CONSCIENCE
chapitre 1
Eustass 'Captain' Kid roula des yeux sur l'environnement. Sinistre et ennuyant à mourir.
Killer, Wire, Heat, Vicious et Dynam étaient à ses côtés. Toujours. Toujours debout surtout, ouais. Des mecs solides comme la pierre. Des mecs incassables. Ils avaient une vieille voiture bricolée, une vieille carcasse abîmée par les années, par la rouille, par les balles de flics, par les balles d'autres déglingués comme eux.
A côté, il y avait aussi d'autres gars. Des gars solides aussi, Kid ne que les visages. Ils étaient là pour faire le bordel, pour retourner les puissants de la ville. Ils n'étaient pas là pour prendre une tasse de thé en parlant chiffons et vernis. Ils étaient là pour une unique raison : prendre la place d'un des Empereurs.
Chaque type dans cette foutue ville en rêve : s'asseoir à la tête d'un empire et avoir des centaines hommes sous ses ordres. Ceux qui s'élèvent trop vite échouent alors que ceux qui avancent cachés dans l'ombre peuvent se redresser tranquillement et s'étirer lentement. Eustass avance dans l'ombre, il avance et commence à prendre place avec lenteur.
Aujourd'hui, les mecs attendent dans l'ancienne partie industrielle de la ville. Une partie en ruine, où la plupart des affrontements et règlements de compte de groupe se font. Un endroit où les gens biens et les bonnes âmes ne survivent pas longtemps, c'est un endroit assez sinistre pour vous. Ne restez pas là-bas : c'est la mort. Mais, pas pour eux. Ils vivent dans cette atmosphère mortelle, et y prospèrent tels des princes.
Combien de fois avaient-ils sautés à pieds joints dans ce genre de merdier ? Dans ce genre de plan où la moindre respiration ou hésitation fait de vous un homme mort, où trébucher est mortel, où les plus faibles et les forts se distinguent d'un simple coup d'œil, où la mort vous attend sagement dans une balle ou dans un coup de couteau à cran aiguisé, où la vie est réduite à néant d'un simple mouvement ?
La mort est l'unique maîtresse des lieux, ne l'oubliez pas.
Elle sait être patiente et sage.
Cette ville pue. Les cartels, les gangs, le trafic d'êtres-humains, de drogues, de putes et d'organes. Une attaque surprise ici, une attaque surprise là — dans le simple but de faire de la casse ou d'agrandir son territoire. C'est n'importe quoi. Le Gouvernement Mondiale n'essaye même plus d'instaurer l'ordre dans cette ville, ils savent que cette ville est foutue. Les civils sont condamnés. La ville a sombré dans le chaos depuis la mort de Gold Rodger.
Le monde est si fragile, le bonheur et l'humanité ne tiennent qu'à un fil. Il se brisera un jour pour laisser place à une barbarie et une sauvagerie terrifiante. Le bonheur et l'humanité ne sont qu'une jolie facette inventée par les plus optimistes pour couvrir les vrais sentiments qui dirigent ce monde. Personne n'est gentil, nous sommes tous sauvages.
Le rouge, Eustass Kid, connaît les règles de ce jeu. Il joue dans cet univers merdique depuis longtemps. Il a pris place parmi ceux qui les dictent les règles de la barbarie et de la sauvagerie, il se hisse vers le haut de l'échelle comme d'autres. Kid joue contre le monde et son bonheur idiot, les rôles se sont inversés. Il a traqué les plus faibles jusqu'à devenir l'un des molosses dangereux, il est des plus dangereux.
Il s'est fait une place, c'est quelqu'un à éviter absolument.
Et, aujourd'hui, le « terrain de jeu » est une vielle distillerie désaffectée sur la rive sud de la ville. Alcool. Killer avait réussi à mettre la main sur l'une des branches secrètes du trafic d'armement militaire de Kaido. Ils ont cherchés des informations sur l'Empereur pendant des mois, écoutant les rumeurs, achetant quelques informations. Kaido cache ses actions, ses hommes et son trafic des regards curieux. Il négocie des grosses cargaisons contre des sommes d'argent monstrueuses.
Ce soir, il récupère une cargaison contre un paquet de fric. L'échange se déroule dans l'usine en face du rouge.
Kaido est considéré comme l'un grands dirigeants du marché noir, l'un des grosses têtes de la « Pègre ». Il tient principalement le marché des armes et des esclaves mais il n'agit pas seul. Seul un fou choisirait de faire son chemin seul dans l'immense noirceur du marché. L'Empereur possède plusieurs généraux, dont certains sont inconnus du grand public.
— Combien de temps ? Siffla l'homme rouge, plissant les yeux sur l'entrepôt en friche à une bonne centaine de mètres de leur emplacement.
Les hommes attendaient dans la pénombre depuis quatre heures maintenant, ils attendaient silencieusement.
— Sept minutes, informa Killer en inspectant son pistolet sous un angle puis sous un autre, mécanique dans ses mouvements.
Le blond n'avait pas besoin de jeter un coup d'œil à la montre, il avait le timing en tête.
Les deux hommes étaient adossés à une jeep noir camouflée derrière un mur en béton à moitié défoncé par le temps. Kid avait les mains nonchalamment enfoncées dans les poches de son pantalon noir, coincé dans ses bottes défoncées. Ses prunelles flamboyantes étaient à l'affût du moindre mouvement en face de lui. Comme les quelques gars présents autour d'eux.
Il y avait Vicious et Dynam. Deux jumeaux nés pour foutre le bordel, pour saccager tout ce qui était beau, correct ou organisé. Ils s'étaient eux-mêmes surnommés ainsi, envoyant les prénoms choisis par leurs pauvres parents au diable. Kid aimait bien leur façon de saccager : sans aucun style, juste la destruction, le chaos absolu.
Le rouge abordait un gilet pare-balle sur lequel un signe trônait : une tête ronde, orné de pics menaçants avec un sourire semblable aux coutures du monstre de Frankenstein à l'intérieur. Ce symbole signifiait beaucoup pour lui et pour sa monstrueuse équipe, c'était leur signature. En dessous de l'équipement, un tee-shirt gris et sur sa ceinture étaient accrochés trois étuis à pistolets dans lesquels attendaient les armes avec une légèreté trompeuse. Un étui avec un couteau était solidement accroché à sa cuisse et d'autres armes secondaires cachés sur lui, toutes étaient à portée de main.
Impossible de faire le compte, trop bien armé. Killer portait aussi un gilet pare-balle sous son sweater, des bottes noires ainsi qu'un pantalon noir. Se prendre une balle perdue, ou volontaire, n'était pas une option. Le blond disposait de deux pistolets, en plus, des nombreuses lames accrochées sous son gilet pare-balle.
Vicious et Dynam, eux, s'étaient spécialisés dans les explosifs depuis leur plus tendre enfance — avec ironie. Ils possédaient des bâtonnets de dynamite ainsi que d'autre explosifs violents sur eux. Vicious tenait en main un cocktail Molotov et du coin de l'œil il surveillait la vielle distillerie tout comme Kid. Le liquide mate et visqueux à l'intérieur renseignait sur l'aspect dangereux.
L'adrénaline montait avec les secondes.
— Quand j'pense qu'on jouait ici gamin, siffla Vicious en croisant les bras sur son torse, sans s'adresser à quelqu'un en particulier.
Killer hocha la tête aux mots de Vicious en rangeant son flingue. Il attrapa le talkie-walkie trônant sur le siège par la fenêtre ouverte et l''approchant de sa bouche. Il appuya sur un bouton. Un grésillement désagréable sortit du petit appareil noir aussi abîmé par les années.
Eustass grimaça au son, se tournant vers son ami aux longs cheveux blonds pour lui jeter un regard acéré et dérangé par le son infâme. Le blond n'y fit pas attention, continuant ce qu'il avait commencé.
— Tout est en place avec les préparations de Vicious, Heat ?
— Oui, répondit une voix depuis l'autre appareil, situé de l'autre côté de la fabrique et Kid lança son ordre à ses hommes.
— Dés que Heat nous donne le signal, on fracasse.
L'avantage du vieux matériel était qu'il n'était pas sur les nouvelles ondes. Des antiquités intraçables et inutilisées par les autres groupes. Killer laissa tomber l'appareil sur le siège conducteur en se tournant vers le rouge qui s'était concentré aussitôt vers l'usine désaffectée après avoir entendu l'affirmation positive.
Vicious fouilla dans l'une des poches pour récupérer un Zippo rouillé sur lequel on voyait encore quelques décorations. Il tourna le Zippo entre ses doigts, lent et régulier. Kid eut un sourire carnassier qui remplaça sa grimace en le voyant sortir l'objet. L'objet qui devenait dangereux près de son cocktail Molotov encore frais.
— Kid, appella Killer sans faire attention à Vicious.
Le roux hocha la tête. Il savait déjà. Le rouge regarda sa montre au cadran détruit et rayé par de nombreuses chutes accroché à l'un son poignet. Il attrapa une des armes à sa ceinture avant de jeter un regard entendu à Killer. Ses hommes étaient déjà prêts, calés sur ses actions.
Immédiatement, ils avancèrent en direction de l'usine miteuse. Ils avaient encore quelques minutes avant d'interrompre les festivités qui avaient déjà commencés. Ils allaient faire la fête, oh oui.
— Deux cents trente sept armes de poings. Toutes équilibrées ! Avec dix milles cartouches pour des petits calibres, soixante-dix fusils automatiques de guerre et vingt-huit gilets pare-balle équipés. C'est tout ce que vous avez ? Questionna doucement une femme aux cheveux ébènes remontés dans un chignon impeccable.
Les yeux bruns de la femme se posèrent sur son interlocuteur, attentifs et tranchants.
Sa tenue ressemblait comme à celles des femmes d'affaires de bonne société, à celles des secrétaires dans les entreprises importantes. Peut-être la trentaine, ou plus. Elle portait des bijoux à son poignet droit, de l'argent vu la manière dont les bijoux brillaient avec les phares puissants des voitures garées derrière eux.
Assurance.
Calme professionnel et terrible.
Ses chaussures à talons lui donnait quelques centimètres en plus. Sa posture était impeccable, respectueuse, droite et formelle. Ses lèvres pincées en une ligne droite indiquait tout son sérieux dans l'opération – aucun sourire, aucune ouverture à la négociation.
Sa respiration était douce, posée et tranquille. Aucun signe de stress ou d'appréhension : sa main posée sur sa hanche attestait une nouvelle fois de sa confiance absolue. Une véritable professionnelle.
Une voiture noire attendait derrière elle, peu plus loin. Seule la fenêtre du conducteur était ouverte pour laisser apparaître la tête d'un homme cicatrisé, sans expression. Le même calme professionnel émanait de l'homme. Il surveillait l'échange entre les deux personnes de toute évidence.
Deux intermédiaires. L'homme amenait la marchandise et elle récupérait. Il y avait deux autres voitures, pour charger la cargaison, mais à l'écart du petit groupe. Elles attendaient le signal.
La femme faisait face à l'autre intermédiaire, l'homme. Bien moins professionnel.
Les mains dans les poches de son jean troué aux genoux, une barbe mal rasée derrière laquelle un léger duvet de boutons commençait à apparaître. Manque d'hygiène, sale. Regard désintéressé et une attitude certaine. Il n'écoutait pas la femme en face de lui, préférant regarder le décor de l'usine en friche. Les carreaux cassés étaient son centre d'attention. Des débris de verres jonchaient le sol partout — les bouteilles avaient été éclatées au sol par des petits voyous, des petits cons qui s'étaient sont amusés.
— Non, t'as oublié de compter les explosifs dans les autres caisses. Mais 'faudra payer si vous les voulez.
— Je n'ai pas d'argent avec moi.
— On peut toujours s'arranger, non ? Une p'tite pipe à l'arrière de la voiture et tu repars avec, hm ? Son regard dévia des fenêtres pour s'accrocher avec celui de l'ébène. Le sourire gras qui ornait son visage en disait long sur le personnage.
— Kaido vous a payé pour me donner votre cargaison. Toute la cargaison, vos explosifs y compris.
— Il n'a pas mentionné les explosifs dans sa commande, trancha une voix d'homme en sortant sa main de son jean pour se gratter la mâchoire .
— Non. Il a mentionné votre cargaison. C'est-à-dire, toutes les caisses de votre camion. Si vous avez un problème vous pouvez toujours le joindre par téléphone.
Le répondant professionnel de la femme agaçait l'homme, que croyait-elle ? Qu'elle pouvait faire la loi ici ? Ah. Pauvre conne. Alors qu'elle ouvrait la bouche pour continuer, il la coupa court. Agacé.
— Ta gueule putain. Tu es qui pour travailler pour Kaido ?! Tu es quoi ? Son genre de secrétaire ou sa bonne femme ?! Les donzelles comme toi ça reste à la maison sagement à faire à bouffer et ça ne se mêlent pas des affaires d'hommes !
Elle ne répondit pas, garda la bouche y eut un blanc lourd et pesant lorsqu'il termina de cracher ses mots hautainement à la femme. Elle ne bougea pas, gardant son regard ancré dans celui de l'homme. Impassible à ses mots tranchants et incontrôlés. Le regard brun de la femme l'intrigua quelque seconde : il sentait son regard perçant mais, ses yeux paraissaient éloignés en même temps. Voilés, ternes, faux.
Les secondes passèrent, sans qu'elle ne fasse quoi que ce soit : ni mouvements, ni paroles.
L'homme bafouilla quelques mots en se rendant compte de sa bêtise profonde. Réalisant qu'il avait insulté un des membres proches d'un Empereur. Grave erreur. Remettre en question le poste qu'occupait son interlocutrice, c'était remettre en question les volontés Kaido. Grave erreur encore.
L'Empereur avait l'un des plus gros cartels de la ville, il était l'un des grands chefs des quartiers chauds. Malheur à celui ou celle qui essaye de le contredire son autorité et ses décisions. L'intermédiaire regarda la femme en face lui, son regard étrange était illisible, rien de bon.
Son sang de glaça lorsqu'elle porta sa main avec lenteur vers l'intérieur de sa veste. Elle portait une arme sur elle, et lui n'en avait pas. Sa réaction fut immédiate.
— Les échanges doivent se faire sans armes ! C'était le contrat !
— Vous avez insulté Kaido. Kaido ne souhaite pas traiter avec des individus comme vous, le contrat est rompu… Mais rassurez-vous, les armes sont quand même à Kaido.
— Une femme avec deux types ou trois baraqués dans la voiture. Ils sont là de la part de Kaido.
— Une femme ?Grogna Kid, répondant à Heat. Il faut que l'on prenne les caisses, y'a des petits bijoux à feu neufs dedans.
Heat était sur place avec Wire, planqués dans l'usine. Ils devaient entendre les conversations et voir ce qui s'y passait. Les caisses étaient remplies d'armes. Kaido avait fait une grosse commande pour équiper ses hommes : des armes neuves, de bonne qualité et intéressantes. Les derniers modèles, les plus performants.
— Reçu.
Le rouge fit signe à Killer et aux hommes. Ils avancèrent ensemble vers l'usine en silence. Ils préparaient leur entrée. Au fur et à mesure, ils s'écartèrent les uns des autres afin de couvrir le plus de distance possible. Une manière de poser un quadrillage sur le terrain, puis ils se séparèrent finalement. Killer alla à gauche avec Dynam et Kid à droite avec Vicious, Zippo et cocktail toujours en main.
Sa respiration s'accéléra. L'adrénaline monta d'un cran augmentant sa pression sanguine. Son cœur accéléra, battant fort. Une perle de sueur glissa gracieusement le long de sa mâchoire taillée pour finir sur le col de son tee-shirt gris. Adrénaline, adrénaline, adrénaline !
A-dré-na-line.
Kid adorait ce mot et la foutue sensation associée à ces dix pauvres lettres. Il en était digue, il adorait ça plus que tout, bien plus que les clopes, que l'alcool, que les femmes nues prises par derrière. Tout ce qu'il faisait été dans le but de ressentir cette petite poussée monstrueuse qui permettait les pires atrocités, ses actions visaient cette sensation. Le rouge était capable de tout, absolument tout pour ressentir cette merveilleuse pulsion. Capable de mettre le monde à feu et à sang simplement pour l'adrénaline. Ce n'était pas un problème. : il pouvait et adorait ça.
— Vicious, ordonna Kid en s'approchant d'une des portes de secours de l'entrepôt qui allait servir d'accès.
Ils allaient mettre un terme à la réunion en petit comité. Il laissa entrer Vicious en premier, puis vérifia derrière lui : personne. Il rentra. La température dans le bâtiment était basse, mais dopé à l'adrénaline, Kid ne sentit même pas le changement de température.
Ils avancèrent silencieusement, montèrent un escalier jusqu'à arriver sur une plate-forme qui dominait l'entrepôt vide. Les bureaux probablement. En bas, ils distinguaient facilement les deux intermédiaires et les voitures noires au centre de l'entrepôt. Des échelles joignaient les autres plates-formes entre elle, un réseau aérien à leur disposition. Plutôt pratique. Elles allaient leur servir. Le rouge releva la tête.
Juste en face d'eux, il y avait Killer, Dynam et d'autres hommes. Heat et Wire sur toujours planqués. Killer porta sa main à son oreille pour écouter le signal d'Heat, invisible depuis leurs positions. Il fit un signe à Vicious qui eut un sourire immense. Le signal tant attendu.
Il fit tourner la molette de son Zippo pour faire apparaître une petite flamme rouge dansante sous le bout de tissu imbibée d'essence. Le bout s'enflamma immédiatement, Vicious n'eut que le temps d'afficher un sourire dément avant que le cocktail Molotov soit balancé sur la voiture plus bas.
Kid afficha à son tour un sourire dément.
Ils allaient tout saccager, foutre le bordel.
Une explosion monstrueuse secoua le bâtiment, les deux intermèdes se tournèrent vers la voiture qui venait d'être explosée. Explosée ? Les deux hommes s'extirpèrent de la voiture, difficilement et sonnés. Brûlés aussi. Les flammes qui léchaient la voiture partiellement carbonisée illuminaient l'entrepôt, offrant des couleurs chaudes et réchauffant la température ambiante brutalement. Un cocktail Molotov sur le capot d'une voiture, bordel.
Les hommes bougèrent de façon à rejoindre la femme et l'autre intermédiaire. La femme acheva son geste et tira un calibre de sa veste.
— Eal, siffla l'homme au visage cicatrisé et partiellement brûlé sur ses bras. Il parle dégages d'ici, procédure habituelle. Tu rejoins Kaido mainte–
Sa phrase fut coupé par un second cocktail Molotov – qui était tombé près d'eux, beaucoup trop près.
Dynam soupira en voyant que Vicious avait manqué ses cibles de peu — la précision était étrangère à Vicious. Une troisième bouteille éclata au sol, trop près de l'autre intermédiaire (celui qui amenait les caisses d'armes). Il hurla lors de l'impact. L'homme eu le droit au bout de verres.
Cependant, les flammes ne se contentèrent pas de l'homme. Elles s'élevèrent sur les vielles poutres métalliques de l'entrepôt, celles qui soutenaient l'ensemble du bâtiment. La troisième explosion avait été énorme : la dénommée Eal n'eut pas le choix, elle dût s'écarter précipitamment pour éviter de subir le même sort que l'homme. Elle se retrouva éloignée des deux hommes et à terre. Dans une mauvaise posture.
Lorsque les flammes se calmèrent légèrement, le garde cicatrisé leva la tête en recherchant la femme.
— Toujours là, fit-t-elle assez fort pour attester de sa présence aux hommes.
Bordel, les jumeaux n'y allaient pas de main morte sur la quantité d'alcool !
Elle regarda ses mains et avant-bras saignants. Ils avaient amorti sa chute sur les bouts de verre, mais au prix de quelques coupures assez importantes. Très importantes si elles n'étaient pas traitées dans les heures à venir. D'un geste rapide, elle se leva et récupéra son arme pour la pointer sur le mur de flamme. Défense.
— Nous aussi, on est là, ricana Vicious en entrant en scène.
Le premier à rentrer en scène, il pointa son arme à feu sur les deux hommes avant de le pointer sur Eal bien qu'elle soit plus loin. Le mur de flamme qui avait déjà considérablement réduit, mais marquait une distance importante entre eux : il avait divisé le groupe en deux. La femme seule et les deux gardes ensemble.
Killer, Vicious, Wire et Heat se montrèrent à leur tour. Ils pointèrent leur arme respectivement sur le petit groupe. Plusieurs hommes équipés contre deux personnes, l'autre intermédiaire brûlé et coupé par les bouts de verres était considéré comme mort, rongé par les flammes de l'explosion du cocktail.
Il y eut un flottement dans l'air jusqu'à entendre un crissement de pneu. Il y avait d'autres voiture. Killer plissa les yeux et regarda s'approcher deux autres voitures, avec quatre hommes aussi armés. Merde. Ils avaient loupé des bagnoles à l'extérieur ? Erreur fatale.
Immédiatement les places s'inversèrent. Le groupe de Kid pris comme cible. Eal restait calme de son côté, son arme en main pointé sur Vicious. Celui-ci s'en étonna rapidement, un sourcil levé : pour une simple femme chargée des négociations, la posture était impeccable.
Les six hommes présents jetaient des regards en coin, s'assurant de la présence de l'intermédiaire silencieusement. Eal tenait en joue Vicious, concentrée sur ses mouvements. Il devait être le chef du groupe, non ? Celui-ci souriait, comme un dément malgré la situation qui commençait à leur glisser des mains. Mais il ne lui disait absolument rien.
Et Kid ?
Une arme blanche se glissa silencieusement sous la gorge d'Eal. Silencieuse et fluide. Deux des hommes braquèrent leurs armes sur le nouveau venu, mais quelques secondes trop tard. Le rouge garda son arme sous la gorge de la femme aux mains saignantes, et lança un sourire tout aussi démentiel aux hommes.
— Fin de la partie. On embarque vos armes.
Le roux avait compris le petit manège entre les hommes. La femme n'était pas n'importe qui, n'est-ce pas ? Peu importe qui elle était, il avait mi l'information à son profit, et ce, sans état d'âme. Le rouge avait observé la tournure avant d'entrer en scène.
— Ces armes appartiennent à Kaido, répondit-elle, acide et immobile sous la lame. Tu prends le risque de te mettre un Empereur à dos.
Le roux baissa les yeux sur la femme, agacé. Il n'allait pas se priver de l'entailler si elle l'emmerdait, de quoi se mêlait-elle ? Il se tourna vers les hommes, et fit mine de trancher la gorge de la femme d'un mouvement vif. Ils se crispèrent tous, braquant leurs armes sur Kid d'un seul mouvement. L'enfoiré.
— Vos armes, commanda sèchement Kid. Il n'hésiterait pas à mettre ses menaces à exécution s'ils venaient à refuser.
Ils s'exécutèrent, visages graves et donnèrent leurs armes à Wire. Kid surveilla les hommes, ils pouvaient très bien garder des armes sur eux mais ils ne tenteraient rien tant que son couteau sera posé sous la gorge de la femme chargée des négociations.
Mais le rouge ne faisait pas attention à son otage. Dommage, ça lui aurait évité les complications inutiles. En effet, dans le plus grand des silences, la femme abaissa son arme. Pour se rendre ? Non, pas du tout. Elle tira dans le pied du rouge, à bout portant.
Sa réaction fut immédiate, réactif à la douleur sourdre. Il siffla furieusement de douleur et la repoussa violemment devant lui d'un mouvement brutal. Eal tomba à terre une nouvelle fois.
— Salope !
Ouais, elle avait tiré stratégique : dans le pied ! Kid se tourna pour jeter un regard vif, animal et dangereux à la femme qui venait de lui tirer dessus. Il ne l'avait pas vu faire. Étalée au sol, le flingue un peu plus loin, les mains en sang, à nouveau entaillées, la salope avait un sourire en coin presque invisible.
Dommage pour elle, Kid avait vu le léger sourire. Son calme augmenta, meurtrier.
— Vicious.
Il prononça simplement le nom de son camarade. Celui-ci s'en chargea, réactif à l'ordre de Kid. Il se chargea de lui rendre la balle. Un balle dans la cuisse, à bout portant aussi. Elle lâcha un cri de douleur et attrapa sa cuisse entre ses mains en sang, tâchant ses collants du liquide vital rouge qui commençait déjà à se répandre. Douleur. Son sourire avait disparu, une grimace atroce déformait son visage maquillé.
Kid préférait cela.
— Les bagnoles avec les caisses, maintenant. Dynam et Heat, au volant. Killer la carcasse. Vite.
Les ordres n'avaient pas de sens : seuls ses hommes pouvaient comprendre. Kid jeta un regard violent aux hommes de Kaido. Ils ne bougèrent pas, coincés avec la femme à terre, désormais dans le viseur de Vicious. Il n'hésitera pas à tirer si Kid le demande : ils savent parfaitement que Kaido n'allait pas apprécier que l'on lui ramène le corps froid de son intermédiaire.
Dynam et Heat s'activèrent, prenant les volants des voitures respectives. Killer s'approcha de Kid, qui regardait méchamment la femme au sol. Il posa sa main sur l'épaule de l'homme pour obtenir son attention.
— Elle a de l'importance. Ce n'est pas une simple intermédiaire chargée de superviser l'échange, les hommes de Kaido ne sont pas réputés pour leur bonté. Ils auraient très bien pût la laisser crever, elle doit avoir une rôle plus important.
Killer jeta un regard à Eal, qui lui répondit par un regard acéré. Touchée. Les paroles du blond avait un sens. Il siffla méchamment, prenant en compte les paroles de son second. Ouais, elle jouait un rôle plus important. Il allait pouvoir continuer à en tirer profit. Sans aucun doute même. Eustass ne mit pas longtemps à réfléchir, rangeant son couteau dans sa pochette accrochée à sa cuisse, il attrapa l'un des flingues à sa ceinture et le chargea d'un mouvement vif.
— Elle vient, fit-il à Vicious avant de s'adressait à la femme à terre. Tu bouges, la prochaine balle sera dans l'autre cuisse.
Killer hocha la tête et fila en direction de l'extérieur, ils avaient laissé la voiture derrière le mur en béton défoncée. Kid s'avança douloureusement à cause de son pied vers la voiture conduite par Heat. Il monta à la place du passager avant. Vicious lui, l'imita mais attrapa violemment la femme à terre. Aucune douceur, le bras compressé pour la mettre debout. Elle ne pouvait pas se servir de sa jambe droite à cause de la balle logée.
— Il parait qu'une balle dans la cuisse c'est douloureux mais qu'une balle dans le genoux c'est pire, lança-t-il en la traînant brusquement vers la voiture dans laquelle Kid avait embarqué.
Il ouvrit la portière, et fit rentrer la femme sans délicatesse dedans. Il claqua la porte brutalement et se dirigea vers l'autre voiture conduite par Dynam pour y monter.
Et ils se barrèrent, laissant un bordel monstre derrière eux.
Putains de chiens.
