Well you look like yourself
But you're somebody else
Only it ain't on the surface
Well you talk like yourself
No, I hear someone else though
Now you're making me nervous
Namjoon soupira, l'impression que le poids sur ses épaules était devenu trop lourd à porter lui serrant le cœur.
Il observait ses notes, incapable de continuer, désespéré par leur contenu.
Il avait commencé il y a des années dans l'espoir de mieux comprendre ce qu'ils étaient et ce qui les attendait.
Dans l'espoir de garder une trace de leur existence et...
Et sans doute pour se raccrocher à quelque chose afin de ne pas complètement perdre pied.
Mais au final il se retrouvait avec peu de réponses, beaucoup trop de questions et des idées noires sans fin.
La tristesse qu'il ignorait depuis si longtemps semblait ne plus vouloir se faire discrète, son masque impassible bien trop fissuré pour pouvoir tenir autant qu'il le souhaitait.
Comment pouvait-il se sentir bien alors que chacune de ses notes lui crachait violemment la réalité en face ?
Comment pouvait-il espérer quand son état et celui de ses amis, de sa famille, ne faisait que décroitre dangereusement ?
Tous les jours, c'était pire que la veille.
Les éclairs déchirant le ciel lui firent relever la tête et il se souvint qu'il avait provisoirement transformé les murs de l'entrepôt afin de pouvoir assister à l'orage.
Seokjin s'était plaint d'avoir l'impression d'être enfermé dans un cube en verre mais, voyant que la pluie torrentielle semblait calmer Jung Kook, l'ainé avait cédé.
Le brun n'avait pas prononcé le moindre mot depuis des jours et la tension autour de lui était palpable, donnant l'impression que « quelque chose » prenait vie autour de lui.
Comme si une barrière le coupant des autres, d'eux, était en train de se former.
Leur sirène, malgré sa nature, avait toujours était le plus adorable de tous, le plus innocent même dans un sens.
Il était le plus jeune et ça se ressentait souvent malgré sa maturité.
Mais plus le temps passait, plus le Jung Kook souriant, excité par tout et débordant d'optimisme s'effaçait.
Ses yeux ne pétillaient presque plus, son rire se faisait rare et la noirceur de la créature qui côtoyait sa partie humaine prenait de plus en plus de place.
Le brun était plus fermé, froid, distant même.
Et son tempérament de plus en plus instable.
Parfois il s'emmurait dans le silence et la solitude pendant des jours, insensible à tout ce qui se passait autour de lui, ne réagissant à rien, même pas aux provocations de Jimin.
Et à d'autres moments, il pouvait exploser complètement, peinant à se contrôler, répondant à tout par une rage disproportionnée et inexplicable.
La chasse et le sang ne le calmaient plus vraiment, son appétit de sirène de plus en plus féroce et surtout de plus en plus vicieux.
Le jeune homme qui avait toujours été fier de ne blesser personne d'innocent, faisait de moins en moins de différence entre ses victimes, son plaisir prenant une voie de plus en plus sadique.
Jung Kook s'amusait avec ses proies, choses qu'il n'avait jamais fait avant et parfois, le reste du groupe peinait à le reconnaitre.
Même s'ils avaient encore l'occasion de voir le « gamin » qu'ils avaient pratiquement élevé, celui qui était doux, aimant, timide et prêt à tout pour eux, il se faisait rare, disparaissant doucement au profit d'un être différent.
Quelqu'un de froid et distant.
Quelqu'un de malheureux.
Le brun était le seul dans l'eau, Hoseok trempant simplement ses pieds, comptant machinalement ses longueurs.
Cinq cent cinquante deux sans la moindre pause et sans remonter à la surface une seule fois.
C'était toujours fascinant de voir le plus jeune nager.
Il n'avait pas de queue de poisson comme dans les livres mais son élément restait l'eau, il y était encore plus à l'aise et puissant.
ღ
Seokjin observait son fond de verre, perdu dans ses pensées.
Il agitait distraitement le poignet, faisant tourner le liquide restant, les gouttes colorant quelques instants les bords épais du matériel bon marché.
Seul à sa table, personne n'osait l'approcher.
Il détonnait pourtant, son look et sa prestance le faisant naturellement sortir du lot.
Même encore aujourd'hui, il avait l'air d'un prince.
Son jeans déchiré et son blouson de cuir n'entachaient en rien cette aura si particulière qui, pour beaucoup, lui donnait l'air d'un noble venu d'un autre monde.
Tout droit sorti d'un conte.
Mais la grâce dégagée n'affaiblissait en rien la puissance qui l'accompagnait, le mélange des deux illustrant parfaitement ce que représentait le jeune homme.
Un séduisant danger.
Ici, comme partout dans Fear et Tear, tout le monde savait qui il était.
Qui ils étaient.
Seokjin ne savait pas vraiment comment ils avaient hérité du surnom de Kamikazes et honnêtement, il trouvait cela ridicule.
Mais c'est ainsi que son groupe et lui étaient connus.
Comme ça qu'on les considérait.
Des Kamikazes.
Namjoon n'avait jamais voulu former un gang ou quoique ce soit qui s'en rapproche et même s'ils gagnaient leur vie illégalement et parfois avec violence, aucun d'entre eux n'avait l'impression de « diriger » Fear.
Vivre et laisser vivre.
A moins qu'on les engage pour une affaire précise, ils ne se mêlaient jamais de ce qui ne les concernait pas.
Mais les gens aimant les rumeurs, les histoires et les légendes, le nom était resté et maintenant même leurs clients les appelaient ainsi.
Les Kamikaze.
Des hommes sans peur ni larme.
Un ricanement échappa à Seokjin.
-Conneries ! Souffla-t-il en finissant son verre.
Saisissant la bouteille, il se resservit, les yeux fixés sur la petite scène où venait de grimper une silhouette familière.
Les spots au dessus de la petite estrade miteuse s'allumèrent, dévoilant un jeune homme aux cheveux noirs, coiffés en brosse.
Il était grand et athlétique, vêtu d'un blouson en cuir sans manche et d'un pantalon de la même couleur, plutôt large, dont la forme rappelait celle d'un sarouel.
Ici, personne ne se cachait, ils étaient tous des rebus.
C'est pour ça que le brun exposait sans honte les marques sur son corps.
Pour tous ceux qui vivaient à l'écart de tout, coupé de la réalité par le voile de paillettes créé par la société, il était impossible de saisir la cause de ces cicatrices.
Mais à Fear, tout le monde savait.
Les gens considérés comme une abomination, un point noir entachant l'image parfaite vendue par la propagande, devaient êtres neutralisés.
Et une fois arrêtés, envoyés dans des camps ou internés, ils perdaient toute humanité.
Plus aucun droit, dignité et pas le moindre espoir.
Une fois estampillés comme « défaillants » ils appartenaient à l'état et étaient traités comme des objets jetables.
Certains portaient des marques de tortures mais celles du jeune homme sur scène étaient encore à part.
Les petites parties à l'aspect métalliques, éparpillées un peu partout sur son corps et son visage, étaient un souvenir de sa vie de cobaye.
Vestiges de l'époque où il avait appris ce qui se cachait réellement derrière la vie parfaite promise à tous et garantie par le système d'âmes sœurs.
Seokjin n'avait jamais été arrêté ou torturé mais il était conscient d'avoir toujours fermé les yeux sur ce qui arrivaient à ceux qui étaient d'une façon ou d'une autre différents.
A l'époque où il avait tout, où il faisait partie du système, lui permettant même de prospérer, il ne pensait jamais aux « autres ».
Aujourd'hui il pensait trop.
C'est pour ça qu'une fois de plus, il était là, seul face à sa bouteille.
Qui était-il ?
Il avait besoin de répondre à cette question.
Mais plus le temps passait plus il avait le sentiment de se perdre.
Il donnait souvent l'impression d'être insouciant, de vivre comme si rien ne comptait vraiment et sans se faire le moindre souci pour l'avenir.
Il était celui qui répétait que tout « allait bien », que les choses finiraient par s'arranger et que vivre au jour le jour était la meilleure des solutions.
Pour un « ainé », il pouvait parfois paraitre immature, rivalisant avec les plus jeunes au niveau des bêtises et des caprices.
Mais personne n'était dupe.
Tout le monde savait que c'était sa façon à lui de participer à l'équilibre du groupe.
Chacun gardait ses craintes pour sois, tous cherchant, à leur façon, à être forts pour le bien de la majorité.
Mais derrière cette image de presque diva, d'être drôle, confiant et parfois excentrique, qui était-il ?
Seokjin ne savait même pas s'il cherchait un nouveau lui, une sorte d'évolution ou si au final, il n'avait jamais été lui-même.
Est-ce qu'à l'époque, quand « tout allait bien » ne jouait-il pas déjà un rôle ?
N'avait-il pas simplement suivi la voie pour laquelle on l'avait conditionné ?
Ses choix avaient-ils réellement été les siens ?
Il était né à Epiphany, avait eu sa marque très tôt et rencontré son âme sœur rapidement.
Quartier aisé, études pour un poste important, union aussi parfaite que celles décrites dans les livres.
Tout était décidé depuis le début.
Il n'avait fait que marcher tranquillement sur le chemin balisé, faisant bien gaffe à ne pas sortir des clous.
Il était passé de Prince Charmant à Assassin du jour au lendemain mais, n'était-il que ça ?
Se résumait-il simplement à un exemple devenu un monstre ?
Qu'est ce que ces termes voulaient réellement dire, en quoi pouvaient-ils le définir ?
Le brun sur scène commença enfin à chanter et comme à son habitude, Seokjin ferma les yeux, délaissant son verre pour boire directement à la bouteille.
Le chanteur se faisait appeler Ken et il aimait beaucoup sa voix.
Peu importe que ce soit avec une chanson triste ou un rythme entrainant, le brun accompagnait toujours ses réflexions profondes, lui apportant un semblant de réconfort.
ღ
Hoseok se tendit lorsqu'il sentit Jimin se rapprocher.
Ce dernier était assis depuis un moment près de Taehyung mais il n'avait fait que s'agiter, incapable de se détendre et s'occuper.
Normalement, le Griffon réussissait toujours à apaiser son ami, juste par sa présence.
Mais dernièrement plus grand-chose n'était pareil.
Leur dynamique en tant que groupe semblait se détériorer et l'équilibre qu'ils avaient créé peinait à ne pas s'effondrer.
Jimin avait changé, comme tous les autres.
Le jeune homme avait toujours été le plus à l'écoute, celui qui s'assurait que tout le monde aille bien et qui prenait très à cœur le bien être de chacun.
Il avait normalement tendance à rire facilement, détendant l'atmosphère sans trop d'efforts, effaçant les idées noires de ses amis, apportant de la chaleur par sa simple présence.
Jimin était leur source de douceur, leur distributeur de réconfort.
Ou du moins, il l'avait été.
Dernièrement, le roux était très loin d'illuminer la vie de qui que ce soit, semblant toujours plus consumé par la rage et la colère.
Le froid était son élément et il envahissait tout son être, s'infiltrant dans son cœur et, encore plus grave, son âme.
La pierre précieuse du jeune homme n'était plus qu'un point gris, donnant l'impression d'un gravier sans valeur, gelé dans une sphère de glace que rien ne faisait fondre.
Jimin était presque toujours tendu, son aura lumineuse n'étant plus qu'un souvenir auquel se rattachaient ses amis.
Son visage était fermé, sa mâchoire contractée et ses poings souvent serrés, comme s'il était sans cesse prêt à sauter à la gorge de quelqu'un.
Lui qui avait distribué tant de mots tendres et de phrases réconfortantes, répliquait aujourd'hui de façon de plus en plus cinglantes, se montrant souvent cruel et blessant, donnant l'impression que les gens autour de lui l'agaçaient au plus au point.
Souvent, ses amis qui s'étaient toujours sentis si bien près de lui, avaient le sentiment d'être de trop.
Mais si Hoseok stressait tant de le voir se rapprocher de la piscine en étant clairement sur les nerfs, c'est parce que sa relation avec Jung Kook s'était grandement détériorée.
Tous les deux, à leurs façons, débordaient de rancœur, de colère et de haine.
Le roux ne pouvait s'empêcher de haïr le brun d'être son âme sœur, le rendant coupable de tout ce qui n'allait pas dans sa vie.
Ca semblait être plus fort que lui.
A l'époque, les disputes entre les deux hommes ressemblaient à des bagarres puériles, comme celles de frères aimant pourrir gentiment la vie de l'autre. Mais aujourd'hui, il n'y avait plus grand-chose de drôle ou d'attendrissant dans leurs faces à faces.
Les mots étaient cruels, les coups violents et les pouvoirs de moins en moins contenus.
L'agacement laissait doucement place à la haine et personne ne savait comment arrêter ça.
De toute façon, ils ne savaient absolument rien.
RIEN.
De leur nature à leur changement ou encore leur impossibilité d'atteindre cette vision parfaite vendue par la société, ils ne comprenaient rien.
Qui étaient-ils ? D'où venaient-ils ?
Pourquoi leurs bijoux étaient à deux doigts de disparaitre ? Pourquoi leurs états et humeurs connaissaient un tel changement drastique ?
Pourquoi essayaient-ils encore de vivre ?
Ayant sans doute senti sa présence, Jung Kook sortit de l'eau avant que Jimin n'atteigne le rebord.
La piscine se transforma en étendu glacée mais le brun était déjà à l'extérieur, se séchant en ignorant le roux et son regard assassin.
Hoseok se félicita mentalement d'avoir retiré ses pieds à temps, frissonnant en les imaginant pris au piège du bloc glacé.
Mais rapidement, le sifflement aigu qui résonna lui fit relever la tête vers Jimin.
Encore une fois, l'Hydre semblait vouloir provoquer le plus jeune du groupe et Hoseok sentit la lassitude se mêler à la peine.
Comment avaient-ils pu en arriver là ?
Eux qui étaient si proches à une époque se détestaient aujourd'hui ; tout ça à cause de cette ridicule et détestable notion d'âme sœur !
Encore une fois, des vies étaient détruites par cette sois disant perfection censée vous permettre d'atteindre le bonheur ultime !
Où était l'euphorie promise ? Où était l'amour absolu qu'on leur avait vanté pendant des années ?
-Ne me tourne pas le dos ! Cria Jimin.
Jung Kook l'ignora à nouveau, continuant tranquillement de s'éloigner.
La glace vola instinctivement, se dirigeant vers le plus jeune sous forme de poignard mais rapidement, elle s'effrita, semblant se dissoudre dans l'air.
Le roux expira, tentant de se calmer, ne ressentant aucun soulagement à l'idée de s'être retenu.
Il détestait ce nouveau lui qui prenait de plus en plus de place.
Cette impression de ne plus se reconnaitre et de vivre dans la peau d'un autre, d'un inconnu.
Il était conscient de son comportement atroce, conscient de rendre la vie de ses amis difficile.
Mais il avait de moins en moins le contrôle.
Lui qui avait toujours été une créature au sang froid, qui restait maitre de lui-même en toute circonstance, était aujourd'hui consumé par une flamme puissante qui ne cessait de prendre de l'ampleur.
Mais loin d'apporter de la chaleur, l'incendie vorace faisait ressortir le pire de lui-même, le figeant dans un hiver douloureux que même lui n'était pas capable de supporter.
C'était différent de sa glace, amie réconfortante avec laquelle il avait grandi. Ce n'était pas un froid physique, pas une manifestation de ses pouvoirs, de sa nature.
Ce qu'il ressentait, ce qui le dévorait, était un gel hostile, des frimas dont les dépôts de givre accrochaient à son âme pour l'enfermer dans une froidure éternelle.
Jimin avait peur de celui qu'il était en train de devenir.
Peur de cet être amateur de conflits, semblant se nourrir de tension et de l'effet douloureux de ses mots cruels.
Le jeune homme avait toujours eu à cœur de prendre soin des gens, jamais il n'aurait pensé être un jour de ceux qui tirent plaisir dans les maux d'autres personnes.
Une larme échappa à ses paupières toujours closes et il inspira profondément, l'odeur de Hoseok le frappant agréablement.
La main de ce dernier se posa sur son épaule, serrant légèrement avant de relâcher, restant simplement posée non loin de sa nuque.
-Ca va ?
Jimin ouvrit les yeux, relevant la tête pour plonger dans le regard inquiet de son ami.
Il ne répondit pas, se perdant seulement dans les pupilles claires, cherchant un point d'encrage passager.
De quoi tenir encore.
Juste encore un peu.
ღ
-Les êtres humains sont des nuisibles !
L'homme garda quelques instants le silence après sa déclaration, passant une main dans ses cheveux blonds impeccablement coiffés.
-Tu sais, il n'y a pas si longtemps, à une époque bénite, ces parasites n'existaient même pas !
Délaissant la pluie torrentielle et les éclairs qui déchiraient le ciel, il se tourna doucement, frappant une fois de plus son interlocuteur par sa beauté.
Ce dernier se perdit un instant, détaillant ses traits fins et harmonieux, s'attardant sur ses lèvres qui s'étirèrent dans un léger sourire amusé.
Sentant qu'il s'était encore fait prendre en train d'admirer le blond, le jeune homme rougit, détournant avec empressement la tête.
L'autre rit simplement avant de s'interrompre brusquement.
-Est-ce que quelqu'un qui te donne la vie, est un créateur ou un père ? Questionna-t-il sèchement.
Remontant les manches de son pull blanc, dévoilant la gourmette coûteuse à son poignet droit, il marqua une légère pause.
Son regard sombre se fixa sur un point au fond de la pièce, l'ambiance semblant s'alourdir soudain, sans aucune raison visible.
-Personne ne savait d'où il venait. Déclara-t-il. Juste qu'il était « d'ailleurs ».
Un rire rauque lui échappa.
-C'est où ailleurs ?! Cria-t-il presque. C'est quoi ailleurs ?!
Expirant bruyamment, il secoua la tête, ses mèches dorées voilant son regard.
-Certains pensaient qu'il était une étoile ! D'autres, qu'il était le fils du Soleil et de la Lune !
Se tournant vers le jeune homme en face de lui, sans vraiment le regarder, il lui posa la question.
-Tu y crois toi ?!
N'attendant clairement aucune réponse, il poursuivit rapidement.
-Est-ce qu'il s'ennuyait ? Se demanda le blond. Est-ce qu'il se sentait seul ?
Il se perdit un instant dans ses pensées, ses lèvres pincées dans une petite moue contrariée.
-Ou avait-il simplement besoin de gens à asservir, de personnes sur qui exercer son pouvoir ?
Sur ces mots débordant de rancœur, il contourna son bureau, se rapprochant du jeune homme qui l'écoutait sans rien comprendre, assis sur une chaise peu confortable.
-C'est pour ça qu'il a créé ce monde, pour avoir un royaume sur lequel régner... Souffla-t-il.
Se tournant brusquement vers son interlocuteur qui sursauta, il précisa avec empressement.
-Mais ce n'était pas pour vous !
Une lueur inquiétante brillait dans ses pupilles noires et son invité frissonna, s'enfonçant inconsciemment dans son siège.
-C'était pour nous ! S'exclama le blond. Nous étions les premiers, les élus !
Son ton ressemblait soudain à celui d'un enfant capricieux mais adorable, tranchant avec la gravité de son expression.
-Avant vous, ce monde était magnifique...
Il laissa sa phrase quelques secondes en suspend, prenant une mine rêveuse, nostalgique presque.
-Peuplé de créatures sublimes, puissantes et nobles.
Ses yeux se fermèrent un instant et il sourit doucement.
-Des fées, des loups, des sirènes, des centaures, des sorciers...
Il agita légèrement les mains.
-Tellement, tellement...
Ses mots se bousculèrent en même temps que ses souvenirs et pensées, sa frustration de ne pas réussir à exprimer correctement ce qu'il voulait de plus en plus palpable.
Un grondement presque animal lui échappa et son visage se durcit à nouveau.
-Mais il a fallu que vous gâchiez tout ! Siffla-t-il.
ღ
Jung Kook pénétra sans hésitation dans l'immense appartement.
Il avait marché sous la pluie et dégoulinait de partout, la crasse de Tear et Fear accroché à ses chaussures, laissant des traces boueuses à chacun de ses pas.
Retirant ses bottes, il laissa tomber sa veste en cuir au sol, juste devant la porte d'entrée qui venait de claquer derrière lui.
Fermant les yeux quelques instants, il inspira profondément, l'odeur du loft emplissant ses narines, lui apportant réconfort et apaisement.
Il avait quitté l'entrepôt dès sa sortie de la piscine, n'ayant pas envie d'attiser la colère de Jimin.
Il savait que le roux ne se contrôlait pas.
Aucun d'eux n'en était plus capable.
Alors lorsqu'il avait les idées claires, lorsqu'il pouvait ne pas lui sauter à la gorge, il fuyait.
C'est ce qu'ils faisaient tous.
De plus en plus.
Se fuir.
-Ne déprime pas tout seul dans ton coin !
Jiho n'avait pas vraiment crié, sachant que Jung Kook pouvait l'entendre.
Un sourire étira les lèvres de ce dernier qui repoussa ses idées noires, avançant enfin dans le long couloir pour rejoindre le salon.
Il était toujours impressionné qu'un lieu si grand, habité par une seule personne, soit si chaleureux.
Pour lui, le luxe était froid, impersonnel ou rimait avec décadence et mauvais gout.
Mais Jiho était une exception.
Son loft était un refuge aussi beau que « vrai ».
Il n'y avait pas la moindre trace de superficialité chez le blond.
Rien qui ne soit en trop, qui détonne ou blesse.
Et il arrivait encore à Jung Kook d'être surpris par l'accueil et surtout l'affection que lui offrait l'ainé.
Sur papier, leur relation avait tout pour créer une histoire basée sur la haine et la jalousie.
C'est lorsque sa mère avait épousé le père de Jiho, que le brun avait compris qu'on pouvait, même sans magie, manipuler les marques.
La vérité ?
Un simple mot sans valeur !
Les gens puissants décident de ce qui est vrai, de ce qui est normal ou de ce qui ne l'est pas.
Ce sont eux qui font les règles et encore eux qui les enfreignent sans la moindre conséquence.
Jung Kook savait que sa mère et lui avaient détruit la vie de Jiho, il ignorait seulement à quel point.
Ne rejoignant pas tout de suite le blond, il tourna à gauche, vers les chambres, continuant de se déshabiller en chemin.
Malgré l'habitude, il rit légèrement en entendant les robots de son demi frère s'activer derrière lui, certains ramassant ses affaires alors que d'autres nettoyaient.
Dans ce genre de moment, le jeune homme avait toujours l'impression qu'ils râlaient !
Ce qui était sans doute le cas...
Gloussant, il s'arrêta dans la première salle de bain pour attraper une serviette et se sécher rapidement le corps, avant d'en placer une plus petite autour de son cou.
Étant toujours le bienvenu, il avait sa propre chambre, dans laquelle il récupéra un pantalon de sport gris et un large tee-shirt blanc.
Une fois habillé, il rejoignit enfin Jiho, s'arrêtant sur le pas de la porte du petit salon.
Le blond lui tournait le dos, concentré sur son écran où s'affichaient des symboles sans aucun sens pour son cerveau de non initié.
Ses longs cheveux étaient remontés sur le haut de son crâne en palmier et un bandeau blanc épais, assorti à son pull en laine, empêchait toutes mèches rebelles de venir entraver sa vision.
Comme à chaque fois, Jung Kook sentit son cœur se serrer lorsque son regard dévia vers les roues imposantes, immobilisées sur le carrelage.
Les jambes de Jiho fonctionnaient mais il était malade depuis presque toujours et la plupart du temps, trop faible pour tenir longtemps debout sans aide.
Lors des bons jours, il se servait d'une canne et le reste du temps, il était en fauteuil.
Le brun voyait son demi-frère comme quelqu'un de fort car c'était le cas et jamais il n'avait ressenti la moindre pitié ou une quelconque émotion semblable.
Mais à chaque fois qu'il voyait ses roues qui le narguaient presque, il avait le sentiment qu'elles renfermaient bien plus de secrets qu'il ne pensait.
Bien plus qu'il ne serait capable de supporter.
Ce n'était pas le fauteuil qui lui serrait le cœur et le terrifiait.
C'est ce qu'il cachait.
A nouveau, le sentiment oppressant qui l'avait poussé à fuir l'entrepôt le submergea et il sentit ses propres jambes flancher.
Il trébucha, se retenant de justesse à l'encadrement de la porte, pris de frissons désagréables.
Peu importe son âge, sa force ou la créature dévastatrice qui partageait son corps, parfois, il se sentait tout petit.
Minuscule.
Il ne comprenait rien à ce monde et n'avait aucune idée de ce qu'il était censé faire de cette vie.
Avait-il une place quelque part, une raison d'être ?
Dans cette société où les hommes rejetaient même leurs semblables, comme pouvait-il y avoir un avenir pour quelqu'un comme lui ?
La plupart du temps, il faisait semblant de savoir ce qu'il voulait et où il allait.
Semblant d'être confiant et déterminé.
En réalité, il était terrifié.
Il avait peur des gens, peur de la vie et peur de lui-même.
ღ
L'odeur prenait aux tripes.
Un mélange de vomi, de cigarette et de sexe arrosé à l'alcool.
En apparence, le Cube n'était qu'un bar miteux où les alcooliques pouvaient venir s'imbiber en continu toute la journée. Mais les connaisseurs venaient pour autre chose, une autre forme de débauche et de dépendance.
Il suffisait de s'aventurer à l'étage inférieur pour tomber sur des corps nus, enroulés, entassés, les uns sur les autres, enfoncés les uns dans les autres, criant leur plaisir ou totalement muets.
Ici, personne ne connaissait le nom, le métier ou la vie de l'autre, ils n'étaient tous que des amants d'une heure ou d'une nuit.
Pour ceux qui cherchaient plus de frissons il y avait le second sous sol où les jeux sadomasochistes étaient de mise ; là bas, se croisaient ceux qui avaient besoin de la douleur pour jouir.
Et plus bas encore, dans un lieu si sombre et sale qu'il faisait passer le reste de l'établissement pour un cinq étoiles, il y avait le rendez-vous des joueurs, ceux qui aimaient posséder, soumettre, utiliser et jeter avant de recommencer.
Certains y arrivaient par hasard, mais la plupart savaient parfaitement où ils s'aventuraient, même si le lieu finissait toujours par les surprendre.
Dans un coin du sous-sol, un homme regardait des corps se faire prendre violemment par plusieurs personnes.
Ils avaient tous l'air hagard, ailleurs, jouets comme joueurs, semblant ignorer les mégots de cigarettes, les préservatifs usagés et les bouteilles vides qui jonchaient le sol.
L'homme toujours caché dans son coin sombre, observa un moment une jeune fille engloutir avec une avidité non dissimulée le sexe d'un homme qui devait avoir plus de deux fois son âge pendant qu'une femme enfonçait des objets insolites dans son sexe.
Cette scène était banale ici, et personne ne jugeait les pratiques des membres, chacun bien trop occupé par son propre plaisir.
L'homme était pourtant mal à l'aise.
Les sollicitations qu'il refusait toutes, sans exceptions, lui donnaient le sentiment de ne pas être à sa place.
Au premier abord, on aurait pu le prendre pour un voyeur, mais il était bel et bien là pour s'amuser.
En couple depuis dix ans, il avait pourtant bien une âme sœur, une vie professionnelle épanouie et une famille chaleureuse.
Il était l'exemple même de l'homme que l'on admire et cite en exemple.
Lui et son compagnon avaient une sexualité plutôt normale et il s'en était satisfait, jusqu'à aujourd'hui.
Il aimait son époux et avait toujours été fidèle.
Mais quelque chose chez l'être responsable de sa présence ici, l'avait totalement envouté.
Deux jeunes hommes se caressaient en le fixant depuis un moment, lui faisant signe de les rejoindre mais il les délaissa vite du regard, impatient d'enfin voir celui qui l'avait invité.
Fébrile, frottant ses mains moites contre son pantalon de costume pour la énième fois, il expira bruyamment.
La chaleur lui semblait de plus en plus insoutenable, sa chemise de créateur collant désagréablement à sa peau.
Regardant nerveusement un peu partout, manquant pourtant l'appareil fixé sur lui, il souleva son masque, libérant son visage en sueur qu'il tamponna avec son mouchoir.
ღ
Jiho ne put s'empêcher de sourire en voyant les images qui défilaient sur son téléphone.
Trop facile.
-Qu'est ce que tu surveilles avec autant d'intérêt ? Demanda Jung Kook
Sa voix était étouffée vu qu'il avait le visage enfoui contre le ventre de son demi -frère, le serrant comme s'il était une peluche.
Avec son groupe, le brun faisait son possible pour se montrer mature, surtout dernièrement.
Il ne voulait pas les inquiéter ou leur donner encore plus l'impression qu'ils devaient le ménager, s'occuper de lui comme un bébé ou le tenir à l'écart des problèmes.
Il tenait à ce que tous sachent qu'ils pouvaient compter sur lui, qu'il était digne de leur confiance.
Avec le temps, Jung Kook avait compris que peu importe leurs pouvoirs et la force des créatures qui sommeillaient en eux, ils étaient tous fragiles et perdus.
Comme lui, ses ainés ne savaient pas ce qu'ils faisaient dans ce monde, d'où ils venaient réellement et s'ils avaient une place quelque part.
Comme lui, ils avaient peur de l'avenir.
Peur de découvrir toute la vérité sur leur nature.
Peur du mal qu'on pouvait leur faire et de celui qu'ils étaient capables d'infliger.
Mais chacun s'efforçait de garder ses faiblesses et doutes pour sois, de se montrer fort.
Le brun ne baissait donc réellement ses barrières que devant son demi-frère.
Avec ce dernier, les choses étaient différentes, il n'avait pas besoin d'être un kamikaze.
Pas besoin d'être un adulte.
Jung Kook ne savait pas si c'est parce qu'il s'était attendu dès le début à ce que le blond le haïsse, ou parce qu'il avait l'impression de lui avoir déjà montré le pire en venant détruire sa vie avec sa mère, mais il n'avait jamais cherché à faire semblant devant lui.
Il s'était montré timide, maladroit, bégayant, instable et même capricieux.
Il n'avait pas eu honte de fuir son regard, de s'emporter sans raison, de l'éviter de façon évidente et de pleurer en se maudissant d'être aussi pathétique.
Jiho était impressionnant.
Même avec son corps malade, au fond de son fauteuil, perdu dans un pull trop grand et ses cheveux longs créant un halo doré autour de son visage.
C'est sur cette force en apparence tranquille que se reposait le brun depuis le début, auprès d'elle qu'il se rechargeait.
Jung Kook voyait clairement l'âme de son frère et malgré les années, il restait fasciné.
Le blond avait perdu son époux, donc son âme sœur et pourtant, il ne manquait pas le moindre fragment à la lumière vive qui brillait au creux de sa poitrine.
Jamais encore il n'avait vu quelque chose de semblable. Pas même chez les humains rayonnants de bonheur auprès de leurs moitiés.
-Tu dors ici ? Questionna Jiho.
Le brun se tourna un peu, délaissant son ventre pour caler sa tête sur ses genoux et le regarder.
-Parce que les quartiers vont bientôt tous être bouclés ! Ajouta son ainé.
Jung Kook se redressa en fronçant les sourcils.
-Hein ?
Le blond rit face à sa mine choquée qui ne manquait jamais de l'amuser.
Décollant son dos du canapé, il se releva précautionneusement, ses jambes chancelant un peu avant de se stabiliser assez pour lui permettre de rejoindre son fauteuil qui vint de lui-même à sa rencontre.
-Je sais que tu fais parti du conseil et de tout le haut gratin mais... Comment tu fais pour savoir tout ça ?!
Une fois installé, Jiho pivota vers Jung Kook, son regard intense plongeant dans le sien.
L'autre tressaillit, ressentant à nouveau la bulle opaque qui protégeait son demi-frère et ses secrets.
-Tu sais bien que je ne fais parti de rien du tout ! S'exclama l'ainé. Tout n'est que comédie !
Un rire sans joie lui échappa.
-C'est ton père qui remplit mon rôle vu que je ne suis pas... apte ! Ajouta-t-il.
Le brun se mordit la langue.
« Ton » père. C'est comme ça que Jiho parlait de son géniteur.
Même si l'homme n'avait fait qu'épouser sa mère, il traitait Jung Kook comme son fils.
Comme son « vrai » fils.
Alors qu'il méprisait l'existence de celui que sa première femme avait mis au monde.
Celui qui partageait son sang.
Il se cachait une histoire si longue, si compliquée et pourtant si simple derrière ce « ton père ».
Malgré tout, le plus jeune était persuadé de ne pas tout savoir, de ne saisir que ce qui flottait à la surface et que, s'il se penchait un peu trop pour en apprendre plus, il finirait aspiré dans une chute sans fin vers le fond.
Comme toujours, les mystères de Jiho lui faisaient peur.
Machinalement, le regard de Jung Kook dévia vers le bureau au fond, ses yeux se fixant sur l'étagère, là où, sans surprise, le sablier préféré du blond venait de se mettre en route.
Il le savait, cet objet magnifique était une pièce importante du puzzle qu'il refusait de résoudre.
ღ
Seokjin se dirigea vers la sortie, ses doigts serrés autour de son paquet de cigarettes vide au fond de sa poche.
Passant par la double porte de l'établissement, son regard accrocha instinctivement à la silhouette de Ken.
Le brun riait avec deux membres de son « groupe » qui comme lui, portaient les traces d'un passé de cobaye.
Le bruit courait qu'ils faisaient tous partis du même gang et Seokjin ne savait pas si c'était vrai, ou si, comme pour lui et ses amis, tout n'était que rumeurs.
En vrai, il s'en foutait complètement.
Lorsqu'il passa près du trio, appuyé dans l'encadrement de l'une des portes, Ken croisa son regard, lui offrant un sourire chaleureux, comme s'ils n'étaient pas deux parfaits inconnus.
Seokjin ne lui rendit pas.
Il n'était pas d'humeur à jouer les mecs charmants.
Une fois dehors, la fraicheur le frappa agréablement.
La première chose qu'il vit, fut Namjoon, appuyé contre un véhicule qui tenait encore debout par miracle.
L'orage s'était calmé et seule une légère pluie fine subsistait, accompagnant le lever du jour.
Les néons qui clignotaient, accrochés en hauteur sur les devantures des différents « commerces », dessinaient des reflets étranges sur la peau du blond qui n'avait toujours pas bougé.
Les deux hommes se regardèrent quelques instants, chacun à sa place, ignorant le bruit autour et le reste du monde qui semblait fonctionner soudain au ralenti.
Puis, comme si un signal connu d'eux seuls avait été donné, Seokjin sortit son paquet vide, le froissant avant de l'enfoncer à nouveau dans sa poche.
Il avait vraiment besoin de fumer !
Namjoon qui l'avait rejoint, lui tendit une cigarette, la sienne déjà glissée entre ses lèvres.
Le jeune homme aux cheveux roses l'alluma immédiatement, son briquet favori toujours sur lui.
Il soupira bruyamment, son soulagement excessif faisant sourire son ami.
-Quel est le problème ? Demanda-t-il, sa fumée s'élevant doucement entre eux.
-On a un nouveau job. Répondit le blond.
-Et ? Insista Seokjin.
L'autre joua avec sa cigarette toujours intacte, baissant le regard vers le sol boueux.
-Il y a quelque chose qui...
Il releva la tête en soupirant.
-Un truc qui cloche ! Finit-il.
L'ainé haussa les épaules.
-Refusons alors !
Le blond pencha la tête sur le côté.
-C'est...
Il laissa sa phrase en suspend, jouant machinalement avec la bague à son pouce.
Seokjin rit légèrement, semblant enfin plus détendu.
Ses traits jusque là fermés s'adoucirent et il reprit son expression joueuse.
Retrouvant sa fausse insouciance.
-Tu veux quand même y aller ! S'exclama-t-il. Tu es intrigué !
Il n'y avait aucun reproche dans sa voix, au contraire, il était amusé.
Attendri presque.
Namjoon parut embarrassé.
-C'est juste... J'ai l'impression qu'il faut qu'on y aille ! Lança-t-il. C'est presque comme si une voix me disait de dire oui alors que d'un autre côté, mon cerveau me dit de refuser !
Un « hum » pensif échappa à Seokjin, son regard accrochant aux gouttelettes d'eau dans les cheveux blonds, brillant sous les lumières du bar dans leur dos, alors que son esprit s'envolait très loin quelques instants.
Le silence entre eux s'éternisa mais le blond ne pressa pas son ainé, laissant à ce dernier tout le temps nécessaire, peu importe ce qu'il était en train de faire.
Tournant la tête, son regard se posa un peu partout, papillonnant sans réellement se fixer avant qu'un brun qui avait les yeux fixés sur eux n'attire son attention.
Il était en pleine conversation avec ses amis mais restait focalisée sur eux.
Enfin, plus précisément, sur le « prince charmant en blouson de cuir » à ses côtés.
Il semblait curieux, comme s'il cherchait à déchiffrer une énigme et Namjoon comprit aisément ce sentiment.
Même s'ils se comprenaient vraiment bien, il était conscient que Seokjin était le membre de son groupe qu'il « connaissait » le moins bien.
Au premier abord, tout le monde pensait tout savoir du jeune homme.
Avec ses habitudes extravagantes, son rire communicatif et son côté affable, on finissait vite par s'imaginer le connaitre.
C'était l'un des nombreux talents de la Fée aux cheveux roses.
Il pouvait vous parler de lui pendant des heures, vous faire croire qu'il se livrait, que vous l'aviez compris, décodé et puis un jour, on vous posait une question simple sur lui et la vérité vous frappait.
« Je ne sais pas. «
C'était toujours surprenant, choquant même.
Malgré les apparences, Seokjin et Hoseok étaient les vraies énigmes de leur groupe.
Ceux que personne ne connaissait vraiment.
L'explosion les surprit sans vraiment le faire.
Loin de Fear ou même Tear, c'est à Euphoria qu'elle eut lieu. Mais les signes furent visible haut dans le ciel, bien au dessus des immondes grattes ciels et panneaux publicitaires.
Puis, immédiatement, les alertes et protocoles furent lancés, le bruit strident et atroce des sirènes raisonnant partout, sans épargner aucun quartier.
Autour d'eux, il y eut des cris de joie et des sifflements, comme si un sportif de leur équipe favorite venait de marquer des points.
Certains sortirent leurs téléphones alors que d'autres se précipitaient à l'intérieur du bar pour profiter de son grand écran.
Ici, personne ne regardait la télé.
Ils étaient tous bien placés pour savoir que tout n'était que mensonges et propagandes.
Peu importe qu'il s'agisse de journal télévisé, de publicités ou de films.
Ce que tout le monde attendait face à son écran, c'est l'instant où absolument toutes les chaines seraient piratées.
Seokjin et Namjoon n'avaient pas bougé mais le son leur parvint.
Lorsque l'habituelle introduction résonna, le blond soupira en allumant enfin sa cigarette.
"N'essayez pas de régler votre téléviseur. Ceci est votre cyber flash souffle de la liberté. Il durera soixante secondes exactement. On ne peut le localiser, on ne peut l'interrompre, et c'est la seule voix encore libre qui reste dans cette ville."
Jung Kook observait les images qui défilaient, une partie de lui concentrée et l'autre agitée.
Jiho avait, comme toujours, allumé son écran avant que quoique ce soit n'arrive.
Avant l'explosion.
A la télé, un membre de ceux qui se faisaient appeler les « Orphelins » se trouvait sur les lieux de l'incident, expliquant les raisons de l'attentat et précisant bien que les locaux étaient vides.
Le brun savait que les informations officielles seraient différentes, qu'on déplorerait des dizaines de victimes et organiserait peut-être même des funérailles tape à l'œil, diffusées en direct.
Les Orphelins étaient connus pour arriver en premier et tout le monde savait que pour cela, ils devaient forcement être prévenus avant que l'explosion ou autre « événement » n'ait lieu.
Travaillaient-ils avec le ou les poseurs de bombes ?
Jung Kook ne savait pas vraiment ce qu'il pensait de l'action de ce groupe ou de celles des terroristes.
Ils risquaient tous très gros, c'était un fait.
Même si les « journalistes » portaient des capes noires à larges capuches avec des masques blancs et qu'ils modifiaient leurs voix, aller contre le gouvernement aussi ouvertement, était une véritable folie.
Ce qui les attendait était pire que la mort !
Que cherchaient-ils exactement ? Qu'espéraient-ils accomplir ?
Même s'ils exposaient depuis des années les mensonges et les atrocités des dirigeants, rien n'avait changé !
Les habitants des beaux quartiers, ceux qui avaient tout à perdre et trouvaient leur compte voire leur « bonheur » dans la situation actuelle, préféraient avaler ce que la société leur enfonçait de gré ou de force jusqu'au gosier.
Il valait mieux ouvrir docilement la bouche plutôt que finir gavé puis disséqué dans un laboratoire.
Pour beaucoup de gens, beaucoup trop, ils n'étaient tous que des criminels !
Tous se foutant de leurs interventions, préférant la version rassurante des médias officiels.
« Ce n'est pas la société qui va mal ou notre façon de vivre »
Honnêtement, Jung Kook peinait aussi à se faire un avis sur ces Orphelins, ces poseurs de bombes et ce Veilleur qui se cachait derrière son écran et sa voix trafiquée.
Il n'avait pas envie d'y songer.
Pas envie de suivre son instinct et tous ces fils emmêlés qui semblaient pourtant vouloir tous le mener dans la même direction.
Tournant la tête vers la droite, il observa le visage de Jiho fixé sur l'écran, son air impassible et son regard grave.
Il remarqua son air fatigué, les tremblements sans doute douloureux de ses jambes, son dos vouté dans le fauteuil soudain terrifiant et la pâleur maladive de son visage.
Ses manches trop longues qui couvraient ses mains, sa petite boucle d'oreille en forme de sirène et la fleur rose de son élastique.
Et ce qui le frappa, c'est que, comme toujours, il ne ressentit aucune faiblesse émaner de lui.
L'âme de Jiho était rayonnante, puissante, complète et calme.
Mais un calme inquiétant qui promettait un chaos imminent.
Un calme aussi tranchant que la glace de Jimin.
L'angoisse de devoir affronter ce qu'il refusait de voir lui noua à nouveau l'estomac et il détourna rapidement le regard.
Comme toujours, le sablier ne coulait plus et même s'il voulait repousser l'idée, il sut que son compte à rebours était arrivé à son terme au moment même de l'explosion.
C'était toujours le cas.
"C'était votre cyber flash, souffle de la liberté."
Seokjin et Namjoon fumaient encore en silence malgré l'agitation autour d'eux.
Comme toujours, les deux amis restaient en dehors de tout, ne semblant nullement affectés ou intéressés.
Après tout, ils vivaient en marge de la société.
Ce n'était rien de plus que des nouveaux tests de Mirotic exposés qui seraient oubliés dès la version officielle sortie.
Ici, tout le monde le savait, c'était toujours pareil.
Mais ça ne les empêchait pas de pester, crier et sans doute espérer.
C'est ça le problème avec l'espoir, même lorsqu'on pense tout perdu, il persiste, refusant de réellement lâcher l'affaire.
Le blond songea un instant au tatouage d'une ancienne maitresse, affirmant que l'espoir était un sadique.
Il se souvint s'être souvent demandé si ça faisait des humains, des masochistes malgré eux.
Un cri résonna non loin, le sortant de ses pensées et il tourna la tête vers le brun qui avait longtemps fixé son ainé.
C'était lui qui avait hurlé, frappant rageusement dans un mur en même temps.
L'odeur du sang chatouilla les narines de Namjoon qui grimaça.
Il y avait beaucoup trop de choses toxiques qui lui parvenaient.
-Décidons tous ensemble !
Le blond reporta son attention sur Seokjin qui venait enfin de lui répondre.
-Mais pour ma part, tu sais que je te suis ! Ajouta ce dernier.
Le plus jeune lui sourit, ses adorables fossettes le faisant fondre comme à chaque fois.
ღ
-Donc quelqu'un nous a engagé pour sauver un...chaton ? Lança Jung Kook, les sourcils froncés.
Il n'était pas ravi d'avoir dû quitter Jiho à peine le jour levé alors qu'il avait prévu de passer la journée à se faire chouchouter comme un petit prince.
Il était épuisé et pas vraiment d'humeur à se montrer fort.
-Récupérer un produit toxique et sauver un chaton ! Précisa Seokjin, comme si ça avait le moindre sens.
Le brun soupira en se décollant de la poutre contre laquelle il était appuyé.
Le petit groupe était installé autour de la grande table, celle qui leur servait pour se restaurer et lors des discussions importantes.
Jimin était assis sur un rebord, concentré sur le sujet du jour et Hoseok était debout près de lui, bras croisés, regard fixé sur Namjoon.
-Je suis le seul à me dire que ça n'a aucun sens ?! S'exclama Jung Kook.
Le blond grimaça, conscient qu'en effet, exposé ainsi, c'était ridicule.
-On dirait une blague ou un piège. Approuva leur Hydre.
-Évidement que ce job n'est pas ce qu'il semble être ! Intervint Seokjin. Mais Joon a le sentiment qu'on devrait quand même y aller !
-Étrangement, moi aussi... Souffla pensivement Hoseok.
Jimin haussa les épaules.
-Ca me va aussi ! S'exclama-t-il. Ca ne sera pas notre première idée stupide !
Jung Kook se demanda si le roux n'espérait pas plutôt libérer toute sa colère en cas d'affrontement, mais il ne fit aucun commentaire.
Tous les regards convergèrent vers Taehyung qui n'avait pas prononcé un seul mot depuis le début de la réunion.
Ce n'était pas dans ses habitudes.
Le jeune homme participait toujours aux discussions et décisions, ses idées et commentaires dénués du facteur « émotionnel » ayant souvent fait leurs preuves.
Malgré l'attention portée sur lui, le châtain ne réagit pas, n'arrangeant en rien la soudaine tension.
Ils avaient tous changés.
S'ils comparaient leur « condition » à une maladie, le diagnostique était sans appel.
Ils étaient condamnés.
Taehyung n'avait pas échappé à l'aggravation de leurs « symptômes ».
Le groupe n'aurait jamais cru que l'état de leur ami puisse empirer mais c'était pourtant le cas.
Même si le terme « plus vide » n'avait aucun sens, comme les slogans de lessives qui promettaient un résultat plus « blanc que blanc », ils n'arrivaient pas à décrire les choses autrement.
Peut-être que plus vide que vide n'était pas le meilleur terme et que ça ne voulait vraiment rien dire mais ils étaient tous d'accord sur le fait que le châtain ne dégageait plus vraiment la même chose.
Il y a deux ans, lorsque le Griffon s'était soudain effondré, ils avaient pensé que les changements seraient différents.
Positifs.
Mais l'incident n'avait laissé aucune trace, aucun début d'émotion ou soupçon d'âme.
A part une cicatrice sur la poitrine qui refusait de disparaitre et leurs souvenirs encore intenses, l'événement ressemblait à un mauvais rêve.
Sans la marque sur le corps de leur ami, ils auraient fini par conclure à une hallucination collective tellement ça leur paraissait surréaliste.
Ils avaient cherché à comprendre ce qui s'était passé mais n'avaient rien pu trouver.
Même avec l'aide de Jiho qui était leur source première d'informations sur leurs natures et caractéristiques.
Il faut dire qu'au-delà même de sa nature de Griffon, Taehyung était un mystère.
Tout était forcement spécial et inédit avec un être sans âme.
-Tae ?
L'interpellé releva les yeux vers Jimin et le petit sourire de ce dernier disparut aussitôt.
Le roux frissonna, détestant ce sentiment désagréable qui l'enveloppait.
Cette impression que même en étant près d'eux, son meilleur ami n'était pas présent.
Le reste du groupe partageait son ressenti, comprenant que si un vide plus vide n'avait pas de sens, un vide différent était possible.
Avant les changements expérimentés par tous, jamais aucun d'entre eux ne s'était senti mal à l'aise aux côtés du châtain.
Malgré son comportement déstabilisant, ils avaient tous appris à rire de la plupart de ses répliques, le trouvant adorable à sa façon.
Mais aujourd'hui, ils se retrouvaient souvent tendus, gênés voire angoissés par sa présence.
Même Jimin parfois, finissait plus agité qu'apaisé lorsqu'il passait du temps avec lui.
Sans oublier les moments ou l'absence totale d'émotion de Taehyung leur faisait peur...
Le malaise était de plus en plus présent, étouffant mais ils n'en parlaient pas.
Comme ils ne parlaient jamais de la rage quasi permanente de leur Hydre, des crises de Jung Kook, des sourires de moins en moins convaincants de Seokjin, des « disparitions » fréquentes de Hoseok ou du moral en chute de libre de Namjoon.
Ils n'étaient pas aveugles mais préféraient rester muets.
Seulement, combien temps allaient-ils pouvoir tenir ?
Ignorer leurs démons intérieurs de plus en plus imposants et leurs âmes qui disparaissaient doucement, était-ce vraiment la solution ?
ღ
Pour le moment, ils n'avaient rencontré aucun problème.
Ce qui ne faisait que confirmer l'idée qu'ils fonçaient droit dans un piège ou une mission suicide.
Malgré cela, Jung Kook, Jimin et Taehyung continuaient d'avancer, explorant le bâtiment sous-terrain dans lequel ils devaient trouver leurs objectifs.
Du poison et un chaton.
Non vraiment, ce job était ridicule !
Un léger rire échappa à Jimin et le brun qui était juste devant lui s'arrêta.
-Quoi ? Demanda-t-il en se tournant.
Le roux ne dit rien, continuant simplement de rire en le regardant et la sirène finit par faire de même.
Lorsqu'ils étaient détendus, ils appréciaient de pouvoir retrouver leur complicité, même pour un bref instant.
L'époque où ils enchainaient les « bêtises » ensemble leur manquait de plus en plus.
Cette histoire d'âme sœur avait vraiment tout gâché...
-Mais imagine qu'on tombe vraiment sur un chaton ! S'exclama Jung Kook. Après tous les gens riches font n'importe quoi avec leur fric !
Jimin secoua la tête, toujours aussi amusé.
-Et alors quoi, il a été enlevé par un grand méchant qui veut détruire le monde avec du vilain gaz toxique ?!
Son ami haussa les épaules.
-J'ai vu des films réussir avec des idées plus ridicules ! Rétorqua-t-il.
-Pas faux ! Intervint Hoseok.
L'Hydre roula des yeux avant de se tourner vers lui.
L'autre n'était pas réellement là, les trois plus âgés étant restés à l'entrepôt, mais avec les capacités de Namjoon, c'était tout comme.
Le blond était un Alchimiste, aussi appelé Invocateur, bien qu'honnêtement, aucun d'entre eux n'ait jamais compris le lien entre les deux noms ou ce qu'ils voulaient vraiment dire.
Pour eux, c'était une sorte de sorcier.
Même si Jung Kook avait été déçu en voyant que ça n'incluait aucun balai, chapeau étrange ou baguette magique.
Il n'y avait même pas de potion et de sortilèges amusants !
Les contes lui avaient vraiment menti sur toute la ligne !
Quoiqu'en y pensant, il était plutôt satisfait d'avoir des ailes à la place d'une queue de poisson...
-Vous n'êtes pas obligés d'être sur notre dos, on est capables de se débrouiller seuls ! Gronda Jimin.
-On sait ! Répondit Seokjin, apparu à son tour comme par magie. C'est juste qu'on s'ennuie !
Le brun soupira en secouant la tête.
-Après c'est nous les gosses... Souffla-t-il.
-Hey, on t'entend hein ! S'exclama son ainé, l'air outré.
-J'espère bien ! Répondit l'Hydre. Fallait venir à notre place si vous vouliez à ce point vous en occuper !
-Je vous rappelle que c'est Kook qui a soudain eu une illumination, déclarant qu'il devait absolument venir tout en décidant d'entrainer Tae ! Lança le jeune homme aux cheveux roses.
Derrière lui, Hoseok acquiesçait.
-Puis tu as déclaré que s'ils y allaient, tu devais les suivre !
Jimin grommela, ne pouvant nier puisque c'est effectivement ce qui s'était passé.
Un bruit semblable à de la pluie se fit soudain entendre et tout le monde se reprit, les deux ainés disparaissant aussi vite qu'ils étaient apparus.
Le roux et le brun échangèrent un regard avant de se tourner vers Taehyung, s'assurant qu'il était bien concentré.
Tous les trois portaient des vestes à capuches larges et des masques vénitiens qui cachaient leurs visages.
Celui de Jung Kook avait le don de mettre mal à l'aise.
Blanc tirant sur le gris, comme s'il était usé, avec les lèvres et contours des yeux du même noir que les motifs étranges et épais qui le parsemaient.
Celui de Jimin était au contraire très travaillé, blanc, bleu et argenté, semblant tout droit sorti d'un carnaval mondain.
Taehyung avait le plus simple, juste un masque d'un blanc immaculé.
Ils n'avaient encore jamais connu de problèmes graves lors d'un travail et disposaient de plusieurs moyens pour protéger leurs identités mais rien n'empêchait d'être doublement prudent.
Cacher son visage ne coûtait rien.
Concentrés, ils avancèrent vers le son qui les intriguait.
L'espace d'un instant, ils se demandèrent s'ils n'étaient pas sur le tournage d'un film.
Tout semblait tellement...
Faux.
Le lieu était censé abriter des produits dangereux mais il n'y avait pas une seule personne sur place ? Pas le moindre soldat, milicien ou une quelconque sentinelle ?
Et puis, s'il n'y avait aucun danger, pourquoi les engager ?
Cette histoire était louche depuis le début mais plus le temps passait et plus elle le devenait.
-Alors c'est là que le piège va se refermer ? Lança Jung Kook en regardant autour de lui.
La pièce était circulaire et ressemblait à une salle des machines, une fumée épaisse s'échappant de la grande turbine au centre dont le bruit ne masquait pourtant pas celui de la pluie.
-C'est un bon endroit... Répondit Jimin.
Les trois amis ne semblaient pas inquiets malgré la tension, ce qui ne les empêchait pas de rester concentrés, prêts à toute éventualité.
Le brun et le roux se firent un signe de tête avant de se diriger vers la seule autre porte, semblable à celle d'un coffre.
Taehyung suivait le pas, toujours aussi silencieux et distant.
Jung Kook tourna sans difficulté l'immense roue qui déclenchait l'ouverture de ce qui avait l'air d'un sas.
Lorsqu'ils atteignirent et ouvrirent la seconde porte, celle dans leur dos se referma immédiatement, le bruit résonnant dans l'espace étroit.
-Droit dans la gueule du loup... Souffla le plus jeune, toujours aussi calmement.
-Imaginez qu'ils balancent le gaz mortel pendant que vous êtes coincés là ! S'exclama Hoseok.
Seokjin rit avec lui.
-Ravi que l'idée de notre mort vous réjouisse à ce point ! Rétorqua Jimin.
-Dit celui qui a parié sur mon démembrement lors de ma dernière mission ! Marmonna l'ainé.
-Je m'étais fait beaucoup en pariant que Namjoon foirerait au moins une transmutation ! Commenta joyeusement Jung Kook.
Hoseok pouffa.
-En même temps ça arrive quasiment à chaque fois qu'il tente un nouveau cercle donc...
-On ne pourrait pas se concentrer et agir comme des professionnels au moins une fois ! Intervint le blond, gêné que ses amis le taquinent encore sur ses échecs et maladresses.
-Des professionnels de quoi ? Rétorqua Seokjin
Il avait les sourcils haussés, tout comme Jimin.
-Ca a un nom ce qu'on fait ? Demanda ce dernier. Genre, c'est un job ?
-Des sortes de putes de l'ombre je suppose... Lâcha Jung Kook
Le roux se tourna vers lui l'air outré.
-Quoi, on se vend au plus offrant je te rappelle ! S'exclama le plus jeune. De plus, ce n'est pas une insulte hein, ne soit pas si méprisant avec les prostitués !
Namjoon soupira en se massant les tempes, ignorant la querelle puérile du duo.
-Vous me fatiguez... Souffla-t-il.
Hoseok lui tapota l'épaule en signe de soutien malgré le sourire amusé qui étirait ses lèvres.
-Allez, c'est mieux que lorsqu'ils se battent vraiment ! Le consola-t-il.
Un « hum » échappa au blond qui remit ses lunettes, priant pour que ce boulot anormalement calme et hautement stressant se finisse vite et surtout bien.
Arrivant dans le cinquième et dernier sas, les garçons se retrouvèrent devant une porte close, reliée à un boitier.
Avant même qu'ils ne tentent de l'ouvrir, le système se déverrouilla de lui-même, la paroi remontant automatiquement pour les laisser passer.
-Pas du tout suspect... Siffla Jimin.
-Moi je trouve ça pratique ! Répondit Jung Kook.
Le roux voulut lui retoquer que c'était normal pour un idiot mais il fut coupé dans son élan.
Ou plutôt figé par ce qu'il vit.
En face d'eux se trouvait une vitrine, un peu comme celle d'un magasin, donnant sur un décor semblant sortir d'un conte de fée.
C'est dans cette pièce étrange qu'il pleuvait et Jimin leva machinalement les yeux, cherchant une quelconque ouverture au plafond pour comprendre d'où venait l'eau mais il ne vit rien.
Ca n'avait pas l'air d'une sorte d'arrosage ou de quoique ce soit de mécanique mais bien d'une vraie pluie, tombant derrière la vitrine, comme par magie.
Mais ce n'était pas le plus incroyable.
Les murs et le sol avaient disparus, couverts par de l'herbe et des plantes grimpantes, le vert dominant de la pièce parsemé de touches de couleurs apportées par des fleurs variées.
-Est-ce que...
Jimin déglutit avant de reprendre.
-Est-ce que c'est des papillons et... et des abeilles ?
A Tear ou Fear la nature n'existait pas et à Euphoria, elle se résumait à des plantes synthétiques dans des cadres hors de prix.
Alors découvrir un petit bout de verdure dans une vitrine cachée sous terre, les lassait vraiment sans voix.
Jung Kook se rapprocha, comme aimanté, le regard fixé sur quelque chose en particulier.
-Qu'est ce c'est ? Chuchota-t-il presque en continuant d'avancer.
-Une bulle ? Répondit le roux, incertain.
Il avait parlé tout doucement aussi, comme s'il craignait de rompre la magie ambiante.
-Je le reconnais !
Le plus jeune avait haussé légèrement le ton, les yeux écarquillés.
Jimin l'observa sans comprendre avant de reporter son attention sur la silhouette à l'intérieur de la bulle.
Il ne voyait pas très bien, étant resté en retrait, prudent, contrairement à Jung Kook qui avait à présent les deux mains sur la vitre.
-C'est l'humain qui a résisté à ma voix ! Ajouta ce dernier.
Le brun en était sûr, c'était bel et bien la même personne.
Même s'il n'avait plus les cheveux noirs mais argentés et apparemment plus longs, même s'il était bien plus pâle et maigre, c'était lui !
Il en était sûr !
Depuis deux ans, il avait énormément songé à lui, testant son pouvoir encore et encore en se demandant si d'autres pouvaient lui résister et s'il n'avait pas finalement rêvé leur rencontre.
Physiquement, il avait complètement changé mais la sirène voyait au-delà.
C'était lui.
-Attend quoi, quelqu'un a résisté à ta voix ?! S'exclama Jimin.
La nouvelle lui avait fait oublier le spectacle incroyable, l'émerveillement laissant place à un choc moins agréable et un début d'agacement.
-Pourquoi tu ne nous l'a pas dit ? Intervint Namjoon.
Il apparut à leurs côtés avec les deux autres plus âgés qui délaissèrent aussi la vision féérique qui les avait jusque là laissés cois.
Presque toute l'attention était sûr lui et Jung Kook se tendit, se tournant tout de même pour leur faire face correctement.
-Je voulais le faire ! Se défendit-il. Mais c'est arrivé pile quand...
Il marqua une légère pause, risquant un regard vers Taehyung sans réellement le regarder.
Celui-ci, contrairement aux autres, ne lui prêtait aucune attention.
-C'était il y a deux ans !
Le reste du groupe comprit tout de suite qu'il faisait référence au soir où leur Griffon avait expérimenté la souffrance pour la première fois.
Le plus jeune leur donna des détails, revenant sur sa très brève rencontre avec l'humain qui l'avait tant marqué.
-Qu'a dit Jiho ? Demanda Namjoon.
Tous se tournaient toujours vers le demi-frère de leur sirène lorsqu'ils avaient besoin d'informations sur leur nature.
Le blond, en plus d'être le seul humain à connaitre leur secret, avait accès à des œuvres précieuses qui n'avaient aucune existence officielle.
Et bien qu'au début, ça n'avait pas été facile à admettre pour beaucoup d'entre eux, il en savait bien plus sur leurs créatures qu'eux.
Ils avaient tous grandi sans comprendre quoique ce soit à ce qui leur arrivait, se contentant de cacher leurs capacités et de craindre le pire.
Malgré toutes leurs tentatives, ils n'avaient rien trouvé d'autres que des histoires pour enfants ou des romans fantastiques pour les guider.
Et quasiment tout ce qui était dans ces œuvres était faux.
Du moins, pour ce qui les concernait.
Comment et pourquoi Jiho en savait autant ?
Ils n'avaient jamais réellement eu de réponses.
Le blond étant resté, comme toujours, très flou et mystérieux.
Tout ce que le groupe savait, c'est que la fois où Jung Kook avait involontairement utilisé ses pouvoirs devant son frère, c'est ce dernier qui l'avait conseillé et rassuré.
Au début, ils avaient eu du mal à s'appuyer sur un humain, n'ayant pas l'habitude de demander de l'aide ou même d'avoir quelqu'un désireux de leur répondre et de les aider.
Mais à force, avec le temps, c'était devenu naturel.
Jiho avait trouvé sa place dans leur vie et gagné leur confiance.
-Il n'a trouvé aucune mention d'humains immunisés. Répondit Jung Kook. Mais les informations sur les rapports entre humains et créatures sont rares comme vous le savez donc...
Namjoon hocha pensivement la tête.
-C'est inquiétant. Déclara-t-il. On n'aurait peut-être pas du venir finalement.
-Un peu tard pour s'en faire ! S'exclama Hoseok. Puis, on ne sait même pas s'il est dangereux ou en vie !
-Bien sûr qu'il est en vie ! Répondit le plus jeune.
Le roux haussa les sourcils.
-Tu n'entends pas son cœur et sa respiration ? Poursuivit le brun. Il dort !
-Effectivement... Souffla Jimin.
Le groupe se tourna vers lui, remarquant enfin qu'il avait allumé la console de contrôle.
-On peut voir ses paramètres vitaux ici. Continua-t-il. Et si je fais ça...
-Oh ! S'exclama Hoseok.
Une image claire de l'intérieur de la bulle venait d'apparaitre.
Jung Kook bouscula légèrement ses amis pour se rapprocher, collant presque son visage à l'écran.
-Il a changé. Murmura-t-il.
Il semblait concentré, observant la peau semblable à celle d'une poupée de porcelaine et les joues creusées où quelques mèches grises reposaient.
Les cheveux étaient attachés sur le dessus du crâne de l'endormi mais certains échappaient à l'espèce de chignon.
-Est-ce que ce sont des racines ? Questionna Hoseok en pointant du doigt l'écran.
Plus particulièrement, les poignets et chevilles entravés de l'endormi.
Jimin hocha la tête.
-Je crois qu'elles appartiennent à...au...
Il marqua une légère pause, sourcils froncés.
-Au... tronc ?
-Je pense que c'est un arbre nain plutôt. L'éclaira Namjoon.
-Nain et mort ! Ajouta Seokjin.
-Donc on est venu pour un chaton et on trouve une espèce de poupée endormie, prisonnière d'une bulle et attachée à un cadavre végétal ! S'exclama Hoseok. Dans les sous-sols d'une ancienne base gouvernementale en plus !
Jimin se redressa, s'éloignant de la console.
-On rentre. Déclara-t-il.
-Quoi ?! S'exclama Jung Kook. Non !
-C'était la dernière partie non visitée ! Il n'y a ni poison ni foutu chat ! Gronda le roux. Je ne sais pas si c'est un piège raté ou une blague mais on a perdu notre temps !
-Mais et lui ! Cria le brun en pointant du doigt la vitrine.
-Personne ne nous a payé pour lui ! Répliqua Jimin.
Le plus jeune se tourna vers les autres membres du groupe, cherchant du soutien.
-Il n'a pas tord... Souffla Seokjin.
-Ce n'est pas une raison ! Il est clairement retenu prisonnier ! Répondit Jung Kook.
-Mais on ne sait pas pourquoi ! Contra Jimin. Il le mérite peut-être !
Le brun lui jeta un regard agacé.
-Bien sûr, c'est connu, le gouvernement n'enferme jamais d'innocents ! Railla-t-il.
-Il marque un point. Commenta Hoseok.
-Puis s'il était si dangereux, ils ne l'auraient pas oublié au fond d'un bâtiment abandonné ! Ajouta le plus jeune.
-Ce n'est pas forcement l'état ! Insista l'Hydre ! Si je devais enfermer quelqu'un je choisirais aussi un lieu comme celui-ci !
-Mais il est humain ! Cria Jung Kook.
-Comme tous les gens qui nous ont fait du mal ! Hurla Jimin.
Un petit silence suivit ses propos.
-Kook, même s'il n'est pas un danger pour nous ou qui que ce soit, on ne sait rien de lui. Tenta calmement Namjoon. Imaginons qu'on le libère, et après ?
Il plongea son regard dans celui du plus jeune, tentant de lui exprimer le plus clairement possible son point de vu.
-On ne sait pas s'il a une famille qui l'attend, s'il n'est pas recherché par le gouvernement ou s'il ne s'est pas caché ici volontairement.
Jung Kook ne dit rien, bras croisés mais attentif.
-On ne peut pas décider comme ça de le sortir de sa bulle pour l'exposer au monde sans savoir ce qu'il risque ! Continua le blond. Cette vitrine fleurie reste bien meilleure qu'un séjour en camp ou en laboratoire !
Namjoon ne voulait surtout pas brusquer leur sirène.
Il était ravi de le voir aussi concerné et révolté.
Ces traits importants de la personnalité du jeune homme se faisaient de plus en plus rares à cause des changements qu'ils subissaient tous et ça comptait énormément de voir qu'ils étaient encore là.
Que la bonté, l'empathie et la gentillesse du plus jeune n'avaient pas disparues.
-Il est joli... Commenta soudain Taehyung.
-Merci pour cette information vitale Tae ! S'exclama Jimin. Vraiment, ça va tout résoudre de...
Il se figea subitement, réalisant enfin ce qui se passait.
-ATTEND QUOI ?! Cria-t-il.
Tout aussi surpris que lui, le reste du groupe le suivit lorsqu'il rejoignit rapidement son meilleur ami.
Ce dernier n'avait pas bougé, debout devant la vitrine.
-Qu'est ce... Qu'est ce que tu veux dire par « joli » ? Demanda le roux, fébrile.
Normalement Taehyung ne trouvait pas les choses belles ou laides.
Ce n'était que des mots pour lui !
-Comment tu le sais ? Insista le roux.
-Qu'est ce qui te fait dire ça ? Demanda Seokjin.
-Est-ce que tu as... ressenti quelque chose ? Enchérit Hoseok.
Ils le bombardèrent tous de questions, ne lui laissant pas l'occasion de répondre, complètement pris dans la frénésie du moment.
Ca pouvait paraitre ridicule pour quelqu'un d'extérieur mais pour eux, c'était loin d'être le cas.
Ce « joli », c'était plus que tout ce que le Griffon leur avait « offert » jusque là.
Ce furent des petits coups contre une vitre qui finirent par ramener le silence.
Ils s'étaient placés face à Taehyung, donc dos à la vitrine.
-Excusez-moi ?
Tous tressaillirent, se jetant quelques regards presque paniqués avant de se tourner entièrement.
Sous le choc, ils gardèrent le silence, détaillant l'inconnu derrière la paroi de verre.
A quel moment s'était-il réveillé ? Et comment avait-il échappé à sa bulle ?
Est-ce qu'ils étaient pris dans leur interrogatoire chaotique au point de ne se rendre compte de rien ?!
« Comment se fait-il qu'on soit toujours en vie en étant si inconscient ? » Ne put s'empêcher de se demander Namjoon.
Voyant qu'aucun d'eux ne prononçait le moindre mot, l'inconnu reprit la parole.
-Vous pourriez appuyer sur le bouton bleu là bas ? Demanda-t-il poliment. Et tirer la clé qui s'y trouve, s'il vous plait ?
Les autres ne réagirent pas tout de suite, continuant de le regarder comme s'il avait trois têtes en train de pousser.
Il ne les brusqua pas et finalement, Jung Kook bougea, faisant quelques pas vers la rangée de boutons.
Jimin fronça les sourcils, détaillant l'inconnu avant d'arrêter le bras du plus jeune.
-Quoi ?! Gronda ce dernier. Maintenant on sait qu'il veut sortir !
-Ce n'est pas le bouton pour la porte. Répondit son ami.
-Hun ?
-Effectivement. Confirma calmement le jeune homme dans la vitrine.
Le brun se tourna vers lui, confus.
Namjoon suivit l'Hydre vers la console de contrôle.
Il ne pouvait rien toucher puisqu'il n'était pas réellement présent mais le roux et lui étaient sur la même longueur d'onde.
-C'est pour répandre le gaz ! Déclara-t-il.
-Attend, on propose de le sauver et il veut nous tuer en réponse ?! Commenta Hoseok.
Malgré ses propos, il n'avait pas l'air vraiment surpris ou touché.
-Ce n'est pas pour nous ! Répondit le blond.
-Le gaz est à l'intérieur de la vitrine. Précisa Jimin.
-Pourquoi vouloir qu'on déclenche le mécanisme alors ?! Demanda Jung Kook, un peu confus. Ca serait du suicide !
-Précisément.
La voix de l'inconnu était toujours aussi calme et posée, aucune émotion particulière ne se dégageant de lui.
Il ne semblait ni surpris ni stressé par la situation.
Debout face à eux, juste derrière la paroi en verre, il ne détonnait pas dans le décor presque féérique de la vitrine, le tout donnant l'impression d'avoir été façonné pour lui.
Ou du moins, autour de lui.
Comme un tableau dont il serait le sujet principal.
Pieds nus, il portait un jean banal, trop grand, qui ne semblait même pas lui appartenir et un pull en coton blanc presque difforme.
Les manches cachaient entièrement ses mains et le col roulé remontait presque jusqu'à sa bouche, le tissu frottant parfois contre sa lèvre inférieure.
Ses yeux se fixaient toujours dans ceux de la personne à laquelle il s'adressait et chacun cherchait les termes exacts pour les décrire.
Il y avait beaucoup d'intensité mais aucune agressivité dans ses pupilles claires où du gris, bleu et vert dansaient sans qu'une couleur ne prenne réellement le dessus.
Les différentes teintes semblaient ne pas totalement fusionner, aucune ne voulant être aspirée ou masquée par une autre.
En le voyant de plus près, ils purent noter que ses cheveux n'étaient pas seulement gris mais aussi rose clair.
Jung Kook n'arrivait pas à comprendre comment le jeune homme avait pu à ce point changer.
Ce n'était pas le côté physique qui l'interpellait mais ce qu'il dégageait.
Le brun se souvenait de la force mais aussi de la légèreté de l'inconnu à l'époque.
Aussi brève qu'avait été leur rencontre, il avait été marqué par la chaleur et le bonheur qui émanait de lui.
Aujourd'hui, il ne pétillait plus du tout.
Réalisant soudain qu'il manquait quelque chose de vital, il se rapprocha encore, détaillant le prisonnier de la tête aux pieds.
D'abord surpris par son comportement, les autres finirent par être frappés par la même chose que lui.
Ils avaient tous tellement été pris de court et surpris par cette « rencontre » insolite, qu'ils en avaient oublié les bases.
-Pourquoi on ne voit pas son âme ? Souffla Namjoon.
Il avait presque chuchoté, pensif, sans s'adresser à quelqu'un en particulier.
Le reste du groupe se rapprocha de lui, resserrant les rangs.
-Il en a une ! Affirma Jung Kook.
-Oui ! Répondit Seokjin.
Tous acquiescèrent.
-Mais pourquoi on ne la voit pas alors ? Réitéra le blond.
Un petit silence suivit sa question.
-Je n'aime pas ce type ! Siffla Jimin, le visage fermé. Il est humain mais bourré de...de...d'anomalies !
Seokjin soupira en hochant la tête.
-Je propose qu'on lui ouvre et que vous rentriez vite à la maison. Déclara-t-il. Libre à lui de se tuer, de rester ici ou de sortir à l'air libre !
-Ca me va. Approuva Hoseok. Pour être franc, je veux seulement que vous sortiez de là bas et qu'on laisse toute cette histoire ridicule derrière nous !
Jimin semblait moyennement convaincu, son expression toujours aussi sévère et Jung Kook avait l'air perdu dans un débat intérieur.
-On ne veut ni le tuer ni le laisser enfermé, c'est donc la meilleure solution. Déclara Namjoon. Je suis pour aussi !
L'hydre souffla, à la fois lassé et agacé.
-Ok...
Il retourna vers les boutons.
-On va t'ouvrir ! Lâcha-t-il froidement. Si tu veux tant mourir, débrouille toi seul !
L'inconnu lui sourit simplement.
Le même sourire qu'il leur offrait depuis le début, à peine visible et impossible à déchiffrer.
Ca n'était pas moqueur mais pas l'expression d'un quelconque bonheur non plus.
-D'accord, merci.
La réponse du jeune homme fit tiquer le roux qui se figea quelques instants, le détaillant avec insistance en se demandant où était le piège.
L'autre soutint son regard, son visage angélique dénué d'indices sur ce qu'il ressentait ou pensait.
-Et puis merde ! Siffla Jimin avant d'appuyer sur le bouton d'ouverture.
Et c'est après ça, en voyant le sourire de l'inconnu devenir enfin sincère, autant que le merci qu'il lui souffla, que l'Hydre comprit.
La fléchette semblant sortir de nulle part, rappela à Namjoon celles utilisées dans les camps.
Sauf que celles qu'il avait connues étaient chargées de tranquillisant ou de drogues pour les torturer.
Celle qui se planta dans la gorge du jeune homme derrière la vitre était pleine de produit mortel, il en était persuadé.
Tout se passe beaucoup trop vite, le groupe n'eut même pas le temps de réaliser.
Mais ce qui les surprit le plus, ne fut pas l'inconnu tombant à genoux mais Taehyung qui en fit de même.
Le châtain cracha brusquement du sang, le liquide giclant contre la vitre et se retrouva au sol, terrassé par la douleur.
Comme il y a deux ans.
