Disclaimer : Tout est à Beemoov sauf Moana et Noémie

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J'avais beau me tourner encore et encore dans ma couette (je vous jure, j'étais à deux doigts de ressembler à un nem), je n'arrivais pas à trouver le sommeil. Ou celui-ci s'amusait à se ficher royalement de moi et à se carapater à chaque fois que je voulais le rattraper. Fallait dire aussi que la soirée m'avait bien plus secouée que je l'aurais cru. En fait, j'étais énervée. Contre Nathaniel, contre Armin et contre moi-même aussi. Contre Nathaniel parce qu'il m'avait menti et j'ai une sainte horreur du mensonge, d'Armin par ce qu'il a fait à Violette, et contre moi parce que je trouvais que c'était peut-être un peu ma faute si Armin a poussé le bouchon aussi loin (et non pour une fois c'est pas Maurice …) et surtout car, maintenant que je savais que les événements le soir où je m'étais endormie au lycée étaient bien réels, je me surprenais de plus en plus à me remémorer ce qu'il s'était passé, et a … regretté que Nathaniel ne m'ait pas fait ça plus souvent. Je voulais qu'il recommence. Qu'il me coince de nouveau entre ses bras et qu'il me ….

Je soupirai franchement et me levai de sous ma couette. Penser à ça m'avait donnée chaud, mes joues étaient en feu et j'avais besoin de prendre l'air. Je jetai un coup d'œil à mon portable. Deux heures quarante-six du matin. Avec huit appels manqués et trois nouveaux messages. Attendez, comment ça HUIT appels manqués ? J'aurais dû entendre mon portable … J'avais peut-être dû dormir une heure alors … J'avais sept appels d'Alexy en à peine dix minutes et …. bah il est où le huitième ? Ah, trouvé. En toute sincérité, j'avais espéré que c'était Nathaniel mais non. C'était Armin. Sûrement pour « m'expliquer » son délire. En tout cas, je n'avais pas de messages de sa part puisque les trois messages étaient d'Alexy. Et ils me disaient chacun que Violette allait un peu mieux mais qu'il n'arrivait pas à l'approcher aussi facilement que d'habitude car, dès qu'elle le voyait, elle rougissait fortement et se protégeait de ses bras. A mon avis, comme Alexy et Armin se ressemblaient comme deux gouttes d'eau malgré la différence de couleur de cheveux et d'yeux, Violette devait voir Armin quand elle regardait Alexy et ça devait énormément la gêner. Il fallait que j'aille la voir.

Même si je n'allais pas débarquer chez les jumeaux à trois heures du mat' (surtout que, de toute manière, je ne sais pas où ils habitent, gnéhé), je pris néanmoins mon manteau, une paire de baskets et sortis dehors. L'air était frais mais restait doux sur le visage. J'inspirai un grand coup et partis en balade autour de mon quartier. A 3H du matin, je ne pensais pas que j'allai rencontrer grand monde. Normalement …

Cinq minutes plus tard, je me rendis compte à quel point je pouvais avoir tort. Je crois que j'aurais préféré voir Castiel plutôt que lui. Il était nonchalamment adossé contre un mur et semblait totalement dans ses pensées. Il ne m'avait pas vu. Tant mieux. Je passai devant lui et fit de mon mieux pour l'ignorer royalement. Je sursautai violemment en sentant une main s'abattre sur mon poignet.

- Moana, attend, je …

- Lâche-moi. Je parle pas aux pervers.

Il ne me lâcha pas mais desserrera néanmoins sa prise.

– Et puis, repris-je, plutôt qu'être par ici, tu devrais pas être chez toi à essayer de te faire pardonner auprès d'elle ? Non en fait, laisse tomber, tu ferais mieux de te faire oublier au maximum. Je crois que tu ne t'es même pas rendu compte de l'état dans lequel elle est et de ce que tu lui as fait !

Bon, vu la forte pression sur mon pauvre petit poignet qui perdait de plus en plus son compagnon de toujours, ma main que je ne sentais plus, il devait s'en rendre compte de ce qu'il avait fait.

D'un habile mouvement, je me retrouvai plaquée contre lui. J'étais prête à lui crier un nombre incalculable de noms d'oiseaux mais quelque chose m'en empêchait. Il m'avait entourée de ses bras et pleurait silencieusement contre mon cou. Il s'en voulait … Il se laissa glisser contre le mur et m'entraîna avec lui, me « permettant » d'atterrir entre ses jambes, toujours contre lui et toujours avec sa tête contre mon cou. Faudrait qu'on me dise un jour ce qu'il a de si spécial mon cou, d'ailleurs, parce que les garçons ont l'air de « l'apprécier ». Je n'osai rien faire, juste attendre. Un sanglot étouffé me fit craquer, moi et ma compassion. Je passai mes mains autour de sa tête en lui caressant les cheveux et essayai de le consoler. J'avais toujours été trop gentille, la preuve est que je consolais un gars qui s'était comporté comme le pire des abrutis avec une de mes amies il y a quelques heures. Au bout d'un moment, il semblait enfin s'être calmé. Je le lâchai mais il resta dans sa position.

– Désolé … En fait, je sais même pas ce qui me met dans cet état …

- Armin …

Je fis un mouvement d'épaule pour qu'il relève la tête. Ses yeux bleus embués de larmes me donnaient l'impression de regarder l'océan. Y en a qu'ont de la chance … Mes yeux, quand je pleure et qu'ils deviennent plus foncés, ben, ils sont sombres comme la caverne à Gollum quoi, c'est tout, pas à effet « paysage ». J'essuyai les joues du brun d'un revers de pouces.

– Je sais moi, ce qui te met comme ça. C'est que t'as fait le con et que tu t'en rends compte. Parce que tu tiens à Violette et que tu l'aimes assez pour pleurer comme ça juste parce que tu as eu peur de la perdre. En même temps, tu nous as fait quoi tout à l'heure ? C'était quoi cette pulsion débile d'animal en rut ? Pour un peu, j'aurai juré que c'était fait exprès.

- Et pourtant, non, me répondit-il. Je sais pas je l'ai trouvée tellement jolie avec ses joues rouges que je l'ai embrassée, après, je ne sais plus ce qu'il s'est passé dans ma tête jusqu'à ce que tu interviennes.

Je me relevais en soupirant. Quel débile, j'vous jure.

– En attendant, monsieur l'amnésique, elle a été assez gênée par ce que tu as fait pour en fuir Alexy lui-même. Alors, si tu veux un conseil, t'évites de t'approcher d'elle pendant un moment, le temps au moins qu'elle se calme encore et que je lui parle. Et même avec ça, je ne peux même pas te promettre qu'elle acceptera que tu la touches. Parce que, si ce sont les hormones qui travaillent, trouve-toi une nana qui voudra bien les calmer, ça passera mieux. Mais dans ce cas, oublie Violette, ce n'est pas la bonne fille. Donc soi tu l'oublies et tu t'en trouves une un peu plus ouverte, soit tu te calmes et tu pourras peut-être la reconquérir.

- Et si j'arrive à faire les deux … ?

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?, demandais-je, suspicieuse.

- Et bien, si le temps que Violette se remette assez pour qu'elle veuille bien de nouveau de moi, je trouve une fille qui soit d'accord pour ce genre de relation ?

- Tu te rends compte de ce que tu proposes ? Je disais ça comme ça moi ! Pas pour que tu prennes ça au pied de la lettre ! Et puis, personne ne voudra, les filles préfèrent du romantisme et une vraie relation plutôt qu'être un catalyseur à ta disposition au gré de tes envies.

Il sembla réfléchir et ce qu'il me dit me fit faire un grand bond en arrière.

- Et toi ?, me dit-il.

Je crois qu'on aurait pu faire une raclette avec la chaleur de mes joues. Se déstresser, caaaaaaaaaaalme. Il est plus de 3H du matin, tout est normal. J'eus un bug d'au moins deux bonnes minutes.

– Non mais tu te rends compte de ce que tu me demandes, là ? T'es obsédé à ce point ?

- J'ai rien dit, oublie. Fais comme si j'avais rien demandé.

Il s'était relevé entre deux. C'était exactement ce que j'allais faire : oublier ce qu'il venait de sortir comme absurdité. Il y eut un silence gêné de plusieurs minutes.

- Moana ? Il est plus de 3h30, je vais sûrement rentrer. Et merci pour …

Je lui fis un signe de tête et le regardai partir, plantée là, les joues rouges.

Personnellement, j'étais claquée. Il m'avait littéralement crevée. Si on m'avait dit, qu'en me couchant tout à l'heure, j'allais me relever pour aller dehors à 3h du matin et avoir ce genre de scène, je crois que soit j'aurais pas cru la personne en traitant cette personne de dégénérée soit je serais restée dans mon lit sans bouger.

Et en parlant de mon lit, je l'entendais d'ici hurler à la mort parce que je lui manquais. Bouge pas Kiki mon lit, j'arrive.

Dix minutes plus tard, je l'avais rejoint et n'eus, cette fois-ci, aucun mal à trouver le sommeil.

Je fus réveillée par des rires venant de la cuisine. Quelle heure était-il, que j'aille tuer ces andouilles qui ont eu l'idée absolument saugrenues de me tirer aussi tôt de mon sommeil ? Il était 13h02. Oui, il était tôt. La nuit avait été difficile avec tous ces rêves … Ah oui, la partie « Armin » était réelle je crois. Flûte. Je rougis et me terrai au fond de mon lit en repensant à son « Et toi ? ». J'aurais préféré ne jamais me lever, tiens. Ça m'apprendra à vouloir prendre l'air en pleine nuit.

Mon estomac manifesta sa présence d'un coup en faisant un bruit sorti tout droit du tréfonds des enfers. Bon ben, j'avais fin quoi. Suuuuuuuuuucre. Avec mousse au chocolat. Vous voyez à peu près la fin que je me tape au quotidien ? Eh ben, tout à fait entre nous, je sais pas ce que ça fera quand je serais enceinte (si je le suis un jour) mais j'ai un peu peur du budget « bouffe ».

Je sortis du lit et de la chambre pour atterrir devant le spectacle le plus bizarre à supporter au réveil. J'avais Noémie et Lysandre au milieu de la cuisine : ma cousine était assise sur la table pendant que le musicien lui roulait une pelle à en déterrer un mort. Ils avaient de la chance que je ne sois pas assez au taquet pour me plaindre du fait qu'ils m'aient réveillée. Mon estomac gargouilla très bruyamment, permettant aux deux amoureux de remarquer ma présence. Le truc, c'est que je n'en avais rien à faire. Je les entendis descendre à toute berzingue de leur petit nuage et mettre une bonne distance entre eux deux. Je me servis dans le frigo et pris le plat entier de mousse au chocolat munie d'une grosse cuillère. Je ne les avais toujours pas regardés mais je savais qu'ils attendaient un quelconque mouvement de ma part indiquant soit que j'étais contente pour eux soit complètement outrée. Je partis dans ma chambre et lançant ZE réplique qui tue bien :

- Noémie, tu le sais que je m'en fiche de ce que tu fais. Tout ce que je veux, c'est ne rien voir et surtout, SURTOUT ne rien entendre. A plus Lysandre.

Quand je suis sadique comme ça, je m'aime. Vous n'avez pas idées à quel point. Fière de ma bêtise, je réprimai le fou rire qui commençait à pointer le bout de son nez en imaginant leur tête mi dépitée mi très mal à l'aise. Gnéhéhé.

Je rentrai dans ma chambre et m'installai sur le rebord de ma fenêtre pour déguster le Graal du Graal. Comment je m'étais présentée dans la cuisine, moi, au fait ? Ah, en nuisette. Oui, bon, ça va que c'était Lysandre dans la cuisine, ça aurait pu être pire. Genre Castiel. L'image de Castiel et Noémie dans la cuisine s'est imposée toute seule. Et je maudis sincèrement mon cerveau. Plus jamais de vision comme ça, s'il-vous-plaît, plus jamais … Je veux dire, Noémie représente la grande et sainte image familiale, de la même manière que mes parents (bon en largement plus cool, fallait l'avouer) et voir ça me faisait le même effet que voir mes parents, et … ça me gêne. Donc veux rien voir, rien entendre. Point. A part ça, cette mousse au chocolat était diantrement délicieuse.

– Ah mais non pas çaaaaaaaaaaaaaaa !, hurlais-je dans ma chambre.

– Moana, qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

Noémie avait accouru dans ma chambre en m'entendant hurler et était aussi blanche que lorsqu'elle s'aperçoit qu'elle a loupé un grand événement (pour elle) tel que le passage d'un groupe de K-POP parce qu'elle n'avait pas été au courant. Bon, pour faire plus clair, vous voyez un morceau de sucre ? C'est blanc, hein ? Bah voilà, l'exact même couleur.

– Mais, cousine, cette fiction est horrible, Hermione et Drago meurent à la fin, je voulais paaaaaaaaaas !

- C'est une blague, j'espère ?

- Non, c'est important ! J'adore ce couple, genre je le vénère et en plus Drago est exactement mon type ! C'est ignoble !

Noémie était restée plantée au milieu de ma chambre, l'air plus que dépitée et désespérée (et encore, c'est un euphémisme). Soudain, elle me regarda intensément et me fit le sourire le plus maléfique que j'ai pu voir sur elle jusqu'ici. Genre la sorcière de Blanche-Neige qui vous fait « coucou » pendant que vous faites une tarte aux pommes.

– Donc, si j'ai bien compris, t'aimes les gars comme ça, hein ?, me demanda-t-elle. Et tu ne peux pas voir Castiel en peinture. Soi c'est pas logique du tout, soit ça va finir comme dans les fictions que tu lis : tu vas le haïr jusqu'au moment où vous allez vous sauter dessus …

- Ah non, hein ! J'ai dit j'aime le style « Drago », donc blond, taquin, terriblement sexy et tourmenté à souhait ! Pas roux, débile et maladroit !

- Fais-moi penser à dire à Lysandre que tu compares Castiel à Ron Weasley, je suis certaine que ça va le faire rire, ria Noémie.

Ah ça, j'y avais pas pensé. Mais, après réflexion, la description tenait parfaitement. J'en ris franchement avant de m'en remettre, cinq minutes plus tard. Si Castiel, c'était Ron dans Harry Potter, je me demande qui serait Rogue … Ah si M. Faraize ! Parfait ! Et la directrice en Dumbledore, excellent ! L'idée m'a tellement plu et fait rire que j'ai envoyé l'attribution des rôles à Alexy.

Le lendemain, en arrivant au lycée, la première chose que j'ai pu remarquer a été le fait que Violette était accrochée à Alexy. Non non, pas littéralement. Elle le tenait par le pull, cachée dans son dos, et faisait un pas dès qu'il en faisait un. Je n'ai pas pu m'empêcher d'aller les voir. Quand elle me vit, elle se mit à rire silencieusement contre Alexy.

– Ah, excuse-la, elle est comme ça depuis que je lui ai montré ton message d'hier avec la distribution des rôles, me dit Alexy. Hier, ça a réussi à assez bien l'amuser pour que je puisse l'approcher et depuis, elle ne me lâche plus et se cache presque sous mes vêtements lorsqu'elle voit un mec venir.

- Elle a passé le week-end chez toi ?

- Et t'es jalouse ? Oui, elle n'a pas voulu rentrer chez elle en fait, continua-t-il devant mon air médusé. Et Armin n'a pas été beaucoup là non plus alors …, attend Moana c'est quoi cette tête bizarre ? Tu rougis ou c'est moi ? Il était avec toi ? Vous avez fait quoi ?

- Rien, rien ! Je te promets qu'il n'y a rien eu, juste pendant la nuit samedi, vers 3h du matin, je me suis levée et je suis partie faire un tour dans mon quartier, et je suis tombée sur lui. A vrai dire, il m'est tombé dans les bras et il a beaucoup pleuré. Et …

- Il a pleuré ?

Je sursautai en entendant la voix timide de Violette. Elle était aussi rouge que les cheveux de Castiel et semblait plus troublée que jamais. Ah, et dans l'attente d'une réponse aussi.

– Oui, lui répondais-je enfin. Il s'en veut de s'être comporté comme ça mais il semble assumer ce qu'il a fait en tout cas, et il veut bien attendre le temps qu'il faudra pour que tu lui fasses de nouveau confiance comme avant.

D'un coup, je la vis se reculer, puis se cacher directement sous le gilet d'Alexy. Trop. Mi. Gnon. Alexy me fit un signe et articula silencieusement « Et ensuite ? ». Mince, l'avait deviné qu'il y avait une suite … Je pris mon portable et lui indiquai du bout du doigt. Il hocha de la tête et prit Violette par les épaules pour la forcer à sortir de son gilet et à le suivre. Je me saisis de mon portable et lui racontai ce qu'il s'était passé, sans omettre le fait que c'était le souvenir de son « et toi ? » qui m'avait fait rougir.

Ensuite, j'allai tout de même rejoindre ma salle de cours, dont je connaissais le numéro mais impossible de me souvenirs du cours que j'avais dedans. Si, en fait. Des maths. J'en frissonnai d'avance d'horreur. J'aimais pas ces sales bêtes.

En entrant en cours, je vis Rosalya me faire des grands signes m'indiquant bien que si je ne me mettais pas de suite à côté d'elle, ça serait une déclaration de guerre. Cette fille était impossible. Je la rejoins quand même. Elle ne me demanda pas de nouvelles de mon week-end (taaaaaaaant mieux) mais me parla pendant une heure de sa soirée. En fait, elle se déroulerait pour l'anniversaire de Lysandre et de Leigh. C'était bien ce que je pensais, il y avait une raison à cette fête. Et qu'au final, ça serait juste avant Noël.

- Lysandre est scorpion alors ?, lui demandais-je.

- C'est ça, pourquoi ? Tu t'intéresses aux signes astrologiques ?

- Un peu, je trouve ça intéressant. T'es quel signe, toi ?

- Balance !, me dit-elle. Et toi ?

- Cancer. Si t'es balance, c'est plus que logique que ça marche avec un sagittaire tel que Leigh.

Elle pouffa légèrement devant ma remarque.

- Tu y crois vraiment à tous ces trucs-là ? Non, j'ai rien dit, tu fais ce que tu veux après tout. Mais de ce que j'ai entendu dire, bon d'accord c'est Peggy qu'a fait ses petites recherches comme d'habitude, Nathaniel est verseau, Castiel est lion et je crois que tes amis jumeaux sont gémeaux.

Ah bah me voilà avancée maintenant ! Et comme, oui, j'y croyais, je comprenais mieux certaines réactions des garçons.

Je n'avais pas vu ni Nathaniel ni Armin de la journée. Dans un sens, tant mieux. Parce que je savais pas du tout dans quel état ça m'aurait mis de les voir. Bon, j'ai une petite idée quand même : j'aurais sûrement rougi dans les deux cas. Ouais, le tapage d'affiche, je suis moyennement pour. Répétez tous après moi : la honte, c'est tabou, on en viendra tous à bout ! La honte, c'est tabou, on en viendr … Ben, j'étais où, moi ? Me suis perdue dans le lycée, ah bah bravo ! J'étais au fond fin d'un bâtiment que je ne connaissais pas et qui semblait être un refuge parfait pour tous ceux qui veulent la paix la plus totale. Les trucs vides comme ça, ça me fait peur. On s'attend toujours à voir débarquer un fantôme ou un zombie du coin du mur, c'est une horreur. Faire demi-tour, en voilà une excellente idée ! Quand je connais pas, j'aime pas ! En plus, il faisait noir … Un bruit, j'ai entendu un bruit ! Y une vilaine bestiole qu'arrive, j'en étais sûre ! Le bruit se rapprocha plus de moi et une main m'agrippa le bras. J'ai crié. Jusqu'à ce qu'une main se mette devant ma bouche pour m'empêcher de faire un bruit de plus. La lumière du couloir s'alluma et me permis de voir qui était mon tortionnaire. Des cheveux rouges, et l'air … inquiet ? Bah qu'est-ce qu'il lui arrivait à Castiel ? Il enleva sa main de sur mon visage et me lâcha le bras.

– Moana, ça va ?

- Depuis quand tu t'inquiètes pour moi, au juste, répondais-je du tac au tac une fois la surprise passée.

- Ah, ça va, hein ! T'es devenue toute blanche et tu tremblais comme une feuille ! Je sais que t'as pas une image de moi glorieuse mais je suis pas débile au point de laisser quelqu'un terrorisé comme ça !

- Tiens, donc, monsieur joue les chevaliers servants alors qu'il n'y a pas si longtemps de ça, t'en aurais profité pour m'embrasser ou je ne sais quoi.

- Si c'est ça qui te manque …

Il prit mon visage entre ses doigts et m'embrassa furtivement.

- C'est bon ? Contente ?

Je lui répondis d'un regard noir.

- Oh, ne fais pas cette tête c'est bon !

- Faudra quand même qu'un jour tu m'expliques cette envie à chaque fois que tu me vois ! C'est quoi, je débarque depuis pas longtemps donc je suis parfaite pour que vous puissiez passer vos hormones sur moi ?

- « Vous » ?

Mince ! J'en avais trop dit ! Je me mordis violemment les lèvres.

- Non, euh … laisse tomber …

- Et toi, il faudrait quand même qu'un jour tu m'expliques ce que j'ai fait pour que tu me rejettes à ce point. Naaan, me dis pas que … ? C'est ça ? T'as toujours été célibataire ?

- Et alors ? Tu me désespères bien trop pour que je sorte avec toi, donc fous moi la paix.

- De toute façon, à Noël, j'aurais gagné mon pari.

- Parce que Nathaniel à la fête ne t'as pas suffi ?

- Si tu crois que je vais me contenter d'une seule pauvre soirée pour que le lendemain, il soit aussi coincé qu'avant, y a vraiment rien de drôle. Donc, non, ça m'a pas suffi.

- Pourquoi tu veux absolument qu'il devienne comme ça de toute manière ?

- Parce que je sais que tu n'y arriveras pas. C'est tout.

Le tout avec un sourire narquois. Je rêve ou c'est juste un prétexte à la con pour faire ce qu'il veut de moi ? C'est quoi ce truc, sérieux ? Va voir, si je ne vais pas y arriver … Et après, il me demande pourquoi je le rejette à chaque fois ? L'est débile, et profondément contradictoire, c'est pas possible autrement …

- T'es vraiment ignoble …

- Oui, mais, en attendant, je suis sûr que tu vas quand même essayer jusqu'au bout.

Il m'énèèèèèèèèèèèèèèrve. Je le poussai légèrement et passai à côté de lui. Je pris les escaliers les plus proches et partis.


Nathaniel avait passé le week-end à se traiter de tous les noms d'oiseaux possibles. Il avait fallu que son espèce de « deuxième lui » se réveille ! Dans un sens, ça lui avait fait du bien de se laisser aller un peu mais ça avait fait fuir la dernière personne qu'il voulait voir partir du concert. Elle avait croisé son regard et était partie, comme effrayée. Il était sur scène à ce moment-là et il n'avait aucune envie de la quitter. C'est quand il est « revenu à lui » qu'il avait compris ce qu'il s'était passé. Elle avait vu qu'il lui avait menti. Et ce n'était pas le plus grave dans l'histoire : elle avait eu un aperçu de son autre personnalité, et de ce qu'il pouvait faire. Il est vrai que ce soir-là, si elle ne s'était pas évanouie dans ses bras, il ne sait même pas lui-même jusqu'où, ça aurait pu aller … Il se serait sûrement passé quelque chose d'irréversible. Et bien que cela plaisait à « l'autre », sa deuxième moitié de conscience lui dit que ce n'était pas bien, pas un petit être aussi enfantin et aussi pure qu'elle. Mais son odeur continuelle de sucre le rendait fou, lui comme son « double ». Et il savait qu'il n'était pas le seul à avoir du mal à y résister : déjà Castiel s'en était manifesté dès le début et Armin, aussi. Il était tombé sur eux en pleine nuit. Il connaissait son adresse presque par cœur et, alors qu'il avait besoin d'air, ses pas l'avaient guidé jusqu'à son quartier. Il était tombé sur une scène qu'il avait espéré ne jamais voir : elle était là, dans les bras du brun et semblait lui rendre son étreinte. Il avait senti le monstre de la jalousie ramper dans son ventre et était prêt à sortir ses griffes. Seulement, le visage de la belle lors du concert lui était revenu d'un coup. Son visage de pauvre animal effrayé puis le regard qu'elle lui avait lancé après quand il avait essayé de l'approcher et de lui expliquer ce qu'il s'était passé. Et en toute sincérité, il ne voulait revoir ni l'un ni l'autre. Il avait simplement serré les dents et les poings et avait fait demi-tour. Quand il était rentré, il avait saisi le tissu qui avait recouvert son oreiller quand elle avait dormi dans son lit. L'odeur de sucre y était toujours accroché malgré le temps. Il l'avait senti à ne plus en pouvoir puis l'avait jeté au sol en se traitant mentalement de dangereux psychopathe pervers. Puis s'était couché, énervé en pensant à ce qu'il avait vu.

Il avait passé le dimanche enfermé dans sa chambre. Et le lundi matin, il l'avait vu discuter avec Alexy. Même en sachant ce dernier gay, il ne pouvait s'empêcher de toujours ressentir cette petite pointe de jalousie qui lui serrait le cœur. Il fallait qu'il arrête ! Elle ne lui appartenait en aucun cas ! Il n'était pas son petit-ami, ils n'étaient pas mariés et lui avait menti alors qu'il aurait pu lui expliquer ce qu'il s'était passé. Il n'était qu'un lâche … Un lâche jaloux, certes, et possessif. S'il continuait comme ça, il allait devenir comme Castiel ! Et ce n'était vraiment pas son objectif ! Il la dégoûtait, c'était clair, ou du moins l'espérait-il.

Pourquoi était-il devenu comme ça ? Elle n'avait rien fait d'extraordinaire pour qu'il s'accroche à elle de la sorte pourtant. A part les quelques bons moments, qu'ils avaient passé ensemble, le fait qu'elle est découvert en peu de temps bien plus que ce que la plupart des gens qui disaient le connaître. C'était ça le truc ! C'était que pour la première fois depuis une éternité, il avait l'impression d'avoir une réelle amie. Elle n'avait fait aucun commentaire quand elle avait découvert son style – en total décalage avec l'habituel, il fallait le reconnaître – et l'avait même poussé à être plus « lui ». Mais elle déclenchait le « mauvais lui ». Il l'appréciait, c'était un fait, mais malgré le nombre de questions-réponses qu'il a pu se faire, il ne se comprenait toujours pas lui-même. Il ne comprenait pas d'où venait cet élan de possessivité et de jalousie dès qu'il la voyait avec un autre homme.

Il était dans la salle des délégués lorsqu'il l'avait vu sortir énervée du vieux bâtiment. Son cœur avait loupé un battement et il était parti la rejoindre dehors.

Il était à présent devant elle, ne sachant absolument pas quoi lui dire. Son regard ne se fit plus en colère mais pétillait de curiosité.

– Salut …, lâcha-t-il, enfin.

- Salut.

Le ton était sec. Il n'avait jamais entendu ce ton-là de la bouche de la jeune fille et cela lui fit un drôle d'effet.

– Euh … Je …. Pour le concert, euh … désolé.

Elle haussa les épaules et continua son chemin. Non ! Il ne fallait pas qu'elle parte ! Il se mit de nouveau devant elle.

– Attend, Moana ! Je sais que je t'ai menti et je suis désolé. Mais je ne peux pas te dire ce qu'il se passe encore, je n'y arrive pas …

- C'est tout ?

- Non ! Je veux dire, je sais ce que j'ai fait mais … comment expliquer … je ne le fais pas de plein gré, tu comprends ?

- Nathaniel, tu as fumé ?

- Non, non. Je te promets que ce que je te dis est vrai. Je sais que ça te fait peur … Dis- moi comment je peux me faire pardonner, s'il-te-plaît …

C'est bien, maintenant il passait pour un dégénéré en manque. Il s'était imaginé pas mal de dialogue pendant le week-end mais aucun ne ressemblait à celui qui était en train de se dérouler.

– Aide-moi à gagner mon pari.

- Oui, bien sûr ! Attend, quel pari ?

Il la vit se mordre les lèvres avant de répondre d'une voix timide.

- Castiel m'a donnée un pari pour lequel je dois te « décoincer », voire même te pervertir dans un sens et si je ne réussis pas, je deviendrais son jouet en quelque sorte.

Il se sentit presque humilié. Il avait l'air si strict que ça ? Apparemment oui. Le pire, c'est que si elle avait accepté, c'est qu'elle devait le penser un minimum aussi. Le premier réflexe qu'il eut a été de dénouer sa cravate et de l'enlever. Rien de bien exceptionnel, mais il la vit se détendre un peu, sûrement avait-elle compris qu'il acceptait de l'aider.

- Je ne sais pas si je vais réussir à te faire gagner …, dit-il dans un souffle.