Disclaimer : Tout est à Beemoov sauf Moana et Noémie
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- J'en ai marre ! Qu'est-ce qu'il te prend à la fin ?! J'en peux plus de te servir de jouet ! J'ai attendu que tu m'en parles, de savoir ce qu'il te passe dans ta tête mais rien ! C'est un coup chaud, un coup froid, le jour et la nuit, ce que tu me fais ! Explique-toi maintenant !
Nathaniel secoua la tête et toucha du bout des doigts la joue que je venais de frapper. Il me regarda avec des grands yeux, éberlué.
- Moana ? Qu'est-ce que … Oh, dit-il en jetant un coup d'œil sur ma poitrine partiellement dénudée.
Je croisais les bras sur ma serviette et le virai hors de la salle de bain.
- Tu ne bouges pas d'ici !, dis-je avant de refermer la porte.
Fallait que je me calme. Et que je règle vite ce délire. J'inspirai et expirai plusieurs fois de suite jusqu'à ce que les battements de mon cœur ralentissent. Une fois fait, j'enfilai rapidement mon pyjama et fus prête à sortir mais un détail attira mon attention : dans le miroir, je pouvais très distinctement voir la jolie tâche violette sur mon cou. Super. J'allais devoir la cacher avant que quelqu'un d'autre que son très cher auteur Nathaniel ne la voie. Pour le moment, je m'enveloppai dans ma robe de chambre et remontai le col.
Je sortis et rejoins Nathaniel qui s'était assis sur le canapé, l'air penaud et surtout désolé. Mouais, trop tard. Je m'assis à l'extrême opposé de lui et attendis.
- T'as très exactement trente secondes pour m'expliquer sinon, ce n'est même pu la peine de m'approcher ou d'avoir ne serait-ce qu'un mot de ma part.
Je le vis se tortiller, gêné. Je comptais jusqu'à trente dans ma tête puis me levai mais fus stoppée par une main qui m'attrapa le poignet.
- Non, attend, c'est … tellement compliqué … Je ne sais pas par où commencer.
- Ben par le début, ça n'a pas commencé tout seul, ça.
Je me recalai sur un coussin, les bras croisés.
- Ça doit dater de la seconde. Non, de ma naissance. J'étais un enfant tyrannique et intenable, à tel point que mon père m'a bien corrigé, dirons-nous, et j'ai eu tellement peur que j'ai décidé de me ranger dans le chemin qu'il voulait. Mais, il y a deux ans, ça m'ait retombé dessus. Castiel avait une copine qui s'appelait Debrah. Ils faisaient de la musique ensemble et un producteur les a repéré. Malheureusement, Debrah a trahi Castiel en disant au producteur qu'il n'était pas intéressé pour qu'elle puisse avoir la gloire à elle seule. J'ai tout entendu et elle l'a su. J'étais encore ami avec Castiel à ce moment-là et j'étais parti pour tout lui dire mais elle m'a rattrapé et …
- Et quoi ?
- Comment dire … Elle m'a dragué, séduite, choisis le terme que tu veux mais je dirais, pour faire soft, qu'elle a utilisé ses charmes sur moi pour me faire taire.
Je rougis en comprenant ce qu'il me disait. Après réflexion, je n'étais pas sûre d'avoir voulu savoir. Mais, je restais curieuse.
- Comment vous … enfin … Pas au lycée …. hein ?, bafouillai-je.
- Non. Elle m'a dit qu'elle voulait m'expliquer pourquoi elle faisait ça, et m'a coincé dans son appartement. Le problème, c'est qu'elle avait prévu de toute manière de raconter à tout le monde comment ça s'était passé de la manière la plus négative qui soit si je l'ouvrais.
- Si elle avait prévu ça, pourquoi coucher avec toi quand même ?
- Rien de plus simple : je reste un mec avant tout, surtout que je n'ai jamais eu de copine, et la voir comme ça m'a fait … réagir.(Il prit sa tête entre ses mains)Quand je pense que je me suis fait avoir par une conne pareille, ça me dégoûte. Le pire dans l'histoire, c'est après.
- Parce que Castiel l'a appris ?
- Malheureusement, oui, comme toutes les filles qui sont venues me voir après Debrah. Elle a dû le dire à quelqu'un et ça a eu un effet boule de neige. Ma joue se souvient encore du poing qu'il m'a collé ce jour-là.
- Mais, excuse de le dire franchement, personne ne t'a évité après ça ? En général, c'est le genre d'histoire qui finit pas super bien …
- Eh bien, crois-le ou non, mais ça a fait l'effet inverse. Plusieurs filles ont compris qu'elles pouvaient avoir de moi ce qu'elles voulaient tant qu'elles passaient par la case « lit ». Et en bon naïf que j'étais, je me suis fait avoir à chaque fois.
Seigneur, comment on a réussi à avoir cette conversation... Le gentil Nathaniel tout sage, tout bien, tout propre auquel je pensais depuis le début n'en était rien. C'était carrément le contraire. Et je me demandais pourquoi il me faisait toutes ces choses ? Ce type-là était juste un gros pervers en manque, c'était clair ! Fallait que j'éloigne mes fesses de ce dégénéré, et le reste de mon corps aussi. C'était clairement un grand malade. Je ne savais pas combien de temps il avait pu cogité sur une histoire pareille mais je me devais de saluer le talent. Ce genre d'imagination, même moi, je ne l'avais pas. Et je devais faire quoi ? Le prendre dans mes bras en lui disant que ces filles n'étaient pas gentilles ?
- J'ai arrêté tout ça, tu sais. Je me dégoûtais. Je me faisais l'effet de la prostituée du lycée. Le truc, c'est qu'à force de refouler mes envies, j'en ai déclenché cette espèce de deuxième personnalité dont tu as fait les frais, et j'en suis désolé.
Moi qui pensais que c'était plus le genre de Castiel ce genre de truc, je m'étais bien trompée ! J'hochai la tête, ayant du mal à avaler ce qu'il venait de me raconter, et me levai pour aller sur le balcon. Je voulais de l'air.
Qu'étais-je censée faire maintenant ? L'aider, lui hurler de ne pas m'approcher ? Il y avait quelque chose qui me dérangeait dans cette histoire : il ne semblait avoir montré cette deuxième personnalité qu'à moi. Alors qu'était mon rôle ? Pourquoi moi ? Ses autres pimbêches ne pouvaient pas lui suffire ? Ces filles … étranges. Que cherchaient-elles ? Et ça leur faisaient plaisir à ce point de tourmenter un pauvre gars qui n'avait visiblement rien demandé à personne ? Il n'empêchait que la reine était bien cette Debrah ! Dans le genre vipère, elle avait gagné le trophée ! Ambre n'était pas forcément mieux, mais de ce que j'avais pu voir, elle, quand elle poignardait, c'était par devant. Debrah n'avait été qu'une manipulatrice et je m'étonnai même de savoir Castiel amoureux d'une fille pareille. Dans un sens, Nathaniel n'avait pas été très malin. D'un cas ou dans l'autre, elle avait compté tout balancer alors, il aurait dû quand même prévenir Castiel. Ou peut-être l'attendait-il si impatiemment d'avoir une fille dans son lit.
Je le sentis arriver dans mon dos.
- Pourquoi moi ? Tu peux pas aller voir tes pétasses pour ça ? Surtout pour aller jusqu'à en développer une double-personnalité, c'est que t'as dû prendre ton pied !
- T'es jalouse ?
- Jalouse de quoi ? De ce que …
Il me coupa dans mon élan et me bloqua de ses bras contre la rambarde.
C'est là que je réalisai. Même si son histoire faisait pervers échappé d'asile, il devait vivre un enfer chaque jour, se sentant sale, dépravé, en plus de ne pas pouvoir être ce qu'il est complètement.
Je le regardai, son visage d'ange déchu à quelques centimètres du mien. Ses yeux dorés ne semblaient attendre qu'une réponse positive de ma part.
Dans un élan de compassion inconsidéré, je choisis de me sacrifier. Le visage qu'il affichait n'avait rien à voir avec le Nathaniel dont je venais de me forger une idée lointaine. Celui qui était devant moi semblait à bout et devait en avoir marre qu'on le prenne chaque jour pour un idiot. Je m'étais enflammée trop vite. Sous le remord, je demandai fébrilement :
- Es-tu heureux comme ça ?
- Non. Tu …
- Qu'est-ce que vous avez tous à me vouloir comme sexfriend, hein ?
- Tous ?!
Mince, je venais de me griller toute seule. Surtout que c'était sorti tout seul sous le coup de l'émotion, je savais ce qu'il allait me demander. Je ne savais même pas pourquoi j'avais lâché cette phrase. Elle n'avait aucun rapport avec ce dont on était en train de parler. Enfin si. Et non en même temps.
Les éclairs que me lançaient ses yeux me ramenèrent à la réalité.
- C'était il y a un moment, hein, c'est Armin qui n'était pas bien à cause de Violette et qui m'a proposée ça ...
Je me sentais rougir de seconde en seconde. Je m'étais vraiment foutue dans un beau pétrin. Je triturai mes doigts, et me fis l'effet d'une enfant qui venait de faire une grosse bêtise.
Nathaniel me lança un regard indéfinissable. Il se pencha vers moi et me murmura à l'oreille d'une voix suave :
- Et lequel choisis-tu ? Lequel de nous deux aimerais-tu avoir ?
J'hoquetai de surprise. Mon cœur manqua une demi-douzaine de battements, si bien que je crus défaillir. Je surchauffai, en plus de ne pas vouloir répondre.
Je sursautai en entendant la porte s'ouvrir. Kentin et Noémie venaient de rentrer, tout sourire.
On rentra rapidement dans l'appartement, et un coup d'œil l'un pour l'autre nous fit comprendre de garder ce qu'il s'était dit pour nous. Bien que j'aurais juré entendre Nathaniel me dire qu'il aurait un jour sa réponse. J'avais été sauvée par le gong. Pas que je ne voulais pas répondre, surtout que même si j'avais beaucoup d'affection pour le brun, je ne voulais pas avoir ce genre d'expériences avec lui.
En retournant au lycée après les vacances, j'avais le cerveau toujours aussi embrouillé. Je ne cessai de peser le pour et le contre dans ma tête. Accepter de faire le catalyseur pour Nath ou non ? Surtout en passant après toutes ces excitées du slip qui devaient avoir bien plus d'expérience dans ce domaine que moi.
Je soupirai bruyamment, faisant réagir mon voisin.
- T'en fais une tête en ce moment, tout va bien?, me demanda Alexy.
- Oui, oui, t'inquiète. Tout va bien.
- C'est ça, et moi, je suis hétéro. Il s'est passé un truc pendant les vacances ?
Je rougis violemment. Alexy fut sur le point de dire quelque chose mais notre prof d'anglais nous réprimanda avant. Mon voisin me dit qu'on parlerait de ça après les cours, et c'était sans discussion.
Nous étions descendus tous les deux en ville, dans un petit café. Alexy eut juste la patience d'attendre que le serveur nous serve mon chocolat chaud et son café serré -comme s'il n'était déjà pas assez excité au naturel-, et me posa la question.
- Donc je veux les événements, les détails et bien sûr, les conséquences, me dit il avec un grand sourire.
- Il ne s'est rien passé, je te dis !
- S'il-te-plaît, ne me mens pas à moi, c'est vexant. Même Kentin m'a dit que chez vous, tu étais une vraie petite boule de nerfs et que tu réagissais à chaque fois qu'on te touchait. Il pense que c'est à cause du bac parce que t'as toujours été angoissée mais je n'y crois pas. Alors ? Ça a un rapport avec Nath ?
J'ouvris les yeux ronds. Comment il avait deviné ? J'étais pourtant sûre d'avoir été discrète …
- J'avais dit ça au hasard, mais j'ai visé juste, on dirait ! T'as appris quoi ? Qu'il n'était pas aussi sage que tu le pensais ?
- Tu savais ?
- Savais quoi ?
- Qu'il avait eu autant d'aventures ?
- « Autant » ? Celle avec Debrah reste juste la plus connue. Après, il fallait bien voir que pas mal de filles se sont mises à aller au bureau des délégués alors qu'elles n'y allaient jamais d'habitude. Et donc c'est ça qui t'a mise dans tous tes états ?
- Non ! Si … Enfin, tu me connais, je me mêle rarement de ce qui ne me regarde pas, il fait ce qu'il veut de son corps …
- Mais ?, demanda Alexy, amusé.
- Mais il a couché avec ces nanas-là …
- Et alors ?
- Et alors il a développé une deuxième personnalité perverse qu'il ne montre qu'à moi ! explosai-je. Il m'a carrément proposée d'être sexfriend !
- Je ne vois pas où est le soucis ni pourquoi tu paniques autant. Tu veux ou tu veux pas.
Alexy dut sentir que je surchauffais : il me dit de finir mon chocolat, on paya et alla marcher en ville.
Les rues étaient plus ou moins bondées mais on réussit quand même à trouver un banc non loin du quartier résidentiel où on habitait.
- Bon, t'as peur de quoi ?
- Tu me demandes ? De un, ce n'est pas une question de peur, c'est que je me respecte quand même assez pour ne pas avoir ce genre de relation à la légère, surtout que je n'ai que dix-sept ans. De deux, si j'accepte, je passerais après je-ne-sais pas combien de nanas bien plus expérimentées que moi. Et de trois, encore si j'accepte, ça va nous mener où de faire ça, hein ?
- Je ne savais pas qu'il y avait un âge limite pour prendre ce genre de décision. Mais je vois ce que tu veux dire, mais oublie pas : ce n'est pas parce que tu prendras ton pied de temps en temps avec quelqu'un, que tu connais en plus, que tu vas tomber dans la déchéance totale.
- C'est joliment dit...
- Ensuite, s'il te l'a proposé, c'est qu'il s'en fout. Totalement. Donc psychote pas trop là-dessus. Et pour le but de tout ça, je dirais, au pire une amitié, au mieux une relation amoureuse.
Je réfléchis. Qu'avais-je envie d'avoir comme relation avec Nathaniel ? Ce n'était pas pour moi que je faisais ça, mais pour l'aider. Pour l'aider à aller mieux, à s'accepter. Mais avait-on besoin de passer par cette case ? Il semblait bien. Je devais être là pour mon ami.
Alexy me tira de mes pensées.
- J'ai une autre solution, aussi.
- Laquelle ?
- T'avoue que t'es amoureuse de lui, vous filez le parfait amour et l'affaire est réglée.
Il me lança un regard indéchiffrable. Voyant que je ne répondais pas, il croisa ses mains derrière sa tête, un sourire satisfait flottant sur son visage.
- Hé, je suis pas amoureuse de Nath ! Et puis, pour que ça marche, faut que ça soit réciproque.
- Ça, t'es la seule à ne pas t'en être rendue compte.
Là-dessus, il me planta royalement. Il ne me laissa pas le temps de répondre, me salua et partit.
De quoi, je ne m'en étais pas rendue compte ? J'avais encore loupé quelque chose ?
Et la façon dont Alexy avait réagi … Il fait ça à chaque fois qu'il en dit trop sur un sujet. Il fuit et quand on lui repose la question, il change de conversation.
Je devais peser le pour et le contre à ce que j'avais en tête.
Pour le « pour », l'idée en soi me séduisait. On me donnait l'occasion de savoir ce que ça faisait, d'être le bijou précieux d'une nuit. De plus, Nath n'était clairement pas désagréable à regarder. Et quel mal il y avait-il à profiter ? Quitte à n'avoir qu'une vie …
Mais mon cerveau me rappela les « contre » : je n'étais pas ce genre de fille dépravée d'habitude. Je me respectais un minimum. Et qu'est-ce que ça allait faire de nous ? Rien du tout. Ça donnerait sûrement un joli bordel. Et puis, savoir que lui avait de l'expérience dans ce domaine me donnait des frissons, si j'étais si nulle qu'il me rejetterait ?
Non, on parlait de Nathaniel. Je savais qu'il me respectait assez pour ne pas me prendre pour la première pimbêche venue. Et puis, l'idée me plaisait vraiment, finalement ...
Mais là n'était pas la question. Il fallait que j'en parle avec le principal concerné.
En rentrant, je vis avec soulagement qu'il n'y avait que Nathaniel dans l'appartement. Il était plongé dans un livre de cours, une tasse posée à côté de lui. Je posai mes affaires et m'assis sur une chaise. Je ne savais pas par où commencer et tripotai mes cheveux de nervosité.
- Je suis d'accord, articulai-je difficilement.
Il releva la tête vers moi, surpris.
- Vraiment ?
- Oui mais tu comptes me faire quoi … ?
- Oh, euh …, rougit-il. Ce que tu voudras bien …
- Bah oui, mais moi je sais pas ce que …
On devait avoir l'air de deux bels imbéciles au milieu de la cuisine à rougir et à bafouiller comme deux enfants de quatre ans. Dans ces moments-là, je préférai l'autre personnalité de Nathaniel, il était beaucoup plus entreprenant.
Il n'empêchait qu'il arriva quand même à cerner mon problème.
- Ah. Je pensais pas que … Je viens de penser à quelque chose, quitte à être gagnant tous les deux. Je t'apprends tout ce que je sais dans ce domaine et tu me laisses te toucher, dans la limite de ta volonté, bien sûr.
Voilà un discours bien plus franc, bien plus … l'autre Nath, en fait. La lueur qui brillait dans ses yeux et les mèches qui tombaient sur son visage lui donnaient un air affreusement sexy. Il me tendit la main, un sourire victorieux avec, que je serrai en tremblant. D'un coup de main habile, il m'attira contre lui et m'embrassa. Je sentis un frisson me parcourir tout le corps et un élevage de papillon se lâcher dans mon ventre. Étrangement, je fus soulagée, comme si j'attendais ça depuis longtemps, et légère. On se sépara, à bout de souffle. Il posa son front contre le mien et me sourit.
Nathaniel m'emmena jusqu'à ma chambre et ferma la porte à clé derrière lui. Il m'allongea sur mon lit et m'embrassa dans le cou.
- Tu m'as l'air radieuse, t'es enceinte ?
- Rosa, pitié, non !
J'étais assise dans la cour avec Rosalya, Alexy et Violette. Chacun attendait tranquillement que la pause du midi se termine pour reprendre les cours, et malheureusement, j'étais le sujet de conversation de Rosa.
- Non, mais c'est vrai quoi ! Ça va faire un mois que tu te ramènes tous les matins avec un grand sourire et un air béat sur ton visage. Pourquoi j'ai pas le droit de savoir ? T'as un petit copain mais tu veux pas que ça se sache ? Il n'y a pas de raison, t'as le droit d'être heureuse dans les bras d'un homme. Oh ! Mais c'est ça ! T'as été dégoûtée à cause de l'autre andouille aux cheveux rouges et t'es devenue lesbienne ?
- Rosa, Moana peut aussi être heureuse sans raison valable. D'ailleurs, je crois qu'elle m'a dit que ses parents revenaient bientôt de leur voyage, ça doit être pour ça, n'est-ce pas Moana ?, répondit Alexy.
J'hochai la tête frénétiquement. Il venait de me sauver. Il était le seul au courant de ce qu'il se passait entre Nathaniel et moi, et je vivais sur un petit nuage depuis qu'on a commencé. Il était aux petits soins avec moi, se montrait adorable le jour et sexy la nuit. En plus, je me sentais fondre à chaque fois qu'il m'embrassait. Il n'y avait qu'une limite dans ce que l'on faisait : nos sous-vêtements étaient notre barrière.
- Et voilà, elle a les yeux qui r'pétillent ! Je veux bien qu'elle soit contente de voir ses parents mais là … dit Rosalya.
Alexy leva les yeux au ciel. Violette était amusée par la situation mais parlait de moins en moins. A l'instar de mon image, elle rougissait souvent et était vite dans les nuages. Bizarrement, quelque chose me disait qu'Armin, qui était toujours son copain aux dernières nouvelles, n'avait rien à voir là-dedans.
- Ça va toi, en ce moment, Violette ?, demandai-je.
- Oh, oui, oui, bien sûr.
- Tu parles pas beaucoup …
- Je suis désolée, je pensais à autre chose … Il est là-bas ! Excusez-moi, on se voit plus tard !
Une tornade violette passa devant moi à la vitesse éclair. Je la vis se dépêcher pour rejoindre une tête aux cheveux verts. Ce n'était pas Jade ? Si, c'était lui ! Il sourit à Violette et ramena une mèche de la dessinatrice en herbe derrière son oreille. Ils discutèrent tranquillement et Jade sortit du lycée. Violette semblait aux anges.
- Vous trouvez pas ça bizarre, vous ?, demandai-je.
- Pas plus que ta soudaine bonne humeur, me répondit Rosa.
- T'es exaspérante.
J'espérai néanmoins que Violette n'allait rien faire qui puisse faire du mal à Armin. Le pauvre avait déjà eu tellement de mal à l'avoir, si en plus un grand bellâtre aux cheveux verts s'amenait là-dedans, il n'était pas sorti.
En revanche, je me fis violence pour ne pas en parler avec le brun. Cette histoire ne me regardait pas et je me faisais peut-être des idées pour rien.
Je retournai en cours, suivie d'Alexy, avec un mauvais pressentiment.
- Au fait, tu penses faire quoi pour la saint Valentin ? C'est dans deux jours quand même.
- Oh, rien, tu sais c'est le principe d'être célibataire, cette fête se passe seul.
- T'es sûre de ça ?
- Oui, je suis sûre oui. Je sais à quoi tu fais référence mais on est pas ensemble.
Alexy haussa les épaules et entra en classe.
Le reste de la journée se passa tranquillement et vint le moment de rentrer à la maison. Je balançai mes chaussures contre le mur et me posai dans ma chambre.
Ce que m'avait dit Alexy un peu plus tôt m'avait plus énervée que je ne l'aurais cru, et m'avait attristée aussi. Oui, j'étais célibataire et oui, j'allais passer cette foutue journée seule. Je ramenai mes jambes contre ma poitrine et posai ma tête dessus. Je m'en étais toujours trop faite pour cette fête. Elle était devenue si commerciale que c'en était risible. Je souris tristement à cette remarque. Il n'y avait que les pauvres célibataires pour se dire ce genre de choses. Les autres avaient au moins la chance d'avoir quelqu'un, de pouvoir être excités le matin en se demandant ce que leur cher et tendre allait bien pouvoir leur offrir, ce qu'il allait leur faire comme surprise. Ils auraient la chance de s'embrasser et de se montrer qu'ils s'aiment toute la journée, pendant que moi, je serais là, sur le canapé avec une glace ou un bol de chips.
Le pire dans cette histoire, c'était que j'allais vraiment être seule dans l'appartement. Noémie était casée, adieu les soirées toutes les deux en bavant sur nos personnages de mangas préférés, à défaut de trouver quelqu'un qui voulait vraiment de nous. Elle avait Lysandre maintenant. Et Kentin était avec Alexy.
Il restait Nathaniel. Malgré tout, je ne nous voyais pas comme un couple. On en était pas un et on n'en avait pas l'air non plus. La base était quand même un amour réciproque … Or, il n'existait pas pour nous. Je n'étais que le jouet de môsieur dont il se servait à sa guise. Si lui n'était plus la prostituée du lycée, tout en moi me criait que j'étais devenue la sienne.
Une douleur lancinante vint me déchirer de part et d'autre sans que je n'en comprenne l'origine. Je ressentis un énorme pincement au cœur et, sans m'en rendre compte, je m'étais mise à pleurer.. J'avais toujours passé la saint Valentin seule depuis bientôt dix-huit ans que j'étais sur Terre. Aussi pathétique que ça puisse paraître, je m'y étais habituée. Pourquoi ça changerait cette année ? Parce que tous tes amis sont en couple et que t'es encore le pauvre mouton noir à la traîne, comme d'habitude me souffla une voix moqueuse dans mon esprit. En plus, elle avait raison, la bougre.
Je fus prise de sanglots incontrôlables quand quelqu'un entra dans ma chambre. J'étais allongée, dos à la porte, et ne vis pas l'intrus. Avec un peu de chance, la personne penserait que je dormais. On s'approcha à pas feutrés près de mon lit.
Nathaniel portait un pantalon noir et une chemise en jean. Ça ressemblait aux vêtements qu'il avait la première fois que je l'ai vu mais clairement, le style était différent. La façon de se tenir, de répondre et de regarder les gens avait changé également. Il était beaucoup plus franc dans sa manière de faire, plus libre. Et quelque part, je l'enviai.
Il s'accroupit devant moi et posa une main qui se voulait rassurante sur mon épaule.
- Moana... ? Ça va?
Il essuya mes larmes d'un revers de pouce. L'inquiétude se lisait sur son visage. A la distance où il était, je pouvais très clairement voir les fils dorés qui s'entremêlaient au marron de ses yeux et la lueur anxieuse qui s'en dégageait.
Je réprimai un sanglot, incapable de répondre. De toute façon, j'espérai que c'était une question rhétorique. Je n'avais pas l'air de quelqu'un qui allait bien.
Nathaniel joua avec mes cheveux, retirant chaque mèche qui tombait devant mes yeux. Je voyais bien qu'il cherchait un moyen, une phrase qui pourrait me consoler.
- Il s'est passé quelque chose au lycée ? T'as eu une mauvaise nouvelle de la part de tes parents ?
Je répondis non de la tête à chaque question. Nathaniel ne semblait plus avoir d'idée. Je le vis cogiter longtemps. Je le regardai faire, me calmant peu à peu, tandis que sa main passait comme une caresse le long de mon épaule.
- C'est à cause de moi ?, demanda-t-il, timidement.
- Non, non, aucune raison..., parvins-je enfin à articuler.
- Alors qu'est-ce qui te met dans cet état ?
- Je sais pas trop, ça m'est tombée dessus comme ça, un coup de blues, je crois …
Valait mieux lui mentir. Comment pourrais-je avouer sans honte qu'être seule deux jours plus tard me terrorisait ? J'aurais l'air d'une gamine. J'aurais le droit au discours habituel du « mais ton prince charmant arrivera, ne t'en fais pas, te prend pas la tête pour ça » que je n'avais vraiment pas envie d'entendre ce soir-là.
Et comment le prendrait-il ? Au stade où était arrivée notre relation, qu'en pensait-il ? Je venais de réaliser que pour lui, peut-être formions-nous un couple. Je chassai rapidement de mon esprit cette pensée. Il n'y avait aucune chance. Il m'aurait dit au moins une fois qu'il m'aimait, ou qu'il voulait être avec moi, mais rien. Réellement, depuis que nous étions ainsi, nous ne communiquions plus. Un rapprochement physique contre un éloignement moral. J'aurais préféré l'inverse, comme on était au début. Je regrettai de plus en plus d'avoir accepter d'être son jouet jusqu'à ce qu'il aille mieux. C'était idiot.
- Chhhhut, viens là, me dit Nathaniel pendant qu'il me prenait dans ses bras en voyant que je pleurais de plus belle. Je ne sais pas ce que à quoi tu penses mais dis-toi que ce n'est pas si grave, hein ? Viens manger en tout cas, ça remonte le moral. Surtout que Noémie a acheté des framboises!
Décidément, il n'y avait que lui pour se rappeler que c'était mon fruit préféré. Je lui souris faiblement et me levai à sa suite. Noémie n'avait posé aucune question, et Kentin encore moins, en voyant la tête que je devais faire et en remarquant la manière dont Nathaniel m'avait couvée toute la soirée.
Le lendemain, Noémie vint me chercher au lycée. Apparemment, elle tenait à ce que je le choisisse enfin mon animal de compagnie. Je la soupçonnai franchement de vouloir me mettre de la compagnie entre les pattes pour affronter la journée du lendemain.
- Ne choisis pas d'animal trop gros. Et n'oublie pas qu'on habite en appart', faut que ça soit un minimum pratique pour tout le monde.
- Ouais donc j'évite de prendre un chien, quoi.
- Ça serait préférable, en effet.
Dans un sens, c'était logique. Je n'allais pas enfermer une pauvre bête sans défense dans un petit appartement, sans endroit pour se défouler vraiment, alors qu'il n'avait rien demandé. J'en achèterais un quand j'aurais ma maison et mon jardin.
Je fis le tour des rayons mais eu bien du mal à me décider. Je ne voulais pas d'oiseau, puisque, pour moi, ça n'a rien à faire dans une cage, ils étaient faits pour être libres et non pour servir de déco au milieu du salon. J'avais du mal avec les rongeurs, ayant peur qu'ils me mordent avec leurs petites dents. Pas de chats, trop fourbes. Je ne voyais pas l'intérêt d'avoir un poisson rouge. Restaient les reptiles.
- Tu me prends pas de serpents, hein ! Pas de ces saloperies là chez moi !
- Non, pas de serpent. Mais un reptile quand même.
Je m'approchai lentement de la vitre. Derrière se trouvaient trois jolies tortues mignonnes comme tout, et pas plus grandes qu'un CD. J'en voulais une. En plus, une tortue ça vit longtemps. Avec un peu de chance, je l'aurais jusqu'à ma mort.
- Une tortue ? Sérieusement, t'avoir à la maison, c'est suffisant.
Je ne répondis pas à cette provocation ouverte. Enfin si. Je tirai la langue à ma cousine et me dirigeai vers une vendeuse. Cette dernière était plutôt jolie, les cheveux attachés, et arborait un super sourire.
- Bonjour ! En quoi puis-je vous aider ?, demanda-t-elle.
- J'aimerais avoir une tortue, avec tout le matériel nécessaire pour qu'elle soit bien.
- Oui, bien sûr. Je dois vous prévenir cependant qu'une déclaration doit être faite auprès de votre mairie en stipulant l'âge de votre animal, son nom et votre domicile.
La vendeuse disparut dans l'arrière-boutique. Noémie me regarda avec des yeux étonnés. Il était vrai que la procédure semblait stupide mais les tortues se faisaient de plus en plus rares et devaient être déclarées.
- C'est quoi cette histoire ? T'étais au courant ?
- Arrête Noémie, il n'y a rien de grave. C'est simplement administratif. On ira juste après, à la mairie. Et c'est un moyen efficace qu'ils ont trouvé pour ne pas vendre à n'importe qui ces pauvres petits êtres.
- Dans ce cas, on devrait le faire pour tous les animaux, les tarés, il y en a partout.
- Je suis tout à fait d'accord avec vous mademoiselle.
La vendeuse était revenue et nous avait faites sursauter. La conversation dévia rapidement sur la maltraitance des animaux et sur le fait qu'il vaudrait mieux aujourd'hui avoir un permis stipulant qu'on peut garder un animal.
La jeune femme partit dans un monologue sur les dégénérés qui frappaient leur chien sans raison tout en déposant sur le comptoir le terrarium, tout ce qu'il fallait dedans, les papiers administratifs et tout un dossier sur « Comment bien soigner sa tortue de terre ».
- Vous voulez laquelle ?
- Elles ont toutes l'air adorable mais quitte à choisir, autant prendre la plus jeune.
La vendeuse hocha la tête. Elle mit ma tortue dans une petite boîte en nous disant d'y prendre le plus grand soin -sans blague !- et de la sortir le plus vite possible -sans blague aussi !-. Elle précisa, avant de nous laisser partir, de bien suivre les instructions quant à la chaleur dans le terrarium et que si on avait le moindre problème, on pouvait venir la voir ou l'appeler si c'était urgent.
Une fois le tout payé et casé dans la voiture, la tortue sur mes genoux, Noémie démarra.
- Moana, j'ai une question à te poser.
- Oui ?
- Hier, tu nous as fait quoi exactement ?
J'aurais dû m'y attendre. J'inspirai et expirai calmement en cherchant un mensonge à dire. Noémie me scrutait de loin, attendant une réponse qui avait vraiment du mal à venir.
- Aurais-tu de nouveau soucis de cœur ?, me lança-t-elle.
Je la regardai, interloquée. Ce n'était pas vraiment des soucis de cœur que j'avais, même si ça avait un lien.
- Si c'est par rapport à demain, tu peux me le dire, hein, je ne mords pas et il n'y a aucune honte à l'avouer. On sait toutes les deux que ça fait de la peine. Alors, vas-y, dis ce que t'as sur le cœur.
Ce que j'avais sur le cœur ? Mais elle l'avait deviné ! Et puis, j'avais l'impression d'en faire toute une montagne de cette histoire. Mais l'image de tout le monde avec quelqu'un me pinçait le cœur.
- Au pire, c'est rien, hein, c'est qu'un attrape-pigeon, cette fête. T'as pas besoin de bouder pour ça.
- C'est facile à dire pour toi ! explosai-je. Toi, t'as Lysandre maintenant, je vois pas ce que tu crains !
- Ah, c'est ça que tu as ? Entre nous, je n'ai pas le souvenir d'avoir entendu quoique ce soit à propos de Nathaniel. Il a une copine ?
- Non ! Enfin … non. Je ne crois pas.
J'avais réagi excessivement. Pourquoi savoir Nath en couple me broyait le cœur ? Et puis, avec ce qu'il me faisait, j'avais bien le droit de croire qu'il était à moi ! Mais de quel droit pouvais-je penser ça ? Il y a quelques heures encore, je clamai haut et fort dans ma tête que non, nous n'étions pas ensemble. Je l'avais même redis encore à Alexy !
Arrivée à un stop, Noémie me regarda avec des yeux ronds.
- Dis-moi, toi, tu me cacherais pas des choses par hasard ? Tu ne crois pas ou tu ne veux pas qu'il est une copine ?
Elle venait de me poser une colle. Je savais qu'il n'en avait pas, au moins à quatre-vingt-dix-neuf pourcents. Est-ce que je voulais qu'il ait une copine ? La réponse me semblait évidente : non. Non, je ne voulais pas. Je voulais qu'il reste avec moi. L'imaginer avec une autre fille me déchirait de l'intérieur et une bouffée de chaleur et de colère m'enveloppa.
- Oh, je vois. Aurais-je touché une corde sensible ?
Pourquoi avais-je mis autant de temps à m'en rendre compte ? Ce qui m'avait faite pleurer hier, c'était ça ! Ce n'était pas tant le fait d'être seule, c'était le fait de ne pas la passer en amoureux avec lui ! Parce que je savais qu'il ne m'aimait pas ! Et vu la popularité qu'il avait auprès des filles, il ne resterait pas célibataire bien longtemps. Il allait recevoir pleins de cadeaux et pleins de demandes de toutes ces pimbêches, plus hypocrites les unes que les autres, qui ne se tiendraient devant lui parce qu'il était beau et populaire. Rien qu'à y penser, j'avais des envies de meurtre. Mais qu'étais-je à côté de toutes ces filles. Aussi superficielles étaient-elles, elles étaient toutes belles, bien habillées, minces et avaient les atouts qu'il fallait où il fallait. A côté de moi, pauvre naine, aux allures complètement délurés qui, en dépit d'une bonne poitrine, avait vraiment des hanches trop larges, je ne faisais pas le poids.
- Ah non ! Pas passe « déprime » ! Il n'y a aucune raison de toute manière ! Alors tu va me répondre clairement et avec toute la sincérité que tu as : tu l'aimes, oui ou non ?
- Oui ! Oui …
- Super, lui aussi.
- Il s'aime ?
- Non, banane, dit Noémie en levant les yeux au ciel. Il t'aime. Ça crève les yeux. Tu te rappelles la conversation qu'on a surprit à Noël quand il parlait avec mon père ? Et bien c'était ça ! C'était parce que mon père l'avait remarqué et il voulait s'assurer que Nath n'était pas un malade mental.
Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Je n'en croyais pas mes oreilles et n'en crus pas un mot d'ailleurs. Ça semblait trop irréel, trop simple. Je n'avais jamais eu de copain (non, l'épisode « Castiel » n'était définitivement qu'un essai), et personne ne m'a jamais avoué qu'il m'aimait. Pourquoi aujourd'hui ? Et comme par hasard, juste avant la fête fatidique ? Ça ressemblait un peu trop à un conte de fée, non ?
Nous étions arrivés depuis longtemps devant l'immeuble maintenant. Je secouai la tête.
- Noémie, c'est gentil d'essayer de me remonter le moral, mais ça ne marche pas. Je ne te crois pas. Vu ce qui se présente devant lui, je ne vois pas pourquoi il me choisirait moi.
- T'es vraiment bornée, ma parole, en plus d'être aveugle.
- Non, je suis réaliste. N'en rajoute pas plus et viens m'aider à descendre le terrarium. J'ai ma pauvre tortue toujours dans la boîte.
Noémie ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, comme prête à dire quelque chose. Elle sembla abandonner, soupira et vint à mon aide, si bien qu'une heure plus tard, ma tortue s'habituait tranquillement à son nouvel environnement, dans ma chambre, et mâchouillait une feuille de salade.
Je la contemplai, le regard dans le vague, quand ma cousine m'appela.
- Qu'est-ce que tu veux manger ce soir ?
- On est que toutes les deux ?
- Oui. Kentin est à son cours de boxe, comme d'habitude et Nathaniel a dit qu'il avait des papiers importants à régler.
J'hochai la tête. Ça nous fit bizarre de n'être que ma cousine et moi dans l'appartement, comme avant. Il faisait tellement vide sans les garçons... J'avais pris l'habitude de me dire qu'on était en famille, recomposée, un peu bizarre, mais ils me faisaient me sentir chez moi, tous les jours, et ils me faisaient sourire au quotidien.
Nathaniel et Kentin rentrèrent plus tard ensemble. Ils discutaient tous les deux comme larrons en foire et nous saluèrent rapidement avant de se servir chacun une assiette.
Ça serait mentir que dire que voir Nathaniel ne m'a rien fait. Mon cœur avait bondi dans ma poitrine, tout en se serrant et en loupant un battement, si bien qu'il me fit mal plus qu'autre chose. Je ne l'avais pas quitté des yeux depuis qu'il était rentré et le dévisageait sans y faire attention. Il porta son regard sur moi et je me sentis comme une gamine prise en faute, les joues rouges.
- C'est bon Moana, tu l'as choisi ta bestiole ?, demanda subtilement Kentin.
- Oui, je … C'est une tortue, elle est dans ma chambre.
- Une tortue … ? Dans le genre d'animal auquel je n'aurais jamais pensé, tu nous as choisi une tortue ? Et pourquoi tu l'as pas avec toi ?
- Parce qu'elle est en hibernation. Jusqu'à mars, au moins.
Kentin hocha la tête, l'air de s'en ficher royalement. Soudain, il sembla se rappeler de quelque chose.
- Au fait, j'ai croisé Rosa, elle était comme une dingue. Soit disant que tu regardes pas ton portable ou je-ne-sais-quoi. Bref, je me suis fait engueuler à ta place. Je crois qu'elle aimerait que tu la rappelles.
Ah bon ? Qu'est-ce qu'elle me voulait encore... ? Je levai les yeux au ciel et allai chercher mon téléphone dans ma chambre. Je fermai la porte, sentant que la conversation allait être privée, et composai le numéro de Rosalya.
- Ah ben quand même ! Il te faut une invitation par courrier pour que tu répondes ?
- Je suis désolée, j'étais occupée et j'ai oublié l'existence de mon portable.
- Oublier l'existence de ton portable ? C'est une blague ? Ma chère, c'est un instrument vital, qui sauve bien des vies ! Mais pour l'instant, l'heure est grave !
- Tu t'es cassée un ongle ?
- Moque toi ! Je parlais de toi.
- En quoi je suis grave ?
- Pas toi, andouille ! Ta situation ! Qu'as-tu prévu pour demain ?
- Demain … ?
- Oui, tu sais, ce jour où tes rêves amoureux se concrétisent. Qu'as-tu prévu ?
- Ben rien du tout, que veux-tu que je prévois ?
- Que tu te déclares enfin à Nathaniel, par exemple ?
- De … Comment … Qui … ?
- J'ai dû harceler Alexy, le menacer mais comme ça ne marchait pas, j'ai saoulé Armin jusqu'à ce qu'il craque et qu'il aille voir son frère pour qu'il me raconte. Tu aurais pu me dire ça quand même.
- Attends, Alexy ne sait pas que … que je …
- Non, bien sûr, j'aurais dû m'en douter. Tu t'en es rendue compte ce soir, c'est ça ? C'est pas grave, chérie, tout le monde le savait plus ou moins, mais ce que m'a racontée Alexy a prouvé que j'avais raison !
Il pouvait pas se taire sérieux ? A présent, j'avais une cinglée sur les épaules qui avait sûrement plein d'idées derrière la tête. En plus, elle me donnait l'impression de discuter avec le diable.
- Bon, il faut faire quelque chose pour vous deux. Ça ne peut plus continuer. Mais j'ai un plan.
- Et j'ai le droit de donner mon avis ?
- Non !
Rosalya m'avait donnée rendez-vous après les cours dans la rue de la boutique de Leigh. Je devais traverser le parc avant. Tout avait été fait pour que ce jour soit une réussite visiblement. L'air était relativement doux, le ciel tout bleu et les gens semblaient de bonne humeur. Super.
La journée avait déjà été dure au lycée, entre les couples qui s'étaient montrés, d'autre qui s'étaient formés, et évidemment, pas une déclaration pour moi dans la journée. Je n'avais pas vraiment envie d'être sous le soleil à passer du bon temps.
Dans le parc, plusieurs enfants jouaient tranquillement les uns avec les autres, tandis que certains, emmitouflés encore dans leur manteau, s'étaient assis dans l'herbe et profitaient des rayons du soleil.
J'aperçus au loin deux têtes que je connaissais et qui se remarquaient : l'une était d'un roux naturel et l'autre d'un rouge flamboyant. Castiel et Iris étaient assis sur le sol et semblaient se chamailler pour une raison que j'ignorai, chacun allant de son commentaire envers l'autre jusqu'à ce que le rockeur embrasse la rousse qui le lui rendit bien. Je ne savais pas Castiel aussi cliché … Et aussi casé. Même mon propre ex avait quelqu'un.
Je passai rapidement mon chemin et me retrouvai dans la rue. Je fis un tour sur moi-même, regardai au loin et arpentai même plusieurs fois les boutiques mais rien à faire : aucune trace de Rosalya. J'étais prête à l'appeler quand je reçus un message de sa part justement Une tête blonde t'attend ». C'était ça son plan ? Donner rendez-vous à Nathaniel pour que je me déclare ? Elle était sérieuse ? On n'était plus en primaire que je sache ! Oh, et puis zut ! Pourquoi je l'avais écouté, moi aussi ! Par espoir. Espoir de quoi ? De me prendre le plus gros râteau de ma vie ? Merci bien !
Je pestai contre Rosalya, sachant très bien que je poserai sûrement un lapin à Nath, mais je n'en avais cure. Je ne me voyais pas du tout me ridiculiser en plein milieu de la rue, devant des passants rayonnant et au sourire jusqu'aux oreilles. Non ça se ferait sans moi, surtout que …
Je lâchai mon portable de surprise. Nathaniel se trouvait devant moi. Mais à ma différence, il n'attendait personne et ne cherchait personne. Il se tenait là, cette sal*pe de Mélody dans ses bras, une main sur sa joue et l'embrassait avec passion.
Tout s'écroula autour de moi. Je ne ressentis que du vide, en plus de la douleur qui m'irradiait de l'intérieur. Je ravalai mes larmes, les jambes flageolantes, et partis dans la direction opposée. J'essayai le plus possible de respirer mais je suffoquai de plus en plus. Je savais que ça faisait mal, on m'avait prévenu, mais, pour ne l'avoir jamais ressenti, je ne pensais pas que la douleur était aussi fulgurante et aussi poignante.
Je rejoignis l'appartement avec peine, et sortis mes clés les mains tremblantes. Si tremblantes que je fis tomber à plusieurs reprises mon trousseau parterre avant enfin de pouvoir enfin ouvrir la porte avec un juron indigne d'une jeune fille.
J'envoyai valser toutes mes affaires sur le seuil de la porte. Je me mis à tourner comme un lion en cage je ne pouvais rien casser, n'étant pas chez moi, et ne pouvais passer mes nerfs dans ma chambre, ma pauvre tortue n'y était pour rien et ne demandait qu'un peu de tranquillité. Je tournai sur moi-même, ne sachant pas trop quoi faire, ni comment apaiser mes maux moraux.
Une idée me vint. Je savais que c'était stupide, irresponsable, mais j'espérais sincèrement que ça puisse m'aider à oublier. Personne ne me verrait dans cet état de toute manière : Noémie et Kentin m'avaient faite comprendre qu'ils ne passeraient pas la soirée ici et Nathaniel avait visiblement d'autres projets … J'ouvris la table basse qui contenait un coffre intérieur et pris une bouteille d'alcool fort que je bus à grande gorgée sans plus attendre. Je voulais oublier ce que j'avais vu, et la sensation de ses mains que j'avais ressentie plusieurs fois sur mon corps. A ce moment-là, j'aurais voulu tellement de choses...
J'étais avachie sur le canapé, complètement débraillée, avec une musique de piano en fond. Les effluves de l'alcool se faisait sentir depuis un moment déjà et je pensais à des choses et d'autres, un goût de mélancolie dans la gorge. J'eus énormément de mal à me lever et à atteindre la porte d'entrée quand on sonna. Il était tard dans la soirée et je n'avais aucune idée de qui pouvait sonner. J'avais juste bon espoir que ce n'était pas lui et sa pétasse. Je ne pus cacher ma surprise en voyant Armin, l'air plus qu'abattu, sur le perron.
- Ben qu'est-ce que … euh … tu fais … là ?, articulai-je avec difficulté, la bouche pâteuse.
- Je peux entrer, s'il-te-plaît ?
J'hochai la tête, voyant bien que ça n'allait pas. Je m'effaçai pour lui laisser champ libre et le vis se traîner comme un zombie jusqu'au canapé.
Ma tête tournait à un point inimaginable mais je me sentis vite dégrisée en voyant Armin ainsi. Je trébuchai plus que je n'arrivai jusqu'au canapé et m'assis à côté de lui. Sans un mot, il prit la bouteille que j'avais commencée sur la table et bu. Il s'essuya les lèvres d'un revers de main et me dit :
- Violette m'a quitté.
Je ne répondis pas. De toute façon, je m'y attendais. Quand j'avais vu son excitation et le sourire qu'elle avait arboré deux jours plus tôt devant Jade, c'était presque évident. D'une certaine façon, je m'en voulais un peu. J'aurais dû lui en parler, ça l'aurait peut-être préparé ou il aurait fait quelque chose. Mais le visage de Violette me disait le contraire. Son choix était fait.
- Je suis désolée.
- C'est pas de ta faute. J'aurai dû le voir arriver, avec ses cheveux verts. Depuis au moins l'anniversaire de Lysandre. Mais je faisais confiance à Violette, j'avais tellement peur de la perdre... Ben, c'est chose faite maintenant.
Je sentis qu'il avait besoin de réconfort et posai ma tête sur son épaule. Réellement, je ne comprenais pas pourquoi il était venu me voir moi. Mais il était là, et il avait besoin d'aide.
- Qu'est-ce qui t'a mise dans cet état?, demanda-t-il, soudain.
- Un garçon que j'aime et que j'ai trouvé dans les bras d'une autre fille.
- C'est qui ?
- Nathaniel.
Il hocha la tête. Je le remerciai de n'avoir fait aucun commentaire. Quelque chose me disait qu'il était au courant de mes sentiments (on pouvait dire merci à Rosa et son frère), et qu'il comprenait ce que je ressentais.
Par réflexe et par solidarité commune, nous prîmes chacun une bouteille qui se vidait au fur et à mesure que le temps passait. Nous n'avions pas besoin de mot, juste du réconfort de l'être aimé qui nous manquait. Du réconfort … J'avais besoin, j'avais envie que quelqu'un me donne quelque chose. Une émotion, un sentiment, un frisson, n'importe quoi. Quelque chose que je voulais de Nathaniel et que visiblement, à deux cœurs brisés, Armin serait peut-être bien le seul à pouvoir me donner.
Je déboutonnai mon chemisier et m'avançai vers lui. Il semblait en être venu à la même conclusion que moi : il se pencha et m'embrassa. Un baiser sans amour, sans passion mais néanmoins réconfortant. Le genre qui donne un peu de baume au cœur. Au fur et à mesure que l'envie montait, le baiser se fit plus romantique, plus torride. La seule chose qui manquait, c'était la sensation de papillons dans le ventre que je ressentais quand Nathaniel m'embrassait.
Armin me fit bien vite oublier cette pensée en m'enlevant mon chemisier. Je m'assis à califourchon sur lui, caressant du bout des doigts sont ventre musclé sous son pull. J'étais prête à lui retirer quand il m'arrêta.
- Attend.
Je me sentis frustrée mais il se leva, moi dans ses bras et toujours dans la même position.
- Quelle porte ?
- La toute dernière, à droite.
J'avais répondu dans un souffle. Armin nous conduisit jusqu'à ma chambre, sans me quitter des yeux. Il claqua plus qu'il ne ferma la porte derrière nous et m'allongea sur le lit. Là, j'eus tout le loisir de lui retirer son pull tandis qu'il envoyait valser ses chaussures. L'excitation rendait mes mains fébriles sur le bouton de son jean. Et sans m'en rendre compte, je me retrouvais sans jupe ni collant. Il dégrafa mon soutien-gorge et plongea sur ma poitrine qu'il se mit à mordiller.
Nos dernières barrières vestimentaires furent rapidement enlevées et, dans un souffle, mes ongles allèrent se planter avec violence dans son dos.
Le lendemain, je me réveillai avec un mal de crâne horrible. Juste le fait de penser me donnait encore plus la migraine. J'ouvris les yeux lentement, éblouie par la lumière du soleil à cause de mes rideaux que j'avais oublié de fermer. Malgré mon mal de tête, j'avais fait un rêve d'une douceur exquise qui rendait mes joues roses. J'avais rêvé que j'avais couché avec Nathaniel et étrangement, un rêve ne m'avait jamais paru aussi réaliste. J'étais bien et m'étais sentie comme une pierre précieuse qu'on n'ose toucher de peur de la casser. C'était grisant comme sensation. Avec un soupir d'aise, je me renfonçai sous ma couette bien au chaud.
Un souffle chaud sur ma nuque me réveilla instantanément, migraine ou non. Je me retournai et faillis hurler en voyant Armin. Mais qu'est-ce qu'il fichait ici ? Pourquoi avait-il dormi ici, dans mon lit ? Le souvenir de lui devant la porte d'entrée me revint doucement en mémoire. Oh non. Oh non, non, non, non. Je levai ma couette et fus finalement peu surprise de ce que je voyais : nous étions nus et visiblement sans complexe.
Mais quelle connerie, et surtout quelle conne ! Qu'est-ce qui m'était passé par la tête ? Pourquoi j'avais fait ça ?! J'étais saoul à ce point ? Qu'allait-il se passer maintenant ?
Le rêve que j'avais fait … N'avait finalement rien d'onirique. Le souvenir de Nathaniel avait dû se former sous la peine mais plus j'y pensais et plus je me rendais compte que les émotions ressenties n'avaient été présentes que grâce à Armin … Si un jour, on m'avait dit que ça se terminerait comme ça … J'allais me faire tuer par Alexy, c'était sûr ! Et Violette … Comment j'avais pu lui faire ça ? Elle l'avait largué mais quand même, ce n'était pas une raison ! J'avais passé mes nerfs, ma tristesse et mes hormones sur Armin. De ce que je me souvenais, il avait fait la même.
Dans son sommeil, je l'entendis murmurer le prénom de Violette.
La vérité me frappa en plein visage. Nous avions tenté de se reconstruire ensemble le temps d'une nuit mais surtout de trouver un substitut à l'être cher. Et je trouvais ça hypocrite.
