Disclaimer : Tout est à Beemoov sauf Moana et Noémie
Rating : K+
J'écrasai allégrement le bouton de mon réveil pour le faire taire. Je venais de passer la nuit la plus courte de toute ma vie. Pourquoi ? Parce que Nathaniel m'avait embrassée la soirée précédente et j'avais passé plusieurs heures à me triturer l'esprit, voilà pourquoi ! Mais qu'est-ce qu'il lui avait pris ? Et moi, que devais-je faire ? Lui hurler dessus en lui demandant des explications ou faire comme si de rien était ? Après tout, j'étais sensée dormir à ce moment-là … Ouais, donc ne pas être au courant de ça. Bon ma décision était prise, on va faire comme si rien ne s'était passé. C'était la solution la plus lâche mais la plus rationnelle.
Je me levai et soupirai. On toqua à ma porte. En ouvrant, je fus surprise de découvrir mon blond préféré debout, les bras ballants et les joues rouges.
- Ben quoi ?, dis-je.
Là, Nathaniel changea complément de physionomie. Il rentra dans ma chambre et ferma doucement la porte. Il me fit reculer, petit à petit, jusqu'à ce que mes jambes rencontrent mon lit et que je dus m'asseoir. Le blond s'approcha de moi et posa ses mains sur le lit, me bloquant de toute sa hauteur. Ce que je n'avais pas remarqué jusqu'ici était la lueur dans ses yeux, indéfinissable, perverse et envoûtante. Il se pencha et me murmura à l'oreille.
- Tu pensais à quoi en m'ouvrant dans cette tenue ?
Je sursautai. Je penchai la tête et vis. Enfin, me vis. J'étais clairement en quasi petite tenue devant lui. Si lui était en jean et t-shirt, moi, j'étais en débardeur et culotte. Ben quoi, j'aime être à l'aise pour dormir ! En plus, j'avais eu chaud pendant la nuit à force de psychoter sur ce foutu baiser ! Je sentis mes joues me brûler et j'espérais vraiment que Nathaniel prenne ça pour sa phrase plutôt que mes pensées. Et je n'arrivai même pas à faire quelque chose. J'aurais pu hurler, le jeter hors de ma chambre, le taper, non, non, non et non, il fallait que je reste là à le regarder avec des yeux de merlan fris, les joues rouges (un peu dans le style karpe koï mais avec une culotte).
Il souleva mon menton de son index et me scruta. Il semblait prêt à dire quelque quand Noémie cria dans l'appartement.
- Vous me saoulez les deux, là-bas ! Pour une fois que je cuisine, je vais pas attendre que les pancakes refroidissent ! Maintenant, si ces messieurs-dames veuillent bien se donner la peine de lever leur royal derrière pour que je puisse leur botter, ça serait très aimable ! En plus, j'ai pas accepté de vous emmener au lycée pour que tout le monde soit en retard à cause de ces majestés, merde !
Plus coupés dans un élan, tu meurs. Nathaniel se releva vivement, balbutia quelques vagues excuses (même si j'aurais juré qu'il avait continué de me mater, non mais!) et sortit de ma chambre en rougissant.
Donc pour résumer, j'avais encore rien dû voir, le jumeau maléfique de Nathaniel était entré et quand Noémie s'est mise à beugler comme un veau, il avait échangé sa place avec le jumeau gentil. Voilà, très plausible. Et si je raconte ça à des gens, il est clair que personne ne se moquera de moi. Non, non.
Je soupirai et pris sur ma chaise ma robe de chambre, histoire d'éviter une deuxième fois la scène précédente.
Je ne comprenais toujours pas ce qu'il venait de se passer et, allez savoir, je n'avais pas envie de comprendre plus que ça. Surtout qu'en entrant dans la cuisine, Nathaniel m'adressa un sourire très timide et baissa rapidement les yeux sur son assiette.
- Je sais bien que t'es pas du matin, mais bouge toi un peu, on est sensé partir dans un quart d'heure, me dit Kentin. Nath était pas sensé te le dire en venant te chercher ?
J'haussai les épaules -faignant l'indifférence alors que j'étais encore troublée par ce qu'il venait de se passer- et mangeai mon petit-déj, en m'extasiant plus d'une fois sur le bon goût de ce que Noémie avait préparé. « Je sais lire une recette de cuisine, quand même » avait-elle répondu.
J'avais dû speeder pour être pile poil prête à l'heure. Noémie était près de l'entrée et tapait du pied. Quand elle me vit, elle haussa un sourcil.
- Eh beh, on y croyait plus. Allez, on y va.
Dix minutes plus tard, tout le monde était devant le portail. En revanche, ce qu'il fallait souligner, c'était les regards de la plupart des élèves qui nous avaient vu arriver avec Nath. En même temps, je ne sais pas ce qu'il lui avait pris ce matin mais son style vestimentaire avait radicalement changé. Il se rapprochait plus de la tenue qu'il avait porté pour l'anniversaire de Lysandre. Plus décontracté et un peu plus rock aussi. Il n'y avait qu'à sa tête qu'on voyait qu'il était toujours notre délégué national. J'entendis plusieurs greluches glousser en le voyant passer devant elle. Pimbêches en rut : le retour. Non mais, y a vraiment que les beaux gosses qui les intéressent, ces nanas ?
Un point était plus que jouissif : Ambre sirotait un café et le recracha sur son satellite Charlotte quand elle vit son frère. Je vis Kentin et Alexy se tenir mutuellement pour éviter de tomber à force de rire. Même s'ils étaient ensemble, ces deux andouilles me faisaient vraiment penser à Timon et Pumbaa. Bon, l'un est un petit maigre et l'autre est un gros cochon. Je crois que je ne préfère pas savoir qui est le gros cochon entre les deux, ça casse l'image qu'on a des gens.
Sur un tout autre sujet, Nathaniel avait rejoint sa sœur et avait dû lui demander de parler en privé puisqu'ils étaient tous les deux plus loin, dans un coin. Ambre vira rapidement au cramoisie et fonça droit sur moi. Avant que je n'ai eu le temps de faire quoique ce soit, elle me gifla.
- Castiel te suffisait pas ?! Il fallait que tu me prennes Nathaniel en plus ?! Tu comptes me pourrir la vie encore longtemps ?
J'étais incapable de bouger, parce qu'en plus, je ne savais pas de quoi elle m'accusait. Elle était prête à m'en mettre une deuxième quand elle fut arrêtée dans son geste.
Castiel lui tenait le poignet et la regardait sévèrement.
- Déjà, Barbie, tu vas te calmer, je ne t'ai jamais appartenu de ce que je sache. Ensuite, je ne pense pas que t'accuses la bonne personne.
- Pour une fois, je suis d'accord, intervint Nathaniel. Moana n'y est pour rien dans l'histoire et en plus, ce n'est même pas elle qui a demandé à ce que je parte de la maison. Tu ferais mieux de demander plus d'explications à papa et maman ce soir.
Ambre rougit de honte et tourna les talons. Tout le lycée s'était regroupé autour de nous. Certains me regardaient comme si j'étais un alien. J'avais eu Castiel et Nathaniel pour venir à ma rescousse et en prime, ils étaient d'accord pour la première fois sûrement depuis longtemps. De quoi faire parler de nous pendant un bon moment …
Dans la journée, personne ne nous avait posés aucune question. Même pas Castiel, qui avait eu l'air de comprendre que la situation était plus grave que ce qu'on laissait paraître. Temps mieux. Et d'après lui, j'étais digne d'avoir sa confiance, donc aucune chance qu'il se mette en colère contre moi. De mieux en mieux. Un vrai miracle. En parlant de ma relation avec Castiel, Kentin et Alexy étaient venus m'en parler.
- Moana, je sais que t'as jamais eu de points de comparaison, tout ça, mais elle devient ridicule votre relation!, me dit Alexy.
- Ah oui ? Et je peux savoir ce qu'elle a de si ridicule ?
- T'es amoureuse de lui?, me demanda Kentin.
Là, j'avouais que c'était une bonne question. Je connaissais la réponse depuis le début, bien entendu. Je lui souris tristement.
- Réellement, non. Pas comme je le croyais …
- Ah ! Tu vois ! Maintenant, je vais te dire ce que tout le monde voit, ici, me dit Alexy. Que ce n'est pas parce que vous vous embrassez de temps en temps que vous avez l'air d'un couple ! Je peux même t'assurer qu'on vous voit comme deux frères et sœurs. Tu te doutes que c'est pas possible, ce genre de relation, vous vous bloquez tous les deux alors que vous pourriez trouver chacun quelqu'un de vraiment amoureux de vous mais non, vous vous obstinez.
- Qu'est-ce que tu me conseilles ?
- Quitte-le. Je sais que c'est cruel et que ce n'est pas à moi d'en décider mais vous vous faites du mal pour rien, surtout qu'on est tous sûr à 99 % qu'il n'est pas amoureux de toi non plus.
Ce dernier point était assez difficile à avaler. Moi qui pensait avoir enfin trouvé quelqu'un, ça n'avait été qu'utopique, et ça n'avait pas duré. Je soupirai, résolue, quand Alexy m'indiqua du pouce Castiel qui passait pas loin.
Je le rejoignis et l'embrassai rapidement sur la joue.
- Coucou, toi. Ouh là, à ta tête, t'as quelque chose à me dire.
- Oui. Dis, Castiel, est-ce que tu m'aimes ?
- C'est quoi cette question soudaine ?
- Bon, ben, j'en conclus que non, vu que tu évites la question...
- Mais, j'ai rien dit et …
- Non, mais t'inquiète, je m'en doutais, de toute façon …
- Tu vas me laisser finir, oui ?!
Je m'arrêtai brusquement dans mon monologue. Il avait les bras croisés sur son torse et me regardait avec une lueur indéfinissable.
- Tu veux en venir où avec ta question ?, me demanda-t-il.
- Ben, ça fait un moment que j'y réfléchis déjà, tu trouves vraiment qu'on forme un vrai couple ? Avec les deux qui sont vraiment amoureux, qui ne se lâchent pas et qui ont un coup de foudre à chaque fois qu'ils se voient ?
- Ah bah oui, mais si t'as des idées aussi filles et aussi arrêtées aussi …
- N'empêche que tu démens pas. Avoue toi aussi, qu'on s'adore mais que c'est tout. Quand je suis avec toi, j'ai l'impression d'avoir le grand frère que je n'ai jamais eu, pas le copain dont j'ai toujours rêvé.
- T'es clairement en train de me plaquer, là.
Gênée, je pris sa main dans la mienne. Je lui adressai un sourire triste et attendis qu'il explose. Mais rien ne vint. A mon grand étonnement, il eut une réaction bien plus douce que je ne l'imaginais : il me prit dans ses bras.
- De toute façon, fallait que je te parle d'un truc. Au début, c'est clair que tu me plaisais mais c'est tout. Et puis, y a une fille, ça fait un moment que je ressens des trucs bizarres pour elle. Rah, p****n, j'aime pas être comme ça, ça fait grand romantique à l'eau de rose, là ! On se croirait dans un vieux bouquin genre Twilight. Mais, je crois que t'as raison, fillette, on arrête là, c'est mieux.
- Amis ?
- Amis.
Ça faisait vraiment bizarre de voir Castiel aussi adorable qu'un bisounours. Je ne sais pas qui avait pu lui jeter un sort de zenitude, mais ça marchait du tonnerre ! Comme quoi, tout peut arriver un jour.
Après cette discussion, Castiel me ramena en moto jusque chez moi. Je descendis de l'engin et lui rendis son casque.
- Tout ça, y a aucun rapport avec l'autre blondinet, hein ?
- Castiel, t'es terrible ! Il n'y a aucun rapport avec Nathaniel ! Et je ne vois pas pourquoi il y en aurait un, d'ailleurs.
- Ah, bon, OK. A plus, alors.
Je lui rendis son salut et rentrai.
Dans la cuisine, Kentin et Nathaniel semblaient en grande discussion.
- Kentin, c'est pas un blague quand je te dis que cette formule ne marche pas sur cet exercice.
- Mais elle a marché tout à l'heure !
- Tout à l'heure, c'était tout à l'heure, là on parle d'un autre problème !
Visiblement, mon cousin avait toujours autant de difficultés en mathématiques, option que Kentin, Nathaniel et moi avions pris en plus de notre bac L. Et là, Kentin semblait proche de la crise de nerfs et Nathaniel s'arrachait les cheveux à faire rentrer quelque chose dans le crâne de piaf du brun.
Je m'assis à coté d'eux et entrepris également de m'avancer dans mes devoirs. En une heure, j'avais tout fini alors que Kentin était toujours bloqué sur la même question.
- J'abandonne, j'y arriverai jamais, dit-il.
- Ah non, hein ! Ça fait pas deux heures qu'on est là dessus pour que t'abandonne!, répondit sèchement son professeur attitré.
- Vous savez quoi, les gars ? Vous en avez marre tous les deux, le mieux, ce serait de faire une grande pause, non ?
Ça devait être ce qu'ils avaient envie d'entendre car, en moins de temps qu'il n'en faut pour dire « chèvre », les cahiers étaient fermés et ils étaient tous les deux avachis dans le canapé. Genre deux pachydermes-phoques en étalage total. Affligeant. Mais je venais d'avoir une idée.
Cinq minutes plus tard, des bougies parfumées étaient allumées un peu partout dans tout le salon, la table basse avait été bougée et Nathaniel et Kentin étaient tous les deux à plat ventre contre le tapis, la tête dans un coussin.
- Et maintenant ? C'est quoi ton plan ?, me demanda Kentin.
- Attends, tu vas voir, ça va vous faire du bien, lui répondis-je.
Sans crier gare, je soulevai son t-shirt pour qu'il ait le dos bien dégagé. Là, je l'aspergeai d'huile essentielle.
- Nan mais, oh, tu fais quoi là ? Mais attends, Moana ! Aïeeeeuuh …
J'étais montée sur lui et lui marchai dessus le long de la colonne vertébrale. J'entendis à plusieurs reprises son dos craqué mais Kentin ne se plaignait plus.
- Heureusement, que t'es restée petite et mince, sinon ça serait vraiment difficile, me dit-il.
- Hé, c'est la réplique dans Kuzco, ça ! T'es au courant qu'il dit ça à Pacha qu'est gras comme un loukoum ? Ben tiens, si je suis si grosse, je vais tester ça sur un vrai homme qui va supporter mon poids.
Nathaniel eut droit au même traitement, à la différence qu'il s'était laissé faire et qu'il n'avait rien dit. J'entendis Kentin râler parce qu'apparemment, ça le soulageait vraiment et qu'il avait dit ça pour rire. Nan, trop tard, pas envie. Kentin bouda et partit à la douche.
Ça faisait au moins vingt minutes que je marchais sur Nath et je commençai à avoir mal aux jambes. En voulant descendre de son dos, je glissai magistralement, tel un pingouin sur sa banquise et atterris à califourchon au niveau du bassin du blond. Ce que je n'avais pas vu, c'était qu'il s'était à moitié retourné en me voyant tomber. En tout cas, je lui avais fait moins mal que je le pensais. Il tenait mes poignets et s'était mis complètement sur le dos. L'autre problème, en plus de notre position légèrement indécente, c'était que je m'étais étalée comme une crêpe contre lui et nos visages n'étaient maintenant qu'à quelques centimètres. A ce moment, là j'eus vraiment très envie...
- Oh, pardon ! Je crois que je dérange quelque chose, là, faites comme si vous ne m'aviez pas vu ...
Noémie venait de rentrer à l'improviste. Elle nous avait faits sursauter. Je me levai à toute berzingue et mis rapidement une paire de chaussettes, histoire d'éviter de se faire tuer parce que j'aurais collé de l'huile essentielle partout sur le parquet. Sans un mot de plus, j'allai vite à la douche. Avec un peu de chance, personne ne me posera de question...
J'aurais mieux fait de me taire. J'étais devant mon assiette à subir un interrogatoire digne de ce nom.
- Je peux savoir ce que vous faisiez tout à l'heure, tous les deux ?, demanda Noémie.
- Ben les gars bossaient sur les maths de Kentin depuis un bon moment alors je les ai massé, enfin tu vois, et en voulant descendre, j'ai glissé et puis voilà, répondis-je en balbutiant.
- C'est ce qu'il s'est passé. Et puis, en sachant Moana en couple, il est clair que je n'aurais rien tenté, ajouta Nathaniel.
Cette dernière partie était très intéressante, et apparemment, elle n'eut pas l'air de surprendre que moi.
- Ah, parce que célibataire, c'est la fête du slip ? dit Noémie.
- Non, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, c'est …, répondit Nathaniel
Je le vis se ratatiner sur sa chaise et il n'osa plus rien dire du repas. Pour ma part, j'étais stupéfaite. Allez donc savoir ce que notre beau blond pourrait me faire dans le noir …
- A ce propos, je ne sors plus avec Castiel.
- Sérieux, tu nous as écoutés ?, s'étonna Kentin. Comment il a réagi ?
- Bien, en fait. Il a compris ce que j'ai voulu lui dire et on reste amis, c'est tout.
Nathaniel affichait un visage indescriptible. Noémie hocha la tête, l'air de s'en battre royalement les œufs durs, et la soirée se passa le plus calmement du monde.
Le lendemain, après les cours, ce fut nettement plus folklorique.
J'étais dans ma chambre, à regarder le dernier épisode de Games of Thrones et soudain, j'eus un mauvais pressentiment. Un très mauvais. Je posai mon ordinateur sur mon bureau et ouvris la porte de ma chambre. Il n'y avait rien dans le couloir. Nathaniel était rentré une dizaine de minutes plus tôt de son footing et venait de finir sa douche. Je l'entendis râler quelque chose comme quoi il avait oublié de je-ne-sais-quoi et il sortit. Torse nu. Vêtu uniquement de son pantalon de jogging. Il ne fit pas du tout attention à moi et se dirigea vers la chambre qu'il partageait avec Kentin. Noémie avait entendu son manège et était sortie voir ce qu'il se passait.
Le problème ne se trouvait pas là. Il se trouvait dans le salon. Lysandre se trouvait au milieu de la pièce et son regard fit la navette entre Noémie et Nath. Sans rien dire, il plaqua le blond contre le mur et mit son avant-bras sur sa gorge.
- Noémie, je peux savoir ce qu'il fait chez toi ? Dans cette tenue ?
- Lysandre ! Lâche-le ! Il habite ici maintenant !, dit Noémie.
Lysandre n'était décidément pas prêt de le laisser. Je ne l'avais jamais vu comme ça. Je crois que si les yeux pouvaient tuer, il y aurait eu deux morts.
Le victorien ne semblait pas enclin à écouter Noémie et hésitait à frapper le blond. Elle avait beau s'égosiller sur le fait qu'elle ne le trompait pas avec Nathaniel et qu'il n'y avait aucune chance pour qu'elle le trompe d'ailleurs, il n'y avait rien à faire. En même temps, c'est sûr que voir un camarade de classe se balader presque à poil chez sa copine, il y avait de quoi avoir des doutes. C'était le moment pour moi d'intervenir.
Je m'avançai vers eux.
- Tu peux le lâcher, tu sais bien que Noémie ne ferait jamais ça. On va te raconter ce qu'il se passe, ne t'en fais pas.
Bizarrement, ça marcha. Lysandre laissa tomber. Il fit même encore mieux pour prouver qu'il me croyait : il prit Noémie dans ses bras et l'embrassa avec une fougue que je ne lui connaissais pas. Apparemment, c'était sa manière à lui de faire comprendre qu'elle était à lui, et rien qu'à lui.
Tout le monde s'assit, même Kentin qui s'était réveillé après la guerre. La conversation fut assez grave mais Lysandre comprit ce qu'il se passait.
- Je vois. Nathaniel, toutes mes excuses pour m'être énervé. Et puis, je n'avais pas à rentrer ici sans autorisation. Je vous prie de me pardonner pour la gêne occasionnée. Je sais que cela ne se fait pas de partir comme un voleur après ce qu'il vient de se passer, j'étais simplement venu voir rapidement Noémie, je dois rejoindre Leigh maintenant.
Sur ce, il embrassa Noémie et partit sans demander son reste.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, Lysandre avait gardé le secret de Nathaniel sur la véritable raison de son emménagement ici. Chacun avait pris ses marques et les vacances de Noël arrivèrent même plus vite qu'on ne le pensait. A ce propos, Noémie nous demanda de tous nous asseoir autour de la table pour « une réunion du conseil ». Y avait plus qu'à se demander qui allait être éliminé façon Koh-Lonta...
- Les gars, mes parents viennent passer le réveillon avec nous. Nous avons donc très exactement quatre jours avant le jour fatidique. Je veux que tout soit absolument parfait. Pas une miette qui traîne, un plat mal préparé, une vieille blague pourrie balancée en plein milieu du repas. RIEN.
J'échangeai un regard surpris avec Kentin, et je crois que nous étions tous les deux d'accord pour dire que c'était bien la première fois que je voyais Noémie aussi stressée de voir ses parents à la maison. A moins que …
- Noémie, qu'est-ce que t'as prévu de faire ?, lui demandai-je.
- En plat ? Eh bien, je pensais commencer avec du saumon fumé puis …
- Je parlais pas de ça.
Je pense qu'elle s'en doutait. Elle baissa les yeux et son visage devint très très pâle.
- J'ai fait une bourde au téléphone avec papa !, avoua-t-elle en cachant son visage de ses mains. Je lui ai dit sans faire exprès que j'avais un copain et maintenant, il tient à ce que je lui présente ! Maman a même renchéri sur le fait que Noël était une fête en famille et que ça serait parfait pour le rencontrer !
- Et le problème, il est …, commença Nathaniel.
- Ils ne savent pas que Lysandre est plus jeune que moi. Et s'ils ne l'acceptaient pas ? Et si ils nous reniaient ? Et si …
- Et si ça se passait bien ?, dit Kentin.
Ma cousine ne répondit pas mais sembla se détendre un peu. Elle nous regarda Nathaniel et moi mais posa de grands yeux ronds sur son frère.
- Pourquoi tu ne leur présenterais pas Alexy ?
- Tu veux que je meures ?
- Non, bien sûr que non ! Il n'empêche que ça minimiserait carrément ma relation avec Lysandre !
- Bah oui, tu m'étonnes, je vais devoir leur avouer que je suis gay !
Déjà, je n'écoutais plus leur débat. A les entendre, on croirait qu'ils n'assument pas leur copain. Nathaniel avait le visage fermé.
- Hey, tout va bien ?
- Oui, oui, ne t'en fais pas.
- A d'autres. Qu'est-ce qui te tracasse ? C'est à cause de cette histoire ? Tant fait pas, ils vont s'en remettre que ça soit les deux lâches là-bas ou leur parents.
Je ne sus pas pourquoi mais Nathaniel se leva et alla dans sa chambre. Sans me poser plus de questions, je le suivis.
Il était assis sur son lit, dos à la porte et regardait à travers la fenêtre. Je me doutai qu'il voulait qu'on lui fiche la paix, mais depuis le temps que vous me connaissez, vous vous doutez bien que j'ai fait l'exact contraire !
Je me postai donc devant lui, les mains sur les hanches.
- Tu comptes dire quelque chose ?
- Non, parce que tu vas trouver ça plus que stupide, me répondit-il.
- Eh bah, au pire, c'est pas grave, je suis la seule à écouter.
La preuve à l'appui était qu'on entendait Kentin et Noémie qui continuaient à s'engueuler. Nathaniel se résigna.
- Ce qui me fait drôle, c'est que je n'ai rien reçu de mes parents pour me dire de venir au moins à Noël. J'ai passé l'âge du Père Noël, bûches et tout ce que tu voudras, mais ta tante a raison quand elle dit que c'est une fête familiale, et savoir que la mienne ne pense pas à moi, je me sens, disons, un peu …
- Rejeté ? Indésiré ? Mal-aimé ?
- Ça fait un peu l'enfant perdu sans ses parents, mais, c'est l'idée, ouais …
Comprenant ce qu'il devait ressentir, je le pris contre moi, faisant en sorte que sa tête repose contre ma poitrine (beh non pas plus bas, je rappelle que je suis aussi grande qu'une poule sur la pointe des pattes), et lui-même m'entoura de ses bras.
- Tu sais, quand mes parents m'ont dit qu'ils voulaient faire un tour du monde et que comme je ne pouvais pas partir avec eux, j'irai ici. Je me suis vue comme une gêne pour eux et ça m'a mise en colère. Je sais très bien ce que tu ressens. Laisse du temps à tes parents. Pour les miens, j'ai compris que je ne pouvais pas être le boulet qu'ils allaient traîner toute leur vie et puis, il faut bien qu'ils fassent la leur. De toute façon, qui a dit que tu allais être seul à Noël ? T'as une famille, c'est nous maintenant ! Crois pas que y aura rien au pied du sapin pour toi !
Je le sentis sourire contre moi. Sans rien dire, il m'attira encore plus contre lui et je dus m'asseoir à califourchon sur ses genoux. J'avais gardé mes mains sur sa nuque, ce qui faisait que nos visages n'avaient jamais été aussi proches. Nous nous rapprochions lentement l'un de l'autre, nos lèvres se frôlèrent et …
- Oh, ils dressent des licornes en cachette, à s'enfermer comme ça ou ça se passe comment ? Z'avez cru que le sapin il allait se faire par l'opération du Saint Esprit ?
Trois fois. Ça faisait la troisième p****n de fois que Noémie nous coupait. Elle en faisait exprès, ou bien ? Je fis comme s'il ne s'était rien passé et me dégageai rapidement. J'essayai de ne pas le montrer mais j'étais clairement frustrée.
Cela dut se voir quand j'entrai dans le salon car Noémie s'excusa aussitôt (c'est plus rare qu'on le croit!). Derrière moi, c'est un Nathaniel tout déstabilisé qui arriva. Comme d'habitude, et c'est pour ça que j'aime beaucoup ma famille aussi, tout le monde se mêla de ses affaires, et à mon image, Nath ne dit ni ne demanda quoique ce soit sur ce qu'il venait de se passer. Au contraire, même s'il semblait avoir tourner la page sur ce qui le tracassait plus tôt, il réfléchissait intensément à autre chose.
Étrangement, les deux jours qui suivirent, on s'évita le plus possible. Ça devait être inconsciemment mais c'était comme ça. D'un côté, ça tombait parfaitement bien puisque je pris le plus clair de mon temps à chercher des cadeaux de Noël pour mes proches. Le réveillon était jeudi et on était déjà mercredi soir. Noémie avait fait une liste de choses à faire pour chaque personne, et croyez-moi, c'était assez amusant. Surtout qu'après un grand moment de réflexion, mes cousins avaient cédé et Alexy et Lysandre étaient invités à venir. De l'autre côté, le 25, Noémie allait être présentée aux parents de Lysandre et Kentin à ceux d'Alexy. Oui, oui, vous avez très bien compté. Nathaniel et moi-même allons rester tous les deux ce jour-là. Et même si on évitait de rester seuls tous les deux, ça ne nous dérangeait moins qu'il n'y paraît (paradoxe du jour bonjour), surtout qu'on s'était prévu une petite journée en paix, en pyjama, à boulotter les restes de la veille devant le plus de films de Noël et pour enfants possibles et en regardant la neige tomber dehors sur le balcon.
- Les gars, c'est compris ? Vous allez chercher ce que j'ai commandé chez le traiteur pendant que Moana et moi faisons le ménage, d'accord ?
- Oui, chef, soupira son petit frère, un peu las de la voir stresser tout le monde.
Le lendemain, nous passâmes la matinée avec Noémie à récurer de fond en comble tout l'appartement et à le décorer en mettant quelques bougies et guirlandes de ci, de là.
Les gars rentrèrent dans l'appartement pour le déjeuner. On eut le droit à un sublime haricots verts/jambon parce que je cite « on va bien manger ce soir et vous êtes pas des oies. Maintenant, passe moi le sel ». Un pauvre déjeuner sans sucre que mon estomac eut bien du mal à accepter. Je confirme, il était bien en train de me faire un caprice. Donc ordre de Noémie ou non, je me levai pour prendre une grosse cuillère de cette superbe pâte à tartiner que tout le monde connaît.
- Te plains pas si tu rentres pas dans ta robe ce soir, me dit Noémie.
Je lui tirai la langue. Le pot faillit me glisser des mains quand on sonna à la porte.
- On attend quelqu'un?, demandai-je.
Noémie haussa les épaules et alla ouvrir. Ma surprise fut très grande quand je vis Alexy arriver, un tablier sous le bras.
- Euh, salut. Pourrais-je avoir la raison de ta visite en ces lieux avant l'heure fatidique?, dit Noémie.
- Ben tout à l'heure, j'ai croisé Nath et Kentin. Comme ils avaient l'air vachement inquiets pour la cuisine, je viens aider.
Ma cousine et moi lancions un regard noir aux deux concernés. De quoi ils étaient inquiets pour le repas ? Je sais cuisiner non mais, oh ! Noémie je peux comprendre, mais j'étais là quand même ! Et ils pensaient nous regarder galérer les deux zoives ?
- Les regardez pas comme ça et puis, plus on est de fous, plus on rit, non?, dit Alexy.
Sur ce, nous nous mîmes au travail. Kentin embrassa rapidement son copain et alla mettre une chaîne de musique.
Nathaniel se révéla être un grand maniaque sur la présentation des aliments sur les plats et fut donc assigné à cette tâche (au moins, si c'était mal fait, il pouvait se blâmer tout seul!). Noémie, de son côté, fut très vite attachée à une chaise, après avoir magnifiquement réussi à louper des pauvres blancs en neige. Alexy, plus que blasé, était tranquillement parti chercher son écharpe et avait attaché Noémie avec. Sur une chaise, les mains liées, elle ne pouvait plus causer grand tord à la cuisine. Restait donc Kentin, Alexy et moi. Kentin s'occupa du chapon et Alexy et moi du dessert. Après plusieurs rappels à l'ordre, il fallut qu'Alexy me menace de m'attacher comme Noémie pour que j'arrête de goûter aux plats.
C'est dont en fin d'après-midi, une heure et demie avant que tout le monde n'arrive que justement, Alexy partit se préparer et nous laissa à la décoration de la table. Je détachai Noémie.
- Pas trop tôt ! Je rêve quand même, c'est moi qui paye et c'est à moi qu'on dit de rien toucher !
Mais oui, mais oui, on sait. Elle n'avait fait que ça de nous le répéter tout l'après-midi.
Elle avait choisit de faire sa table argentée et pourpre, ce qui faisait très joli, il fallait l'avouer.
L'heure H était arrivée. J'avais enfilé ma robe noire préférée et m'étais maquillée assez simplement. Noémie courait dans tout l'appartement pour finir de préparer les toasts, sous l'œil amusé de Lysandre et d'Alexy, qui étaient arrivés un peu en avance.
Dans le salon, j'avais quatre jeunes hommes en costume. La seule différence était la couleur de la chemise ou celle de la cravate. La cravate de Lysandre (et non, pas de costume victorien!) était bleue-verte, Alexy n'en avait tout simplement pas (et en parlant de simplement, je crois que je ne l'ai jamais vu habillé aussi soft !), Kentin était en jean (classe en haut mais jean en bas car « c'est bon, j'vais pas ressembler un pingouin cent cinquante ans, non plus », je cite) et Nathaniel avait opté pour une chemise bleu ciel qui lui allait à merveille.
Mon oncle et ma tante arrivèrent enfin.
- Bonsoir tout le monde ! Alors, Noémie m'a dit qu'il y avait un couple en plus du sien à nous présenter ! Attendez, je vais essayer de deviner vos noms, les garçons !(elle désigna Lysandre) Toi, il est clair que tu es Lysandre, le petit-ami de ma fille !(elle s'approcha d'Alexy) Toi, tu es Nathaniel, celui que Noémie a pris sous son aile. (et s'avança enfin vers Nathaniel) Et toi, Alexy, le copain de Moana ! Je suis ravie de faire votre connaissance, les garçons !
A côté d'elle, mon oncle avait serré la main de chaque personne présente. Il n'empêche qu'il y eut un blanc phénoménal. Ma tante pensait que je sortais avec Nathaniel et on avait rougi tous les deux devant cette exclamation soudaine.
Noémie se racla la gorge.
- Maman, tu as confondu. Tu as reconnu Lysandre mais Nathaniel est là et Alexy, là. Moana ne sort avec personne.
Le chemin se fit très rapidement dans la tête de Giles. Il empoigna son fils par le col.
- Toi ? Tu sors avec un homme ?! Tu m'expliques ? Depuis quand tu me prends pour un abruti congénital ? C'est pour me faire payer le fait de t'avoir envoyé à l'école militaire, c'est ça ?
- Non, papa, répondit Kentin. J'étais comme ça avant que j'aille là-bas et j'avais déjà des sentiments pour Alexy.
Giles semblait sur le point de péter un sérieux câble. Il se tourna vers Alexy, les poings serrés.
- Giles, non.
La mère de Kentin s'était mise devant Alexy, les bras croisés et les sourcils froncés.
- Ce garçon n'y est pour rien dans les préférences de ton fils. Aujourd'hui, c'est Noël et tu vas me faire le plaisir d'accepter les choix de tes enfants avec amabilité et avec le sourire. Son bonheur ne compte pas plus que ça pour toi ? Tu ne pensais pas l'avoir sous ton commandement jusqu'à la fin de sa vie j'espère ? Il n'est pas un de tes soldats que je sache !
Wouh. Il était très très rare que Manon s'énerve mais quand elle le faisait, ça m'étonnait toujours autant.
Giles se calma instantanément. Les traits durcis par la colère encore présente, il partit s'asseoir à table.
- Le message est valable pour Lysandre, Alexy et Nathaniel. Le premier qui fait du mal à ma famille, je le bute. C'est clair ? Maintenant, à table. Et je veux entendre vos histoires, que je vois si je vous accepte ou non.
Seigneur, que la soirée commençait à merveille. Tout le monde souffla discrètement et alla s'asseoir. Il s'en était fallu de peu … Par contre, pourquoi mon oncle avait cité Nathaniel ?
Lysandre avait fini d'expliquer comment il avait rencontré Noémie et dans quel environnement il avait grandi. Nathaniel avoua ensuite le pourquoi du comment il avait fini par être hébergé par Noémie.
- Et je vous remercie encore pour l'aide que vous m'avez apportez et pour la place que vous m'avez donné ici.
- Tu sais, réellement l'appartement n'est pas à nous, dit Manon.
- Noémie est locataire, je sais mais …
- Les propriétaires sont les parents de Moana. Mon frère possède plusieurs agences immobilières qui tournent toutes seules. Quand Noémie a voulu prendre son envol, il lui a proposé celui-ci et comme c'est sa nièce, elle ne paie aucun loyer réel, elle donne juste un peu pour l'eau et l'électricité grâce à son job au conservatoire, continua-t-elle.
Nathaniel était plus que surpris. Il devait me voir différemment maintenant, il était vrai que je ne faisais pas spécialement fille de papa riche. Et puis, il pensait vraiment que c'était le lapin de Pâques qui donnait l'argent pour leur voyage autour du monde ?
- Et toi, Alexy, comment vous êtes-vous mis ensemble avec Kentin?, demanda Manon.
- Le week-end d'Halloween, c'était l'anniversaire de Lysandre et tout le monde est venu le fêter chez lui. On a joué à un jeu où chacun devait embrasser quelqu'un et j'ai embrassé Kentin mais il l'a mal pris et m'a beaucoup fait la tête alors je suis venu en parler avec lui mais à force, je lui ai avoué que je l'aimais déjà avant qu'il ne parte à l'école militaire et voilà …, finit Alexy, rouge de honte.
- Oh, c'est adorable, tu ne trouves pas, Giles? dit Manon à son mari qui semblait bien plus intéressé par la tranche de foie gras qui se trouvait dans son assiette. Et toi, Moana ? T'es sûre que tu n'es avec personne ?
En disant cela, elle appuya son regard sur Nathaniel qui le remarqua et fut vite gêné. Vu qu'il ne répondait rien, je dus le faire moi-même.
- Non, tata, je suis célibataire. Et oui, merci, j'en suis sûre tout de même.
Elle hocha la tête et partit dans un sujet complètement différent avec sa fille.
Minuit venait tout juste de sonner. C'était le moment des cadeaux ! Noémie me fit un signe de tête pour que je l'accompagne chercher les paquets qui se trouvaient tous dans sa chambre.
Les bras chargés, je dus sortir trop tôt car je surpris un bout de conversation que je n'aurais pas du entendre. Mon oncle faisait la morale à Nathaniel.
- Tu crois que je ne vois pas comment tu dévores ma filleule des yeux ? Que je suis le dernier des imbéciles ? A ton avis, pourquoi je t'ai dit ça tout à l'heure ? Tant que son père n'est pas là, la figure paternelle, c'est moi !
- Écoutez, je comprends votre point de vue, mais je ne lui ferais rien. Elle est un joyaux trop précieux à mes yeux pour j'ose quoique ce soit.
- Bien. Donc si j'apprends que tu l'as blessée, tu sais ce qui en coûtera, n'est-ce pas ?
- Oui, monsieur.
Noémie s'était mise à côté de moi. Je tentai de la questionner silencieusement sur ce qu'on venait d'entendre mais un haussement d'épaules de sa part me fit comprendre qu'elle non plus ne savait rien.
Comme c'était une conversation qu'on n'aurait pas dû entendre, nous entrâmes dans le salon, l'air de rien.
- Cadeaux pour tout le monde ! On va sur les canapés !
Chacun alla s'asseoir, impatient, moi la première.
- Je prends au hasard, les premiers qui me tombent sous la main ? Et on attend tous avant d'ouvrir !, demanda Noémie. Oui ? Bon alors le premier … Maman ! Ensuite …
Noémie nous cita tous et tout le monde avait au moins six à sept cadeaux sur les genoux. Globalement, de la part de mon oncle et ma tante, tout le monde reçut une carte cadeau. Giles avait un gros paquet sur les genoux et quand il l'ouvrit, quelle surprise ! On s'était tous cotisé pour lui offrir une caisse d'un très bon vin. L'attention dut beaucoup le toucher puisqu'il nous remercia avec le sourire.
Ensuite, je me mis à ouvrir mes cadeaux. Je reçus une boîte de crayons aquarelles d'une excellente marque de la part de Kentin (une jolie petite boîte de soixante crayons tout de même!), un parfum que je cherchais depuis des lustres (j'avais appris qu'il ne se faisait normalement plus mais grâce à l'aide de Leigh qui avait déjà travaillé pour ce créateur, Lysandre avait pu se le procurer sans trop de peine). Noémie m'avait offert quelque chose de plus personnel (un joli album photo, touchant à souhait, de ma naissance jusqu'à aujourd'hui et qui retraçait à merveille notre amitié entre cousine. Le cadeau d'Alexy était un magnifique casque audio (« quand on écoute de la bonne musique, on le fait avec les bons instruments ! » avait-il écrit sur un petit mot qui l'accompagnait).
- Oh, Moana, j'allais oublié, Castiel m'a donné ça pour toi. La forme est un peu bizarre mais il m'a dit que tu comprendrais, me dit Lysandre en me tendant un truc très mal emballé et d'une forme plus qu'étrange.
Je le pris avec précaution et l'ouvris. C'était la peluche mi-panda mi-tortue dont j'avais parlé à Rosa il y a un bon moment déjà. Le résultat était très bizarre mais un fou rire me prit en voyant ce que ça donnait : la base était une tortue, avec les pattes et la tête noires, le ventre blanc et la carapace toute noire. En prime, elle avait des oreilles toutes rondes et toute noires aussi. Je ne saurais toujours pas dire si c'était adorable ou si ça ne ressemblait vraiment à rien.
Un mot était dessus et il y avait trois écritures différentes.
« Tiens fillette, un cadeau de gamin pour une gamine. Joyeux Noël. C. »
« On s'en est donnée du mal avec Violette pour la faire ta machine ! J'espère qu'elle te plaît et que ça reste ce à quoi tu t'attendais. J'ai hâte de te voir arriver au lycée avec ça 3 ! Rosalya. PS : en vrai, la peluche est une idée de Castiel, apparemment t'arrêtes pas de le tanner avec les tortues et il a trouvé le dessin dans ton sac. »
« Joyeux Noël Moana, ce n'est pas grand chose à côté de l'aide que tu m'as apportée dans mes problèmes avec Armin mais j'espère qu'elle égayera un peu ta journée. Violette »
La belle brochette que voilà. C'était adorable ce qu'ils avaient fait quand même et je me sentis vraiment touchée. Je serrai fort contre moi la peluche (qui deviendra sûrement mon emblème) et arrachai le papier du dernier cadeau que j'avais sur les genoux. C'était une boîte pas plus grande qu'un cookie. Attendez, c'était une boîte de bijoutier. Les mains tremblantes en pensant à la folie que la personne avait dû faire en achetant le contenu, j'ouvris et tombai sur le bracelet le plus magnifique que j'eus jamais vu. Il ressemblait à une gourmette dont la chaîne était tressée finement et mon nom était écrit dessus. Il était en or. Il était si beau, si brillant que j'osai à peine le toucher.
- Donne ton poignet, je vais te le mettre.
Nathaniel, qui était assis à côté de moi, me prit la main et m'attacha le bracelet.
- Merci, mais tu...
- Joyeux Noël, me dit-il en souriant.
C'était lui. Cette petite merveille venait de lui ! Mais il était fou ! Il avait dû se ruiner ! Pour moi en plus …
Je ne résistai pas et l'embrassai sur la joue avant de le prendre dans mes bras.
- Merci, je l'adore ! Tu es complètement malade d'avoir fait ça, c'est …
- Un cadeau presque à la hauteur de ce que tu as fait pour moi.
- J'avais pas fait ça pour ça, tu sais.
- Je sais, t'en fais pas …
Remarquant que tout le monde nous regardait, je lâchai Nathaniel, les joues roses. Heureusement, Noémie détourna rapidement l'attention en hurlant de joie à travers tout l'appartement.
- HIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII ! Deux places pour le concert de EXO à Paris, devant la scène en plus, comment t'as pu … ? Le concert a été prévu à la dernière minute et tout était complet en deux heures !
- A vrai dire, il y a eu quelques fuites sur leur concert et quand j'ai su ça, je suis allé camper devant le guichet jusqu'à ce que ça ouvre, répondit Lysandre.
- T'es un amour !
Elle partit sur les genoux de son copain et l'embrassa. Après elle courut dans tout l'appartement pour trouver un cadre où elle mit les places et je l'aperçus le mettre sur son étagère, dans sa chambre. Elle revint, heureuse comme une licorne sur son nuage de sucre. A croire qu'après ça, même lui offrir la lune n'aurait pas eu le même effet.
Elle ouvra néanmoins le cadeau commun qu'on lui avait pris. Le fameux sac sur lequel elle bavait depuis des mois et dont elle collait des photos partout dans l'appartement pour être sûre d'avoir ça pour Noël.
Je n'eus pas le loisir de voir ce que les garçons avaient reçu. Bah, je leur demanderais plus tard.
Tout le monde se remercia les uns les autres et la soirée continua d'une humeur bien plus légère qu'avant. Entre nous, je ne pus m'empêcher d'exhiber avec fierté mon bracelet et je n'avais pas résisté à l'envie de me mettre le parfum que Lysandre m'avait trouvée. Non, je ne fais pas de favoritisme mais avouez que je n'avais pas vraiment l'occasion sur le coup de me servir du casque et des crayons. En revanche, au moment du café, ma tante insista pour qu'on regarde l'album photo que Noémie m'avait offert. Il y eut plusieurs fou rires (disons que la coupe presque afro de Noémie quand elle était petite était hilarante, bon et l'espèce de couette sur la tête que ma mère me faisait aussi, voilà, c'était le moment honte).
Il y était bien trois heures du matin quand tout le monde partit.
Manon traîna un peu mais on sentait qu'elle voulait dire quelque chose en privé à ses enfants.
- Ne vous en faites pas, je suis certaine que votre père a adoré tout le monde, mais il ne le montre pas comme d'habitude. Kentin, ne fais pas cette tête-là, même s'il n'a plus rien dit, tu sais qu'il ne renierait ses enfants pour rien au monde, et puis, je ne lui accorderai jamais ce luxe. Bonne nuit, mes amours. Moana, tes parents ont laissé quelque chose pour toi, je l'ai mis sous le sapin, je me suis dite que ça pourrait être trop personnel pour que tu l'ouvres devant tout le monde. Nathaniel, viens par là, j'ai un mot à te dire.
J'aurais pu trouver ça bizarre que ma tante veuille parler seul à seul au blond mais mon attention était sur l'enveloppe sous le sapin. Je courus presque et l'ouvris de mes mains tremblantes. Depuis le temps que j'attendais un signe de leur part, enfin !
C'était une lettre écrite par ma mère et il y avait un tout petit mot écrit par mon père. Elle disait que, même si tout l'or du monde ne pouvait pas faire qu'ils soient avec moi pour fêter le réveillon, ils pouvaient toujours essayer de se faire pardonner et qu'ils avaient mis dans l'enveloppe un chèque blanc pour pouvoir m'offrir l'animal de compagnie que je voulais. Noémie était apparemment d'accord tant qu'il n'était pas trop gros et qu'elle ne s'en occupait pas. Aussi, tout allait bien pour eux et ils rentraient dans un mois et demi, mais qu'il ne fallait pas que je m'inquiète, je restais ici pour finir mon année scolaire et avoir mon bac, je rentrerais après.
Je fus heureuse de voir qu'ils pensaient à moi (et qu'ils n'avaient pas peur de mettre un chèque comme ça!) mais d'un autre côté, je trouvais ça vraiment dommage qu'ils tentent d'acheter mon pardon avec de l'argent. D'un autre côté, je pouvais avoir l'animal que je voulais …
Je posai la lettre sur mon bureau et me mis en pyjama. Noémie, complètement fatiguée, nous dit de ne pas s'en faire et qu'on rangerait l'appartement plus tard.
Le lendemain, je me réveillai tranquillement, surprise par le calme de l'appartement. Je regardai l'heure sur mon réveil. Il était 13h. Ah oui quand même. J'avais fait un bon gros dodo de dix heures, une vraie gamine. En tout cas, j'avais dormi avec ma toute nouvelle peluche. Je venais d'avoir une superbe idée. Je me levai et pris mon nouveau parfum et aspergeai sur la peluche. Là, c'était parfait. Je pense bénir Lysandre pour cette idée (qu'il avait dû avoir par le biais de Noémie).
Je sortis de ma chambre, enveloppée dans un pull, un gilet et ma robe de chambre (le look total glamour-killeuse de la mort, façon vieille mamie en maison de retraite) et trouvai Nathaniel qui finissait de ranger la vaisselle propre dans les placards.
- Oh, bonjour Moana. Bien dormi ?
- Merveilleusement bien, je dirais. J'ai adoré la soirée d'hier, en plus, elle s'est mieux passée que je le pensais.
Il me sourit et posa son regard sur ma main. Je vis une lueur de fierté dans ses yeux quand il vit que je n'avais pas retiré le bracelet. Un bijou pareil … Quelle idée de l'enlever ! Même sur mon lit de mort, je veux qu'il reste à ce poignet !
- Au fait, je n'ai pas vu, qu'as-tu eu comme cadeau ?, lui demandai-je.
- De la part de ton oncle et ta tante, une carte cadeau, comme tout le monde je crois. J'étais surpris mais d'Alexy, j'ai eu la série complète des Sherlock Holmes en anglais. De la part de Kentin, le dernier album de Avenged Sevenfold, je suis persuadé qu'il a regardé dans mes affaires d'ailleurs ! Bizarrement, Noémie m'a offert un kit de plusieurs huiles de massage et j'ai peur qu'il y ait un gros message derrière … Et alors le dernier cadeau … Il reste quand même le plus surprenant. Toi et Lysandre qui se sont mis ensemble pour m'offrir une veste en treillis sur mesure, avec l'aide de Leigh. Je peux savoir comment vous avez eu mes mesures ?
- Oh, euh … Et bien tu vas rire … Rosa avait toujours les mesures qu'elle avait prises quand vous avez fait le spectacle de théâtre l'année dernière, alors elle nous les a donnés... T'aurais pu me dire que t'avais fait un super roi de cœur dans Alice au Pays des Merveilles (NDA : c'est la pièce que j'ai préférée sur les trois ^^) !
- Et tu t'es pas dit que j'aurais pu grossir ou maigrir ou prendre du muscle ?
- Euh … Je t'ai piqué quelques vêtements que tu portes assez près du corps pour comparer, voilà, voilà … Soit dit-en passant, par rapport à l'année dernière, t'es juste plus grand de trois centimètres, c'est tout, de chez tout.
Sur cette dernière parole, Nathaniel leva les yeux au ciel. Pour changer de sujet, il me proposa de manger, puisque nos deux estomacs criaient famine.
Nous prîmes un grand plateau et chacun piocha dans les restes de la veille. Là, on posa nos assiettes et nous mîmes « Le monde de Némo ».
« Les nouveaux héros » venait tout juste de se finir. On avait passé l'après-midi à grignoter tout et n'importe quoi en regardant la télé. En tout cas, j'avais envie d'une bonne douche ! Excusez le terme, mais passer la journée dans son jus, au bout d'un moment, on ne demande qu'à être un peu plus propre !
Je sortis de la douche et m'enveloppai dans ma serviette de bain. Allez savoir pourquoi, je n'eus pas envie de sortir de suite de la salle de bain. Je pris mon portable et jouai à la première imbécillité que j'avais, assise sur le rebord de la baignoire.
Cinq bonnes minutes plus tard, la porte s'ouvrit, ce qui me fit sursauter et lâcher mon portable. Sans comprendre ce qu'il se passait, je fus plaquée contre un mur, avec un corps chaud contre moi. Nathaniel me tenait fort et j'avais sa tête dans mon cou. J'avais beau tenir fermement ma serviette contre moi, il la tenait et semblait prêt à tirer dessus à tout moment. Je ne savais pas ce qu'il prévoyait de faire, ce qu'il faisait là, ce qu'il se passait dans sa tête, j'étais complètement perdue. Il embrassa plusieurs fois mon épaule alors que je lui demandai de me lâcher, mais plus je le faisais, plus il me serrait contre lui. J'hoquetai quand je le sentis sucer violemment ma peau. Là, c'en était trop. Je le repoussai de toutes mes forces et le giflai.
- J'en ai marre ! Qu'est-ce qu'il te prend à la fin ?! J'en peux plus de te servir de jouet ! J'ai attendu que tu m'en parles, de savoir ce qu'il te passe dans ta tête mais rien ! C'est un coup chaud, un coup froid, le jour et la nuit, ce que tu me fais ! Explique-toi maintenant !
