Disclaimer : Tout est à Beemoov sauf Moana, Noémie, Seb et les parents de Moana
Rating : T
Armin dormait toujours devant moi, l'air apaisé, une mèche brune tombant sur son front. J'hésitai entre pleurer et courir loin de ma chambre. Je me mordis la lèvre en paniquant à l'idée de ce qui pourrait se passer lorsqu'il ouvrirait les yeux. J'avais beau me dire que nous étions tous les deux consentants dans cette histoire, je ne voulais faire souffrir personne. Pourtant, j'étais sûre d'avoir entraîné Armin dans une bêtise plus grosse que moi. Je regrettai. Beaucoup. Et même beaucoup trop pour ne pas y avoir réfléchi plus profondément.
Je ne voulais pas que ça se passe comme ça. Pour ma première aventure, j'avais rêvé d'un instant parfait, romantique à souhait avec un homme que j'aurais aimé, loin de l'alcool que j'avais touché la veille... Dans mes rêves les plus récents, cette soirée, je la passais avec Nathaniel.
Je me levai du lit en séchant d'un revers de main les quelques larmes qui coulaient sur mes joues, le cœur encore broyé par le souvenir du blond embrassant Mélody. Il fallait au moins que je mette quelque chose sur moi. Je pris rapidement des sous-vêtements dans mon armoire et les enfilai. J'entendis Armin bouger.
- Moana ? Mais qu'est-ce que …?
Je vis à son regard qu'il avait compris et qu'il venait de se souvenir. Sans un mot, je me rassis à côté de lui. Armin se redressa, se frotta les yeux et me dévisagea.
- Tu m'expliques ?, me dit-il.
- Je crois qu'on a essayé de se soigner tous les deux, répondis-je. Je suis désolée...
Il prit un moment pour analyser ce que je venais de dire et me demanda :
- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
- Soyons honnêtes, c'était parce qu'on était pas bien. On aime tous les deux quelqu'un d'autre, hein?
Armin hocha la tête, la mine grave. Il se rapprocha de moi et m'embrassa. Ça n'avait rien d'amoureux et sonnait plutôt comme un baiser d'adieu. Je compris le message qu'il voulut faire passer et lui rendis son baiser. Armin se détacha de moi.
- Désolé, j'aime autant finir là-dessus plutôt que sur un débat dépressif à souhait. Et soyons francs : je préfère me rappeler de cette nuit comme d'une bonne expérience plutôt que d'en avoir un souvenir triste. On est d'accord pour dire que c'était stupide mais pour moi, ce n'était pas une erreur. Ça reviendrait à dire que je regrette et ce n'est pas vrai. Au moins, je me suis consolé avec toi, quelqu'un que j'apprécie, plutôt que faire n'importe quoi ailleurs.
Ce qu'il venait de me dire m'alla droit au cœur. Dommage que le mien ne lui appartienne pas, mais encore un discours comme celui-ci et je lui donnai volontiers.
Soudain, je vis Armin se figer et il me fit signe de tendre l'oreille. Ça bougeait dans l'appartement. En gros, si on ne se bougeait pas maintenant, on était morts. Quelqu'un toqua à ma porte. J'entendis la voix de Nathaniel.
- Moana, tu es réveillée ? Je suis désolé, j'ai retrouvé ton portable dans la rue hier soir, je …
- Oui, je suis réveillée, attends-moi deux minutes, j'arrive, répondis-je.
Armin me lança une œillade rapide et on se leva le plus silencieusement possible, en cherchant à droite et à gauche nos vêtements. Je ramassai les miens et les jetai au fur et à mesure sur une chaise plus loin. Dans la panique de ne pas se faire remarquer, je vis trop tard que Armin venait de glisser sur quelque chose et s'agrippa au premier truc qui lui tomba sous la main : moi.
On dut faire un boucan incroyable. Armin s'était étalé sur moi de tout son long. Il se releva mais il avait les yeux rivés ailleurs. Je suivis son regard et pus découvrir Nath, la main sur la poignée de ma porte grande ouverte, le visage blanc et visiblement en colère. Il plaqua plus qu'il ne posa mon portable sur mon bureau et repartit en claquant la porte.
Oh non, oh non, non, non. Tu parles d'une discrétion ! Si je résume : Armin était à quatre pattes au dessus de moi, torse nu, le jean déboutonné, les cheveux en bataille et les joues rouges tandis que je devais avoir l'air d'une folle avec ma robe remontée jusqu'en haut des cuisses. Y a pas à dire : c'était super crédible pour dire à Nathaniel qu'il ne s'était rien passé. Surtout qu'on pouvait deviner que deux personnes étaient dans mon lit il y avait quelques minutes. Armin se releva sans rien dire et m'aida à faire de même. Il mit rapidement son pull tandis que je me donnais un peu plus d'allure. Mais il fit l'erreur de sortir le premier de ma chambre.
Nathaniel l'attendait au tournant et envoya son poing dans le visage d'Armin. Je m'attendais à voir le brun complètement sonné mais il l'attrapa par le col, prêt à en découdre.
Je ne savais pas quoi faire. J'étais là, au milieu du couloir, à les regarder se battre. Je devais intervenir. J'attrapais les mains de Nathaniel et réussis à me mettre devant Armin, comme pour le protéger.
- Nath, arrête ! Qu'est-ce qui te prend ? T'es devenu fou ?!
Il me lança un regard noir et se dégagea, un air dégoûté sur le visage.
- Fou, ça, tu peux le dire ! J'étais fou de ne te trouver nulle part hier soir ! Quand j'ai vu ton portable dans la rue, j'ai cru qu'on t'avait enlevée, qu'il t'était arrivée quelque chose ! Ça m'a soulagé de voir que tes affaires étaient là quand je suis rentré. Mais je m'attendais pas à ça, à ce que tu te comportes comme ça …
- Que je me comporte comme quoi ? , répondis-je, méfiante.
- Prête à coucher avec n'importe qui. Je comprends mieux pourquoi tu jouais à ça avec moi, c'est beaucoup plus clair maintenant que je me rends compte que tu n'es rien d'autre qu'une traînée.
La claque partit toute seule. J'y avais mis toute la force dont j'étais capable, essayant de broyer sa joue comme lui venait de broyer mon cœur. Je ne pleurais pas. Le regard aussi dur que l'insulte qu'il venait de prononcer, j'explosai.
- C'est moi que tu traites de traînée ? Pour quelqu'un prêt à se faire draguer par n'importe quelle gourde qui vient dans le bureau du délégué, je trouve ça fort ! Surtout que tu me reproches d'avoir été avec Armin mais est-ce qu'on en parle de Mélody hier soir ? C'est pour ça que t'as trouvé mon portable, je l'ai fait tomber en vous voyant ! Et je ne vois pas pourquoi tu me balances tout ça, on est pas ensemble à ce que je sache. Et vu comment tu es, espèce de fourbe pervers et manipulateur, on ne le sera jamais. Tu sais quoi ? Heureusement que demain t'as dix-huit ans. Tu vas enfin partir. Je ne veux plus te voir.
Avec un peu de chance, s'il comprenait ce que je voulais dire, le lendemain matin, sa chambre était vide. Ma décision était prise : le prochain qui prononçait le prénom de Nathaniel, je l'envoyais moi-même dire bonjour à Hadès.
Sans un regard pour le blond, je pris la main d'Armin, mon sac et mon manteau et partis en claquant la porte de l'appartement. Je descendais les escaliers à une vitesse folle et les nerfs toujours à vif. Dans la rue, Armin s'arrêta, ce qui me fit piler net.
- Moana, hum … Est-ce que tu peux me lâcher, s'il-te-plaît ? Tu me fais mal.
Je le lâchai et étais prête à repartir quand mon portable sonna. C'était un appel d'Alexy. Je décrochai.
- Moana ! Tu prends la chose qui me sert de frère et vous rappliquez tout de suite à la maison ! Je vous vois d'ici ! On vous a cherché presque toute la nuit !
Rosalya faisait les cent pas devant nous. Nous étions assis, Armin et moi, dans le canapé dans son salon. Kentin nous observait dans le fauteuil à côté et Alexy veillait à ce que personne ne bouge, les bras croisés.
- Vous êtes au courant que vous avez gâché la saint Valentin de tout le monde avec vos conneries tous les deux?, explosa Rosa. On a reçu un coup de fil de Nath qui cherchait Moana. On a ratissé presque toutes les rues de la ville et personne ! Mais comme si une disparition à elle seule ne suffisait pas, il a fallu que môsieur Armin se laisse désirer en disparaissant lui aussi et en ne répondant à personne ! On était morts d'inquiétude ! Heureusement que Nath nous a rassuré en disant que t'étais rentrée chez toi mais en prime, on a dû pister le téléphone d'Armin pour savoir où tu étais ! Qu'est-ce que tu fichais chez Moana, toi, on peut savoir ?
Armin se ratatina sur lui-même et je devais rougir à vue d'œil. Oh la belle question embarrassante que voilà. Je voulais pas répondre, je voulais pas, je voulais pas … C'en était fini de ma vie et de celle d'Armin, c'était clair ! La nuit passée me revint petit à petit à l'esprit me faisant frissonner et rougir de plus belle. Je baissai les yeux, incapable de regarder qui que ce soit, et encore moins Armin. Je repensais à la manière dont il m'avait regardée, sa façon de me tenir dans ses bras, de m'embrasser, de me faire sentir femme … Ça n'avait rien à voir avec l'espèce d'énergumène hypocrite. Avec l'autre, c'était orchestré, forcé, dû à mes sentiments et à ma naïveté. Je voulais quelque chose de lui, depuis le début. J'étais prête à prendre tout ce qu'il voulait bien me donner. Cette nuit-là, avec Armin, c'était complètement différent. Ça s'était fait par une pulsion, une étincelle, ça avait été passionné. Le pire, c'est qu'il m'avait dit ne rien regretter. Alors pourquoi je culpabilisais ? J'avais pris quelque chose qui ne m'était pas destinée, même si lui avait pris quelque chose qui ne lui était pas destiné non plus, et que je lui ai pourtant offert avec mon cœur. Je serrai les poings sur mes genoux. Pourquoi je n'y arrivais pas ? Pourquoi quand j'y repensais j'étais déçue ?
- Oh, Moana, on te parle !
Je sursautai violemment et clignai plusieurs fois des yeux. Rosa me regardait en tapant des pieds et Alexy me regarda en soupirant.
- Nous disions donc, continua Rosa, Armin s'est pointé chez toi parce qu'il venait de se faire larguer par Violette, ça d'accord. Mais qu'est-ce que tu faisais à moitié bourrée et seule ?
- Eh bien … Humm... Oh et puis, c'est de ta faute, Rosa ! T'as voulu que je rejoigne Nathaniel mais tu sais ce que j'ai vu dans la rue ? Il était en train d'embrasser Mélody ! Que voulais-tu que je fasse ? Que je cours vers lui en lui hurlant ce que je ressentais et me prendre le râteau du siècle ? Merci mais très peu pour moi !
- Pourquoi ce que tu « ressentais » au passé ? C'est plus d'actualité ?
- Quand on se fait traiter de traînée, non, plus vraiment ?
- Hein ? Attends, qu'est-ce qu'il s'est passé ensuite ?
- J'ai couru jusque chez moi et j'avais fait tomber mon portable dans la rue. J'ai juste chopé une bouteille en espérant oublier sauf que Armin est arrivé, on s'est saoulé ensemble et nous voilà.
Ça aurait pu être plausible dans le genre « on a fini la nuit tous les deux avachis dans le canapé » mais je vis bien que personne ne crut ça. Alexy s'approcha de son frère et désigna la marque qu'il avait sur la pommette.
- Et vous allez nous dire que ça, c'est en tombant du canapé, je présume ? Je pense avoir deviné ce qu'il s'est passé. Mais je veux l'entendre quand même de votre bouche. Allez, dites-le. Maintenant.
Je suppliai Armin du regard. Après tout, il disait qu'il ne regrettait pas, hein ?
- Nathaniel m'a frappé quand je suis sorti de la chambre de Moana. En me rhabillant, je suis tombé mais sur Moana et, non seulement ça a fait du bruit mais en plus, on était pas dans une tenue descente …
- Je rêve, ils ont couché ensemble, c'est pas possible..., soupira Rosa. Il y avait je sais pas combien de trucs à faire mais non, c'est celle qui vous enfonce le plus avec votre copain, copine respectifs qui vous vient en premier à l'esprit.
- Franchement, Rosa, je vois pas de quelle copine tu parles puisque Violette ne veut plus de moi.
- Et il n'aurait pas été voir une autre fille pour m'insulter comme ça le lendemain si je comptais vraiment pour lui.
Rosa ne trouva rien à répondre et leva les yeux au ciel.
- Et maintenant, où vous en êtes tous les deux ?, ajouta-t-elle.
- Nulle part. On est pas ensemble. On s'est mis d'accord là-dessus, répondis-je.
Elle hocha la tête et partit s'asseoir à côté de moi, la tête entre ses mains. Nous avions dû causer plus de soucis que nous le croyions... Je jetai un coup d'œil vers mon cousin qui m'observait avec une lueur indéfinissable. Je ne savais pas trop s'il était en train d'essayer de redécouvrir sa cousine ou s'il était déçu par ce que j'avais fait. Je baissai les yeux, honteuse, mais me ravisai bien vite. Après tout, je ne vois pas en quoi ce que je fais les regarde. J'étais assez grande pour savoir quoi faire de mon derrière. Je n'avais de compte à rendre à personne. Je les remerciai pour leur bienveillance mais l'ennui était qu'ils voulaient bien souvent se mêler de ce qui ne les concernait pas. Je vis à l'expression d'Armin qu'il en était venu à la même conclusion que moi. Il tourna sa tête vers moi et me sourit.
- Au fait, t'as faim ?
J'hochai la tête. Comme pour répondre à sa question, mon ventre se mit à gargouiller bruyamment, faisant le même bruit qu'une baleine en train de s'échouer. Cela le fit rire et il m'indiqua de le suivre jusque dans la cuisine. Il déposa en un rien de temps tout ce qui était susceptible d'être mangé sur la table et s'assit avec moi.
J'allais entamer mon troisième bol de céréales quand mon téléphone sonna. Ne connaissant pas le numéro, je me levai et sortis répondre.
- Oui, allô ?
- Allô, mademoiselle Belleza ?
Nathaniel rentra dans l'appartement. Il balança son manteau sur le canapé et se dirigea vers la salle de bain. Il avait besoin de se calmer et une bonne douche aurait bien fait l'affaire.
Il laissa l'eau chaude couler sur sa peau et inspira et expira plusieurs fois pour se détendre. Quand Moana était partie le matin avec Armin, il s'était senti prêt à détruire tout ce qui se trouvait dans l'appartement. Alors, il était sorti et avait flâné dans la ville toute la journée mais plus le temps passait, plus il s'énervait. L'inquiétude qu'il avait ressentie la veille l'énervait. Voir que ses affaires étaient là et elle aussi alors qu'elle n'avait rassuré personne l'énervait. Le chantage de Mélody l'énervait. Ne pas avoir parlé à Moana la veille l'énervait. La revoir avec l'autre bellâtre l'énervait. Le regard qu'elle lui avait lancé quand il avait frappé Armin l'énervait. Qu'elle se soit interposée l'énervait. Qu'il ait eu l'idée stupide de lui balancer des horreurs l'énervait. Qu'elle lui réponde et qu'elle ait raison l'énervait. Qu'elle soit partie l'énervait. Qu'il l'ait laissé faire l'énervait. Qu'elle ait passé la nuit avec un autre l'énervait. Qu'elle le haïsse à présent l'énervait. Qu'il y pense s'en arrêt l'énervait. Et le pire, c'était l'idée qu'elle puisse être amoureuse d'Armin et non de lui qui l'énervait. Il l'avait perdue. Tout ce qu'elle avait bien voulu lui donner, il l'avait pris, trop heureux d'avoir quelque chose de sa part. Depuis qu'elle avait accepté d'être un peu à lui, il était le plus heureux des hommes. Il l'avait enfin dans ses bras, près de lui. Il pouvait enfin l'embrasser autant qu'il le voulait. Il lui aurait volontiers montré à quel point il l'aimait s'il n'était pas quasiment certain de n'avoir que son corps. Plus il passait du temps avec elle, plus elle lui échappait, lui glissait entre les doigts. Au final, ils avaient eu un rapprochement physique contre un éloignement moral. Avec du recul, il aurait peut-être préféré l'inverse... Mais c'était ce qu'elle lui donnait et il était heureux avec ça. Au moins, elle lui donnait, elle s'occupait de lui. Il tenait une place dans sa vie.
Il frappa le mur de son poing. Il avait été obligé de frapper Armin. Il lui avait volé Moana. Il avait pris d'elle ce qu'il voulait lui. Être le seul pour elle, l'unique, le premier et le dernier mais il avait tout gâché. Ou plus précisément, Mélody avait tout gâché. Elle avait deviné ses sentiments pour Moana et s'en était servis. Rosalya lui avait dit de la rejoindre au magasin de Leigh et tout ce que Mélody avait eu l'idée de faire, c'était de le suivre. Pas de façon de discrète bien entendu. Ça aurait été trop simple. Elle l'avait collé, comme d'habitude. Alors, il l'avait repoussé gentiment, surtout que son instinct lui disait que ce ne serait pas Rosalya qui l'attendrait. Il avait espéré voir Moana au milieu de la rue, se retournant et lui souriant. Mais non. Il avait eu son stick géant pour l'accompagner. Sa patience avait atteint sa limite et il avait dû dire à Mélody se qu'il pensait, qu'il ne serait jamais amoureux d'elle et qu'il voulait qu'elle le laisse tranquille. Elle l'avait regardé, étonnée, et lui avait rétorqué qu'il ne fallait pas qu'il compte sur Moana pour le combler et qu'il n'y avait qu'elle qui était assez bien pour lui, parce qu'elle le comprenait, parce qu'elle aussi avait souvent ses parents sur le dos. Ce qu'elle avait ajouté ensuite l'avait achevé : Nous sommes tous les deux les deux pauvres délégués dont personne ne veut. Si Moana voulait être avec toi, elle te l'aurait fait comprendre. Mais moi, je suis là. Je sais ce que tu ressens. Je suis la seule à t'ouvrir mon cœur. Alors il l'avait embrassé. Pour qu'elle se taise. Pour qu'elle ait enfin ce qu'elle voulait depuis longtemps. Malheureusement, Moana était arrivée à ce moment-là. Quand il avait relâché Mélody, il lui avait fait comprendre qu'il ne voulait plus l'entendre, qu'elle avait ce qu'elle voulait et qu'elle n'avait plus intérêt à dire du mal de Moana sinon il ne répondait plus de lui.
Il avait menacé une fille ! Une pauvre fille un peu trop obsédée avec qui il entretenait une relation pourtant correcte depuis un bout de temps ! Mais sur le moment, c'était ce qu'il lui avait semblé être la meilleure chose à faire. Elle n'avait pas le droit de dire ça de Moana. Elle, elle avait été vraiment là. Elle l'avait sorti de sa boucle infernale familiale dans laquelle il état pris depuis trop longtemps. Elle avait appris à le connaître. Elle lui avait donné une chance d'être lui-même, de s'affirmer, de se libérer. Elle l'avait écouté, l'avait consolé. Et elle lui avait donné un vrai foyer, chez elle et dans ses bras. Peu importe où il allait, si elle était à côté, il se sentait comme chez lui, en paix avec lui-même.
Mais elle n'était pas là. Et après ce qu'il lui avait dit, elle n'était pas prête de revenir près de lui. Nathaniel soupira et sortit de la douche. Deux options se présentaient devant lui : soit il réglait vite son problème soit il la perdait définitivement.
Malgré tout, il n'était pas prêt à être en face de Moana. En passant dans le couloir, il dit à Noémie qu'il ne mangerait pas et alla se coucher directement.
Quand il se réveilla le lendemain, la première pensée qu'il eut fut pour Moana. Il avait passé la nuit à réfléchir à ce qu'il devrait faire, même si ça n'avait abouti qu'à des remords pour ce qu'il s'était passé la veille. Ça lui avait traversé l'esprit de lui dire ce qu'il ressentait pour elle et même lui avouer tout ce qu'il avait sur le cœur depuis un bon moment mais à quoi bon ? Elle lui avait fait comprendre qu'il n'aurait jamais son cœur, surtout qu'elle avait l'air de l'avoir donné à Armin. Encore quelque chose que le brun lui avait pris...
Il était à peine arrivé dans la cuisine qu'il savait déjà que quelque chose n'allait pas. Noémie semblait triste, ce qui ne lui ressemblait pas et Kentin avait trop la tête ailleurs pour que ça soit normal. Et il n'y avait que trois bols de sortis.
Il courut jusqu'à la chambre de Moana et l'ouvrit à la volée. Son lit était vide, désespérément vide.
- Ne te fatigue pas, elle est partie, lui dit Noémie.
- Partie ? Comment ça « partie » ? Noémie, qu'est-ce que t'entends par là ?
- Qu'elle ne reviendra pas.
Nathaniel se sentit désemparé. Le souffle coupé, il eut du mal à aligner deux pensées cohérentes. Où pouvait-elle être partie ? Pourquoi il ne l'avait pas remarqué plus tôt ? Pourquoi … Était-ce à cause de lui ? De ce qu'il avait dit ? Mais quel con ! Il devait la trouver, lui dire qu'il était désolé, qu'il ne pensait pas ce qu'il avait dit, qu'il était juste jaloux à en mourir … Elle ne pouvait pas s'en aller comme ça, elle n'avait pas le droit !
Il alla dans sa chambre et attrapa les premiers vêtements qui lui tombaient sous la main, puis il retourna voir Noémie. A sa plus grande surprise, Alexy se tenait au milieu du salon. Vu la mine de tout le monde, Nathaniel était prêt à parier qu'il y avait un mort.
- Nath, tu tombes bien, lui dit Alexy. Moana nous a donné ça avant de … Enfin, elle nous a dit que c'était tout ce qu'elle voulait te dire.
Il lui tendait une clé USB. Elle était noire, simple sans capuchon mais Nathaniel avait l'impression que Alexy lui donnait un trésor. Il regarda Noémie sans comprendre et alla dans sa chambre, sur son ordinateur. Il dut s'y prendre plusieurs fois pour insérer la clé tant ses mains tremblaient. Ça pouvait être n'importe quoi, comme une blague d'Alexy, mais il pensait, non, il espérait qu'il puisse trouver les réponses à ses questions sur cette clé. Et si elle était vide ? Si c'était une lettre d'insulte (qu'il aurait bien méritée) ? Une photo d'elle dans les bras d'Armin, histoire de lui faire comprendre qu'il pouvait clairement aller se faire voir ?
Il se mordit la lèvre et cliqua sur le fichier, la curiosité emportant tout le reste. C'était une musique, sans nom, mais une musique.
Le refrain passait en boucle dans son esprit. « Je t'aime le jour. A quand la nuit ? Ton autre toi, tes envies ». C'était « Lunatique » de Margaux Avril. Cette chanson résumait à la perfection sa personnalité. Mais est-ce que, par là, Moana voulait lui faire comprendre qu'elle l'aimait ? « Je t'aime le jour. ». Elle l'aimait … Elle l'aimait ! C'était pour ça qu'elle avait accepté d'être comme ça avec lui, c'était pour ça qu'elle avait réagi comme ça en le voyant avec Mélody, c'était pour ça qu'elle était triste depuis plus d'une semaine à cause de la saint Valentin ! Tout concordait ! Il devait la retrouver. De n'importe quelle manière, en ratissant la France entière s'il le fallait, mais il avait besoin de lui dire que c'était réciproque, qu'elle n'avait plus à s'inquiéter et à avoir peur. Il se sentait soulagé. Même si une question persistait dans son esprit : pourquoi avait-elle couché avec Armin alors ? Pour le rendre jaloux ? Si c'était ça, bravo, ça avait marché au de-là de ses espérances.
Il y avait trop de questions qu'il devait aborder avec elle. Mais d'abord, il allait soutirer toutes les informations possibles à la seule personne susceptible de savoir où était Moana : Noémie, qu'il trouva au même endroit où il l'avait laissée.
- Elle est où ?
- Nath, elle nous a fait promettre de ne rien dire... Elle savait que tu n'allais pas la laisser partir, alors …
- Je m'en fiche. Je dois la voir.
Son ton se faisait plus pressant et son cerveau tournait à plein régime, cherchant n'importe quel moyen pour faire chanter Noémie. Mais il n'en eut pas besoin.
- Bon, d'accord. Mais je ne suis pas responsable de ce qu'il se passera ! Elle est à Rouen.
- Qu'est-ce qu'elle fait là-bas... ?
- C'est sa ville d'origine. Elle y a grandi et c'est là où ses parents habitent.
- Ça ne me dit pas pourquoi …
- Tu te souviens que ses parents sont partis en voyage et que c'est pour ça qu'elle a atterri chez moi ?, coupa Noémie. Et bien, elle a reçu un coup de fil de l'hôpital. Ils ont eu un accident d'avion en revenant d'Argentine et ont dû être ramenés d'urgence en France et comme ils habitent à Rouen …
Elle n'eut pas besoin d'en dire plus. En un coup de vent, Nathaniel avait préparé sa valise et courait vers la gare.
Normalement, Nathaniel n'était pas le genre à aller dans un endroit inconnu sans se préparer un minimum à l'avance. Il s'était retrouvé à la gare de Rouen sur un coup de tête et ne savait pas du tout où aller. Le pire, c'était que Noémie n'avait pas répondu aux dix-sept appels qu'il lui avait passés. En revanche, il ne repartirait pas sans Moana, sans l'avoir au moins vu, sans savoir ce qu'il se passait. Alors, il avança et déambula comme il le put dans les rues, en tentant de trouver une solution. Noémie ne répondait pas et il ne pouvait pas appeler Moana. Que dirait-elle si elle savait qu'il était venu la voir ? Elle était partie pour une bonne raison et il allait s'amener la bouche en cœur. Il voulait l'avoir encore dans ses bras, lui dire qu'il l'aimait aussi mais pas par téléphone. Pas après les horreurs qu'il lui avait balancé à la figure. Il devait d'abord s'excuser en bonne et due forme et donc trouver où elle habitait. Sa maison … Elle n'avait pas dit que son père était agent immobilier ? Il devait forcément avoir une agence dans la ville ! Et que dirait-il en se pointant là-bas ? Un annuaire ! Il fallait qu'il trouve un annuaire !
Il entra dans la première boutique qu'il vit et demanda où pourrait-il trouver la mairie.
- Vous tournez à droite là-bas et vous allez tout droit. Vous ne pouvez pas vous tromper!
Effectivement. Non seulement la mairie, non, l'hôtel de ville, était énorme mais en plus, il avait trouvé la maison de Moana. Elle se trouvait dans un quartier assez bourgeois et calme mais néanmoins loin de la ville. La maison était une ancienne grange retapée avec de grande baies vitrées. Elle était énorme. Rien à voir avec l'appartement de Noémie voire sa propre ancienne maison ! Il n'empêche que ça n'avait pas l'air de beaucoup bouger à l'intérieur … Mais la sonnette lui tendait les bras, l'incitant petit à petit à appuyer dessus... Nathaniel avait beau tendre le doigt à plusieurs reprises, à rassembler tout son courage, il n'y arrivait pas. Il resta planter là, pendant cinq bonnes minutes, le doigt près du bouton, sa valise sur le dos, le visage blanc comme un linge et l'air ahuri. Il devait avoir l'air malin. Faire tout ce chemin pour la voir et abandonner aussi vite, quel lâche vraiment...
- Tu cherches quelque chose ?, l'interrompit une voix.
Nathaniel se retourna. Un grand brun aux yeux verts le regardait. Il avait un look assez bad boy, dans le genre James Dean des temps modernes. Le genre de look qu'adore Moana. Super.
- Si tu cherches les Belleza, ils ne sont pas là., le relança le brun.
- Tu connais Moana ?!
Il avait été obligé de réagir. Ce gars-là avait peut-être une idée de là où elle pouvait se trouver, il ne pouvait pas laisser l'occasion.
- Oui, je la connais mais tu es qui pour elle ?
- Hmm, un ami. Je viens de Sweet City. Elle est partie sans rien dire et je voulais savoir si elle allait bien.
- Ah, je vois, c'est donc toi. Et bien, tu n'as qu'à aller lui demander toi-même.
- Je veux bien mais où est-elle ?
Nathaniel commençait à en avoir marre de tourner en rond. Si ce type la connaissait, il devait savoir autre chose, et visiblement, Moana avait parlé de lui à ce gars-là.
- Du calme, suis-moi, elle est à l'hôpital.
