Jour 2. 8 juillet – 1h05
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Je ne sais pas trop par où commencer. Je dois dire que que nous sommes grave dans la merde. Mais commençons par le commencement.
Le soleil a disparu vers 22h. C'est l'été après tout. Mick(ey) a ouvert la fichu porte vers 23h le temps que la nuit tombe vraiment. Puis nous avons atteint le palier visiteur. Si vous avez déjà visité Disneyland, vous voyez l'étage : celui avec des vitraux contant l'histoire de la Belle au Bois Dormant. En tout honnêteté on y distinguait pas grand chose, juste Maléfique ce dont j'aurai pu me passer. Le pallier était vide. Pas de zombie. Je suppose que s'il y en a eu, ils sont descendu soit par l'escalier soit en passant au-dessus de la rambarde. On a jeté un coup d'œil au-dessus de la dite rambarde et on a vu 4 zombies dans le château. On distinguait vaguement leurs vêtements : 1 ex-employé et 3 touristes dont un gamin. J'ai bien cru vomir. Leur apparence était aussi détestable que leur odeur. Je crois que c'est là qu'on a véritablement compris quelle était notre situation. Papa s'est agenouillé devant Olaf. Il a dénoué le bandana rouge que mon frère porte pour imiter Woody en lui disant qu'on allait faire un super jeu. Olaf a été tout excité. Un super jeu dans le langage de notre famille correspond à jouer à plusieurs jeux à la fois. C'est Elsa qui avait inventé ça quand nous étions enfant. En l'occurrence, Olaf a eu le droit à un simple mais nécessaire mélange du Roi du Silence, Colin-maillard et à « jouer au cow-boy » sur le dos de Papa. Olaf est très respectueux des règles pour un enfant de 5 ans, probablement parce qu'il déteste perdre. De fait, malgré son enthousiaste, il a joué le jeu quand papa lui a bandé les yeux et qu'on l'a aidé à monter sur le dos de notre père.
J'avoue l'avoir envié.
Enfin assuré que mon petit frère ne verrait pas cette scène d'horreur, nous sommes descendu en file indienne avec Mick(ey) en tête. A sa manière de marcher, on a senti qu'il se pensait bel et bien héros d'un quelconque jeu vidéo.
Finalement l'un de ses amis a eu la bonne idée de lancer une canette à l'opposé de notre direction. Ça a fait un boucan du diable (ou c'est l'impression que j'ai eu). Ça a alerté nos 4 amis ainsi qu'un cinquième qu'on avait pas vu près de l'entrée. Le bruit les a attiré et ils s'y sont dirigés comme un seul homme. On a simplement eu à se glisser dans leur dos par la porte de derrière.
Jusque là, tout se passait bien.
Soudain, on s'est retrouvé à l'extérieur. Il faisait frais et même si ce n'était pas un temps d'orage tel que l'aurait décris Elsa, le ciel commençait déjà à gronder et menacer. Il continue à le faire alors que j'écris ces lignes.
Sous un éclairage réduit pour ne pas dire nul, on a avancé lentement entre les zombies. Ils semblaient y voir encore moins que nous. Notre chance cependant était surtout qu'ils soient si peu nombreux de ce côté du château. La panique avait poussé les gens vers la seule sortie qu'ils connaissent, entraînant derrière eux leur cortège de revenants sur Main Street. A l'arrière du château, je n'ai donc pas discerner plus d'une vingtaine d'entre eux et la plupart était agenouillé, plus intéressé à se déchirer les restes d'un ancien visiteurs qu'à déambuler. Nous avons longé l'attraction de Blanche neige et les Sept Nains, puis celle de Pinocchio avant de finalement déboucher dans la partie Adventurland du parc. Nous sommes alors redescendu vers Frontierland avec pour premier objectif d'atteindre Big Thunder Mountain.
Je vous épargne la description détaillé de notre périple. Je ne pense pas en avoir le temps. Sachez seulement que nous avons perdu Mick(ey) alors que nous tentions de nous armer de certains éléments décoratifs du Train de la Mine. Collés voir visés à leurs décors , nos pioches ont été difficiles à obtenir mais elles valent le coup. C'est en traversant le rail du manège que Mick(ey) s'est fait attraper par un zombie. Ce dernier avait visiblement été coupé en deux par l'attraction ce qui avait du provoquer son déraillement.
Le zombie ne ressemblait plus à grand chose pour le peu qu'on en voyait mais la saloperie bougeait encore. Dans le noir cependant, on ne l'avait pas vu. Il a attrapé Mick(ey) à la cheville. En voulant se dégager, il a trébuché. Quand il est tombé on a tous entendu son crâne se briser sous la violence de sa chute. Au fond je pense qu'il a eu de la chance, car il n'avait pas réussi à se dégager et le zombie lui avait arraché la moitié du mollet. S'il n'était pas mort, il serait devenu comme eux, non ? Et alors qu'aurions-nous fait de lui ? Aurions nous du le tuer nous-même ?
…
Je crois qu'au fond c'était surtout une chance pour nous qu'il meurt sur le coup. Aussi égoïste soit-il. Cela nous a évité le choix difficile de décider quoi faire de lui. Cela nous a évité d'avoir un blessé handicapant notre déplacement.
Cela a évité qu'il crie quand le zombie l'a mordu et n'en attire d'autres après nous.
…
Oui je crois que si l'on doit être mordu mieux vaut mourir juste avant cette souffrance. C'est certainement mieux pour nous et pour ceux qui nous accompagne.
Mick(ey) cependant ne méritait pas ça. Je ne pense pas que quiconque ne le mérite. C'était une grande gueule mais son plan n'était pas si stupide. Et puis... c'est lui qui avait pris le risque de rouvrir la porte réservé au personnel derrière laquelle il se cachait pour nous sauver la vie à ma famille et aux autres.
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Sa mort soudain a toutefois paniqué notre groupe. Surtout les espagnols. Plutôt que continuer d'avancer silencieusement, ils ont détalé à tout va avec le plan vers notre destination. La femme du couple étranger s'est apprêtée à les suivre mais son compagnon l'a retenu.
Le bruit de leur cavalcade a attiré à leur suite tout les zombies à la ronde.
Nous nous sommes terrés dans l'attraction un bon moment et lorsque nous avons trouvé le courage de reprendre notre route, il n'y avait plus le moindre revenant.
Nous comptions emprunter un passage en bois censé débarqué vers le milieu de Main Street, le passage le plus près de la sortie pour tout dire. On a aussitôt dû penser à un autre plan. Les espagnols avaient visiblement été attrapé à l'entrée du passage. Tous les zombies y étaient agglutinés et semblaient se battre les uns contre les autres pour nos anciens compagnons. L'assaut a du être sacrément rapide. Je ne les ai pas entendu crié. Ni les parents ni leur petit garçon. Ou peut-être était-ce le bruit du début de l'orage qui avait couvert leur cris.
Quoiqu'il en soit notre plan venait de tomber à l'eau.
Ils s'avèrent que nous avons aussi fait des erreurs. Les zombies tous amassés devant nous, on a peu ou pas songé que ces revenants pouvaient parfois être affreusement lent. On a dépassé un retardataire sans le voir. Mais lui nous a vu. Il a poussé un étrange grognement. Un affreux et très audible bruit de gorge qui a détourné l'attention d'une bonne partie des zombies de leur pitance. Et visiblement, tant qu'on est vivant avec un cœur qui bat, on est toujours plus intéressant que la nourriture déjà abattu.
Soudain ce fut des dizaines de leurs représentants qui s'avancèrent cahin-caha vers nous. Quatre solutions ce sont alors offerte à nous. La première était de persister vers le passage en bois, ce qui à l'évidence était une mauvaise idée au vu de ceux qui nous en séparait. La seconde était de remonter prendre un passage un peu plus haut mais cela nous rejetait presque sur le château ou plus précisément au niveau de central plaza, d'où partait Main Street et qui regorgeait d'encore plus de ces saloperie. Solution trois revenir vers adventurland, bref rebrousser chemin. Dernière solution le cul de sac avec des portes qu'était Phantom Manor.
C'est vers cette direction qu'on s'est élancé. Un des employés a prit la tête, nous avons suivi. Papa maintenait bien l'allure malgré Olaf. Ce dernier est resté silencieux tout du long. Le second employé courait à notre allure pioche en main, visiblement prêt à nous défendre. La femme du couple étranger, elle, à complètement paniquée devant le nombre de zombies qui se dirigeait vers nous. Dans sa peur, elle a juste couru sans réellement chercher à nous suivre. J'ignore laquelle des solutions elle a choisi mais ce n'était pas la notre. Son compagnon lui n'a pas hésité. Il a abandonné son amie et a couru avec nous vers Phantom Manor.
Avec l'orage et la pluie torrentiel qui c'est soudainement mise à tomber, le Manoir était encore plus lugubre. Dans notre situation ce n'était vraiment pas nécessaire. Des éclaires ont déchirés les ténèbres, éclairant brièvement les jardins gris et les quelques zombies qui y est déambulaient. A cette vision d'horreur je n'ai pas eu le courage de regarder ceux qui nous poursuivaient. On a monté les marches quatre à quatre. L'employé qui nous accompagnait et l'ex-petit ami étranger ont usé de leur pioche quelques fois mettant à terre les goules qui se trouvaient entre nous et les portes sécuritaires de l'attraction.
Les portes de l'entrée battaient à tout vent quand nous nous y sommes faufilés. L'ex-petit ami a tué les deux zombies qui y résidaient alors que l'employé a tenté de refermer les portes. Pas de serrure. La porte ne fermait pas.
Je me souviens l'avoir remarqué quand nous sommes allé faire l'attraction mais à ce moment là, je n'ai pas compris pourquoi cela ne fermait pas. En désespoir de cause, l'employé a semblé vouloir utilisé la pioche pour la glisser entre les poignée mais la configuration des poignées ne le permettaient pas. Autre soucis la porte s'ouvrait dans les deux sens. Si on tentait de retenir la porte face aux zombies, il fallait éviter de mettre trop de force pour ne pas la leur ouvrir. Et si on en mettait trop peu ils l'ouvraient eux même. En somme, pendant quelques minutes on n'a pas trop su quoi faire. Surtout qu'il y a des fenêtres à surveiller.
Notre second manieur de pioche, l'ex-petit ami étranger devait visiblement être plus attentif que nous puisqu'il a rapidement trouvé le bouton qui permettait d'ouvrir l'une des pièces suivantes de l'attraction sur notre gauche alors que les premiers zombies frappaient contre la porte. On s'est engouffré tous dans la pièce ouverte puis en appuyant sur tous les bouton du tableau de commande, il a trouvé rapidement celui fermant la pièce. L'employé manieur de pioche a lâché la porte d'entrée du manoir qu'il tenait pour empêcher les zombies d'entrée jusqu'au dernier moment pour s'engouffrer in extremis dans la pièce sombre.
La porte dissimulée de l'attraction une fois fermée étouffe étonnamment bien le bruit de nos agresseurs. Aucun doute là-dessus, nous y sommes à présent enfermer depuis bien trois quart d'heure. Pour ne pas penser à ce qu'il nous attend dehors je me suis remise à écrire à la pâle lumière de cet ascenseur déguisé en galerie sans porte.
Nous ignorons comment faire fonctionner l'attraction. Si on a trouvé le tableau de commande, on ignore sur quel bouton appuyé. Et on ne peut pas réappuyer sur n'importe lequel par crainte de rouvrir la porte aux zombies qui nous attendent derrière.
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Anna referme soudain son journal en entendant un nouveau juron du jeune homme étranger. Il est accroupi avec son père devant le tableau de commande.
« Je crois qu'il essaie de suivre les fils pour éviter d'appuyer sur le bouton relier à celui de la porte d'entrée.
-Oh euh... c'est bien. »
Pour tout dire Anna ne s'attendait pas à ce que l'employé manieur de pioche #1 lui parle. Elle a presque cru qu'il était muet tant il était resté silencieux.
« Désolé pour Mickey, je veux dire Mick. Enfin désolé pour le mort de ton ami, s'entend-t-elle dire.
-Ce n'était pas mon ami mais merci je suppose. Je suis Kristoff d'ailleurs, se présente-t-il en tendant sa main.
-Oh je suis Anna. Et ici c'est Olaf, indique-t-elle en montrant son petit frère dormant contre son flan. La-bas c'est ma mère Catherine et mon père Adgar. Il n'est pas français d'origine mais il a rencontré ma mère pendant ses études en France et... oh wow, je suis désolée. Quand je suis nerveuse j'ai tendance à parler et parler et...
-Ce n'est pas grave. Le garçon qui est avec ton père, il s'appelle Peter, reprend-t-il après un moment de silence. Il est anglais de ce que j'ai compris. Je ne suis pas très doué en langue étrangère. Et l'autre employé là, c'est Sébastien.
-Merci de nous avoir protégé, sans toi ou Peter je ne sais pas si on s'en serait sorti.
-De rien. C'est normal. Je crois qu'il faut s'entraider si on veut pouvoir s'en sortir. »
Anna observe Kristoff. Le garçon est grand. Il a la carrure de ces américains qui jouent au Football (football américain s'entend). Ses cheveux blond sont un peu trop long, ses vêtements sont tâchés et il ne sent pas très bon, mais Anna pourrait bien l'embrasser tant il semble gentil et prêt à les aider. Peter malgré la situation paraît particulièrement espiègle. Comme un gamin prêt à jouer alors qu'Anna est prête à parier qu'il est au moins aussi âgé qu'Elsa. Sébastien lui est plus proche de la quarantaine qu'autre chose, son visage est rouge -non pas qu'il soit rouge de colère ou de honte, cela semble être son état naturelle- il ne cesse de jouer avec ses manches et son col. Visiblement mal à l'aise et effrayé.
« Où est ta famille? Demande-t-elle finalement ennuyée par le silence.
-Ce qui reste de ma famille est ma grand mère. Elle est censé être dans une maison de retraite à 1h en voiture d'ici.
-Oh je suis désolé, j'ignorais que...
-Il n'y a aucun soucis Anna. Ça fait longtemps que je n'ai plus mes parents.
-Oh Kristoff. Tu sais je sais ce que c'... »
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Notre visite commence ici, dans cette galerie, où vous pouvez admirer la douceur et l'innocence de la jeunesse.
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« Putain de merde, jure Anna quand résonne le discours de la petite salle carrée. »
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Hélas ! Les choses ne sont pas toujours ce qu'elles paraissent. Les murs de cette pièce, par exemple, ne s'allongeraient-ils pas, par hasard ?
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Anna sert Olaf contre elle. Ils ont déjà fait l'attraction mais cela n'a plus rien à voir dans leur circonstance actuelle. Le Phantom Manor est la pire des idées qu'ils aient eu de son humble avis. Anna n'en a pas peur habituellement, mais là, elle se sent terrifiée.
Les tableaux en effet s'allongent. Mélanie Ravenswood (si Anna se souvient bien du nom de la femme dans la légende du manoir) descend le fleuve en gondole, ignorante l'immense chute d'eau. Dans une autre scène, elle traverse à pied un cours d'eau peu profond où un monstre se prépare à attaquer.
Anna ferme les yeux, elle ne veut pas voir le reste.
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Et comme vous pouvez le remarquer, il n'y a ni porte... ni fenêtre... Quel angoissant problème à résoudre, par où sortir ?
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Elle sent sa respiration se raccourcir, une soudaine oppression, une affreuse claustrophobie qu'elle n'a jamais connu l'a saisi à la gorge. Peter et son père ont trouvé comment démarrer l'attraction. A la différence de l'entrée dans la dite galerie, ils n'ont pas réussi à faire descendre l'ascenseur et ouvrir la porte sans faire fonctionner la musique, le discours et les jeux de lumières. Néanmoins en s'enfonçant dans le manoir, ils s'éloignent de leurs poursuivants, ce qui est une bonne chose.
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Ha ha ha ha ha ha !
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Anna refuse de rouvrir les yeux alors que la lumière s'éteint, et qu'un simulacre d'éclair illumine le haut plafond pour mettre en évidence un homme pendu par le fantôme ou quelque chose du même genre. Non merci, Anna a vu bien assez de mort pour toute une vie.
« Anna, murmure Olaf. Il ne faut pas avoir peur. C'est que pour de faux.
-Je sais, Olaf, le rassure-t-elle d'une voix tremblotante. »
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J'ai bien peur que vous soyez contraints de me suivre.
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Finalement, la porte dérobée s'ouvre. Kristoff l'aide à se remettre debout. C'est une nécessité vu comment ses jambes sont tremblantes. Il doit cependant la lâcher pour reprendre sa pioche. Peter l'imite. Le père d'Anna retente le même jeu que précédemment avec Olaf mais le petit garçon est fatigué de jouer. Il préfère saisir la main de sa mère et refuse de la lâcher. Adgar grommelle mais ils n'ont pas de temps à perdre, il réajuste sa prise sur la barre à mine dont il s'est emparé à Big Thunder Moutain et dont il n'a pas osé se servir alors qu'il tenait Olaf.
Le couloir qui s'ouvre à eux cependant est plongé dans le noir. Visiblement le reste du manoir ne fonctionne pas.
Anna tire de la poche de son jean son portable. Elle l'a éteins le premier soir où ils étaient cachés dans le château (soit le 6 juillet) pour économiser sa batterie déjà faible alors que, malgré un réseau téléphonique encore fonctionnel, les lignes étaient saturées. Elle rallume son smartphone, tape rapidement son code pin et cherche l'application lampe torche alors que le téléphone prend son temps pour charger les possibles nouveaux messages et mails. A ses côtés, Peter et Kristoff l'imitent. C'est peut-être une réaction propre à leur génération. Ses parents possèdent aussi des portables, une antiquité pour sa mère et un smartphone dernière génération pour son père. Mais aucun des deux ne pensent même à tenter de l'utiliser. Ils n'ont probablement même pas pensé à les éteindre pour économiser leur batterie.
Anna doit toutefois avoir moins de batterie qu'elle ne le pense. Avant même la fin du couloir, ce dernier s'éteint. Anna jure. Olaf à ses côtés lui dit qu'elle ne devrait pas dire de gros mots. C'est le cadet de ces soucis. Elle aurait au moins aimé avoir pris le temps de vérifier si elle avait un message d'Elsa.
