Et l'avant dernier chapitre !
Disclaimer : Tout est à Beemoov sauf Moana et ses parents, Noémie et Seb
Rating : T
- Hein ? Comment ça « elle est à l'hôpital » ? Et qui es-tu à la fin ?
- Je m'appelle Sébastien, je suis un ami d'enfance de Moana. Et suis-moi, je vais te montrer, tu comprendras mieux, lui dit le brun.
Nathaniel n'en pouvait plus. Pourquoi ce gars-là avait besoin de la jouer aussi mystérieux ? Ça ne se voyait pas qu'il était plus qu'inquiet ? Visiblement pas assez. Et le pire, c'est que ce Sébastien avait l'air de s'amuser. Néanmoins, son instinct lui soufflait qu'il ne fût rien arrivé à Moana mais qu'elle avait dû revenir ici pour une raison particulière bien que sûrement grave. Était-ce à cause de ses parents ? Il avait le souvenir que ces derniers ne devaient plus tarder à revenir de leur tour du monde.
Il fût coupé dans son enquête par Sébastien qui lui faisait signe de le suivre. Nathaniel dut allonger le pas pour suivre sa cadence car son guide devait faire une dizaine de centimètres de plus que lui, avait des jambes plus longues et donc un rythme de marche plus soutenu, bien que Nathaniel ne fût pas le pire des sportifs. Au bout d'une centaine de mètres, Sébastien s'arrêta à un arrêt et grimpa dans le premier bus qu'il vit.
Sur le trajet, Nathaniel essaya de lui poser des questions ou tout du moins d'avoir quelques informations supplémentaires mais il ne reçut que pour simple réponse « oui » ou « non » suivant la question et comprit que ce n'était pas la peine d'insister lorsque le brun sortit des écouteurs et écouta sa musique. Nathaniel se mit à bouillir de l'intérieur devant ce manque de savoir-vivre. S'il le gênait tant, pourquoi l'aider et l'accompagner ? Surtout avec le peu d'éloquence qu'il avait... Comment Moana avait réussi à devenir amie avec un type pareil ? Quoiqu'à bien y réfléchir, la jeune femme était si adorable qu'elle devenait amie avec quiconque croisait son chemin. Elle se faisait facilement apprécier des gens, avec sa bonne humeur et sa franchise. Le blond soupira. Comment peut-on être assez débile pour perdre une perle comme elle ? Y avait pas à dire, elle lui manquait.
Nathaniel sortit de sa torpeur en voyant Sébastien descendre du bus. Il dut se dépêcher pour le rattraper avant que les portes ne se referment. Ils étaient devant « l'hôpital Charles Nicolle » si Nathaniel lisait bien. Le campus avait l'air énorme. De toute façon, la ville était bien plus grande que Sweet City de base alors...
Il eut un temps d'arrêt. Maintenant qu'il était aussi proche de Moana, qu'allait-il lui dire ? « Coucou ma belle, alors tu sais ? Bah je t'aime aussi ! ». Ou pas. Même si elle avait laissé une clé pour lui, leur dernière discussion avait été quelque peu houleuse… S'excuser était la première étape. Ensuite, il … il … il improviserait. Il n'avait pas le choix. Il fallait tout d'abord voir la réaction que la brune aurait en le voyant. Il ne savait même pas dans quel état il allait la récupérer. Il n'avait pas l'habitude de partir sur un coup de tête mais maintenant, il se souvenait pourquoi : trop d'imprévus, de « si », d'inconnu et de questions. Il adorait pourtant les récits policiers car il aimait résoudre les mystères et découvrir le mot de la fin. Ça en avait même quelque chose de grisant par moment quand il parvenait aux mêmes conclusions que l'inspecteur. Mais là, le mystère était tout autre. Il était dans le brouillard le plus total. Il ne savait pas ce qui allait se passer, ni comment. Il n'était pas motivé par le plaisir de résoudre un problème mais par un simple espoir : celui de voir Moana lui dire qu'elle a des sentiments pour lui et qu'il n'avait pas mal interprété la chanson qu'elle lui avait laissée. En d'autres termes, il avait peur.
Ce n'était pourtant pas un sentiment inconnu chez lui, puisqu'il avait passé son enfance dans la crainte de voir son père le battre un peu plus chaque jour. Celle également de ne pas réussir à l'école ou d'échouer dans quelque chose que son père avait planifié pour lui. Finalement, la seule peur qu'il ait toujours connue était toujours liée à son paternel. Il n'en avait jamais connu d'autres. Cette peur-là le rendait nerveux et n'avait rien d'un mystère d'un de ses livres sympathiques à résoudre.
Nathaniel cligna plusieurs fois des yeux. Sébastien faisait de grands signes devant ton visage.
- Ça fait cinq minutes que t'es dans le vague, tout va bien ?, lui demanda le brun.
Nathaniel hocha la tête et le suivit. Ils déambulèrent dans les couloirs jusqu'à ce que Sébastien ne s'arrête devant une chambre.
Celle-ci était blanche, d'une propreté incroyable, avec une télévision et possédait de grande fenêtre, si bien que quiconque passant dans le couloir pouvait voir à l'intérieur. Deux lits trônaient au milieu, avec un homme et une femme, la quarantaine, tous les deux inconscients et branchés. Il vit Moana dormir sur les jambes de l'homme qui avait les mêmes cheveux bruns que les siens. Nathaniel fronça les sourcils.
- Ce sont ses parents. Moana a dû te dire qu'ils étaient partis en voyage autour du monde ? Eh bien, les voilà revenus. Pendant leur dernier voyage, l'avion a eu un problème technique et est parti s'écraser sur le sol. Heureusement, il n'y a pas beaucoup de morts mais beaucoup de blessés graves, comme ces deux là. On a dû les rapatrier d'urgence en France, le coupa Sébastien.
Nathaniel comprenait mieux pourquoi Moana avait tout fait les rejoindre. Même après tout ce qu'il s'était passé, si ses parents avaient été dans le même cas, il n'aurait pas hésité une seule seconde et aurait couru à leur chevet, malgré ce qui avait pu se passer entre eux.
Sébastien lui fit signe d'attendre dehors. Le brun entra dans la chambre et ferma la porte derrière lui. Le bruit sembla réveiller Moana qui releva la tête. Elle était au bord des larmes et Nathaniel ne l'avait jamais vu aussi inquiète. Le cœur du blond loupa un battement quand Moana se jeta dans les bras de Sébastien.
Nathaniel ne fut plus aussi sûr de lui que lorsqu'il a pris le train pour la rejoindre. Les paroles de la chanson que Moana avait laissée étaient pourtant claires, non ? C'était lui qu'elle aimait. Mais ce bellâtre avait l'air d'être très proche de sa belle. Trop proche. Nathaniel se sentit complètement perdu.
Le regard que avait Moana l'acheva. Ses yeux, d'habitude d'un bleu si profond qu'il adorait s'y perdre, étaient d'une noirceur qui le fit frissonner. Pire encore, ils lui lançaient des éclairs. Elle avait quitté les bras de Sébastien, et l'inquiétude avait laissé la place à la colère sur ses traits. Moana ouvrit la porte de la chambre à la volée et vint se planter devant Nathaniel. Elle tremblait.
- Je peux savoir ce que tu fous ici ?, lui demanda-t-elle.
Nathaniel fronça les sourcils. Vu comment il était reçu, il était presque impossible que ce soit Moana qui ait laissé la chanson. Il essaya de paraître le plus neutre possible.
- J'ai… Je… J'ai écouté la chanson que tu as laissée pour moi. Noémie m'a dit que je te trouverai là et Sébastien m'a accompagné. Moana, je suis sincèrement désolé pour tout ce que je t'ai dit, je regrette. Et je tiens vraiment à toi, tu sais.
Cette dernière phrase était visiblement de trop. La brune sortit d'un coup de ses gonds.
- Parce que tu montres que tu tiens aux gens en les traitant de prostituée toi ? Tu te fiches de moi ? Et je peux savoir de quelle chanson tu parles ?
- Celle que tu as laissée à Noémie et Alexy, enfin, je crois…
- Je ne sais vraiment pas de quoi tu parles, Nathaniel. Et il me semblait t'avoir fait comprendre que je ne voulais plus te voir, le coupa-t-elle.
Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et retourna dans la chambre. De son côté, le blond s'était senti se vider d'un coup. Le cœur lourd et un nœud dans la gorge, la suite de la journée lui semblait claire. Nathaniel empoigna son sac et tourna les talons. Il n'était plus le bienvenu dans la vie de Moana encore moins dans sa ville. Il fallait donc retourner à Sweet City. En revanche, dès qu'il sera arrivé, il se promit d'avoir une petite conversation avec Noémie et Alexy. Ils avaient peut-être voulu bien faire, mais l'ascenseur émotionnel était bien trop violent. Il avait été sincèrement heureux et était prêt à faire une belle entrée, comme dans les comédies romantiques que Moana adorait regarder. Mais déjà, à peine arrivé, l'ending auquel il pensait commençait mal. Sébastien aurait pu n'être qu'un petit problème mais pire encore : Moana lui en voulait toujours énormément et les sentiments de Nathaniel ne semblaient pas du tout réciproques en fin de compte… Pourquoi Noémie et Alexy lui avaient fait ça ? C'était plus que cruel de leur part. Et comme journée d'anniversaire, il avait connu mieux…
Il avait déjà traversé plus de la moitié du couloir quand on l'appela. S'il pensait qu'une infirmière était prête à lui dire quelque chose, il vit avec stupeur que Moana arrivait à grand pas vers lui, suivie de près par Sébastien.
- Il n'y a plus de train à cette heure, lui dit-elle d'un ton sec. Viens à la maison. Mais demain matin, tu pars.
Nathaniel ne savait plus où se mettre. Son regard fit la navette entre Sébastien qui affichait un sourire satisfait (qu'est-ce qui pouvait bien le satisfaire ?) et Moana dont la proposition semblait lui coûter. Elle avait les lèvres pincées et le regardait dans les yeux.
Je savais exactement ce que pensait Seb à cet instant et j'aurais bien aimé le taper. Il avait réussi à me convaincre d'inviter Nathaniel à la maison alors que je n'en avais clairement pas envie. D'après lui, même si je lui en voulais beaucoup, mes sentiments pour le blond se voyaient comme le nez au milieu de la figure. Soi-disant que le fait qu'il fasse tout le chemin pour me voir et s'excuser était une assez belle preuve d'amour aussi. Ben voyons. Et moi qui pensais avoir la paix en revenant à Rouen…
J'avais fait le trajet à moitié en larmes, plus qu'inquiète pour mes parents. L'appel du médecin qui s'était occupé d'eux résonnait encore dans ma tête. Il m'avait dit que l'avion dans lequel ils étaient avait eu un problème technique important et les pilotes avaient tout fait pour se poser où ils avaient pu mais une explosion était survenue à une vingtaine de mètres du sol, faisant plusieurs blessés. L'avion s'était à moitié crashé sur le sol, les services médicaux avaient été mis au courant et furent très réactifs. Ils étaient au Portugal, le dernier pays que mes parents devaient visiter. Ils ont été pris en charge tout de suite. Mon père avait été touché sur tout le côté gauche et avait le flan brûlé. Il avait été mis sous coma artificiel. Quant à ma mère… Elle avait reçu un choc violent à la tête et elle était elle aussi dans le coma, mais rien d'artificiel cette fois-ci. On les avait donc rapatriés en France car il y avait plus de moyens.
Le médecin m'avait expliqué tout ça de long en large et qu'il valait mieux que je sois à leur côté. Mon oncle et ma tante allaient bientôt me rejoindre. Comme je n'étais pas encore majeure, c'était à mon oncle, mon parrain donc, de s'occuper de moi et des papiers en attendant. Mais j'avais couru jusqu'à leur chambre et eu une longue discussion avec le médecin. Il m'avait rassuré tout de suite : leur état était grave mais pas assez pour que leur vie soit en danger. En revanche, ils allaient mettre un moment pour se réveiller et se remettre de leurs blessures. Ma mère allait peut-être avoir des problèmes de mémoire pour la suite. Nathaniel me sortit de mes pensées.
- Eh bien, si tu veux bien de moi chez toi, alors oui.
Bon. Super. Vraiment je ne sais pas ce que j'avais fait à ma bonne étoile mais elle était sadique. Grandes émotions sur grandes émotions. J'hochai la tête et lui fis signe de me suivre.
Sur tout le long du trajet, personne ne dit un mot. En revanche, Seb n'avait toujours pas quitté son air satisfait. Pire encore, quand il rentra chez lui, il me fit un clin d'œil. Je levai les yeux au ciel et me tournai vers Nathaniel. Lui, par contre, ne semblait pas satisfait du tout.
- Tu sors avec lui ?, me demanda-t-il.
- Pardon ? T'es sérieux, la seule question que t'as à me poser, c'est ça ? Non, je considère Seb comme mon frère, je le connais depuis la maternelle. C'est tout.
Nathaniel haussa les épaules mais sembla se détendre un peu. Et moi, je ne savais pas du tout quoi en penser. Si c'était de la curiosité mal placée, ça n'était vraiment pas drôle. Et puis, qu'est-ce qu'il me faisait encore ? Il n'était pas…
- T'es jaloux ?
- Que je le sois ou pas, qu'est-ce que ça change ?, me répondit-il tandis que nous passions la barrière de chez moi.
Ben ça ne changeait rien. Parce que peu importait ce que Nathaniel pouvait dire ou penser, je n'en avais plus rien à faire. Menteuse, me soufflait une petite voix. Et pourtant, il fallait bien que je l'avoue : voir Nathaniel jaloux me faisait plaisir.
- Alors ? Raconte ? Comment ils vont ?
J'étais à peine rentrée dans ma maison qu'on venait de se jeter sur moi pour me secouer comme un prunier.
- Armin, par pitié, ne fais pas ta Rosalya. Leur état est stable pour l'instant et le médecin m'a dit qu'il n'y aurait pas de séquelles graves. Mais ils vont rester très longtemps à l'hôpital, par contre…
Le brun hocha la tête et me lâcha. Je le vis se retourner pour aller vers la cuisine puis il fit très rapidement volte-face. Armin s'avança à grands pas et attrapa Nathaniel par le col de son pull.
- Moana, je peux savoir ce qu'il fout ici ?
- C'est moi qui lui ai dit de venir à la maison, pour cette nuit tout du moins.
Je n'avais pas fait un seul geste pour libérer Nathaniel de l'emprise d'Armin. Je n'en avais aucune envie. Ses paroles de la veille résonnaient encore trop dans mes oreilles et s'il s'en prenait une, c'était plus que mérité. Mais lui non plus ne faisait rien pour se libérer. Nathaniel avait le visage impassible et de la détermination dans le regard, comme s'il s'était résigné à recevoir la colère d'Armin sans broncher.
Armin fronça les sourcils et tourna la tête vers moi.
- Faut que tu m'expliques plus, je comprends rien. Comment t'as pu inviter cet abruti fini ?
Allez savoir pourquoi, mon cœur loupa un battement en entendant la violence des paroles d'Armin. Nathaniel n'avait peut-être pas été très tendre avec moi mais la réaction d'Armin commençait à devenir excessive.
De toute façon, Armin avait adopté un comportement plus ou moins étrange depuis la veille, quasiment dès qu'on était sortis de chez lui et que Alexy et Rosalya nous avaient passés un savon. Il m'avait fait comprendre qu'il n'avait pas spécialement apprécié la manière dont Rosa et son frère s'étaient mêlés de notre relation, puisque ça ne regardait que nous. Et j'étais assez d'accord avec lui, mais Rosa et Alexy étaient tellement à fond sur ma possible relation avec Nathaniel… Je ne pouvais pas leur en vouloir.
Et depuis le coup de téléphone de l'hôpital, Armin se montrait particulièrement attentionné et protecteur. Il avait également insisté pour m'accompagner voir mes parents puisque « il était hors de question de me laisser seule dans cette situation et dans cet état ». A vrai dire, je commençais à y prendre goût à ses petites attentions. J'en venais presque à me poser des questions sur mes propres sentiments… Armin avait été présent pour moi depuis qu'on se connaissait, le feeling est toujours passé entre nous et puis il y avait continuellement cette attirance mutuelle… Et je me disais parfois que si j'avais choisi de coucher avec lui, c'était peut-être qu'il y avait une raison. Mais… ce n'était pas Nathaniel, me susurra une petite voix dans ma tête. Et en parlant de ça…
- Nathaniel est venu quand il a appris ce qui était arrivé à mes parents. Comme il n'y a plus de trains jusqu'à demain et que je ne suis pas une aussi grosse trainée qu'il le prétend, je l'ai invité à rester ici cette nuit. Il repart demain.
Armin ne répondit pas. Il lança un regard noir à Nathaniel et le lâcha enfin. Le blond remit son pull en place et s'approcha de moi.
- Ecoute, Moana, je….
- Ce n'est pas parce que je t'ai invité chez moi que j'ai envie de discuter avec toi. Maintenant, suis-moi, je vais te montrer où tu vas dormir.
Je le vis, tout penaud, hocher la tête. Avant de me suivre, j'aurais d'ailleurs juré qu'il avait jeté un coup d'œil à Armin, comme pour s'assurer qu'il ne venait pas avec nous à l'étage.
Arrivée en haut, je traversais le couloir et ouvrit la dernière porte sur la gauche. A l'intérieur se trouvait une grande chambre avec lit double et tout ce qui fallait.
- C'est la chambre d'amis ici. La salle de bain est juste à côté et ne t'en fais pas, tu es le seul à l'utiliser. Armin et moi sommes dans celle de la chambre de mes parents.
- Parce qu'il dort avec toi ?
- Bien sûr.
Sur ce, je le plantai royalement. Je savais qu'il allait me répondre quelque chose de bien agréable encore et je commençais à être épuisée de ce petit jeu. Toute cette histoire m'agaçait prodigieusement. En réalité, avoir Nathaniel à côté de moi me rendait mal à l'aise. Ça aurait été tellement plus simple si… s'il n'était pas venu. J'aurais pu à loisir penser et m'occuper de mes parents, avec Armin avec moi pour me soutenir et prendre soin de moi. Depuis le début, tout aurait été plus simple si j'avais été amoureuse d'Armin plutôt que de Nathaniel en fait… Mais je me sentais plus à ma place dans les bras du blond que dans ceux du brun. Il fallait que je le reconnaisse. Mais ce qu'il m'avait dit la veille plus le fait qu'il avait embrassé Melody et qu'à aucun moment il n'avait démenti des sentiments pour elle, ça me restait en travers de la gorge.
Mes mains tremblaient alors que je passais la porte de la chambre.
- Et puis de toute façon, qu'est-ce que ça peut te faire que je dorme avec lui ou non ?
Je l'entendis soupirer derrière moi.
- Tu vois ce que je veux dire et puis si tu arrêtais de fuir à chaque fois que tu me poses une question peut-être que… Non mais, Moana, sérieusement !
Le blond avait vu que je commençais à me carapater. Il m'avait plaquée dos au mur et me bloquait de ses bras. Ses yeux exprimaient une détermination sans vergogne et je compris que lui aussi commençait à en avoir marre de jouer.
- Tu vas m'écouter, oui ? J'essaye de te parler depuis que je suis arrivé mais tu n'en fais qu'à ta tête ! Alors je vais tout reprendre depuis le début : je suis sincèrement désolé pour ce que je t'ai dit hier. Je sais que c'est la deuxième fois que je t'insulte comme ça et je compte bien ne pas reproduire cette erreur. J'étais tellement inquiet pour toi, mes mots ont dépassé ma pensée et si je m'attendais à te voir avec Armin… Et pour Melody, il n'y a rien entre elle et moi. Elle m'a pris la tête et je l'ai embrassée pour avoir la paix, c'est tout. Je tiens à toi, Moana, plus que tu ne peux l'imaginer.
Il avait sorti sa tirade d'une traite. Ses yeux, barrés par une jolie mèche blonde, scrutaient mon visage. Il était clair qu'il attendait une réponse.
Mon cerveau se mit à analyser à toute vitesse ce qu'il venait de me dire. Il s'était excusé et j'avais passé l'âge de faire indéfiniment la tête. Et puis, Nathaniel me manquait. Ce n'était pas juste être dans ses bras, c'était bien plus. Le fait de discuter avec lui de tout, de le retrouver le soir à la maison, bref de le retrouver comme on était avant. Tout avait été si compliqué ces derniers temps, il n'avait rien facilité évidemment, mais moi non plus. Et ces affrontements ne pouvaient pas durer éternellement, ce n'était pas une solution. En plus, il était là, devant moi, alors autant que ça se passe bien, non ?
Et c'est finalement mon cœur qui prit la décision. Il battait trop la chamade devant le regard qu'il avait, qui était un mélange entre sincérité et inquiétude. Comment voulez-vous ne pas craquer ?
- Très bien. Mais je peux t'assurer que c'est ta dernière chance.
Je vis son regard pétiller et il esquissa un sourire. Nathaniel me remercia dans un murmure.
Pourtant, le blond ne semblait pas avoir envie de bouger. Moi non plus à vrai dire. Nos visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Je sentis la main de Nathaniel se poser délicatement sur ma joue. Et je restais comme ça, les joues sûrement très rouges et le souffle court, attendant de voir ce qui allait bien pouvoir se passer. Le blond s'approcha lentement de moi et alors que nos lèvres se frôlèrent, je tournai vivement la tête et m'échappai de son étau.
J'étais clairement embarrassée et évitai de croiser son regard.
- Hum, tu … Je vais te faire visiter un peu la maison. Suis-moi.
Nathaniel semblait être en bug monumental. J'avais dû lui griller une ou deux loupiotes en me barrant… Il était en plein « Error 404 » et me fixait. Puis, il secoua la tête. Il ne dit pas un mot mais avait l'air agacé. Agacé de quoi ? Je venais de lui pardonner, je n'allais pas tomber comme ça dans ses bras. Il m'avait dit qu'il ne ressentait rien pour Melody mais ça ne voulait pas dire pour autant qu'il avait des sentiments pour moi. Non mais c'est vrai quoi, il voulait quoi ? Le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la crémière aussi ? Bah non.
Je resserrai mes bras autour de moi et lui fis un signe de tête vers les escaliers, après lui avoir dit que les trois autres portes à l'étage étaient des chambres. Je lui montrai aussi la cuisine puis le salon qui devait accessoirement faire la taille de l'appartement de Noémie. Armin y avait clairement élu domicile. Il était à genoux devant la télé et cherchait quelque chose.
- Ça va, Armin ? Tu trouves ton bonheur ?
- Ouais ouais, t'inquiète. N'empêche, t'aurais pu me dire que t'avais autant de jeux ici ! Y a toutes les consoles qu'on puisse rêver ! Oui, enfin, moi, surtout, roh ça va, tu m'as compris !
- Je te rappelle surtout que ce n'est pas moi qui y joue mais mon père, lui répondis-je à moitié hilare.
Non mais voir la tête d'Armin devant des jeux vidéo reste la chose la plus épique. Même un enfant qui fait Pâques pour la première fois n'a pas autant d'étoiles dans les yeux. Et il fallait avouer qu'Armin était très mignon à fouiner partout comme ça.
Brusquement l'image du presque baiser de tout à l'heure qui me revient en mémoire. Je me mis à rougir toute seule et vu le regard que Nathaniel avait, il devait penser que je rougissais à cause d'Armin. Tant mieux.
- ODDWORLD EN BOITE ! Si je m'attendais à voir ça un jour ! Il n'y en a que cinq mille dans le monde ! Moana, par pitié, est-ce que je peux y jouer ?
Armin avait hurlé et m'avais faite violemment sursauter. En attendant, il avait exactement la même tête que Gollum à la fin de Seigneur des Anneaux quand il retrouve son précieux. Après tout, Armin m'avait accompagnée jusqu'ici alors que je ne lui avais rien demandé. Je pouvais bien le remercier d'une façon ou d'une autre. Je lui fis promettre d'être le plus soigneux possible, puisque d'habitude même moi je n'avais pas le droit de toucher à la sainte collection de mon père, et sortis de la salle.
Je me tournai vers Nathaniel avec un sourire.
- Je vais te montrer ma pièce préférée.
- Le garde-manger ?
- Très drôle. Et non, ça, c'est ma deuxième pièce préférée. En tout cas, il faut passer par là pour y aller.
- C'est bien, je ne te suis plus du tout.
- Tu vas voir.
Je traversai le hall et rentrai dans une pièce qui nous servait de buanderie et de garde-manger. J'attrapai au passage une barre de chocolat sous le regard amusé de Nathaniel et descendis les marches qui menaient au sous-sol. Il faisait plutôt froid en bas et je me mis à frissonner. De froid ou de plaisir de retourner dans cette pièce ? Sûrement les deux. En attendant, j'ouvris la porte juste devant moi et laissai entrer Nathaniel en premier.
- Mes parents sont de grands cinéphiles. Il y a plus de deux milles films ici et de la meilleure qualité que l'on puisse trouver.
- Je savais que tu adorais en regarder mais de là à trouver chez toi un vidéoclub…
- Et tu n'as encore rien vu !
Et j'ouvrais la porte au fond. Devant nous se dressaient quatre énormes canapés et un écran qui faisait la taille d'un mur. Le tout dans la pénombre et la pièce était tapissée de moquette rouge foncée.
- Un home cinéma… J'aurais dû deviner. Ça, c'est impressionnant, me dit Nathaniel alors qu'il scrutait chaque partie de la pièce.
- Je confirme ! J'ai regardé Interstellar pour la première fois ici et j'avoue que c'est plutôt pas mal. On regardera un film ici tout à l'heure si tu veux, Armin n'a jamais eu l'occasion de regarder Ready Player One.
- Moi non plus tu sais ? me répondit le blond en haussant un sourcil.
- Je ne pensais pas que ça serait ton style.
- Je ne juge jamais un film avant de l'avoir vu.
Evidemment. Mon intuition me disait que c'était juste pour ne pas perdre la face devant le brun. Mais bon, je n'étais pas dans sa tête et j'avais bien réussi à le convertir aux films Disney, Spielberg ne devrait pas poser trop de problème…
Je refermai la porte derrière nous et lui dis qu'on y retournerait après manger. On retourna dans la cuisine où Armin avait commencé à …
- Ben, qu'est-ce que tu fais ?, lui demandai-je les yeux ronds.
- Ca se voit, non ? Je cuisine.
- Armin, ne bouge plus, ne touche plus à rien.
Le brun s'était brusquement arrêté et me regardait avec angoisse. Il avait étalé une pâte sur le plan de travail et une bonne demi-douzaine d'ingrédients. La pâte regorgeait de bonnes choses : j'y voyais de la sauce tomate, du fromage, champignons, des olives… Bref, il avait fait une pizza faite maison. Et pour ma part, j'étais partie m'asseoir sous le choc.
- J'y crois pas. Tu as fais quelque chose de tes mains.[/]
Le brun fronça les sourcils et mit une main sur sa hanche.
- Très amusant. Tu sais que j'arrive à faire deux trois trucs ? Je suis pas aussi doué qu'Alex mais quand même, me dit-il en s'approchant de moi. Et puis c'est pas gentil de se moquer des invités qui s'occupent du repas, ça mérite une punition ça.
Sur ce, il se jeta sur moi pour me chatouiller, prenant d'assaut mes côtes et mon ventre. J'hurlai de rire entre ses bras. Il avait trouvé un de mes points faibles. Je ne pus empêcher une larme de s'échapper sur ma joue tandis que j'essayais de le faire arrêter sa torture. Armin avait le sourire aux lèvres, amusé.
- Armin, arrête… s'il-te-plait… Je respire plus avec tes bêtises, articulai-je entre deux rires.
- Tu ne pensais pas insulter ton maitre et rester impunie ?, me répondit-il, en arrêtant néanmoins ses chatouilles.
- Pardon, maitre Vador, ça ne se reproduira plus dis-je en lui rendant son sourire.
Par contre, j'avais réussi je-ne-sais-comment à me retrouver assise sur les genoux du brun. Je regardais instinctivement Nathaniel qui se trouvait à l'autre bout de la cuisine. Il était stoïque et tendu, comme si quelque chose l'angoissait. Je fronçai les sourcils mais m'abstins de commentaire. Quelque chose me disait que si je lui demandais ce qu'il avait, ça allait finir en dispute monumentale entre Armin et lui. Et mon instinct ne se trompait jamais. Enfin presque.
- Bon, ça ne va pas se cuire grâce à la Force !
- La Force donne des pouvoirs télékinétiques mais n'a jamais servi à faire cuire une pizza. Il va falloir revoir tes classiques, chérie.[/.b]
Armin m'offrit un sourire charmeur tandis que je rougissais sûrement à vue d'œil en entendant le surnom. J'entendis un grognement derrière moi.
- Surtout si je gène ou si vous voulez que je tienne la chandelle, dites-le moi.
Nathaniel avait dit ça de la manière la plus désinvolte qui soit. Pourtant, il avait les bras croisés sur sa poitrine et les sourcils froncés. Il était quand même plutôt rare de l'entendre exprimer ouvertement son mécontentement. D'habitude, il le faisait comprendre, mettait les formes et tout mais là…
Je secouai la tête et ne répondis ni à Armin ni à Nathaniel. C'était de la provocation ouverte et je voyais très bien que le but était de se quereller.
Je mis finalement la pizza au four puis mis rapidement la table. Comme l'ambiance s'était vite tendue, j'allumai les enceintes et lançai une playlist au hasard. Armin était retourné à son jeu et semblait à fond dessus.
Deux ou trois musiques passèrent jusqu'à ce que la mélodie de « One More Night » de Maroon5 se fasse entendre. Mon cœur loupa un battement en entendant cette chanson. Il s'était passé tellement de choses depuis le concert… Et Nathaniel avait énormément changé entre le moment où il l'avait chanté et là. Notre relation aussi par ailleurs. Je me remémorai tous les souvenirs que je pouvais avoir avec le blond entre l'après-midi où je les avais massés avec Kentin, en passant par Noël et le jour où Noémie l'avait accueilli. Je me sentis vite nostalgique. Ma vie avait également changé, entre septembre et là, février. Février… Février ! On était quel jour au fait ? Je regardai mon téléphone et vis s'afficher « 16 février ». Nathaniel avait dix-huit ans aujourd'hui et ça m'était totalement sorti de l'esprit ! Je me retournai pour le regarder. Il avait le dos appuyé contre le mur et semblait apprécier la musique, les yeux fermés. Je m'approchai à pas de loup et vins lui dire à l'oreille « Au fait, joyeux anniversaire ». Je m'enfuis avant qu'il n'ait eu le temps de réagir et fus en plus sauvée par le gong. Le four sonnait et heureusement. Je ne savais pas pourquoi je lui avais souhaité de cette manière mais cette proximité m'avait donné des frissons. Ou le fait de sentir son parfum. Ou les deux. De toute façon, son odeur m'avait toujours fait de l'effet alors… Un savoureux mélange entre le frais et le boisé qui lui donnait un côté très sexy. Une image s'imposa dans mon esprit… Celle de Nathaniel en boxer allongé sur son lit, comme à chaque fois que l'on se trouvait tous les deux.
Honteuse de repenser à ça alors que le principal concerné se trouvait à deux mètres de moi, je me rendis compte que j'étais en train de baver tandis que j'ouvrai le four. Je voulus faire deux choses en même temps : m'essuyer le menton et prendre la pizza pour que ça ne fasse pas trop bizarre. Mais comme ma maladresse n'est toujours pas une légende, je me brulai en prenant le plat. Je retirai vivement ma main avec une exclamation de surprise et portai mon doigt douloureux à la bouche.
- Moana, qu'est-ce qui se passe ? Tu t'es brûlée ? Va mettre ta main sous l'eau froide maintenant ! Je m'occupe du plat.
Nathaniel m'avait éloignée du four et avait ouvert le robinet. Je le remerciai d'un signe de tête et mis mon doigt sous l'eau. Je vis ma peau rougir mais au fur et à mesure, celle-ci refroidissait. Le blond avait pris un torchon qui trainait pour prendre le plat et avait posé la pizza sur un dessous de plat.
Armin, qui s'était réveillé après la guerre, arriva dans la cuisine et comprit rapidement que j'étais toujours aussi douée. Il ne fit pas de commentaire et on mangea enfin. La pizza était aussi bonne qu'elle en avait l'air. « Au moins je crèverais pas de faim s'il y a une attaque de zombies. » me répondit Armin quand je lui ai demandé sa motivation à cuisiner.
On alla ensuite dans le home cinéma. J'allumai tous les appareils et lançai Ready Player One avant de m'installer sous un plaid à côté d'Armin. Nathaniel était derrière nous.
Quand le film commença, je me calai contre le brun et posai ma tête sur son épaule. J'étais trop bien, en boule et au chaud. Une vingtaine de minutes plus tard, je pris carrément mes aises et posai ma tête sur ses genoux. Je sentis Armin poser une main sur ma tête et jouer avec une de mes mèches de cheveux. Un de mes films préféré, un plaid et des papouilles, que demandait le peuple ?
Deux heures plus tard, quand le film se termina, je sus ce que le peuple demandait. Armin semblait très concentré sur quelque chose. Il avait les joues roses et fixait un point sur l'écran. Je me relevai et regardai Nathaniel. Il avait une mine renfrognée…
- Le film ne t'a pas plu ?
- Si si, au contraire, le nombre d'Easter Eggs est vraiment impressionnant !
- Si tu le dis…
Je voyais bien que quelque chose le gênait pourtant. Nathaniel lança un regard noir à Armin qui haussa des épaules. Bon, c'est bien, ça se fait des conversations télépathiques sans moi… Ils étaient plus que fatigants à se chamailler comme ça. Pour ma part, je pliai mon plaid et le posai sur le canapé à côté du mien.
Mon téléphone se mit à sonner et je me demandai qui pouvait bien appeler à cette heure si tardive, puisqu'il était à présent une heure du matin.
Mes poumons se vidèrent instantanément de tout leur air. C'était le numéro de l'hôpital et cela n'annonçait rien de bon.
On avait couru tous les trois jusqu'à l'hôpital. Le médecin avait appelé car l'état de mon père s'était aggravé. Il n'avait cependant pas voulu m'en parler plus au téléphone et m'avait demandé à venir rapidement.
J'étais assise sur une chaise, mains et jambes croisées, et me mordillai la lèvre. Nathaniel était assis à ma droite et regardait Armin faire les cent pas devant nous.
- Qu'est-ce qu'il fout sérieux ? Je croyais que c'était urgent !, claqua Armin.
- Je n'en sais rien et par pitié, arrête de tourner comme un lion en cage, ça me stresse encore plus.
Le brun s'arrêta brusquement en entendant ma réponse. Il marmonna un vague « désolé » et releva la tête. Le médecin arrivait vers nous.
- Je suis désolé, jeunes gens. La nuit est plutôt agitée. En ce qui concerne l'état de votre père, je ne vous cache pas que je suis inquiet. Il est pourtant sous coma artificiel mais c'est comme s'il avait fait un cauchemar post-traumatique. Il s'est agité et ses plaies se sont rouvertes. Il a perdu énormément de sang. Son corps essaye tant bien que mal de récupérer ce manque mais son rythme cardiaque est bien trop irrégulier.
Je portai une main à ma bouche. Une larme coula sur ma joue en comprenant la gravité de la situation. Je n'arrivai pas à parler et me contentai de fixer le médecin dans le vague. Je savais qu'il fallait que je réagisse, que je dise quelque chose mais je n'y arrivais pas… Le ton que le médecin avait employé était bien trop grave. Le message était clair : il y avait de très forte chance pour que mon père ne s'en sorte pas.
- On ne peut pas faire de transfusion ?
Je me tournai vers Nathaniel. Il avait raison. Une transfusion ne pourrait pas être envisagée ? Vu la tête que le médecin faisait, il y avait un autre problème.
- Nous manquons cruellement de sang. Les réserves sont quasiment vides. C'est pour cela que je vous ai faite venir. Est-ce que vous savez si vous avez le même groupe sanguin que votre père ?
- Malheureusement, non… J'ai le groupe sanguin de ma mère, A positif. Mon père est O positif…, lui répondis-je en retenant un sanglot.
- Moi je suis O positif. Et majeur.
Nathaniel avait levé la main. Ma respiration s'était accélérée. Il était clairement en train de proposer de sauver mon père !
- Moi aussi ! Bon par contre, je ne suis pas encore majeur, ajouta Armin.
C'était trop beau pour être vrai. Il allait forcément se passer quelque chose… quel pouvait être le pourcentage de chance pour que les gars soient compatibles avec mon père ?
Le médecin sembla réfléchir. Il pinça les lèvres et se gratta la tête avec son stylo.
- Hmm… Autant quand ce sont des membres de la même famille, on peut faire une exception sur la majorité mais lorsque ce sont des personnes extérieures, c'est plus délicat. Suivez-moi, jeune homme, nous allons voir si vous êtes bien compatibles.
Il désigna Nathaniel du doigt et partit avec lui vers le bout du couloir. Ils tournèrent vers la gauche et disparurent.
Mes jambes se mirent soudainement à flageoler. Armin m'aida à m'asseoir et je me rendis compte que je tremblais de tout mon corps. J'essayais d'inspirer et d'expirer doucement, pour essayer d'évacuer toute la tension accumulée en deux minutes. Je ne pensais pas qu'une nouvelle pareille pouvait arriver. Je n'avais pas vu mes parents depuis des mois et voilà que j'étais à deux doigts de perdre mon père.
On dit toujours que ça n'arrive que chez les autres, que c'est bon pour un scénario d'une série… mais lorsque ça arrive dans la vraie vie et que ça vous tombe dessus, la douleur n'est même pas supportable. Qu'est-ce qui a bien pu se passer ? Quand je suis partie plus tôt de l'hôpital, on m'avait pourtant assuré que l'état de mes parents était stable. On n'est vraiment que peu de choses…
Je pris ma tête dans mes mains et pleurai silencieusement.
- Pleure pas, Moana, je suis sûr que ça va bien se finir. Nathaniel va assurer et tout va bien se passer.
Armin me souleva doucement pour me poser sur ses genoux. J'avais la tête au creux de son cou. Le brun chassa mes larmes d'un coup de pouce et me serra dans ses bras, de la même manière qu'un adulte le ferait pour consoler un enfant.
La tension était vraiment trop lourde à supporter. Je me sentis partir tandis que le brun me berçait.
Je me réveillai en sursaut lorsqu'on m'appela. L'horloge au mur en face de moi m'indiquait que je m'étais endormie pendant plus d'une heure. Armin n'avait pas bougé et avait les yeux bien ouverts. Nathaniel était revenu et se tenait devant nous. Il semblait mitigé.
- J'étais effectivement compatible. La transfusion a commencé. Le médecin m'a dit que ça ne devrait pas prendre trop de temps et qu'on aurait une réponse rapide sur son état.
Je me dégageai des bras d'Armin pour me jeter dans ceux de Nathaniel. Je crois que je ne l'avais jamais serré aussi fort contre moi. J'étais tellement soulagée… Je le remerciai un nombre incalculable de fois et me remis à pleurer. Heureusement qu'il était venu, il y avait un espoir pour mon père.
- Ne t'en fais pas, c'est rien. Je n'allais pas rester les bras croisés alors que je pouvais faire quelque chose. Par contre, je suis vraiment désolé mais est-ce que tu peux serrer moins fort ? Je commence à étouffer.
- Oh, pardon, excuse-moi !
Je lâchai d'un coup le blond et lui souris franchement. Pour la première fois depuis longtemps, j'observai son visage et parcourrai ses traits des yeux. Il avait une mine épouvantable. Il avait les traits tirés, des cernes incroyables mais ce qui fit battre mon cœur plus fort, c'était le regard qu'il avait. Il était doux et semblait me couver. Nathaniel avait l'air épuisé et venait pourtant de donner en plus son sang.
Oui, c'était vrai, il avait pas mal merdé. Mais il avait toujours fait ce qu'il avait pu pour moi. Et je lui serais éternellement reconnaissante pour ce qu'il venait de faire. Malgré tout, je sentais bien qu'il y avait encore trop de non-dits entre nous. On avait encore clairement des choses à se dire mais aucun de nous deux n'avait envie de faire le premier pas. Certains aspects de son comportement m'énervaient encore, comme sa jalousie mal placée, son agressivité constante envers Armin alors que le brun n'avait rien demandé et son côté séducteur qu'il gardait quand on était tous les deux et qui me donnait toujours l'impression qu'il jouait avec moi. Et c'était encore pire depuis que je m'étais rendue compte de mes sentiments pour lui.
Au bout d'un quart d'heure, le médecin revint nous voir. La transfusion avait parfaitement fonctionné et mon père s'était enfin calmé. Son état s'était de nouveau stabilisé.
Nous venions de rentrer. Il était à présent quatre heures du matin et il commençait à neiger dehors. Nous étions tous les trois épuisés.
Nous étions remontés en taxi jusque chez moi, l'hôpital étant bien trop loin pour rentrer à pied et il n'y avait pas de bus à cette heure avancée de la nuit. Personne n'avait prononcé un mot depuis qu'on était sortis de l'hôpital et c'est sans un mot également que chacun rejoint sa chambre.
Avant d'entrer dans la chambre de mes parents, je ne pus m'empêcher de regarder Nathaniel entrer dans la chambre. Il ferma la porte simplement la porte derrière lui et je n'entendis plus un bruit.
Je soupirai tristement sans trop savoir pourquoi et entrai dans la chambre, suivie par Armin. Je rentrai directement dans la salle de bain, fermai la porte et entrai dans la douche après m'être déshabillée. L'eau chaude me fit un bien fou. Mais elle ne chassa cependant pas la tristesse qui avait pris place dans ma tête sans que je n'en sache ni l'origine ni ce qu'elle faisait là. Je fermai les yeux et essayai de vider mon esprit. Ce ne fut pas facile mais j'y parvins tant bien que mal, même si une silhouette aux cheveux blonds persistait au loin.
-Moana ? Tout va bien ?
Armin m'avait faite sursauter. Il avait à peine toqué à la porte et j'entendis qu'il était inquiet au son de sa voix. Je répondis hâtivement et sortis de la douche. Je me séchai rapidement et enfila un vieux t-shirt de mon père, trois fois trop grand pour moi.
En sortant, Armin m'attendait assis sur le lit. Comme la nuit précédente, il n'avait enfilé qu'un simple jogging et ne portait rien en haut. Il fallait bien l'admettre, pour un geek enfermé vingt heures par jour dans sa chambre, il restait sacrément bien foutu.
- Je suis désolé, je me suis demandé s'il ne t'était pas arrivé quelque chose. Tu es restée pendant une demi-heure là-dedans. Ah oui, je vois. Viens là.
Je courus me blottir contre lui. J'étais en train de pleurer toutes les larmes de mon corps. Je pensais que la douche m'aurait fait du bien mais c'était encore pire qu'avant. J'avais accumulé trop de choses en peu de temps. Et évidemment, pour changer de d'habitude, j'avais tout gardé pour moi. En l'espace de deux jours, je m'étais rendue compte que j'étais réellement amoureuse pour la première fois de ma vie puis j'avais subi une peine de cœur incroyable pour finalement me retrouver au lit avec un autre garçon. Et au réveil, j'apprenais que mes parents étaient gravement blessés. Et là, j'avais failli perdre mon père. C'était trop, beaucoup trop. Je commençais vraiment à saturer. Heureusement qu'Armin était avec moi.
Pourtant, ce n'était pas lui que je voulais. Je n'avais pas cet élevage de papillons dans le ventre quand il était avec moi, je ne me sentais pas autant à ma place, aussi entière que lorsque j'étais avec Nathaniel. Armin était un de mes amis les plus précieux et les plus présents pour moi depuis que ma bonne étoile avait décidé de prendre des vacances. C'est pour ça aussi que je ne regrettais en rien qu'il ait été mon premier. Il avait même accepté de dormir avec moi pour ne pas que je reste seule. Mais il n'était pas Nathaniel.
Je ne savais pas si cette histoire avec le blond allait me mener quelque part… Mes parents étaient apparemment hors de danger maintenant, grâce en partie à lui. Mais il y avait encore tellement de choses qui n'allaient pas… Notre relation n'avait jamais été aussi compliquée. Je ne pouvais pourtant pas m'empêcher de penser à lui, de me dire de l'oublier et de passer à autre chose. J'appréciais trop sa gentillesse, son écoute, ses bras, son odeur, et tout ce qui faisait qu'il était lui. Même sa double personnalité, qui s'était irrémédiablement calmée par ailleurs. Tout en lui avait quelque chose de grisant. Pourtant, ses sentiments n'étaient pas réciproques…
- Chhhhut, respire calmement. Tes parents vont mieux maintenant. Il n'y a plus qu'à attendre qu'ils se réveillent, hein ?, me dit Armin alors que mes pleurs redoublaient d'intensité.
J'hochai la tête. Je ne voulais pas lui parler de Nathaniel alors que ça faisait deux jours qu'ils s'embrouillaient continuellement.
Armin souleva la couette et la posa sur nous avant de s'allonger. Il était à présent sur le côté gauche, un bras sous ma tête et me serrait toujours contre lui.
- Essaye de dormir quand même. Ça te fera du bien.
Je ne répondis pas et me contentai d'essuyer les larmes sur mes joues.
Une heure après, je tournai toujours sous la couette. Armin s'était endormi quasiment aussitôt et je me demandais comment il avait bien pu faire. Pour ma part, je ressassais toujours les mêmes questions, les mêmes scènes. Au final, je n'avais pas envie de dormir. J'étais agacée à force de tourner. Je me relevai sur mon oreiller et m'adossai au mur. Je pris soin d'ouvrir lentement le tiroir de la commode à côté de moi et en sortis un bracelet. Celui que Nathaniel m'avait offert à Noël.
Je l'avais retiré sous l'effet de la colère deux jours plus tôt et je ne savais pas vraiment quoi faire. Devais-je lui rendre ? Si je faisais ça, ça signifiait que je voulais couper les ponts avec lui. Mais était-ce vraiment ce que j'en avais vraiment envie ? Je serrai le bracelet dans ma main et le portai à mon cœur.
- Tu n'arrives pas à dormir, hein ?, me dit Armin qui venait de se tourner vers moi.
- Non, en effet.
Je le vis sortir de sous les couvertures pour s'asseoir à côté de moi. Il me prit la main qui tenait encore le bracelet dans la sienne et me retira le bijou d'entre mes doigts. Armin tira mon bras plus proche de lui et m'attacha le bracelet à mon poignet. Surprise, j'allais lui demander pourquoi il faisait ça mais il me coupa.
- Il faut que je te parle, Moana. Ne me coupe pas, s'il-te-plaît, ajouta-t-il avant que je n'ai eu le temps d'ouvrir la bouche. Tu te souviens de l'autre soir quand j'ai débarqué chez toi parce que Violette m'avait quitté ? Et bien je ne t'ai pas tout dit. Il y a une raison pour laquelle elle a fait ça. Oui, c'est vrai je crois que Jade y est pour quelque chose mais Violette ne se serait pas éloignée comme ça. La raison pour laquelle elle m'a quitté, c'est toi. Parce que je t'aime. J'ai commencé à ressentir tout ça quand tu m'avais consolé dans la rue après le concert. C'est pour ça que je suis venu te voir. D'ailleurs, je suis très content d'avoir été ton premier et je suis plus qu'heureux que toi tu ais été ma première. Mais …
Je le coupai dans sa tirade et l'embrassai. Ça avait été plus fort que moi. Je pressai timidement mes lèvres contre les siennes et il me rendit très vite mon baiser. Il passa une main dans mon cou pour me rapprocher de lui. Le baiser se fit plus profond, plus doux aussi, comme si Armin tentait de faire passer ses semaines d'attente à travers cet échange.
Je pensais qu'il allait essayer d'aller plus loin. Il se ravisa et se détacha de moi, essoufflé. Il plongea son regard dans le mien.
- Mais je sais très bien que tu es amoureuse de Nathaniel. Ne nie pas, je vois bien comment tu le regardes. J'ai tenté ma chance, en espérant que la balance penche de mon côté mais tu l'as toujours dans la tête, n'est-ce pas ? Je ne pourrais jamais rien y faire. Tu ne seras jamais heureuse avec moi alors que c'est lui qui t'a volé ton petit cœur.
Armin avait posé une main sur ma joue. Je me sentais complètement perdue. Et pourtant, je savais qu'il avait raison. Mon choix était fait, et ça me faisait énormément de peine de lui briser le cœur alors que lui m'était cher.
Il se leva sans un mot de plus et ouvrit la porte.
- Je vais dormir à côté. Si je reste plus longtemps à côté de toi, je sens que je ne vais plus répondre de rien et je n'en ai pas envie. Frappe contre le mur si tu as besoin, dit-il avant de me laisser seule.
Qu'est-ce qu'il voulait dire exactement ? Ce que je pensais ou … ? De toute façon, le message était clair : il m'aimait mais les sentiments que j'avais pour Nathaniel étaient bien trop évidents. Alors pourquoi je l'avais embrassé ? Réponse relativement claire. J'ai voulu voir si le fait qu'Armin se déclare avait changé quelque chose pour ce que je ressentais pour le brun. Et malheureusement non. J'avais apprécié, je ne pouvais pas dire le contraire. Mais rien. Je n'avais rien ressenti… Un réchauffement au cœur parce que ses paroles m'avaient touchée. Même si je savais très bien ce qu'il ressentait, je ne m'inquiétais pas pour lui. C'était quelqu'un d'assez fort et puis volage comme il était… Il allait vite s'en remettre. Mais j'espérais que ça ne changeait rien à notre amitié. Et il n'y a qu'Armin qui pouvait le décider.
Je me remis sous la couette, la main sur mon bracelet et m'endormis finalement. La fatigue était bien trop présente et je n'arrivais plus à aligner deux pensées à la suite.
Je me réveillai deux heures plus tard, la tête complètement dans le brouillard. J'avais froid. Je me retournai et me rappelai ce qu'il s'était passé. Je soupirai et murmurai :
- Je suis vraiment désolée, Armin…
Le son était à peine audible. Mais il était vrai que je me sentais mal pour lui. Malheureusement, c'était comme ça. Comme dit le dicton « le cœur a ses raisons que la raison ignore. »
Je me levai et enfilai un jeans et des chaussettes. Je pris le premier gilet qui trainait sur une chaise et descendis dans la cuisine. Il n'y avait personne et la maison était étrangement calme. J'étais prête à attraper un bol sur l'étagère quand quelque chose attira mon attention. Sur la table, il y avait une enveloppe. Blanche, simple, et mon prénom était écrit dessus d'une fine écriture penchée vers la droite. Elle n'était même pas fermée. Je fis glisser son contenu sur la table. Il y avait une clé USB et un petit mot.
Moana,
Ce n'était peut-être pas toi qui avait laissé la chanson à Noémie pour me dire ce que tu ressentais mais moi si. Tout ce que je veux te dire depuis le début est dessus.
Je vois bien comment tu es avec Armin et je te souhaite de tout mon cœur d'être heureuse avec lui. Tu mérites ce bonheur plus que n'importe qui.
Nathaniel.
Nathaniel était persuadé que j'avais choisi Armin… Mais qu'est-ce que ça pouvait bien vouloir dire ? Et qu'est-ce qui pouvait bien y avoir de plus sur cette clé ? Je courus sans plus attendre jusqu'à ma chambre et allumai mon ordinateur. Les mains tremblantes, je fis tomber plusieurs fois la clé avant de l'insérer. Le dossier s'afficha aussitôt ainsi que le petit logo « musique ». Par contre, il n'y avait pas de titre… Je double-cliquai dessus, fébrile. Et là, je l'entendis. « Fallin' All In You » de Shawn Mendes. Je n'avais plus le droit d'avoir le moindre doute sur ce que Nathaniel pouvait ressentir pour moi.
La chanson passa au moins trois fois de suite sans que je ne bouge. Plus le temps passait et plus j'étais énervée contre le blond. Il n'avait pas le droit ! Après tout ce qui s'était passé, me laisser juste avec une chanson et un mot me souhaitant tout le bonheur du monde… Je refusais. Je frappai du point sur mon lit.
- Mais c'est pas possible ! Pourquoi il me fait un truc pareil ! C'est …
- Tu ferais mieux de le rejoindre.
Armin se tenait dans l'encadrement de la porte et avait le mot que Nathaniel m'avait laissé entre les mains.
- Il a dû partir il y a un moment déjà, il doit être loin…
Le brun ne répondit pas et vint s'asseoir à côté de moi. Il prit mon ordinateur sur ses genoux et cliqua à plusieurs endroits.
- Il a ajouté la chanson il y a une vingtaine de minutes. Il devrait être encore à la gare je pense.
Que faire ? Mon cœur battait à tout rompre. Et le regard sérieux d'Armin n'arrangeait rien. Il prit mes mains dans les siennes.
- Vas-y, fut tout ce qu'il me dit.
Mais il ne m'en fallait pas plus. Je dévalai les escaliers et faillis même glisser sur les dernières marches. J'enfilai rapidement une paire de baskets et me mis à courir en direction de la gare. J'étais à peine couverte, juste un t-shirt et un gilet sur les épaules, alors que dehors tout était blanc. J'allais sûrement attraper la mort mais je n'en avais cure. Tout ce qui m'importait, c'était d'arriver avant que ce fichu train ne parte. Je glissai plus que je courrai sur la neige et me fis peur plusieurs fois. J'entrai enfin dans la gare et jamais je n'avais descendu un escalier aussi rapidement.
Je le vis au loin. Il tenait sa valise à la main et regardait le quai en face. Il semblait triste et je sentais d'ici qu'il avait le cœur lourd. Et moi, j'avais beaucoup de choses à lui dire. Je courus une dernière fois vers lui et lui mis une claque monumentale.
- T'es sérieux ? A quel moment tu pensais pouvoir me balancer tout ça et fuir ? Tu es vraiment le plus grand des imbéciles, c'est pas possible ! Tu ne pouvais pas me dire tout ça toi-même ?!
J'étais prête à lui en mettre une deuxième pour me défouler. Mais il attrapa mon poignet avant que je n'ai eu le temps d'atteindre son autre joue.
- Je peux savoir ce que tu fabriques ? Il fallait bien que je te le dise ! Ça fait des jours que je crève de jalousie. Et puis, peu importe, non ? T'es avec Armin. Je vous ai vu vous embrasser cette nuit. C'est que ton choix est fait.
- Arrête de tout rejeter sur Armin ! Lui au moins a fait ce que tout ami devait faire ! Il m'a proposé aussitôt de m'accompagner quand j'ai dit que je revenais ici !, hurlai-je, hors de moi.
- Et tu crois que j'ai hésité combien de temps, moi ?, murmura-t-il.
Il lâcha mon poignet. Mes bras retombèrent le long de mon corps. Il était vrai que je ne savais pas combien de temps il avait pris pour se décider à me rejoindre. De toute façon, il faisait fausse route depuis le début. Je tremblai comme une feuille.
- Idiot. Je ne sors pas avec Armin. Il m'a juste avoué les sentiments qu'il avait pour moi. Mais ça en est resté là. Parce que c'est toi que mon cœur a choisi.
Il n'en fallut pas plus à Nathaniel. Il m'attrapa par la taille pour m'embrasser à pleine bouche. Un vrai baiser amoureux et passionné comme je les aimais. J'avais de nouveau des papillons dans le ventre et frissonnai en le sentant sourire tout en m'embrassant.
A bout de souffle, je me détachai de lui mais il me prit aussitôt dans ses bras.
- Si tu savais depuis combien de temps j'attends ça…, me dit-il au creux de l'oreille.
Je me mis à rire contre lui. Ma curiosité prit cependant le dessus et lui posai la grande question.
- Et depuis combien de temps tu attends ?
- Depuis que tu es entrée pour la première fois dans le bureau des délégués.
Donc j'étais passée à côté de Nathaniel depuis tout ce temps ? J'avais vraiment été aveugle… Ah et têtue aussi. Je comprends mieux le comportement de notre entourage, ce que mes amis essayaient de me dire. Et le comportement de Nathaniel à mon égard également. Ses réactions que je trouvais excessives ou les moments où il s'était montré agressif sans raison apparente. Et je comprenais mieux pourquoi il était en conflit permanent avec Armin.
Nathaniel m'embrassa de nouveau.
- Ne pars pas maintenant, s'il-te-plait…, lui dis-je.
- Ne t'en fais pas. Maintenant que je t'ai, je ne vais pas te laisser, me répondit-il avec un sourire.
Il ne nous fallut pas longtemps pour retourner chez moi. Nous étions main dans la main et Nathaniel m'avait passé sa veste sur les épaules quand on était sortis de la gare. Ma tenue plus que sexy l'avait pas mal amusé d'ailleurs. Il était vrai que j'avais sorti le grand jeu pour le retrouver.
Un mot m'attendait sur la table. Une écriture rapide et plus que brouillonne. C'était Armin qui me disait qu'il était à côté, chez Sébastien et qu'il m'avait écrit un mot car j'étais partie sans téléphone. Heureusement qu'il ne m'était rien arrivé…
- Nous sommes tous les deux alors ?, me dit Nathaniel en posant une main sur ma hanche.
- Il semblerait bien…
Je posai alors mes lèvres sur les siennes et croisai mes mains sur sa nuque. Il répondit au baiser avec beaucoup de ferveur et me fit asseoir sur le plan de travail. Ses mains parcouraient ma taille tandis que je passais une main aventureuse sous son pull.
- Pas ici… suis-moi, parvins-je à articuler alors que Nathaniel m'embrassait dans le cou.
Je descendis de mon perchoir et pris mon à présent copain (et qu'est-ce que j'aime ce mot !) par la main et le trainai avec moi dans ma chambre.
J'avais la tête posée sur le torse de Nathaniel et traçais des cercles invisibles sur ses magnifiques abdos. Le blond me caressait mon dos nu du pouce.
- Heureusement que le train n'a pas pu partir à cause de la neige.
Je me redressai vivement pour le regarder dans les yeux. Il était sérieux, là ? Vu la tête qu'il faisait, il en avait fait exprès en sachant très bien que je réagirais.
- Tu plaisantes, j'espère ?
- Oui et non. Le train n'a réellement pas pu partir. Ne fais pas cette tête-là, tu m'aurais rejoint si j'étais revenu chez Noémie ? Je ne pense pas. Alors oui, je suis heureux qu'il ait neigé cette nuit.
Ben voyons. Rattrape toi comme tu peux, hein.
- Je ne préfère même pas répondre. C'était tellement compliqué dans ma tête… Une chose est sûre, c'est que je t'en aurais collé une dans tous les cas.
- Pourquoi tu m'as frappé, d'ailleurs ? Tu n'y es pas allée de main morte en plus.
- Oh, pauvre petit chat. J'ai une force de crevette, tu n'as pas dû sentir grand-chose. Et c'est parce que tu le méritais. Tu sais depuis combien de temps moi j'ai mal à cause de tes bêtises ?
Nathaniel se redressa aussitôt, m'obligeant à me relever aussi.
- Redis-moi ça ?
- Je n'ai pas …
- Je ne pensais pas à mal, tu sais. C'était…Tu étais… Mais je ne te ferais plus de mal, c'est promis.
Il me serra contre lui et je rougis en sentant ma poitrine s'écraser contre son torse. Bon ce n'était plus vraiment le moment d'être gênée mais bon…
- C'est plus très grave maintenant, lui répondis-je. De toute façon, je t'en ai fait baver aussi. Et pendant plus longtemps encore.
Cette dernière phrase le fit sourire. A cet instant, il était la créature la plus magnifique qu'il m'avait été donné de voir.
Mon oncle et ma tante, Giles et Manon, venaient d'arriver. Armin était rentré une heure plus tôt de chez Sébastien. Apparemment les deux s'entendaient à la perfection, puisqu'ils étaient des gamers tous les deux. On avait pu profiter de notre solitude comme il se devait avec Nathaniel…
- Nous revenons de l'hôpital. Le médecin nous a fait un bilan de ce qu'il s'est passé. Tes parents sont toujours endormis mais ils ont confiance.
Ma tante me prit dans ses bras. Je me doutais que c'était dur pour elle aussi de voir son frère dans cet état. A côté d'elle, mon oncle était égal à lui-même. Il n'avait pas déboisé un mot et scrutait Nathaniel et Armin qui se tenaient derrière moi. Après une séance d'analyse qui parut interminable, il se décida enfin à parler.
- Tu n'es pas le copain de mon fils, toi, dit-il en désignant Armin du doigt.
- De … Hein ? Kentin ? Ah non ! C'est mon frère jumeau ! Je ne suis pas de ce bord là, moi !
- Giles, ne commence pas à les asticoter, ça ne va vraiment pas le faire.
Manon avait mis un gros coup de coude dans les côtes de mon oncle. Le pauvre n'était pas prêt et grimaça sous la douleur. Un peu douillet pour un militaire, non ?
Ma tante se tourna vers moi et me fit un grand sourire.
- Est-ce que c'est bon ? Je peux dire que Nathaniel est ton petit-ami maintenant ?
Je levai les yeux au ciel mais répondis quand même par la positive. Armin l'avait deviné dès qu'il était rentré, juste en nous regardant. Oui, apparemment même un panneau avec écrit en encre clignotante « ÇA Y EST » ne ferait pas autant d'effet. Genre c'était marqué sur nos fronts quoi.
- Par contre, parlons d'un sujet qui va moins te plaire, ma chérie, commença ma tante. Je sais que tu aimerais rester ici et être présente lorsque tes parents se réveilleront mais on ne sait pas encore combien de temps cela peut prendre. Ils ont été très touchés… Alors ton oncle et moi avons décidé que tu retournerais chez Noémie. Nous t'appellerons dès qu'il y a du nouveau.
Etrangement, je ne fus pas surprise. Mon oncle, donc mon parrain surtout, avait toujours été très droit en ce qui concernait les études et je devais tout de même passer mon bac… Il n'y avait qu'à voir comment il avait expédié Kentin à l'armée pour vite me faire une raison et qu'il était hors de question que je négocie. Et puis, mes cousins commençaient à me manquer. Manon avait raison. Que je sois ici ou là-bas, cela ne changeait rien. Et elle avait promis de me donner de leurs nouvelles deux fois par jour.
Un certain début juillet…
J'étais en panique la plus totale. Noémie avait perdu ses clés de voiture par je-ne-sais quelle opération du saint esprit et nous étions tous en train de fouiller dans l'appartement, tels des nains cherchant des joyaux dans une mine. Bref, une fois n'est pas coutume, on allait encore être sévèrement à la bourre. Sauf que là, c'était les résultats du bac et c'était vraiment pas drôle.
- T'as essayé de les appeler ? Sur un malentendu, ça peut marcher…
- LES CLEEEEES ! Petits, petits…. Venez voir Maman…
Kentin avait balancé l'idée comme ça mais Noémie était vraiment en train de péter un câble. Elle était à quatre pattes sur le balcon et essayait de voir si ses clés n'étaient pas tombées sous une plante.
Pour ma part, j'avais chaud à courir partout, surtout qu'il ne faisait pas moins quinze degrés dehors pour le coup. J'ouvris le frigo et faillis lâcher la bouteille d'eau sous la surprise.
- Est-ce que quelqu'un peut me dire ce qu'elles font entre la crème fraîche et la mayonnaise ?
Les saintes précieuses étaient coincées là et devaient appeler au secours depuis un bon moment. Noémie avait dû rentrer bourrée un soir, je ne voyais que ça…
On arriva enfin tant bien que mal au lycée. Heureusement, le portail n'était pas encore ouvert. Je pris la main de Nathaniel et on rejoignit les autres. Ma cousine était déjà parti voir Lysandre et regardait toutes les autres lycéennes avec l'air de « tu touches, tu bouffes ». Il fallait absolument que je pense à lui offrir un déguisement de chat avec de grosses griffes pour son anniversaire… Ou pour Halloween. Dans tous les cas, elle aurait fait peur.
De mon côté, je plaquai un bisou sur la joue d'Armin pour le saluer. A notre retour, on avait pas mal discuté et au fur et à mesure, quand l'un avait quelque chose sur le cœur, il en parlait à l'autre. Oui, oui, aussi improbable que cela puisse paraître, nous étions devenus meilleurs amis, même s'il arrivait au brun de montrer encore quelques sentiments pour moi. Il me disait souvent qu'il était bien plus heureux de me savoir avec notre blond national qu'avec lui à me demander ce que je fichais.
Par contre son frère m'avait hurlé dans les oreilles en voyant que nous sortions enfin ensemble avec Nathaniel. Nathaniel qui avait eu une petite discussion par ailleurs avec lui et ma cousine au sujet de la clé USB qu'ils lui avaient laissée… Mais je ne voulais pas rentrer plus que ça dans leurs histoires.
Le portail s'ouvrit enfin. Et trente secondes plus tard, je me faisais secouer comme un prunier par une Rosalya à l'air possédée.
- Je l'ai, Moana ! Tu te rends compte ?! Je vais enfin pouvoir travailler avec Leigh !
Oui, oui, Rosalya. J'aimerais voir mes propres résultats maintenant, si c'était possible…
Nathaniel avait rejoint Kentin. Nous avions décidé d'un commun accord que nous regardions nos résultats en même temps. C'était très cliché mais bon, on ne les découvre qu'une seule fois dans sa vie après tout.
- Les gars. On a géré. On la tous les trois !
Kentin avait l'air d'être le plus soulagé. En même temps, son père lui avait mis une pression de dingue et l'avait menacé de le renvoyer à l'armée s'il n'avait pas son bac. Pour ma part, j'avais une moyenne d'environ douze et n'étais pas peu fière de me dire que j'avais la mention « assez bien ». Mais c'est Nathaniel qui était major de la promo. Dix-neuf de moyenne générale avec les félicitations du jury et tout ce qui allait avec.
- Alors la naine, t'as eu combien ? Ouah, j'hallucine, tout ça ? Genre t'as réussi à faire un truc ?
Une masse aux cheveux rouges venait de poser sa tête sur la mienne et m'avait piqué mon relevé de notes.
- Castiel, commence pas à me brouter l'olive. Montre-moi plutôt si toi tu as réussi à sortir quelque chose.
- Mais tout de suite, madame, me répondit-il avec un sourire au coin des lèvres.
Il me tendit sa feuille. Je n'arrivais pas à y croire. Castiel était le deuxième major de la promo !
- Ben si je m'attendais à ça… Genre je pensais qu'avec le temps, même Bob l'Eponge y avait élu domicile quoi.
- C'est toi plutôt qui est pas toute seule dans ta tête.
Même Kentin se retenait de rire. Oui, bon hein, je les zut d'abord.
J'allais voir les jumeaux qui m'annoncèrent qu'ils avaient réussi, laborieusement, mais que ça passait. En même temps, passer un bac S avec des maths et tout, ça relevait du miracle de réussir à l'obtenir ce truc-là.
J'appelai mes parents pour leur annoncer la bonne nouvelle. Ils étaient sortis du coma il y a quelques semaines à présent mais faisaient encore beaucoup d'allers-retours à l'hôpital et j'allais les voir toutes les semaines.
Nathaniel revint me voir et posa une main sur ma hanche.
- Tu cours partout depuis tout à l'heure, je n'ai même pas eu le temps de te féliciter !
- Ce n'est pas moi qui mériterais des félicitations, mais toi. T'as super bien géré, bravo.
Mon blond préféré ria et m'embrassa.
- Je viens d'avoir une idée. Tu pourras me rejoindre sur la plage, ce soir ? Je voudrais te montrer quelque chose, me dit soudain Nathaniel.
- Euh, oui, d'accord, si tu veux, répondis-je en clignant plusieurs fois des yeux.
Il sourit et colla son front au mien. Je fermai les yeux pour apprécier le moment. J'étais trop bien là. Dans mon cocon, protégée, avec le bac en poche, je ne pouvais décidément pas rêver mieux. Je vivais sur un nuage depuis que je sortais avec Nathaniel et je n'avais aucune envie d'en descendre. Avec ça, que pouvait demander le peuple ?
- Bon elle compte venir me voir pour me dire ses résultats l'autre morue ou faut que je vienne la chercher ?
Ah ben visiblement le peuple avait décidé de ruiner cet instant magique. Merci la cousine.
Noémie se tenait à une dizaine de mètres de nous et avait les mains sur les hanches. En même temps, elle n'avait pas tord… Je n'étais pas allée la voir pour lui dire que j'avais réussi alors qu'elle avait toujours été la première à savoir tout ce qu'il se passait dans ma vie.
J'arrivai finalement vers elle et me prit une claque derrière la tête. Elle avait tout de suite compris que les résultats étaient bons. « De toute façon, si même mon abruti de petit frère a réussi à l'avoir, c'est pas pour que toi tu te loupes. » Oui. Vu comme ça. Kentin faisait la tête la plus épique du monde derrière sa sœur. Alexy le serra contre lui et lui dit :
- T'inquiète pas, on t'aime quand même !
-Merci, trop aimable, lui répondit mon cousin avec ironie.
Chacun repartit ensuite chez lui. Un peu trop rapidement à mon goût d'ailleurs… Mais bon, ce n'était pas parce qu'on avait le bac qu'on allait plus se revoir du jour au lendemain, n'est-ce pas ?
Par contre, je remarquai bien vite que ce qui me servait de copain était aux abonnés absents. Kentin me dit qu'il lui avait dit un truc comme quoi il était parti voir ses parents pour leur annoncer la nouvelle et qu'il avait préféré y aller seul pour pouvoir discuter calmement avec eux. J'eus aussitôt une boule au ventre. J'espérais sincèrement que son père n'allait rien lui faire… Ou pire qu'il n'allait pas revenir. En plus, ce qui me chiffonnait, c'est que Nathaniel était parti comme un voleur, sans me dire le moindre mot.
- Il va revenir, ne fais pas cette tête-là, me dit Kentin. Nath m'a dit qu'il était certain que tu aurais tout fait pour l'accompagner s'il t'en avait parlé.
- Mais c'est normal, non ? Et puis son père me donne des sueurs froides… J'ai toujours en travers de la gorge ce qu'il lui a fait. Oui, bon, d'accord. Vous avez raison. Je lui aurais rentré dans le lard direct. Donc mauvaise idée d'accompagner Nathaniel, ajoutai-je avec une mine renfrognée.
- C'est pratique, tu te fais les questions-réponses toute seule. Castiel doit vraiment avoir raison quand il dit que vous devez être plusieurs là-haut. Vous vous faites des réunions aussi ?
Je lui tirai ma plus belle langue. Qu'ils aillent tous au diable en attendant, mon ventre se mettait à gargouiller et rien n'est plus important qu'un appel à la crêpe.
Je mis la tonne de chantilly sur la divine invention en tentant de noyer mon angoisse. Il fallait que je fasse plus confiance à Nathaniel… Et puis, non. C'était plus fort que moi. Je devais m'assurer que tout allait bien pour lui.
Je lâchai ma crêpe à moitié mangée et sortis dehors. J'entendis quelqu'un m'appeler tandis que je dévalai les escaliers mais n'y fis pas attention et courus le plus rapidement possible jusque chez Nathaniel. J'avais vraiment le sentiment qu'il fallait que j'aille là-bas.
Il était devant chez lui. Les bras croisés et les sourcils froncés, Nathaniel semblait en grande discussion avec ses parents. Et le débat avait l'air houleux…
- Je vous l'ai dit ! Il est hors de question que je revienne ici.
- Mais nous sommes ta famille ! Il est normal que tu…
- Non, Maman. Une famille ne traite pas ses enfants comme vous l'avez fait avec moi.
- C'est à cause de cette fille, n'est-ce pas ? Ambre nous a dit que tu sortais avec elle. Tu n'es plus toi-même depuis que tu la côtoies. Et cet accoutrement, c'est elle aussi ?, s'écria le père de Nathaniel en me pointant du doigt.
J'avais essayé d'être la plus discrète possible. Mais bon, ça n'avait pas spécialement marché… Par ailleurs, je ne voyais pas ce que la tenue de Nathaniel avait de si choquant. Ce qui me choquait plutôt, c'était pourquoi personne ne l'avait verbalisé pour sex-appeal trop imposant… Il portait un jeans déchiré aux genoux, sa paire de Dr. Martens, un t-shirt blanc et une chemise à manches courtes ouverte par-dessus qui lui donnait un côté DiCaprio dans « Roméo+Juliet ».
Nathaniel s'approcha de moi et me prit par la main avant de revenir devant ses parents. Il me prit par la taille pour me rapprocher de lui.
- Cette fille a un prénom. Elle s'appelle Moana. Et qu'on soit bien clair là-dessus, ma vraie famille, c'est elle.
Il tourna ensuite les talons, ne laissant pas le temps à ses parents de répondre ou même à moi de dire quelque chose, et me tira à sa suite.
Lorsque nous fûmes plus loin dans la rue, Nathaniel ralentit le pas. Il semblait sincèrement contrarié et je ne savais pas si c'était à cause de moi ou à cause de la discussion qu'il venait d'avoir avec ses parents. Quelque chose me disait que c'était les deux…
- Je croyais avoir dit que je voulais les voir seul.
- Je sais, je suis désolée, ça a été plus fort que moi… J'ai eu peur qu'il ne t'arrive quelque chose.
Je fus coupée par Nathaniel qui plaqua ses lèvres sur les miennes. Surprise, je ne répondis pas au baiser mais ça n'eut pas l'air de le déranger.
- Ne t'en fais pas, va. Et puis, mes parents ne me lâchaient pas, tu es arrivée au bon moment. Allez, viens, Noémie et Kentin doivent nous attendre pour manger.
Ça a suffit pour que je ne pose pas plus de questions. Mon ventre fit justement un bruit de baleine en train de s'échouer et la demi-crêpe avalée plus tôt n'avait pas été suffisante. Nathaniel ria en l'entendant et prit ma main dans la sienne.
On était le soir. Nathaniel avait encore disparu et j'étais en train de bronzer, un livre dans les mains, avec Noémie sur le balcon de l'appartement. J'avais ma musique dans les oreilles et sursautais en sentant mon portable vibrer dans ma poche. C'était mon cher petit-ami qui me disait de le rejoindre une demi-heure plus tard. Je lui répondis un simple « D'accord » et fermai le dernier tome de Percy Jackson d'un coup sec.
- Au fait, Moana, je me suis toujours posée une question. Lequel entre Armin et Nath est le meilleur au lit ?
Je glissai de ma chaise. Noémie m'avait sorti ça, l'air de ne pas y toucher, comme si elle demandait la météo ou s'il y avait encore des « petits-suisses » dans le frigo.
- T'es sérieuse ? Tu me demandes ça comme ça sans transition ?
- Bah quoi ? C'est une question comme une autre, non ?, dit-elle en haussant les épaules. Oh, allez, tu peux bien me dire ! T'es pas marrante. Je croyais qu'on se disait tout entre cousine.
- T'as déjà eu l'info que j'ai couché avec les deux, c'est plus que suffisant. Je te demande, moi, ce que Lysandre te fait sous la couette ? Et puis, tu veux te les faire ou quoi ?
- Non, merci. Et Lysandre est un très bon coup. Bon, ça va, t'as gagné ! On s'est posés la question avec Kentin. Savoir si c'était de famille ou non, tu vois… ?
Je la regardai en secouant la tête, incrédule. Je crois que sur toutes les plus grandes idées de Noémie, celle-là méritait vraiment la palme d'or. Si le frère et la sœur en étaient venus à parler de ça… Non, en fait, je ne veux vraiment pas savoir. C'était un débat chelou, j'aime pas ces débats.
- Bon, vu que je te connais et que tu ne me lâcheras que quand tu auras une réponse qui te plait, en toute objectivité, je dirais qu'ils sont pareils. Juste qu'Armin est plus sauvage alors que Nathaniel est plus passionné. Après, de un, j'avais bu avec Armin et je ne me souviens pas de tout. De deux, vous avez comparé les jumeaux entre vous, donc que … oh, non, oh, pitié. Y avait des choses que je voulais vraiment pas savoir et ça, ça en faisait partie. Pourquoi je suis obligée de savoir ça, sérieux… Kentin et Alex, quoi… Rah, j'ai le truc dans la tête, je te remercie pas, hein ! Je vais arriver devant Nath avec cette image de mon cousin, bah bravo tiens.
Noémie était en train de se taper la barre du siècle et se tortillait sur sa chaise, ressemblant à un manchot qui essaye de voler. Et je compris aussitôt : ma cousine m'avait simplement posé la question pour m'embêter.
Je devais faire une tête de chameau mort parce que le fou rire de Noémie redoubla d'intensité.
- Faut que j'appelle Alexy, il ne croira jamais à ça ! Oh, les infos croustillantes, j'adore ! C'était parfait !, hurla Noémie entre deux rires.
Pour ma part, je soupirai bruyamment et la laissai dans son délire. J'allais être en retard à cause de ses bêtises ! L'heure du four m'indiqua que je l'étais déjà. Merci la famille, hein ! Je partis enfiler une robe légère et mon maillot de bain avant de rejoindre la plage au pas de course.
L'air était encore assez chaud pour l'heure et le soleil se couchait peu à peu, laissant le ciel devenir de plus en plus rose. Il n'y avait presque personne sur la plage, à mon grand étonnement. Je vis une famille au loin jouer avec leur enfant et deux joggeurs. Puis mon regard tomba sur le plus adorable des spectacles.
Nathaniel était assis face à la mer en short de bain sur un plaid qu'il avait tiré. Je vis un panier rempli à côté de lui et une rose rouge. Je m'avançai à pas de loup avant de me mettre à côté de lui et de poser ma tête sur son épaule. Je m'attendais à ce qu'il sursaute ou au moins qu'il tourne la tête mais rien.
- Tu sens le sucre à des kilomètres, me dit Nathaniel, comme s'il avait lu dans mes pensées.
- Désolée… Et pour le retard, j'ai été retenue par Noémie.
- Ne t'en fais pas, je te connais. Je viens d'arriver.
Fichtre. Fallait dire que j'avais une réputation qui me précédait pas mal. Genre connue pour être tout le temps à la bourre quoi. Ça me jouera des tours un jour…
On parla de tout et de rien en mangeant ce que Nathaniel avait amené. Je finissais mon sandwich quand il sortit un énorme bol du panier.
- Un tiramisu ! J'adore ça ! Comment t'as deviné ?
- T'aimes tout ce qui est sucré… C'est pas bien difficile, me répondit Nathaniel en souriant.
Je pris le bol et pris une grosse cuillère de ce morceau de paradis. C'était super bon et je me surpris même à fermer les yeux pour apprécier toute la saveur. Pendant que je savourais mon dessert, je me fis la remarque que je ne savais toujours pas pourquoi Nathaniel avait préparé tout ça. J'allais lui poser la question mais me ravisai. Après tout, c'était évident. Il avait simplement voulu passer la soirée en tête à tête avec moi. Le fait qu'il ait choisi un cadre romantique faisait juste partie de sa personne.
Le grand romantique en question me regardait, amusé.
- T'en veux… ?, lui demandai-je en tendant ma cuillère.
- Tu sais bien que la seule chose sucrée que j'aime manger, c'est toi, me dit-il avant de m'embrasser sur la joue.
Je rougis d'un coup. Il avait beau être mon copain, il lui arrivait encore de me surprendre.
Je finis le bol et le remis dans le panier. J'allais me lever pour me caler entre les jambes de Nathaniel mais il se redressa avant. Il prit mes mains dans les siennes et me regarda avec toute la sincérité et toute la douceur dont il était capable.
- Tu sais, ce que j'ai dit à mon père aujourd'hui, je le pensais vraiment. Ma vraie famille, c'est toi. C'est grâce à toi si je peux être aussi libre. Tu m'as aidé à me débarrasser de tout ce qui me pourrissait la vie avant. La situation avec mon père, mes angoisses, même ma deuxième personnalité. J'ai même de vrais amis… C'est à toi que je dois tout ça. T'es mon ange gardien. Et c'est pour ça que je t'aime.
Mon cœur loupa un battement et fit un énorme looping dans ma poitrine. Jamais il ne m'avait fait de déclaration comme celle-là. Ni qu'il m'aimait d'ailleurs. Je le savais, bien évidemment, mais l'entendre… C'était vraiment unique comme sensation. Je me sentis aussitôt sur un petit nuage et me jetai à son cou. Je lui murmurai un « Moi aussi… » à peine perceptible. Je me redressai et mes lèvres frôlèrent les siennes.
- A LA FLOOOOOOOOOOOOTTE !
Je sursautai vivement et vis avec horreur une espèce de troupeau de bisons avancer vers nous. Tous nos amis étaient en maillot de bain, courant avec autant de grâce que des pachydermes. Et avant qu'on ait eu le temps de dire quoique ce soit, les jumeaux portaient Nathaniel tandis que j'étais soulevée par Noémie et Kentin.
- Ah mais lâchez-moi ! Ne me…
Ils nous balancèrent sans la moindre cérémonie dans l'eau. Noémie était morte de rire. Et Kentin aussi d'ailleurs. Pour ma part, j'étais trempée, et fus saisie par la température de l'eau qui était bien plus fraiche qu'elle n'en avait l'air. Nathaniel avait atterri à côté de moi et faisait la même tête que quelqu'un qui vient de débarquer sur une autre planète. Moi non plus je n'avais pas compris spécialement ce qu'il venait de se passer. Ni pourquoi les autres étaient là.
En attendant, les deux babouins qui me servaient de cousins se foutaient royalement de nous et avant qu'ils n'aient eu le temps de réaliser, je les chopai par les chevilles et les fis tomber dans la flotte.
Noémie râla et balança de l'eau sur Armin et Alexy qui n'avaient pas été encore touchés.
- Trêve de plaisanterie. Qu'est-ce que vous faites là, tous ?, demandai-je en relevant les cheveux de mon visage.
- Tu croyais tout de même pas qu'on n'allait rien faire pour fêter le bac et ton anniversaire ?, me répondit Alexy avec un grand sourire.
- Depuis quand c'est mon anniversaire… ?
- Bah depuis ce matin, banane. Je savais que t'étais débile mais au point de zapper son propre anniv' faut vraiment y aller.
Noémie. De la grâce et de la douceur réunies en une seule entité. Il faudrait vraiment que j'ai une discussion un jour avec Lysandre pour savoir ce qu'il peut bien lui trouver…
En attendant, je fis une tête de chameau mort devant tant d'aplomb.
- Les gars. Z'êtes mignons mais c'est demain mon anniversaire.
- Qui a dit qu'on allait se coucher à l'heure des poules, gamine ?
Ah ben ils avaient même embarqué Castiel dans leur plan. Donc en plus de mes cousins et des jumeaux, il y avait Lysandre, Rosalya et le roux.
- Oh, blondie t'a fait un petit diner aux chandelles ? Comme c'est mignon. Et elle est où la licorne qui va avec ?
- Va te faire voir, Castiel.
Nathaniel s'était relevé et lui faisait face. Il avait la main sur une hanche et fronçait les sourcils.
- C'est sûr que ce n'est pas toi qui irait préparer tout ça pour quelqu'un. Ce n'est pas à cause de ça qu'Iris t'a quitté, d'ailleurs ?, continua le blond.
- Mais ferme-la ! Et de quoi je me mêle d'abord ?
Les garçons étaient à deux doigts d'en venir aux mains. Ils avaient tous les deux la mâchoire serrée et leurs yeux se lançaient mutuellement des éclairs. Ils allaient se rebalancer des vacheries quand ils reçurent tous les deux un énorme coup derrière la tête.
- Mais aïeuh !, dirent-ils en cœur.
- Ils vont se calmer tous seuls les gosses, là, ou c'est à moi de le faire ? Ils veulent vraiment que je m'énerve ? On est bien d'accord que non. Donc, vous faites une trêve.
Noémie les avait calmés en un clin d'œil. Nathaniel et Castiel se frottaient l'arrière de la tête. Castiel ouvrit la bouche mais ma cousine l'arrêta d'un geste.
- Non mais c'était pas une question. Allez, vous vous serrez la main. Oui, là. Et avec de la bonne volonté. Sans s'écraser les phalanges, merci. Comme deux presque adultes que vous êtes censés être. Maintenant, un bisou.
- Quoi ?! T'en as pas assez, là ?
- Il est hors de question que j'embrasse ce truc ! On ne sait même pas où ça a trainé !
- J'ai bien envie de répondre quelque chose mais y a des gosses, on va rester polis.
- STOP !, cria Noémie avant de les refrapper. C'était toujours pas en option. Allez, du nerf. Sinon je vous jure que j'en prends un pour taper sur l'autre.
Je m'approchai de Lysandre. J'étais incapable d'intervenir tellement la scène allait entre le ridicule et le flippant. Noémie faisait peur à voir et aurait pu commander toute une armée.
Lysandre secouait la tête et je le vis sortir son téléphone pour le mettre en mode vidéo.
- Ben, Lysandre ?
- Oui ? Oh, ça. C'est la première fois depuis des années que Castiel et Nathaniel vont se toucher sans que ça finisse en bagarre. Il faut bien garder un souvenir. Et puis, Noémie est très belle quand elle s'énerve.
Que répondre à ça ? Si je m'attendais à ce pan de personnalité du victorien… M'enfin, je savais qui portait la culotte maintenant.
Rosalya se tordait de rire et se mit à encourager les garçons. Kentin était planqué derrière Alexy (il avait déjà dû avoir à faire à sa sœur en mode sorcière) et Armin regardait la scène, un étrange air de vengeance sur le visage.
Et c'est là que l'impensable se produisit. Nathaniel et Castiel se rapprochèrent pour se faire un pitit smack de rien du tout. Et Noémie venait de gagner mon respect le plus énorme. Avoir autant de caractère pour réussir à faire ça… Mais bon j'avais déjà eu un petit aperçu quand elle avait obligé les parents de Nathaniel à le laisser aller chez elle. Et puis, mon oncle était un grand militaire de renom réputé impassible… Les chiens ne font pas des chats.
Castiel avait plongé la tête dans l'eau pour se « nettoyer » et Nathaniel s'essuyait plusieurs fois la bouche. Et Castiel se releva en secouant ses mèches L'oreal à la manière d'un canidé. Nathaniel lui jeta un regard noir, prêt à lui dire le fond de sa pensée, mais je le pris par la main pour le forcer à s'asseoir sur le sable.
On s'était tous assis sur le plaid on discutait de tout et de rien quand je me tournai vers Kentin.
- Au fait, je peux savoir ce que c'est que ces discussions que vous avez avec Noémie ?, lui demandai-je à voix basse, en faisant référence à la question que m'avait posée ma cousine dans l'après-midi.
- Ah, ça… Tu sais, c'est qu'une discussion comme une autre, hein…, bredouilla-t-il.
- Bah oui mais ne m'incluez pas là-dedans, par pitié. Pourquoi j'ai été obligée de savoir que vous vous secouez mutuellement le séquoia, sérieux…
Kentin se mit à rougir sous ma remarque. En revanche, Alexy ne semblait pas en avoir raté une miette.
- J'adore cette expression ! Permets-moi de la réutiliser. Fais pas cette tête, Kentinou, vu ce que Noémie m'a dit, il y a bien longtemps que notre Moana n'est plus très pure…. Et moi aussi, maintenant je sais des choses sur mon frère que je n'avais pas envie d'entendre non plus ! Mais bon, on s'adapte…
- De quoi ? De quoi ? Qu'est-ce que tu sais sur moi ?
Et c'était reparti… Évidemment, comme le deuxième prénom d'Alexy était « discrétion », tout le monde fut au courant. De ce que j'avais dit sur Armin et Nathaniel, et sur la profondeur de la relation entre mon cousin et Alex. Super. Nathaniel me regarda d'un drôle d'air mais ne dit rien. Il n'avait pas l'air spécialement plus vexé. Par contre, Armin avait les joues bien roses. Castiel le chambra comme il fallait « et ben, pour un puceau… ». Heureusement que Castiel et Armin s'entendaient mieux qu'ils ne le laissent paraître.
Le soleil était bien couché et minuit approchait.
- Allez, bain de minuit obligatoire tout le monde ! Sinon je vous balance moi-même à l'eau !
Rosalya était en mode survoltée. Alors qu'on se regardait tous gênés, Rosa précisa quand même :
- Non mais on garde nos maillots, hein. Je vous aime bien mais j'ai pas envie de voir des horreurs.
Je soupirai de soulagement. J'avais vraiment cru qu'elle avait craqué. J'entendis même Castiel marmonner un « Tefal a dû griller avec le soleil » avant de se lever. Et au final, on la rejoignit tous dans l'eau. Même Lysandre, qui avait été un peu réticent au début, enleva sa chemise à la demande de Noémie. Et je compris pourquoi il la gardait. Lysandre arborait un magnifique tatouage dans le dos qui avait la forme de différentes ailes. Il se justifia en me disant qu'il avait toujours peur que le soleil ne l'abime. Ah ouais d'accord. M'enfin là, l'eau de mer ça fait pas vraiment du bien non plus hein. Mais bon vu qu'il faisait bien nuit et que l'eau était assez fraiche… Bref. Il se débrouille.
J'étais entièrement dans l'eau et les gars avaient commencé à s'éclabousser. Je nageai un peu pour les rejoindre mais mon dos fut plaqué contre un torse.
- Alors, dis-moi, que choisis-tu, passionnément ou sauvagement ?, me dit Nathaniel au creux de l'oreille, me faisant frissonner.
- A ton avis ?
Nathaniel sourit comme guise de réponse.
- Promis la prochaine fois, j'essaye la version moins soft.
Puis il m'embrassa avec tout l'amour dont il était capable. J'approfondis le baiser en passant mes mains autour de sa nuque. On se sépara, à bout de souffle, et Nathaniel cajola ma joue de son pouce. J'allai lui dire ô combien j'avais adoré la journée quand on m'appuya fort sur la tête, m'obligeant à m'immerger totalement dans l'eau. Je ressortis aussitôt en prenant une grande inspiration et me tournai vers mon agresseur. Noémie affichait un énorme smile, toute fière de sa bêtise.
- Il est minuit passé. Bon anniversaire la morue.
Les uns après les autres chacun y alla de son souhait. Alexy me serra même fort dans ses bras, me disant qu'enfin j'allais pouvoir les accompagner en boîte, puisque j'étais majeure. En vrai, ce n'était pas forcément mon truc de danser collée-serrée à des inconnus mais ça avait l'air de lui faire plaisir…
On resta encore un moment dans l'eau avant de sortir, nos serviettes sous le bras. Nathaniel avait pris mes affaires et j'avais sa rose rouge à la main, l'autre étant dans celle du blond. Et quand je pensais à la journée qui venait de s'achever, aux amis qui étaient devant nous et au plus parfait des petits amis dont je pouvais rêver, je me dis que je ne pouvais pas être plus heureuse.
