Disclaimer : Tout est à Beemoov sauf Moana et Noémie

Rating : K


- C'est-à-dire ? Tu dis ça positivement ou négativement ?, dis-je, avec une lueur d'espoir.

- Euh, négativement, malheureusement... Je te l'ai expliqué, avec mon père, je …

- Ton père, toujours ton père ! Tu comptes rester planqué derrière cette excuse indéfiniment ou tu veux bien m'aider comme l'ami que tu prétends être ?

Cette fois, j'étais vraiment en colère. Cet imbécile était prêt à me laisser entre les griffes de la Vache qui Rit des neiges juste pour ça ? Bon d'accord, c'est vrai que j'en fais peut-être un petit peu trop avec Castiel, mais qui ne réagirait pas comme ça s'il se sentait épié comme un objet convoité ? Oh et puis zut ! Au diable Nathaniel, qu'il aille se faire voir, je me débrouillerai toute seule. J'espère juste que Castiel sera tout de même clément...

- Arrête, ça me tue de savoir que tu peux être avec lui.

- Malheureusement, ça risque de finir comme ça puisque je te tiens toujours mes promesses. Alors, je n'ai pas besoin de ta compassion, juste de ton aide. Tant que tu n'auras pas décidé d'arrêter d'être un lâche, ce n'est pas la peine de venir me parler.

Je tournai le dos au délégué et m'en allai. Moi qui pensais avoir enfin trouvé quelqu'un sur qui je pouvais vraiment m'épauler, qui aurait fait n'importe quoi pour moi et qui m'aurait aidé dans n'importe quelle situation, me voilà bien avancée. Le fait que Nathaniel refuse de me prêter main forte m'a plus blessée que je ne l'aurais cru. Et ce n'était pas le pari le cœur du problème mais plutôt le fait que je me sente vraiment délaissée. Enfin, je ne sais pas vraiment pourquoi je réagis comme ça dans le fond. En revanche, ce qui est sûr, c'est que je ne voulais plus qu'il m'approche.

En rentrant à la maison, Noémie se jeta sur moi avec plus de délicatesse qu'un éléphant.

- Tu sais quoi ? Tu sais quoi ? Tu sais quoi ?!

- Non, je sais pas, non.

- Mon petit frère vient vivre avec nous ! Papa veut bien qu'il revienne dans une école normale ! Soi-disant que, je cite, « c'est un vrai homme », il peut se débrouiller.

- Ouah, c'est extra cool ! Ça fait tellement longtemps que je l'ai vu ! Il arrive quand, hein, hein, dis, il arrive quand ?

- Mercredi.

Donc dans deux jours. Je sautais littéralement de joie quand un bruit de vase qui se brise sur le sol m'indiqua que mes sautillements n'étaient pas que littéraux. L'est douée fifille. Une autre brave fifille qui est douée, c'est Noémie qui avait réussi pour la première fois de sa vie à me rendre toute la bonne humeur que Nathaniel m'avait prise. Et cette dernière était d'ailleurs en train de pester contre moi et ma maladresse. Elle partit pour revenir trente secondes plus tard, munie d'un magnifique balai qu'elle me tendit. J'avais cru qu'elle allait me frapper avec mais me dit juste que je n'avais plus qu'à ramasser mes bêtises. Je me penchai pour récupérer les morceaux brisés et Noémie s'appuya nonchalamment contre le mur, me regardant faire.

- Au fait, comme tu le sais, je sors avec Lysandre. Et, eh bien, … Tu sais la fête dont tu m'avais parlée la dernière fois pour son anniversaire ? Ben, j'y vais aussi.

Je me mordis violemment la lèvre. En gros, Noémie allait assister à la démonstration de ma soumission. Boooon. Je ne répondis rien et me relevai quand j'eus fini.

Les deux jours qui suivirent passèrent très vite. Nathaniel avait essayé plusieurs fois de me parler mais je l'avais ignoré à chaque fois. Et aussi étonnant que ça puisse paraître, Rosalya avait vu tout ça de loin mais n'avait rien dit. Genre rien de rien. Pas une question ni remarque. J'ai eu presque peur qu'elle soit malade et j'avais commencé à la traîner à l'infirmerie. Elle avait été surprise, puis avait compris, et m'avait dit que si elle ne faisait ou ne disait rien, c'était parce qu'elle considérait que c'était un problème que seuls Nathaniel et moi devions régler. Ah. Me v'là bien. Parce que je n'avais aucune espèce d'envie de régler ce différend puisque pour moi ce qu'il y avait à dire et à savoir était dit et su.

A cette pensée, je m'étais assise sur le sol au beau milieu de la cuisine pour bouder en paix, les bras croisés.

- Bah, Moana, ça va pas, non ? Tu m'as faite peur !

- Ah désolée, Noémie, mais là c'est le quart d'heure boudin. Donc laisse-moi 'quille.

- Ouais bah la charcutière va se bouger le derrière, production ou non, on a besoin de toi là ! Y a plus de valises que je l'aurais cru.

Je râlai en me relevant. Qu'est-ce qu'ils peuvent être pénibles ! Je sortis de l'appartement pour rejoindre mon oncle et ma tante.

- Ah, Moana, on t'attendait pour te dire au revoir, me dit ma tante. Oh, pendant que j'y pense, tes parents sont arrivés où maintenant ?

- Sûrement au fin fond d'un trou perdu, ma mère m'aurait appelée depuis longtemps sinon. Je crois qu'ils sont arrivés du côté du Pérou...

- Encore quelques pays et ils rentrent alors ?

Elle ne croyait pas si bien dire. J'adore mes parents mais disons qu'ils sont un peu … collants. A tous les coups, ils allaient débarquer un beau matin devant le lycée pour me dire coucou. Ça allait être mignon, ça, encore.

- Bon, Gabrielle, c'est bon, il est installé ton gamin, on va pas y passer la nuit.

- Tu as faim, Charles ?

Ce qui était drôle avec eux, c'était la manière dont ma tante semblait être toujours à côté de la plaque. C'était encore pire quand elle perdait ses lunettes. En revanche, elle avait toujours raison en ce qui concernait l'estomac de son mari mais, vu l'armoire à glace que c'était, ce n'était pas trop dur à deviner qu'il devait avoir facilement faim. C'est qu'il fallait le nourrir le bétail.

- Noémie, chérie, on te confie ton frère, dit Gabrielle en prenant les mains de sa fille dans les siennes. Je sais que tu vas faire beaucoup de baby-sitting mais c'est une manière de le rendre un peu plus indépendant de tout ce qui se passe autour de lui.

- M'man, tu parles encore de moi comme si j'avais encore dix ans ! C'est pénible à la fin !

- A sept ans près, je suis pas trop loin. Bon allez, on vous laisse …

Elle nous embrassa tous les trois et ils montèrent dans la voiture. Après un dernier signe de la main (non pas le vulgaire ! Le gentil signe voyons, bande de malotrus), ils disparurent au détour d'un virage.

J'entendis mon cousin soupirer de soulagement. Il allait pouvoir souffler un peu... enfin, le croyait-il parce qu'avec une cousine comme moi, c'est pas de la tarte à la myrtille ! Je l'empoignai fermement par le bras et le traînai avec moi dans la cuisine. Je le fis s'asseoir sur une des chaises et me mis juste à côté.

- Bien. Comme ça fait dix mois qu'on ne s'est pas vu, je veux tout savoir sur ta petite vie. Non, non, non, je ne veux entendre aucune protestation, la règle la plus importante ici, c'est de tout se dire. Alleeeeez, on est en famille là ! Depuis quand t'as peur de me raconter quoique ce soit ? Je suis ta cousine quand même, Kentin, s'il te plaiiiit !

- Tu ferais mieux de lui dire, elle va pleurer et je vais encore devoir la supporter au milieu de la cuisine parce qu'elle sera en train de bouder pendant la prochaine semaine à venir !, rigola Noémie dans mon dos.

- Je crois que je vais retourner vivre avec papa et maman en fait.

Roh, qu'est-ce qu'il est pas drôle. Et qu'est-ce qu'il est sensé me dire au fait ? Apparemment, Kentin ne semblait vraiment pas déterminé à me parler. Je m'installai mieux sur ma chaise pour pouvoir m'asseoir en tailleur, croiser mes bras et gonfler mes joues.

- Tu sais que t'es vraiment insupportable quand tu t'y mets ?, me dit-il soudain. Remarque, tu me fais une scène pour que je te raconte des choses mais que je sache, toi non plus, tu ne m'as jamais rien caché. Donc, on fait un marché : tu me dis ce qu'il s'est passé pour toi ces huit derniers mois et je fais de même, ça marche ?

Je serrai la main qu'il me tendit. Pour ce qu'il y avait à dire de ma vie... je n'avais vraiment rien à cacher. Je le vis se lever et partir de la cuisine.

- Hey, Kentin, je peux savoir ce que tu fais ?

- Ben, tu veux pas faire ça comme on faisait comme on était plus petits ? En pyjama avec les biscuits, la couette et tout ?

Oh. Comme il y avait bien longtemps que je n'avais plus fait de soirée comme celle-ci ! Depuis, ben …, depuis qu'on avait douze ans. Wouh, si loin que ça ? Il semblerait J'hochai la tête, rêvant à l'avance du petit nid douillet qu'on allait se faire. Et qui dit couette/pyjama, dit douche avant ! Ah, c'était ça qu''il était parti faire … J'eus une soudaine illumination. Pour l'arrivée de notre Kentinou préféré, j'allai lui préparer son plat favori ! Alleez, hop, tournée de croque-monsieur pour tout le monde ! Bon, par contre, Kentin avait vraiment changé physiquement. Il faisait une bonne tête de plus que moi, avait pris bien plus de muscles que je ne l'aurais pensé en voyant « l'ancien » Kentin, et semblait avoir pris une bonne dose d'hormones en gellules. En d'autres termes, l'unique croque-monsieur spécial « appétit de moineau » ne conviendrait sûrement pas. J'appelai Noémie à la rescousse et celle-ci me dit qu'au vu du gabarit, une bonne demi-douzaine devrait être une portion raisonnable. Ah oui quand même. Je ne pensai pas que ça serait à ce point. Bon, ben, ils allaient pas se faire avec la sorcellerie du magicien d'Oz. Allons-y mes compagnons, c'est parti pour la soupe au potiron ! Euh, qu'est-ce que je raconte moi … Mais aussi, croque-monsieur, ça rime pas avec « compagnons » ! Bah on va changer, hein. Allons-y mes aïeux, c'est parti pour des croques-monsieur ! Ouaaiis, on va s'arrêter là, je crois, hein. Je retroussai mes manches, même si je savais que pour le peu d'ingrédients qu'il y avait à mettre, j'étais encore capable de me tartouiller de la crème partout sur ma chemise.

Une bonne vingtaine de minutes plus tard, les sandwiches étaient en train de cuir dans le four et mes cousins me surprirent à boulloter le pot de crème fraîche. Oui, bon bah ça va hein. C'est bon. Je suis petite et j'ai besoin de beaucoup de calcioum pour que mes os poussent. Non, ça marche pas comme excuse pourrie ? C'est pas grave. Au point où j'en suis, je vais finir quand même, je n'en suis qu'à la première moitié, après tout, il me reste la seconde. Faut pas perdre. C'est pas bien, c'est vilain de gâcher. De toute façon, ils peuvent bien se moquer de moi et de ma crème fraîche, je sais bien que le lendemain matin, ils vont se battre pour savoir qui pourra gratter le pot de pâte à tartiner (NDA : pas de pub, mais TOUT le monde voit TRES bien de quoi je parle, oui, oui, toi aussi cher lecteur, je sais que tu adores ça et que tu as hâte de finir ce chapitre pour aller en manger une cuillère).

En attendant la fin de la cuisson, je partis vite fait à la douche pour me mettre ensuite avec un vieux sweat à mon père et un pantalon de pyjama. Pendant ce temps-là, Kentin et Noémie avaient préparé tout ce qu'il fallait. Ils avaient poussé la table basse pour mettre toutes les couettes et couvertures qui se trouvaient dans l'appartement, avaient déposé trois assiettes avec les croques-monsieur tout chauds, avaient allumé juste quelques lampes pour une bonne ambiance tamisée et un petit fond de musique. Parfait.

Je me glissai sous la couette et mis une couverture sous mes épaules. Je pris une assiette et mordis dans la nourriture.

- Allez, Kentin, honneur aux plus jeunes. Tu commences.

- Moana, je suis plus vieux que toi je te rappelle. T'es de juillet alors que je suis de mars.

- Exact. Mais je m'en fous, tu commences quand même parce que je l'ai décidé.

Il soupira et engloutit un croque-monsieur en moins de temps qu'il ne faut pour dire « baguette ». Effectivement, un seul ne lui aurait pas du tout suffit. Le petit moineau est devenu un gros rapace …

- Tu connais, l'histoire, au lycée, on se foutait de moi et mon père a préféré m'envoyer en école militaire. J'ai passé au moins quatre bons mois à souffrir le temps de me faire les muscles et surtout de commencer à vraiment me faire respecter. Enfin, ça s'est surtout fait le jour où j'ai envoyé un mec au sol parce qu'il venait toujours me piquer des choses. Depuis, les autres ont eu peur et voilà. Après, ça a été beaucoup mieux. Je me suis fait une place, j'ai montré aux parents que j'avais arrêté de me laisser faire et mon père a jugé que je pouvais retourner au lycée. Bon, pour le mois qui vient de s'écouler, mes parents ne s'inquiètent pas trop pour les cours vu que tu pourras me passer ce que vous avez fait depuis le début de l'année. Quoi, me regarde pas comme ça, on nous a mis dans la même classe, j'y peux rien.

J'étais en train de m'étouffer avec le pain de mie. Kentin venait au lycée ? C'est-à-dire que le lycée où il avait joué les boucs émissaires, c'était celui où je suis ?

- Bon, à toi, maintenant. Et tu peux dire les noms, hein, je ne pense pas qu'il y ait eu beaucoup de nouveaux venus pendant mon absence.

- Euh, ouais. Concrètement, en nouveau, je crois que je suis la seule. Alors, par où commencer … Ben, à mon ancien lycée, c'était pas la fête tous les jours mais ça allait. Je n'ai gardé contact avec personne par contre. Et comme mes parents sont partis, j'ai atterri ici. J'ai rencontré les gens aussitôt. Mais, ça reste assez spécial pour certains … Genre Castiel par exemple, qui m'a lancée un défi pour m'avoir, Armin qu'est très bizarre avec Violette et voilà, continuai-je devant le regard curieux de mon cousin.

- Je peux savoir de quel défi tu parles ? Et t'as pas sympathisé avec Nathaniel ? Ça m'étonne ça. Tout le monde ou presque sympathise avec lui.

Mon visage avait dû s'assombrir. Je n'avais pas vraiment envie d'en parler. Mais, il le fallait bien. On avait conclu un pacte.

- Si, j'ai sympathisé avec … Nathaniel. Et c'est pour ça que Castiel m'a donnée comme pari de réussir à rendre le délégué plus rebelle. Si je n' arrive pas, en gros, je deviendrais son jouet à l'autre roux, crachai-je.

Kentin semblait abasourdi et Noémie avait commencé à manger mais avait stoppé son geste en entendant ça. Mon cousin me demanda rapidement quels étaient les réels problèmes, et que j'avais intérêt à les dire et à ne surtout pas les garder pour moi.

- Les problèmes ? Tu veux savoir quels problèmes j'ai en ce moment ? J'ai appris que Nathaniel avait une espèce de deuxième personnalité et semblait se plaire à me mentir et à se couvrir derrière l'excuse de son père, Armin se comporte comme un pervers puisqu'il ne peut pas l'être avec Violette dont il est amoureux et pour finir j'ai Castiel qui est constamment derrière moi pour s'amuser à m'embrasser à tout moment et qui est extra possessif ! Ça te va comme ça ?

Ah, j'avais perdu Kentin. Allô la tour de contrôle, on a un problème ! Il ne bougeait plus, je commençais vraiment à m'inquiéter moi ! C'est pas possible, j'avais dû lui faire une crise cardiaque avec mes âneries … Ça m'apprendra à balancer ma vie, tiens. Bon ben, on va attendre qu'il s'en remette, hein. Pendant ce temps, je vais vous faire un cours détaillé sur les tortues de mer. C'est bien les tortues de mer. C'est mignon tout plein. C'est gentil en plus parce que ça mange pas les autres poissons. A mon humble avis, la tortue doit être l'animal le plus pacifiste qui puisse exister. Avec les pandas aussi. C'est cool un panda. Il bouffe toute la journée et personne ne lui dit rien. C'est tout doux, ça fait des calîns. Ah, un bon point pour les pandas, parce qu'à côté, les tortues, ça fait pas de câlins. Fichtre. En fait, je veux un animal mi-panda mi-tortue. Je sais pas si ça se trouve surtout. Pas grave, je vais m'en dessiner un, je vais le montrer à une couturière et elle va me le fabriquer ! A contrario d'avoir un vrai, je vais peut-être au moins avoir la peluche … Owaai une jolie peluche et tout … Genre une tête de tortue avec des oreilles de panda trop choupi-choupinettes et puis ..

- … Tu peux me répéter ce que tu viens de dire ? Toi ? Qui a Nathaniel, Armin et Castiel qui te courent après ? C'est possible ça ? Enfin, je veux dire, ça existe ? Et Noémie, t'étais au courant de ce délire là ? Et on me dit jamais rien à moi !

Ah, Kentin venait enfin de se réveiller. Il en avait mis du temps. J'espérais quand même que c'était le temps que les informations arrivent au cerveau, parce que je commencerai vraiment à avoir peur si c'était parce que son cœur avait mis un moment à se remettre en route.

- Ben, je le savais pour Castiel en fait, vu que je sors avec son meilleur ami, j'ai eu des échos, dit Noémie.

- Ah oui, tu m'avais dit que tu sortais avec Lysandre, c'est vrai. Bon, Moana, je vais te poser la plus grande question de ta vie : lequel te plaît le plus ?, me demanda Kentin, l'air malicieux.

Mon esprit partit aussitôt partout, sauf dans ma tête, avec moi, pour m'aider. Le grossier personnage. Laisser sa propre maîtresse dans une détresse pareille, tu parles d'un bon compagnon de route. La prochaine fois, je vais prendre un Hobbit, ça sera plus pratique.

Sinon, mes cousins attendaient impatients ma réponse. Eeeeeeuuuuuh. Nan, j'ai pas envie. La relation que j'ai avec eux est tellement spéciale que je ne m'étais jamais posée la question. Alors, qui je préfère entre Nathaniel, Armin et Castiel … Been... Je … Bon, d'accord, la réponse me semble plus qu'évidente mais au vu des événements, c'est non, je l'avouerai pas. Plutôt finir affublée comme Ursula dans la Petite Sirène.

- Oh ! Un croque-monsieur !, dis-je en essayant de changer de conversation.

- Moana, sois un peu sérieuse, me réprimanda Kentin.

- Roh, ben quoi, pourquoi ça t'intéresse à ce point ? Je te demande, moi, si il y a une fille qui te plaît ?

Je le vis pâlir d'un coup, puis rougir, puis être complètement gêné. Il regarda sa sœur.

- Bah, il faudra bien qu'elle le sache un jour, lui dit Noémie.

Kentin se tourna vers moi et joua avec un coin du coussin qui traînait devant lui. Ça s'annonçait bien la nouvelle.

- En fait, je suis gay.

- Et donc ?

- Quoi, tu n'es pas étonnée ? Ou même en colère ou je sais pas ?

Il s'attendait à une réaction bien plus vive de ma part apparemment. Oui, c'était assez inattendu mais bon, je suis pas sa mère, il fait et choisit ce qu'il veut. Et être en colère pour ça ? Je serais bien la plus indigne des cousines si j'avais fait ça.

- Pourquoi, j'aurais dû ? Et bien, non, et je n'ai pas à être en colère quand même, tu fais ce que tu veux de tes fesses.

Noémie me fit signe dans le dos de son frère que je m'étais exprimée avec la finesse la plus évidente qui soit. Parce qu'il fallait lui écrire un poème envoyé par lettre avec le sceau de la famille et tout ? Ben voyons.

- Bon, en attendant, revenons au sujet principal. Ce que tu m'as dit, je veux le voir de mes propres yeux. Donc, ne t'étonne pas si je t'observe un peu de temps en temps.

J'hochai de la tête, sachant très bien que ce n'était pas la peine de discuter. Il pouvait être protecteur quand il le décidait.

Nous nous mîmes d'accord pour aller nous coucher. Comme il y avait assez de place dans ma chambre, on avait décidé de mettre Kentin dans ma chambre. C'est que Noémie y tenait à sa tranquillité personnelle.

Le lendemain matin, je me rendis au lycée, Kentin à mes côtés. Il y eut plusieurs chuchotements à notre arrivée.

Rosalya fut la première à nous accueillir. Elle était accompagnée de Violette qui avait lâché complètement les jumeaux.

- Coucou toi !, me dit-elle. Tu présentes ?

- Euh, Rosalya, tu le connais pourtant, c'est...

- Kentin ?, demanda timidement Violette.

Elle avait les yeux ronds comme des soucoupes et ne semblait pas croire du tout les deux soucoupes en question. Elle dit tomber son carton à dessin et se jeta dans les bras de mon cousin. Deux amis heureux de se retrouver. Ça, c'est cool.

Il lâcha Violette et lui ébouriffa gentiment les cheveux, un grand sourire collé sur son visage. De l'autre côté, Rosalya ne semblait pas en revenir.

- Sérieusement ? Ken ? Enfin, je veux dire, c'est toi Kentin ? Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? Et puis tu connais Moana ? Et …

Mais déjà, je voyais bien qu'il n'écoutait plus. Il fixait un point au loin et semblait plus que déconnecté de la réalité. Je suivis des yeux ce qu'il regardait. A mon plus grand étonnement, il observait Alexy qui riait au loin avec des gars que je ne connaissais pas. Naaaaaaaan, c'est pas ce que je crois quand même ?

Je coupai Rosa en lui disant simplement que Kentin et moi étions de la même famille puisqu'il est le petit frère de Noémie. Puis je tirai le fameux petit frère par le bras plus loin.

Je m'arrêtai dans le lycée, juste à côté de la salle de cours où nous étions sensés être.

- Tu matais Alexy tout à l'heure.

- Écoute, je n'ai pas du tout envie d'en parler. Dis toi juste que j'étais très ami avec les jumeaux avant de partir et c'est tout, ça s'arrête là. Maintenant, viens, on va être en retard sinon.

Et c'est sur cette magnifique déclaration qu'il me planta joyeusement toute seule en plein milieu du couloir. J'aime pas quand on me laisse à avoir l'air d'une abrutie toute seule.

En rentrant dans la salle, je vis que tout le monde avait une discussion concentrée sur Kentin. Surtout les filles. Ça me dégoûtait. Elles qui ne disaient que du mal de lui avant qu'il ne parte, les voilà à baver dessus et à faire leur lèche-bottes.

Histoire de bien faire alimenter les rumeurs parce que c'est drôle et que j'aime ça, je m'assis à côté de lui, les rendant toutes vertes de rage.

La prof rentra et présenta Kentin à toute la classe. Là, les filles devinrent vite rouges. C'est cool ce genre de nana, c'est comme les poissons arc-en-ciel : c'est débile et ça change tout le temps de couleur.

Pendant le cours, je reçus sur ma table un petit bout de papier plié en quatre avec mon nom marqué dessus. Qu'est-ce que c'était que ce truc ? Je me retournai pour voir d'où ça venait mais impossible de deviner l'auteur : tout le monde était concentré sur son exercice. Bon, on va le savoir tout de suite alors. Je dépliai le papier et y découvris une fine écriture soignée et penchée.

« Moana, j'aimerai vraiment t'expliquer pour la dernière fois. S'il-te-plaît, laisse moi au moins une chance de tout te dire, N. »

De me dire quoi, exactement ? Que son père était sévère ? Non, c'est bon, je l'ai déjà eu celle-là. Et je n'avais ni envie de le voir ni de lui parler à Nathaniel. Il veut en faire des efforts, lui ? Non, je ne crois pas, donc je ne vois pas pourquoi moi, j'en ferais. Point à la ligne. J'écrivis un gros « non » sur la feuille avant de l'envoyer sur sa table. … De quoi, je suis cruelle avec lui ? Faut pas exagérer non plus. J'aurais pu ne pas lui répondre du tout et le laisser mariner.

Je repassai une énième fois ce que j'avais dans mon armoire. Impossible de me trouver quoi que ce soit à mettre pour la fête de Rosa. La fête était le lendemain et comme la bonne fille que je suis, même avec un millier de fringues, je n'aurais toujours rien à me mettre.

Car oui, nous étions enfin en vacances et les professeurs nous avaient laissés partir en nous faisant bien comprendre de profiter un maximum de ces vacances-ci car après, ça sera révisions sur révisions pour le bac blanc et bien sûr le tant attendu bac.

Il ne s'était rien passé d'extraordinaire avant les vacances. La frénésie « Kentin » s'était vite passée et Nathaniel n'a plus tenté de m'aborder. En revanche, Violette a recommencé à traîner avec les jumeaux, sûrement qu'Armin avait réussi à se faire pardonner, et Castiel s'était calmé. Je m'explique : il avait dû avoir un déclic parce qu'il était bien plus naturel avec moi, il ne forçait plus pour quoi que ce soit et me taquinait juste gentiment de temps en temps. Mais je soupçonne néanmoins Kentin d'être passé par là. Si c'est le cas, je le remercie, Castiel est bien plus reposant comme ça. Mon cousin avait réussi à se faire inviter par Rosa d'ailleurs, sous le « recommandement » de Lysandre, avec qui il avait de bons rapports et surtout parce qu'il sortait avec sa sœur.

Donc nous disions, les vêtements. Et non, décidément, je n'avais rien. Soit ça faisait trop chic, soit trop tenue boîte de nuit soit beaucoup trop décontracté. Il y avait urgence : j'avais besoin d'une nouvelle tenue. Je pris une veste chaude et mon sac à main puis sortis dehors

Je ne croisai personne dans les rues et atteignis rapidement le magasin de vêtements de la ville. Je flânai un moment dans les rayons avant de tomber sur LA perle rare : une petite robe rose pâle mignonne comme tout qui était cintrée par une espèce de ceinture intégrée, un décolleté relativement raisonnable et un voile léger légèrement pailleté en mousseline recouvrait le reste de la robe de la taille jusqu'en haut du genou, et dont les manches étaient longues, eux aussi en voile, et se terminaient serrées de la même manière qu'une manche de chemise. Pour finir la tenue, je pris un blazer manche trois-quarts noir et une paire d'escarpin noirs. Une fois sûre de mes vêtements, je partis à la caisse et sortis toute contente de mes achats.

La nuit était tombée plus vite que je ne l'avais pensé et les rues s'étaient vite vidées. Fallait pas que je traîne. Au détour d'une rue, des ricanements me firent sursauter et je pressai le pas. Soudain, on m'envoya contre un mur avant que je ne comprenne ce qu'il se passe et quatre jeunes hommes m'encerclaient.

- Là, les gars, je vous l'avais dit qu'elle était carrément mignonne, dis l'un d'eux.

- Ouais, t'as raison. Dis ma jolie, tu veux pas venir faire un tour avec nous ? Tu verras, on est gentils.

- N-non, laissez moi tranquille..., répondais-je d'une voix beaucoup moins assurée que je ne le voulais.

- Mais si tu veux. Viens, je te dis.

Je ne sais pas qui me prenait vraiment le bras, il faisait trop noir. Mais je me débattis comme je pus. Un des hommes me prit mon sac des mains.

- Et c'est quoi ça, c'est pour ton copain ?, me demanda-t-il en me fourrant la robe sous le nez.

- Oui exactement, c'est pour moi. Maintenant, lâche la, lui répondit une voix plus loin.

Puis je vis la personne qui venait de parler se mettre entre moi et les autres gars. Je n'en croyais pas mes yeux.