu'elle a blessé son fils suite à cette question déplacée, le docteur Quinn se confond en excuses avant de prendre une certaine décision suite à la douleur qui fait grimacer son rejeton.
« Bon, mes visites attendront. Andrew, pouvez-vous m'aider à le transporter jusqu'à ma clinique s'il vous plaît ?
- Bien sûr. »
Andrew se place sur la droite de Matthew et lui attrape un bras afin de le poser sur ses épaules. Avec un tel appui, le souffrant parvient à se mettre debout et se déplace difficilement jusqu'à la clinique de sa mère. Encore heureux que cette dernière ne se trouve pas très loin car une marche plus longue aurait fatigué le malade bien plus qu'actuellement. Dès que la porte d'entrée de la clinique s'ouvre, le docteur Quinn pénètre son cabinet la première avant de donner une première directive.
« Allongez-le sur la table s'il vous plaît. »
Le docteur Cook s'exécute tandis que Colleen entre dans la pièce la dernière et veille à fermer l'issue après son passage. Après tout, ce qui s'apprête à se passer au sein de ce cabinet ne regarde nullement les habitants de la ville et ces derniers savent très bien se montrer indiscrets lorsque l'occasion s'y prête. Ensuite, l'étudiante s'avance jusqu'à la table des instruments et vérifie que ces derniers sont complets en cas si une opération devrait avoir lieu. En attendant, les deux docteurs discutent.
« Si j'ai bien compris, vous avez reçu mon fils dans votre cabinet ce matin ? Demande la femme.
- C'est exact.
- Alors qu'il aurait pu venir me trouver.
- Sauf votre respect Michaela, vous êtes une femme et il est plus facile pour un homme de consulter un médecin de sexe masculin lorsque l'intimité est concernée.
- Vous ne m'apprenez rien mais je reste tout de même sa mère.
- Justement, se mêle Colleen. Imaginez à quel point il se serait senti gêné si c'est vous qui auriez jeté un coup d'œil à cet endroit précis. »
Michaela garde le silence et tourne son visage afin d'observer sa fille.
« Colleen, apporte-moi mon stéthoscope s'il te plaît.
- Oui maman. »
L'adolescente se montre obéissante et une fois que l'instrument d'examination se tient entre les mains du médecin, celui-ci soumet des interrogations à son collègue.
« Quels sont les symptômes ?
- Il se plaint d'avoir des démangeaisons à l'extrémité du canal urétral ainsi que des brûlures lorsqu'il urine.
- C'est une infection provoquée par une relation sexuelle à risque. Vous avez effectué des prélèvements ?
- Oui mais je lui avais fait une injection en attendant que j'obtienne des résultats en les analysant.
- Je vois. Matthew, cela fait combien de temps que tu souffres ainsi ?
- Je dirais un mois.
- Un mois ? S'étonne Colleen. Les douleurs à cet endroit doivent être traitées le plus vite possible. Pourquoi t'es-tu montré aussi inconscient ?
- J'avais pensé que mon corps s'en serait chargé de lui-même et puis je trouve que je passe beaucoup trop de temps sur cette table.
- Si tu te montrais un minimum responsable de temps en temps, la tendance s'inverserait, l'accable la mère adoptive. Andrew ?
- Oui Michaela ?
- Dois-je savoir d'autres choses au sujet de sa zone intime avant de prendre une décision ?
- Il serait préférable que Colleen ne soit pas là pour que je vous en dise davantage.
- Cet avis est totalement stupide, lui rétorque la femme de Sully.
- Maman, coupe Colleen. Est-ce qu'il va mourir ?
- J'ignore quoi te répondre pour le moment mais comme nous sommes avec lui, je ferais tout mon possible pour le sortir de ce mauvais pas. »
