Un court chapitre pour essayer de reprendre tranquillement après cette longue absence.
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Jour 3. 9 juillet - 20h13
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Cher Journal, chuchote Anna, le monde touche à sa fin et je vais mourir.
Ok Anna fait sa « drama queen ». Elle croit que c'est Elsa qui lui disait ça lorsqu'elles se disputaient. Anna l'appelait une « reine des glaces » pour son sang-froid à toute épreuve ou pour une remarque quelconque qu'elle avait mal prise. L'insulte reine des glaces énervait toujours Elsa, probablement parce que c'était une insulte à laquelle elle avait eu le droit au collège et dont elle s'était plainte auprès d'Anna. Elsa au fond était plus vexée qu'Anna lui dise ça qu'en colère. Elle ne criait pas ni ne l'insultait en retour, ça n'avait jamais été son style. Elle lui disait seulement qu'elle était trop dramatique ou quelque chose du même genre.
Elsa lui manque. Elle s'était toujours sentie en sécurité auprès d'elle, même si la femme aurait été incapable de la défendre physiquement. C'était un sentiment qui n'a rien à voir et qu'Anna désespère de retrouver. La sécurité.
Pour le moment, il ne faut pas espérer se sentir en sécurité. Anna ploie sous le poids d'Olaf. Son petit frère a été incapable de parcourir la distance qu'ils ont traversée depuis la maison de retraite. Il a vaillamment suivi après qu'Anna l'ait trainé sur plusieurs dizaine de mètres mais le petit garçon s'est fatigué et l'évidence s'est faite. Anna a du abandonné leur sac à dos remplis de fourniture médical pour prendre Olaf sur son dos. Ils ont tout juste pris le temps d'attraper une bande de gaz et un désinfectant qu'Anna a fourré dans ses poches.
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Les zombies ne sont pas loin. Ceux du centre de soin notamment. Ils ne sont pas rapides mais ils sont endurants, bien plus qu'eux.
Kristoff titube entre Peter et Adgar, Anna titube sous le poids d'Olaf. Ils ne sont finalement pas beaucoup plus rapides que leur poursuivant. Ils parviennent tout juste à maintenir une distance de sécurité.
Leur fuite n'est pas un sprint mais un marathon et ils sont en train de le perdre.
Anna parle à voix basse depuis de longues minutes. A elle-même, sa mère, Elsa ou son journal. Cela lui permet d'extérioriser ses peurs et ses peines. Elle exprime aussi des évidences : s'ils continuent comme ça, ils vont mourir.
Il faut faire quelque chose. Autre chose que fuir sans but.
C'est Peter qui propose finalement une idée.
St Peter.
Il serait mort depuis longtemps sans lui, songe Anna. Il est revenu pour eux et leur a sauvé la vie. Leur a seulement accordé un répit, entonne la partie la plus désespérée d'Anna.
Peter parle en anglais rapidement et Adgar acquiesce.
« Anna, l'appelle-t-il. »
Anna force sur ses jambes tremblantes et réajuste sa prise sur Olaf. Il ne cesse de lui glisser des mains.
« Au prochain tournant, nous allons nous enfoncer dans le champ de maïs. »
Anna n'aime pas l'idée. Les rangés de champs de maïs sont serrées, ils seront encore plus lent que les zombies à essayer de les traverser avec leur charge respective. Leur visibilité sera réduite et qui sait sur quoi ils pourraient tomber.
« On va s'y enfoncer et s'y cacher. Peter va faire du bruit pour les attirer à sa suite. »
Malgré son bras blessé, le jeune homme semble globalement en bonne forme, épuisée mais encore suffisamment vaillant pour les emmener à sa suite et les semer au moment opportun.
En temps normal, Anna n'aurait pas aimée cette idée. Elle avait passé un temps fou à jouer à des sports d'équipe divers. Anna en a retenu une chose, une équipe ne laisse personne derrière elle. Ils gagnent ou perdent ensemble. Elle sait aussi ne pas pouvoir continuer et puis, d'une certaine manière, c'est Peter qui les laisse derrière.
Le détour du chemin arrive. Ils ont quelques mètres d'avance et il est temps de disparaitre.
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Alors qu'Anna s'engouffre entre deux épis, suivi par le bruissement conséquent d'Adgar et Kristoff, elle se demande si les zombies savent compter.
Un survivant ou un groupe de survivants sont quand même deux choses bien différentes. Même avec un cerveau à moitié pourri, les zombies doivent bien s'en rendre compte. Non ? Elle espère que non.
Parce qu'Anna est tombée à genoux et tente de reprendre sa respiration. Elle ne s'est avancée que de quelques mètres dans le champ et elle espère qu'on ne la voie pas de la route. Les bras tremblant elle fait basculer le petit corps endormi d'Olaf et le berce contre sa poitrine. Le garçon se déplace dans ses bras pour se blottir contre elle et Anna se met à pleurer.
Ce sont les nerfs qui lâchent. Elle étouffe ses sanglots dans le t-shirt de son petit frère.
« Anna ? Anna ? »
Les chuchotements frénétiques d'Adgar lui rappellent qu'elle n'est pas seule. Son père se trouve non loin mais la lumière déclinante de la soirée et les épis de maïs lui rendent les deux hommes difficilement visibles. Cela a au moins l'avantage de confirmer que les zombies ne les verront pas non plus.
Ils se figent non loin les uns des autres et attendent en silence. Il n'y a que leur respiration qui résonne derrière les bruissements des feuilles.
Et puis il y a la voix de Peter. Anna est incapable de savoir les injectifs de l'homme face aux morts. Mais ses cris s'éloignent, les pas trainants des morts se rapprochent de plus en plus et Anna retient son souffle. Vont-ils continuer à se rapprocher ?
Non, finalement ils s'éloignent à la poursuite des appels du jeune homme et bientôt Anna n'entend plus ni l'un ni l'autre. Ils restent des très longues minutes à même le sol en silence.
La tête d'Anna dodeline. Elle veut dormir.
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« Anna. »
Adgar apparait comme une forme noire indiscernable.
Elle a dû s'endormir parce que cela fait clairement plus de quelques minutes : la nuit est épaisse sous les épis.
« Viens, Anna. Il y a une ferme pas loin. »
En se relevant, Anna bascule vers son père. Elle est épuisée.
« Un dernière effort, ma chérie. »
Anna hoche de la tête et soulève son frère qu'elle berce à nouveau contre sa poitrine.
« Où est Kristoff ? balbutie-t-elle.
-J'irais le rechercher après. »
Il récupère Olaf de ses bras et Anna le suit hors du champ. La route est vide mais la vue dégagée, éclairée par la luminosité de la lune.
« Allons, Peter a dit qu'il nous rejoindrait là-bas. »
Là-bas doit effectivement correspondre à un corps de ferme, immense silhouette sombre à une centaine de mètre.
Anna sursaute au moindre son.
Elle se rend compte que le monde est incroyablement silencieux sans activité humaine.
