La porte s'ouvrit dans un grincement assourdissant, de quoi faire vibrer les petits tympans fragiles d' Asha. Mais l'intrépide fillette n'en eut cure. Elle continua de pousser en s'appuyant de tout son poids sur son seul moyen de sortie. Pas question d'attendre les deux autres avant de pouvoir goûter à la fraîcheur matinale pour la première fois de la journée ! Dans un gémissement étouffé qui trahissait la difficulté de son entreprise, elle l'acheva et sortit de l'appartement.

Elle fut accueillie par les doux rayons d'un soleil printanier. Il faisait suffisamment bon pour sortir sans manteau mais Papargor était strict à ce sujet. Malgré la météo idéale, elle remonta la fermeture éclair de sa doudoune rose fuchsia jusqu'à ce qu'elle lui frôle le menton.

« Je vous attends en bas ! » héla-t-elle aux retardataires de sa voix fluette.

Elle fonça, vive comme une fusée, vers l'escalier de l'immeuble et descendit les marches quatre à quatre. Elle connaissait par cœur ces marches. La moindre dalle mal fixée qu'elle devait éviter. Chaque virage qui survenait lorsqu'elle atteignait un nouveau palier et qu'il lui fallait anticiper. Chaque marche anormale, les plus grandes et les plus petites que les autres qui menaçaient de casser son rythme. Elle les connaissait toutes par cœur. Elle était désormais capable de dévaler l'escalier d'un coup, sans s'interrompre, d'un même rythme régulier. Et chaque jour, elle profitait de cette occasion pour améliorer sa performance. Des fois, elle demandait même à aller jouer dehors juste pour cascader le long de l'escalier qu'elle apprenait par cœur. Elle voulait pouvoir aller si vite qu'elle aurait l'impression de voler. Pour l'heure, le souffle froid du vent qui nappait son visage d'un voile invisible mais piquant lui suffisait.

Une fois arrivée en bas, à l'instant où elle s'arrêtait de courir, le voile était déjà levé, la laissant seule, bouillonnante. Elle reprenait son souffle et jeta un coup d'œil vers le haut de l'immeuble, près de l'appartement de Papa pour voir où ils en étaient. Elle crut les apercevoir… du moins sous une apparence de petits points colorés. Ils devaient être en train de fermer la porte tout en se chamaillant parce que Papa trouvait ridicule la chemise à fleur violettes que Papargor lui avait achetée. Elle soupira. Sa respiration s'était apaisée, elle ouvra sa fermeture éclair afin de se rafraîchir avant que Papargor ne soit descendu.

Avant qu'elle n'eût le temps de reprendre son observation de leur progression, elle entendit leurs rires. Le rire rond, chaleureux et vibrant de Papa. Le rire nasal, haut-perché et irrégulier de Papargor.

C'était bien beau de rire, mais le cinéma n'allait sûrement pas les attendre avant de commencer le dessin animé !

« Papargor ! Papa ! Venez ! »