Disclaimer : Tout appartient à Beemoov sauf Moana et Noémie
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Il l'avait évitée le plus possible. La voir lui broyait le cœur plus qu'il ne l'aurait cru au premier abord. Pourquoi ? Comment ? Il avait l'impression d'avoir la réponse sous son nez, de l'avoir à portée de main sans jamais pouvoir l'attraper.
En attendant, ça faisait un mois qu'ils ne s'étaient pas adressés la parole, ou presque. Nathaniel voyait bien qu'elle trouvait ça bizarre, mais il ne pouvait pas l'approcher à moins d'un mètre sans avoir envie d'envoyer son poing dans la figure de son cher petit-ami. Car, oui, depuis plus d'un mois maintenant, il était sur les nerfs. A cause de Castiel ? Ça, c'était tous les jours. Mais il était en colère aussi contre Moana. Ce n'était pas parce qu'elle n'avait pas voulu l'embrasser à l'anniversaire de Lysandre, il avait passé l'âge d'en vouloir à quelqu'un pour quelque chose d'aussi futile, mais parce qu'il se sentait abandonné depuis qu'elle sortait avec l'autre abruti de service. Et le pire, c'était qu'ils avaient l'air très bien ensemble.
Nathaniel soupira en rangeant une pile de papier dans un tiroir.
- Quelque chose ne va pas ?, lui demanda Melody, qui se tenait à côté de lui.
- Tout va bien, ne t'en fais pas. Ça fait deux heures qu'on est sur ces dossiers-là, je commence un peu à fatiguer.
Il lui avait servi le sourire le plus faux qu'il avait en magasin mais son homologue semblait n'y voir que du feu. Elle lui proposa de finir toute seule, ce qu'il accepta avec entrain. A vrai dire, Melody avait beau être adorable, elle était le plus gros pot de colle qu'il lui avait été donné de voir. Elle pouvait avoir des qualités mais ce défaut là était un des plus difficiles à supporter selon lui. Au moins, Moana, elle préférait suivre son chemin tranquille, même si elle n'en faisait qu'à sa tête.
Nathaniel secoua la tête et prit son manteau. Il ne voyait pas ce que Moana venait faire là-dedans … Et en parlant de la jolie brune, il la vit en sortant du lycée. Elle était encore avec Castiel. Elle le remarqua plus vite qu'il ne l'aurait cru car elle l'appela aussitôt. Pourtant, il ne répondit pas. Il ne lui fit pas de signe de la main ni ne vint la voir. Car, après tout, quoi de mieux que l'ignorance pour mieux faire passer la jalousie. Oui, il était jaloux. Jaloux à en crever de la voir aussi de proche de son pire ennemi alors que lui, il … il … il quoi, au juste ? Rien du tout. Au final, il n'était rien pour elle. Juste le pauvre gars, un peu trop coincé à son goût qu'elle a essayé de changer. Dans un sens, elle a réussi au delà de ses espérances.
Quand il rentra chez lui, c'était le même cinéma habituel. Ambre était la meilleure. Il n'était qu'un bon à rien qu'y en méritait plus d'une … Et c'était reparti pour un tour. Mais hors champ de vision de sa sœur et de sa mère bien sûr.
Nathaniel venait vraiment de passer la journée la plus rasoir de toute sa vie. Il attendit qu'Ambre soit enfin bel et bien couchée -histoire d'être sûr d'avoir la paix- et se fit un bain bien chaud. Le temps que l'eau coule, il s'examina devant le miroir. Le bleu de la semaine précédente commençait un peu à s'estomper mais un gros se formait peu à peu sur son épaule. Son père avait fait fort ce soir. Il sortit de la pommade et la posa sur le bord du lavabo, histoire de penser à s'en mettre avant d'aller se coucher.
Il y resta longtemps, jusqu'au moment où il faillit s'endormir sur le bord de la baignoire. Il s'étala de la crème sur tout le corps avant de se coucher. En posant le tube, Nathaniel se fit la remarque qu'il était bientôt vide.
- Il va falloir que j'en rachète, murmura-t-il pour lui-même.
Le lendemain, à peine réveillé, Ambre vint le bassiner. Elle voulait qu'il trouve des dossiers sur Moana pour la virer et qu'elle puisse avoir Castiel pour elle seule. Il lui répondit avec toute la lassitude possible qu'elle n'avait qu'à aller se faire voir. Ce qui lui a valu une nouvelle claque de la part de son père qui passait justement dans la cuisine.
Nathaniel se frotta discrètement la mâchoire et partit préparer son petit-déjeuner, comme à son habitude. Une matinée normale, en somme.
Quand il arriva au lycée, il eut aussitôt le droit à un accueil made in Melody. Dégoulinant de gentillesse, niais mais enthousiaste. Autrement dit, à des années-lumières d'un réveil chez lui. Il fallait néanmoins qu'il fasse bonne figure : il revêtit son masque de délégué parfait, « pour se cacher derrière une boîte de CD Beethoven » comme dirait Moana, et lui répondit avec autant d'entrain.
Il n'eut pas le temps d'avancer plus. Celle qui occupait la plupart de ses pensées était devant lui, les mains sur les hanches.
- Toi tu viens avec moi. Par pitié, Melody, je vais te le rendre, prend pas cet air de chien abattu.
Moana le traîna jusqu'à une salle vide. Réellement, rien en elle n'avait changé. Elle était toujours aussi mignonne, portait toujours le même style de vêtement barrés et sentait toujours aussi bon le sucre. Bref, elle était à tomber quoi. Ce qui plaisait encore plus à Nathaniel, c'était qu'aucun détail ne montrait qu'elle sortait avec Castiel. Parfait.
- Il faut qu'on parle, enfin plutôt que tu me parles. Qu'est-ce qu'il se passe, ça fait un mois que tu ne me dis plus rien ! C'est à cause de la soirée, c'est ça ? Mince, je le savais, je pensais pas que ça t'aurais blessé comme ça, désolée... Mais sinon, je sais ! Tu me le dis si c'est ça, et moi je t'embrasse, comme ça c'est réparé !
Elle semblait très fière de son idée. Pas Nathaniel. Ce n'était pas tant qu'il lui en voulait de lui avoir proposé ça, il était déçu. Il aurait plutôt préféré qu'elle l'embrasse, oui, mais pas dans ce genre de contexte.
- Tu me dégoûtes. J'ai juste l'impression d'être un jouet pour toi, surtout depuis que tu sors avec lui. Et puis, à vouloir embrasser tout le monde comme ça, je savais pas que t'étais à ce point une traînée.
CLAC. Le coup était sorti tout seul. Elle avait les yeux baignés de larmes et les joues rouges. Son visage s'était décomposé au fur et à mesure qu'il avait parlé. Le teint blanc, Nathaniel sentit bien qu'elle était sur le point de lui hurler quelque chose à la figure mais, finalement, elle lui lança le regard le plus noir qu'il n'ait jamais vu et partit.
Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris ? Ce n'était pas ce qu'il voulait dire ! Son double faisait des siennes encore ? Non, il fallait qu'il arrête avec cette excuse, bien qu'elle soit justifiée de temps en temps. C'était exactement le contraire de ce qu'il aurait voulu. C'était clair qu'il l'avait perdu maintenant. Parce qu'après tout, il le comprenait enfin : qu'est-ce qu'il pouvait l'aimer cette fille.
- Bravo, franchement, t'as fait fort, Nath, dit quelqu'un derrière lui en applaudissant.
Il se retourna vivement. Kentin venait de parler et Alexy était toujours en train de frapper dans ses mains. Les voir comme ça tous les deux lui donnait vraiment l'impression d'être un phénomène de foire. Il n'était pas mais alors pas du tout d'humeur. Nathaniel était prêt à les envoyer sur les roses mais Kentin le coupa.
- J'ai briefé Moana pour qu'elle vienne te voir. Après tout, ça fait un mois qu'elle se fait un sang d'encre pas possible, mais comme t'avais pas l'air prêt à te bouger autant qu'elle vienne à toi, non ?
Mais que lui voulaient-ils exactement ? Il venait de balancer des horreurs -qu'il ne pensait même pas en plus- à Moana. Avait-il besoin que son cousin lui remonte en prime les bretelles ?
- Écoutez, les gars, je me doute que vous êtes inquiets pour elle mais ce n'est pas vos affaires que je sache.
Kentin et Alexy se regardèrent, puis ils semblèrent se mettre d'accord : « On lui dit ? On lui dit. ».
- Vois-tu, mon cher délégué, le problème ne vient pas d'elle mais de toi, donc on a décidé de te donner un petit coup de pouce. Non, pas de refus, c'est ni repris, ni échangé !, lui dit Alexy en osant son coude sur son épaule.
Pile poil sur son hématome tout frais du soir précédent. Nathaniel ne put réprimer une grimace. Malheureusement, Kentin le vit. Il poussa Alexy et tira sur le pull de Nathaniel. On pouvait clairement voir une marque bleue-violette qui s'étalait sur son épaule. Kentin et Alexy avaient les yeux ronds.
- Ça, c'est pas le genre de blessure qu'on se fait en se cognant, j'en sais quelque chose, lui dit le brun. Si ...
- Si rien du tout. Je l'ai dit, ce ne sont pas vos histoires. Vous ne savez rien.
Nathaniel se rhabilla rapidement et en sortant, Alexy lui dit quelque chose.
- On est pas là pour te faire la morale mais pour t'aider, on voit que ça va pas. En tout cas, si tu veux avoir une chance de te faire pardonner, on ne pourra pas lui cacher à elle.
Le blond secoua la tête de dépit et partit rejoindre son cours. Avec toutes ces bêtises, il allait arriver en retard !
Il n'avait pas été attentif du tout au cours de la journée. Heureusement, cela avait tellement surpris les professeurs qu'ils avaient préféré le laisser tranquille. De même pour Kentin et Alexy d'ailleurs. Sauf que pour eux deux, Nathaniel se doutait bien que c'était loin d'être fini.
Quelques jours étaient passés depuis ces incidents. Personne ne l'avait embêté, n'était venu le saouler pour quelque raison que ce soit. La paix. Tant mieux. Ce dont il avait besoin. Même Melody lui parlait un peu moins. En revanche, ça, c'était étrange.
En se regardant dans un des miroirs des toilettes du lycée, il se rendit compte qu'il avait une mine abominable et que l'aura qu'il renvoyait était à des années-lumières de celle du gentil délégué habituel. En prime, il avait frôlé Moana plus tôt dans la journée. Au lieu de faire comme d'habitude et de lui offrir un sourire rayonnant en s'excusant, elle avait fait un bond de dix mètres sur le côté en affichant un air dégoûté. Et son père était rentré le soir précédent énervé à cause d'une réunion qui s'était mal passée et avait bien évidemment passé ses nerfs sur lui. Y avait pas à dire, ça allait du tonnerre.
En sortant, il remarqua qu'il était le dernier au lycée. Par précaution et par réflexe du bon délégué qu'il était, il fit un rapide tour des salles. On ne savait jamais.
Il n'y avait personne au premier, ni au deuxième. En revanche, au troisième … Moana était seule dans une salle, elle dessinait avec entrain quelque chose entre le panda et la tortue et se parlait à elle-même.
- Comme ça, Rosa et Violette vont pouvoir mieux m'aider à la fabriquer, cette peluche !
Hein … ? Nathaniel secoua la tête. Il savait qu'il fallait parfois ne pas trop chercher de détails ou ne pas trop rentrer dans les délires de Moana.
Il était resté trop longtemps l'esprit dans le vague à l'observer. Elle l'avait repéré et rangeait rapidement ses affaires en le regardant avec haine. Elle passa à côté de lui et Nathaniel sentit bien qu'elle bouillait intérieurement.
Il ne voulait pas qu'elle parte mais qu'elle reste, qu'il s'explique, qu'il s'excuse, qu'elle arrête de lui en vouloir … Inconsciemment, il avait attraper son poignet et l'empêchait de s'en aller.
- Lâche-moi. Nathaniel. Lâche. Ce. Poignet.
Le ton était froid. Glacial plutôt, et cassant. Ça lui brisa le cœur.
Avant qu'elle n'ait eu le temps de faire quoique ce soit, elle fut plaquée contre le mur et Nathaniel l'entourait de ses bras.
- Ne me touche pas, dit elle en essayant de se dégager.
- Je suis désolé, tellement désolé.
- De quoi, t'es désolé ? Tu veux bien toucher la traînée que je suis maintenant ?
En entendant le mot tabou, il resserra un peu plus sa prise sur elle. Il continua à lui répéter combien il s'en voulait tout en essayant de se calmer en inspirant son parfum de sucre.
- Je voulais pas te blesser. Je ne suis pas dans mon état normal.
- Ouais, étoffe un peu.
- J'étais et suis toujours malade. Malade de jalousie. Depuis que tu es avec Castiel, j'ai l'impression que tu m'as abandonné. De réels amis, je n'en ai pas beaucoup et sans toi je me sens encore plus seul.
- Nath …
Elle posa sa main sur un des hématomes qui couvraient son torse. Ce que c'était douloureux … Il avait mis une bonne dose de crème pourtant, il devrait peut-être essayer d'en prendre une plus forte la prochaine fois.
En attendant, il n'avait pas pu retenir une exclamation de douleur.
- Qu'est-ce que tu as ? Je te dégoûte encore ? Non, t'as …
Elle souleva directement tout son pull et put admirer toutes ses jolies marques sur son torse. Elle porta une main à sa bouche, comme pour s'empêcher de crier et se mit à pleurer silencieusement. Malheureusement pour Nathaniel, il semblait qu'elle avait mieux compris ce qu'il se passait qu'il ne l'aurait cru. Elle le prit doucement par la main et le fit s'asseoir sur une chaise dans la salle.
- Qu'est-ce qu'il se passe, Nath ? S'il-te-plaît, dis le moi, c'est assez horrible de savoir que tu as des marques comme ça, alors dis moi, dit-elle en continuant de pleurer.
- Mon père me bat. Dès qu'il en a l'occasion et que ma mère et ma sœur ont le dos tourné.
- Mais enfin, ne reste pas comme ça, préviens la police ! C'est grave ce qu'il t'arrive ! Depuis combien de temps c'est comme ça ?
- Depuis que je suis enfant. J'étais très turbulent et c'est le seul moyen qu'il ait trouvé pour me corriger apparemment. Et non, on ne préviendra personne. Il y a des chances pour qu'il se retourne contre ma mère et Ambre et puis, je ne veux pas avoir plus de soucis familiaux que je n'en ai déjà.
- Mais … mais …
Elle pleurait toujours à chaudes larmes et reniflait de temps en temps. Elle était trop mignonne. Tellement mignonne qu'il l'aurait bien … Non, ce n'était pas le moment. Ni à aucun autre d'ailleurs. Il fallait aussi qu'il règle ce problème de son autre lui …
Tout en contenant au maximum ses pulsions, il l'amena sur ses genoux, comme une enfant qui a besoin d'être consolée -c'était d'ailleurs un des aspects qu'il préférait chez elle- et la serra doucement dans ses bras.
Ils restèrent un moment comme ça, jusqu'à ce que Moana se rende compte de l'heure et qu'ils n'avaient pas le droit d'être là normalement.
Nathaniel lui fit promettre de ne rien dire à personne, ou juste à une personne de confiance si c'était vraiment trop dur pour elle à porter seule. Mais qu'en aucun cas, elle n'en parle aux autorités sans son autorisation. Elle hocha la tête, l'embrassa sur la joue, le serra contre elle et partit en essuyant ses joues. Nathaniel espérait fortement qu'en « personne de confiance » Moana n'aille pas choisir Castiel …
Néanmoins, Nathaniel et elle en avaient fini de leurs coups de gueule. Elle était aux petits soins avec lui et rembarrait Castiel à chaque fois qu'il disait quelque chose à ce propos. De son côté, Nathaniel se sentait quand même plus léger. Il avait vidé une partie de son sac, ce qui n'était pas négligeable.
Au bout d'un moment, Kentin et Alexy étaient revenus à la charge. Ils l'avaient traîné dans un coin à part et attendaient sa réponse.
- Avoue-le que t'es raide dingue d'elle,dit Alexy.
- Je vous l'ai dit, ça ne vous regarde en aucun cas.
- Si ça ne nous regarde pas ? Tu veux qu'on te montre quelque chose ?, répondit Kentin. Regarde Castiel et Moana là-bas. Tu trouves qu'ils ont l'air d'un couple ? Non, nous non plus. On dirait un grand frère et sa petite sœur, c'est tout. Bon avec quelques gestes d'inceste, d'accord, mais on s'en fout, ils ne sont pas de la même famille. Notre soucis à nous, c'est qu'on s'est vite rendu compte que Castiel n'est absolument pas amoureux d'elle. Il l'adore, c'est tout. Et Moana n'a jamais eu de relation amoureuse alors elle ne sait pas ce que ça fait. Mais elle, ça fait longtemps qu'on sait qu'elle n'a aucun sentiment pour son copain. Donc t'es la solution à nos problèmes !
- En quoi c'est moi la solution … ?
- Bon, ben, quand on est aveugle, on est aveugle, hein Kentin ?, dit Alexy.
- Tout à fait d'accord.
Sur ce, ils le plantèrent royalement là. Nathaniel était sûr d'une chose : il n'avait rien compris du tout à ce qui venait de se passer.
Un jour, Moana était revenue le voir toute contente.
- Nath, faut qu'on parle de … ce que tu sais. Allez, viens, on va dehors. Mais allez, je t'emmène quelque part ! Tu vas voir !
- Mais attend ! J'avais des choses à finir avant de partir ! Moana ! Attend moi !
Rien à faire, elle était déjà partie. Nathaniel la suivit en accélérant un peu le mouvement pour la rattraper. Il eut beau lui demander où elle l'emmenait, elle ne voulut pas répondre.
Soudain, au bout d'une dizaine de minutes de marche, elle s'arrêta devant un immeuble les mains sur les hanches, toute fière.
- Allez, viens !
Elle lui prit la main et monta les escaliers en le traînant à sa suite. Elle s'arrêta au quatrième étage -si Nathaniel avait bien compté- et ouvrit une porte.
Elle le laissa entrer et il tomba sur un appartement mignon à souhait. Ce n'était pas le plus étonnant, le fait qu'elle l'ait traîné jusqu'ici sans raison apparente mais plutôt que sa cousine Noémie se tenait en plein milieu de la pièce et semblait l'attendre.
- Bonjour, Nathaniel. Tu veux bien t'asseoir, s'il-te-plaît ? Il faut qu'on discute de quelque chose, dit-elle et montrant de la main des chaises hautes dans ce qu'il semblait être la cuisine.
- Noémie, sérieux, t'as besoin de faire ton adulte là, tu peux pas parler comme tout le monde, comme d'habitude ? L'autre, on dirait le père Fouras dans Fort Boyard, j'y crois pas.
- Mais elle va se taire la demie portion ? Tiens, voilà le pot de confiture à la groseille que tu réclames depuis ce matin et une cuillère. Éclate-toi le temps que je discute tranquille, non mais oh.
Moana se jeta sur le pot et l'entama à grandes cuillerées. Nathaniel s'assit prudemment et se prépara psychologiquement à ce que Noémie s'apprêtait à lui dire.
- Comment tu trouves l'appartement ?
- Cosy, assez sympathique et très chaleureux. Loin de ma maison en fin de compte.
- Moana m'a tout racontée. Tes problèmes avec ton père, tes blessures, tout. Oui, oui, la personne de confiance, c'est moi, pas de panique, je suis la seule. Kentin ne sait rien. Et j'écoute ses conversations avec Alexy pour être sûre.
- Bon, euh, c'est … bien.
- Attend, je finis, je me suis renseignée. Concrètement, il serait bien plus long pour toi de te faire émancipé et vas-y que le juge demande le pourquoi du comment puis trouver un appartement, tout ça tout ça, en espérant déjà que tu ais eu le courage d'affronter ton père sur ce sujet. Mais comme je suis une adulte qui assume ses responsabilités, j'ai contacté mon père qui est dans l'armée et qui a d'excellents contacts dans la justice. Non, rassure toi, il ne sait rien de ta condition. En revanche, j'ai une dernière question à te poser : que dirais-tu si on te proposait de vivre ailleurs que chez toi en ce moment même ?
- J'avoue que ça ne pourrait pas être pire que ce qu'il se passe chez moi. Alors pourquoi pas, oui.
- Ah oui, en effet, Moana, tu m'as dit que c'était grave ce qu'il vivait mais au point de dire oui aussi vite, c'est affolant.
- Pourquoi, qu'est-ce qu'il se passe ? Moana !
- Ben, Nath, bienvenue chez toi !
Il tomba de sa chaise. Bienvenue chez lui ? Qu'est-ce que ça voulait dire ? Noémie se précipita vers lui et l'aida à se rasseoir. Elle lui tendit une lettre. Elle stipulait que Noémie était son tuteur jusqu'à son dix-huitième anniversaire, le 16 février. Et qu'il était assigné à vivre au domicile de son désormais tuteur au minimum jusqu'à cette date.
- Attendez, c'est quoi cette blague ? Comment se fait-il … ? Et ça semble trop simple, il y a anguille sous roche …
- Non, du tout, lui répondit calmement Noémie. J'ai appelé ton père et je me suis montrée très persuasive, dirons-nous. Je lui ai dit que j'étais au courant de ta situation et que j'avais quelques contacts qui pourraient le mettre très mal. Il ne m'a pas crue, à appeler son avocat en lui donnant mon nom et à étrangement très vite accepté ma proposition de te prendre sous mon aile. Et je lui ai évidemment fait promettre de ne toucher à aucun membre de ta famille. Par contre, j'ai dû mettre ta mère au courant de ce qu'il se passait, je suis désolée, sauf qu'elle je suis allée la voir directement. Je me suis faite renvoyer de chez elle, faite insulter mais j'ai tenu bon jusqu'à ce que ton père rentre et avoue.
Nathaniel n'en croyait ni ses yeux ni ses oreilles. L'histoire était complètement farfelue. Ce n'était pas possible autrement, ça ne pouvait pas se terminer aussi simplement... En tout cas, il voyait Noémie comme un ange gardien. Et en regardant de plus près, il y avait la signature de ses deux parents en bas de la feuille qui stipulait que Noémie était son tuteur.
- Par contre, il va quand même falloir que tu ailles chercher tes affaires …Je peux t'accompagner si tu veux mais je pense que ça sera mieux pour toi d'y aller seul et que tu t'expliques avec eux. Je t'attendrai quand même dans la voiture en cas de soucis et quand tu auras fait ton premier aller-retour, je viendrais t'aider à récupérer ce qu'il reste.
Non, ça semblait trop irréel. Il allait se faire frapper à la moindre occasion. C'était un rêve … Un cauchemar ? Il ne savait plus. Il ne se sentait pas si bien que ça, c'était trop soudain. Personne ne lui avait demandé son avis. Ah si, Noémie, quelques minutes auparavant. S'il avait dit non, elle aurait sûrement déchiré le papier …
Il se leva, les jambes flageolantes, et s'affala dans le canapé.
- Noémie, tu as réussi à faire peur à mon père et à les convaincre de me laisser sous ta garde alors qu'ils ne te connaissent pas. T'es quelle sorte de mutant, exactement ?
- Ça, je sais pas, mes parents ont bien accepté eux aussi de me laisser ici. Ça doit être une psychopatate anti conflits parentaux, quelque chose de ce genre …, dit Moana, le nez toujours dans le pot de confiture.
Quand il arriva devant le portail devant chez lui, il n'eut jamais aussi peu l'impression de rentrer à la maison. Tout lui semblait étranger et ses parents l'attendaient.
Sa mère n'arborait pas son air fier habituel mais semblait inquiète. Son père, au contraire, l'ignora complètement. Il y avait de grandes chances pour qu'il lui en veuille mais qu'il s'en veuille aussi à lui-même de s'être laissé convaincre par une jeune femme.
Personne ne dit quoique ce soit. Du moment où Nathaniel passa la porte de chez lui jusqu'au dernier carton qu'il porta jusqu'à la voiture de Noémie.
- Tu penses revenir nous voir ?
- Je ne sais pas, maman, répondit calmement Nathaniel. Pour l'instant, c'est encore nouveau ce qu'il se passe, j'ai besoin de prendre un peu de recul. Mais je pense que je reviendrais bien un jour prendre de vos nouvelles, oui.
Il n'y eut ni grands adieux, ni larmes, ni crises, ni embrassades. Une réaction à l'image de ses parents.
En rentrant dans son désormais chez-lui et le moral au plus bas, il se passa dans sa tête tellement de sentiments différents qu'il s'écroula à genoux au sol. La tension accumulée depuis des années tombait, ses nerfs lâchaient, et en prime, la scène qui se présentait devant lui était à mourir de rire.
Moana et Kentin se battaient tous les deux avec un matelas de deux personnes et la brune était empêtrée dans un drap. Nathaniel n'avait aucune idée de comment ça avait pu arriver.
- Mais tire de ton côté, à la fin ! J'ai pu de place, j'étouffe moi !, dit Kentin.
- T'es drôle, toi, suis petite, je vois même pas le haut du matelas et encore moins les poignées !
Le bip du four se fit entendre et Moana sursauta, en laissant ce qu'elle avait dans les mains tomber sur son cousin.
- J'ai fait chauffer des pizzas ! Comme je suis pas sûre de ce que tu aimes, alors …
- T'en fais pas, tant que c'est fait par toi, ça devrait aller.
C'était sorti tout seul et ils se surprirent à rougir tous les deux dans leur coin. Noémie les avait laissé se débrouiller et avait remonté le dernier carton de Nathaniel.
- Voilà, les quatre cartons sont montés. Maintenant, j'ai une question. Kentin, Moana, vous avez deux mains gauches tous les deux. Vous comptiez faire quoi à bouger tout comme ça dans mon appartement, sans aucune crainte de casser quelque chose ?
- Euh, ben … T'inquiète, hein, Noémie, tu fais peur là, on a juste bougé les lits, tenta Moana.
- On s'est dit que ça serait plus logique de faire une chambre fille et une chambre garçon. On a mis le lit de Moana dans ta chambre et le clic-clac du dressing à la place dans l'autre.
- Vous avez eu le temps de faire ça tous les deux ?, dit Noémie, surprise.
- Ben oui, entre nous, cousine, ton appart' ne fait pas cent mètres de long.
Noémie haussa les épaules et partit couper les pizzas.
- Tout le monde à table, on finira de ranger plus tard.
- On laisse le matelas comme ça en plein milieu ?, demanda Moana.
- J'ai. Faim. Ton derrière. Sur la chaise. Maintenant.
L'ambiance du repas était très loin de ce que Nathaniel avait toujours connu. La télévision était allumée sur le premier programme qui passait -enfin jusqu'à ce que les deux cousines se battent pour savoir quelle chaîne, entre la musique et les mangas, serait mise-, chacun racontait les derniers potins, le tout dans une atmosphère bonne enfant, à mi-chemin entre le repas familial et entre meilleurs amis colocataires. Malgré le fait qu'il était étranger à tout ça, il ne fut pas laissé de côté et Nathaniel se surprit même plusieurs fois à avoir des fous rire.
La soirée s'était terminée aussi bien qu'elle avait commencé. Tout avait été rangé et chacun était tranquillement en pyjama dans le canapé à regarder un Disney. Et étrangement, Nathaniel se dit que ça ne lui ressemblait pas du tout. Il n'avait jamais connu ça et essayait toujours d'avoir l'air le plus mature et adulte possible. Alors posé là, avachi dans le canapé, un vieux t-shirt qu'il n'avait plus mis depuis longtemps et un coussin sur les genoux, Nathaniel se fit la remarque que, réellement, il n'avait jamais eu de vraie enfance. Ses parents ne les avaient jamais autorisés, sa sœur et lui, à regarder des dessins animés quelconques car ils trouvaient ça trop puéril pour des enfants de leur condition et les avaient rapidement poussés à lire de nombreux livres, à être dehors pour jouer à différents sports stratégiques et surtout à leur apprendre à rester tranquille. Ça devait être à ce moment-là que Nathaniel s'était mis à être turbulent, à embêter constamment Ambre et à faire sa propre loi. Il n'avait jamais le droit de rien faire et n'avait que très peu d'amis, autant de choses réunies pour lui faire péter les plombs en somme.
En attendant, il était bien là. Moana était à côté de lui et sa cleptomanie pour les vêtements masculins avait refait surface : elle portait un t-shirt de son cousin qu'elle avait été chercher directement dans son armoire et avait pris le premier gilet de Nathaniel qu'elle avait vu. Bref, habillée comme ça et avec sa tresse sur le côté, elle était à tomber.
Le film s'était fini avant que Nathaniel s'en rende compte, trop absorbé à observer sa voisine qui s'était endormie. Kentin et Noémie ne s'en préoccupèrent pas et lui dirent de venir se coucher, elle allait bientôt se réveiller. Chacun alla dans sa chambre et laissa Nathaniel avec Moana.
La pauvre avait l'air de très bien dormir … Il n'eut pas le courage de la prendre dans ses bras au risque de la réveiller ou de la secouer légèrement. Il prit une couverture qui traînait et la couvrit avec. En arrivant au niveau de ses épaules, il se pencha près de son visage.
- Merci, murmura-t-il.
Il embrassa tendrement ses lèvres et partit dans sa nouvelle chambre.
Moana avait les yeux grands ouverts et ne dormait plus. Après ce qu'il venait de se passer, elle était même bien réveillée.
