Jour 4. 10 juillet - 10h environ

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Quand Elsa se réveille, elle découvre qu'elle a dormi près de 14h d'affilé.

Le canapé n'est pas particulièrement confortable et son cou proteste. Mais étonnement si son corps se sent lourd de sommeil, son esprit lui se sent reposée.

Elle se redresse maladroitement et observe la salle à manger. Malgré les volets fermés, la lumière se déverse par la moindre fissure dans la pièce. L'ambiance est calme et un instant, Elsa a peur d'être seule. Cela serait terrifiant d'être seule.

Mais après le premier instant de panique, elle les entends. L'accent prononcé de Mérida et la voix presque éteinte d'Alice. Les murmures surexcités des triplés qui doivent jouer dans une autre pièce.

Tout le monde se trouve en sécurité et Elsa ne se manifeste pas immédiatement. Elle se recouche dans le canapé et fixe le plafond en se demandant quoi faire à présent.

Elle suppose qu'elle pourrait rester là. En étant silencieux, la maison devrait rester en sécurité. Il ne semble pas y avoir d'autres survivants dans le village mais qu'en sait-elle après tout? Des gens se terrent peut-être derrière leur porte, espérant que quelqu'un vienne les sauver. Si c'est le cas, Elsa n'a aucun pouvoir d'aucune sorte pour les aider malgré ce que semblait penser les frères de Mérida. Elle doute que le gouvernement ou l'armée règle le problème dans les jours qui viennent. A présent, chacun est livré à lui-même et ça n'annonce jamais rien de bon.

Dans tous les cas, le village est plutôt petit et Elsa est à peu près sûre d'avoir rencontré l'entièreté de la population zombifiée. Sur le coup, ça lui avait semblé beaucoup, mais à présent qu'elle prend le temps d'y réfléchir, c'est peu comparativement à ce que les villes d'île de France tout aggloméré autour de Paris doivent charrier de mort-vivant.

Et puis Alice est à deux doigts de s'écrouler, Mérida est forte et débrouillarde mais elle a 3 enfants de l'âge d'Olaf dont elle doit s'occuper. Elle ne les voit pas prendre la route et risquer leur vie. Elles pourraient s'établir ici, continuer à cultiver le potagers, aller récupérer des fruits et légumes des champs de cueillette qui se trouve à quelques kilomètres. Tuer les zombies isolés de la petite ville et tenter de créer une zone de sûreté.

Elsa ferme les yeux et essaie d'écarter ce qui la trouble vraiment dans cette idée.

S'établir ici signifie abandonné sa famille.

Elle ne se fait pas vraiment d'illusion sur ce qu'ils sont devenus. Les chances qu'ils aient survécu ne sont pas en leur faveur. Ils se trouvaient dans un parc d'attraction bondé! Peut-être sont-ils piégé dans un manège à attendre des secours qui ne viendront jamais.

Mais elle n'a pas la preuve. Elle ignore ce qu'il en est. Et s'ils sont en vie? Chez eux pensant qu'Elsa est morte.

Elsa ne pourra pas vivre avec des "et si", elle a besoin de savoir: mort, vie ou mort-vivant. Elle a juste besoin de savoir. D'avoir le fin mot de l'histoire.

Elle va le faire. Seule, même si ça la terrifie.

Elle va aider Alice, Mérida et ses frères à s'installer. et elle va y aller. Reprendre la route, risquer sa vie et peut-être mourir en essayant de confirmer ce qu'elle sait déjà être arrivée à sa famille.

Autant se mettre au travail dès maintenant.

Elsa se relève, un muscle de son épaule la tire.

Elle retrouve les deux jeunes femmes dans la cuisine. Elles boivent du jus d'orange, probablement d'une bouteille déjà ouverte qui devait se trouver dans le frigo. Mérida a l'air d'aller bien, mais Alice est pâle. Elsa est à peu près sûr qu'elle n'a pas dormi.

"Tu es réveillée, s'exclame Mérida."

Elle est sincèrement heureuse de la voir et commence déjà à lui servir un verre. Elsa en boit du bout des lèvres.

"Je vais repartir, annonce-t-elle derechef."

Alice la regarde sans trop savoir ce qu'elle doit dire. Mérida réfléchit quant à elle, elle semble vouloir l'accompagner mais son regard se tourne vers le mur derrière lequel résonne la voix de ses frères.

"Seule, précise-t-elle.

-Non, rétorque Alice d'une voix cassée."

Elsa lui offre un petit sourire qui se veut rassurant.

"Si. Je pense que vous avez besoin de rester là, de vous installer et de bâtir un refuge. Pour les garçons. Cet endroit en vaut un autre. La barrière semble solide et masque suffisamment le terrain et la maison pour que vous puissiez y évoluer en sécurité. Si vous faites attention, je pense que les choses iront bien."

Elsa regarde le fusil. Il est encombrant et elle ne sait pas s'en servir. Elle va leur laisser.

Son avantage sur les morts comme les vivants sera la vitesse et le silence.

"J'ai besoin de savoir ce qu'il est advenu de ma famille, explique-t-elle."

Il y a un silence avant que Mérida acquiesce.

"Je comprend."

Alice, elle, ne comprend pas. Elle se lève furieuse et quitte la pièce. Au moins ne claque-t-elle pas la porte. Mérida soupire.

"Réfléchissons à ce qui va nous être nécessaire et ce qui doit être fait avant ton départ."

Elle attrape un bulletin de note accroché au frigo et retourne la feuille. Un pot à stylo traîne sur la table. Mérida s'empare d'un crayon mal taillé et commence à noter une liste de chose.

Vérifier toutes les portes et fenêtres, les consolider si nécessaire, établir la quantité de vivres et d'eau à leur disposition, chercher les éléments essentiels qu'il peut leur manquer, etc.

Au final, les choses ne prennent pas tant de temps.

Les fenêtres et portes ont été bien protégés de leur point de vue et elles ne voient pas bien quoi faire de plus.

Leur prévenance de remplir baignoire et évier d'eau est payante puisque les conduits ne crachotent plus rien. En plus de ces dizaines de litres, 5 packs d'eau, plusieurs litres de jus de fruits, soda, bières et vins sont stockés dans la cave. Un collecteur d'eau de pluies a été installé à l'intérieur et Mérida estime qu'elle pourra se débrouiller avec tout cela. Elle explique prévoir d'utiliser d'abord l'eau de la baignoire et de l'évier en la faisant bouillir préalablement. L'eau de pluie sera leur ultime ressource.

Le petit potager fournira des pommes de terres. Elsa va croire Mérida sur parole. Elle n'a jamais cultivé quoique ce soit et elle se sent démuni dans un milieu rural. Sans google ou un livre du genre "potager pour les nuls" elle ne pense pas qu'elle saurait s'en sortir. Des pommes de terres sont stockés dans des cageots, quelques sachets de pâtes, de riz, boîte de thon et de macro, cassoulet, confiture et conserves diverses. La quantité n'est pas aussi importante qu'elles pouvaient l'espérer.

Mérida confie à Alice le soin de surveiller les garçons et Elsa et elle finissent dans la rue. Elle est déserte là encore et elles ne comptent pas aller trop loin.

Elles ne touchent pas au maisons voisines. Elles sont bien trop proches et il y a un risque qu'y pénétrer génèrent trop de bruit. Elles ne veulent pas attirer les morts à proximité de leur refuge.

Mérida les entraîne à quelques rues, s'arrêtant à chaque carrefour pour s'assurer si des morts déambulent. Elles en croissent 2 qui chancellent sans les voir passer.

A voix basse, Mérida lui indique ce qu'elle connaît des rues et des gens. Elle évite volontairement sa demeure, ce qu'elle cherche est une maison de ville des plus banales. Mérida connaît -connaissait?- le propriétaire. Il tenait une petite supérette sur la place de l'église mais avait toujours tendance à stocker une partie de ses produits chez lui. Si elles ne veulent pas s'approcher de l'église où se trouvent le gros des morts, Mérida espère trouver dans la demeure du commerçant suffisamment de nourriture.

Elles n'ont pas autant de chance que la première fois, tout est évidemment verrouiller, mais non barricader. Les volets notamment n'ont pas été fermés. Elsa se demande si le double vitrage est aussi facile à briser que le font paraître les films. Elle se dit que beaucoup de son savoir et de sa culture vient de la télé ou de livres dont la forme est intéressante mais dont le fond doit être sacrément bidon. Elle vit -ou plutôt a vécu- dans une ère d'information où on ne sait en réalité pourtant plus grand chose. Il devient difficile de distinguer l'intox de l'info.

Mérida ne tente d'ailleurs pas de s'en prendre aux vitres qui donnent sur le salon mais sur la petite fenêtre du sous-sol. Un truc étroit au verre jauni et déjà fissuré.

"Couvre moi."

Elsa tient le fusil et observe la rue, sans bien savoir ce qu'elle doit faire si quelque chose apparaît. Elle jette quelque coup d'œil et regrette que Mérida ne l'accompagne pas pour la suite de son voyage car la femme semble pleine de ressources.

Elle scotche la vitre et récupère ensuite le fusil dont elle entoure la crosse d'une écharpe épaisse qu'elle a amené.

Et puis, elle frappe à grand coup.

Le bruit est étouffé. Audible mais étouffé. Le scotch empêche la vitre d'éclater en petit morceau à même le sol sur lequel elles vont devoir se glisser ou se réceptionner pour pénétrer dans le sous-sol. Sa technique fonctionne plutôt bien.

"Il y a un mort qui approche."

La silhouette au bout de la rue a une démarche titubante mais reste encore trop loin pour qu'on puisse le distinguer de n'importe quel autre mort-vivant. Ce dernier ne les a probablement pas vu ni entendu. Elle doute que la mort n'aiguise la vue ou l'ouïe, le mort a donc peu de risque de les repérer tout de suite ou de les entendre. De toutes les façons, Elsa est à peu près sûr que son pas traînant est plus bruyant que Mérida en train de détruire la vitre.

"Allons, souffle Mérida."

Elle laisse Elsa se glisser en premier, pied en avant. Elle ne se précipite pas car les jambes suspendues dans le vide, elle se demande soudainement ce qu'il y a sous la fenêtre. Un établi, des outils, le sol? Elle regrette de ne pas avoir jeté un œil préalable avant de chercher à s'y glisser. Et s'il y avait une goule? Elle espère que Merida ne l'a pas envoyée sans observer attentivement l'intérieur du sous-sol, mais il est trop tard pour vérifier par elle-même. Elle tâtonne donc du bout du pied. Quand elle ne trouve que du vide peu importe à quel point elle se laisse glisser par la vitre, elle finit par comprendre qu'il n'y a rien sous elle. Elle lâche prise.

Elle ne se réceptionne pas aussi bien qu'elle l'aurait aimé. Le corps humain est si fragile, elle risque de se faire un vilain bleu mais rien de plus heureusement.

Quelle galère si elle s'était foulée la cheville...

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C'est encore mieux que prévu. Elle est arrivée directement dans la cave où des cartons sont stockés. La bâtisse est mal fichu, la cave n'a aucun accès direct vers l'extérieur et tous les cartons nécessitent de traverser la maison mais l'espace est propres et secs et les cartons s'empilent. Beaucoup de vivres non périssables.

"Reste dehors je te passe les vivres, souffle-t-elle à Mérida."

Elsa remplit le premier sac à dos de pattes et de riz pour moitié puis de conserves. Elle doit soulever le sac trop lourd à bout de bras jusqu'à ce que Mérida le tire à travers la lucarne. L'instant suivant, Mérida lui glisse son propre sac encore vide et Elsa répète le processus.

Il reste des dizaines de cartons de vivres qu'Elsa n'a même pas pris la peine d'ouvrir. Elle ne veut pas laisser la vitre éclatée, qui pourrait laisser passer souris ou rats qui viendraient boulotter les précieuse ressources. Elle met un moment pour localiser de quoi colmater la fenêtre : une plaque en pvc qui convient plus ou moins. Suffisamment pour la coincer dans l'encadrement en la mettant de travers. De toutes les façons, c'est ça ou rien.

Avant de remonter, elle doit cependant tirer une caisse de bois pour atteindre la fenêtre en hauteur. Vu le peu de force qu'elle possède dans ses bras et le haut de son corps, Mérida doit l'aide en la tirant.

"Allez, grogne-t-elle, tu es beaucoup plus lourde que tu n'y parais."

Elsa se serait sentie offensée si Mérida n'était pas celle qui fournissait tout l'effort pour la remonter.

Quand elle sort à l'air libre, elle constate que le mort du bout de la rue n'est plus qu'à une dizaine de mètres. Il grogne et 2 autres le suivent.

L'urgence dans la voix de Mérida s'explique. Elsa en aurait probablement exprimer bien plus qu'elle.

Elle se tortille au sol comme un ver pour finir de passer son corps à travers l'étroite lucarne avant de se redresser sans aucune grâce, prête à se battre.

"Non, grommelle Mérida en retenant son bras."

Elle lui tend un des sacs.

"On va les semer."

Elsa ne sait pas si c'est une bonne idée. Et si elles tombaient sur une horde en mouvement au prochain carrefour, leur fuite serait dangereuse et compromise par 3 morts laissés derrière.

"On ne prend pas de risque, continue Mérida une main refermée comme un étau autour de son biceps."

Elsa finit par acquiescer et ajuste rapidement sa plaque PVC dans l'ouverture. Mérida semble féliciter son geste même si tout son corps n'exprime qu'une seule volonté : fuir les morts qui sont presque à portée de main.

Elles remontent aussitôt la rue dans un sprint sur les premières dizaines de mètres avant de prendre une petite foulée une fois les goules distancées. Chargées de sac à dos bourré à craquer, elles continuent leur route en résistant à l'envie de regarder derrière elles.

Pas de horde au carrefour suivant, mais au troisième elles manquent littéralement de percuter un mort-vivant.

Mérida agit plus vite qu'Elsa ne comprend la situation. D'un coup d'épaule, elle fait chuter le zombie aussi surpris qu'elles -enfin façon de parler. Avant de poser un pied assuré sur la poitrine du mort et de le poignarder d'un coup rapide à travers l'orbite.

Mérida a l'air prête à vomir.

"Ce n'est pas comme un animal, chuchote-t-elle avec un effroi palpable."

Elsa lui tapote l'épaule avec compréhension.

Le reste du trajet se déroule heureusement sans encombre.

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Elle pense avoir suffisamment aider pour pouvoir partir sans se sentir coupable. Le soleil est en train de se coucher. Elles ont eu largement le temps de trier les trophées de leur sortie. Elsa a pu se reposer et même tenter de lire quelques pages d'un magazine du salon.

Elle dîne une plâtrée de pâtes trop cuite par Mérida. Alice ne lui adresse pas la parole de toute la soirée. Les garçons babillent comme ayant oublié les horreurs qu'ils venaient de vivre. Ils regardent Elsa avec des yeux enthousiaste. Ils n'ont pas oublié, mais ils préfèrent se focaliser sur leur héros plutôt que sur les horreurs qu'ils ont vécu.

Elle compte toujours partir à l'aube dès le lendemain.

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A l'aube, les garçons dorment encore. Mérida lui tend son sac militaire qu'elle a elle-même généreusement chargé en vivre et eau. Elsa doit enlever quelques conserves pour se sentir suffisamment à l'aise à le porter. La route risque d'être longue.

Mérida lui tend le Glock comme elles en ont convenu. Elsa ignore si Alice dort encore. Elle s'est enfermée dans une des chambres et Elsa a beau frapper, elle refuse d'ouvrir.

Alors elle attrape une feuille blanche et un stylo en cuisine.

"Alice,

Je suis désolée de te laisser derrière. Je suis désolée si tu penses que je t'abandonnes. Saches que je le fais pour toi puisque je sais marcher vers la mort dans l'espoir de retrouver les miens en vie.

Je sais que c'est un espoir vain, mais je ne peux pas m'en empêcher. J'ai besoin de savoir ce qu'ils sont devenus. Tu dois comprendre que mes parents et mon petit frère se trouvent quelque part là bas. Mort ou vif. Ou pire piégé dans cet état entre deux. J'ai besoin de le savoir.

Et puis il y a Anna... J'y ai bien réfléchi tu sais. Et je crois que tu as raison.

Tu dois donc me comprendre.

En espérant qu'on se reverra.

Ton amie, Elsa."